Category: Natation

JOHN DAVIES, NAGEUR AUSTRALIEN ET JUGE AMERICAIN

Par Eric LAHMY                                                Jeudi 14 Mai 2015

DAVIES [John Griffith] Natation. (Willoughby, 17 mai 1929-). Australie, puis USA. Champion olympique du 200 mètres brasse (papillon, mais sans dauphin) à Helsinki en 1952, pour l’Australie. Sa jeunesse se passe à Willoughby, dans les Nouvelles Galles du Sud. Pendant trois ans, son père est prisonnier de guerre des Japonais. Il quitte l’école de Narrabeen et travailla à la Caltex (pétrole) où on lui permet assez librement de s’absenter pour nager en compétition. Champion des Nouvelles Galle en 1946, il rejoint Forbes Carlile qui l’entraîne. Aux Jeux de Londres, Davies réussit le 3e temps de la finale du 200 mètres brasse, 2’43’’7, mais les juges le placent derrière l’Américain Robert Sohl, 2’43’’9 (ce qui donne un triplé US). Il s’inscrit en sciences politiques à l’Université du Michigan, à Ann Arbor et en l’absence de bourses d’études pour les nageurs, subvient à ses besoins en travaillant. L’entraîneur Matt Mann change des éléments de son style. Aux Jeux d’Helsinki, exempté de sélection par les Australiens en raison de ses résultats (champion universitaire puis champion des USA, record du monde), il est sélectionné aux Jeux d’Helsinki, et s’entraîne aux USA avec John Marshall chez Bob Kiputh. Il arrive fatigué à Helsinki, dort vingt heures par jour, s’entraîne à peine un kilomètre. Mais il se qualifie en série, bat le record olympique en demi-finales. Sa course en finale est un modèle de train équilibré. Il se trouve deux secondes et demie derrière le leader à mi-course. Il passe l’Allemand Herbert Klein (2’35’’9) qui s’effondre et parvient à devancer de peu, en 2’34’’4 contre 2’34’’7, l’Américain Bowen Stassforth. Diplômé de l’Université du Michigan (1953), puis, en droit, de l’UCLA (1959), installé longuement aux États-Unis, dont il adopte la nationalité ultérieurement, il y remporte cinq titres nationaux et deux titres universitaires NCAA. Il devient un avocat du show business, installé d’abord à Los Angeles (1961-72) puis à Beverly Hills (1972-86) et représente ainsi les studios Universal et Walt Disney, puis est nommé juge de district par le président Ronald Reagan. Il dirige le fameux procès des policiers surpris par une vidéo en train de frapper un chauffeur de taxi, Rodney King, qui provoqua par la suite des émeutes raciales.

RAY DAUGHERS, USA, GRAND COACH A L’ANCIENNE

Par Eric LAHMY                                                   Mercredi 13 Mai 2015

DAUGHTERS [Raymond Earl ‘’Ray’’] Natation. (Denver, 1895-/ ). L’un des grands coaches US, après avoir débuté au Seattle Crystal Pool,  il dirige le Washington Athletic Club de 1942 à 1964, et en fait une pépinière de champions, depuis Helen Madison, dont il eu l’intuition du talent alors qu’elle avait 14 ans, et Jack Medica, jusqu’à Marilou Petty, Olive McQueen, Nancy Ramey (médaillée d’argent olympique du 100 mètres papillon) et tant d’autres. Quand Madison devient la meilleure nageuse du monde, d’aucuns disent qu’il a eu beaucoup de chance, que Madison aurait tout gagné sans lui. Il ne répond pas directement, mais note, fataliste : « c’est sûr, je n’en trouverai pas une autre comme elle. » Mais il réussit autre chose, amenant quatre de ses nageuses, Mary Lou Petty, Betty Lea, Doris Buckley et Olive McKean à améliorer, en 1935 et en 1936 le record du monde du relais quatre fois 100 mètres ! Lui-même ayant quitté Denver pour Seattle vers l’âge de dix ans, avait été bon nageur de demi-fond dans les premières années 1900. Il est, pendant la Première Guerre mondiale, en charge de l’enseignement de la natation à la Seattle Naval Training Station. Ses nageurs tomberont 30 records du monde, 301 records et 64 titres US. Il est dans les équipes olympiques US aux Jeux de Berlin (1936), Londres (1948), Helsinki (1952) et Melbourne (1956) et sert encore comme « team manager » aux Jeux de Rome, en 1960, avant de présider le Comité de natation de l’Amateur Athletic Union et le Comité Olympique masculin. En 1936 et en 1948, il entraîne l’équipe olympique féminine. Intronisé en 1971 à l’International Swimming Hall of Fame.

En janvier 1936, quelques mois avant que Daughters et ses nageurs Medica, Keane et Petty ne se rendent aux Jeux olympiques de Londres, la revue The Saturday Evening Post demanda à Daughters d’écrire un article sur ses méthodes et ses techniques d’entraînement, et de répondre à ces questions : qu’enseignez-vous de différent des autres entraîneurs ?  Quelles sont vos méthodes ? Par quel moyen obtenez-vous ce plus de vitesse pour vos nageurs qui fait la différence entre de bons nageurs et de vrais champions ? L’article parut le 30 mai 1936. Pour commencer, Daughters identifiait le potentiel, comme dans le cas d’Helene Madison dans une réunion de natation en 1927. Et donc il assistait à des meetings de jeunes dans la région. Lui-même, deux ou trois fois l’an, organisait des réunions ouvertes aux jeunes de la région.

Daughters insistait sur le fait qu’il ne cherchait pas les nageurs les plus rapides, mais les talents à l’état brut. Une fois repéré, le jeune était invité à s’entraîner avec lui. Ensuite il organisait des réunions pour permettre à ses élèves de battre des records – personnels, locaux, etc. En 1931, il avait ainsi organisé pour permettre à Helene Madison d’améliorer des records américains et à Medica un record régional.

Il déclara travailler de façon serrée avec ses nageurs, établissant leurs horaires d’entraînement et leurs courses, améliorant leur style, leurs habitudes alimentaires, exigeant qu’ils dorment dix heures par nuit et s’assurant qu’il se couchent épuisés.

Il cherchait deux choses chez ses nageurs, la condition physique et le rythme. Le rythme, expliquait-il, est ce que le nageur de vitesse doit avoir, ainsi que la capacité d’adopter une vitesse qui corresponde à son rythme. Pour être un grand, un nageur doit avoir un talent naturel, mais le processus de son développement revient à améliorer le rythme, la synchronisation et la condition physique.

