Category: Editoriaux

FLORENT MANAUDOU RAPETISSE A VUE D’OEIL

POUR LE VAINQUEUR OLYMPIQUE

DE LONDRES, CELA CENT MAUVAIS

Eric LAHMY

Samedi 21 Novembre 2015

Florent Manaudou, qui vient de déclarer forfait sur 100 mètres par peur d’être battu, m’a fait penser hier à un passage d’un des films cultes de ma jeunesse, High Noon (titre français : « Le Train Sifflera Trois Fois. ») A un moment, une jeune femme recadre un des protagonistes : « tu as de belles épaules, des muscles, mais Kane, lui, est un homme. Et tu sais, je ne sais pas si tu grandiras. »

C’est une puérilité de cet acabit qu’a présenté le Marseillais à Angers, ce vendredi. Le mois dernier, son entraîneur, Romain Barnier l’avait pressenti dans un colloque « Nager vite », à Paris : « aujourd’hui, Manaudou nage pour ne pas être battu. » On dirait qu’il est tellement entré dans ce type de fonctionnement qu’il ne va plus oser, bientôt, se mettre à l’eau. Titillé par Clément Mignon sur 50 mètres, s’est-il dit qu’il n’y arriverait pas sur 100 mètres ?

Pourtant, il avait choisi de s’engager sur l’aller et retour. Barnier paraissait écœuré par ce forfait, marque d’un joli manque de professionnalisme de son élève. Florent Manaudou a des muscles, mais Metella est un homme…

Attendu en séries pour son premier 100 mètres de la saison, Manaudou est resté isolé sur une passerelle, sa serviette autour de la taille. «Pas envie», a-t-il seulement signifié, refusant de s’exprimer sur son forfait. Digne et courageux, ce comportement… Très professionnel. Allez, on applaudit.

Romain Barnier, entraîneur du Cercle et entraîneur des garçons de l’équipe de France, ne décolérait pas. « Indigne, je ne cautionne pas ce comportement, je le trouve indigne d’un champion olympique, indigne d’un membre de l’équipe de France, indigne d’un membre du Cercle des nageurs de Marseille et de quelqu’un qui représente beaucoup de choses pour les nageurs français », a lancé le coach. On comprend sa colère.

La veille, le nageur de 25 ans (il ne s’agit pas de son âge mental), n’avait pas caché son agacement, après avoir remporté de justesse sa course fétiche, le 50 m libre, dans un chrono (21.20) bien loin de son record du monde (20.26). Il n’était pas prêt, disait-il, ajoutant que son travail sur 100 m avait ruiné sa prestation sur 50 mètres, et qu’il déciderait après le meeting d’Amsterdam mi-décembre s’il maintenait ses ambitions sur 100 mètres.

Pour son père Jean-Luc Manaudou, qui s’est exprimé en l’occurrence comme interprète des états d’âme de son rejeton, « si sa préparation sur 100 m doit l’amener à modifier des choses sur 50 m, c’est un très mauvais calcul. Ce serait stupide de se mettre en risque sur un titre olympique à Rio ». Ce qui est stupide est bien entendu ce type de raisonnement. Barnier estime que seule « la déception du 50 m » a joué pour Florent, tremblant à l’idée de prendre sa raclée comme un homme sur la distance double. Peut-être que le job de Jean-Luc Manaudou eut été de se montrer moins servile vis-à-vis des enfantillages de la progéniture et d’essayer de la raisonner. Hernan Cortes, conquérant du Mexique, dans un quitte ou double bien plus risqué, n’avait pas hésité à bruler ses vaisseaux! Certes, Manaudou n’a pas l’envergure d’un conquistador.

Décidément, nos champions olympiques ont du mal à revenir aux Jeux suivants. Agnel est très loin de sa forme d’avant Londres, Muffat avait décidé d’arrêter avant le drame qui l’a emportée. Florent « nage pour ne pas être battu » ce qui fait qu’il ne nage plus, vu que personne ne peut gagner à coup sûr. Avant Laure Manaudou s’était perdue dans son après 2004 et Alain Bernard dans son après 2008. Mais battus ou pas, aucun des cités n’avait montré une telle faille de caractère, ou une telle pusillanimité. Florent Manaudou, lui, est à la limite.

Manaudou a gagné aux Jeux de Londres, mais on peut se demander s’il est un champion, si on doit l’applaudir. Un champion, c’est quelqu’un qui répond à nos rêves. Vainqueurs ou vaincus, Agnel, Stravius, Gilot, Metella, Balmy, Muller et les autres sont à ce niveau. Parmi tous les vainqueurs, les médaillés, les battus, tous les présenta à ces championnats de France d’Angers, au jour d’aujourd’hui, on ne sait pas où placer Manaudou; il n’est ni premier, ni même 150e au classement. On pourrait le mettre momentanément très très loin derrière. A lui d’oublier ses épaules, ses pectoraux, de grandir, et de nous donner le plaisir d’admettre que nous avons tort.

L’EFFET DU BAIN DE MINUIT SUR LA PERF DU NAGEUR

QUELLE QUE SOIT L’HEURE DU CRAWL,

ON RESSORT DE L’EAU EN NAGE!

PRÉAMBULE

Au cours de la saison 1984-1985, je collaborais à la « Revue Olympique », que dirigeait alors Monique Berlioux. Aux Jeux olympiques de Los Angeles, Monique, alors Directeur du Comité International Olympique, m’avait demandé de « relever » la revue, laquelle, loin d’être de niveau international, était, disait-elle, « même pas suisse, tout juste vaudoise. » A peine arrivé, je proposais de développer des rubriques qui n’existaient pas, ainsi une série intitulé « Les Grandes Voix du Sport », des analyses et des comptes rendus de grandes compétitions, et de se raccrocher le plus possible à l’actualité. A cette époque, à la demande des télévisions US, qui payaient des sommes astronomiques pour retransmettre les images des Jeux, il fut envisagé pour la première fois de faire disputer les compétitions aux meilleures heures pour les auditeurs de New-York et de Los Angeles. C’était organiser les finales des grands sports le matin. Ce fut l’occasion d’un vaste débat. Je pensais que la Revue Olympique ne pouvait trouver une meilleure occasion d’être sur le coup. Mes collaborations à la revue étant très nombreuses, c’est sous mon pseudo préféré, Roger Clément, que je tentais de faire le point sur la question. Je fus flatté de voir que les responsables de la délégation coréenne emmenèrent cette revue lors de la réunion du CIO avec les Fédérations. L’article tendait à démontrer en effet que l’heure des compétitions n’affecte pas profondément les performances des athlètes, nageurs, haltérophiles, etc.

Trente-deux ans plus tard, je ne sais si cet article, paru donc dans La Revue Olympique de Lausanne en janvier 1985, reste d’actualité, mais la question des compétitions en-dehors des heures habituelles le reste. [On sait que les horaires du programme de natation des Jeux de Rio sont assez ubuesques… Les dirigeants de la FINA, quand il s’agit de faire parler le tiroir-caisse, perdent tout humour…] J’avais accompagné ce texte de quelques points de vue, que vous trouverez derrière l’article principal. Celui d’un certain Sebastian Coe, devenu l’organisateur des Jeux de Londres, puis aujourd’hui le président de la Fédération Internationale d’Athlétisme, mérite qu’on s’y arrête, ne serait-ce que pour poser cette question : monsieur le dirigeant Coe est-il du même avis que l’athlète Coe ?

Éric LAHMY

 LES FINALES DU MATIN

Dans l’ensemble, les fédérations concernées ont refusé la proposition d’avancer au matin les finales des grands sports olympiques aux Jeux à Séoul. Les athlètes auraient souffert de cette réforme… mais leurs performances ? Le débat reste ouvert.

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est ce qu’affirme la sagesse populaire. Ce dicton pourrait bien s’appliquer avec une force particulière aux concurrents des Jeux Olympiques à Séoul, en 1988.

La télévision américaine se déclare prête, en gros, à doubler les sommes versées aux organisateurs pour s’assurer les droits de retransmission si les finales des grands sports olympiques (athlétisme, natation, gymnastique) se disputaient le matin. En effet, le spectacle de ces finales arriverait alors en direct aux heures de grande écoute sur les postes de la chaîne américaine de télévision.

Une telle suggestion n’a pas soulevé un grand enthousiasme parmi les Fédérations Internationales des sports concernés. Ce « Matin calme » qui a donné un si poétique surnom à la Corée serait-il menacé par d’intempestives finales de début de journée? En tout cas, la sauvegarde d’une millénaire sérénité matutinale semble avoir trouvé des partisans fort décidés.

L’argument choc des responsables fédéraux est qu’il faut tenir compte avant tout de l’intérêt des athlètes. L’immense majorité des dirigeants, des entraîneurs et des champions estiment que la qualité des résultats souffrirait si l’on avançait les finales au matin. Et tel a été, disons-le, notre premier mouvement. Cependant, désireux d’écarter tout préjugé, toute idée préconçue, nous avons décidé d’enquêter, de rechercher partout les indices qui permettraient de répondre à la question : les athlètes peuvent-ils concourir le matin dans des conditions qui ne les lèsent pas ? Des grands sports olympiques dont les finales auraient lieu le matin sont-ils « insupportables ? » Notre investigation nous a amené à fouiller dans le passé, sportif et olympique, dans l’objectivité froide (et parfois mensongère) des résultats bruts, dans le vécu des athlètes, des gymnastes et des nageurs à la retraite ou en activité, à interroger les entraîneurs, les techniciens et les spécialistes de médecine sportive ou de cette science encore balbutiante et nouvelle qu’est la chronobiologie, bref toutes personnes qui paraissent les mieux qualifiées.

II est très difficile, pour la gymnastique, dont la notation est subjective, de mesurer les implications de l’heure à laquelle s’est produit un effort. La note peut donner au moins autant d’indications sur l’état d’euphorie du juge que sur la forme de l’athlète. Ce sport sera donc absent de cet article.

En revanche, les matériaux existent pour ces sports de chiffres et de records que sont l’haltérophilie, la natation et l’athlétisme.

