Catégorie : Editoriaux

COMMENT LA NATATION FRANÇAISE SE REMETTRA-T-ELLE DU PASTIS DES SÉLECTIONS ?

BIEN / MAL / JE NE SAIS PAS:

RAYER LES MENTIONS INUTILES

Éric LAHMY

C’est un article assez bizarre paru sur le site SwimSwam, signé Chris De Santis. Le titre est alléchant : qu’est-ce qui a « tué » la natation britannique. Vous lisez et vous vous apercevez qu’il n’y a rien de ce qui était annoncé. Ni le couteau, ni l’assassin… Seulement ce constat : La Grande-Bretagne, qui, en 2014, au sortir d’une saison où on l’avait vue marquer des points autant en championnats d’Europe qu’aux Commonwealth Games, connait en avril 2016 une sorte de régression. On n’en saura donc pas plus, dommage.

Pourtant, au détour de sa non-démonstration, De Santis rédige une phrase digne d’intriguer : “Alors que tant de conversations en cette saison olympique ont tourné autour des minima pour Rio, la Grande-Bretagne s’est détachée. Tandis que la France était en quelque sorte défendable pour ce qui est du niveau de ses minima, la Grande-Bretagne les a gravement surestimés. Dans plusieurs courses, les standards de Rio étaient beaucoup trop hors d’atteinte et démoralisèrent les nageurs. Quand une Chloé Tutton bat le record national de 1s5 sur 200 brasse, établit un temps qui lui aurait donné l’argent à Kazan, et doit ensuite gagner sa sélection sur tapis vert, quelque chose ne va plus. Si dans le passé, voici plusieurs olympiades, des problèmes de la natation britannique devaient être attribués à des minima trop faibles, le pendule s’est incliné trop loin de l’autre côté. »

Voilà qui est fort. Un journaliste britannique donne un blanc-seing aux minima de la natation française ! Il doit être le seul au monde – enfin de ceux que ce genre de choses intéresse, et je crois qu’il a vu le film français en VO sans sous-titres.

Mis à part, donc, le segment de phrase concernant les minima français, tout est vrai. Si une natation a été à peu près aussi follement irréaliste que la française pour ce qui est de ses critères de sélection, c’est bien la britannique. Avec des résultats peut-être destructifs pour leurs nageurs ?

Il y a quand même une différence. A leurs championnats de Glasgow, les Britanniques ont démontré qu’ils disposaient de jeunes d’avenir, la France non. Le constat est clair. A ce jour, nous avons peu de jeunes, peu de talents, peu d’avenir. Pour ce qui est du présent, les championnats de France de Montpellier montrent un visage à l’expression assez floue, un peu Jean qui rit (50m, 100m) et beaucoup Jean qui pleure (à peu près tout le reste, malgré de petits sourires de ci et de là).

Mais le fait du jour n’est pas l’état de la natation française. C’est sa gestion. Après avoir établi ses règles, la Fédération s’est assise dessus. L’affaire des minima a été désolante. Ce qui n’a pas tué Stravius (mais il s’en est fallu de peu) a plus ou moins massacré à peu près tous les autres !!

Comme on avait six qualifiés, plus les relayeurs, on s’est mis à tordre les critères puis à les jeter aux orties et, allant en sens contraire de ce qu’on avait annoncé à grands renforts de coups de menton, on a fini par ajouter la bagatelle de treize filles et garçons et rien ne dit qu’on ne sera pas à 30 nageurs français à Rio – quatre de moins que les Australiens !

Les entraîneurs que l’on a interrogés après la publication des sélections avaient l’air éberlués par ce tour de passe-passe.

L’impression générale a été qu’à la Fédération française de natation, on a vraiment eu peur de rien. Ce qui, en l’occurrence, dans l’esprit des gens, n’est pas un compliment…

Par exemple, Michel Chrétien, l’entraîneur de Jérémy Stravius à Amiens, a dû jouer serré pour amener son nageur à se qualifier : « En effet j’ai préparé Jeremy Stravius en fonction de ces minima. Le côté positif, cela a été de réaliser un temps très difficile. On a été obligés de mettre en place un modèle de nage différent afin d’y parvenir. L’inconvénient, c’est qu’on s’est préparé comme s’il s’agissait d’une haute compétition internationale avec un affutage de trois ou quatre semaines et on a perdu en temps d’entraînement dans notre cycle. »

Aujourd’hui, une chape de plomb a recouvert la sélection des équipes de France. Comment dénoncer cette farce, alors que treize à quinze nageurs ont été récupérés sur le tapis vert ? Les intéressés sont contents, bien sûr, on se met à leur place, ils iront à Rio. Ce ne sont pas leurs entraîneurs, leurs parents, leurs amis, qui vont faire grise mine !

Mais je vous fiche mon billet qu’au fond d’eux-mêmes, ils se disent qu’ils n’ont pas mérité leurs places, que ce sont des manœuvres de couloir qui les ont réintégrés. La fierté en prend un coup. Dommage. Parce que ces jeunes gens n’ont pas démérité : les seuls à s’être plantés sont les supposés adultes que les malheurs de ce temps ont placés aux postes de responsables !

Les minima étaient durs, ce que beaucoup croient utiles, et autant d’autres croient nuisibles. Mais ils n’étaient pas seulement durs. Ils étaient mal pensés, irréalistes, et guère à même de monter une équipe de France cohérente.

Si on ne les avait pas placés, en début de saison, comme un épouvantail à moineaux, et si l’on s’était contenté de dire que l’on ne voulait rien de plus que les minima de la FINA, certes, d’aucune auraient regretté l’intransigeance des minima « à la Fauquet », mais… MAIS ON N’AURAIT PAS FAIT DE LA MOITIÉ DE L’ÉQUIPE DE FRANCE LES OBLIGÉS DE CES MESSIEURS DE LA FÉDÉRATION.

Cette démagogie est une double erreur dont on ignore si les effets vont tarder à se manifester.

La Fédération française de natation s’est décrédibilisée. Son président a joué son rôle dans la partition parce que, bombardé chef de délégation française à Rio grâce au travail de Claude Fauquet, il veut que les nageurs soient nombreux aux Jeux de Rio. Il a parfois montré un certain dépit de voir l’athlétisme déplacer un nombre très élevé de sélectionnés aux Jeux ou aux mondiaux, alors que seulement quelques nageurs faisaient l’équipe. [J’ai accompagné l’athlétisme comme journaliste dans plusieurs de ces compétitions, et je me souviens de collègues qui n’envoyaient plus leurs papiers que de l’infirmerie : une moitié des sélectionnés était blessée, l’autre éliminée en séries. Mais bon, ils étaient quarante athlètes aux Jeux.]  On ne lui a toujours pas dit, à Luyce, que c’est dans l’avion du retour des Jeux que devaient se faire les comparaisons?

