Catégorie : Biographies

ON L’APPELAIT BUD SPENCER

Éric LAHMY

Mardi 28 Juin 2016

Carlo Pedersol avait toujours l’air de blaguer, mais ce qu’il disait était souvent sérieux, ou pétri de bon sens. Comme sportif, il se posait là, mais ne se racontait pas d’histoires. L’époque aidait. On pouvait ne pas se prendre le chou, et être un champion, ce dont il ne se priva guère. Premier Italien sous la minute aux 100 mètres, d’abord 59s5, puis 58s2, cela vous donne une petite carte de visite, pour l’éternité. Puis international de water-polo, joueur de choc, un water-polo « dense, de pionnier », rappelle Stefano Arcobelli, le chroniqueur de La Gazzetta dello Sport. Il insistait sur les valeurs. « Le champion, insistait-il, ne doit se faire utiliser par personne, mais faire fructifier en dehors de l’eau ce moment de popularité sportive, vu qu’il n’y a guère beaucoup d’argent à se faire à nager. Moi, dans la vie, j’ai tout fait sauf jockey de course et ballerine. »

Né à Naples, dans une famille aisée et éduquée, il vit la destruction de l’entreprise familiale sous un bombardement, pendant la Seconde Guerre mondiale, et se retrouva en Amérique latine, avec son père ruiné qui essayait de refaire surface. Revenu, seul, en Italie, il travailla, étudia, se diplômant en droit, nagea (demi-finales du 100 mètres aux Jeux olympiques d’Helsinki, ou il finit 12e ex-aequo avec le Français Alexandre Jany, et de Melbourne, 16e) et joua au water-polo. Après cela, il participa à la construction de l’autoroute panaméricaine et en profita pour nager au Venezuela, ou encore pour disputer sur une Alfa Romeo le raid Caracas-Maracaïbo.

De retour à Rome, il assista aux Jeux olympiques de 1960, puis se maria avec la fille du producteur de cinéma Giuseppe Amato. Avocat de profession, ce touche-à-tout écrivaitt des chansons pour Ornella Vanonni et Nico Fidenco, et produisait des documentaires pour la RAI. Attiré par le cinéma où son physique hors-norme, 1,94m, 100 kg au départ et beaucoup plus ensuite lui permit seulement, dans un premier temps, d’apparaître dans des films que produisait Cinecitta, haut-lieu du ciné italien.

Pendant des années, ce ne furent que de fugitives apparitions, garde prétorien dans Quo Vadis en 1951, un carabinier dans l’Adieu aux armes, silhouettes furtives passant sans accrocher le regard.

En 1967, prié de jouer dans cette catégorie au départ improbable des westerns italiens, dits westerns spaghettis, il « américanisa » son nom, se forgeant celui de « Bud Spencer » d’après les noms de la bière Budweiser et de l’acteur Spencer Tracy. L’occasion? Il avait dû remplacer au pied levé l’une des co-stars du film qui s’était blessé. Là, il rencontra l’autre co-star, un acteur de dix ans son cadet Mario Girotti, alias Terence Hill. Ce fut une sorte de coup de foudre entre ces deux, qui s’entendirent comme larrons en foire, et aussi pour le public, jeune et populaire, qui adhéra puis adora.  Dieu pardonne… moi pas, Les Quatre de l’Ave Maria et On l’appelle Trinita, connurent un tel succès qu’ils lancèrent un genre, batailleur et comique et qu’au bout de quelques années, Hill et Spencer avaient tourné 18 films à la suite ! Chacun d’eux considérait l’autre comme son meilleur ami. Nullement jaloux l’un de l’autre comme d’autres duos célèbres qui pouvaient s’exécrer à la ville (Laurel et Hardy), ils s’estimaient complémentaires. Pour Terence Hill, ils étaient  à sa connaissance « le seul couple qui ne s’est jamais fâché. »

En 1972, à l’occasion du tournage de Più forte ragazzi, où lui et son comparse organisent un racket à l’assurance en simulant des accidents d’avion, Carlo, déjà passionné de voitures, était devenu pilote breveté d’avion et d’hélicoptère. Etonnamment actif et entreprenant, il finit par fonder en 1984 sa propre compagnie privée, Mistral Air, avant de se tourner vers l’industrie du vêtement d’enfants et de lancer une ligne de blue jeans. Sa carrière au cinéma, qui ne l’occupait, on le voit, jamais tout à fait, semblait se tasser, quand il recolla au peloton du succès avec un feuilleton télé, Extra Large. Entré en politique, voire en politique-spectacle, au titre de conseiller régional du Latium, à l’insistance d’un autre histrion, Silvio Berlusconi, il perdit son siège l’année suivante, dans la déroute du parti berlusconien, Forza Italia. C’était plus facile au ciné…

Il avait tenté une carrière américaine, mais en était vite revenu : « vivre en Californie, c’est parfait si on est une orange », avait-il décrété. Il avait ses bons mots. Gros mangeur et gros lecteur des philosophes, tête bien remplie sur un ventre jamais vide, il avait écrit un livre de cuisine et décrétait, détournant Descartes : « je mange donc je suis. » A ce régime, il avait fait grimper la balance à 156 kilos !

Carlo Pedersoli avait gardé quelques attaches avec la natation. Il assistait parfois aux compétitions, connaissait les champions italiens et clamait son admiration des Rosolino et autres Magnini, « portabandieri » de la natation transalpine. Toujours de bon conseil, il les enjoignait à ne pas se laisser manipuler et à bien utiliser cette fugitive popularité que le sport leur donnait.

Il avait écrit deux tomes de mémoires, que j’imagine truculentes… en allemand, son succès dans le pays de Goethe étant devenu très supérieur à celui qu’il connaissait dans celui de Dante et Leopardi.

Pedersoli-Spencer, le bon géant du cinéma et de la vie est mort entouré de tous les siens, raconte son fils aîné. Il s’est éteint paisiblement, son dernier mot étant « grazie » (merci).

On aurait pu lui répondre: grazie a lei!