L’athlétisme a été d’entrée résolument un sport d’après-midi et de soirée. Sur vingt et un Jeux Olympiques, on a vite fait le compte des finales du matin. A Los Angeles, en 1984, il y a eu la fameuse « première » du marathon féminin, qui s’élança à 8

heures le matin, et s’acheva à 10 h 25 pour la première, un peu plus tard pour ses suivantes. Les coureurs de fond sont très attachés aux bienfaits de la course en soirée, il n’empêche: Joan Benoit, malgré la chaleur de la fin du parcours, réalisa la deuxième performance mondiale de tous les temps et ses suivantes immédiates enregistrèrent d’excellents résultats. Nul ne peut dire qu’elles n’auraient pas couru plus vite l’après-midi, mais nul ne peut affirmer (et jusqu’ici personne ne l’a fait) le contraire.

II faut signaler, toujours à Los Angeles, le 50 km marche, qui s’élança à 8 h du matin et se termina juste avant 13 h. Selon la tradition, quatre des dix épreuves du décathlon se tinrent le matin. Bien entendu, un matériel aussi étriqué reste insuffisant, pour se faire une idée sur l’effet d’un effort fourni avant midi sur la rentabilité des sportifs. Les résultats des séries qualificatives du matin peuvent dès lors être examinés et donner de précieuses indications.

On ne peut pas opposer sérieusement les performances réalisées en séries et en finales par les finalistes les plus brillants. Le champion, en séries, ne cherche pas à gagner, mais à se qualifier. Parfois « brillamment », parfois « à l’économie ». Qui possède une marge de sécurité le matin en séries trouvera toujours avantage à réserver ses forces, ou, pour des raisons tactiques, à cacher son jeu à l’adversaire.

Bref, entrent en ligne de compte des éléments de stratégie qui brouillent les tentatives de comparaison. En revanche, quand, le matin, en séries, un athlète fait une performance qu’il ne peut rééditer le soir en finale, on peut en tirer des conclusions.

On se souvient ainsi sans doute qu’en 1964, l’inoubliable sprinter Bob Hayes, après s’être promené en séries à 10 h du matin, en 10”4, puis en quarts de finale à 14 h 40 en 10”3, réalisa un excellent 9”9 en demi-finale à 14 h, une heure trente avant de s’imposer, en finale, en 10” juste.

Plus que l’heure de ces quatre efforts, jouèrent, outre la détermination de l’athlète et la mesure qu’il avait prise de l’adversité, la température, l’humidité, et surtout le vent, qui souffla favorablement à la vitesse de 5,30 m par seconde en demi-finale et de

1 m en finale.

L’élément extérieur le plus actif de la performance en sprint n’est sans doute pas l’heure. La qualité de la piste, la température, la force et la direction du vent, l’humidité de l’air, la pression atmosphérique, l’altitude (souvenez-vous des grands records établis à Mexico en sprint et dans les sauts, longueur et triple) ou encore le numéro de couloir sur 200 m et 400 m, jouent des rôles plus essentiels. Les organisateurs des Jeux à Séoul, quand ils défendent le principe des finales le matin, n’ignorent pas ces facteurs; en effet, s’il faut en croire une déclaration faite dans la capitale coréenne, n’affirment-ils pas que, « du 17 septembre au 2 octobre, le matin est habituellement frais et agréable à Séoul tandis que la température et l’humidité augmentent dans l’après-midi, ce qui rend inévitable un début matinal pour les finales des sports disputés en plein air, comme l’athlétisme ».

Inévitable, en l’occurrence, est un mot trop fort: mais souhaitable ? Voilà qui mérite d’être discuté.

D’ailleurs, les grognements qui ont suivi, au sujet du marathon féminin de Los Angeles, la défaillance télévisée de façon tellement spectaculaire d’une concurrente suisse, s’ils concernaient bien l’heure de la compétition, regrettaient que le soleil ait pu taper un peu fort, en fin de course. En fait, tous les critiques regrettèrent que ces dames ne soient pas parties encore plus tôt.

Avant d’aller plus loin, il nous faut donner le sentiment qui nous vient d’un examen minutieux de la question : les heures des compétitions n’ont pas toujours été choisies en fonction du seul confort des sportifs, mais bel et bien dans le but d’attirer un public nombreux et payant. Exactement comme les duellistes du temps passé se donnaient rendez-vous à l’aube afin d’échapper aux indiscrétions populaires comme aux interdits de la maréchaussée. C’est vers le tard que le théâtre, le cinéma, le sport et leur dénominateur commun, la télé, peuvent faire asseoir la grande foule.

Soutenir le contraire, c’est peut-être idéaliser à l’excès les motivations des matchmakers. Et prendre les sportifs pour ce qu’ils ne sont pas, eux qui veulent qu’on les voie, qu’on les admire, qu’on les encourage, et qui espèrent la plus grande publicité autour de leurs exploits. La boxe professionnelle à des heures « de gala », les finales en fin de journée, se déroulent à ce moment où le public ayant vaqué à ses affaires, a le plus de chances de venir se détendre au spectacle des jeux du stade.

C’est d’ailleurs tellement vrai que les programmes des week-ends font souvent suivre la « soirée » du samedi d’une « matinée » le dimanche. Or, que l’on sache, la fameuse et délicate « horloge interne » du champion ne change pas de cadran spécialement pour le jour du Seigneur.

Tout cela, dira-t-on, n’empêche rien. Et ce n’est pas parce qu’on s’est parfois insuffisamment préoccupé des intérêts des sportifs dans le passé qu’on ne va pas commencer à les défendre aujourd’hui. De la même façon, nul ne peut nier que les grands coureurs de demi-fond affectionnent particulièrement les compétitions au frais d’une soirée fort avancée. Les plus beaux records de demi-fond court ou prolongé n’ont-ils pas été réalisés dans le cadre idyllique des crépuscules du Septentrion ?

Le «fondeur » aime la fraîche, le sprinter s’énamourache de la chaleur, tous deux détestent l’humidité.

Appelons au secours de cette idée de beaux exemples d’anthologie : les courses de Wilma Rudolf, la gazelle noire américaine, championne olympique à Rome, en 1960, des 100 m et 200 m.

Wilma court le 100 m en séries, à 9 h du matin, en 11”5, en quarts de finale, à 15 h, dans le même temps, le lendemain en demi-finale à 15 h en 11”3 puis en finale, à 16 h 20’, en 11” juste avec vent favorable. Evidemment la championne appuie de plus en plus à mesure que la tâche se fait plus lourde. On constate que plus l’heure avance, plus Wilma se sent des ailes.

Mais sur 200 m, ce n’est plus la même histoire ! Wilma Rudolf commence par un coup d’éclat en séries : 23”2, puis elle s’étiole : 23”7 en demi-finale, 24” en finale (qu’elle gagne, tant sa marge est importante). On peut accuser la fatigue, ou le trac de l’athlète, voire même des choix opérés dans sa façon de courir. Toujours est-il que son 200 m le plus vite est effectué tôt dans la journée ! En revanche, on note que lors du 23”2 de la série, la température dans le stade de Rome est la plus élevée et l’humidité la plus basse, et que ces facteurs s’inversent en finale : il fait moins chaud et plus humide, et les conditions sont moins bonnes pour l’échauffement musculaire et la respiration de l’athlète.

A ces Jeux romains, Irina Press gagne le 100 m haies en 10”8 le soir par vent nul, alors qu’elle se qualifie le matin, en séries, contre le vent, en 10”7. Sur quatre fois 100 m femmes, les Américaines battent le record mondial en séries, en début d’après-midi, mais ne font pas mieux en finale à 18 h. Enfin le vainqueur du 100 m masculin, Armin Hary, court en 10”2 à 10 h 30’ puis à 17 h 30’ et

10”3 à 15 h 40’.

Pour des raisons qui tiennent à l’organisation de leur sport, les nageurs ne sont pas dépaysés quand il s’agit de se mettre à l’eau aux aurores. En Australie, aux Etats-Unis et dans la plupart des pays, les piscines sont fermées aux clubs sportifs aux heures de grande affluence, où l’accès est réservé aux écoliers et à un public payant. Pendant toute la saison scolaire, les nageurs de compétition, filles et garçons, attaquent leur premier entraînement quotidien à 6 h du matin. La grande championne olympique australienne Shane Gould se levait à cinq heures et sa compatriote Jenny Turrall une heure plus tôt!

Mais la tradition veut que les séries seules, aux Jeux ou dans les autres compétitions, soient concentrées le matin, et les finales regroupées le soir. Seule une apparente inadvertance des programmateurs de la natation aux Jeux à Tokyo a fait disputer deux finales de courses avant midi. C’était le 19 octobre 1964, dernier jour de la natation, et le 400 m libre féminin, suivi du 200 m papillon masculin, se jouèrent à 11 h 10’ et à 11 h 35’. Les enseignements qu’on peut tirer des résultats sont pour le moins contrastés. Sur 400 m, une contre-performance de la recordwoman du monde Marylin Ramenofski, à six secondes de son meilleur temps, lui fit céder la médaille d’or à Jenny Duenkel, peut-être plus matinale par tempérament ?

Le 200 m papillon fut, lui, de toute beauté: record du monde pour le vainqueur, Ken Berry, deuxième performance mondiale pour le second, Carl Robie. Le coup parfait. De toute évidence l’heure n’avait pas entravé leur efficacité !

Dans les grandes compétitions de natation, il est rare d’assister à la chute de records mondiaux ou continentaux en séries. Mais de nombreux records nationaux sont effacés. Derrière les vedettes qui ne trouvent aucun avantage à forcer leur talent et planifient leurs efforts en vue des finales, la plupart des nageurs sont obligés de se donner à fond pour espérer se qualifier. Quand ils y parviennent, très souvent en finale, ils ne peuvent faire mieux.

L’haltérophilie est le troisième grand sport de référence du programme des Jeux d’été. Son exactitude est garantie par le record. Jusqu’en 1960, le programme rassemblait les six, puis les sept catégories retenues sur trois journées non-stop.

Trois d’entre elles, celles des poids coq (56 kg), légers (67,5 kg) et mi-lourds (82,5 kg) se jouaient le matin. En 1960, on enregistra dans les compétitions confinées le matin cinq records du monde et quatorze records olympiques. Quatre ans plus tôt, à Melbourne, soixante records olympiques et deux des trois records du monde du total étaient tombés avant midi. Plus intéressant : les haltérophiles « du soir » ne firent pas mieux.