JACQUES FAVRE MI-COMPLICE MI-VICTIME ?

Le Directeur technique ? S’est-il fait rouler dans la farine ou a-t-il manœuvré tout son monde? A Montpellier, et même après Montpellier, Jacques Favre paraissait croire à des minima intransigeants.

L’adresse qu’il a rédigée et qui accompagne sa liste de sélectionnés a quelque chose de presque schizophrène. Pendant qu’il permet à vingt-huit nageurs de passer, presque deux fois plus que ce que les minima autorisent, il signe en effet le 6 avril, un texte passablement chtarbé, genre harangue de l’Empereur sur le front des troupes, dans lequel on trouve cependant des phrases qui défendent l’intransigeance dont il s’est défait :

« A la sortie des championnats du monde de Kazan, nous avions choisi de relever de façon radicale notre niveau d’exigence en proposant des critères de sélection aux Jeux Olympiques très élevés. C’est la bonne décision, nous poursuivrons et durcirons ce modèle dans l’avenir… Les meilleurs nageuses et nageurs français se sont engagés depuis 7 mois pour répondre aux exigences que nous leur avions fixées afin de séparer froidement « le bon grain de l’ivraie ». Ils ont, la semaine dernière, véritablement inversé le niveau des championnats de France…Au regard des enjeux sportifs, nous nous devons de respecter les règles que nous nous étions fixées pour pouvoir choisir qui participera aux Jeux Olympiques parmi nos meilleurs athlètes. »

Cet exposé, manifestement, n’est pas celui du sélectionneur ! Favre Jacques, son signataire, ne sait pas que Jacques Favre, le DTN, n’a respecté ni les règles, ni le niveau d’exigence. Ces deux-là feraient mieux de se parler plus souvent! Ignorance, déni de réalité, dédoublement de personnalité ? Ou simplement paresse, Favre Jacques ayant écrit son poulet avant les tripotages d’après championnats et n’ayant pas pensé indispensable après coup de revoir son texte, en fonction des décisions de Jacques Favre ?  

Selon la formule qui revient à rechercher « à qui le crime profite », d’aucuns désignent le club de Marseille. Les Phocéens ont réalisé la bonne affaire, ils comptent dix nageurs (douze avec ceux qui l’utilisent comme pôle France) sur les vingt-huit (en attendant ceux qui pourraient être rajoutés après les Européens de Londres) de l’équipe de France. Et une brochette de qualifiés sur le tapis vert…

Le méfait parait d’ailleurs signé, quand s’ajoute le nom de Fred Bousquet sur la liste. Dans quel pays vit-on? Dès lors, Jacques Favre, issu du Cercle, mais manquant d’expérience, se serait-il laissé circonvenir ?

Tout désigne Marseille derrière l’étrange revirement en épingle à cheveux qui a surpris tout le monde après les championnats de France. Etrange ?

« Jamais ces dernières années les nageurs n’étaient partis des championnats de France sans savoir s’il étaient sélectionnés », m’assure un technicien. Je ne suis pas tout à fait sûr de cela, mais en réalité, le Comité directeur se serait bel et bien réuni à Montpellier après les championnats, et aurait désigné QUINZE nageurs pour Rio. Là-dessus, Favre, Luyce, etc., s’asseoient sur la liste, trois jours se passent, et à l’issue d’une agitation fiévreuse de concertations téléphoniques ou autres entre Favre, Luyce, et semble-t-il quelques Marseillais triés sur le volet, par une mystérieuse scissiparité, les quinze deviennent vingt-huit.

LES VAINQUEURS SONT LES REPÊCHÉS. ET LES VAINCUS, CEUX QUI ONT CRU AUX MINIMA

Si l’on ne trouvait que des vainqueurs dans ce scénario, tout irait pour le mieux dans la meilleure des Républiques bananières (en attendant, certes, de payer l’addition à Rio de Janeiro).

Mais voilà, Jacques Favre a joué avec le feu, et ce sont des nageurs qui se sont brûlés… Tous ceux qui ont été troublés par ces minima.

Michel Chrétien, l’un de ceux que j’ai interrogé, reste prudent dans ses formulations. On évoque Pauline Mahieu que tout le monde attendait et qui paraissait en confiance avant Montpellier. « On fonde beaucoup d’espoirs pour Pauline mais elle reste très jeune et il n’est pas impossible que dans un coin de sa tête, elle ne songeait pas, plutôt qu’à Rio, aux compétitions juniors, » dit ce sage entraîneur amiénois. Et qui sait en effet ? Dans quelques années, cette affaire prendra pour elle l’allure d’une simple anecdote, et non plus d’un traumatisme.

Michel Chrétien s’inscrit en faux sur le bruit selon lequel les minima olympiques ont été élaborés par le « collège des entraîneurs », « cellule de réflexion auprès du Directeur national du moment », et dont font partie tous les entraîneurs qui ont un nageur dans l’équipe nationale, Richard Martinez, Fabrice Pellerin, Romain Barnier et ses assistants à Marseille, Lionel Horter, etc. On a entendu dire que c’est là que les minima ont été forgés – d’aucuns désignent Romain Barnier comme leur auteur – et que les entraîneurs en ont eu vent à ce moment.

« Il n’en est rien, on nous a seulement dit qu’ils seraient très durs, mais ne savions rien d’autre et n’en avons appris la teneur exacte qu’en même temps que tout le monde. » Barnier, d’ailleurs, était contre le fait d’ajouter des minima français, et voulait en rester à ceux de la FINA. Mais même s’il n’y est pour rien, c’est bien ce scénario qui a prévalu !  

Les temps de passage de bien des nageurs qui ambitionnaient une place aux Jeux ont témoigné d’une stratégie très aventureuse, choisie en fonction de ces temps de qualification terriblement durs. A la poursuite des minima, Charlotte Bonnet est passée en 56s20 pour un temps final de1m56s32 sur 200 mètres. En 2015, elle avait nagé 56s69 au passage de son 1m56s16…

Sur 400 mètres, Coralie Balmy, est passée en 2m0s65 pour 4m5s38, alors qu’en 2015, elle avait viré en 2m2s66 pour 4m7s42. Sa nervosité initiale se voit dans la première moitié de course… Elle avait fini pratiquement aussi vite en étant en bien moindre forme en 2015. Pauline Mahieu 29s65 pour 1m2s49 au 100 mètres dos, contre 29s62 pour 1m1s34 en 2015. Or elle s’annonçait elle-même en forme, et a raté ses courses. Là, son cas ne prouve rien, mais l’idée que le stress des minima a joué ne doit pas être rejetée.

