Catégorie : Biographies

LES VIES AQUATIQUES DU « CAPITAINE » ROBERT CHRISTOPHE (1938-2016)

Éric LAMY

Lundi 18 Avril 2016

IL ÉTAIT LE DERNIER SURVIVANT D’UNE ÉQUIPE FAMEUSE EN SON TEMPS, CELLE QUI, FORMÉE D’ALAIN GOTTVALLES, GÉRARD GROPAIZ, JEAN-PASCAL CURTILLET ET LUI-MÊME, AVAIT BATTU LE RECORD DU MONDE DU RELAIS QUATRE FOIS 100 MÈTRES ; ROBERT CHRISTOPHE, QUI S’EST ÉTEINT CE MATIN À AVIGNON, FUT PENDANT DEUX OLYMPIADES NOTRE NAGEUR DE DOS EMBLÉMATIQUE. PUIS IL DEVINT LE CAPITAINE D’UNE ÉQUIPE DE RELAIS FAMEUSE QUI SERAIT RECORDWOMAN DU MONDE ET CHAMPIONNE D’EUROPE SUR 4 FOIS 100 MÈTRES ET RECORDWOMAN D’EUROPE SUR 4 FOIS 200 MÈTRES

Robert était né à Marseille le 22 février 1938. Il restera surtout dans l’histoire de la natation française comme le double finaliste olympique sur 100 mètres dos, 4e des Jeux de Melbourne, en 1956, et encore 4e aux Jeux de Rome, quatre ans plus tard. Elève de Georges Garret au Cercle des Nageurs de Marseille, il fut aussi champion d’Europe de la distance en 1958. Il en amena le 12 juillet 1959, le record d’Europe à 1’2’’2.

A Melbourne, Christophe débarque avec un temps de 1’5’’9. Mais en séries, il signe un 1’4’’2, record d’Europe et olympique qui change profondément la donne ! Une performance qui lui donnera des regrets, parce que réalisée une course trop tôt. « Je manquais de maturité, d’expérience ! J’aurais dû me qualifier tranquillement, cela m’a mis dans une situation que je n’ai pas su maîtriser », se souviendra-t-il.

LE DOSSISTE EMBLÉMATIQUE

Il n’est sans doute pas bon de devenir tout à coup le favori d’une épreuve à un tel niveau de compétition, cela vous donne des responsabilités et peut nuire à votre sérénité. En finale, les Australiens David Theile, 1’2’’2, record du monde, et John Monkton, 1’3’’2, dominent, et sont hors de portée ; le jeune Américain Frank McKinney s’arrache en 1’4’’5 et ravit le bronze ; Robert finit 4e avec 1’4’’9. De façon arithmétique, on peut penser dès lors que le bronze eut été à sa portée.

En 1958, Robert n’a toujours pas de rival en Europe. Sa domination dans l’Hexagone est telle qu’aux championnats de France d’hiver, il achève le 100 mètres dos avec 5’’7 d’avance sur son second ! Le 15 juin, à Blackpool, où la Grande-Bretagne bat la France par 13 courses à une, il sauve l’honneur tricolore : son 1’2’’9 aux 110 yards dos pulvérise le record d’Europe du 100 mètres que le Hongrois Magyar avait amené à 1’4’’1. Le 4 août, il subit sa seule défaite de la saison, en championnat de France, où le recordman du monde australien, Monckton, a été invité à nager avec ses équipiers kangourous, qui dominent alors presque sans partage la natation mondiale.

Aux championnats du Vieux Continent, qui se tiennent à Budapest, Robert Christophe suit à la lettre les consignes de Georges Garret, son entraîneur : partir vite, étouffer tout le monde, et surtout le Soviétique Leonid Barbier, son plus dangereux rival. Se relâcher après les 35 mètres. Se relancer à fond à l’approche du mur d’arrivée. Sauf que notre héros rate son virage. Y laisse tout ou partie de l’avance qu’il doit reconstruire dans la seconde longueur. Il l’emporte finalement en 1’3’’1 contre 1’3’’9, mais a laissé dans l’incident la possibilité d’un exploit chiffré. Il le réalisera en 1959, ses 1’2’’2 constituant la meilleure performance mondiale. Ce qui en fait presque le favori des Jeux de Rome, en 1960.

Mais là comme à Melbourne, Christophe est devancé par l’Australien de service (David Theile) qui réussit un doublé historique, et deux Américains. Déception ? L’année a été tellement difficile que cette nouvelle 4e place constitue presque un  miracle. Robert a été victime d’un accident aux lombaires qui l’a contraint d’arrêter de nager. Son père est mort au mois de juin. Il nage dans un tel état physique et émotionnel que chaque course, série, demi-finales, finale, est un exploit en soi.

Mais il y a sans doute autre chose. La France, à la différence des pays dominants, n’a pas de nombreux champions. Sa culture sportive est retardataire. Quand un Christophe, un Gottvalles, un Mosconi s’élèvent au-dessus du niveau moyen, ils nagent dans une sorte de solitude et se retrouvent en face de nageurs issus d’une confrontation permanente, premiers des égaux qui leur disputent la place. Avant les Jeux de Tokyo, Alain Gottvalles devance le deuxième Français sur 100 mètres, Gérard Gropaiz, de deux secondes et demie, soit plus de quatre mètres. Don Schollander, qui gagne la course olympique, n’a même pas gagné les sélections américaines, où ses compatriotes Michael Austin et Gary Illmann, ont nagé plus vite que lui : on comprend dès lors, quels que soient leurs talents respectifs, qui de Gottvalles et de Schollander était le mieux préparé à la confrontation !