On pourrait multiplier les exemples en ce sens. L’expérience du stade montre que le champion, de par sa préparation, peut se jouer d’aléas ou de difficultés qui handicaperaient plus sévèrement des organismes moins entraînés. Est-ce pour cela que les médecins, qui traitent des personnes physiquement quelconques, sont plus réservés ? Toute une école de « chronobiologie » se développe depuis des années, et la science a fort bien isolé une série de phénomènes que résume le Pr. Lob, du laboratoire de médecine du travail de Lausanne : « On enregistre une baisse de la vigilance et une plus grande fréquence des accidents du travail à certaines

heures ».

Le Pr. Hans Howald, responsable de l’Institut de recherches de l’Ecole fédérale des sports de Macolin, en Suisse, est l’un des hommes au monde les mieux au fait de ces questions. II a travaillé en étroite collaboration avec la Fédération Internationale d’aviron, qui, à Los Angeles, avait fait disputer toutes ses compétitions, finales comprises, entre 7 h 30 et 10 h du matin. Le lac Casitas, dès le milieu de la matinée, s’agitait de façon à devenir impraticable.

Fort de son expérience, que dit le Pr. Howald ? « Il n’est pas possible de tester précisément la rentabilité d’un athlète à diverses heures de la journée. Cela se situe en dehors des possibilités de la science, car cela ne se mesure pas en laboratoire. Ceci dit, en se préparant en fonction du changement d’horaire, en changeant le rythme de son entraînement, un athlète peut réduire le handicap d’une compétition matinale : sportivement, cela marche, il n’y a pas de problème. Bien sûr, cela dépendra des gens, certains sont très bien le matin, d’autres se réveillent la nuit, etc. » J’ai travaillé avec le groupe de la FISA, ajoute M. Howald, et ça s’est très bien passé aux Jeux à Los Angeles. Cela ne veut pas dire qu’on doive généraliser notre expérience. Il revient aux Fédérations d’en disposer, et l’intérêt des athlètes doit primer. »

La nature gouverne les hommes, et il s’ajoute le poids des traditions. II est difficile d’aller à l’encontre des habitudes prises. Dans l’absolu, tout est possible, et les meilleurs athlètes du monde, confrontés à des difficultés extraordinaires, pourraient surmonter, grâce à une approche particulière, le handicap des finales du matin. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Cet article, qui ne veut proposer qu’un point de vue, arrête son ambition au seuil d’un tel débat.

 

GRETE WAITZ : « NE PAS Y PENSER »

Le journaliste et écrivain suisse, Noël Tamini, rédacteur en chef de la revue internationale de course à pied « Spiridon “, nous a obligeamment prêté les épreuves du chapitre d’un livre sur la course à pied à paraître prochainement, et dans lequel il traite longuement des questions de chronobiologie liées à la pratique des courses de fond. Dans ces pages fort intéressantes, M. Tamini rappelle l’évidence des rythmes circadiens qui modèlent nos existences et auxquels nous obéissons, comme tout ce qui vit. Il cite le recordman d’Europe du 400 m haies, Harald Schmid, lequel « refuse les séjours aux Antilles » dans la mauvaise saison et ajoute : « Quand je suis allé, l’hiver 1981, en Nouvelle-Zélande, je ne me suis guère senti à l’aise ».

Deuxième du marathon olympique féminin de Los Angeles, disputé entre 8 h et 10 h 30’-du matin, la Norvégienne, Grete Waitz, évoque le caractère psychologique, selon elle, du problème : « Le décalage horaire, je n’y pense pas. Je crois que si vous croyez qu’il vous influence, il vous influencera ».

Tamini rapporte également une expérience effectuée à l’école polytechnique de Liverpool, de chronomètres pris sur différentes distances à différentes heures de la journée, précédés d’échauffements adéquats, entre 6 h 30 et 22 h. Sur 700 m, cette amélioration a atteint 3,3 pour cent du temps de nage total, et sur 400 m elle fut de 2,5 pour cent.

Enfin, M. Tamini développe le point de vue de cliniciens selon lesquels les introvertis et les extravertis auraient des courbes d’efficience différentes suivant les horaires. Les introvertis s’éveilleraient plus vite le matin, alors qu’en fin de journée, les extravertis verraient leur tonus atteindre un degré plus élevé. On pourrait, d’après les travaux cités, déterminer en théorie pour chaque individu une courbe quotidienne optimale.

SEBASTIAN COE : « INTOLÉRABLE »

 Le Britannique, multirecordman du monde et double champion olympique du 1500 m, a exposé son point de vue sur les finales matinales à Lausanne, en novembre, au cours de la réunion du SISMO.

« En tant que concurrent, vétéran de deux Jeux Olympiques, et membre de la commission des athlètes du CIO, je lutterai contre la soi-disant pression exercée sur le Comité d’organisation des Jeux Olympiques à Séoul et qui consiste à l’inciter à organiser les finales des principales disciplines telles que l’athlétisme, la gymnastique et la natation de façon que les Américains puissent fournir le maximum d’heures d’écoute.

J’ai peur que ceux qui sont directement impliqués dans la préparation, l’entraînement et l’administration, sans oublier les concurrents, considèrent cela comme une intolérable intrusion au sein d’un championnat.

Il n’est pas question de mettre sur pied ou même simplement d’élaborer des projets qui n’ont pour but que d’attirer l’intérêt et la couverture des médias. Cela étant entendu, ce sont toujours les désirs et les besoins des concurrents qui devraient passer au premier plan. Ce serait une erreur de la part du CIO de se laisser compromettre, lui ou ses principes, par cette affaire. »

ADOLESCENTES ET CHAMPIONNES : MARC BEGOTTI PRECISE

ADOLESCENTES CHAMPIONNES : BEGOTTI PRECISE

POURQUOI CES GAMINES NAGENT-ELLES PLUS VITE ?

Jeudi 3 Septembre 2015

Dans mon article d’hier 2 Septembre intitulé : « après les 2’19.64 de Gunes sur 200 mètres brasse : la natation comme monde adolescent », j’avais décidé de rester cantonné dans l’aspect journalistique de la question (après tout, c’est ma spécialité) sans trop approfondir un point sur lequel d’ailleurs je ne prétends détenir aucune lumière particulière. L’essentiel de mon idée sur ce sujet tient dans le vieux cliché selon lequel les très jeunes filles étaient avantagées par l’absence, chez elles, des formes bien connues, et que l’après-adolescence sonnait le glas de tellement d’ambitions de championnes !!

Heureusement, j’ai des lecteurs épatants qui viennent (pas assez souvent cependant) à l’aide. C’est ainsi que l’entraîneur Marc BEGOTTI, qui a beaucoup cogité sur la propulsion du nageur, nous apporte un éclairage plus pointu et rigoureux que l’approche intuitive. E.L.

Ce qui suit est son analyse :

LA PUISSANCE ET LE RENDEMENT

« Si je peux me permettre j’avancerai une hypothèse pour expliquer la raison des hautes performances des très jeunes nageurs,  mais pour cela je dois préciser quelques détails et risquer d’être un peu long…

La vitesse de nage est le produit du rendement et de la puissance.

– La puissance c’est le rapport entre le travail fourni et le temps. Ce que l’on appelle communément (à tort) « la force ». Plus les épreuves sont courtes (50 mètres) plus la puissance est déterminante.

– Le rendement, c’est le rapport de l’énergie transformée à l’énergie dépensée, il est toujours inférieur à 1. Autrement dit, l’énergie transformée utilement est toujours inférieure à l’énergie consommée. La capacité de passer à travers l’eau avec le moins de résistance possible est déterminante pour avoir un bon rendement (moins se fatiguer)

Avant la maturité les filles ont une morphologie longiligne très favorable au rendement (pour peu qu’elles adoptent une posture : alignement, indéformabilité, qui limite les résistances) et utilisent leurs propulseurs de façon optimale (orientation, amplitude, intensité croissante) elles réalisent des performances de très haut niveau.

 En analysant les courses de Kristina Egerszegi sur 200 dos  (temps/ nombre de coups de bras) j’avais constaté que son rendement n’avait plus évolué après 14 ans et son titre olympique de 1988 (Elle nageait certes plus vite, mais quand elle nageait 2’09 » elle nageait toujours avec plus de coups de bras qu’en 88 pour nager le même temps) !

 De jeunes garçons peuvent aussi parfois nager très vite sur des épreuves longues ; mais les garçons voyant  leur puissance augmenter très rapidement à la maturité, les plus « vieux » nagent en général plus vite, car à rendement égal le plus puissant l’emportera. »

Marc BEGOTTI

APRÈS LES 2’19.64 DE GUNES SUR 200 MÈTRES BRASSE

APRÈS LES 2’19.64 DE GUNES SUR 200 MÈTRES BRASSE: LA NATATION COMME MONDE ADOLESCENT

Eric LAHMY

Les performances obtenues à Singapour, aux championnats du monde juniors, par la Turque, rebaptisée Viktoria Zeynep GUNES [après avoir été Viktoria SOLNTSEVA, dans son Ukraine d’origine] ont provoqué une admiration étonnée. Avec 2’19.64 (record du monde junior, ancien record 2:23.12, elle-même), GUNES, a approché le record du monde du 200 mètres brasse dames en empochant son troisième titre de championne du monde junior après ceux du 50 et du 100 mètres. Voilà de quoi, n’est-il pas vrai, épater la galerie. Mais doivent-elles étonner comme un fait sans précédent ? Certes non. La saga des enfants prodiges, en natation, est née avec ce sport. Et le fait est qu’elle perdure.

Rien que ces dernières années, nombre de championnes du monde ou olympique étaient des adolescents. Toutes ces filles – car ce sont des filles – sont encore en activité et préparent les Jeux de Rio.

Ruta MEILUTYTE, Lituanie, née le 19 mars 1997, championne olympique du 100 mètres brasse, à Londres, le 4 août 2012, à 15 ans et 138 jours.

Melissa FRANKLIN, USA, née le 10 mai 1995, championne du monde du 200 mètres dos à Shanghai, le 30 juillet 2011, à 16 ans et 81 jours

Shiwen YE, Chine, née le 1er mars 1996, championne des Jeux Asiatiques du 200 mètres quatre nages avec le meilleur temps mondial de l’année le 14 novembre 2010, à 14 ans, 258 jours.