Sur 200 mètres brasse, Fanny Deberghes, 1m10s87 (et surtout 33s36) pour 2m28s67. Elle nage d’abord pour 2:25s avant que le ciel ne lui tombe sur la tête. Paquit, qui ne songe sans doute pas au minima, ou pas de la même façon, équilibre sa course, passe en 34s27 et 1m12s01 pour gagner en 2m28s65. A poursuivre les deux lièvres du titre et des minima, Fanny perd tout. Sur 200 mètres papillon, Jordan Coelho passe en 25s62 et 55s03 pour 1m56s49. L’année d’avant, 25s95 et 55s82 pour 1m56s47. Il passe donc 0s8 plus vite pour tout reperdre ensuite.

Sur 400 mètres, Pothain va passer en 53s87 et 1m51s32 pour un temps de 3m47s77. On peut voir dans cette entame ultra-rapide une objurgation à tout tenter pour atteindre ces irritants minima. Ce n’est pas absolument sûr, car Pothain a l’habitude de partir vite. En 2015, il est passé en 1m53s10 pour un temps final de 3m49s66, en 2014 en 1m54s3 pour finir en 2 minutes : 3m54s36…

JORIS BOUCHAUT NOYÉ DANS LA SOUPE AUX MINIMA

L’une des victimes les moins contestables de la soupe aux minima est Joris Bouchaut. Joris, perle du demi-fond antillais, entraîné à Toulouse, est d’une espèce rare, un doué besogneux. Il faut, pour le demi-fond, disposer d’un physique et d’un mental. Joris a les deux. Il y a les experts du 50 mètres, Bouchaut en aligne trente d’une seule pièce sans sourciller.

C’est aussi un pratiquant fidèle de l’égalité d’allure, voire de la course en accélération. Le garçon parait disposer d’un chronomètre incorporé.  Il nage dans le seuil (ce passage physiologique, à la fois mythique et bien réel, entre l’aérobie et l’anaérobie) et « gère » avec talent. Il faut pour cela de l’intelligence, du sang froid et une connaissance approfondie de ses potentiels.

Un entraîneur, aujourd’hui retraité, qui le connaît bien, m’affirme qu’il était contraint de le secouer pour qu’il ne parte quand même pas trop lentement… En 2014, il a dominé le bilan national du quinze cents mètres en 15m8s après être passé en 7m36s dans les basques de Damien Joly qu’il a écoeuré ensuite par son gros finish, nageant ses trois tiers de courses en respectivement 5m5s, 5m2s et 5m1s !!

Ces derniers mois, Joris, dans ce domaine, a atteint sa perfection. On croirait que ce garçon a avalé un pendule. En novembre dernier, en petit bassin, à Angers, il a battu son record du 1500 mètres avec 14m35s08, et nagé toutes ses fractions de 100 mètres du 200 au 1400 entre 58s35 et 59s13…

…Quand il arrive à Montpellier pour disputer ses chances olympiques, Bouchaut sait cependant qu’il ne pourra pas atteindre les temps exigés s’il ne tente pas autre chose. Les minima insensés sont sous les 15 minutes. Joris se sent donc contraint à l’exploit. La mort ou la victoire… Il va donc faire comme beaucoup d’autres nageurs: nager contre nature…

…Son entame à Montpellier se situe au croisement de l’héroïque et du suicidaire. Je ne vous ferai grâce d’aucun centième, 57s90 au 100m, 1m57s94 au 200m, 2m58s19, 3m58s76, 4m59s27, 6m0s81, 7m2s39, 8m4s34, 9m6s19, 10m7s72, 11m9s40, 12m12s42, 13m16s07, 14m20s08, 15m22s38. Pendant trois ou quatre cents mètres, Bouchaut s’est mis au niveau des minima (que même Joly n’atteindra pas).

Bouchaut, le 4 mars précédent, avait nagé 15m7s79, passant en 58s97 au 100 mètres, 5m1s96 et 10m4s76 course équilibrée en 7m32s78 plus 7m35s01. Il a liquidé ses derniers deux cents en 1m59s43. A Montpellier, détruit par la course aux minima, il finit sept secondes moins vite en 2:6s31, derrière Nicolas D’Oriano, qui ne l’a jamais devancé jusqu’alors et qui est récupéré pour les Jeux olympiques…

Bien entendu, quand la FFN tente de recoller les morceaux dans les jours qui suivent les championnats, Bouchaut part au vide-ordures, victime collatérale des errances venues d’en haut…

Je ne sais combien la natation française, à Montpellier, a compté de Joris Bouchaut, mais j’avoue avoir de la compassion pour eux. Pas parce qu’ils n’ont pas été sélectionnés. Mais parce qu’on les a trompés, et ça m’ennuie un peu.

Je ne sais pas quelles jolies phrases Favre pourrait faire les concernant… Un mot d’excuse, peut-être, suffira ?

…Par amitié, trouvez-moi la morale de cette histoire, moi je n’en ai pas !

YANNICK AGNEL ET LA BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE DE MONSEIGNEUR PHELPS

Éric LAMY

Mercredi 20 Avril 2016

Donc Michael Phelps a plébiscité Yannick Agnel. Cela peut n’être qu’un propos diplomatique. Mais pour lui, le Français peut gagner le 200 mètres nage libre à Rio. C’est un regard à la fois technicien, positif et sans doute amical du plus fameux nageur de notre époque à quelqu’un qu’il a bien connu, semble avoir apprécié, et avec qui il a partagé des lignes d’eau à l’entraînement.

Bien entendu, Phelps n’a sans doute pas suivi le détail de la saga d’Agnel depuis deux ans, et cette difficulté de revenir aux commandes que le Français a vécu.

Puisque Phelps a positivé sur le Français, essayons de le suivre dans cette voie, fut-ce sans trop se faire d’illusions, mais en mesurant les atouts du toujours champion olympiques de Londres.

Premier point : Agnel, dans son arrivée à moitié plantée et à moitié noyée des championnats de France de Montpellier, touche en 1:46s99. Or les images filmées montrent qu’il a une tête d’avance sur Pothain à ce moment. On en conclut que s’il n’avait pas tâtonné vers le mur comme quelqu’un qui cherche son chemin (ou, autre hypothèse, que les chronométreurs n’ont pas nourri le système d’un temps inventé vu que le sien ne s’était pas inscrit), il aurait été crédité d’un temps d’un dixième supérieur à celui de Pothain, donc de l’ordre de 1:46s7.