Le 100 mètres dos ayant disparu du programme olympique individuel au profit de la distance double qui ne lui convient guère, Robert, qui a nagé en crawl parfois avec bonheur, va explorer la nage libre avec assez de brio pour participer aux grands relais français : en 1962, aux 4 fois 100 mètres (3’42’’5, record du monde, puis champion d’Europe) et aux 4 fois 200 mètres vice champion d’Europe. Il est aussi du relais 4 fois 100 mètres qui bat le record d’Europe avec 3’39’’2 en 1964.  Ce sera le deuxième volet de sa longue carrière.

LE D’ARTAGNAN DU QUATRE FOIS 100 MÈTRES

L’anecdote, qu’il m’a lui-même contée, veut que sa découverte de ses capacités de crawleur naissent des plaisanteries des nageurs le libre. Ricanements constamment recyclés sur le dos, rebaptisé « nage à reculons ». Ce jour là, Aldo Eminente, double finaliste olympique du 100 libre et maître en moqueries devant l’Eternel, lui explique doctement dans la chambre d’appel que les nageurs de spécialités sont les crawleurs ratés. Vous allez voir ce que vous allez voir, se dit Robert, et il s’engage sur 100 mètres libre aux championnats de France en 1960 qu’il gagne devant la fine fleur des crawleurs.

L’idée de relais autour desquels l’équipe de France doit se reconstruire nait dans l’avion, retour de Rome où les Français ont essuyé un échec cuisant. Lucien Zins et Georges Garret lui annoncent que le 100 mètres dos, son épreuve fétiche, disparait du programme au profit du 200 mètres dos, tandis qu’un relais quatre fois 100 mètres nage libre devient discipline olympique.

Reçues dans le même temps, ces deux informations vont se connecter dans son esprit. En effet, Robert Christophe, grand nageur de 100 dos devant l’éternel, souffre sur la distance double. C’est très logiquement qu’il va détourner ses ambitions du dos au crawl, plus exactement aux relais quatre fois 100 et quatre fois 200 mètres libre.

Ces courses vont être l’objet d’une grande aventure collective de la natation française, avec ses amis, Jean-Pascal Curtillet, Alain Gottvalles, Gérard Gropaiz et Pierre Duchateau.

TOUT SEUL SUR QUATRE FOIS 200 MÈTRES!

Malheureusement, une forte angine l’écarte des finales aux Jeux olympiques de Tokyo : le relais quatre fois 100 mètres, qui luttait pour être 3e, est bien lancé par Gottvalles, 54 secondes, mais est disqualifié pour virage incorrect : le jeune Pierre Canavese a utilisé distraitement, dans la bagarre, une culbute, touche « au pied » qui ne sera admise qu’après les Jeux olympiques. La faute n’échappe pas à l’œil vigilant d’un juge. Le relais 4 fois 200 mètres termine 6e.

Lorsque l’équipe de France bat un de ses records sur quatre fois 200 mètres, le journaliste de radio André Bibal arrive après la bataille. Il est catastrophé. Il s’était promis de faire vivre la tentative « en direct ». Qu’à cela ne tienne. Autour de Lucien Zins, en présence des quatre relayeurs qui s’efforcent de ne pas rire, on refait le match ! L’un tient le chrono et en se basant sur les temps réalisés plus tôt, Zins signale à Bibal l’arrivée d’un relayeur et le départ du relayeur suivant. Robert Christophe ayant nagé le premier, Bibal conte par le menu la trajectoire du nageur, son style supposé, demande à Zins si on est dans les temps, bref la fiction rejoint la réalité. Lors du passage au relais suivant, Bibal oublie de signaler qu’il s’agit cette fois de Curtillet, et continue sur Christophe, sa vitesse, sa somptueuse technique, bref il est dans la panade. Le deuxième relais achevé, Bibal, toujours dans les vaps, relance Christophe dans le troisième relais, et celui-ci lance au beau milieu de cet improbable direct un tonitruant : « ah ! Non, moi je suis fatigué, j’arrête. »

UN SEUL ADVERSAIRE, LE CHRONO

Après ses troisièmes Jeux, Christophe prend enfin une retraite méritée. Il deviendra directeur de la piscine municipale, puis des piscines d’Avignon, poste qu’il conservera jusqu’à sa retraite en 2003. Il était aussi président du Cercle des Nageurs Avignonnais, et effectuait une retraite paisible à Morières-lès-Avignon, dans le Vaucluse. Dans l’ensemble de sa carrière, Robert Christophe a enlevé dix titres de champion de France individuel d’été, 7 sur 100 dos (de 1957 à 1964, sauf l’été 1962, où il laissa la victoire à Jean-Claude Raffy), 2 sur 200 dos (1961 et 1962) et, on l’a dit, un en nage libre, sur 100 mètres (57’’6 en 1960), toute rage dehors, quand un sprinteur lui a affirmé que les nageurs de spécialité comme lui étaient des crawleurs « ratés ». Il enleva aussi, à partir du moment où les championnats de France d’hiver furent disputés, quatre titres nationaux d’hiver du 100 mètres dos entre 1961 et 1964, et un du 200 mètres dos en 1962.

