Catégorie : Natation

BUSTER CRABBE, LE TARZAN « BIS »

Lundi 9 Mars 2015

CRABBE [Clarence Linden « Buster »]. Natation. (Oakland, Californie, États-Unis, 7 février 1908-Scottsdale, Arizona, 23 avril 1983). États-Unis. Champion olympique, il succéda à Johnny Weissmuller dans le rôle de Tarzan à l’écran comme il lui avait succédé sur les podiums. Il fut vainqueur du 400 mètres des Jeux olympiques de 1932 (devant le Français Jean Taris), quatre ans après avoir été médaillé de bronze du 1500 mètres. Les deux hommes nageaient dans des lignes opposées et avaient du mal à se voir. Taris mena la course avec vivacité, Crabbe partant plus prudemment. Mais dans la deuxième moitié de course, l’Américain revint, et toucha d’une main devant, en 4’48’’4 contre 4’48’’5. Le troisième de la course, le Japonais Oyokata, était distancé de quatre secondes… On a dit que ce succès lui ouvrit les portes de Hollywood. En effet, il avait été refusé en 1931 pour reprendre le rôle de Tarzan, et avait interprété, dans une pâle copie, intitulée Le Roi de La Jungle, le personnage principal, Kapa, l’homme lion ! Or le succès de ne nanar fut assuré par le 400 mètres victorieux et les businessmen d’Hollywood eurent l’idée de créer une « rivalité » entre Weissmuller et Crabbe. Californien de naissance, celui-ci s’était retrouvé, à l’âge de dix-huit mois, à Hawaii où ses parents s’étaient installés. Il apprit à nager à l’école de Puna Hou (Honolulu), où, sportif et athlétique, il se distingua aussi en football, en basket et en athlétisme. S’il ne battit qu’un seul record du monde, sur 880 yards, 10’20’’4, en 1930, il remporta onze titres américains d’été, dont celui du mile à cinq reprises (1927-1931).

Sa victoire olympique le lança donc au cinéma, où il fit une carrière florissante de héros pour la jeunesse. Septième Tarzan de l’écran, il fut aussi Buck Rodgers, Captain Gallant, Flash Gordon et joua dans soixante-cinq westerns. Raillé pour ses capacités d’acteur, lui-même en plaisantait et le regrettait tout à la fois : « on a dit que j’ai commencé très bas puis que je me suis stabilisé. Mais on ne m’a jamais appris à jouer, et sans cela, j’aurais pu atteindre un bon niveau. »

LYNNE COX, LE BRISE GLACE HUMAIN

Jeudi 5 Mars 2015

COX [Lynne]. Natation. (Boston, Massachusetts, 1957-). États-Unis.

Nageuse de grand fond (eau libre), spécialiste des eaux glacées, elle apprend à nager avant ses deux ans dans les lacs du Maine. Quand, en 1969, ses parents quittent le New Hampshire pour Los Alamitos, en Californie, elle rejoint le coach Don Gambrill à Philips 66. Celui-ci, voyant qu’elle s’ennuie dans des allers-retours de bassin, l’encourage à s’engager dans des courses en eau vive. Les nécessités du demi-fond dans les eaux glacées vont l’amener à étoffer sa silhouette, et elle atteindra 82kg pour 1,68m, augmentant sa flottabilité et sa résistance aux conditions de froid extrême. En 1971, à quatorze ans, elle effectue avec quatre amies la traversée des 40 kilomètres du détroit de Catalina en 12h36 ; mais surtout, le froid, les vagues, la solitude, le sentiment de libération qu’elle en ressent, provoquent en elle une sorte d’extase. C’était, dit-elle, comme si on avait ouvert une cage vers la liberté ; elle se transforme alors en démolisseuse de records : celui, absolu (hommes et femmes) de la traversée de la Manche (9h57’ en 1972, puis 9h36’ en 1973), celui de la traversée du détroit de Catalina en 8h48’ en 1974 ; elle effectue les « premières » du détroit de Cook (32km), des détroits de Magellan (Chili, 1976), de Behring et du Cap de Bonne-Espérance, ainsi que les traversées des détroits d’Oresund et Skagerrak (Scandinavie). Elle fait preuve d’une bravoure insensée, et reçoit en hommage le surnom de la femme ours polaire. Elle effectue trois fois la traversée des Aléoutiennes, celle du cap de Bonne Espérance en 1979. Elle est en 1988 la première femme à traverser le lac Baïkal, et en 1992 le lac Titicaca, à 3810 mètres d’altitude, etc. Sa traversée du détroit de Behring, 2,7 miles en 2h16’, dans une eau à moins de 1° où un homme ne peut survivre plus de trois minutes (!) le 7 août 1987, demeure son plus étonnant exploit ; il effare les physiologistes qui l’observent ; à l’occasion, les Soviétiques ouvrent pour la première fois depuis 47 ans leur frontière ; Lynne Cox est reçue par le président Ronald Reagan, et Mikhaïl Gorbatchev fait longuement référence à Lynne dans un toast lors de sa réception à la Maison Blanche. Elle nage en 2002 dans l’Antarctique, franchissant la distance de 1700m en vingt-cinq minutes. Elle dispose d’une attaque longue et lente et d’un battement de jambes proche de zéro, propices aux efforts les plus démesurés…

*Auteur d’une autobiographie, Swimming to Antartica, inscrit parmi les 50 meilleurs livres de 2004 dans le classement d’Amazon, elle a aussi raconté deux ans plus tard sa rencontre avec un bébé baleine, dans Grayson, un ouvrage traduit en français sous le titre : Le Cri de la Baleine.

KIRSTY COVENTRY, LEGENDE AFRICAINE

COVENTRY [Kirsty]. Natation. (Harare, Zimbabwe, 16 septembre 1983- ). Zimbabwe.