DUKE KAHANAMOKU, QUI AURAIT DÛ ÊTRE « LE » TRIPLE CHAMPION OLYMPIQUE DU 100 MÈTRES

Eric LAHMY         

22 Juin 2016

En 1916, il y a cent ans, Duke Kahanamoku ne fut pas champion olympique du 100 mètres comme il l’avait été quatre ans plus tôt à Stockholm et le serait quatre ans plus tard à Anvers. Pour une bonne raison : la Première Guerre mondiale…

Lorsqu’en 1996, aux Jeux d’Atlanta, le Russe Alexandr Popov conserva son titre olympique sur 100 mètres, la presse lui entonna un péan, rappelant que Popov avait réitéré l’exploit que seul avant lui avait réussi John Weissmuller. J’étais alors à Atlanta, mais malgré mon désir de le faire, ne travaillais pas sur la natation, la direction ayant préféré donner ce sport à traiter à une fille qui se croyait à la hauteur mais ne faisait pas la différence entre un bonnet de bain, un bonnet de nuit et le bonnet d’âne qu’elle aurait dû porter. Je pus lire donc la même erreur sur les précédents de la performance de Popov à la fois dans le papier de la demoiselle et du Directeur de la rédaction (qu’elle avait informé). Le lendemain, je le rencontrai au petit déjeuner et lui expliquait que Kahanamoku avait, sous cet angle, fait mieux que Weissmuller et Popov. Il resta interdit « mais pourtant », et se défaussa sur la « spécialiste » qu’il avait mis en place.

Kahanamoku avait été oublié aussi parce que les documents offerts aux media aux Jeux d’Atlanta avaient fait débuter leur palmarès en 1924, éludant tout ce qui précédait… comme faisant partie de la préhistoire? Disons aussi que Popov, encore médaillé d’argent en 2000, frôla l’exploit de Duke, dans des circonstances il est vrai si différentes qu’elles défient toute comparaison.

KAHANAMOKU [Duke Pahoa

Kahinu Makoe Hulikohoa].

Natation. (Honolulu, 24 août 1890-22 janvier 1968). États-Unis. Champion issu de la noblesse hawaïenne. Son premier prénom est celui de son propre père, né en 1869, lequel l’a reçu en l’honneur du duc d’édimbourg, qui visite l’île. Il est né Hawaïen, mais le 7 juillet 1898, le drapeau américain flotte sur Hawaï et une loi du 30 avril 1900, l’Acte organique, fait de Duke un citoyen américain. Il abandonné tôt l’école, et passe son temps à nager et surfer le long du littoral. Il a observé une équipe des champions australiens de passage en 1910, copié leur style et en est devenu très vite l’un des plus remarquables exposants. Vers cette époque, les autorités sportives locales décident d’organiser les premières compétitions dans le pays sous l’égide de la (lointaine) Amateur Athletic Union. Un juriste diplômé de Yale l’aide à créer en 1911 un club, le Hui Nalu (Club des Vagues) qui est enregistré à l’occasion de ce premier championnat. Le 11 août, Duke enlève les 220 yards avec une avance de presque 30 yards et fait partie du relais six fois 50 yards vainqueur. Ses 100 yards en 55s4 et ses 50 yards en 24s2 sont plus rapides de 4s6 et 1s6 que les records US de Charles Daniels. Mais une fois les résultats de Kahanamoku annoncés aux USA, ils paraissent trop beaux aux Américains qui les mettent en doute. Otto Wahle, le conseiller aquatique (d’origine autrichienne et médaillé olympique aux Jeux de 1900 et de 1904) de James Sullivan, écrit une longue lettre qui, après coup, parait des plus maladroites,  à Bill Rawlins, le coach de Duke, qui a soumis ces temps à homologation. Il met fermement en doute les temps de Duke. Les raisons de Wahle de douter ? C’est lui qui a entraîné Charles Daniels, et il sait que ses records ne sont pas si faciles à enfoncer ! Tout lui parait douteux, les chronos, la mesure du champ d’eau, il évoque la possibilité que des courants aient porté le nageur, enfin l’anonymat du nageur plaide en sa défaveur : un inconnu ne peut pas supplanter aussi aisément le plus grand nageur du monde ! Bref Wahle n’a rien vu mais tout compris, et il refuse d’homologuer les 55s2/5. Bien entendu, ces assertions, cette incrédulité, dus à l’éloignement, se teintent d’un brin de racisme, les « non blancs » n’étant pas admis dans bien des sports ; par exemple le New York Athletic Club où régnait Wahle était réservé aux blancs. Hawaii collecta donc de l’argent pour envoyer Kahanamoku et un autre nageur, Vincent Genoves à Pittsburgh, où se tenaient les sélections olympiques américaines. Duke eut vite fait de faire la preuve de sa valeur, et, par des victoires en séries dans les meetings de la Côte Est, d’apparaître comme le meilleur sprinteur US du moment. Ses 55’’4 aux 100 yards valaient une grosse seconde de mieux que le 100 mètres en 1’3’’2 de Cecil Healy ou les 1’2’’8, record du monde établis en 1910 par Charles Daniels.

Sur 100 mètres, aux Jeux de Stockholm, où les courses se tiennent en bassin découvert de 100 mètres, Kahanamoku maîtrise son sujet. Dans la 5e série, il améliore en 1’2’’6 le record du monde. Il domine les quarts de finale en 1’3’’8. Un malentendu concernant les horaires de courses empêche les trois Américains, Kahanamoku, McGillivray et Huszagh, qualifiés en demi-finales, d’être présents à l’heure dite. Ils semblent disqualifiés, quand l’un des concurrents, Cecil Healy, insiste pour qu’ils soient repêchés. C’est un beau geste de fair-play. Duke peut donc nager… en 1’2’’4, record du monde et se qualifie avec Huszagh. En finale, à l’appel, on ne trouve pas, une nouvelle fois, Kahanamoku. On va faire partir la course quand un des concurrents, le nageur de brasse Michael « Turk » McDermott, le trouve, sous les gradins, en train de dormir. Après un faux départ de Brettling, Duke prend immédiatement l’avantage, se relance à mi-course et l’emporte avec trois mètres, en 1’3’’4 ; il est aussi médaillé d’argent avec le relais des États-Unis. Dix jours plus tard, aux championnats d’Allemagne, à Hambourg, dans un bassin d’eau de mer de 100 mètres, le nouveau champion olympique signe un « étonnant » 1’1’’6, record mondial. Il est invité à nager aussi à Moscou, Alger, Sydney…

En cas de victoire, Hawaï a promis d’acheter une maison à Kahanamoku. Mais les règles de l’amateurisme empêchent un tel geste, et l’athlète Jim Thorpe, champion olympique du décathlon, a été radié pour des peccadilles. Kahanamoku décide de passer professionnel, mais les Hawaïens veulent lui conserver son statut amateur. Ils voient en lui un « atout promotionnel » pour leur île. Les plaintes de Duke, qui se voit perdre les avantages d’une maison et du professionnalisme, conduisent un groupe de dirigeants et d’hommes d’affaires de la ville à chercher une solution. Ils rachètent la maison d’un notable, l’avocat William R. Castle, au nom de la Henry Waterhouse Trust Company, et Kahanamoku l’habite. La chance de Duke fut de pouvoir, en plusieurs occasions, se moquer des règles de l’amateurisme, diverses prestations qu’il effectue alors, ainsi sa présentation du surf à Atlantic City, payée au Comité de Promotion d’Hawaï, comme sa participation à une campagne en faveur de la consommation de tabac à chiquer.