Malgré ce tempérament, Robert Christophe ne confondra jamais les genres, et expliquera, ainsi à ses enfants, que dans la compétition, il n’a jamais eu qu’un adversaire, le chronomètre. Et les autres ? Eh ! Bien, dit-il, ils sont comme toi. Seuls devant le temps qui passe. Alain Mosconi, qui battra des records du monde sur 400 et 800 mètres, se souvient du rôle qu’a joué l’ancien lors qu’avant sa première grande compétition « la seule avant laquelle j’ai eu peur », Robert s’est approché de lui et a démystifié la compétition.

« GLOIRE DU SPORT »

Robert Christophe a été intronisé Gloire du Sport en 2010. Le soir de cette cérémonie à la Maison du Sport français, nous sommes quelques-uns autour de lui, Gérard Gropaiz, qui disparaîtra deux ans plus tard, Marc de Herdt. Robert conte des anecdotes de sa vie de nageur et m’annonce qu’il entre le lendemain en chirurgie. Une opération aux hanches dont il se remet bien.

Ces dernières années, ses enfants avaient ouvert une page sur Facebook où ils invoquaient les belles années sportives de leur père. Robert leur avait transmis une abondante documentation illustrée allant des années 1953 à 1964. Après s’être écarté assez longtemps de ses réminiscences sportives, il avait pris goût à s’y replonger et avait renoué contacts avec des nageurs, dont l’Allemand Hans-Joachim Kuppers, qui avait été recordman du monde du 100 mètres dos en 1964.

Il est parti ce matin à 7h15, laissant derrière lui sa famille éplorée : sa femme Huguette, ses enfants Robert et Richard et ses petites-filles Clara et Livra, auxquels

j’adresse mes condoléances attristées.

 

NCAA (8): AU DELÀ D’ATLANTA, LILLY KING RÊVE DÉJÀ D’OMAHA ET DE RIO

Éric LAHMY

LILLY KING, QUI RÉVOLUTIONNE LES RECORDS UNIVERSITAIRES DE BRASSE, VEUT MAINTENANT DÉPASSER LE PETIT BASSIN EN YARDS ET SONGE ALLER AUX JEUX OLYMPIQUES ET BIEN SÛR GAGNER…

Samedi 19 Mars 2016

Lilly King ne cachait pas qu’elle s’était efforcée de rester concentrée sur son sujet, les finales NCAA, mais que sa tête avait tendance à se tourner vers les Jeux de Rio, via les sélections d’Omaha, Nebraska, du 26 juin au 3 juillet. En grand bassin, elle est encore 3e Américaine, et il faut donc qu’elle déloge une nageuse pour obtenir son visa pour le Brésil. Pour l’instant, c’est Katie Meili et Jessica Hardy qui sont devant elles en grand bassin. Pas très loin, surtout pour Hardy, dont l’avance se limite à un humble 1/100e de secondes! Et si l’on se fie aux records qu’elle a balayé en yards, à Atlanta, en finale des NCAA, on n’est plus très sûr de la supériorité des anciennes!

Son ambition vient de loin. Elle remonte à ses douze ans, quand, élève de la high school Reitz et licenciée des Newburg Sea Creatures, cette fille d’un athlète devenu dessinateur industriel et d’une nageuse devenue enseignante, se présenta à ses premières compétitions de groupes d’âge de l’Indiana et l’emporta. Depuis, elle a accompli un joli chemin. Record US junior du 100 yards brasse battu en en 1973, 58s67, puis 6e des championnats nationaux (adultes) 2014, double médaillée d’or des Pan Pacific juniors à Maui en 2014, 3e des Jeux universitaires l’été passé, puis maintenant ses claques à répétition sur les records… la jeune fille de 19 ans, née le 10 février 1997 à Evansville n’a cessé de progresser.

Son coach du temps de Sea Creatures, John Hart, notait l’intérêt que Lilly portait à son sport : « je pense, disait-il, qu’elle a les instruments nécessaires pour devenir une des meilleures nageuses du pays, et même internationale. Elle semble toujours savoir ce qui se passe dans le monde de la natation. Elle est curieuse de la technique utilisée par les bons nageurs. C’est une véritable étudiante du sport. » Ce n’est pas tout, ajoute son père, Mark : « c’est une fille positive. Une chose que j’admire chez elle, si quelque chose ne va pas, elle la met de côté. Elle n’est pas dans la négativité. Elle sait ce qu’il faut pour avancer. » Quant à David Baumeyer, son coach à Reitz, il note son sérieux, son implication : « c’est l’athlète que vous rencontrez une fois dans votre vie. Elle est toujours en avance, jamais en retard. Elle travaille bien avec les autres jeunes, elle les améliore. Elle aime prendre du temps, après son entraînement, pour aider les autres avec leur technique. C’est un plaisir de l’avoir autour. »

Sa mère, Ginny, raconte la première expérience de Lilly dans une grande compétition. En janvier 2012, elle se trouve à Austin, au Texas. Quelques-uns des plus grands noms de la natation se trouvaient là. « Tous ces grands fauves nageaient. Ce fut une expérience amusante. Lilly a beaucoup de confiance en soi. Nous sommes arrivées tôt, nous nous sommes assises dans les gradins, et voilà que Michael Phelps, Missy Franklin, Ryan Lochte arrivent, s’asseoient tout près d’elle. Et là elle se met à paniquer, l’air de se dire : je ne suis pas supposée être assise ici. A la fin du week-end, elle avait assimilé la situation. Il lui a juste fallu deux jours pour s’habituer. » Lilly elle-même se souvient de l’anecdote : « les internationaux avaient une place pour eux, simplement limitée par une corde, ils n’étaient pas arrivés et je m’étais assise contre cette corde. Contente d’être là. Et puis ils sont arrivés, et là, je suis devenue nerveuse, je me disais, il faut que je m’éloigne. Je n’ai jamais été aussi frappée que ce jour là. Il y avait plein de jeunes dont d’était le premier meeting. Ils voulaient des autographes. Moi non. C’était des nageurs, ils étaient là pour nager, et on devait respecter leur espace. »