ALEXANDRE POPOV, SUPER TSAR DU SPRINT

Par Eric LAHMY                                                 Lundi 12 Mai 2015

Cet article a été rédigé voici quelques années en grande partie à partir de l’autobiographie d’Alexandre Popov, adaptée par Alain Coltier, intitulée « Nager dans le vrai », publiée par les éditions du Cherche-Midi. Je l’ai juste légèrement remanié. En ce qui concerne cette autobiographie, elle a été assez mal jugée dans les milieux de natation. Ce livre souffre il est vrai un peu du fait qu’il vise à la fois le grand public et les connaisseurs, ce qui ne satisfait au bout du compte personne complètement. Mais on y apprend beaucoup de choses et il reste un bon livre de référence en ce qu’il présente  le meilleur nageur de la fin du 20e siècle et les méthodes d’un entraîneur original et très créatif, Guennadi Touretski. C’est pour cela que vous trouvez cet article dans les biographies et dans les critiques de livres…

Vous aurez remarqué (ou pas) que j’appelle Popov Alexandre et non Alexander. Aucune originalité de ma part. Quand, l’ayant rencontré aux Goodwill Games de 1994, à Saint-Pétersbourg, je l’interrogeais, j’inscrivis sur mon calepin « Alexander », Popov me reprit et épela son nom. Je dirais donc qu’Alexandre en est l’orthographe officielle! 

C’est Touretski, l’un des personnages les plus chaleureux et les plus intéressants de la natation, avec toujours des histoires, des anecdotes à raconter, et que je connaissais depuis les Européens d’Athènes en 1991, qui me présenta Popov, me disant à peu près ceci: « il peut devenir ombrageux quand il ne te connait pas, mais c’est moi qui vais te le présenter, et après tu pourras lui demander ce que tu voudras. » Et en effet, tout se passa bien avec Popov, garçon courtois, posé et très représentatif, qui incarne à tous égards, dans mon souvenir, la classe et la séduction à l’état pur. Dans l’eau, et hors de l’eau. E.L.

POPOV [Alexandre Vladimirovitch « Sacha »] Natation. (Lesnoï, Sverdlovsk, 16 novembre 1971-). Russie.

Le grand sprinteur des années 1990. Entraîné par Guennadi Touretski, qu’il suivra en Australie, s’installant à Canberra, quand celui-ci s’y exilera en 1993. Popov connait des débuts dans la vie assez difficiles. Il est né en novembre, au cœur de l’Oural, où le thermomètre descend souvent sous les – 20°, et dans la première année de sa vie, sa mère a cru le perdre à quatre reprises, en raison de fortes pneumonies. Ses parents vivent à Lesnoï, une ville « interdite » (on y fabrique des tanks) de 60.000 habitants, dans un appartement collectif de trois pièces, chacune occupée par une famille, où l’isolation thermique, des plus sommaires, n’empêche pas le froid de s’engouffrer. Ses parents l’emmènent à six ans et demi à la piscine. Après quelques mois d’initiation, il est inscrit au Fakel (Flambeau) Club, où le maître-nageur, Galina Witman, une jeune débutante, qui l’a déjà remarqué, le prend sous sa coupe bien qu’il ne sache pratiquement pas nager. Il progresse, malgré une grande peur de l’eau, mais à huit ans, il se met à sécher la piscine pour s’amuser avec des copains.

L’été 1980, il voit les Jeux de Moscou à la télé, et décide de devenir un nageur sérieux. Dès sa première compétition, il gagne un 200 mètres 4 nages (en 3’9’’1). Il ne jure que par le dos, mais, se souvient-il, Galina affirme qu’un jour le crawl sera sa spécialité. Sérieux, une fois dans l’eau, il ne songe qu’à la technique. Il a 14 ans, nage un 100 mètres dos en 1’8’’, quand son père lui demande d’arrêter de nager pour se concentrer sur ses études. Mais il continue, conciliant les deux activités. Il a seize ans, a amené son record du 100 mètres dos à 59’’.

En 1988, bachelier, il devient pensionnaire de l’université de culture physique et des sports de Volgograd (ex-Tsaritsyne, ex-Stalingrad) afin de préparer le professorat d’éducation physique (une sorte de sport-études qui lui permet d’échapper au service militaire). Il partage sa chambre avec le dossiste Vladimir Selkov, de six mois et seize jours son aîné. L’atmosphère empestée de la ville industrielle ne lui vaut rien, il est continuellement malade. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que, quelques mois après les Jeux olympiques de Séoul, le chef de la délégation de natation aux Jeux, le rameur Leonid Drachevsky, ayant demandé à Guennadi Touretski, l’entraîneur vedette de l’équipe, quel Soviétique serait champion olympique à Barcelone, Touretski lui a répondu : « Alexandre Popov. » Il a remarqué ce parfait inconnu, qu’il a vu nager l’année précédente en finale B des nationaux juniors. Mais il ne l’insère pas encore dans son groupe d’élite : il le juge trop tendre. Et le laisse sous la responsabilité d’Anatoli Tchuikov, qui l’utilise comme faire-valoir de son protégé Selkov, avant que Gleb Petrov, l’entraîneur en chef de l’Université, lui annonce qu’il passera au crawl avec Guennadi Touretski.

Alexandre ne tarde pas à découvrir les méthodes originales de cet homme passionné de mécanique du mouvement. Le premier jour, marche de trois heures en montagne le matin ; l’après-midi, échauffement dans l’eau en se passant un ballon de basket, et seulement trois mille mètres dans l’eau. Un jour, huit heures d’escalade de la montagne, sans pause, descente rapide. Pas de fonte, de musculation, seulement quelques abdominaux. Fin 1990, à la Coupe de l’Union soviétique, Popov passe sous les 23’’ au 50 mètres où il gagne plus d’une seconde, gagne le 100 mètres. Mais Touretski ne l’envoie pas aux mondiaux de Perth, en janvier 1991 ; il préfère le garder avec lui pour de véritables « leçons particulières. » Si le kilométrage annuel atteint de 1800 à 2000 kilomètres, les nageurs ont une grande liberté concernant l’échauffement, la préparation physique.