Katie LEDECKY, née le 17 mars 1997, championne olympique du 800 mètres le 3 août 2012, à 15 ans et 139 jours.

Emily Jane SEEBOHM, née le 5 juin 1992, bat le record du monde des 50 mètres dos dames, le 22 mars 2008, à 15 ans et 291 jours.

POIDS, PUISSANCE ET FLOTTABILITE

Pourquoi les adolescents (et plus encore les adolescentes) réussissent-ils si bien dans l’eau ? Les scientifiques australiens qui s’interrogèrent à ce sujet, ont émis l’idée qu’ils bénéficiaient d’un rapport poids-puissance avantageux.

Depuis qu’Archimède de Syracuse prit son mémorable bain, il y a maintenant vingt deux siècles et des poussières, on sait que tout corps plongé dans un liquide subit une poussée verticale vers le haut correspondant à la masse immergée. Qu’est-ce que cela signifie pour un nageur ? Que son poids corporel immergé est égal à son poids sur terre, en kilos, moins le nombre de litres d’eau que représente sa masse corporelle, ce qui donne un chiffre proche de zéro. Dans l’eau, il ne pèse à peu près rien. Et donc qu’un adolescent dont les muscles ne seraient pas trop compacts se trouvera avantagé, en raison de sa flottaison, par rapport à un costaud, de ce fait moins flottable.

Pourquoi le poids spécifique jouerait-il un rôle plus important dans l’eau que sur terre ? Parce que, sur terre, il ne donne aucun avantage. Prenez un obèse, dont le poids spécifique est faible, il va se traîner, mais dans l’eau il se conduira comme un bouchon : insubmersible !

D’un autre côté, prenez un super-athlète solidement musclé, particulièrement armé pour la performance sur le sol, il aura tendance, dans l’élément liquide, à… nager entre deux eaux.

Bien entendu, tout cela exige des compromis, un poisson n’est pas une bouée, nager n’est pas flotter, et l’introduction de la technique de nage change les paramètres. Mais ce serait en raison de ce moindre effort à fournir dans l’eau en raison de leur légèreté en situation d’immersion que les jeunes nageurs obtiennent des résultats parfois sensationnels.

C’est pour ça que les sprinteurs bardés de muscles ont tendance, après une courte distance, à devenir des fers à repasser, et que les femmes, légèrement moins massives que les hommes de par leur pourcentage de graisse, sont de si bonnes nageuses… Steve LUNDQUIST, le champion olympique du 100 mètres brasse des Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984, et qui s’était bâti le plus beau torse des Jeux olympiques (selon la revue People) à passer plus de temps dans la salle à remuer de la fonte que dans la piscine, prétendait « nager le plus vite possible pour ne pas couler. »

C’est pourquoi aussi la créatine, la musculation et un poil dans la main rendent si difficile toute distance supérieure à cinquante mètres au nageur français le plus talentueux du moment, Florent Manaudou – dont nul ne doute qu’il sera candidat au plus beau torse des Jeux olympiques de Rio, l’an prochain !

UNE EXCEPTION A LA ‘’RÈGLE’’ DES 10.000 HEURES !

C’est donc pour ces raisons liées à leur flottabilité que les enfants prodiges de la natation ont de tous temps écumé déjà les bassins avant le 20e siècle. Le premier exposant, devant quelques spécimens choisis d’un monde occidental effaré, de ce qui allait devenir le crawl, était Alick WICKHAM, un boy mélanésien de dix ans issu des îles Salomon. Il disputait, à cet âge, à Sydney où il était boy (domestique) chez les bourgeois du coin, un 66 yards, dans un style, inconnu des nageurs émérites du coin, qu’on appelait chez lui le taptapalla, qui ressemblait à un ramper, d’où son nom britannique de crawl ; technique qui allait détrôner la brasse, l’indienne et l’over.

Les cinq frères CAVILL, qui lui empruntèrent ce style soit disant révolutionnaire, mais nagé depuis des temps immémoriaux dans les mers du Sud (et si l’on se réfère au hiéroglyphe nager, dans l’Egypte ancienne) furent tous de très jeunes champions, avant le tournant du siècle.

Malgré le professionnalisme, l’augmentation considérable des charges de travail, et les certitudes de la théorie des 10.000 heures de pratique sans lesquelles, selon les inventeurs de ce dogme un peu facilement accepté, on ne peut être un spécialiste, un champion ou un grand artiste, l’étonnant est de voir que des gamines et des adolescents continuent de court-circuiter les expériences et dament parfois le pion aux adultes.

UNE LISTE INCOMPLÈTE

J’avais ambitionné de vous donner une liste de ces jeunes prodiges de la natation. Il y en avait trop pour mon goût, et j’ai arrêté. Plutôt que d’effacer ce travail inachevé, je vous le donne ici, histoire de vous donner une idée de l’étendue du phénomène !

Amanda BEARD, USA, 14 ans, 10 mois, argent des 100 et 200 brasse, or du relais quatre nages aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996.

Sir Francis BEAUREPAIRE, doublé médaillé olympique à 17 ans, en 1908 (argent du 400, bronze du 1500 mètres).

Marilyn BELL, Canada, traversée du lac Ontario à seize ans. En 1954.

Melissa BELOTE n’a pas seize ans quand elle triomphe de Susan ATWOOD, la recordwoman du monde du dos. Cette année 1972, elle est triple championne olympique, à Munich, 100 dos, 200 dos, 4 fois 100 mètres quatre nages.

Brooke BENNET, 3e du 800 des mondiaux 1994, à 14 ans, championne olympique à 16 ans.

Ken BERRY, Australie, finaliste olympique du 200 mètres papillon à Rome, à 15 ans.

Ian BLACK, Grande-Bretagne, triple champion d’Europe de demi-fond à 17 ans.

Marie BRAUN, Pays-Bas, championne d’Europe du 400 mètres à 16 ans

Erika BRICKER, USA, championne olympique de relais à 15 ans.

Rebecca BROWN, recordwoman du monde du 200 mètres brasse à 16 ans et 10 mois, record imbattu pendant cinq ans.

Sylvie CANET, France, finaliste olympique du 100 mètres dos à 15 ans, en 1968.

Patty CARRETTO, USA, améliora sept records du monde de demi-fond à 13 ans, pesant 44kg pour 1,55m..

Christine CARON, France, recordwoman du monde du 100 mètres dos à 15 ans et 11 mois (1964).

LES FRANÇAIS N’ÉTAIENT PAS À SINGAPOUR

LES FRANÇAIS N’ÉTAIENT PAS À SINGAPOUR

CONSTAT D’IMPUISSANCE ? ERREUR TACTIQUE ?

OU SIMPLE ANECDOTE À DÉPASSER ?

Eric LAHMY

Mardi 1er septembre 2015

Le fait qu’on ait largement et abondamment sélectionné pour les championnats du monde de Kazan et décidé de ne pas envoyer un seul jeune à Singapour, c’est quoi ? Ce choix pourrait apparaitre comme une métaphore du gouvernement actuel de la natation française : tirer le maximum de l’instant, refuser les décisions difficiles, s’assurer la tranquillité des dirigeants et des entraîneurs dont les éléments sont partis aux championnats du monde (pour y faire quoi) et ne pas se préoccuper de l’avenir. Après moi le déluge ? Constat d’impuissance ? Refus de prendre les « problèmes » à bras-le-corps ?

…C’est pourtant plus compliqué que ça. Les jeunes ont disputé des compétitions. A Bakou, aux Jeux européens, ils ont trouvé une compétition sur mesure dont ils se sont tirés avec honneur. C’est quand même mieux que zéro, même si ce n’est pas 20 sur 20…

D’ORIANO POTENTIEL CHAMPION DU MONDE DU 1500 METRES

L’absence des jeunes Français du mondial en désolera d’aucuns. S’il y avait dix ou douze nageurs sur les 27 envoyés à Kazan qui auraient tout aussi bien fait de rester à la maison, il y a en sans doute cinq ou six de plus que les… zéros( !) délégués à Singapour qui auraient eu avantage à visiter l’Asie du Sud-Est !

Comme hier pour les filles, nous avons glané les meilleurs Français des années d’âge concernées du bilan 2015 et nous leur avons attribué la place que leur performance leur aurait donnée aux mondiaux juniors.

Cela donne quoi ? Un champion du monde juniors, Nicolas D’ORIANO, sur 1500 mètres. D’ORIANO aurait aussi atteint les finales du 800 mètres et du 400 mètres. A noter que le nageur russe qu’il est parvenu à mâter à Bakou, aux Jeux européens de la jeunesse, sur 800 mètres (D’ORIANO avait réussi un doublé 800 mètres et 1500 mètres) a terminé 3e. A deux secondes du vainqueur. Cela donne à réfléchir…

D’ORIANO eut été aussi un potentiel finaliste sur 400 mètres quatre nages. Les autres finalistes possibles, auraient été, sur 50 mètres et 200 mètres brasse, Jean DENCAUSSE, Oleg GARASYMOVYCH sur 200 mètres dos, Matthias MARSAU sur 200 mètres papillon et Théo BERRY sur 200 mètres quatre nages.

A priori, le relais quatre nages aurait disposé du meilleur potentiel (5e).

Alors ? Y a-t-il eu erreur de diagnostic ? Aurait-on dû emmener une équipe ? Il faut dire que la situation des juniors français lorsque les sélections ont été décidées n’était guère florissante.

Il y avait aussi que les dernières années, le « management » des équipes de jeunes n’avait rien d’épatant. Cela a laissé des traces : mauvais karma ! Il s’est passé, souvenons-nous, quelque chose, à ce niveau, à Bakou. Quelque chose comme une situation qu’on redressait…

Donc, pas de Français à Singapour, grave faute, petite faute, sans faute ? Je ne vois là qu’un épisode, une anecdote, et, quelque part, une mésaventure! Car, bien sûr, un ou deux titres mondiaux juniors, ce n’est pas à mépriser. Mais si D’ORIANO et ses équipiers avaient mieux à nous offrir à l’avenir ? C’est là tout le mal qu’on leur souhaite.