Agnel, 16e dans les bilans de l’année, aurait été avec 1 :46s70, 12e ex-aequo, ce qui ne permet pas de pavoiser ou de le marquer favori possible olympique, mais est très loin d’être misérable.

Et puis il y a un mais qui pourrait lui être favorable. La densité des bilans. Eloigné en place, Agnel n’est pas si loin en termes de performances. Le meilleur nageur de l’année est James Guy, avec 1 :45s19. C’est trois mètres d’avance. Enorme, et pas tant que ça à la fois. Dans les trois quatre mois qui nous séparent des Jeux, est-il possible de combler ce gap ? Disons que ce n’est pas impossible. Cela reste très théorique, mais voilà…

Un autre point positif, c’est que le 200 mètres n’a guère évolué depuis 2012, quand Agnel a triomphé aux Jeux olympiques en 1:43s14 devant les deux Asiatiques de service Park et Sun, 1:44s79.

En 2015, James Guy a dominé le bilan avec 1:45s14 devant Yang, 1:45s20.

En 2014, le mieux disant a été Thomas Fraser-Holmes avec 1:45s08 devant Kosuke Hagino, 1:45s23. En 2013, seul Agnel est passé sous les 1:45s, avec 1:44s20 devant Yang, 1:44s47 et Danila Izotov, 1:44s87.

Depuis 2013, personne n’a franchi jusqu’ici la limite des 1:45s. Si les choses en restent là…

Bien entendu, rien de tout cela n’est sûr et il faut être un incorrigible optimiste pour penser que d’ici les Jeux ou aux Jeux, de grosses performances ne risquent pas de dégringoler. Pour Agnel, les questions qui se posent à mon sens sont les suivantes :

1)       A-t-il conservé sa détermination et son enthousiasme, et à l’approche des Jeux peut-il trouver une volonté inébranlable de l’emporter ?

2)       A-t-il toujours sa santé ? Est-ce que deux épisodes de pleurésie n’ont pas entamé son potentiel physique ?

3)       Est-il au point techniquement ?

En cas de triple réponse positive, tout reste possible. Il ne pourra pas maîtriser ce que feront les autres nageurs, mais s’il parvient à maîtriser ce qu’il fait…

YANNICK AGNEL, LA LENTE ET IRRÉSISTIBLE PLONGÉE D’UN VAINQUEUR OLYMPIQUE

YANNICK AGNEL PERDU DANS QUEL BROUILLARD ?

Éric LAHMY

Mardi 9 Février 2016

AUCUN NAGEUR DANS L’HISTOIRE OLYMPIQUE DE LA COURSE, ENTRE 1968 ET 2012, N’A RÉUSSI À CONSERVER LE TITRE DU 200 MÈTRES. C’EST DIRE L’EXPLOIT QUE SERAIT UNE VICTOIRE D’AGNEL QUATRE ANS APRÈS LONDRES. MAIS TOUT CELA PARAIT LOIN. BIEN LOIN. TROP LOIN…

C’est l’image du boxeur sonné mais qui continue à simuler tous les gestes du combat. Il est là, « punch drunk ». Saoulé de coups. Cuit, incapable de filer un jab, ni d’en prendre un, mais pas sûr qu’il le sache vraiment. Il s’en doute cependant un peu, et c’est pour ça qu’il ne parait plus nulle part. Regarder ailleurs, faire comme si…

On l’écoute. Il a encore perdu récemment cinq kilos. Depuis deux ans, il a dû en perdre vingt avant de les reprendre. Mauvais signe parmi d’autres, cette tendance à faire du gras n’est pas une caractéristique du champion préparé sérieusement, en possession de ses moyens. Passé nageur de l’est, mais aussi nageur de lest ! Voilà qui est lourd de conséquences !

Quoi d’autre ? Il se « régale. » Il se « reconstruit. » Il est « en reconstruction. » On dirait quand même qu’il repose sans arrêt la première pierre de son édifice. Zéro compétition et silence radio. Ou plutôt non, il envoie des tweets du style tout va très bien madame la marquise. Une compète en Slovénie. Une photo de Phuket, en Thaïlande, où il s’est entraîné pendant un mois, et a sans doute visité Koh Tapu. Tous les grands nageurs foncent en stages d’altitude, lui c’est au bord de l’eau, au  niveau de la mer, VVF cinq étoiles… Un tweet allusif au « caturday » [le samedi comme-ci comme-chat qu’il a lancé chez Bowman et qui semble toujours l’amuser]… Enfin, des tweets, vous voyez, des petites miettes de vécu qui ne visent pas plus loin que le bout de son nez. Agaçant quand on se souvient de ce que ce jeune homme paraissait recéler de profondeur, de subtilité, de vivacité… Rendez-nous Yannick Agnel ! Bon, 153.000 followers…

Pour le reste, des entretiens, délivrés par le biais de RMC et BFM télé. De la com’ maquillée. Questions bateau, réponses sous-marin. Ça va ? « Oui ça va », ou « demandez à mon entraîneur… » Ouh, ça donne envie de lire, lui qui dévorait Gogol !

Le week-end passé, à Amiens, pour le meeting Camille-Muffat, Jeremy Stravius a nagé 50-100-200. A chaque compétition, explique-t-il, il apprend certaines choses, met en place des techniques, teste ses moyens, s’essaie à des trucs nouveaux. Il prépare les Jeux olympiques avec un entrain renouvelé. Florent Manaudou, lui, a laissé courir les 50 dos et papillon qu’il affectionne et s’est concentré sur 50 et 100 mètres. Lui aussi s’inquiète, travaille, met en chantier des mécanismes qu’il convient d’intégrer complètement. Je ne sais pas s’il y croit, mais au moins il s’en donne l’air. Il a explosé le 50 mètres, le 100 est encore un chantier, mais la direction est prise. Hosszu s’est multipliée, Sarah Sjöström aussi, Bonnet a nagé tout plein… Coralie Balmy a dévoré un 400 avec un bel appétit. Pothain déglingue ses records sur 400.

…Agnel, lui, cela fait trois ans que son projet s’émiette, que sa stratégie se consume, qu’il nage de moins en moins longtemps, de moins en moins vite, que sa nage s’est déconstruite, pour ne pas dire détruite. C’est l’abonné absent, le nageur fictif, ou abstrait… On ne sait pas où il est, mais on sait où il n’est pas. A la place qui est censée être sienne.