COMME KAHANAMOKU ET WEISSMULLER

 Popov va dominer le sprint mondial entre 1992 et 1998, sinon par sa taille (1,97m, 90kg), du moins par son talent. Il est le troisième nageur de l’histoire à conserver un titre olympique du 100 mètres, après Duke Kahanamoku (1912-1920) et Johnny Weissmuller (1924-1928), dans un contexte international bien plus difficile que celui du temps de ces précurseurs. Il enlève son premier titre international majeur, sur 100 mètres libre, aux championnats d’Europe 1991 avec 49’’18, un temps qui égale le record d’Europe de Stefan Caron et le meilleur temps mondial de l’année de Matthew Biondi. En une course, Popov s’est hissé au niveau des deux nageurs emblématiques de la distance des huit dernières années. En 1992, aux Jeux de Barcelone, quoiqu’il donne des signes d’usure, Biondi, parce qu’il a tellement dominé, est donné favori du 100 mètres olympique, mais on n’a pas mesuré que le grand Américain, devenu un précurseur du professionnalisme moderne, s’entraîne tout seul, sans la structure dont il disposait à l’Université, et le résultat est navrant : il a perdu une partie de sa technique et de sa forme. Même ses fameux départs ne sont plus ce qu’ils étaient.

Dans ce contexte, Popov se montre imbattable. Il maîtrise parfaitement la course des Jeux, et l’emporte en 49’’02 – donnant l’impression de « contrôler » et de pouvoir nager plus vite – ; il gagne aussi le 50 mètres en 21’’91, ce qui surprend tous ceux qui ont vu pendant des années Biondi et Jager s’y partager les honneurs. Mais le Russe impose sa longue glissée sous-marine et sa nage précise. Guennadi Touretski, qui n’attend que ça, signe à l’issue des Jeux un contrat de quatre ans à Canberra, en Australie. Il propose peu après à son protégé, avec l’autorisation du directeur de l’Institut national de sports, l’ancien marathonien Rob de Castella, de le rejoindre en Australie. Popov a coupé l’entraînement pendant six mois, mais n’a pas laissé là ses moyens. Il réussit le doublé 50 mètres-100 mètres dans tous les événements majeurs des années 1993-1997 : championnats d’Europe 1993, 1995 et 1997, championnats du monde de Rome en 1994 (devant Gary Hall, 49’’12 contre 49’’41, puis 22’’17 contre 22’’44).

Il s’étonne d’avoir battu le record du monde de Biondi à Monte-Carlo avec 48’’21 contre 48’’42. Aux Jeux olympiques de 1996, à Atlanta, il vient à bout de l’Américain sans paraître s’inquiéter des déclarations musclées, agressions verbales et autres danses du scalp de celui-ci. Fidèle à son personnage de fêlé de la toiture, Hall lance la finale des 100 mètres sur des bases terribles, mais faiblit à la fin et Popov l’emporte de justesse en 48’’74 contre 48’’81 ; même scénario sur 50 mètres, Popov, 22’’13, Hall, 22’’26. « A Barcelone, je voulais tout simplement gagner ; à Atlanta, la donne était un peu différente, note Popov dans ses mémoires ; l’enjeu était plus psychologique, car le souvenir de Barcelone me travaillait. Il fallait se battre contre l’Amérique entière. Et l’organisation défaillante : les athlètes n’ont pas eu la part belle à Atlanta. »

A DEUX DOIGTS DE LA MORT

Quelques jours après, le 24 août 1996 à Moscou, Popov est victime d’une rixe, où il est frappé d’un caillou à la tête et poignardé. Le temps d’être hospitalisé, il a perdu deux litres de sang qui se sont accumulés dans la région du cœur, et menace de crise cardiaque, Le poignard a en outre endommagé un rein et un poumon, percé le diaphragme, sectionné une artère. Opéré par un as de la chirurgie, Avantdil Manvelidze, qui évite l’ablation d’un muscle et d’un rein, Popov pourra renager. L’événement crée une certaine émotion à travers le monde. Popov est hospitalisé au Kremlin, la Suisse veut l’accueillir, prendre en charge sa convalescence, et le CIO se propose d’affréter pour le transporter un avion privé. Il est guéri, mais perd sept kilos pendant sa convalescence, pèse 83kg contre 90kg.

Impressionné par un rêve prémonitoire, cinq jours avant l’agression, qui lui a pratiquement détaillé son agression, il accepte la proposition d’un ami, le lutteur Alexandre Karéline, triple champion olympique de gréco-romaine des 130kg, et se fait baptiser. Popov retrouve Canberra, cette fois accompagné de sa fiancée, la nageuse Daria Shmeleva, qu’il va épouser. Il se remet à l’eau assez vite. Non sans mal. Touretski lui cite en exemple un rameur russe, blessé de guerre, qui a retrouvé son niveau. Mais quand lui plonge, il ne peut s’allonger dans l’eau. Le ventre est comme noué par les atteintes du poignard et l’opération qui a suivi. Il doit suivre des séances de physiothérapie. Peter Blanch, du service médical de l’AIS, l’Institut des Sports Australien, le masse et pratique des étirements sur la cicatrice, deux fois par semaine. Dans l’eau, Popov alterne dos et crawl. Peu à peu, sa ligne de flottaison s’améliore. Il est moins plié dans l’eau. « Le travail d’étirements avec Blanch porte ses fruits, témoigne Popov. En l’espace de deux mois mon torse gagne six centimètres de périmètre entre l’inspiration et l’expiration. »

En revanche, il ne reprend pas de poids, ou trop peu. Touretski décide de changer son approche : il utilisera les « blocs de travail » : « trois semaines intensives où le volume d’effort augmente de 30% à condition bien sûr que l’organisme soit capable d’encaisser, suivies par quinze jours de repos actif. Et ainsi de suite. » Deux mois après, sa masse musculaire est revenue intégralement. Touretski affirme : « je n’aurais jamais imaginé tous les bénéfices que pouvaient procurer deux semaines de repos enchaînées à trois semaines intensives. Je crois que pendant la période intensive, le corps absorbe l’énergie avant de la relâcher en abondance dès que tu lèves le pied. »

Il nage parfois des 5 kilomètres d’une traite, sans un arrêt, méthode qui l’aide, dit-il, à produire un bon mouvement dans l’eau. Le 26 mars 1997, il se marie… l’après-midi, après sa séance du matin, 7 kilomètres dans l’eau. Il s’attelle à la préparation des championnats d’Europe, qui se déroulent à Séville mi août, en enchaînant des meetings. Le premier à Santa Clara. Puis à Sao Paulo, où il trouve en face de lui des nageurs affûtés et rasés de près. « Un guet-apens digne des Brésiliens. » Il est battu par Gustavo Borges. Et ne fait valoir aucune excuse, quand les Brésiliens attendaient Dieu sait quelle réaction. Pour Popov, rester de sang froid est important dans la lutte psychologique que les Brésiliens mènent contre lui. « Mon attitude déboussole mes rivaux. Sans le savoir je marque des points dans la perspective du Mondial, programmé en janvier prochain, à Perth. »