« Je n’ai jamais vu une nageuse détester autant perdre », explique un autre de ses entraîneurs, Michael Chapman. Sa première victoire, a douze ans, a été un signal pour elle, de la qualité qu’elle peut atteindre. »

 Elle a choisi d’être Hoosier parce qu’elle avait été frappée par l’amitié qui courait entre les filles. “Il y a un risque de fortes jalousies entre les filles qui me parait ne pas exister. Elle sont compétitives mais liées. » Entre l’école et l’Université, elle a noté une différence: alors qu’elle nageait beaucoup, Ray Looze, le coach d’Indiana, fait beaucoup travailler aux poids et au rameur. “Lilly est très douée, surtout de par ses qualités athlétiques, son explosivité. C’est aussi une compétitrice sans peur. Elle ne craint de rencontrer personne, quand et où que ce soit. »

On l’a vu à Atlanta.

 

UNE FORFAIT PEU EN CACHER UN AUTRE

CUBA JETTE L’ÉPONGE EN WATER-POLO FÉMININ: SIX DÉFECTIONS

 Lundi 29 Février 2016

Cuba s’est retire du tournoi de qualification pour les Jeux olympiques, aux Pays-Bas. Cinq joueurs et un entraîneur ont « choisi », comme on dit, « la liberté » et fui le pays pour le Mexique, où elles se trouvaient pour un camp d’entraînement.

“C’est une honte, parce que nous avions une bonne équipe, n’a su que dire le commissionaire national cubain, Eduardo Medina. Peut-être n’avions-nous pas le potentiel pour gagner un billet pour Rio de Janeiro, mais étions prêtes à jouer à notre meilleur contre nos rivales du groupe B.

Cuba, qui avait gagné sa place dans le tournoi de qualification de Gouda en finissant 4e du tournoi des Jeux Panaméricains de Toronto, vont être remplacées par l’Allemagne dans un groupe où l’on retrouvera les équipes de France, d’ Italie, Nouvelle-Zélande, Russie sans oublier l’hôte des Pays-Bas.

Ce forfait de dernière minute peut lui valoir une sanction de la part de la Fédération Internationale. Ce genre de défections est comme qui dirait une habitude à Cuba. L’an dernier des joueurs de son équipe de football s’installa aux USA, lors du tournoi Gold Cup qui se jouait sur le sol des Etats-Unis.

LeGroupe A opposera les USA, le Grèce, le Canada, l’Afrique du Sud, l’Espagne, Japon.

Le Brésil, la Chine, la Hongrie et l’Australie sont qualifiées.

 

CHRISTIAN SPRENGER RETRAITE FORCÉE

Éric LAHMY

SPÉCIALISTE DU 100 MÈTRES BRASSE DEPUIS 2010 MÉDAILLÉ D’ARGENT AUX JEUX DE LONDRES ET D’OR AUX MONDIAUX DE BARCELONE, CHRISTIAN SPRENGER N’AVAIT PAS DE RIVAUX EN AUSTRALIE, MAIS A PRIS SA RETRAITE SUR BLESSURE À TRENTE ANS…

SPRENGER [Christian]. Natation. (Brisbane, Australie, 19 décembre 1985-). Australie. Champion du monde 2013, à Barcelone, du 100 mètres brasse, un an après avoir enlevé l’argent sur la distance aux Jeux olympiques de Londres derrière le Sud-Africain Cameron VAN DER BURGH qu’il accuse d’avoir effectué des ondulations prohibées au départ et au virage. C’est un athlète de 93kg pour 1,96m, qu’entraînent d’abord Michael BOHL, lequel découvre très tôt son talent pour la brasse, Stephan WIDMER, qui, dit-il, lui a appris à se pousser vers ses limites, et Simon CUSACK, qui, à la Valley Poole, alors qu’il songe prendre sa retraite à 25 ans, va lui enseigner les arcanes du sprint ; il est le cousin de Nicholas SPRENGER qui représenta l’Australie aux Jeux olympiques de 2004 et 2008. Lui-même fait de la compétition depuis ses sept ans, et  apparait au niveau international en 2008, un an après avoir rencontré une nageuse marquante, puisqu’il l’épousera, Amelia EVATT-DAVEY, quand il se qualifie pour les Jeux olympiques de Pékin sur 100 mètres et 200 mètres brasse. Il améliore le record du monde du 200 mètres brasse (du Japonais Kosuke KITAJIMA) en demi-finale des championnats du monde 2009, à Rome, en 2’7.31, mais, en finale, finit seulement 3e ex-æquo en 2’7.80, avec Giedrus TITENIS, Lituanie, derrière Daniel GYURTA, Hongrie, 2’7.64, et Eric SHANTEAU, USA, 2’7.65. En 2010, il est 2e du 100 mètres et 3e du 200 mètres brasse aux Jeux du Commonwealth, à New Dehli, aux Indes. Dans l’idée que « les limites sont un défi lancé par les autres », il se taille une carrière émaillée de nombreuses places d’honneur jusqu’à la victoire des mondiaux de Barcelone. Entre-temps, en accord avec CUSACK, il abandonne le 200 pour se concentrer sur le 100 mètres brasse. Par ailleurs, il étudie longuement les vidéos de KITAJIMA, qui, pense-t-il, pratique une brasse plus technique, fluide et glissante, effaçant au maximum les frottements ; comparant sans arrêts la limpidité du maitre avec ses propres vidéos, il se construit une nage aussi peu fatigante que possible. « Jusqu’alors, explique-t-il, je cherchais à être en forme, à être fort, un point c’est tout. En mûrissant, j’ai cherché à nager de la façon la moins fatigante possible. » Ce n’est pas tout. Jusqu’à 27 ans, il a vécu chez ses parents, et après avoir consenti des tas de petits boulots, dans des bars, chez Woolworths, chez Puma, pour se faire un peu d’argent, il arrête tout travail (au grand dam de ses parents) en vue de se qualifier dans l’équipe australienne des Jeux du Commonwealth.