La première Guerre mondiale annule les Jeux olympiques de 1916. Quand Duke reprend son titre du 100 mètres en 1920, le jour de son 30e anniversaire, huit années se sont passées après sa première victoire olympique, et il nage 1’0’’4, record du monde. Il devient le premier nageur à conserver un titre olympique du 100 mètres, avant Weissmuller et Popov, avec cette différence que ses deux titres sont conquis à huit années de distance (en raison de la guerre mondiale).

Sa finale de 1920 doit être nagée une deuxième fois après une réclamation australienne, concernant leur nageur, William Harold. En 1924, il monte une nouvelle fois sur le podium du 100 mètres, (2e derrière Weissmuller) où l’accompagne son frère cadet Sam. Encore qualifié comme remplaçant en 1928, et, semble-t-il, en 1932, à 42 ans, comme remplaçant en water-polo (mais le cas est discuté et il est sûr qu’il ne joue pas).

Kahanamoku, bat son premier record le 20 juillet 1912, en 1’1’’6 au 100 mètres. Il améliore ensuite à quatre reprises le record du monde sur 100 yards, en 54’’5, 53’’8, 53’’2 et 53’’, entre le 5 juillet 1913 et le 5 septembre 1917. En 1918, il réalise 1’1’’4 au 100 mètres, puis 1’0’’4 dans la finale olympique d’Anvers. Duke joue un rôle essentiel dans la diffusion sportive du surf. C’est un sport qu’il maîtrise aussi bien que la natation. Alors que les autres utilisent des planches d’un peu moins de deux mètres, Duke se fait fabriquer une planche de trois mètres qui pèse dans les trente kilos, pour aller récupérer les vagues plus loin du rivage. Sur de telles étraves, le surf est nettement plus athlétique et peut-être moins fin en termes de sensations ; Duke effectue diverses acrobaties tout en filant sur l’eau et a coutume d’achever son parcours en équilibre sur la tête ! Cette gymnastique de plein air alliée à la nage, va lui donner une densité athlétique peu commune (ses photos témoignent d’une musculature complète et puissante, d’abdominaux saillants – il mesurait 1,85m pour 87 kg), une rusticité qui éclatera en compétition, et pas seulement compétition. D’après Matt Marshoaw (The Encyclopedia of Surfing) une admiratrice le décrivait comme « le plus magnifique être humain que Dieu n’a jamais mis sur terre ».

Tout cela ne l’empêche pas de vivre parfois une existence difficile. Il occupe les emplois les plus divers, débardeur, surveillant, concierge de la mairie, dirigeant d’une station-service. Si, à Hollywood, il apparaît dans une trentaine de films, c’est toujours dans des rôles très secondaires, de comparse. Il occupera entre 1934 et 1960 le poste très honorifique de shérif de la ville et du comté d’Honolulu. Il ne connait une certaine aisance qu’en 1961 quand sous l’impulsion d’un disc jokey devenu son manager, Kimo Wilder McVay, son nom va recouvrir un petit empire commercial : restaurant, championnats de surf, vêtements, accessoires, tout un matériel allant de la planche de surf à l’ukulélé… C’est après sa mort qu’il sera pleinement reconnu, timbre à son effigie, une statue de 5,25m de haut, à Honolulu, sur la plage de Waikiki, une autre à Sydney en Australie au centre d’un Duke Kahanamoku Commemorative Park.

RENÉ LEFERME AVAIT INSCRIT DUNKERQUE SUR LA CARTE DE LA NATATION FRANÇAISE

Éric LAHMY

Mardi 7 juin 2016

Appris sur le site fédéral la mort de René Leferme, qui fut l’entraîneur de Dunkerque Natation.

« Carnet noir : disparition de René LEFERME grande figure de la natation dunkerquoise – Entraîneur de légende du Dunkerque Natation – le club de notre président – qui a formé bon nombre d’internationaux, René LEFERME est décédé, vendredi 3 juin 2016, à l’âge de 96 ans. Né le 15 février 1920, il a porté au plus haut les couleurs de la natation nordiste dans l’Hexagone et bien au-delà. Ses obsèques sont prévues, mercredi 8 juin, 9 h 45, au crématorium de Dunkerque. La FFN au nom de son président adresse toutes ses condoléances à sa famille, ses proches et ses nombreux amis dans le milieu de la natation. »

Derrière la sécheresse du communiqué, se dresse un personnage modeste mais essentiel. Disparu à 96 ans, il était un peu oublié d’avoir longtemps vécu, mais quand même pas tant que ça, puisque seul Dunkerquois à donner son nom à un bâtiment de son vivant (une décision du maire de l’époque, Claude Prouvoyeur). Son nom, adorné d’un trait d’union, désignait donc la piscine Dunkerquoise de Petite-Synthe (une piscine fermée en raison de sa vétusté, coïncidence, depuis novembre dernier: ironiquement, en quelque sorte, René Leferme a survécu à « sa » piscine.

A mon souvenir, c’était un homme affable, mais assez taiseux, une belle tête énergique, qui projetait dans toute sa personne l’image du sportif tel qu’on l’imaginait alors, au physique comme au mental ; et aussi un bon entraîneur de club, un des meilleurs de l’époque. Pour La Voix du Nord, ce père de famille nombreuse (huit enfants) avait « placé Dunkerque sur la carte de France » et il est vrai que pendant des années, il avait instillé de bons éléments dans les équipes nationales et était parvenu à former un valeureux quatre fois 200 mètres (LE relais par excellence, à l’époque, appelé aux Jeux olympiques la course des nations).

« Mon père est quelqu’un de pudique, de pas très bavard, disait de lui son fils René-Jean, témoignage repris par Le Phare Dunkerquois. Il a reçu les palmes académiques, a été mis à l’honneur, a eu une piscine a son nom, etc. Mais il ne recherchait pas la reconnaissance, tout ce qu’il faisait, il le faisait naturellement. Sa phrase, c’était : Je n’ai jamais rien demandé. C’est une phrase que j’ai entendue toute ma jeunesse. »

Son meilleur élève avait été Francis Luyce, multi-champion de France et recordman du monde du 800 mètres. Mais il avait « sorti » également Yves Malzoppi, Patrick Sénéchal, ainsi qu’un de ses enfants, Marc Leferme. En 1965, ces « quatre Mousquetaires » se mettent à l’eau, aux championnats de France de Paris, et battent le record de France du « quatre fois deux ». Record piqué au Stade et repris l’année suivante par le Cercle de Marseille. C’est la grande année de René Leferme, car outre ce relais, Francis Luyce, « tombe » tous les titres de nage libre alors disputés, 100, 200, 400, 1500 mètres, le genre d’exploit que seul Jean Taris, avant lui, avait pu opérer avant la guerre.