GYM ET DANSE CONTRE LA CYPHOSE DU NAGEUR

A Séville, une compétition qu’il affectionne, sans doute en raison des moindres tensions qu’elle lui procure, en raison d’un environnement plus tranquille que les Mondiaux ou les Jeux, il attend l’arrivée de Touretski, qui a accompagné les Australiens au tournoi Panpacifiques. « L’essentiel, lui assène celui-ci, est de rechercher la perfection dans l’eau. » Or c’est là que le bât blesse, et le matin des séries du 100 mètres, s’il signe le second temps, il lui semble que sa technique l’a abandonné. Touretski lui demande tout de suite après de faire des sprints, avant la finale, pour retrouver de bonnes sensations : vingt-cinq minutes de sprints. Il ne comprend pas où son entraîneur veut en venir. L’après-midi, il l’aide à visualiser sa technique avec un travail de coordination : un exercice qui porte sur le relâchement, un autre sur l’amplitude du moulinet des bras. Il lui demande de bien nager plutôt que de nager vite. Forlancer, le Suédois, un redoutable compétiteur aguerri dans les courses en yards américaines, a nagé plus vite en séries, en 49’’67 contre 49’’87, mais en finale, Popov l’emporte nettement, 49’’09 contre 49’’51 au Suédois. Touretski qualifiera cette course de « perfection technique ». Sur quatre fois 100 mètres, Popov lance le relais russe en 49’’02, contre 49’’65 à Forlancer, et ses co-équipiers portent l’avance russe à deux secondes. Sur 50 mètres, il domine séries (22’’57) et finale (22’’30). Enfin, sur quatre fois 100 mètres 4 nages, la Russie, favorite, l’emporte. Quand Popov s’élance en crawl, ses équipiers lui ont ménagé 1’’7 d’avance. Il assure en 49’’02 lancé pour un temps final de 3’39’’67. Ce retour, impensable onze mois plus tôt, rassérène Popov et son groupe. Ils « nagent dans le vrai. » Lui se dit que si son organisme n’était pas en mesure de nager en 49’’, sa tête, en revanche, était prête. A la reprise, lors d’un stage, Guennadi trouve que quelque chose cloche dans la nage de Popov. Et en trouve la raison : il a perdu du poids dans le haut du corps Ces kilos en moins ont créé un déséquilibre que les jambes essaient en vain de compenser. Une affaire vient menacer la présence même des Russes aux championnats du monde 1998. Lors d’un stage à Chypre, Vladimir Pychnenko, sa femme, Natasha Mesheryakova et Olga Kochetkova sont contrôlés positifs aux anabolisants à compter du 18 octobre. En cas de récidive avec un produit identique, les règlements de la FINA prévoient l’interdiction de toute l’équipe. De plus, la sérénité du groupe est menacée par la rivalité de Popov et de Klim, qui ne cache pas son ambition de gagner le 100 mètres. Même après avoir battu le record du monde du 100 mètres papillon aux sélections australiennes pour les mondiaux, Klim affiche clairement ses prétentions sur la « distance reine », au ravissement des médias locaux, qui adorent asticoter Popov à ce sujet. Les mondiaux 1998 ont lieu à Perth. Popov jugera sa course des séries calamiteuse, mais elle lui donne le 2e temps, 49’’57, derrière Klim, 49’’33, et devant un nouveau venu, Van Den Hoogenband, 49’’61. Touretski s’inquiète, son nageur a paru indolent, paresseux, ou éteint. Le soir, il ne lui donne qu’une consigne : « Songe avant tout à activer ton système nerveux, et surtout ne songe pas à la technique. » Popov, qui s’attend à être mené par Klim, spécialiste des départs canon, se retrouve en tête au virage, mais la fin du parcours lui parait interminable. Il l’emporte d’assez peu, mais nettement quand même, en 48’’93 contre 49’’20. Sur 50 mètres, en revanche, il restera légèrement scotché au départ et ne pourra reprendre l’avance qu’il consent à l’Américain Bill Pilczuk, 22’’43 contre 22’’29. L’année suivante ne lui parait pas excitante, et il décide de se faire opérer d’un genou. Un problème qu’il traîne depuis ses seize ans. Il s’est fait une entorse à un genou en jouant avec un chien, un berger de l’Europe de l’Est (une race de chiens qu’apprécie le KGB), sa rotule est restée bloquée sur le côté. Il racontera que cette blessure a été provoquée par la chute d’une branche d’arbre, et cela deviendra la version officielle. L’aventure a laissé des séquelles, et la multitude de plongeons départs qu’il a effectués dans sa carrière n’a pas arrangé les choses. L’état de son genou s’est détérioré au point que des bouts de cartilage flottent. Une arthroscopie est pratiquée. La rééducation est longue. Il nage long, en aérobie, comme un nageur de demi-fond, 2000 kilomètres par an. Un autre problème se pose, pour Touretski. Les épaules de Popov sont de plus en plus en dedans, le dos voûté en point d’interrogation. C’est la cyphose du nageur, provoquée par la nage : un développement déséquilibré des muscles. Il faut redresser tout ça. Il se souvient des nageurs des débuts, qui allaient faire de la danse au Bolchoï, de Sulamith Mikhailovna Messerer (27 août 1908-3 juin 2004), qui détint le record d’Union soviétique du 100m crawl de 1927 à 1930, étudiait à l’Ecole des Ballets de Moscou et dansa au Bolchoï de 1926 à 1950. Il charge un gymnaste, Andrei Kravtsov, de le prendre en main, trois fois par semaine, pendant le mois d’août, après quoi Popov s’aperçoit qu’il a redressé son dos, éliminé ses problèmes de vertèbres et récupéré deux centimètres sous la toise.

TOURETSKI AVAIT PRONOSTIQUE 47 »71!