A Londres, aux Jeux, Van der BURGH parait invincible en demi-finales, quand il bat en 58.83 le record olympique (58.91) de KITAJIMA. En finale, Sprenger nage en 58.93 mais le Sud-Africain améliore (58.46) le record du monde.

SPRENGER se venge à Barcelone, où il est mené nettement par Van Der BURGH jusqu’aux 50 mètres, revient sur lui dans le virage et le déborde par une meilleure fin de course, amenant son record à 58.79.

Il arrivé blessé aux Jeux du Commonwealth 2014 où il parvient à enlever un bronze dérisoire au regard de ses ambitions, sur 50 mètres, et ne peut atteindre la finale du 100 mètres ; opéré d’une épaule, il tente un retour à la compétition en 2015, mais sa nage a perdu son efficacité, et il annonce à la fin de l’année sa retraite. Il a trente ans.

Ses records en brasse : 50 mètres, 26.74 ; 100 mètres, 58.79 ; 200 mètres, 2’7.31 (record du monde). En petit bassin : 26.54 ; 57.14 ; 2’1.98.

STEPHAN CARON

LA TÊTE ET… LES BRAS

Eric LAHMY

                                                                                  Mardi 7 Juillet 2015

CARON [Stephan] Natation. (Rouen, 1er juillet 1966-). France. Écossais par sa mère, il fut découvert et entraîné à Rouen par Guy Boissière, avec qui il forma un couple pittoresque entraîneur nageur, et fut le plus constant et le plus titré des nageurs français entre 1982 et 1992. Très à l’aise dans l’eau grâce à son abattage et sa légèreté (2,01m pour 83kg), il se concentre sur 100 et 200 mètres même si ses particularités techniques (c’est surtout un « nageur de bras ») auraient pu faire de lui un grand nageur de demi-fond. Mais peut-être cette notion peut-elle être revue, Caron n’étant pas le seul grand sprinter privé d’un gros battement de jambes (Robert McGregor, Mike Wenden, Jonty Skinner). S’il a toujours trouvé un grand sprinter pour lui interdire la plus haute marche du podium (Biondi de 1985 à 1991, Popov en 1992), il a été, pour l’ensemble de son œuvre, le deuxième nageur du monde pendant deux olympiades.

Champion d’Europe devant le champion olympique est-allemand de 1980, Jorg Woithe (50’’20 contre 50’’38), et vice champion du monde universitaire en 1985, devenant à Kobé le premier français sous les 50’’ (49’’98) sur 100 mètres et sous les 1’50’’ (1’49’’78) sur 200 mètres; vice champion du monde 1986 derrière Matt Biondi (48’’94 contre 49’’73) et devant Tom Jaeger (49’’79), 2e des championnats d’Europe 1987, battu par Sven Lodziewski, 49’’79 contre 49’’88, 3e des Jeux Olympiques de Séoul en 1988, en 49’’62, derrière les Américains Biondi, 48’’63 et Chris Jacobs, 49’’08, et devant le Russe Guennadi Prigoda, 49’’75, il retrouve la même place quatre ans plus tard à Barcelone, en 49’’50, derrière Alexandre Popov, 49’’02 et Gustavo Borges, 49’’43 ; en 1991, au départ du relais de son club aux championnats de France, il amène le record d’Europe à 49’’18. Sa carrière a été affectée par un problème de santé qui lui vaut des déconvenues à répétition, heureusement jamais dans des compétitions importantes. Il s’agit de tachycardies qui le rendent, quand elles le saisissent, incapable de s’employer à fond, voire de nager. La répétition à quelques reprises de ces crises va ajouter une inquiétude dont Stephan Caron par ailleurs un excellent compétiteur, se serait bien passé, au départ des courses. Intelligent, étudiant brillant, Caron a envisagé un retour à la compétition dans l’optique des Jeux de 1996. Il pense alors qu’Alexandre Popov est à sa portée. Mais il abandonne cette idée, en raison de ses aléas et du fait qu’elle le conduirait à retarder ses plans de carrière professionnelle.

Stephan Caron a été trente fois champion de France individuel, dont quatorze fois d’été : du 50 mètres en 1984 (hiver, 23’’81, été, 23’’59), 1986 (hiver, 23’’88), 1987 (hiver, 23’’26, record de France)), 1988 (hiver, 23’’40, été, 23’’32), 1989 (hiver, 23’’18), 1990 (été, 22’’93), et 1991 (été, 22’’74, record de France) ; du 100 mètres en 1983 (hiver, 53’’01, été 52’’14), 1984 (hiver, 50’’94, record de France, été 51’’23), 1985 (hiver, 51’’65), 1986 (hiver, 51’’11, été 51’’24), 1987 (hiver 50’’29, été, 51’’63), 1988 (hiver 49’’93, été, 50’’09), 1989 (hiver, 50’’50, été, 50’’90), 1990 (été, 50’’48) et 1991 (hiver 50’’45, été, 50’’18), 1992 (hiver, 49’’87), du 200 mètres en 1984 (hiver, 1’51’’85, record de France), 1985 (hiver, 1’50’’20, record de France), 1986 (hiver, 1’52’’70, été, 1’51’’41).