 

Garçons nés de 1997 à 2000

Après la meilleure performance de l’année, la place qu’elle aurait donné aux mondiaux juniors de Singapour :

50 mètres : Dimitry FAUBOURG, 1997, Saint-Joseph, 23.33 (21e) ; Maxime CADIAT, 1997, Antibes, 23.34 (22e).

100 mètres : Maxime CADIAT, 1997, Antibes, 51.41 (29e) ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 51.42 30e).

200 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 1’51.41 (16e) ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 1’52.19 (27e).

400 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 3’53.83 (FINALISTE, 7e) ; Mattthias MARSAU, 1997, Canet, 3’58.37 (22e).

800 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 7’59.87 (FINALISTE, 6e) ; Théo CACHEUX, 1997, Mulhouse, 8’11.54 (16e).

1500 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 15’13.31 (CHAMPION DU MONDE JUNIOR); Théo CACHEUX, 1997, Mulhouse, 15’37.32 (16e).

50 mètres dos : K-Ryls MIATTI, 1999, Mulhouse, 26.02 (9e) ; Oleg GARASYMOVYTCH, 1997, Avignon, 26.32 (16e).

100 mètres dos : Oleg GARASYMOVYTCH, 1997, Avignon, 56.11 (16e); Maxence ORANGE, Nantes, 57.00 (27e).

200 mètres dos : Oleg GARASYMOVYTCH, 1997, Avignon, 2’0.24 (FINALISTE, 7e)  ; Geoffroy MATHIEU, 1997, Clermont, 2’1.77 (11e).

50 mètres brasse : Jean D’ENCAUSSE, 1997, Marseille, 28.23 ( FINALISTE, 5e) ; Dimitri FAUBOURG, 1997, Saint-Joseph, 29.26 (18e).

100 mètres brasse : Jean D’ENCAUSSE, 1997, Marseille, 1’2.00 (9e) ; Tanguy LESPARRE, 1999, CN Cannes, 1’3.68 (21e).

200 mètres brasse : Jean D’ENCAUSSE, 1997, Marseille, 2’15.14 (FINALISTE, 8e) ; Tanguy LESPARRE, 1999, Marseille, 2’16.81 (16e).

50 mètres papillon : Léo TRILLAT, 1998, Poissy, 25.11 (24e) ; Maxime GROUSSET, 1999, Calédonie, 25.16 (25e).

100 mètres papillon : Matthias MARSAU, 1997, Canet, 55.68 (28e) ; Pierre HENRY ARRENOUS, 1998, Poitiers, 55.89 (34e).

200 mètres papillon : Matthias MARSAU, 1997, Canet, 1’58.96 (FINALISTE, 5e) ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 2’4.90 (32e).

200 mètres 4 nages : Théo BERRY, 1997, Vallé-de-Chevreuse, 2’2.58 (FINALISTE, 5e) ; Jean DENCAUSSE, 1997, Marseille, 2’4.49 (20e).

400 mètres 4 nages : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 4’22.57 (FINALISTE, 7e), Tanguy LESPARRE, 1999, Cannes, 4’26.56. (15e).    

4 fois 100 mètres : Maxime CADIAT, 1997, Antibes, 51.41 ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 51.42 ; Théo BERRY, 1997, Vallée de Chevreuse, 51.47 ; Rémi MERESSE, 1998, Toulouse, 51.47 ; Merwane ELMERINI, 1997, Marseille, 51.53. (Potentiel 7e qualifiée)

4 fois 200 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 1’51.41 ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 1’52.19 ; Jérémie DUFOURMANTELLE, Dumbea, 1’52.53 ; Matthias MARSAU, 1997, Canet, 1’52.81 ; Mathieu BERNARDINI, 1998, Courbevoie, 1’52.91. (Potentiel 8e qualifiée)

4 fois 100 mètres 4 nages : (Potentiel 5e).

 

 

LES FRANÇAISES N’ÉTAIENT PAS À SINGAPOUR

LES FRANÇAISES N’ÉTAIENT PAS À SINGAPOUR

CE N’EST PAS UNE ERREUR, MAIS UN SYMPTÔME

Éric LAHMY

Lundi 31 août 2015

Les Françaises nées entre 1998 et 2001 absentes aux mondiaux juniors de Singapour ? C’est peut-être une décision judicieuse ! Si l’on part du constat que la natation des jeunes française n’existe plus, il vaut mieux en effet s’abstenir.

S’il avait fallu sélectionner, qu’aurait-on pu faire ? A mon avis, on aurait pu soit emmener la seule Pauline MAHIEU, notre unique espoir de dimensions internationales, capable de bien nager en sprint et en dos, soit se décider, en plus d’elle, à emmener quelques éléments, voire un relais ou deux (ou trois) et voir ce que ça donne. Les relais sont plus facilement qualifiables en finale, ce qui est une illusion, mais n’est pas inintéressant.

Pour mieux comprendre l’enjeu, j’ai relevé les temps réalisés en 2015 des jeunes Françaises de ces catégories d’âge, tels que rapportés dans le site fédéral, et comparé aux résultats de Singapour…

PAULINE MAHIEU ET PUIS QUI?

Pauline MAHIEU, avec son temps de 28.69, aurait été 4e en série du 50 mètres dos, 5e en demi-finale, et 5e ex-aequo en finale ; sur 100 mètres dos, ses 1’1.34 l’auraient qualifiée, 6e pour les demi-finale, et aussi 8e pour la finale. 2’16.16 sur 200 mètres dos lui auraient donné la 18e place. On peut donc dire que Pauline MAHIEU était armée pour nager aux mondiaux juniors de Singapour.

En-dehors de ça ? J’ai placé, après chaque meilleure performance de nos ondines en âge d’aller à Singapour la place que cette performance lui aurait obtenue en séries aux mondiaux juniors. Pour la 2e Française d’une épreuve, je lui ai attribué la place qu’elle aurait eu aux mondiaux si les Françaises avaient été là : c’est ainsi, sur 100 mètres brasse, avec 1’11.50, Maud RAYNERT aurait été 16e, mais comme j’ai classé Nolwenn HERVÉ plus haut, elle descend 17e sur « mon » classement.

Bien entendu, il est facile a posteriori de dire ce qu’aurait pu être une équipe de France pour Singapour. Dans le choix de n’envoyer que des finalistes potentiels, il aurait suffi d’offrir le voyage à Pauline MAHIEU et à son coach, ce qui n’aurait pas coûté trop cher en termes de billets et d’hébergement.

Si l’on avait voulu ouvrir la sélection aux demi-finalistes potentielles, on aurait pu ajouter Léa MARCHAL (400, 800 et 1500 mètres) et Emma TEREBO (dos), Nolwenn HERVÉ, Camille WISHAUPT (papillon) et Cyrielle DUHAMEL (quatre nages).

Les relais ? Avec des potentiels de, respectivement, 3’47., 8’17.5 et 4’9. Ils ne seraient pas allés bien haut, peut-être en finale mais loin des podiums, sauf une surprise toujours possible. Les emmener aurait été, je crois, une bien mauvaise idée.

Maintenant, les mondiaux juniors sont une opportunité récente de compétition qui ne nous parait pas indispensable. Une natation de jeunes ne devrait pas être en soi un objectif. Il suffit de voir la « casse » qui se produit chaque année à travers le monde de ces talents dont on attend beaucoup et qui disparaissent comme dans un rêve. Plusieurs natations peuvent être citées en contre-exemples, pour ce qui concerne les « carrières » de nageurs.

La question qui obsède les responsables de la natation française n’est pas la réussite des jeunes, mais bel et bien le renouvellement de la natation. L’absence des Françaises (et des Français) à Singapour est-elle une mauvaise nouvelle ? Je dirais qu’elle est plutôt un symptôme. Ce n’est peut-être pas aussi « dramatique » que ça, mais, 9e natation mondiale adulte (5e chez les hommes et 14e chez les femmes), nos prestations chez les jeunes paraissent aujourd’hui tangentielles à zéro

 

50 mètres, Pauline MAHIEU, 1999, US Saint-André, 26.40; Joanna DESBORDE, 2000, Rosny, 26.40 (18e).

100 mètres, Manon VIGUIER, 1998, Girondins Bordeaux, 57.04 (22e) ; Joanna DESBORDES, 2000, Rosny, 57.74 (26e).

200 mètres, Léa MARCHAL, 1999, Besançon, 2’4.61 (24e) ; Manon VIGUIER, 1998, Bordeaux, 2’4.94 (31e) ; Roxane MARCEL, 1999, Antibes, 2’5.06 ; Joanne DESBORDES, 2000, Rosny, 2’5.07 ; Mathilde BARAT, 1999, Melun, 2’5.20.

400 mètres, Léa MARCHAL, 1999, Besançon, 4’15.95 (11e) ; Océane CASSIGNOL, 2000, Sarcelles, 4’21.68 (25e).

800 mètres, Léa MARCHAL, 1999, Besançon, 8’52.02 (19e) ; Camille WISHAUPT, Mulhouse, 8’59.25 (27e).

1500 mètres, Léa MARCHAL, 1999, Besançon, 16’53.13 (13e) ; Océane CASSIGNOL, 2000, Sarcelles, 17’8.74 (20e).

50 mètres dos, Pauline MAHIEU, 1999, US Saint-André, 28.69 (FINALISTE, 5e ex-aequo] ; Emma TEREBO, 1998, CN Calédonien, 29.43 (12e en série 14e en demi-finale).

100 mètres dos, Pauline MAHIEU, 1999, US Saint-André, 1’1.34 [FINALISTE] ; Maelle LECANU, 1999, Canet, 1’4.03 (20e).

200 mètres dos, Pauline MAHIEU, 1999, US Saint-André, 2’16.16 (18e) ; Cyrielle DUHAMEL, 2000, Béthune Pélican, 2’17.20 (22e).

50 mètres brasse, Alexia GRENOUILLAT, 2000, Miramas, 32.94 (17e ex-aequo) ; Chloé CAZIER, 1998, Beauvaisis, 32.98.

100 mètres brasse, Nolwenn HERVÉ, 1999, Thionville, 1’11.42 (14e) ; Maud RAYNERT, 1998, Massy, 1’11.50 (17e).