René avait perdu en 2007 l’un de ses petits-enfants, Loïc, personnage romantique à souhait, qui s’était lancé dans la redoutable aventure du Grand Bleu, et y avait laissé la vie…

NADINE DELACHE UNE MOUETTE EN FINALE OLYMPIQUE

_____ERIC LAHMY

Mercredi 4 Mai 2016

DELACHE [Nadine]. Natation. (Rouvray, 7 février 1941-). France. Finaliste olympique du 100 mètres dos aux Jeux de Rome, en 1960, cette athlète petite et légère, 1,62m, 42kg, qui nage au club des Mouettes de Valenciennes, a battu, en mai de cette année, le record de France de la parisienne Rosy Piacentini, avec 1:13s3 contre 1:13s4, que celle-ci reprend aussi tôt, et porte en quelques étapes à 1:11s4.

Elle a 19 ans, arrive « dans la capitale italienne la veille du défilé avec l’équipe de France de natation où, dit-elle, j’étais l’une des deux sélectionnées du 100 mètres dos. Au village olympique l’ambiance était très sympa, détendue. Mais je n’ai pratiquement rien vu de Rome et des jeux. On ne sortait du village que pour aller s’entraîner : c’était village-bus-piscine et retour. » 2e de la première sérié en 1:12s5 derrière la Sud-Africaine Laura Ranwell, 1:12s, ce temps la qualifie huitième pour la finale, où elle améliore à nouveau son record, 1;12s4, mais finit encore 8e. Victoire de Lynn Burke, USA, 1:9s3, détachée, devant Natalie Stewart,GB, 1:10s8, et 3 filles à 1’11s4, Satoko Tanaka, Japon, Laura Ranwell, Afrique du Sud et Rosy Piacentini, France, record de France égalé.

Pour en arriver là, Nadine Delache a dû s’entraîner dur dans son club valenciennois exclusivement féminin : « Au cours des trois années qui ont précédé les Jeux, estime-t-elle, c’était deux à trois heures par jour puis quatre à cinq heures l’année de Rome : le matin, le midi et le soir, le reste de la journée j’étais au lycée La Sagesse où j’ai obtenu mon bac technologique. Comme la piscine, que dirigeait mon père Gustave Delache – il était aussi l’entraîneur des Mouettes de Valenciennes – ne faisait que 25 mètres, j’étais un peu moins bien préparée que les autres nageuses. Mais grâce à mon travail, j’ai néanmoins réussi à améliorer six fois en un mois mon record personnel pour le porter à 1’11 »9, soit le dixième temps mondial. Mes points forts étaient la résistance, la ténacité, la technique et le style pour lutter contre tous ces grands gabarits… et aussi le stress qui me stimulait ».

Nadine, qui aurait été la plus jeune nageuse française, à 3 ans et demi, à couvrir un 25 mètres, a arrêté la compétition quelques mois après les Jeux Olympiques de Rome pour fonder une famille avec Bernard Yackx, bon pilote automobile régional et l’un des kinésithérapeutes les plus appréciés de Valenciennes. Elle a ensuite repris ses études, passé une licence et a fini sa carrière comme professeur d’arts appliqués. A la retraite depuis quelques années elle s’est mise à la peinture. 

LES VIES AQUATIQUES DU « CAPITAINE » ROBERT CHRISTOPHE (1938-2016)

Éric LAMY

Lundi 18 Avril 2016

IL ÉTAIT LE DERNIER SURVIVANT D’UNE ÉQUIPE FAMEUSE EN SON TEMPS, CELLE QUI, FORMÉE D’ALAIN GOTTVALLES, GÉRARD GROPAIZ, JEAN-PASCAL CURTILLET ET LUI-MÊME, AVAIT BATTU LE RECORD DU MONDE DU RELAIS QUATRE FOIS 100 MÈTRES ; ROBERT CHRISTOPHE, QUI S’EST ÉTEINT CE MATIN À AVIGNON, FUT PENDANT DEUX OLYMPIADES NOTRE NAGEUR DE DOS EMBLÉMATIQUE. PUIS IL DEVINT LE CAPITAINE D’UNE ÉQUIPE DE RELAIS FAMEUSE QUI SERAIT RECORDWOMAN DU MONDE ET CHAMPIONNE D’EUROPE SUR 4 FOIS 100 MÈTRES ET RECORDWOMAN D’EUROPE SUR 4 FOIS 200 MÈTRES

Robert était né à Marseille le 22 février 1938. Il restera surtout dans l’histoire de la natation française comme le double finaliste olympique sur 100 mètres dos, 4e des Jeux de Melbourne, en 1956, et encore 4e aux Jeux de Rome, quatre ans plus tard. Elève de Georges Garret au Cercle des Nageurs de Marseille, il fut aussi champion d’Europe de la distance en 1958. Il en amena le 12 juillet 1959, le record d’Europe à 1’2’’2.

A Melbourne, Christophe débarque avec un temps de 1’5’’9. Mais en séries, il signe un 1’4’’2, record d’Europe et olympique qui change profondément la donne ! Une performance qui lui donnera des regrets, parce que réalisée une course trop tôt. « Je manquais de maturité, d’expérience ! J’aurais dû me qualifier tranquillement, cela m’a mis dans une situation que je n’ai pas su maîtriser », se souviendra-t-il.

LE DOSSISTE EMBLÉMATIQUE

Il n’est sans doute pas bon de devenir tout à coup le favori d’une épreuve à un tel niveau de compétition, cela vous donne des responsabilités et peut nuire à votre sérénité. En finale, les Australiens David Theile, 1’2’’2, record du monde, et John Monkton, 1’3’’2, dominent, et sont hors de portée ; le jeune Américain Frank McKinney s’arrache en 1’4’’5 et ravit le bronze ; Robert finit 4e avec 1’4’’9. De façon arithmétique, on peut penser dès lors que le bronze eut été à sa portée.