Stephan Caron a mené une belle carrière dans la finance, essentiellement en Grande-Bretagne, travaillant pour Suez et, pendant quatorze ans, la General Electric, qu’il a quitté pour rejoindre l’investisseur international BlackRock, où il opère au titre de directeur du corporate financing, et où, croyez-le ou pas, son grand patron s’appelait Michael Phelps.

Stephan Caron n’a pas tout à fait quitté la natation, organisant un meeting international à Singapour et commentant les images de télévision pendant les Jeux olympiques de Pékin et de Rio. L’un de ses enfants, Julie, 11 ans, est championne de Grande-Bretagne minimes à l’épée, mais elle nage aussi, et donc tout est possible.

MARC DE HERDT

DE HERDT [Marc] Natation. (11 février 1949-). France. Recordman de France du 200 mètres brasse avec 2’33’’2 en 1968, et du 400 mètres quatre nages, il est par deux fois champion de France d’hiver ; sa carrière fut écourtée par des ennuis de santé sans doute liés à des carences nutritionnelles, pendant son service militaire, alors qu’il s’entraînait énormément, dans l’optique des Jeux Olympiques de Mexico. Alors qu’il paraissait perdu pour la natation, il refit surface et fut 2e du 200 mètres brasse des championnats de France. Directeur de piscine à Courbevoie, puis directeur des sports à Issy-les-Moulineaux, il a fait sa carrière dans l’administration de cette ville. Préside les Internationaux de natation français (2015).

YANN DE FABRIQUE

UN NAGEUR, DEUX NATIONS

DE FABRIQUE [Yann J] Natation. (Plantation, Floride, 7 août 1973-). états-Unis, France. Américain issu d’une famille martiniquaise, Jean-Pierre et Janique, expatriée à la suite de l’assassinat du grand’père de Yann, il est mis à la natation à sept ans par sa mère afin de calmer son hyperactivité, la piscine de Boyton Beach, où il nage, étant à cinq cent mètres de la maison. Sept ans plus tard, entraîné par Allan Andersen à l’école secondaire de Lake Lytal, il réécrit plusieurs records de groupes d’âge de la « Gold Coast » floridienne. Peu de temps après, il va s’apercevoir que sa double nationalité (franco-américaine) peut lui être utile. Nageant pour Plantation et l’Université de Caroline du Nord (1991-1995) et, en France, pour Brunoy et Boulogne-Billancourt, il entre en équipe de France après avoir été sélectionné en juniors dans l’équipe US. Champion du monde universitaire du 200 mètres en 1995. Champion de France 1998 sur 200 mètres, 400 mètres et 200 mètres papillon, 1999 du 200 mètres, il manque, aux championnats d’Europe, la qualification olympique pour Sydney en 2000. Il devint coach de natation assistant de Jack Bauerlé, à l’Université de Georgie, où il rencontrza et épousa Julie Varozza, puis devint directeur d’hötel à Santa Clara, où il prit place au bureau des directeurs du Santa Clara swimming club.

DANIELE HANNEQUIN S’EN EST ALLEE

HANNEQUIN [Danièle]. Natation. (13 octobre 1940-mai 2015). France.

Pour Marc de Herdt, président de l’association des internationaux français de natation, Danièle Hannequin avait fourni la preuve qu’une fille assez petite et légère pouvait réussir dans un style réputé difficile comme la nage papillon. Elle avait débuté au Stade Français, puis signa au Racing. Danièle fit partie de la pléiade de championnes que forma Suzanne Berlioux et fut championne de France d’hiver du 200 mètres dos en 1961 et du 100 mètres papillon en 1963. Comme spécialiste du papillon, elle fit partie des relais champions de France sur 4 fois 100 mètres quatre nages en 1963, 1964, 1965 et 1967 en compagnie de Christine et Annie Caron, Michèle Pialat, Isabelle Poniatowski, D. Sarfati et Le Poitevin. Elle avait honoré 26 sélections.     

Elle avait commencé à travailler à la formation de jeunes nageurs dans les piscines de Paris quand Suzanne Berlioux la rappela. Sa carrière se poursuivit sur les bords du bassin du Racing Club de France, aux côtés de Suzanne Berlioux, puis Aldo Eminente, où elle aida (de sa voix puissante) à former des générations de jeunes nageurs.

Danièle était une personne discrète, qui vivait un peu à part du monde sportif. Voici quelques années, elle avait vécu près de la maison de sa mère, en Bretagne, dans un camping-car..

JULIA EFIMOVA: MISS UNIVERS OU IMPOSTURE ?

Par Eric LAHMY                                                            Jeudi 4 Juin 2015

EFIMOVA [Julia]. Natation. (Grozny, 3 Avril 1992-) Russie.