200 mètres brasse, Nolwenn HERVÉ, 1999, Thionville, 2’35.27 (19e) ; Chloé CAZIER, 1998, Beauvaisis, 2’35.30 (20e).

50 mètres papillon, Cyrielle DUHAMEL, 2000, Béthune Pélican, 28.10 (24e) ; Emma DA CONCEICAO, 2000, Annecy, 28.15 (25e).

100 mètres papillon, Solweig PICAULT, 2000, Canet, 1’2.52 (30e) ; Lou BARDOT, 1998, Melun, 1’3.16 (35e).

200 mètres papillon, Camille WISHAUPT, Mulhouse, 2’13.94 12e) ; Solweig PICAULT, 2000, Canet, 2’19.13 (27e).

200 mètres 4 nages, Cyrielle DUHAMEL, 2000, Béthune, 2’18.99 (20e) ; Emeline BIEHLMANN, 1998, Canet, 2’21.38 (28e).

400 mètres 4 nages, Cyrielle DUHAMEL, 2000, Béthune, 4’55.36 (16e) ; Emelyne BIEHLMANN, 1998, Canet, 4’59.92 (23e).

4 fois 100 mètres : Manon VIGUIER, 1998, Girondins Bordeaux, 57.04 ; Joanna DESBORDES, 2000, Rosny, 57.74, Pauline MAHIEU, 1999, US Saint-André, 57.85, Julie COSTE, 1998, Bordeaux, 58.08, Clotilde COUSSON, 1998, MON, 58.14.

4 fois 200 mètres : Léa MARCHAL, 1999, Besançon, 2’4.61 ; Manon VIGUIER, 1998, Bordeaux, 2’4.94 ; Roxane MARCEL, 1999, Antibes, 2’5.06 ; Joanne DESBORDES, 2000, Rosny, 2’5.07 ; Mathilde BARAT, 1999, Melun, 2’5.20.

LA FRANCE OLYMPIQUE, C’EST 9e ET PAS 5e.

L’EQUIPE DE FRANCE, POINT DE VUE OLYMPIQUE,

CE N’EST PAS VRAIMENT ÇA.

Eric LAHMY

Mercredi 19 août 2015

Il est un temps pour se congratuler, et un temps pour remettre les choses à plat.

Les Français prétendent être la 5e natation du monde, à l’issue des mondiaux de Kazan. On ne va pas chipoter là-dessus. C’est le classement des médailles donné par la FINA.

Maintenant, que vaut notre natation dans l’optique de Rio et des Jeux olympiques ?

Plus exactement, qu’aurait-elle valu à Kazan sur le programme olympique, puisqu’à Rio, il y aura dix épreuves de moins en natation de course qu’à Kazan, et seulement deux courses d’eau libre au lieu de sept.

Or deux titres français ont été obtenus dans ces courses qui disparaissent : le 50 mètres dos et le 50 mètres papillon, par Camille Lacourt et Florent Manaudou…

J’ai attribué à chaque vainqueur de course du programme olympique de Kazan 9 points, 7 au deuxième, et jusqu’à un point pour le dernier des huit finalistes. J’ai associé l’eau libre (le 10 kilomètres) aux courses de bassin olympique : c’est bien de natation qu’il s’agit.

J’ai hésité à aller plus loin, par exemple jusqu’au 16: le tassement toujours plus accentué des valeurs fait que parfois, le 16e nageur au monde est très près ; cela aurait valu la peine si chaque nation avait droit à trois nageurs (un par place de podium), comme dans le passé. A deux nageurs par nation, les entrées en finales sont facilitées d’autant. Et le 16e des championnats du monde peut se trouver beaucoup plus loin dans le bilan de l’année…

Les classements par nations que j’ai obtenus selon ce système :

Classement général (messieurs et dames) : 1. USA, 215pts (106+109) ; 2. Australie, 133pts (43+90) ; 3. Grande-Bretagne, 112pts (74+38) ; 4. Chine 102 (45+57) ; 5. Japon, 74pts (35+39) ; 6. Hongrie, 67pts (33+34) ; 7. Russie, 66 pts (38+28) ; 8. Pays-Bas, 52pts (13+39) ; 9. FRANCE, 50PTS (38+12) ; 10. Canada 50pts (19+31) ; 11. Italie, 45pts (20+25) ; 12. Allemagne, 43pts (28+15) ; 13. Suède, 42pts (1+41) ; 14. Brésil, 33pts (24+9) ; 15. Danemark, 30pts (4+26) et Pologne 30pts (30+0) ; 17. Afrique du Sud, 26pts (26+0) ; 18. Nouvelle-Zélande, 11pts (0+11) ; 19. Lituanie, 10pts (3+7) ; 20. Espagne, 9pts (0+9) ; 20. Grèce, 9pts (8+1) ; 22. Kazakhstan, 8pts (8+0) et République Tchèque, 8pts (0+8) ; 24. Argentine, Belgique, Singapour et Ukraine, 6pts (6+0), et Jamaïque, 6pts (0+6) ; 29. Egypte, 5pts (5+0) ; 30. Islande, 4pts (0+4) ; 31. Bahamas, 3pts (0+3)

Messieurs : 1. USA, 109 pts ; 2. Grande-Bretagne, 74 pts ; 3. Chine, 45pts ; 4. Australie, 43pts ; 5. FRANCE et Russie, 38PTS ; 7. Japon, 35pts ; 8. Hongrie, 33pts ; 9. Pologne, 30pts ; 10. Allemagne, 28pts ; 11. Afrique du Sud, 26pts ; 12. Brésil, 24pts ; 13. Italie, 20pts ; 14. Canada, 19 pts ; 15. Pays-Bas, 13 pts ; 16. Grèce et Kazakhstan, 8pts ; 18. Argentine, Belgique, Singapour et Ukraine, 6pts ; 22. Egypte, 5pts ; 23. Danemark, 4pts ; 24. Lituanie, 3pts ; 25. Suède, 1pt.

Dames : 1. USA, 106pts ; 2. Australie, 90pts ; 3. Chine, 57pts ; 4. Suède, 41pts ; 5. Japon et Pays-Bas, 39pts ; 7. Grande-Bretagne, 38pts ; 8. Hongrie, 34pts ; 9. Canada, 31pts ; 10. Russie, 28pts ; 11. Danemark, 26pts ; 12. Italie, 25pts ; 13. Allemagne, 15pts ; 14. FRANCE, 12PTS ; 15. Nouvelle-Zélande, 11pts ; 16. Brésil et Espagne, 9pts ; 18. République Tchèque, 8pts ; 19. Lituanie, 7pts ; 20. Jamaïque, 6pts ; 21. Islande, 4pts ; 22. Bahamas, 3pts ; 23.Grèce, 1pt.

Tous ceux qui s’intéressent à la natation en France s’inquiètent de ce que les chances françaises s’appuient presque exclusivement sur deux éléments, Manaudou et Lacourt. C’est vrai. Mais c’est vrai pour une quantité d’autres nations…

Les pays de natation, cela n’existe pas. Enfin, presque. Disons que c’est une vue de l’esprit. L’Espagne sans Belmonte, blessée, a tout juste existé au niveau de quelques finales, la Hongrie sans Hosszu eut respiré avec peine, même les Etats-Unis, sans Ledecky, dégringoleraient de leur Everest au camp de base, et l’Australie, c’est deux Campbell plus une Seebohm et un Larkin. Mackenzie Horton rate ses mondiaux et c’est toute la natation masculine australienne qui trinque et se fait dépasser par la Grande-Bretagne et la Chine (une première). La difficile sortie de Melissa Franklin de ses saisons universitaires a coûté deux, peut-être trois titres mondiaux aux USA. Et la blessure de Kosuke Hagino est revenue très cher à la formation japonaise. Si Sarah Sjöström prenait demain sa retraite, la Suède redeviendrait le pays moyen de gamme qu’elle a souvent été. On pourrait dire d’ailleurs que les soucis permanents de Yannick Agnel ont fortement dévalué la France. Un grand nageur fait grandir son équipe. Voyez le quatre fois 200 mètres dames sans Camille Muffat pour le ramener vers l’avant.  (1)

La natation mondiale, c’est quelques arbres, et aucune forêt. C’est le principe de l’élite.

Quoiqu’il en soit, il vaut mieux ne pas s’attendre à des miracles à Rio de Janeiro. Dire que les médailles viendront de Florent Manaudou, de Camille Lacourt et d’Aurélie Muller, c’est faire de la prédiction en regardant dans le rétroviseur. Certes, Florent a une marge sur 50 mètres, mais qu’en sera-t-il dans douze mois ? Lacourt aura un an de plus et il est des époques de la vie où l’âge joue contre vous. Il est revenu très fort de ses ennuis de santé, Mais sur 100 mètres dos, il a été devancé par l’Australien Larkin et on a vu le temps, 52.18, réussie par Ryan Murphy, USA, au départ des séries du relais quatre nages mixte. Il y aura du monde au départ, dans la capitale brésilienne !

Il est important que ces deux garçons ne soient pas esseulés. Derrière et à leurs côtés, l’équipe comptera certes sur Jérémy Stravius, sur Fabien Gilot, sur Gregory Mallet. C’est une formation vieillissante, dont « on » espère de ses éléments qu’ils tiendront encore une saison. Quelques hommes arrivent à point nommé, comme Mehdy Metella ou, de plus loin, Jordan Pothain et Nicolas D’Oriano, Damien Joly et Joris Bouchaut, et en dos Oleg Garasymovitch (qui a fait 2e du 200 mètres aux championnats du Canada)… tout comme Matthias Marsau, sur 200 papillon. Bien entendu, sauf surprise et étapes brûlées, ces derniers nommés ne seront guère compétitifs aux Jeux de Rio. Seuls Metella, et peut-être Joly et Pothain, peuvent être considérés pour les Jeux.

Côté filles, chacun sait que les choses se présentent plutôt mal. Pour l’instant, l’équipe s’appelle Aurélie Muller; En-dehors d’elle, pas de nageuse de gabarit olympique. Maintenant, si ces demoiselles n’ont pas brillé à Kazan, rien ne dit qu’il en sera autant aux Jeux. Fabrice Pellerin? Le plus qu’il était censé amener à l’équipe féminine ne s’est pas manifesté.