En 1958, Robert n’a toujours pas de rival en Europe. Sa domination dans l’Hexagone est telle qu’aux championnats de France d’hiver, il achève le 100 mètres dos avec 5’’7 d’avance sur son second ! Le 15 juin, à Blackpool, où la Grande-Bretagne bat la France par 13 courses à une, il sauve l’honneur tricolore : son 1’2’’9 aux 110 yards dos pulvérise le record d’Europe du 100 mètres que le Hongrois Magyar avait amené à 1’4’’1. Le 4 août, il subit sa seule défaite de la saison, en championnat de France, où le recordman du monde australien, Monckton, a été invité à nager avec ses équipiers kangourous, qui dominent alors presque sans partage la natation mondiale.

Aux championnats du Vieux Continent, qui se tiennent à Budapest, Robert Christophe suit à la lettre les consignes de Georges Garret, son entraîneur : partir vite, étouffer tout le monde, et surtout le Soviétique Leonid Barbier, son plus dangereux rival. Se relâcher après les 35 mètres. Se relancer à fond à l’approche du mur d’arrivée. Sauf que notre héros rate son virage. Y laisse tout ou partie de l’avance qu’il doit reconstruire dans la seconde longueur. Il l’emporte finalement en 1’3’’1 contre 1’3’’9, mais a laissé dans l’incident la possibilité d’un exploit chiffré. Il le réalisera en 1959, ses 1’2’’2 constituant la meilleure performance mondiale. Ce qui en fait presque le favori des Jeux de Rome, en 1960.

Mais là comme à Melbourne, Christophe est devancé par l’Australien de service (David Theile) qui réussit un doublé historique, et deux Américains. Déception ? L’année a été tellement difficile que cette nouvelle 4e place constitue presque un  miracle. Robert a été victime d’un accident aux lombaires qui l’a contraint d’arrêter de nager. Son père est mort au mois de juin. Il nage dans un tel état physique et émotionnel que chaque course, série, demi-finales, finale, est un exploit en soi.

Mais il y a sans doute autre chose. La France, à la différence des pays dominants, n’a pas de nombreux champions. Sa culture sportive est retardataire. Quand un Christophe, un Gottvalles, un Mosconi s’élèvent au-dessus du niveau moyen, ils nagent dans une sorte de solitude et se retrouvent en face de nageurs issus d’une confrontation permanente, premiers des égaux qui leur disputent la place. Avant les Jeux de Tokyo, Alain Gottvalles devance le deuxième Français sur 100 mètres, Gérard Gropaiz, de deux secondes et demie, soit plus de quatre mètres. Don Schollander, qui gagne la course olympique, n’a même pas gagné les sélections américaines, où ses compatriotes Michael Austin et Gary Illmann, ont nagé plus vite que lui : on comprend dès lors, quels que soient leurs talents respectifs, qui de Gottvalles et de Schollander était le mieux préparé à la confrontation !

Le 100 mètres dos ayant disparu du programme olympique individuel au profit de la distance double qui ne lui convient guère, Robert, qui a nagé en crawl parfois avec bonheur, va explorer la nage libre avec assez de brio pour participer aux grands relais français : en 1962, aux 4 fois 100 mètres (3’42’’5, record du monde, puis champion d’Europe) et aux 4 fois 200 mètres vice champion d’Europe. Il est aussi du relais 4 fois 100 mètres qui bat le record d’Europe avec 3’39’’2 en 1964.  Ce sera le deuxième volet de sa longue carrière.

LE D’ARTAGNAN DU QUATRE FOIS 100 MÈTRES

L’anecdote, qu’il m’a lui-même contée, veut que sa découverte de ses capacités de crawleur naissent des plaisanteries des nageurs le libre. Ricanements constamment recyclés sur le dos, rebaptisé « nage à reculons ». Ce jour là, Aldo Eminente, double finaliste olympique du 100 libre et maître en moqueries devant l’Eternel, lui explique doctement dans la chambre d’appel que les nageurs de spécialités sont les crawleurs ratés. Vous allez voir ce que vous allez voir, se dit Robert, et il s’engage sur 100 mètres libre aux championnats de France en 1960 qu’il gagne devant la fine fleur des crawleurs.

L’idée de relais autour desquels l’équipe de France doit se reconstruire nait dans l’avion, retour de Rome où les Français ont essuyé un échec cuisant. Lucien Zins et Georges Garret lui annoncent que le 100 mètres dos, son épreuve fétiche, disparait du programme au profit du 200 mètres dos, tandis qu’un relais quatre fois 100 mètres nage libre devient discipline olympique.

Reçues dans le même temps, ces deux informations vont se connecter dans son esprit. En effet, Robert Christophe, grand nageur de 100 dos devant l’éternel, souffre sur la distance double. C’est très logiquement qu’il va détourner ses ambitions du dos au crawl, plus exactement aux relais quatre fois 100 et quatre fois 200 mètres libre.

Ces courses vont être l’objet d’une grande aventure collective de la natation française, avec ses amis, Jean-Pascal Curtillet, Alain Gottvalles, Gérard Gropaiz et Pierre Duchateau.

TOUT SEUL SUR QUATRE FOIS 200 MÈTRES!

Malheureusement, une forte angine l’écarte des finales aux Jeux olympiques de Tokyo : le relais quatre fois 100 mètres, qui luttait pour être 3e, est bien lancé par Gottvalles, 54 secondes, mais est disqualifié pour virage incorrect : le jeune Pierre Canavese a utilisé distraitement, dans la bagarre, une culbute, touche « au pied » qui ne sera admise qu’après les Jeux olympiques. La faute n’échappe pas à l’œil vigilant d’un juge. Le relais 4 fois 200 mètres termine 6e.

Lorsque l’équipe de France bat un de ses records sur quatre fois 200 mètres, le journaliste de radio André Bibal arrive après la bataille. Il est catastrophé. Il s’était promis de faire vivre la tentative « en direct ». Qu’à cela ne tienne. Autour de Lucien Zins, en présence des quatre relayeurs qui s’efforcent de ne pas rire, on refait le match ! L’un tient le chrono et en se basant sur les temps réalisés plus tôt, Zins signale à Bibal l’arrivée d’un relayeur et le départ du relayeur suivant. Robert Christophe ayant nagé le premier, Bibal conte par le menu la trajectoire du nageur, son style supposé, demande à Zins si on est dans les temps, bref la fiction rejoint la réalité. Lors du passage au relais suivant, Bibal oublie de signaler qu’il s’agit cette fois de Curtillet, et continue sur Christophe, sa vitesse, sa somptueuse technique, bref il est dans la panade. Le deuxième relais achevé, Bibal, toujours dans les vaps, relance Christophe dans le troisième relais, et celui-ci lance au beau milieu de cet improbable direct un tonitruant : « ah ! Non, moi je suis fatigué, j’arrête. »