La situation en Tchétchénie contraint la famille de Julia Efimova à quitter la capitale de cette République. Elle s’installe à Volgodonsk, petite ville nouvelle le long du canal Volga-Don, sur la mer d’Azov, au cœur de la Russie d’Europe. Julia grandit donc au pays des Cosaques, et commence à s’entraîner dans une école de sport (sorte de sport-études russe) sous la guidance de son père, Andrei Mikhailovich Efimov. Avant 2011, la famille vit à Taganrog, 300 kilomètres plus loin, et Julia passe sous l’expertise d’Irina Vyatchanina, entraîneur « honoré », le haut niveau de Russie.– En décembre 2007, à Debrecen, en Hongrie, Efimova, 15 ans et huit mois, est triple championne d’Europe en petit bassin dans sa grande spécialité, la brasse (50 mètres en 30’’33, 100 et 200 mètres avec les records d’Europe (p.b.), 1’4’’95, et 2’19’’08; championne d’Europe 2008, mais en grand bassin cette fois, à Eindhoven (13-24 mars), sur 200 mètres – en 2’24’’09, (et médaillée d’argent du 50 mètres – en 31’’41), elle ne peut se qualifier en finale du 100 mètres ! Retour au petit bassin, en raison du cocasse calendrier en forme d’usine à gaz concocté par les ‘’instances’’, quatre semaines plus tard, à Manchester, pour les mondiaux de la FINA, elle reste un peu en-dessous de ses temps et enlève « seulement » le bronze sur 200 mètres, avec 2’20’’48, derrière Suzaan van Bijon, Afrique du Sud, 2’18’’73, et l’Australienne Sally Foster, 2’20’’11. Présente aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008, elle y finit 4e du 100 mètres et 5e du 200 mètres. Au 100 mètres, elle peut nourrir quelques regrets, car elle s’est qualifiée par un épatant 1’6’’08, record d’Europe, en séries, qu’elle ne pourra rééditer ni même seulement approcher, comme si elle avait craché son venin ! Ce temps des séries lui aurait donné la médaille d’argent. Mais elle nage 1’7’’50 en demi et 1’7’’43 en finale, loin de Leisel Jones (AUS), 1’5’’17, et derrière Rebecca Soni (USA), 1’6’’73 et Mirna Jukic (AUT), 1’7 »34. Sa qualification en finale du 200 mètres brasse est plus prudente, mais tandis que Rebecca Soni, 2’20’’22, et Leisel Jones, 2’22’’05, inversent leurs positions du 100, Efimova termine hors des médailles, en 2’23’’76. Efimova, qui nagera également dans le relais quatre nages, peut se consoler en se disant que l’avenir lui appartient. N’est-elle pas à seize ans la plus jeune finaliste, les autres s’étageant entre vingt ans et vingt-huit ans d’âge ? Elle, aura vingt-huit ans en 2020 !

A LA POURSUITE DE REBECCA SONI

Julia Efimova arrive à Rome, où se tiennent les mondiaux 2009, en pleine folie des combinaisons qui font de la natation une sorte de patinage aquatique, et s’arroge sa part du gâteau. Championne et recordwoman du monde sur 50 mètres brasse en 30’’09. Soni, qu’elle a devancé là de deux centièmes, se montre intraitable sur 100 mètres, où elle bat le record américain en séries, le record du monde, 1’4’’84, en demi, et gagne la finale en 1’4’’93. Efimova, qui a appris à mieux répartir ses efforts, nage 1’6’’82 en série, 1’5’’84 en demi, puis 1’5’’41 (2e, record d’Europe) en finale. Sur 200 mètres, en revanche, Julia, hors du coup, manque de sauter en série et ne survit pas aux demi-finales : 14e.

Cette année, elle est fêtée et consacrée meilleure nageuse et découverte de l’année en Russie. En 2010, Julia est double championne d’Europe à Budapest, remportant le 50 mètres en 30’’29, record d’Europe, et 1’6’’32 par de très larges marges. En mars 2011, confrontée aux limites du système russe, elle se rend aux USA, où elle sait qu’elle va trouver des conditions optimales, et s’entraîne depuis en Californie sous la houlette de Dave Salo. Shanghai 2011, mondiaux : Julia ne peut conserver son titre des 50 brasse, qui revient à Jessica Hardy, 30’’19 contre 30’’49, mais laisse comme deux ans plus tôt Rebecca Soni, 30’’58, derrière elle ! Cinq jours plus tôt, cependant, c’est Soni qui l’a emporté, très facilement en 1’5’’05, et Efimova, 1’6’’56, n’a été que 4e. Trois jours après le 100 mètres, Efimova s’est montrée guerrière sur la distance double, et n’a cédé en finale que devant Soni, 2’22’’22, record de Russie, contre 2’21’’74.

LA ROUTE DU 50 AU 200 NE PASSE PAS PAR LE 100

TECHNIQUE.- Ici apparait clairement cette « anomalie » du registre d’Efimova, remarquée déjà à Eindhoven en 2008, qui fait que Julia performe mieux sur 50 mètres et sur 200 mètres qu’elle ne le fait sur la distance intermédiaire, le 100 mètres, bizarrerie qu’on va retrouver dans d’autres étapes de sa carrière. Finir 2e sur 50 et 2e sur 200, signifie qu’en face des mêmes adversaires, on doit finir au plus mal 2e du 100 mètres ! C’est une règle du « registre » d’un sportif. Or elle n’y est que 4e. Ce paradoxe peut s’expliquer par la physiologie et le type d’entraînement. L’effort en course utilise trois filières énergétiques, l’une représentant la vitesse pure (anaérobie alactique) qui se brûle en quelques secondes, une autre la résistance vitesse (lactique), une troisième les capacités aérobies. Efimova, dotée naturellement d’une grande vitesse de base de par son potentiel anaérobie alactique, atteint de hautes performances sur le très court. Son entraînement « long » lui a donné aussi une très belle valeur en distance qui s’exprime sur 200 mètres ; mais entre les deux, sans doute par la faute d’un manque de travail spécifique en « anaérobie », elle n’exprime pas de fortes qualités de résistance vitesse, nécessaires sur 100 mètres, où elle se trouve dans une situation bancale : ou elle part à fond et ne tient pas ; ou elle nage long, mais se fait distancer et attaque ensuite de trop loin son sprint final. Elle ne trouve pas le rythme qui lui convient dans un effort d’une minute, où elle ne peut pas tenir le rythme de vitesse maximale et où le rythme long ne lui donne pas une cadence suffisante ! Bien entendu, tout ce qui précède n’est qu’hypothèse…