Il restera sans doute le meilleur nageur français de tous les temps (champion olympique et du monde, et de relais), et aussi cet immense sourire, et sa gentille famille recomposée, et des messages qui allaient droit au cœur, on ne lui enlèvera pas ça de sitôt. Mais il aura été en même temps une étoile filante, et, aujourd’hui, ressemble de plus en plus à un vieux roi du ring qui retarde au maximum l’instant de remettre sa ceinture en jeu, ou la Du Barry au pied de l’échafaud: « encore un instant monsieur le bourreau. »

 JAMAIS REMIS DE SON DIVORCE NICOIS

Les ennuis commencent après les Jeux. Le mauvais côté de sa relation avec son entraîneur niçois éclate. Fabrice Pellerin explique depuis toujours à ses nageurs que les Jeux ne sont qu’une épreuve parmi d’autres. C’est une bonne façon de démystifier l’ogre olympique, que de faire croire qu’il n’a rien de spécial.

Mais après la razzia de Londres, Pellerin persiste et signe, il a dû finir par croire à son pieux mensonge. Ô Niçois qui mal y pense! Le coach a oublié la vérité. Les Jeux ne sont pas une épreuve parmi d’autres, pour une raison bien simple : parce que des milliards de personnes les scrutent pour des millions qui regardent les mondiaux et cinq mille trois vingt-cinq la Coupe du monde FINA qui ne sert qu’à bombarder HOSSZU nageuse FINA de l’année en lieu et place de Katie LEDECKY. Les Jeux ne sont pas une compétition comme une autre, il sont LA compétition qui compte. La seule.

Et le voilà, Pellerin, qui exige de ses nageurs qu’ils reprennent l’entraînement le plus vite possible, tout de suite après Londres ; cette erreur d’un des plus fins techniciens au monde, je ne sais pas pourquoi mais tous les entraîneurs qui ont réussi l’ont partagée, Lucas avec Manaudou, Auguin avec Bernard ont voulu aussi que leurs élèves ne s’arrêtent pas. A l’arrivée, tous les champions ainsi sur-sollicités, asphyxiés d’effort, ont abandonné : même Camille Muffat a sans doute raté, en 2013, le mondial par manque de fraîcheur, pour n’avoir pas coupé les mois de l’hiver 2012…

Cette erreur récidivante des coaches est-elle généralisée dans le monde ? Non, a l’air de dire Marc Begotti : « un jour je parlais avec l’entraîneur de Kristin Otto et Stellmach ; en RDA, me disait-il, quand un nageur avait fini une olympiade et on savait qu’il irait au bout de la suivante, on le mettait au repos pendant six mois; ça m’a semblé une idée intéressante. »

Muffat avait un long passé derrière elle et peut-être aurait-elle de toute façon passé la main avant Rio. Pas Agnel. Mieux géré dans le temps, il aurait dû pouvoir redémarrer. Il quitte Nice, excédé par sa relation avec Pellerin, après avoir claqué la porte. Et commet (le crois) l’erreur de rejoindre le coach de Phelps, Bob Bowman, où sa technique commence à partir en quenouille pour des raisons difficiles à expliciter sauf à admettre que « le meilleur entraîneur du monde » est incapable de voir qu’un nageur perd sa précision gestuelle.

Mais aussi (surtout?), Agnel entre dans un mode de vie de « professionnel » de la natation qui, me semble-t-il, ne peut pas lui convenir. A moins qu’on se soit complètement trompé à son sujet. Ce garçon parait trop cultivé, trop cérébral pour se construire dans des « aller et retour » de piscine. D’aucuns se complaisent dans ce mode de vie. Mais lui ?

Nul n’ose le dire. Mais beaucoup de gens dans la natation croient qu’Agnel est fini. Qu’il ne retrouvera pas ses performances, et de loin, au moins d’ici les Jeux. Que son absence est le signe incontournable d’une perte de confiance, d’une incapacité à conserver sa nage.

Pourquoi ne pas le dire ? Par crainte de paraître idiot! Si jamais Agnel craquait un 200 mètres en 1’44.-1’45. aux championnats de France, de quoi aurions-nous l’air? Mais je veux bien être comme la lune (et d’ailleurs très heureux de l’être) si cela arrive…

Pour expliquer ce qui arrive probablement à Agnel, et pourquoi cet événement butte sur des non-dits, je vais utiliser deux histoires que je sors de mon chapeau.

QUAND MARY-LOU RETTON NE CESSAIT PAS DE NE PAS S’ENTRAINER

1)…Celle de la gymnaste américaine Mary-Lou Retton. Retton est devenue une gloire nationale US en triomphant aux Jeux olympiques de 1984. En 1987, une stagiaire de L’Equipe, ancienne gymnaste, rencontre des copines US au Grand Prix de Paris. Les filles lui racontent que Retton ne s’entraîne pas et n’ira pas aux Jeux de Séoul.  SCOOP! Notre stagiaire envoie l’info. A l’agence France Presse, vexés comme des poux de s’être fait griller, on émet une réaction outragée et rapporte un démenti encore plus outragée de l’agent de la gymnaste qui s’entraîne, dit-il, et sera bel et bien présente aux Jeux de Séoul. Au lieu de défendre son informatrice, L’Equipe passe piteusement la dépêche de l’AFP. Et la stagiaire se fait savonner par les ahuris du « groupe olympique » du quotidien du sport. Or Retton a bel et bien cessé de s’entraîner. Mais ses contrats de sponsoring et les copieuses mensualités qui y sont attachées sont liés à sa poursuite de l’activité. Retton annoncera sa retraite, forcée et contrainte, deux ans après l’avoir prise, le jour même des « trials » US 1988, où elle déclare forfait. La pigiste sanctionnée pour avoir bien travaillé a entre-temps claqué la porte du quotidien. Elle vit à Melbourne, en Australie, où elle enseigne le français.

QUAND MICHAEL PHELPS NE VOULAIT PLUS

2)…L’affaire Tyler Clary-Michael Phelps.

Cette affaire est bien racontée par Jim Alexander dans The Press-Enterprise du 16 novembre 2015. Clary, le champion olympique de Londres, un mois avant d’arracher son titre, créa, en juillet 2012, un choc national, quand il affirma que Michael Phelps, qu’il avait côtoyé à Michigan, n’avait montré aucun empressement à s’entraîner.

L’article une fois publié, Clary tenta une marche arrière presque immédiate. L’ampleur que prenaient ses propos, les hurlements de son propre agent, le fait qu’il devrait nager en camp d’entraînement avec Phelps, sont autant de bonnes raisons pour rentrer dans sa coquille.