Une des héroïnes des Jeux Olympiques d’Athènes, en 2004, où elle enlève le titre du 200 mètres dos, l’argent du 100 mètres dos et le bronze du 200 mètres quatre nages. Ses succès olympiques connaissent un retentissement énorme dans son pays, nation très pauvre et agitée de forts soubresauts politiques et sociaux. Elle-même a réalisé ses plus beaux exploits chronométriques en utilisant les combinaisons polyuréthane, ce qui peut mettre en doute par exemple sa légitimité à succéder, sur 200 mètres dos, à la Hongroise Kristina Egerszegy. Mais pas sa domination dans la natation de son époque. Assez discrète depuis des années, elle s’entraîne toujours, aux USA, et ambitionne de nager encore aux Jeux de Rio.

Coventry mesure 1,73m et avoue 59-60kg.  Elle n’est pas présentée généralement comme une personne spécialement douée, mais sa nage est puissante, fluide, efficace, et dégage une impression de force. Issue d’une famille sportive (un oncle international de rugby), Kirsty reçoit ses premières leçons de natation de sa mère, à dix-huit mois. Ses parents possèdent au Zimbabwe une entreprise, Omnichem, spécialisée dans les produits chimiques domestiques. Les week-ends, la famille aime se rendre au grand lac artificiel de Kariba, formé par un barrage sur le fleuve Zambèze, pour pêcher en famille, observer les grands animaux, éléphants, impalas, hippos, zèbres, giraffes, qui viennent boire. Kirsty commence à nager à six ans dans un club local, Highlands, puis plus tard, dans un autre club, Otters, entre dans sa première équipe du Zimbabwe à neuf ans. A douze ans, elle signera aux Pirates, où elle sera entraînée par un couple, les Mathieson. Comme on ne peut chauffer suffisamment la piscine l’hiver, Kirsty est une athlète polyvalente, qui court, fait du hockey sur gazon afin d’améliorer sa force et sa condition physique. Elle partage une ligne d’eau avec cinq autres enfants. En 2000, c’est déjà une nageuse accomplie, qui parvient en demi-finale du 100 mètres dos (1’2’’55, 12e temps) et finit 18e du 200 mètres 4 nages des Jeux de Sydney. Elle a dix-sept ans quand elle est recrutée par l’Université d’Auburn, en Alabama, dont l’équipe de natation, les « Tigers », est entraînée par Kim Brackin. Là, elle découvre l’entraînement collectif, ce qui, témoigne Brackin, lui rend les choses plus faciles, ses buts personnels prenant un caractère moins prioritaire. Elle-même déclare apprécier la vie de groupe où elle « compte cinquante frères et sœurs. » Et les impératifs de la compétition à l’entraînement (il lui faut « gagner » à chaque séance, tous les jours) lui conviennent. Emmenés par cette polyvalente surdouée, les Tigers enlèvent les prestigieux titres NCAA qui font l’elles la meilleure équipe universitaire des USA. Ses exploits d’universitaire sont innombrables, le plus remarquable étant de gagner trois titres individuels deux années de suite, en 2004 et 2005. On a dit plus haut ses succès d’Athènes, en 2004. Elle gagne le 200 mètres dos en 2’9’’19 devant la Russe Stanislava Komarova, 2’9’’72, l’Allemande Antje Buschschulte et la Japonaise Reiko Nakamura, ex-aequo en 2’9’’88. Sur 100 mètres dos, elle termine en 1’0’’50, entre Natalie Coughlin, gagnante en 1’0’’37, et Laure Manaudou, 3e en 1’0’’88. Sur 200 mètres quatre nages, elle est 3e en 2’12’’72 derrière l’Ukrainienne Yana Klochkova, 2’11’’14 et l’Américaine Amanda Beard, 2’11’’70. Un an plus tard, rebelote, aux mondiaux 2005 de Montréal, elle remporte aisément 100 mètres dos et 200 mètres dos, finit 2e du 200 mètres 4 nages en 2’11’’13, et, nouvelle adjonction à son programme, du 400 mètres 4 nages, en 4’39’’72, derrière l’Américaine Katie Hoff, 2’10’’41 et 4’36’’07. C’est là, dira-t-elle, qu’elle prend conscience de sa valeur sur 400 mètres 4 nages. Sur 100 mètres dos, qualifiée à l’économie, elle nage dans une ligne du bord, la une, et l’emporte (1’0’’24) d’une demi-longueur devant Buschschulte (1’0’’84) et une Coughlin sans éclat (1’0’’88). Sur 200 mètres dos, elle plane, gagne avec une grosse longueur, 2’8’’52 ; 2e, Margaret Hoelzer, USA, son équipière d’Auburn, 2’9’’94. Elle est désignée comme la meilleure nageuse de la compétition : championne des championnes du monde en quelque sorte.

Kim Brackin décide de prendre une année sabbatique, et trouve en 2006 une autre Université, Texas. Coventry, elle, peut-être un peu perdue sans son coach, se blesse à un genou et ne peut nager de janvier à mai. Par manque de préparation, elle ne brille guère aux PanPacifics 2006. Aux mondiaux 2007, à Melbourne, ayant retenu le 400 mètres 4 nages, elle connait les hauts et les bas que réserve un programme surchargé. Elle se retient trop en demi sur 100 mètres dos, nage une grosse seconde plus lentement qu’en séries (1’1’’73 contre 1’0’’57) et se retrouve éjectée de la finale ! Vingt minutes plus tard, elle enlève l’argent (2’10’’76) du 200 mètres quatre nages derrière Katie Hoff (2’10’’13). Disqualifiée pour virage incorrect en séries du 400 mètres 4 nages, elle se couvre d’argent du 200 mètres dos derrière son « ennemie intime » Margaret Hoelzer, 2’7’’54 contre 2’7’’16 (record américain). Elle améliore en février 2008 au grand prix du Missouri le record mondial du 200 mètres dos de la « mythique » Krisztyna Egerszegi (vieux de 16 ans, 2’6’’62 en 1991) en 2’6’’39, après avoir approché cette marque à Chiba  en août 2007 avec 2’6’’83. C’est le premier record du monde battu dans le maillot de bain Speedo LZR Racer, inaugurant une guerre technologique de funeste mémoire. Elle progresse sur 100 mètres dos : 59’’85 à Chiba, au Japon, puis 59’’47 à Columbia, après que Coughlin ait fait passer le Record du Monde de 59’’44 à 59’’21 en séries.