 LE PIEDESTAL ET PUIS LA CHUTE

En 2012, à Londres, Julia est « bronzée » sur un 200 mètres ultra-rapide (avec 2’20’’92, record d’Europe) derrière Soni, 2’19’’59, record mondial, et Satomi Suzuki, Japon, 2’20’’72, record d’Asie, et devant Rikke Pedersen, qui a battu trois record danois, en série, en demi-finale et en finale. Et, pour sa deuxième olympiade, Julia est, toujours, la benjamine de la finale du 200 mètres brasse ! En revanche, elle s’exprime moins bien sur 100 mètres, et ce n’est que dans le relais quatre nages qu’en 1’4’’98, elle montre son potentiel, reprenant la Japonaise et l’Australienne, et amenant la Russie (finalement 4e) à la 2e place. Aux championnats du monde 2013 de Barcelone, Efimova continue de progresser ; elle gagne le 200 mètres brasse devant Rikke Moeller Pedersen qui a battu le record mondial en qualifications. Elle-même amène son record de Russie à 2’19’’41. Sur 50 mètres, elle améliore le record du monde en séries en 29’’78, Meilutyte l’amène à 29’’48 en demi, mais Efimova gagne la finale, en 29’’52. Sur 100 mètres, elle est 2e en 1’5’’02 (Meilutyte l’emporte en 1’4’’42). Sur 200 mètres brasse, on l’a dit, Rikke Moeller-Pedersen efface le record mondial en demi, avec 2’19’’11. Dans la seconde demi-finale, Efimova affirme ses prétentions à son tour, approche ce temps, avec 2’19’’85. La finale se jouera à deux, la troisième étant deux longueurs derrière. Moeller Pedersen lance la course de sa nage longue, glissée et puissante mais ne peut tenir le rythme à l’issue du dernier virage, et Efimova, dans la dernière longueur, lance un sprint cadencé et l’emporte, en 2’19’’41. Ce jour là, elle est devenue la meilleure nageuse de brasse au monde. Enfin, dans le relais quatre nages, Efimova compense une contre-performance de Daria Ustinova, la dossiste, 6e, et va reprendre quatre places, dévorant littéralement quatre nageuses, nageant 1’4’’82. Les Russes finiront 3e et médaillées de bronze.

Mais le conte de fées va tourner court. En octobre 2013, Julia Efimova subit un test de dépistage de produits dopants. Or il s’avère qu’elle a consommé de la DHEA, un produit diététique a priori commun, mais inscrit sur la liste des produits interdits en raison de ses capacités anaboliques. Elle clame avoir été trompée par un commerçant de produits diététiques. Cela n’en démontre pas moins de sa part une grande légèreté, tous les champions ayant été avertis des enjeux et qu’ils ont en ce domaine un devoir de prudence. Vraie ou fausse dopée, elle en prend pour seize mois, et les records en petit bassin qu’elle a battus entre octobre et janvier, date de la publication des rapports, et notamment des victoires désormais maudites en face de Meilutyte, sont effacés. Elle est « le » 20e Russe à être « pris » aux contrôles depuis que ce pays a obtenu l’organisation des mondiaux à Kazan. Après son temps de pénitence, n’ayant jamais cessé de s’entraîner avec Dave Salo, à Los Angeles, qui l’a prise en mains depuis 2011, elle effectue un retour en fanfare : 30’’39 au 50 mètres, 1’5’’89 au 100 mètres, 2’22’’12 au 200 mètres, triple titre aux championnats de Russie. Mais sa grande adversaire, Meilutyte, affirme sa déception : « je ne crois plus en l’honnêteté de Julia », dit-elle. La plus belle nageuse du monde est-elle une tricheuse ?

HENRI DECOIN, NAGEUR ET CINEASTE

DECOIN [Henri] Natation. (Paris, 18 mars 1890-Paris, 4 juillet 1969). Plus connu pour sa brillante carrière de cinéaste, Henri Decoin fut champion de France du 500 mètres en 1911, sélectionné olympique en 1908 et en 1912, et répondit à quatre sélections en natation et deux en water-polo. Aviateur pendant la Grande Guerre, journaliste de sport à L’Auto, il est lancé dans le cinéma par un roman de boxe, Quinze Rounds, et un scénario de film sur le Cyclisme, Les Rois de la Pédale. Mais rien sur la natation, dont s’emparera Jean Vigo filmant Jean Taris ! Il fut l’un des meilleurs réalisateurs (40 films entre 1936 et 1958) et scénaristes, dirigeant des acteurs comme Jean Gabin, Lino Ventura, Danielle Darieux, Jeanne Moreau… Parmi ses films, Razzia sur la Schnouf, Le Feu aux poudres, Abus de Confiance, Bonnes à Tuer.