Trois années plus tard, en octobre 2015, Michael Phelps donnera pourtant raison à l’analyse de Clary dans une interview à la revue Sports Illustrated. « Après 2008, j’étais mentalement cuit. Je n’en voulais plus. Mais je savais aussi que je ne pouvais pas m’arrêter. Je me suis donc forcé à faire quelque chose que je ne voulais pas faire en réalité, continuer à nager. Pendant cette période de quatre ans, je manquais en moyenne deux séances par semaine. Pourquoi ? Je ne voulais pas y aller. Pas question. Qu’ils crèvent! Je dors. Je saute vendredi et me paie un long week-end.” Or c’est assez exactement de cet état d’esprit chez Phelps qu’a témoigné Clary trois ans plus tôt. « J’ai vu un vrai manque de préparation chez lui. Au départ, c’était un nageur qui ne voulait pas se trouver là. Ils peuvent évoquer tous ces buts, et leurs plans, et leur préparation. J’ai vu. Et aucun rapport. Il était quelqu’un à qui on avait demandé de prendre des coups depuis trop longtemps. Et le fait qu’il est qui il est, et qu’il a fait ce qu’il a fait, constitue un obstacle mental sévère pour beaucoup de monde. On voit cela dans beaucoup de sports, et c’est toujours la même histoire. Les reporters arrivent et on leur répond, « oh yeah, j’ai tellement travaillé, j’ai tel et tel but, bla bla bla bla. » Maintenant allez-y incognito, suivez un seul entraînement en cachette. Un seul entrainement, pas plus. Cela suffit. Vous voyez la différence dans l’éthique de travail. »

Vous aurez compris: le scandale n’et pas que le roi soit nu, mais de dire qu’il est nu; le champion, ce roi de notre temps, est intouchable et sacré. Et l’ère professionnelle a changé la donne des carrières. Dans le passé, on arrêtait sa carrière quand on l’avait décidé. Aujourd’hui, on arrête et on fait semblant de continuer tant que ça arrange tout le monde et le tiroir-caisse par-dessus le marché.

L’affaire Agnel pourrait bien ressembler à ce piège de silences distillés. Aucune vraie information ne le concernant, mais de la communication, orchestrée par des gourous. La communication ? Ce cancer de l’information, ce vomi qu’on vous fourgue pour aliments.

J’oubliais de préciser. L’entraînement d’Agnel, à Mulhouse et ailleurs, s’effectue à huis clos. Les journalistes n’y sont pas les bienvenus.

UNE SORTE DE MALEDICTION

En général, il n’y a aucune sévérité dans ce soupçon de carence que font tous ceux qui ne croient pas au retour d’Agnel. Bien au contraire. On trouve des raisons, on dit comprendre. « Laure Manaudou, Alain Bernard, Camille Muffat, Yannick Agnel montrent combien il est difficile, en France, pour un champion olympique de natation, de rebondir, » me disait en l’espèce Jean-Christophe Sarnin. Lui qui a manqué d’un rien le titre mondial du 200 mètres brasse en 1998, devenu entraîneur en Suisse, est sûr d’une chose : « en gagnant à Londres, il a vécu quelque chose de tellement extraordinaire, de tellement satisfaisant, qu’il lui devient terriblement difficile de rebondir. »

D’autres rejoignent Sarnin en focalisant sur la quasi-impossibilité de gagner deux titres olympiques de suite, et parlent, pour les champions français, d’une sorte de « malédiction ». Je n’y crois pas trop, et le contre-exemple s’appelle Florent Manaudou, toujours dans le coup. Une chose vraie, c’est que les exemples en sens contraire de Phelps, Lochte, Coughlin, ne sont pas nombreux. Habituellement, un champion olympique ne conserve pas son titre quatre ans plus tard. Ce qui est encore plus vrai en nage libre…

Les nageurs qui ont depuis 1948 conservé leur titre olympique en nage libre sont tous des monstres sacrés: Alexandr Popov et Gary Hall sur 50 mètres, Popov et Van Den Hoogenband sur 100 mètres, Murray Rose et Ian Thorpe sur 400 mètres, Michael Burton, Vladimir Salknikov, Kieren Perkins et Grant Hackett sur 1500 mètres. Dans les spécialités, David Theile, Roland Matthes et Aaron Peirsol sur 100 mètres dos, Roland Matthes sur 200 mètres dos, Kosuke Kitajima sur 100 mètres brasse et sur 200 mètres brasse, Michael Phelps sur 100 mètres papillon (trois fois),  et sur 200 mètres papillon, Tamas Darny et Michael Phelps (encore trois fois, le bougre) sur 200 mètres quatre nages, Tamas Darny, Tom Dolan, Michael Phelps sur 400 mètres quatre nages.

Finalement, il y en a un certain nombre. Mais il n’est peut-être pas inintéressant de noter que personne, même pas des monuments comme Phelps, Spitz ou Gross, ni même Thorpe ou Van Den Hoogenband, n’a réussi à conserver son titre olympique sur 200 mètres nage libre !

Le programme de la course ne démarre qu’en 1968. Auparavant, les nageurs de 200 mètres devaient se contenter, aux Jeux olympiques, de s’exprimer sur quatre fois 200 mètres. En 2000 et 2004, deux nageurs intervertissent leurs places, Peter Van Der Hoogenband, vainqueur en 2000, et Ian Thorpe, vainqueur en 2004… Tous deux se sont interdits l’un l’autre d’effectuer le doublé.

Si Agnel ne gagne pas à Rio, il sera donc en bonne compagnie. Mais la vraie question est : sera-t-il seulement à Rio ?

 

MISSY FRANKLIN, C’EST QUOI LE SOUCI?

RIEN NE VA-T-IL PLUS POUR LA REINE DES JEUX DE LONDRES ET DES MONDIAUX DE BARCELONE?

Eric LAHMY

Lundi 18 Janvier 2016

Dans USA Swimming, la revue de l’association américaine, si Katie LEDECKY avait bien spécifié qu’elle nagerait tout le crawl du 100 au 1500 mètres au meeting d’AUSTIN,  et qu’après deux semaines à Colorado Springs (« j’aime m’entraîner ici, c’est un si bon environnement, tellement concentré, seulement juste manger dormir nager, manger dormir nager. Et je respire mieux quand je redescends d’altitude. »), elle se sentait en forme ascendante, les chroniqueurs maison se sont un peu plantés de guingois en présentant ce qu’ils estimaient être l’affrontement majeur du meeting Arena d’Austin : celui de Katie LEDECKY et de Missy FRANKLIN.

L’idée était que ces deux filles se rencontrant sur 100 et 200 mètres, l’une, FRANKLIN, avait le dessus en termes de vitesse, et l’autre, LEDECKY, en termes de résistance. Pas bête, mais voilà, difficile de raisonner en face de LEDECKY, et celle-ci a fait exploser toutes les expectatives. Désormais, à l’issue du 100 mètres d’Austin, LEDECKY est plus rapide et plus résistante ! Allez faire monter la mayonnaise sur le suspense dans l’événement maintenant.