A Pékin, elle s’affirme une fois de plus comme une nageuse marquante, est championne olympique du 200 mètres dos en 2’5’’24 devant, revanche de Melbourne, Margaret Hoelzer, USA, 2’6’’23, enlève les médailles d’argent du 100 mètres dos (59’’19 derrière Coughlin, 58’’96), et des 200 mètres et 400 mètres quatre nages, derrière la nouvelle reine des « medley », l’Australienne Stephanie Rice, 2’8’’59 contre 2’8’’45 et 4’29’’89 contre 4’29’’45. Seul son résultat sur 100 mètres dos a le don de la décevoir. Coventry n’a-t-elle pas battu le record olympique en séries, en 59’’ juste, et le record du monde en demi-finale, en 58’’77 ? Elle peut dès lors considérer son parcours en finale comme une course ratée ! De la même façon, elle domine les séries du 200 mètres 4 nages avec un record olympique de 2’9’’53 que Rice battra de plus d’une seconde. Son entraîneur dira plus tard que Kirsty retirera de ces belles performances un sentiment d’échec : son but caché n’était-il pas de gagner ces quatre courses en battant les records mondiaux ?

En 2009, les aléas de sa vie personnelle (cancer de sa mère), affective (elle doit rompre ses fiançailles alors qu’elle avait acheté une maison) et de la situation politique au Zimbabwe (réforme agraire signifiant la dépossession des blancs) la perturbent énormément, mais elle se reprend à l’entraînement. Aux mondiaux, elle parvient à conserver un haut niveau de performances, remportant le 200 mètres dos en 2’4’’81 (RM) à l’issue d’un duel farouche avec la Russe Anastasia Zuyeva, 2’4’’94. Elle termine 2e du 400 mètres 4 nages en 4’32’’12, derrière Katinka Hosszu, Hongrie, 4’30’’31, 4e du 200 mètres 4 nages malgré un temps de 2’8’’94 (mais c’est l’explosion des combinaisons, dont, d’ailleurs, elle-même profite). Cette course est enlevée par Ariana Kukors en 2’6’’15, record du monde. Coventry, à l’issue d’une course ratée de bout en bout, 8e du 100 mètres dos, aux mondiaux de Rome. Sur 100 mètres, en outre, elle perd son record mondial, battu par Zuyeva avec 58’’48. Aux mondiaux 2011, à Shanghai, Coventry est en-dehors des finales sur 200 mètres 4 nages (9e), 400 mètres 4 nages (14e) et 200 mètres dos (12e), et ne s’engage pas sur 100 mètres dos. Nageuse en polyuréthane, elle n’avance plus lors du retour au maillot simple. Mais elle n’en continue pas moins d’aligner des longueurs, et d’annoncer : je nagerai à Rio de Janeiro… Après avoir erré entre Monaco et Johannesburg, elle a trouvé son port d’attache à Charlotte, en Caroline du Nord, dans le groupe emmené par David Marsh, le « Swim Mac Team Elite ».

« DOC » COUNSILMAN, LE SORCIER D’INDIANA

Par Eric LAHMY          Jeudi 5 Mars 2015

COUNSILMAN [James Edward « Doc »]. Natation. (Birmingham, Alabama, 28 décembre 1920-Bloomington, Indiana, 4 janvier 2004). États-Unis.  Entraîneur en chef de l’équipe olympique américaine de 1964 à 1976. Sous sa gestion, les nageurs US amélioreront 52 records du monde et enlèveront 48 médailles dont 21 d’or. Il décide d’apprendre à nager après avoir manqué de se noyer dans un trou d’eau, lors de vagabondages, en compagnie de son frère et de son chien, dans un parc forestier de Saint-Louis où sa mère Ottilia, jeune divorcée, s’est installée et vit chichement. Il se découvre des talents de nageur et d’athlète, court sur 440 yards en 54’’, saute 1,78m, et veut faire du plongeon, mais, cheville brisée, s’oriente vers la nage. Une lecture de la biographie du Capitaine Webb renforce sa décision. En 1938, à Paplewood, dans le Missouri, il rencontre lors d’un meeting de natation, un coach, Ernst Vornbrook, qui va avoir une grande influence sur lui. Champion des États-Unis du 200m brasse en 1942, héros de guerre, il reçoit la Distinguished Flying Cross, pour, étant pilote de bombardier, avoir posé son avion privé de train d’atterrissage dans la région de Zagreb, sauvant ainsi son équipage). Diplômé des Universités d’Illinois (mastère) et d’Iowa (doctorat), il commence sa carrière d’entraîneur non pas par la natation, mais par le football américain, le basket, le baseball et l’athlétisme ; d’abord attaché au collège de Cortland (New York), il s’installe à l’Université d’Indiana (1957-1990) où il obtient un palmarès extraordinaire : six titres NCAA consécutifs entre 1968 et 1973, vingt-trois victoires dans les « Big Ten », dont vingt à la suite, de 1961 à 1980, ainsi que 140 duels vainqueurs consécutifs en treize ans. Quarante-huit de ses élèves à Indiana représentant dix nations participent aux Jeux olympiques où ils remportent entre 1964 et 1976 46 médailles dont 26 d’or. Ses nageurs établissent 52 records mondiaux et 154 records américains. Parmi les plus distingués d’entre eux, Mark Spitz, Jim Montgomery, John Kinsella, Charlie Hickcox, Chester Jastremski, Tom Stock, George Breen, Mike Stamm, Alan Somers, Ted Stickles, Larry Schuloff, John Murphy, Gary Hall sr, Mike Troy et Franck McKinney. George Breen a donné une version intéressante de la méthode de Doc Counsilman. « Doc lançait: ‘’6 fois 400m’’. Puis il me disait : ‘’George, tu n’es pas obligé de faire ça.’’ Personne ne le prenait au mot. Doc n’était pas un dictateur. Il était un gentil dictateur. Vous veniez à l’entraînement pour prendre le plaisir qu’il dispensait. Pour apprendre quelque chose. Nous travaillions plus fort que n’importe qui, mais tout restait ouvert. »