Aux championnats d’Europe 1999, en Turquie, la nouvelle génération s’installe. Le nouvel avatar du « Hollandais volant », Pieter Van Den Hoogenband enlève 50 mètres en 22’’06, 100 mètres en 48’’47 et 200 mètres en 1’47’’09, démontrant d’ailleurs un registre supérieur à celui de Popov, qui, lui, fait 3e du 50 mètres en 22’’32, étant devancé aussi par l’Italien Lorenzo Vismara, 22’’21, et 2e du 100 mètres. En fait, le Néerlandais en le devançant sur 100 mètres, lui a infligé sa première défaite significative sur la distance reine, en 48’’47 contre 48’’82. Il a gagné également le 50 mètres papillon, et permis au relais quatre fois 100 mètres des Pays-Bas de devancer largement le Russe, 3’16’’27 contre 3’19’’49, et le quatre fois 100 mètres quatre nages, 3’39’’52, l’emporter devant l’Allemand, 3’40’’15, et le Russe et le Suédois, ex-æquo, 3’41’’18. Van den Hoogenband a donc devancé quatre fois Popov, et se présente donc comme le plus dangereux rival du Russe à un an de ses troisièmes Jeux olympiques.

En janvier 2000, Popov nage en camp d’altitude à Thredbo, altitude 1400 mètres, dans les montagnes neigeuses des Nouvelles-Galles-du-Sud. Touretski veut se servir du 50m comme rampe de lancement sur 100m, à condition de surveiller son mouvement de bras. Depuis six ans, Popov mouline en surrégime, appliquant, croit-on savoir, trop de force dans l’eau. Lors d’un test d’entraînement, à Colorado Springs, il nage un 50 mètres en test : 21’’42. Le record du monde de Tom Jager est de 21’’81 (certes chronométré par Touretski, qui a le pouce catatonique au départ et hypertonique à l’arrivée ! Michael Klim et les coaches américains pâlissent. A Melbourne, il ouvre la saison olympique sans être affûté avec 22’’3 et 49’’5.  A Moscou, aux sélections olympiques, Popov se qualifie en 21’’91, prend le meilleur départ de sa vie en finale, mais les nageurs sont rappelés : faux départ. Il gagne finalement en 21’’99. Il demande une tentative de record, qui a lieu le lendemain, 1er juin. Il réussit 21’’64, un record qui ne sera pas battu avant huit ans par Eamon Sullivan. Le lendemain, il se lance dans sa série, sur 100 mètres, se relâche à la fin de course et signe un 48’’27 qui approche son record mondial de 6/100e.  Sans ce relâchement, on ne sait trop le temps qu’il aurait obtenu !… Touretski avait pronostiqué un temps de 47’’71.

En finale, il ne retrouve pas cet état de grâce, cherche à contrôler la course, accélère un peu son mouvement, et gagne en 48’’59. Il n’empêche, il a montré qu’il n’était pas fini. En 2000, son record du monde est battu deux fois pendant les Jeux olympiques : d’abord par Klim, 48’’18 au départ du relais australien champion olympique, le 16 septembre, puis par Van Den Hoogenband, 47’’84 trois jours plus tard en demi-finales de la course individuelle. Popov est aussi battu par les premières combinaisons qui maintiennent les abdominaux et placent les hanches bien haut sur l’eau. Popov ne les utilise pas. En finale, Popov parvient à nager près de son meilleur niveau, en 48’’69, mais il est battu par le Néerlandais, qui reste à une demi-seconde de sa meilleure valeur, mais dont les 48’’30 ont suffi à assurer le titre. Popov sauve l’argent par un fort retour, une arrivée extraordinaire, pour respectivement quatre et cinq 100e, devant Hall, 48’’73, et Klim, 48’’74. Klim le grand battu, 4e, floué du bronze pour un centième ! Sur 50 mètres, le surlendemain, Popov est 3e des séries (22’’25), 4e des demi-finales (22’’17), 6e de la finale (22’’24). Sur le podium, deux Américains co-paradent, Ervin et Gary Hall, ex-æquo en 21’’98. Ils ont coiffé VDH, 22’’03.

On pourrait alors croire Popov sur le déclin quand, en 2003, à près de 32 ans, il réussit à nouveau le doublé sur 50 (21’’92) et 100 mètres (48’’42) aux championnats du monde de Barcelone, devançant chaque fois le « patron » VDH, 48’’68. Il participe (47’’71 lancé) au relais russe vainqueur. Est-il reparti pour les Jeux ? On peut le croire, mais à Athènes, il finit 18e ex-æquo sur 50 mètres (22’’58). Qualifié pour les demi-finales du 100 mètres, ses 49’’23 lui donnent la 9e place. Il est évincé de la finale, deux centièmes derrière Ian Thorpe, dernier qualifié. C’est la fin d’un long règne. Au bout du compte, Popov a battu sept records du monde, dont le plus prestigieux reste le 48’’21 sur 100 mètres, qui a tenu six ans debout. En petit bassin, il a nagé la distance en 46’’74, une marque qui a résisté dix années avant d’être effacée par Ian Crocker. Il a raflé quatre titres olympiques, six médailles d’or mondiales, 21 titres européens de 1991 à 2004. En juin 2014, il Alexandre Popov a nagé en 52’’25 sur 100 mètres à Monaco. Son fils, 17 ans…

*Alexandre Popov a écrit une autobiographie, Nager dans le vrai, Le Cherche-Midi, 2001).

*Ronald Cohn Jesse Russell Alexander Popov, Swimmer.

DASSLER D’OR, D’ARGENT, DE BRONZE, DE DOUTE

DASSLER [Uwe] Natation. (Potsdam, 11 février 1967-). RDA. Vainqueur dans un temps record du monde (3’46’’95) du 400 mètres nage libre des Jeux de Séoul, en 1988, où tous les finalistes améliorent le record olympique établi quatre ans plus tôt par Thomas Fahrner, ce nageur du club de l’armée (1,93m, 87kg) remporte également à Séoul le bronze du 1500 mètres, derrière le Russe Salnikov et l’Allemand de l’Ouest Pfeiffer, et l’argent avec le relais quatre fois 200 mètres de RDA. Deux ans plus tôt, il a été deuxième sur 400 mètres des championnats du monde de Madrid derrière Rainer Henkel (RFA). Champion d’Europe de la même distance en 1985 et en 1987, champion d’Europe 1985 du 1500 mètres, 2e en 1987. Après avoir appris à nager auprès de Dieter Muller, il est entraîné dans sa carrière par Lutz Wanja, un ancien nageur de dos, et se fait remarquer en 1984 en terminant derrière Salnikov aux compétitions « de l’amitié » qui remplacent les Jeux olympiques que le bloc de l’Est à boycottés. Bien entendu, ses exploits incontestables souffrent d’un grave soupçon né de la culture du dopage de la RDA à cette époque… Carrière achevée, il est devenu conseiller financier.