UN SEUL ADVERSAIRE, LE CHRONO

Après ses troisièmes Jeux, Christophe prend enfin une retraite méritée. Il deviendra directeur de la piscine municipale, puis des piscines d’Avignon, poste qu’il conservera jusqu’à sa retraite en 2003. Il était aussi président du Cercle des Nageurs Avignonnais, et effectuait une retraite paisible à Morières-lès-Avignon, dans le Vaucluse. Dans l’ensemble de sa carrière, Robert Christophe a enlevé dix titres de champion de France individuel d’été, 7 sur 100 dos (de 1957 à 1964, sauf l’été 1962, où il laissa la victoire à Jean-Claude Raffy), 2 sur 200 dos (1961 et 1962) et, on l’a dit, un en nage libre, sur 100 mètres (57’’6 en 1960), toute rage dehors, quand un sprinteur lui a affirmé que les nageurs de spécialité comme lui étaient des crawleurs « ratés ». Il enleva aussi, à partir du moment où les championnats de France d’hiver furent disputés, quatre titres nationaux d’hiver du 100 mètres dos entre 1961 et 1964, et un du 200 mètres dos en 1962.

Malgré ce tempérament, Robert Christophe ne confondra jamais les genres, et expliquera, ainsi à ses enfants, que dans la compétition, il n’a jamais eu qu’un adversaire, le chronomètre. Et les autres ? Eh ! Bien, dit-il, ils sont comme toi. Seuls devant le temps qui passe. Alain Mosconi, qui battra des records du monde sur 400 et 800 mètres, se souvient du rôle qu’a joué l’ancien lors qu’avant sa première grande compétition « la seule avant laquelle j’ai eu peur », Robert s’est approché de lui et a démystifié la compétition.

« GLOIRE DU SPORT »

Robert Christophe a été intronisé Gloire du Sport en 2010. Le soir de cette cérémonie à la Maison du Sport français, nous sommes quelques-uns autour de lui, Gérard Gropaiz, qui disparaîtra deux ans plus tard, Marc de Herdt. Robert conte des anecdotes de sa vie de nageur et m’annonce qu’il entre le lendemain en chirurgie. Une opération aux hanches dont il se remet bien.

Ces dernières années, ses enfants avaient ouvert une page sur Facebook où ils invoquaient les belles années sportives de leur père. Robert leur avait transmis une abondante documentation illustrée allant des années 1953 à 1964. Après s’être écarté assez longtemps de ses réminiscences sportives, il avait pris goût à s’y replonger et avait renoué contacts avec des nageurs, dont l’Allemand Hans-Joachim Kuppers, qui avait été recordman du monde du 100 mètres dos en 1964.

Il est parti ce matin à 7h15, laissant derrière lui sa famille éplorée : sa femme Huguette, ses enfants Robert et Richard et ses petites-filles Clara et Livra, auxquels

j’adresse mes condoléances attristées.

 

NCAA (8): AU DELÀ D’ATLANTA, LILLY KING RÊVE DÉJÀ D’OMAHA ET DE RIO

Éric LAHMY

LILLY KING, QUI RÉVOLUTIONNE LES RECORDS UNIVERSITAIRES DE BRASSE, VEUT MAINTENANT DÉPASSER LE PETIT BASSIN EN YARDS ET SONGE ALLER AUX JEUX OLYMPIQUES ET BIEN SÛR GAGNER…

Samedi 19 Mars 2016

Lilly King ne cachait pas qu’elle s’était efforcée de rester concentrée sur son sujet, les finales NCAA, mais que sa tête avait tendance à se tourner vers les Jeux de Rio, via les sélections d’Omaha, Nebraska, du 26 juin au 3 juillet. En grand bassin, elle est encore 3e Américaine, et il faut donc qu’elle déloge une nageuse pour obtenir son visa pour le Brésil. Pour l’instant, c’est Katie Meili et Jessica Hardy qui sont devant elles en grand bassin. Pas très loin, surtout pour Hardy, dont l’avance se limite à un humble 1/100e de secondes! Et si l’on se fie aux records qu’elle a balayé en yards, à Atlanta, en finale des NCAA, on n’est plus très sûr de la supériorité des anciennes!

Son ambition vient de loin. Elle remonte à ses douze ans, quand, élève de la high school Reitz et licenciée des Newburg Sea Creatures, cette fille d’un athlète devenu dessinateur industriel et d’une nageuse devenue enseignante, se présenta à ses premières compétitions de groupes d’âge de l’Indiana et l’emporta. Depuis, elle a accompli un joli chemin. Record US junior du 100 yards brasse battu en en 1973, 58s67, puis 6e des championnats nationaux (adultes) 2014, double médaillée d’or des Pan Pacific juniors à Maui en 2014, 3e des Jeux universitaires l’été passé, puis maintenant ses claques à répétition sur les records… la jeune fille de 19 ans, née le 10 février 1997 à Evansville n’a cessé de progresser.

Son coach du temps de Sea Creatures, John Hart, notait l’intérêt que Lilly portait à son sport : « je pense, disait-il, qu’elle a les instruments nécessaires pour devenir une des meilleures nageuses du pays, et même internationale. Elle semble toujours savoir ce qui se passe dans le monde de la natation. Elle est curieuse de la technique utilisée par les bons nageurs. C’est une véritable étudiante du sport. » Ce n’est pas tout, ajoute son père, Mark : « c’est une fille positive. Une chose que j’admire chez elle, si quelque chose ne va pas, elle la met de côté. Elle n’est pas dans la négativité. Elle sait ce qu’il faut pour avancer. » Quant à David Baumeyer, son coach à Reitz, il note son sérieux, son implication : « c’est l’athlète que vous rencontrez une fois dans votre vie. Elle est toujours en avance, jamais en retard. Elle travaille bien avec les autres jeunes, elle les améliore. Elle aime prendre du temps, après son entraînement, pour aider les autres avec leur technique. C’est un plaisir de l’avoir autour. »