Il est aussi un pionnier et un chercheur dans les techniques de l’entraînement. Il écrit en 1968 un livre fondamental, The Science of Swimming, qui est une bible pour des générations d’entraîneurs du monde entier, puis The Complete Book of Swimming (1977), ainsi qu’un manuel et d’innombrables articles. Le 14 septembre 1979, Counsilman devient, à 58 ans et 260 jours, le nageur le plus âgé ayant traversé la Manche. Quelques années plus tard, il est contraint par la maladie (un syndrome de Parkinson) à stopper ses activités.

Son livre The Science of Swimming sera un ouvrage de référence dans les années 1960.

NATALIE COUGHLIN, DU SOUFFLE ET DU COEUR

Par Eric LAHMY                                             Mercredi 4 Mars 2015 

COUGHLIN [Natalie]. Natation. (Vallejo, 23 août 1982-). États-Unis.

Championne olympique, première femme à avoir nagé sous la minute au 100 mètres dos en grand bassin (59’’58, en 2002, à Fort Lauderdale, au championnat des États-Unis), première femme à conserver son titre olympique sur 100 mètres dos à Pékin, en 2008, quatre ans après celui d’Athènes en 2004, Natalie Coughlin rêve encore de lauriers olympiques à Rio. Elle aura 34 ans!

D’ascendance irlandaise (et un quart philippine) et la fille d’un sergent de police, Coughlin montre très tôt des qualités aquatiques et mentales exceptionnelles. La nageuse la plus douée de sa génération? Ses ondulations en dauphin, en papillon, sont incomparables. La qualité de ses virages, de sa reprise de nage, en font surtout la terreur des petits bassins. Aussi le souffle au cœur qu’on lui a décelé, enfant, ne l’a pas dérangée. Elle étudie à Sainte Catherine of Sien avant d’être inscrite à l’école secondaire du Carondelet, à Concord. Elle trempe dans l’eau à dix mois, derrière sa maison de Vallejo, apprend à nager dans des cours d’été avant que ses parents la placent dans un club, les Benicia Blue Dolphins. Elle montre très vite ses ambitions, sa détermination à nager vite, à suivre, puis battre les meilleurs. Sa passion pour la natation est à ses yeux un donné, incontournable. Un jour, dans une enquête, elle répond à la question : « pourquoi nagezvous dans une équipe US ? » par cette réponse : « parce que je vis aux USA. » Sportive, aimant se dépenser, elle fait de la gym, du ballet, de la tap dance, du volley. Mais, dira-t-elle, « j’étais grasse, maladroite, gauche, sauf quand je me trouvais dans l’eau. » A quoi tient l’amour ! Elle nage donc, à dix ans, dans un club YMCA. Remarquée par un coach à succès, Ray Mitchell, elle le rejoint à treize ans au club de Terrapin Station, à Concord. En partie pour la rapprocher de la piscine, ses parents déménagent de Benicia, où ils habitent, à Concord, à dix-huit kilomètres de là. L’entraînement est très exigeant. Natalie arrive tous les matins à la piscine à 5 heures pour sa première séance dans une piscine dont le chauffage tombe parfois en panne. L’été, elle passe dans le groupe des meilleurs, de Mitchell, où elle bat souvent les garçons.

PLUS DOUÉE QUE MICHAEL PHELPS!

Elle a quinze ans, en 1997, quand elle devient la première nageuse de l’histoire à être qualifiée dans toutes les épreuves (14) des championnats nationaux. Cette année, elle apparait dans les bilans mondiaux en nage libre et en quatre nages, et sera classée en dos et en papillon en 1998. Elle démontre, outre une polyvalence sans équivalent depuis Tracy Caulkins, des qualités inégalables de glisse et de technique – départs, virages, ondulations. « Quand Coughlin nage, vous voyez une relation avec l’eau, expliquera Terri McKeever, qui l’entraînera à l’Université de Berkeley. L’eau la calme. J’étais comme ça. Je n’étais pas extravertie, pas spécialement jolie, mais dans l’eau je me sentais bien, » ajoute McKeever. Ce talent, ou cette affinité avec l’élément liquide, qu’on a remarqué chez de grands nageurs, depuis Johnny Weissmuller jusqu’à Roland Matthes, de Mark Spitz à Michael Phelps, de Dawn Fraser à Dara Torres, de Kornelia Ender à Inge De Bruijn, donne une impression de facilité. Même quand elle se donne au maximum, quand elle endure les pires souffrances dans son effort, elle parait sereine, impériale. Les coaches en ont plein les yeux. « Elle est posée comme dans un cocon », s’extasie Jack Bauerlé. Elle est la nageuse la plus talentueuse qu’il n’a jamais vue, prétend Richard Quick. « Elle est plus douée que Michaël Phelps, dira une équipière, Marcelle Miller, son toucher de l’eau et ses mouvements la mettent dans une classe à part. Elle nage sans faute, comme si elle n’essayait même pas. » De plus elle dispose d’une capacité pulmonaire phénoménale.