DARNYI, REGNA HUIT ANS SUR QUATRE NAGES

DARNYI  [Tamas]  Natation. (Budapest, 3 juin 1967-). Hongrie. Le nageur de quatre nages le plus titré du 20e siècle, il a, à quinze ans, perdu la moitié de sa vision de l’œil gauche à la suite d’une bataille de boules de neige. Il a rejoint le centre d’entraînement dirigé par Tamas Szechy, un coach original, très dur sous des abords rondouillards, et qui est un des maîtres du travail technique et psychologique. Ses élèves sont toujours des jeunes de classes défavorisées, d’enfants de familles séparées, à la fois durs au mal et plus tentés d’être soumis à une discipline inflexible parce que n’ayant pas de voies de recours, de positions de repli, et pour qui le succès de la natation est la chance de réussite dans la vie. Tous ses nageurs évoluent sur quatre nages, et la discipline va devenir une spécialité hongroise tant que Szechy restera aux commandes. Dès 1984, Darnyi est un nageur d’élite, mais le boycottage des Jeux olympiques de Los Angeles de 1984, réponse des Soviétiques et alliés au boycottage américain des Jeux de Moscou, quatre ans plus tôt, l’empêche de tenter sa chance… Sa carrière internationale commence donc en 1985. Il règne sur ces épreuves qui mêlent les quatre styles dans un ordre immuable, papillon, dos, brasse et crawl, pendant deux olympiades : double champion olympique (200 mètres et 400 mètres quatre nages) d’abord en 1988, à Séoul, en 2’0’’17 devant Patrick Kuehl, 2’1’’61, 4’14’’75, devant David Wharton, 4’17’’36, puis en 1992, à Barcelone, en 2’0’’76, devant Greg Burgess, 2’0’’97, et en 4’14’’23 devant Eric Namesnik, 4’15’’67, il réussit deux doublés équivalents en championnats du monde, en 1986 (200 mètres 4 nages devant Alexander Baumann et Vadim Yarochouk en 2’1’’56 contre 2’2’’34 et 2’2’’61, 400 mètres 4 nages devant Yarochouk, 4’18’’98 contre 4’22’’03, Baumann étant 3e en 4’22’’58) et en 1991 (200 mètres 4 nages en 1’59’’36 et 400 mètres 4 nages en 4’12’’36  devant Eric Namesnik, 2’1’’89 et 4’15’’21). En janvier 1991, à Perth, il est aussi 3e du 200 mètres papillon derrière Melvin Stewart et Michael Gross. Il réussit trois autres doublés en championnats d’Europe (1985, 1987 et 1989 ; cette dernière année, il est aussi vainqueur du 200 mètres papillon). Il enlève également neuf titres de champion des États-Unis, où Szechy aime emmener, surtout l’hiver, ses ouailles, ne serait-ce que pour corriger les « maîtres » US de la spécialité, deux sur 200 mètres dos, trois sur 200 mètres quatre nages et  quatre sur 400 mètres quatre nages. Il bat 3 records du monde sur 200 mètres quatre nages avec 2’0’’56 (championnats d’Europe 1987), 2’0’’17 (Jeux olympiques 1988) et, après que l’Américain David Wharton s’en soit emparé avec 2’0’’11 en 1989, 1’59’’36, aux championnats du monde de Perth (1991) ; il améliore aussi 3 records mondiaux sur 400 mètres quatre nages (4’15’’42 en 1987, 4’14’’75 en 1988, 4’12’’36 en 1991. A quoi s’ajoute un record sur 200 mètres dos en petit bassin.

Élu Nageur de l’Année en 1987 et en 1991, il exerce donc une emprise sur ses spécialités que seuls, sans doute, Alexandre Popov en sprint et Ian Thorpe en demi-fond, devancent en termes de titres glanés, et qui le comparent à Michael Gross, Grant Hackett et Michael Phelps. En outre, comme toujours les élèves de Szechy, Darnyi atteint un pic de forme par an et ne se rate jamais. Cette façon de procéder de Szechy, obsolète dans la natation actuelle, amènera d’ailleurs les Hongrois à inventer des performances pour leurs nageurs en vue de les qualifier aux Jeux olympiques (et leur vaudra, en 2000, une sanction de la part de la FINA). Darnyi, après une dernière grande victoire, sur 400 mètres quatre nages, aux championnats d’Europe 1993, se retire et ouvre une école à son nom à Budapest. Tamas Darnyi a été blessé dans un accident de la circulation aux USA début mai 2014.

CHARLES DANIELS

L’INVENTEUR DU CRAWL  »AMERICAIN »