Que se passe-t-il avec FRANKLIN ? Bon, d’abord, il y a que, comparativement à LEDECKY, toute nageuse de crawl est mise minable. Cela a commencé sur 400, 800 et 1500 mètres en 2012, puis c’est descendu sur 200 mètres avec le titre mondial à Kazan, en 2015. C’est de plus en plus vrai, la robuste gamine de 18 ans et d’1,83m ne cesse de progresser au niveau des records du monde, lesquels sont hors de portée de toutes ses adversaires. En vieillissant, elle prend de la vitesse sans trop paraître être affectée en endurance. Arrivée très jeune, elle a passé victorieusement le cap de la puberté à la fois physiquement en mentalement. Elle est capable de rester concentrée sur son projet qui est triple : nager, nager et nager.

En face, Missy a-t-elle tout simplement au moins partiellement la glisse, la légèreté qui a fait d’elle, à seize ans, la meilleure dossiste du monde et à dix-sept la nageuse des mondiaux de Barcelone. Bien malin qui pourrait le dire. Nul jusqu’ici ne s’est risqué à une telle hypothèse. FRANKLIN est certes une très grande fille de six pieds un pouce et demi, ce qui se traduit grossièrement par 1,87m – et on ne voit pas chez elle de changements morphologiques importants. Elle pèse 5 kilos de plus que LEDECKY pour 4 centimètres de taille en plus et est relativement solide de jambes. Cela dit, on la crédite toujours du même poids, 75kg, qu’en 2012. Elle est toujours dotée des spécificités morphologiques (grands bras qui lui donnent une envergure de 1,92m, battement de pieds très puissant) qu’on a avancées comme étant des « secrets » de ses succès. On sait par ailleurs qu’avec Todd SCHMITZ, elle n’avait pas l’habitude de s’entraîner beaucoup – presque deux fois moins que les autres grands nageurs. Est-ce que ce régime léger a fini par la rattraper ?

Alors ? Peut-être est-ce seulement qu’elle a atteint ses limites ? Ou encore que, sortie du cocon universitaire après deux années à Berkeley, elle a du mal à s’adapter aux contraintes du professionnalisme ? Missy semble être une jeune fille scrupuleuse ; il n’est pas interdit de penser qu’elle s’impose d’accorder beaucoup trop de temps aux obligations que requièrent d’elle ses sponsors. Elle a passé aussi pas mal de temps à des opérations charitables ou autres que ses tendances mystiques la poussent à satisfaire. Y a-t-il là de quoi l’empêcher de prospérer à la veille des Jeux ? Possible.

Mais en-dehors de ça, ce qu’elle exprime de ses journées est extrêmement précis. Quatre heures de natation en deux séances plus une à la « salle de poids », neuf à dix heures de sommeil par nuit plus une courte sieste de trente minutes, une alimentation équilibrée. Ah ! Oui, ce qu’elle déteste le plus c’est la course à pied : « je ne saurais pas courir pour sauver ma vie », plaisante-t-elle. Mais jusque là, ça ne l’a pas empêchée de nager vite… Alors ?

S’entraîne-t-elle trop peu au regard des fanatiques à la LEDECKY, HOSSZU et autres pour lesquelles la natation, c’est du huit heures par jour ? A-t-elle épuisé ses capacités de progrès, après avoir été une quasi-géante de quatorze ans ? On sait aussi parce que Schmitz l’a déclaré, qu’elle utilise relativement mal tout ce qui est lié aux murs du bassin, départs et virages. D’après le coach, c’est sa taille qui la handicape dans ce domaine, et pour sa part, il semble avoir jeté l’éponge : « on a suffisamment exploré dans cette direction » dit-il avec le ton de celui qui n’y croit plus. Bob BOWMAN, pour Michael PHELPS, avait été plus tenace, et avait fait appel, afin d’améliorer les départs et les virages de son champion, à un spécialiste du sprint…

L’autre piste : ces ennuis de dos, ces crispations extrêmement douloureuses (« insupportables » a-t-elle affirmé) qui ont ruiné sa saison 2014 et la contraignent depuis dix-huit mois à de quotidiennes séances de soins et qui, peut-être, entravent sa progression ?

Bon, il n’y a pas mort d’homme. Mais s’il est une nageuse américaine qu’on aimerait voir briller, pour ce qu’elle propose en-dehors de l’eau, ce qu’elle irradie, sa personnalité exemplaire, c’est bien Missy FRANKLIN.

SI ON EN FINISSAIT AVEC LE « DOPAGE » DE SHIWEN YE?

ARRETONS DE CHINOISER, SHIWEN YE, A LONDRES N’EST PAS PLUS DOPEE QUE KATIE LEDECKY!

Eric LAHMY

Samedi 9 Janvier 2016

Pourquoi ne faut-il jamais dire qu’une performance exceptionnelle démontre un quelconque dopage? Parce qu’alors, tout recordman, toute recordwoman du monde aujourd’hui, est dopé(e)… En 2012, sous l’impulsion de notre excellent ami John LEONARD, relayé par un autre excellent ami, Craig LORD (il faut se méfier de ses amis!) la suspicion a atteint de plein fouet la jeune nageuse chinoise Shiwen YE, double championne olympique, sur 200 et 400 mètres quatre nages. Pourquoi? Parce qu’elle avait nagé le dernier 100 mètres de son 400 mètres quatre nages aussi vite que le vainqueur de la course masculine, Ryan LOCHTE. Bien entendu, on n’a pas entendu John LEONARD apporter la suspicion dans les performances de Michael PHELPS ou encore de Katy LEDECKY, dont la propreté est assurée par le drapeau étoilé et la plus grande démocratie du monde. Pourtant, si la petite Shiwen YE a droit a une analyse aussi mal intentionnée, ces deux ci mériteraient alors de belles analyses paranoïaques-critiques.

Suite à mon analyse des chances de Shiwen YE de conserver ses titres à RIO, un de mes sympathiques lecteurs, nageur de masters, a redonné vie à ces attaques injustifiées vis-à-vis de Shiwen YE. Sincèrement, je ne sais pas si la demoiselle a été dopée, mais je ne sais pas non plus si les milliers d’autres nageurs qui apparaissent dans les cinquante premiers de chacune des vingt-six courses olympiques masculines et féminines sont dopés. Nous ne connaissons que ceux qui ont été contrôlés positifs. Ce qui suit est ma réponse à ce cher lecteur. J’ai préféré qu’elle ne reste pas dans le cadre d’un commentaire, toujours un peu perdu, et soit érigée comme un article.