Autre caractéristique de cette facilité apparente : son économie de nage. Sa « glisse » lui donne une amplitude, une longueur inhabituelle : en dos, 1’’4 à 1’’5 par coup de bras, contre 1’’2 pour les autres dossistes d’élite. Cette façon de s’évertuer avec lenteur tient, bien entendu, à une capacité supérieure d’appréhension du bon mouvement. Selon Milton Nelms, le maître de nage qui a remodelé le style de Thorpe (et épousé Shane Gould, ce qui n’est pas mal non plus), « elle va piquer immédiatement le bon mouvement qui prendra cinq à six heures à tout autre nageur. Cela tient à son intelligence supérieure, et plus particulièrement à son intelligence physique. » Pour devenir la championne incontournable de son temps, que lui manque-t-il ? Ah ! Oui : c’est une battante, toujours prête à reculer ses limites, ou le seuil de la fatigue. « J’étais frappée par la vision de sa lèvre inférieure constamment sanglante pendant les grands matches, témoignera sa copine et cependant intraitable adversaire Haley Cope. J’ai réalisé que, quand l’effort commençait à faire mal, elle se mordait la lèvre inférieure afin que ses jambes soient moins douloureuses que sa bouche ».

Comment fabrique-t-on une championne ? Ou, au contraire, comment la détruit-on ? Car Coughlin a bien failli être ratée. Nelms dira d’elle ce qui aura été dit de Dara Torres et peut s’appliquer à nombre de cracks : « c’est un chat qui a été entraîné comme un chien. » Le responsable de ce presque échec, que vise Nelms, n’est autre que Ray Mitchell. Le portrait qui est fait de Mitchell dans l’autobiographie de Natalie est la représentation presque caricaturale d’un coach autocrate, inflexible, que ses nageurs adorent détester, et appellent entre eux « Le Diable » ou « Staline. » Selon des témoignages il en rajoute en férocité au sujet de Natalie. Quand elle part en congés avec la famille, se lamente-t-elle, il lui donne des devoirs de vacances, ne lui accorde aucun répit. Il a du mal à comprendre que les nageurs grandissent, et, dira l’intéressée, ne traitera jamais Natalie en adulte. C’est ainsi que ce « père abusif » fera tout pour l’empêcher de s’épanouir auprès de son jeune boy-friend, Ethan Hall, un nageur courageux et talentueux auquel elle est attachée et qu’elle épousera. Selon Milt Nelms, « un grand nombre de coaches de jeunes sont restés des adolescents attardés », d’où cette coupante assertion de Ray Mitchell : « il est impossible pour une nageuse d’élite d’avoir une relation ». – La vérité, c’est que cela doit être difficile, mais moins sans doute pour la nageuse d’élite que pour l’ami en question !

S’ENTRAINER À TRAVERS LA BLESSURE

La touche finale de cette représentation tragique du coach obtus doit être achevée quand, en mars 1999, alors qu’elle se prépare sur 200 mètres papillon, elle se blesse gravement à l’épaule gauche. Mitchell a toujours encouragé ses nageurs à s’entraîner « à travers la blessure ». S’ils ne le peuvent, il les traite d’hypocondriaques (il y en a), se moque de leur propension à être « toujours malades » (cela existe) et finalement, quand ils sont réellement abîmés (car cela aussi, cela arrive), les amène à se blesser plus gravement. Or Natalie s’est déchiré le labrum, ce cartilage en forme de monture qui entoure l’épaule, et doit être opérée. Natalie tente pourtant d’éviter le scalpel avec une thérapie et s’adresse à Lisa Giannone, d’Activ Care, à San Francisco. Pendant ce temps, Mitchell, fidèle à son personnage, fait tout pour l’encourager à ne pas écouter les conseils de prudence et à nager à travers la douleur. A cette époque, quand la souffrance se fait intolérable, elle prend une planche et effectue d’interminables longueurs jambes seules. D’un mal peut naître un bien car, témoigne-t-elle, ces séances vont développer encore plus son formidable battement des jambes, dans la nage comme au départ et dans les virages. Mais Mitchell ne la lâche pas, qui l’accuse de travailler « moins qu’à treize ans » et lui intime l’ordre de quitter Ethan Hall. Coughlin, dès lors, ne peut plus que détester la natation. « Je me sentais prête à quitter mon coach, personnage abusif et manipulateur – qui voulait contrôler chaque aspect de ma vie » dira-t-elle. Son taux de cortisol, hormone relâchée dans l’organisme dans les états dépressifs, d’agitation et de stress, est mesuré à 60 (normale de 8 à 20).