Par Eric LAHMY                      Jeudi 7 Mai 2015

DANIELS [Charles Meldrum] Natation. (Dayton, 24 mars 1885-Carmel Valley, Dayton, Ohio, 8 août 1973). États-Unis. Le petit fils d’un juge et sénateur, il est le premier grand nageur américain. Physique puissant, 1,83m, il est considéré comme un phénomène en son temps. C’est un athlète aux multiples talents, qui plonge, rame, court les 800 mètres et le mile, franchit les haies, gagne à quinze ans un championnat de tir au Madison Square Garden, saute plus de 6 mètres en longueur, 1,75m en hauteur, excelle en baseball, en bowling, au billard, au squash et au bridge !  Il apprend à nager à neuf ans, mais ne se lance pas dans la compétition avant 1903, pour le Knickerbocker Athletic Club qu’entraîne Alex Maffort. En décembre, il nage les 100 yards en 1’8’’. Le club ferme, Daniels entre au New York Athletic Club et effectue de rapides progrès. Il remporte sept médailles olympiques – dont cinq d’or  et une d’argent –, cinq à Saint-Louis en 1904 et deux à Londres en 1908. Certains comptent également son titre, enlevé aux Jeux intermédiaires de 1906, à Athènes, ce qui porterait à huit le nombre de ses médailles (un record qui sera battu en 1972 par Spitz). En 1904, le nageur du New York AC remporte les 220 yards (2’44’’2) devant Francis Gailey, du club olympique, 2’46’’ ; les 440 yards libre (6’16’’2), toujours devant Gailey, 6’22’’ ; et participe au relais vainqueur 4 fois 50 yards. Ce relais n’est pas en fait une course olympique, mais un championnat US, et n’est pas retenu par tous les auteurs ; non sans raison : quand les Allemands se présentent pour le disputer, on leur oppose que cette course est réservée aux clubs américains. Daniels finit également 2e sur 100 yards (gagné par Halmay en 1’2’’8) et 3e sur 50 (une distance qui disparaîtra du programme et ne sera reprise qu’en 1988), derrière Zoltan Halmay, 28’’, et Scott Leary, 28’’2. En 1906, aux Jeux intercalaires d’Athènes, le 100 mètres voit une inversion du résultat de Saint Louis en 1904 ; Daniels gagne d’une longueur devant Halmay, 1’13’’ contre 1’14’’2. Le 3e de la course, Cecil Healy (Australie) a nagé, plus tôt dans l’année, la distance en 1’7’’4, en bassin d’eau salée, à Hambourg, deux secondes plus vite que le record mondial de Kieran, mais aux Jeux, il reste très éloigné d’une telle performance. En 1908, Daniels confirme sa légère supériorité sur Halmay ; il enlève encore le 100 mètres avec un meilleur temps mondial de 1’5’’6, et finit troisième avec le relais quatre fois 200 mètres américain. Daniels est le premier nageur à moins d’une minute sur 100 yards, minute que Frederick Lane égale en juillet 1902 dans la piscine de 39 yards de Manchester. Entre-temps, Daniels, frappé par la progression de Scott Leary, qu’entraîne Sydney Cavill, trouve l’occasion de voir nager cet Australian crawl qu’enseigne Cavill et comprend la supériorité du battement de jambes sur le ciseau. Il s’approprie cette nage, et un an plus tard, en février 1906, il nage les 100 yards en 57’’2, nouveau record américain, puis, en mars, en 56’’ dans un bassin de 25 yards. Il porte le record des 100 mètres à 1’2’’8 en tentative le 15 avril 1910. Il améliore 14 records mondiaux en cinq jours de 1905 et le voici qui détient tous les records du monde, des 25 yards au mile. Ses titres US : d’été, trois sur 100 yards (1905, 6 et 7), six sur 220 yards (1904, 5, 6, 7, 8, 10) six sur 440 yards (1904 et de 1906 à 1910) et trois sur le mile (1905, 1908 et 1909). D’hiver, 100 yards, 220 yards et 440 yards en 1906, 1909, 1910 et 1911, Il emploie un « double over » jusqu’aux Jeux de 1904. Si Daniels a copié la nage de Leary, il modifie légèrement le crawl australien, sans doute parce qu’il s’est découvert un fort battement, et lance ce qu’on appellera le crawl américain, dans lequel l’attaque de bras est synchronisée avec un battement de pieds à six temps (il avait dans un premier temps utilisé quatre battements par cycle de bras, alors que le battement australien est minimal – du moins à cette époque). Il aide à la diffusion de ce style en Grande-Bretagne, où il enlève deux titres anglais sur 100 yards (1906, 1907). Il met aussi au point un style de brasse. Son palmarès comptera finalement 31 titres individuels américains (AAU). Sportif éclectique, on l’a vu, Daniels est aussi un champion de bridge et de squash du New York Athletic club et deviendra plus tard un golfeur amateur de valeur nationale. Et comme il épouse, le 8 juin 1909, Florence Goodyear, l’héritière de la fortune de Goodyear, qui a obtenu le divorce (à Paris) de son mari George Wagner pour « abandon outrageant », il pourra beaucoup jouer au golf toute sa vie !

YOSHIHIKO OSAKI (1939-2015)

NAGER ETAIT SA VIE

Par Eric LAHMY                                                              Mardi 5 Mai 2015

Avec Yoshihiko Osaki, médaillé olympique en 1956, qui passa toute sa vie, ainsi de celle de sa famille, à nager et à servir la natation, c’est un grand homme de sport qui vient de disparaitre.

Le nageur japonais Yoshihiko Osaki, médaillé d’argent du 200 mètres brasse des Jeux olympiques de Rome, en 1960, est mort dans sa soixante-seizième année ce 28 avril, des suites d’une pneumonie. Né le 27 février 1939 dans la préfecture d’Ishikawa, sa passion pour la natation est demeure sans faille à travers les années, puisqu’une fois sa carrière de champion terminée, commença pour lui une carrière administrative qui le mena en 1970 à la direction de l’association de natation d’Osaka, en 1984 à la présidence et à la direction de l’association des masters japonais, en 1987 à la direction de la Fédération Japonaise de Natation. Egalement impliqué dans l’éducation physique il présida à partir de 1973 un institut idoine, le Shakai Taiku Kaihata Kenkyu-Sho. Il continuait aussi à nager pour le plaisir, et enleva entre 1986 et 2002 7 ors et 2 argents aux championnats du monde des masters. Il joua un rôle fondamental dans le développement de la natation des masters, dont il organisa parfaitement les premiers mondiaux au Japon en 1986 ; les masters comptent 43.000 membres au Japon, et Yoshihiko, qui dirigeait également une société Assurant la gestion de 17 piscines, y était pour quelque chose. 

S’il faut en croire sa biographie, présentée lors de son intronisation à l’International Swimming Hall of Fame, à Fort Lauderdale, en 2006, Osaki était le fils d’un nageur de compétition. Et donc, en nageant, il continua d’assurer une tradition familiale et en quelque sorte nationale, puisque les premières compétitions connues de l’histoire de ce sport se sont tenues sous l’empire du Soleil levant. Yoshihiko grandit dans une petite ville de la côte du Japon, Wajima, célèbre pour son marché traditionnel, qui remonte à mille ans, et ses œuvres d’art laquées. Yoshihiko, ses frères et ses amis, préféraient manifestement plonger dans la mer (du Japon) qui devint son terrain de jeu naturel. Il se présenta fort jeune à des compétitions, mais son talent ne s’épanouit qu’après son entrée à l’Université. Sélectionné pour les Jeux olympiques de Rome, il s’y conduisit vaillamment, et enleva la médaille d’argent, derrière un total outsider, l’Américain Bill Mulliken. C’était un exploit, mais Osaki, qui fit aussi partie du relais quatre nages 3e derrière les USA et l’Australie, était profondément déçu. Le Japon avait enlevé l’or et l’argent de l’épreuve en 1956, et il eut l’impression d’avoir failli. Il se maria en 1964 et ses enfants ont fait comme papa : ils ont nagé. Sa femme Yoshiko aussi, et comment : elle a en effet amélioré plus de cent cinquante records du monde masters. Avant son mariage, sous son nom de jeune fille, Sato, elle avait été triple médaillée d’or des Jeux asiatiques en 1958, exploit qu’elle répéta en 1962. Née le 30 mars 1938, elle a gagné, onze titres de championne du Japon, 4 sur 100 mètres et 7 sur 200 mètres, et établi 97 records japonais, dans toutes les courses de nage libre !