Sa mère, Ginny, raconte la première expérience de Lilly dans une grande compétition. En janvier 2012, elle se trouve à Austin, au Texas. Quelques-uns des plus grands noms de la natation se trouvaient là. « Tous ces grands fauves nageaient. Ce fut une expérience amusante. Lilly a beaucoup de confiance en soi. Nous sommes arrivées tôt, nous nous sommes assises dans les gradins, et voilà que Michael Phelps, Missy Franklin, Ryan Lochte arrivent, s’asseoient tout près d’elle. Et là elle se met à paniquer, l’air de se dire : je ne suis pas supposée être assise ici. A la fin du week-end, elle avait assimilé la situation. Il lui a juste fallu deux jours pour s’habituer. » Lilly elle-même se souvient de l’anecdote : « les internationaux avaient une place pour eux, simplement limitée par une corde, ils n’étaient pas arrivés et je m’étais assise contre cette corde. Contente d’être là. Et puis ils sont arrivés, et là, je suis devenue nerveuse, je me disais, il faut que je m’éloigne. Je n’ai jamais été aussi frappée que ce jour là. Il y avait plein de jeunes dont d’était le premier meeting. Ils voulaient des autographes. Moi non. C’était des nageurs, ils étaient là pour nager, et on devait respecter leur espace. »

« Je n’ai jamais vu une nageuse détester autant perdre », explique un autre de ses entraîneurs, Michael Chapman. Sa première victoire, a douze ans, a été un signal pour elle, de la qualité qu’elle peut atteindre. »

 Elle a choisi d’être Hoosier parce qu’elle avait été frappée par l’amitié qui courait entre les filles. “Il y a un risque de fortes jalousies entre les filles qui me parait ne pas exister. Elle sont compétitives mais liées. » Entre l’école et l’Université, elle a noté une différence: alors qu’elle nageait beaucoup, Ray Looze, le coach d’Indiana, fait beaucoup travailler aux poids et au rameur. “Lilly est très douée, surtout de par ses qualités athlétiques, son explosivité. C’est aussi une compétitrice sans peur. Elle ne craint de rencontrer personne, quand et où que ce soit. »

On l’a vu à Atlanta.

 

UNE FORFAIT PEU EN CACHER UN AUTRE

CUBA JETTE L’ÉPONGE EN WATER-POLO FÉMININ: SIX DÉFECTIONS

 Lundi 29 Février 2016

Cuba s’est retire du tournoi de qualification pour les Jeux olympiques, aux Pays-Bas. Cinq joueurs et un entraîneur ont « choisi », comme on dit, « la liberté » et fui le pays pour le Mexique, où elles se trouvaient pour un camp d’entraînement.

“C’est une honte, parce que nous avions une bonne équipe, n’a su que dire le commissionaire national cubain, Eduardo Medina. Peut-être n’avions-nous pas le potentiel pour gagner un billet pour Rio de Janeiro, mais étions prêtes à jouer à notre meilleur contre nos rivales du groupe B.

Cuba, qui avait gagné sa place dans le tournoi de qualification de Gouda en finissant 4e du tournoi des Jeux Panaméricains de Toronto, vont être remplacées par l’Allemagne dans un groupe où l’on retrouvera les équipes de France, d’ Italie, Nouvelle-Zélande, Russie sans oublier l’hôte des Pays-Bas.

Ce forfait de dernière minute peut lui valoir une sanction de la part de la Fédération Internationale. Ce genre de défections est comme qui dirait une habitude à Cuba. L’an dernier des joueurs de son équipe de football s’installa aux USA, lors du tournoi Gold Cup qui se jouait sur le sol des Etats-Unis.

LeGroupe A opposera les USA, le Grèce, le Canada, l’Afrique du Sud, l’Espagne, Japon.

Le Brésil, la Chine, la Hongrie et l’Australie sont qualifiées.

 

CHRISTIAN SPRENGER RETRAITE FORCÉE

Éric LAHMY

SPÉCIALISTE DU 100 MÈTRES BRASSE DEPUIS 2010 MÉDAILLÉ D’ARGENT AUX JEUX DE LONDRES ET D’OR AUX MONDIAUX DE BARCELONE, CHRISTIAN SPRENGER N’AVAIT PAS DE RIVAUX EN AUSTRALIE, MAIS A PRIS SA RETRAITE SUR BLESSURE À TRENTE ANS…

SPRENGER [Christian]. Natation. (Brisbane, Australie, 19 décembre 1985-). Australie. Champion du monde 2013, à Barcelone, du 100 mètres brasse, un an après avoir enlevé l’argent sur la distance aux Jeux olympiques de Londres derrière le Sud-Africain Cameron VAN DER BURGH qu’il accuse d’avoir effectué des ondulations prohibées au départ et au virage. C’est un athlète de 93kg pour 1,96m, qu’entraînent d’abord Michael BOHL, lequel découvre très tôt son talent pour la brasse, Stephan WIDMER, qui, dit-il, lui a appris à se pousser vers ses limites, et Simon CUSACK, qui, à la Valley Poole, alors qu’il songe prendre sa retraite à 25 ans, va lui enseigner les arcanes du sprint ; il est le cousin de Nicholas SPRENGER qui représenta l’Australie aux Jeux olympiques de 2004 et 2008. Lui-même fait de la compétition depuis ses sept ans, et  apparait au niveau international en 2008, un an après avoir rencontré une nageuse marquante, puisqu’il l’épousera, Amelia EVATT-DAVEY, quand il se qualifie pour les Jeux olympiques de Pékin sur 100 mètres et 200 mètres brasse. Il améliore le record du monde du 200 mètres brasse (du Japonais Kosuke KITAJIMA) en demi-finale des championnats du monde 2009, à Rome, en 2’7.31, mais, en finale, finit seulement 3e ex-æquo en 2’7.80, avec Giedrus TITENIS, Lituanie, derrière Daniel GYURTA, Hongrie, 2’7.64, et Eric SHANTEAU, USA, 2’7.65. En 2010, il est 2e du 100 mètres et 3e du 200 mètres brasse aux Jeux du Commonwealth, à New Dehli, aux Indes. Dans l’idée que « les limites sont un défi lancé par les autres », il se taille une carrière émaillée de nombreuses places d’honneur jusqu’à la victoire des mondiaux de Barcelone. Entre-temps, en accord avec CUSACK, il abandonne le 200 pour se concentrer sur le 100 mètres brasse. Par ailleurs, il étudie longuement les vidéos de KITAJIMA, qui, pense-t-il, pratique une brasse plus technique, fluide et glissante, effaçant au maximum les frottements ; comparant sans arrêts la limpidité du maitre avec ses propres vidéos, il se construit une nage aussi peu fatigante que possible. « Jusqu’alors, explique-t-il, je cherchais à être en forme, à être fort, un point c’est tout. En mûrissant, j’ai cherché à nager de la façon la moins fatigante possible. » Ce n’est pas tout. Jusqu’à 27 ans, il a vécu chez ses parents, et après avoir consenti des tas de petits boulots, dans des bars, chez Woolworths, chez Puma, pour se faire un peu d’argent, il arrête tout travail (au grand dam de ses parents) en vue de se qualifier dans l’équipe australienne des Jeux du Commonwealth.