TERI MCKEEVER, COACH INTERACTIVE

C’est l’époque où il lui faut aussi décider de son avenir, et donc de l’Université où elle étudierait et nagerait. Écœurée par la natation punitive de Mitchell, elle écoute sans enthousiasme les propositions de coaching haut de gamme que lui propose un entraîneur réputé mais très exigeant, Richard Quick, à Stanford, qui achèveront de la dégoûter de la natation ; elle préfère l’Université de Berkeley, où entraîne Teri McKeever, une femme de 42 ans, timide et mal à l’aise socialement, qui milite pour des méthodes « interactives », alors assez mal vues par la culture dominante, axée sur un énorme kilométrage et le développement de l’endurance à outrance. Coughlin, qui déteste désormais la vision de la natation, brutale et impérative, que cultive Ray Mitchell, à qui elle croit devoir sa blessure, sait qu’elle préfèrerait abandonner la natation que continuer dans cette voie. Ray Mitchell, comme le coach de football Vince Lombardi, est un adepte de la motivation par la peur. Mais Natalie doit lutter pour imposer sa façon de voir à ses parents, qui ne saisissent pas l’enjeu et la voient déjà à Stanford. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que McKeever est terrorisée par la responsabilité qui lui échoit autant que passionnée à l’idée de devoir s’occuper d’un pareil bijou. Coughlin trouve étrange d’être désirée, en raison de son épaule qui ne guérit pas. Avec McKeever, elle travaille sa puissance et sa vitesse par un travail qualitatif et très varié, dans lequel, par exemple, la base aérobie sera assurée au sol par de la course. McKeever change sa nage, de façon à améliorer son efficience aquatique et à réduire l’effort qui pèse sur son épaule fragilisée. Mais aussi, elle va rendre l’entraînement attractif, amusant même, grâce à des variations, des exercices inattendus, des expériences parfois osées.

UN CHAT QU’ON A ENTRAINÉ COMME UN CHIEN

Reste le problème de l’épaule. Milt Nelms prend conscience de l’étendue des dégâts: il note, en la voyant, une forte asymétrie. « Dans l’eau ou hors de l’eau, je ressentais une impression de grotesque », dira-t-il. Il souligne la gravité de son problème d’épaule. Quand elle nage, Coughlin se compare, dit-il, à un marcheur qui aurait un talon à un seul pied, ou à deux nageurs qui auraient été accolés : l’un serait bien en ligne, agressif et énergique, l’autre boiteux, tel un skateboard, glissant jusqu’au coup de bras suivant ; elle lui évoque aussi « quelque chose d’arythmique, comme la course d’un chien à trois pattes. »  Pour réparer, il va la faire nager en respiration bilatérale. Mais « tout dans tout, il fallut deux ou trois ans pour déprogrammer les habitudes qu’elle avait prises ».

Aux mondiaux 2001 de Fukuoka, elle l’emporte sur 100 mètres dos en 1’0’’37 après s’être égarée dans sa ligne d’eau et frottée aux bouchons dans la seconde longueur. Au départ du relais quatre nages, elle réussit 1’0’’18, à 2/100e du vieux record de la Chinoise Cihong He, laquelle est fortement suspectée de dopage. En novembre 2001, Coughlin améliore les records du monde en petit bassin du 100 et du 200 dos (57’’08 et 2’3’’62). L’été 2002, à Fort Lauderdale, elle remporte les titres nationaux des 100 mètres (54’’66), 200 mètres (1’58’’20), 100 mètres dos (59’’58, record du monde), 200 mètres dos (2’8’’53) et 100 mètres papillon (58’’49). Douze jours plus tard, victoires en rafale, 100 mètres libre (53’’99), 100 mètres dos (59’’72) et 100 mètres papillon (57’’88) aux Panpacifiques. La suite ne confirme pas ces débuts tonitruants. Victime d’un virus local, la polivalencia, elle ne peut, aux mondiaux 2003 de Barcelone, atteindre un seul podium individuel : épuisée par une fièvre à 39°5, des maux de gorge et des maux de tête, son 1’3’’18 des séries ne la qualifie pas pour les demi-finales du 100m dos. Elle fait cependant partie des relais 4 fois 100 mètres vainqueur et 4 fois 100 mètres quatre nages médaillé d’argent.

Ces ennuis de santé lui font réévaluer à la baisse ses ambitions olympiques à Athènes, et à abandonner son projet de tenter d’établir un record du nombre de médailles olympiques, comme un Michaël Phelps au féminin. Au-delà d’une polyvalence qui, dans l’histoire du sport, ne le cède que devant Tracy Caulkins (meilleur nageuse américaine en activité sur 100 mètres dos, papillon et crawl, 200 mètres libre et 200 mètres dos), elle doutait d’avoir la santé de relever un tel défi, d’autant que le programme olympique féminin s’adaptait mal à une telle ambition, alors que le masculin semblait avoir été taillé sur mesure (pas par hasard d’ailleurs) pour favoriser le challenge de Phelps. Après beaucoup de réflexions, d’hésitations, elle écartera le 100 mètres papillon et le 200 mètres libre pour se consacrer à une programme copieux quoiqu’allégé.

L’OR À NATALIE, L’ARGENT À LAURE

McKeever a décidé que le stage de janvier 2004 se déroulera en Australie. Pendant neuf matinées, Coughlin sera exemptée de l’entraînement et travaillera sa technique dans une piscine adjacente avec Milt Nelms, le seul en-dehors de McKeever en qui Natalie a confiance. Aux sélections, à Long Beach, Coughlin se qualifie en séries en 1’0’’71, en demi-finale en 1’0’’91. En finale, elle commet la même « erreur de navigation » qu’aux mondiaux de Fukuoka, mais nage en 59’’85, une grosse longueur de corps devant sa seconde, Haley Cope, 1’1’’24.

Ayant retrouvé sa forme, elle enlève cinq médailles aux Jeux 2004, à Athènes : deux en or (100 dos et relais 4 fois 200 mètres) ; deux en argent (relais 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres 4 nages), une en bronze (100 mètres libre). Sur 100 mètres dos, où elle s’est lancée loin devant, elle flanche, épuisée, vers les 75 mètres, parait perdre sa technique, puis se reprend, et arrache à l’énergie la victoire devant la Zimbabwéenne Kirsty Coventry.