La raison ? Je crois que Pellerin l’a bien cernée dans une interview de l’AFP parue dans la Nouvelle République du 9 août, et qui se résume en une phrase : « on a sélectionné des filles qui n’ont pas le niveau. »

On se demande qui a bien pu faire une chose pareille !

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(1) C’est très exactement ce qu’explique Fabrice Pellerin dans l’interview citée ici. En réfléchissant à cette question, on pourrait se demander s’il ne faudrait pas purement et simplement abandonner tout classement des nations, dont Coubertin, je crois, disait qu’il était contraire à l’esprit olympique.

LA NATATION, MAUVAIS SPECTACLE PERMANENT

LA COUPE DU MONDE DE NATATION FORMULE

PERDANTE MAIS PAS POUR TOUT LE MONDE

Eric LAHMY

Mardi 18 août 2015

A peine les championnats du monde de natation se sont-ils achevés le 9 août à Kazan, en Russie, que le cirque FINA s’est déplacé, d’abord à Moscou, les 11 et 12 août, puis à Chartres, les 15 et 16. Les deux premières étapes de ce qu’on appelle la Coupe du monde.

Il s’agit en fait de la labellisation des meetings d’antan, captés et « remastérisés » par Lausanne. Supposée être universelle, elle se pose essentiellement en Asie, avec six de ses huit étapes, plus, en 2015, Chartres et Moscou. Censée représenter un circuit en petit bassin, elle s’est nagée cette année en grand, un peu pour attirer plus de nageurs des Amériques et d’Australie, beaucoup parce que la FINA, comme toute camarilla qui se respecte, n’est pas tenue de respecter les critères de la FINA.

Pendant ce temps, se préparent les mondiaux juniors, création récente réservée aux 18 ans qui démarrent la semaine prochaine. Et cela va continuer, sans discontinuer, compétitions, compétitions, compétitions. Les nageurs n’auront pas le temps de s’ennuyer… ni peut-être même de s’entraîner…

Le spectacle est permanent.

C’est le souhait de notre époque.

D’où vient l’idée ? Primo Nebiolo, un jour que je l’interviewai pour L’Equipe magazine, m’avait expliqué son projet : « savez-vous quel est le visage le plus connu au monde » m’avait-il demandé, avant de répondre : « c’est celui de Steffi Graf. Et savez-vous pourquoi ? Parce qu’elle joue les tournois du Grand Chelem et d’autres compétitions de tennis, qui font, que, gagnant le plus souvent, elle apparait régulièrement, des semaines et des semaines ; elle est la personne au monde qui apparait le plus à la télévision et dans les médias… »

Le président italien de la Fédération Internationale d’Athlétisme ajoutait : « je veux que Carl Lewis devienne aussi connu que Steffi Graf. Je veux que l’athlétisme occupe l’actualité tout au long de l’année et que ses champions soient les plus reconnaissables. » Pour cela, dans ces années même où il m’expliquait sa stratégie, il avait créé un mondial de marathon (1985), un mondial d’épreuves combinées devenu en 1998 Coupe du monde d’épreuves combinées, un mondial d’athlétisme en salle (1985), tout un ensemble de championnats et de labellisations chargés de permettre à cette ambition de prendre forme. L’athlétisme, jusqu’alors un sport saisonnier, contingenté à deux mois d’été, égrenait son chapelet de rendez-vous sur les quatre saisons…

Le fait est que tous les sports ont depuis adopté une telle vision. C’est la bataille, entre eux, afin de capter les media. Pourquoi ne pas refuser cela, se dire qu’on va exister sans media ? Parce que le sport qui ne se montre pas ne crée pas de vocations. Être un sport en vue, c’est se donner la chance d’attirer les jeunes talents et de s’offrir un avenir.

Le professionnalisme a accentué cette tendance à se rendre le plus visible possible. L’athlète amateur a d’autres contraintes, le professionnel doit être vu. Il s’expose. Le « pro » doit se produire assez souvent pour mériter ses émoluments, mais surtout pour que ses commanditaires s’y retrouvent.

Mais encore faut-il se conduite en professionnel. Quand des nageurs de renom nagent le matin en séries, et se défilent avant les finales, à Chartres, où des spectateurs ont payé leurs billets afin de les voir nager, même s’ils ont de bonnes raisons personnelles comme de revoir leur bonne mère après un mois loin de la maison, cela manque un peu de rigueur. Les Marseillais, dans ce domaine, se conduisent comme de fameux récidivistes !

Maintenant, certes, si la Fédération a contraint ces nageurs à venir se produire à Chartres après les championnats du monde, la faute retombe sur elle. Après les mondiaux de Kazan, peut-on exiger de nageurs de continuer à se mobiliser pour un show qui ne les concerne pas vraiment ? Est-ce une bonne idée ? Ça se discute et on a pu entendre ces deux sons de cloche ! Aujourd’hui, il n’y a que Katinka Hosszu et Chad Le Clos que cette Coupe passionne, et je leur trouve bien du mérite…

…En tout cas, cela vous dit l’aura et l’audience de la Coupe du monde, très faible, surtout au regard des espérances nourries à la FINA. Il faut avoir vu, à Chartres, ces « séries du matin » où huit nageurs se disputaient les… huit… places de finalistes du soir, pour se dire que, décidément, la FINA, n’a pas perdu la main et qu’après le scandale des combinaisons polyuréthane, la fabrication d’épreuves fantaisistes, la création d’un calendrier pléthorique qui ne respecte pas la nécessité pour les nageurs de se reposer et de s’entraîner, elle reste à la pointe du dilettantisme lourdingue et du n’importe quoi commercial, avec sa Coupe du monde en petit bassin disputée en grand bassin. La FINA n’a pas perdu la formule magique. Elle ne cesse de transformer l’or en plomb.

Maintenant, bien entendu, pour certains, ce plomb vaut de l’argent. Voyageant dans les cinq continents et se posant dans des hôtels cinq étoiles, vivant aux frais de la princesse, recevant des frais quotidiens royaux, toute une petite caste parasite (c’est peut-être, ça les fameux « dinosaures » désignés par Amaury Leveaux) se goberge des efforts des entraîneurs, des nageurs et des organisateurs des compétitions, et croque joyeusement dans les fonds importants que versent télés et sponsors.

Où cela mène-t-il le sport ? A sa décadence, bien évidemment.

QUELLES CHANCES OLYMPIQUES POUR YANNICK AGNEL?

AGNEL, LES CHAMPIONS DU PASSÉ

ET LES MÉDAILLES À VENIR

Éric LAHMY

Samedi 15 août 2015

Alors que son protégé, retour d’une pleurésie, reprend l’entraînement dans un lieu exotique, Lionel Horter se serait basé sur une étude pour illustrer les chances de son nageur Yannick Agnel aux prochains jeux. Que dit cette étude ? Que les champions du monde, dans le passé, n’étaient pas si nombreux à conserver leur titre au rendez-vous olympiques…

Si l’on suit l’approche de l’entraîneur de Mulhouse, les succès de Manaudou sont-ils de mauvais augure, Lacourt a-t-il du souci à se faire ? Mais en revanche, ça baigne-t-il pour Agnel ? Je ne sais pas s’il a voulu dire cela, mais c’est ce qu’en ont retenu les journaux.

Il est un point où je serais tenté de lui donner raison. La vie n’est pas répétition bornée d’événements, c’est toujours du nouveau. Qu’après, on veuille la faire entrer dans un schéma, c’est une chose, mais croire que ce schéma ait la moindre valeur de prédiction, c’est faire montre de pas mal de naïveté…

Que les nageurs et leurs entraîneurs aient voulu préparer les Jeux de Rio à travers Kazan est une chose. Que cela donne une valeur prédictive à Kazan vis-à-vis de Rio, que gagner à Kazan représente la moindre garantie de succès à Rio est une illusion.

Aux Jeux olympiques de 2012, tous les vainqueurs de 2011 ne sont pas repassés. Le contraire eut été étonnant. Mais voyons ce qu’ont fait les champions 2011 aux Jeux de Londres, un an plus tard. 50 mètres, Cesar Cielo : 3e ; 100 mètres, James Magnussen : 2e ; 200 mètres, Ryan Lochte : 4e ; 400 mètres, Park Tae-Hwang : 2e ; 1500 mètres, Sun Yang : 1er ; 100 mètres dos, Jérémy Stravius : non qualifié, et Camille Lacourt : 4e ; 200 mètres dos, Ryan Lochte : 3e ; 100 mètres brasse, Alexander Dale Oen : décédé ; 200 mètres brasse, Daniel Gyurta : 1er ; 100 mètres papillon, Michael Phelps : 1er ; 200 mètres papillon, Michael Phelps : 2e ; 200 mètres quatre nages, Ryan Lochte : 2e ; 400 mètres quatre nages, Ryan Lochte : 1er.

Des 14 vainqueurs (deux ex-aequo) des 13 épreuves olympiques masculines de Shanghai, quatre conservent leur titre au rendez-vous olympique, quatre sont 2e de la même épreuve aux Jeux, deux sont 3e, deux sont 4e, un ne dispute pas la course, n’étant pas parvenu à se qualifier, et enfin un est tragiquement décédé avant les Jeux.

Regardons dans l’autre sens maintenant. Qu’en est-il des champions olympiques de Londres ? Quelle était leur situation un an avant leur triomphe, aux mondiaux de Shanghaï ?

50 mètres, Manaudou : absent ; 100 mètres, Nathan Adrian : 6e ; 200 mètres, Yannick Agnel : 5e ; 400 mètres, Sun Yang : 2e ; 1500 mètres, Sun Yang : 1er ; 100 mètres dos, Matt Grevers : absent. 200 mètres dos, Tyler Clary : 3e ; 100 mètres brasse, Cameron van den Burgh : 3e ; 200 mètres brasse, Daniel Gyurta : 1er ; 100 mètres papillon, Michael Phelps : 1er ; 200 mètres papillon, Tyler Clary : 5e ; 200 mètres 4 nages, Michael Phelps : 2e ; 400 mètres 4 nages, Ryan Lochte : 1er.