ELLIE DANIEL, LE REVE DE ONZE ANS

DANIEL [Eleanor Suzanne « Ellie »] Natation. (Philadelphie, Pennsylvanie, 11 juin 1950-). États-Unis. Entraînée au Vesper Boat par Mary Freeman Kelly (belle-sœur de Grace Kelly), Ellie sait très vite ce qu’elle veut, et à onze ans, après avoir assisté aux championnats des USA 1961, fait savoir qu’elle entend devenir championne olympique. Elle nage d’abord le 1500 mètres, mais, ayant pu voir en 1964 Sharon Stouder enlever les médailles d’or du 100 mètres papillon et du relais de quatre nages aux Jeux olympiques de Tokyo à 14 ans, et considérant sa force et sa souplesse d’épaules, se met en devoir de l’imiter. La FINA ayant ajouté son épreuve préférée, le 200 mètres papillon au programme olympique, pour les Jeux de Mexico, Ellie s’attelle au travail. Sa famille s’installe en Californie et, entraîne par Sherman Chavoor, elle se qualifie pour les Jeux panaméricains de Winnipeg, en 1967, où elle défait à la bagarre la gloire locale canadienne Elaine Tanner et Marilyn Corson. Elle fait partie du relais quatre nages qui améliore le premier record du monde de l’épreuve chronométré au centième, ce qui donne 4’29’’97. L’année suivante, aux Jeux olympiques de Mexico, Elli enlève l’or dans le relais quatre nages avec Kaye Hall, Catie Ball et Sue Pedersen ; l’argent sur 100 mètres papillon (derrière Lyn McClements, Australie) ; et le bronze sur 200 mètres papillon (derrière Ada Kok et Helga Lindner). Traditionnellement, les nageuses américaines, à dix-huit ans, abandonnent la compétition, mais Ellie, entraîne par une vieille gloire du demi-fond, George Breen, entend être présente aux Jeux olympiques de Munich. En 1971, elle améliore en 2’18’’4 le record du monde du 200 mètres papillon. Aux Jeux de Munich 1972, elle termine une nouvelle fois 3e de son épreuve fétiche (derrière Karen Moe et Lynn Colella). Ellie reste ensuite impliquée dans le sport. En 1973, elle fait partie de l’équipe de pongistes US qui voyage en Chine, et donne des exhibitions et séminaires de natation. Elle est choisie comme liaison entre la toute nouvelle commission des athlètes et le Comité olympique US (USOC) en 1975 et en 1976. Elle sert dans plusieurs commissions du dit Comité, notamment à l’approche des Jeux de Los Angeles, en 1984.

MAMAN EST CHAMPIONNE OLYMPIQUE

Par Eric LAHMY                                                      Jeudi 30 Avril 2015

DANGALAKOVA-BOGOMILOVA {Tania (Tanja ou Tanya)] Natation. (Sofia, 4 juin 1964-). Bulgarie. Sous son nom de jeune fille, Bogomilova, grande et mince (1,74m, 58kg), elle est entraînée par Cherventkov, puis par Pantcho Gurkov avec qui elle fait l’essentiel de sa carrière : 3e des Championnats d’Europe sur 100 mètres brasse en 1983, Championne d’Europe sur 200 mètres brasse en 1985, triple Championne du Monde universitaire à Kobe (100-200 brasse, 2004nages) ; 2e (200 brasse, 2’27’’66 contre 2’27’’40 à Silke Horner après avoir pratiquement mené depuis le début) et 3e (100 brasse) aux mondiaux de Madrid, en 1986, elle est systématiquement barrée par les produits du dopage d’Etat de RDA. A 23 ans, elle interrompt sa carrière et, en juillet 1987, donne naissance à une fille, Ana, qui participera aux Jeux olympiques de 2004. En octobre, elle doit être opérée. Entraînée par son mari Jorgi Dangalakov, adjoint de Gurkov, elle reprend l’entraînement en janvier 1988. Quelques mois plus tard, aux Jeux de Séoul, deux jours après avoir fini 4e du 200 mètres brasse, elle devient championne olympique du 100 mètres brasse, frôlant le record du monde de 0’’04. Laissant, au contraire de son habitude, la favorite est-allemande Silke Hörner prendre la tête, et passer à mi-course en 31’’58 sur un rythme de record du monde, Tanya prend la tête vers les 80 mètres et l’emporte. Envahie par l’émotion, elle s’effondre en larmes et ne peut pas s’exprimer devant la presse… En 2002, elle est devenue secrétaire générale (exécutive) de la Fédération bulgare de natation.

DALLA VALLE, COEUR VAILLANT

Par Eric LAHMY                                                 Jeudi 30 Avril 2015

DALLA VALLE [Manuela] (Como, 20 janvier 1963-). Italie. Une carrière record en termes de longévité, étendue sur vingt-et-un ans (1978-1998), marquée par deux 2e places européennes sur 100 mètres brasse (en 1987 et 1989), et un titre à l’Universiade 1987 pour cette exposante de la brasse et des quatre nages, de gabarit modeste, 1,61m, 53kg. Elle compensait sa taille par son exubérance et sa  vaillance. Coachée par Alberto Castagnetti, elle nageait aussi le 200 mètres brasse et le 200 mètres quatre nages et fut finaliste à Los Angeles 1984 (200 mètres 4 nages), Séoul 1988 (200 mètres brasse) et Barcelone 1992 (100 et 200 mètres brasse). 4e du 100 mètres brasse des mondiaux de Perth, en 1991, elle était encore présente aux Jeux d’Atlanta en 1996. Médaillée européenne sur 100 mètres brasse, d’argent en 1987 à Strasbourg, de bronze à en 1989 à Bonn, elle fut championne du monde universitaire à Zagreb, Yougoslavie (1987). Elle enleva 63 titres (printemps et été) italiens dont 50 individuels, et 29 sur 100 mètres brasse seulement, et se retrouva également, de ci de là, sur des podiums en nage libre, en dos, en papillon et, bien entendu, en quatre nages ! Elle devint enseignante en éducation physique, entraîneur et dirigeante (élue en 2000), vice-présidente de la Fédération Italienne de Natation (FIN).