Passée professionnelle, elle réussit des mondiaux en demi-teinte (toutes proportions gardées), à Montréal en 2005, malgré l’or du relais 4 fois 200 mètres et l’argent du 100 mètres libre, à quoi elle ajoute l’argent du relais quatre nages, le bronze du 100 mètres dos (1’0’’88) et du relais quatre fois 100 mètres libre. Aux mondiaux 2007 de Melbourne, quoique éjectée du podium du 100 mètres libre, et battue sur 100 mètres papillon (3e en 57’’34) elle reprend le titre du 100 mètres dos en 59’’44, record du monde, devant la Française Laure Manaudou, et ajoute l’or du relais 4 fois 200 mètres et l’argent du relais 4 fois 100 mètres. Elle améliore 59’’21 le record (dos) le 18 février 2008 au Grand Prix du Missouri à Columbia. Elle doit faire face  à plus d’une menace, en cette année olympique, dont surtout celle de la Zimbabwéenne Coventry, qui la devance aux Jeux de Pékin, en séries ; mais elle l’emporte en finale et devient ainsi la première femme à garder son titre olympique sur la distance) ; à ces Jeux, elle enlève en outre trois médailles d’argent grâce aux relais féminins, et celle de bronze du 100 mètres libre.

L’ÉTÉ PROCHAIN AUX PANAMÉRICAINS

Après une coupure de dix-huit mois, Nathalie Coughlin reprend la compétition. Qualités intactes, elle se qualifie pour les PanPacifics 2010 où elle remporte le 100 mètres en 53’’67 et finit 3e du 100 mètres dos. Son aventure semble se terminer aux sélections olympiques 2012, où, 3e du 100 mètres dos derrière Melissa Franklin et Rachel Bootsma, 7e du 100 mètres papillon et 6e du 100 mètres libre, elle arrache la qualification pour Londres au titre du relais, où elle nagera les séries qualificatives. Assez mécontente de ses prestations londoniennes, qu’elle qualifie de « travail pas terminé », elle décide de rempiler, et de viser les Jeux olympiques de 2016. Ses raisons « j’aime nager et j’aime voyager ». La gamine qui avait un souffle au cœur, a toujours du souffle, et du cœur. Elle change sa façon de travailler, se concentre sur le sprint en libre, nageant sous la férule du coach de l’équipe masculine universitaire de Cal (Berkeley) Dave Durden auprès de « purs » sprinteurs comme Nathan Adrian et Anthony Ervin et avoue pousser plus de poids qu’elle n’en a jamais poussé. Elle est donc encore là en 2013, gagne le 50 mètres des sélections US pour les mondiaux devant la toute jeune Simone Manuel, 24’’97 contre 25’’01, termine 5e du 100 mètres. Aux mondiaux de Barcelone (finale gagnée par Kromowidjojo), elle se qualifie en demis en 25’’01, mais se voit éjectée de la finale par la marge de 0’’11, derrière Simone Manuel, 24’’91 contre 25’’02. Dans le relais quatre fois 100 mètres, elle nage lancée en 52’’98 et participe à la victoire US, pour 0’’12, devant l’Australie. C’est sa 18e médaille, et sa 7e d’or, en championnats du monde en grand bassin. En 2014, elle ne parvient pas à se qualifier pour les Pan Pacifics, mais refait surface l’hiver venu, et fait partie des 4 fois 50 mètres et 4 fois 100 mètres médaillés d’argent des championnats du monde d’hiver à Doha, nageant même en séries du quatre fois 100 mètres un bon 51’’93 au start. 2015 : évincée de l’équipe américaine des championnats du monde de Kazan, elle a été retenue dans l’équipe des 32 qui se rendra au Jeux Panaméricains. Certes, elle n’est plus la force dominante qu’elle fut dix ans plus tôt, mais le temps des podiums n’est peut-être pas fini ? Dara Torres n’a-t-elle pas été médaillée olympique à 41 ans ?

Natalie Coughlin a publié une autobiographie intéressante et très documentée, coécrite avec Michaël Silver, Golden Girl (2006).

CÉLINE COUDERC, FIDÈLE RELAYEUSE

 Lundi 3 Mars 2015

COUDERC [Céline]. Natation. (Avignon, 11 mai 1983-). Nageuse du CN Alès, entraînée par Richard Martinez au pôle France de Font-Romeu, elle est avant tout une nageuse de sprint. En France, elle est généralement barrée par Metalla, et sur 100 mètres par Popchanka. Au plan international, cette fille mince, assez grande (1,73m, 63kg), comme taillée pour la natation, apparait dans les relais, où le plus souvent elle sait se transcender. Championne d’Europe 2004, à Madrid, du 4 fois 100 mètres (avec Mongel, Metella, Figues), 2e du 4 fois 200 mètres avec Figues, Quelennec et N’Guessan), médaillée de bronze des relais 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres quatre nages à Madrid en 2006. Elle est aussi championne du monde universitaire 2003, à Daegu (Corée) du 4 fois 100 mètres avec Figues, Mongel et Monchaux. En 2007, elle aide en séries à qualifier le relais 3e sur 4 fois 200 mètres des championnats du monde à Melbourne. Pour sa dernière compétition, aux Jeux olympiques de Pékin, elle bat le record de France du 100 mètres de Metella, 53’’97 contre 53’’99, au départ du relais quatre fois 100 mètres, en séries, aidant à la qualification du relais. En finale, encore une fois la plus véloce des Françaises, elle lance la course en 54’’32. Le relais finira 6e en 3’37’’68. Un bel adieu, à vingt-cinq ans. Céline Couderc est devenue nutritionniste et diététicienne, installée à Toulouse.