A Londres, aux Jeux, Van der BURGH parait invincible en demi-finales, quand il bat en 58.83 le record olympique (58.91) de KITAJIMA. En finale, Sprenger nage en 58.93 mais le Sud-Africain améliore (58.46) le record du monde.

SPRENGER se venge à Barcelone, où il est mené nettement par Van Der BURGH jusqu’aux 50 mètres, revient sur lui dans le virage et le déborde par une meilleure fin de course, amenant son record à 58.79.

Il arrivé blessé aux Jeux du Commonwealth 2014 où il parvient à enlever un bronze dérisoire au regard de ses ambitions, sur 50 mètres, et ne peut atteindre la finale du 100 mètres ; opéré d’une épaule, il tente un retour à la compétition en 2015, mais sa nage a perdu son efficacité, et il annonce à la fin de l’année sa retraite. Il a trente ans.

Ses records en brasse : 50 mètres, 26.74 ; 100 mètres, 58.79 ; 200 mètres, 2’7.31 (record du monde). En petit bassin : 26.54 ; 57.14 ; 2’1.98.

STEPHAN CARON

LA TÊTE ET… LES BRAS

Eric LAHMY

                                                                                  Mardi 7 Juillet 2015

CARON [Stephan] Natation. (Rouen, 1er juillet 1966-). France. Écossais par sa mère, il fut découvert et entraîné à Rouen par Guy Boissière, avec qui il forma un couple pittoresque entraîneur nageur, et fut le plus constant et le plus titré des nageurs français entre 1982 et 1992. Très à l’aise dans l’eau grâce à son abattage et sa légèreté (2,01m pour 83kg), il se concentre sur 100 et 200 mètres même si ses particularités techniques (c’est surtout un « nageur de bras ») auraient pu faire de lui un grand nageur de demi-fond. Mais peut-être cette notion peut-elle être revue, Caron n’étant pas le seul grand sprinter privé d’un gros battement de jambes (Robert McGregor, Mike Wenden, Jonty Skinner). S’il a toujours trouvé un grand sprinter pour lui interdire la plus haute marche du podium (Biondi de 1985 à 1991, Popov en 1992), il a été, pour l’ensemble de son œuvre, le deuxième nageur du monde pendant deux olympiades.

Champion d’Europe devant le champion olympique est-allemand de 1980, Jorg Woithe (50’’20 contre 50’’38), et vice champion du monde universitaire en 1985, devenant à Kobé le premier français sous les 50’’ (49’’98) sur 100 mètres et sous les 1’50’’ (1’49’’78) sur 200 mètres; vice champion du monde 1986 derrière Matt Biondi (48’’94 contre 49’’73) et devant Tom Jaeger (49’’79), 2e des championnats d’Europe 1987, battu par Sven Lodziewski, 49’’79 contre 49’’88, 3e des Jeux Olympiques de Séoul en 1988, en 49’’62, derrière les Américains Biondi, 48’’63 et Chris Jacobs, 49’’08, et devant le Russe Guennadi Prigoda, 49’’75, il retrouve la même place quatre ans plus tard à Barcelone, en 49’’50, derrière Alexandre Popov, 49’’02 et Gustavo Borges, 49’’43 ; en 1991, au départ du relais de son club aux championnats de France, il amène le record d’Europe à 49’’18. Sa carrière a été affectée par un problème de santé qui lui vaut des déconvenues à répétition, heureusement jamais dans des compétitions importantes. Il s’agit de tachycardies qui le rendent, quand elles le saisissent, incapable de s’employer à fond, voire de nager. La répétition à quelques reprises de ces crises va ajouter une inquiétude dont Stephan Caron par ailleurs un excellent compétiteur, se serait bien passé, au départ des courses. Intelligent, étudiant brillant, Caron a envisagé un retour à la compétition dans l’optique des Jeux de 1996. Il pense alors qu’Alexandre Popov est à sa portée. Mais il abandonne cette idée, en raison de ses aléas et du fait qu’elle le conduirait à retarder ses plans de carrière professionnelle.

Stephan Caron a été trente fois champion de France individuel, dont quatorze fois d’été : du 50 mètres en 1984 (hiver, 23’’81, été, 23’’59), 1986 (hiver, 23’’88), 1987 (hiver, 23’’26, record de France)), 1988 (hiver, 23’’40, été, 23’’32), 1989 (hiver, 23’’18), 1990 (été, 22’’93), et 1991 (été, 22’’74, record de France) ; du 100 mètres en 1983 (hiver, 53’’01, été 52’’14), 1984 (hiver, 50’’94, record de France, été 51’’23), 1985 (hiver, 51’’65), 1986 (hiver, 51’’11, été 51’’24), 1987 (hiver 50’’29, été, 51’’63), 1988 (hiver 49’’93, été, 50’’09), 1989 (hiver, 50’’50, été, 50’’90), 1990 (été, 50’’48) et 1991 (hiver 50’’45, été, 50’’18), 1992 (hiver, 49’’87), du 200 mètres en 1984 (hiver, 1’51’’85, record de France), 1985 (hiver, 1’50’’20, record de France), 1986 (hiver, 1’52’’70, été, 1’51’’41).

Stephan Caron a mené une belle carrière dans la finance, essentiellement en Grande-Bretagne, travaillant pour Suez et, pendant quatorze ans, la General Electric, qu’il a quitté pour rejoindre l’investisseur international BlackRock, où il opère au titre de directeur du corporate financing, et où, croyez-le ou pas, son grand patron s’appelait Michael Phelps.

Stephan Caron n’a pas tout à fait quitté la natation, organisant un meeting international à Singapour et commentant les images de télévision pendant les Jeux olympiques de Pékin et de Rio. L’un de ses enfants, Julie, 11 ans, est championne de Grande-Bretagne minimes à l’épée, mais elle nage aussi, et donc tout est possible.

MARC DE HERDT

DE HERDT [Marc] Natation. (11 février 1949-). France. Recordman de France du 200 mètres brasse avec 2’33’’2 en 1968, et du 400 mètres quatre nages, il est par deux fois champion de France d’hiver ; sa carrière fut écourtée par des ennuis de santé sans doute liés à des carences nutritionnelles, pendant son service militaire, alors qu’il s’entraînait énormément, dans l’optique des Jeux Olympiques de Mexico. Alors qu’il paraissait perdu pour la natation, il refit surface et fut 2e du 200 mètres brasse des championnats de France. Directeur de piscine à Courbevoie, puis directeur des sports à Issy-les-Moulineaux, il a fait sa carrière dans l’administration de cette ville. Préside les Internationaux de natation français (2015).