Rien de ce qui précède ne nous dit quoique ce soit d’encourageant sur les chances de Yannick Agnel de gagner le 200 mètres des Jeux olympiques de Rio. En dehors de la victoire de Florent Manaudou sur 50 mètres, on n’a enregistré aucune énorme surprise aux Jeux olympiques de 2012, sauf à considérer que rien ne doit bouger d’une année à l’autre. Agnel, vainqueur du 200 mètres de Londres, était très présent à Shanghai, où il a terminé à 0.55 du vainqueur. A Londres, Manaudou et lui sont de jeunes nageurs, ce qu’Agnel ne sera plus à Rio (en tout cas, il aura quatre ans de plus). Autre absent à Shanghai en 2011, Grevers était déjà médaillé en 2008, et en 2011, s’il ne s’était pas produit à Shanghai, il avait gagné les 100 mètres dos de grandes courses (comme Duel in the pool), et on pouvait le considérer aisément comme le favori des Jeux, un peu comme Michael Phelps aujourd’hui, hors de Kazan mais pétaradant de forme et d’ambition.

Aucun champion olympique de Londres n’était absent pour maladie à Shanghai, comme Agnel a été absent à Kazan pour pleurésie.

Tout cela est du passé dépassé, des ornements statistiques autour de faits qui font leur entrée dans l’histoire…

Si l’on doit faire confiance à Agnel (et pourquoi pas ?) ce n’est certes pas en raison de « précédents » contradictoires et qui ne « précèdent » rien. Aucune statistique ne distribue de médaille, ni n’en ôte. Chaque victoire, chaque défaite, est une anecdote séparée, elle a son propre contexte, elle est vécue dans une situation dont la spécificité n’est assujettie à aucune mathématique. On peut la trouver exemplaire, ou instructive, voire digne d’inspirer les générations suivantes. Mais elle relève du « chaos » cher aux météorologues. La course aux médailles est par définition « imprédictible ».

Cela dit, il est permis de penser qu’Agnel part de plus loin que Guy James, le vainqueur du 200 mètres de Kazan !

Conclusion ? Agnel va nager, Horter l’entraîner, et la compétition relèvera les compteurs. Pour nous, on ne peut que leur souhaiter bonne chance !

LA NATATION HEURTÉE PAR LA THÉORIE DU GENRE

QUAND LA FINA FINASSE

TOUT LE SPORT A L’AIR IDIOT

Éric LAHMY

Jeudi 13 août 2015

La théorie du genre est l’expression d’une forme d’aliénation mentale qui vient frapper de plein fouet les sociétés nord-atlantiques. Cette fascinante divagation est née d’un déni, celui des hommes qui se disent femmes, des femmes qui se veulent hommes. Bien entendu, qui ne s’est pas posé un jour la question : « pourquoi ne suis-je pas un homme », ou : « si j’avais été une femme » ? Pour la plupart d’entre nous, il s’agit certes d’un jeu. Mais pour un assez petit nombre, il s’agit d’un refus de ce que la nature nous a fait.

Ce sont des choses que le temps apaise, la psychologie soigne, ou, de nos jours, le scalpel arrange. En arriver à se haïr en raison de l’inadéquation entre ce qu’on est et l’idée qu’on a de soi est trop triste pour qu’on ne tente pas d’y remédier si possible.

L’étrange, ou du moins, économisons les grands mots, le curieux, c’est, partant de ces cas limites (estimés à 1% de la population), qu’un certain nombre de réflexions pour le moins hardies ont abouti à remettre en cause l’appartenance sexuelle de tout un chacun et à englober l’humanité entière dans la théorie du genre. Or, détricoter de cette façon les évidences de la nature pour imposer sa feuille de route, c’est n’avoir peur de rien.

La théorie du genre, initialement, avait été développée en linguistique dans le but relativement modeste mais finalement assez compliqué, de renouveler la façon dont on définit les choses ou les idées. On proposait l’adoption d’un pronom ou d’un article (défini ou indéfini) de genre neutre pour signaler les objets qui nous entourent : pourquoi en effet dire LA fleur, LE livre, LA page, LE navire, LA Barque, tous objets ou êtres qui ne sont en fait ni féminins ni masculins, et pourquoi ne pas promouvoir (ce que les Suédois ont fait avec le neutre « hen ») un appareil grammatical qui nous éviterait « madame la chaise » et « monsieur le fauteuil ».

Je vous passe les étapes théoriques de l’évolution du genre qui relèvent selon moi d’une thérapie ; comme je l’ai dit, l’axiomatique du genre reformate l’humanité dans le déni de la césure masculin-féminin. Le genre a totalement pris le pouvoir en Suède (je reconnais que je préfère ça au Califat en Iran) !

UNE MIXITÉ FACTICE CHARGÉE DE GONFLER LE PROGRAMME

En sport, les instances de la natation ont montré dans leur adhésion au genre un enthousiasme déconcertant, au point de conduire à quelques inepties de la plus belle eau (de piscine, bien entendu). La folie du genre a atteint gravement les dirigeants de la FINA, en fait pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’illumination de ses dirigeants. Ils y ont trouvé d’excellentes raisons d’ajouter au programme déjà pléthorique de la natation de nouvelles épreuves en se donnant un air de jeunesse et de modernité. On a eu ainsi les relais mixtes de natation, la course de 5 kilomètres mixte en nage de grand fond, les plongeons synchronisés mixtes, une épreuve mixte de natation synchronisée.

Il n’y a là pas grand’ chose d’intéressant ! De façon très subjective, je trouve des qualités sportives réelles au plongeon mixte où les filles, plus menues que les hommes, parviennent à compenser un déficit de force et de puissance par leur souplesse et leur grâce. En revanche, je ne vois aucune valeur dans les relais mixtes en piscines : les garçons comme les filles s’expriment parfaitement dans les relais existant déjà, le 4 fois 100m, le 4 fois 200m et le 4 fois 100m quatre nages messieurs, et dames, soit six relais, ce qui fait beaucoup. Le programme olympique de l’athlétisme n’en accueille que quatre avec les 4 fois 100 et les 4 fois 400 mètres.

L’ajout de relais mixtes permet de gonfler le programme, souci numéro un du Comité Directeur de la FINA, dans des exercices factices où finalement les relayeurs surpassent les relayeuses, lesquelles leur font perdre du temps.

De même, dans la course mixte du grand fond, on associe une fille qui, soit-elle WonderWoman en personne, est traînée pendant cinq kilomètres par ses deux équipiers… La mixité devient une course handicap, le handicap étant la nageuse. Je trouve ces courses presque insultantes pour les femmes. Je préfère que chacun des « genres » développe ses qualités chacun de son côté.

C’est que si une activité se prête mal aux théories du genre que produit notre culture épuisée, c’est bien le sport. Simone de Beauvoir remarquait avec justesse, quand on suggéra qu’elle avait développé une idée quelconque parce qu’elle était une femme (et donc parce qu’elle avait des ovaires) qu’on n’avait jamais accusé un romancier d’écrire avec ses testicules. Si j’adhère d’enthousiasme à l’idée qu’Emilie du Chatelet ou Marie Curie furent d’éminentes scientifiques, Germaine de Staël le plus grand penseur de son temps, loin devant sa majesté Chateaubriand en personne, ou que Beauvoir se comparait à Sartre, j’aurais du mal à soutenir que Bronte Campbell est plus fort nageur que Cesar Cielo.

La seule façon d’admirer pleinement la force de Sarah Sjöström ou de Katie Ledecky n’est certes pas de les opposer à Florent Manaudou ou à Gregorio Pellegrini. Ranomi Kromowidjojo, qui s’y était essayée, a promis qu’on ne l’y reprendrait plus. Et donc les relais mixtes représentent pour moi une régression ou encore une diversion. J’y vois l’idée tordue de camelots sans culture.

Le sport s’est développé non pas sur les fantaisies d’institutions internationales aussi dévoyées et sans vergogne que les roublards qui gèrent la FINA aujourd’hui, mais par des élaborations enthousiastes de longue haleine d’une base de pratiquants. C’est pourquoi la natation synchronisée mixte, autre finasserie, création ex nihilo, est aussi peu justifiée qu’on puisse l’être.

On n’a qu’à voir les garçons qui ont été conviés à se produire dans les ballets nautiques aux championnats du monde de Kazan: intermittents du spectacle fourbus récupérés au Cirque du Soleil ou à je ne sais quel Casino de Paris, pour saisir la faiblesse d’appel d’air que cette invention a suscitée. Pendant que les nageurs, plongeurs, poloïstes, devaient se qualifier pour Kazan par des performances exceptionnelles, le duo de synchro mixte était formé dans des arrangements à la va vite, en petits comités, dans des scénarii proche de l’immaculée conception: miracle, encore une nouvelle épreuve en natation synchronisée !

Bien entendu, avec les fantasmes du genre, tout est désormais permis, mais si j’ai toujours été frappé par l’attrait immédiat que l’expression ballets nautiques pouvait susciter chez des toutes jeunes filles, autant je puis vous dire que les garçons ne répondaient pas du tout d’enthousiasme à l’idée de pratiquer une telle activité… Les nageurs synchronisés tels qu’on les a vus à Kazan, plus de poil aux pattes que sur la tête, ça n’est qu’une idée showbiz qui va avoir du mal à diffuser…

Au bout du compte, c’est toujours, sous couvert de modernité et d’ouverture d’esprit (1) la même rengaine : susciter le plus grand nombre d’épreuves, tenter de forcer l’entrée aux Jeux olympiques, agiter, faire de la démagogie, pomper le maximum aux organisateurs des compétitions, ramasser une part toujours plus grande des droits télé. Le but ? Permettre à de « grands » dirigeants avides et que n’étouffent pas les scrupules, de vivre sur un grand pied, de se déplacer en première classe de par le monde, de tester un maximum d’hôtels cinq étoiles à l’année à travers la planète, de s’octroyer des remboursements de frais babyloniens, et ceci si possible jusqu’à leur mort puisqu’ils s’ingénient en outre à reculer sans arrêt l’âge de leur retraite…

C’est pourquoi je crie avec force : vive le sport.

 

(1) Cette grande modernité des autorités suprêmes de notre sport se signale par le fait que, pour un sport majoritairement féminin (en France plus de pratiquantes que de pratiquants) on trouve une seule femme parmi les 35 membres du comité directeur de la FINA, la japonaise Zihong Zhou.