TAMARA COSTACHE

COSTACHE [Tamara Virgi]. Natation. (Ploiesti, 23 juillet 1970-). Roumanie. Championne du monde 1986 du 50 mètres (en 25’’28, record du monde qu’elle avait amené à 25’’50, 25’’35 et 25’’31) devant Christine Otto ; 5e du 100 mètres ; 6e du 50 mètres (en 25 »80, juste devant Catherine Plewinski, 25 »90) et 16e du 100 mètres aux Jeux de Séoul, en 1988. Assez grande, 1,72m, mais surtout très musclée, 68kg, elle est entraînée au club Petrolul par un ancien nageur olympique de dos, qui évoluera ensuite en Turquie puis en Nouvelle-Zélande, Mihai Mandache. Sur cette équipe, de forts soupçons de dopage pèseront, qui seront confirmées par le témoignage d’une de ses étoiles, Noemi Lung, quand celle-ci se réfugie en France, puis aux USA.

GEORGE CORSAN, LE PREMIER DAUPHIN

Par Eric LAHMY              Lundi 2 Mars 2015

CORSAN [George Hebden] Natation. (Niagara Falls, 1857- Miami, 31 janvier 1952). Canada. Son traité At Home in the Water (1910) et ses divers travaux permettent, à ce fils de banquier, mieux que quiconque, au premier quart du 20e siècle, de populariser la natation dans son pays. Il s’enfuit de la maison familiale à 14 ans, travaille comme fermier. Il développe un commerce de fruits, devient membre de la Northern Nut Growers’ Association et écrit sans se lasser sur ses marottes, la santé, la condition physique et le végétarisme. Sur ses terres d’Islington, dans l’Ontario, il fait pousser quinze espèces de noix de 400 variétés, et, en Floride, des noix de coco, des avocats, des noix de macadamia, etc. Ce régime lui convient puisque s’il décède à 95 ans, c’est suite à un accident de la circulation, renversé par un camion. Consultant aquatique professoral de plusieurs collèges d’éducation physique, cet esprit original aide à former ceux qui deviendront les grands enseignants de natation, Bob Kiputh (Yale), Matt Mann (Michigan), T.K. Cureton (Springfield College), Mike Peppe (Ohio State) et David Armbruster (Iowa). Parmi les innombrables « drills » (exercices) qu’il développe, il met au point un battement de jambes « en queue de poisson » dont il fera la démonstration en 1911 au carnaval aquatique de Toronto. Il s’agit de la première trace d’un battement de dauphin qui est parvenue jusqu’à nous. L’un des témoins des évolutions de Corsan, David Armbruster, deviendra coach de l’Université d’Etat de l’Iowa, et aura l’idée de greffer vingt-deux ans plus tard à l’action des bras de papillon le dauphin de Corsan, à la place du ciseau de brasse. Le « papillon dauphin » était né.

MARITZA CORREIA

CORREIA [Maritza]

Natation. (San Juan de Porto Rico, 23 décembre 1981-). USA. Nageuse d’origine portoricaine, Maritza grandit en Floride avec deux frères aînés. Ses parents, issus de Guyane, et d’ascendance africaine et latine, ont étudié en Grande-Bretagne ; à l’Université, sa mère a joué au tennis et son père pratiqué l’aviron. Elle-même débute en natation à sept ans pour raisons médicales, afin d’effacer une scoliose. Deux ans plus tard, la natation est devenue son sport de prédilection. Elle nage au Brandon Blue Wave Swimming Club, puis à l’école technique de Tampa Bay. Championne cadettes (1997) et juniors (1999) sur 50 mètres. A l’Université de Georgie, elle est entraînée par Jack Bauerlé et Whitney Hite. Limitée aux 50 et 100 nage libre, est saluée comme la première nageuse noire (définition raciale dont sont friands les anglo-saxons, aussi floue que discutable) à détenir un record américain, un record du monde, et à participer aux Jeux olympiques pour les USA. Elle commence par échouer aux sélections olympiques des Jeux de Sydney, en 2000, et tombe dans une longue phase dépressive. Puis se ressaisit, s’entraîne très sérieusement, à raison de 14.000 mètres par jour, six jours par semaine ! Qualifiée aux mondiaux 2001 de Fukuoka, elle y enlève la médaille d’argent avec le relais quatre fois 100 mètres US, ex-aequo avec la Grande-Bretagne (3’40’’80) derrière l’Allemagne (3(39’’58). En 2002, dans les compétitions en petit bassin de la NCAA (université), elle établit des records américains sur 50 et 100 yards nage libre. Médaillée d’argent avec le relais quatre fois 100 mètres aux Jeux d’Athènes, en 2004, elle triomphe aux Jeux mondiaux universitaires en 2005, sur 50 mètres et les trois relais. Mais vingt ans de natation rattrapent ses épaules, dont elle souffre de plus en plus. Encore très présente aux Jeux Panaméricains 2007 (or avec les relais quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages), elle se retire de la compétition après les championnats américains (petit bassin) en décembre 2007, bloquée par une arthrite (l’épaule droite) et deux tendinites de la coiffe des rotateurs (une par épaule). Employée par la société Nike, elle est restée proche de la natation.

CORNU (René).

CORNU [René]. Natation. (Fisme, 11 avril 1929-Clamart, 23 mars 1986). France. Présenté comme volontaire et cabochard, ce nageur du Cercle des Nageurs de Paris fut membre du 4 fois 200 mètres français médaillé de bronze aux Jeux de Londres (1948), et, la même année, champion de France du 1500 mètres. Il avait été formé par André Dupont au CN Paris. Aux Jeux il nagea aussi sur 400 mètres (21e) en 5’5’’2, à 3’’8 de la qualification en demi-finales, et 1500 mètres (22e) en 21’1’’6, à 21’’ de l’entrée en demi-finale.