J’espère démontrer ce faisant que la performance douteuse de Shiwen YE n’est pas plus douteuse que les exploits de Katinka HOSSZU, de Katie LEDECKY, de Michael PHELPS, de Ryan LOCHTE, de Florent MANAUDOU. Les mondiaux de Kazan, grâce à la diligence des dirigeants de la FINA, a offert assez de titres à des « positifs » avérés comme Yang SUN, ZeTao NING, Julia EFIMOVA pour qu’on ajoute des noms de nageurs qui ont passé sans encombre les contrôles de dopage. Je ne sais si je suis convaincant, mais je plaiderai pour la présomption d’innocence et conserverai toute mon admiration à la (toujours) jeune Chinoise.

Si des doutes sont permis pour ce qui concerne d’ailleurs les Chinois en général, et les Russes, aussi, compte tenu de leur conception de l’honnêteté en sport et en-dehors du sport d’ailleurs, rien ne permet d’accuser un champion à partir de sa seule performance. C’est du moins ce que le crois.

J’ai tenté d’expliquer dans le passé, dans un long article sur la stratégie en natation mon hypothèse concernant les fins de course de Yang SUN, lui aussi très fort finisseur, et de Shiwen YE. Ce n’est pas une fin de course, mais toute la course qui doit être prise en compte, et YE, tout simplement, a pu finir plus vite que LOCHTE (je vous concède que c’est effarant, ou du moins atypique) parce que, pendant trois cents mètres, étant beaucoup plus forte que les autres finalistes de Londres, elle avait été peu sollicitée par la vitesse de course, alors que LOCHTE, lui, avait pris le train en mains dès le début et avait subi un coup de fatigue à l’arrivée, coup de fatigue démontré par le fait que quelques finalistes de ce 400 quatre nages étaient revenus sur lui dans ce dernier 100 crawl.. En ce qui concerne Yang SUN, il est remarquable qu’il avait nagé aux Jeux olympiques le dernier 100 mètres de son 1500 plus vite que celui de son 400, et le dernier 100 mètres de son 400 plus vite que le dernier 100 mètres de son 200! Si la fin de course doit être retenue comme un symptôme du dopage, faut-il donc dire que Sun n’était pas dopé sur 200, dopé sur 400 et proche de l’overdose sur 1500m ?

Ces fins de course sont explicables par des stratégies, ainsi que par les trois filières énergétiques employées dans l’effort sportif, et non par le dopage…

Autre élément : en séries du 400 quatre nages de Londres, Ye avait nagé 1’1.99 en papillon, 2’9.95 (1’7.96) en dos, 3’29.71 (1’19.76) en brasse et fini en 4’31.73 (1’2.02) dans le seul but de se qualifier en finale. Lors de cette finale, alors qu’il ne s’agit plus de se qualifier mais de gagner le titre olympique, Ye nage 1’2.19 en papillon, 2’11.73 (1’9.54) en dos, 3’29.75 (1’18.02) en brasse, ET DONC PASSE MOINS VITE A L’ISSUE DE LA BRASSE EN FINALE QUE DANS SA SERIE. Cela lui donne une fraîcheur qui lui permet de sprinter en 58.68…

Conclusion? Ces finish ne s’expliquent pas par un quelconque dopage, mais parce que Shiwen YE était préparée à nager BEAUCOUP plus vite que ses 4’28., si elle avait été contrainte de le faire.

Il convient d’ailleurs de noter que le record du monde du 400 quatre nages dames est beaucoup moins fort, chez les dames, que celui des hommes si on les compare, tous deux, à l’autre épreuve de même longueur du programme olympique, le 400 mètres nage libre…

En effet, en 2012, entre le record du 400 libre, 3’40.07, et du 400 4 nages messieurs, 4’3.84, 21sec.77 centièmes…

En 2012, entre les records du 400 libre et du 400 4 nages dames, 3’59.15 et 4’28.43, la différence est de 29sec.28 centièmes. POUR SE TROUVER AU PRORATA DU 400 QUATRE NAGES MESSIEURS LE RECORD FEMMES DEVRAIT ETRE DE 4 MINUTES 21 secondes!

On comprend dès lors qu’une super nageuse de quatre nages comme YE ait pu finir en boulet de canon dans un contexte qui a dû lui paraître très lent!

Dès lors, les fins de course n’ont pas grande importance: Dans son record du monde en 4’3.84, Phelps finit en 56.79 ; et 56.80 dans son record des championnats US en 2008..Lochte finit en 58.65, comme Pereira, 59.70, Hagino finit en 58.20, Phelps en 58.32, Le Clos en 59.05, Horihata en 57.58, Fraser-Holmes en 58.13, Luca Marin en 60.12.s, Ye, dans la course des hommes aurait fait le 6e 100 mètres terminal. Mais elle n’aurait pu la disputer, car en séries, elle aurait fini 34e avec son temps record. Et ne nous y trompons pas, c’est cette place là qu’il convient de retenir…

 

FLORENT MANAUDOU RAPETISSE A VUE D’OEIL

POUR LE VAINQUEUR OLYMPIQUE

DE LONDRES, CELA CENT MAUVAIS

Eric LAHMY

Samedi 21 Novembre 2015

Florent Manaudou, qui vient de déclarer forfait sur 100 mètres par peur d’être battu, m’a fait penser hier à un passage d’un des films cultes de ma jeunesse, High Noon (titre français : « Le Train Sifflera Trois Fois. ») A un moment, une jeune femme recadre un des protagonistes : « tu as de belles épaules, des muscles, mais Kane, lui, est un homme. Et tu sais, je ne sais pas si tu grandiras. »

C’est une puérilité de cet acabit qu’a présenté le Marseillais à Angers, ce vendredi. Le mois dernier, son entraîneur, Romain Barnier l’avait pressenti dans un colloque « Nager vite », à Paris : « aujourd’hui, Manaudou nage pour ne pas être battu. » On dirait qu’il est tellement entré dans ce type de fonctionnement qu’il ne va plus oser, bientôt, se mettre à l’eau. Titillé par Clément Mignon sur 50 mètres, s’est-il dit qu’il n’y arriverait pas sur 100 mètres ?

Pourtant, il avait choisi de s’engager sur l’aller et retour. Barnier paraissait écœuré par ce forfait, marque d’un joli manque de professionnalisme de son élève. Florent Manaudou a des muscles, mais Metella est un homme…

Attendu en séries pour son premier 100 mètres de la saison, Manaudou est resté isolé sur une passerelle, sa serviette autour de la taille. «Pas envie», a-t-il seulement signifié, refusant de s’exprimer sur son forfait. Digne et courageux, ce comportement… Très professionnel. Allez, on applaudit.

Romain Barnier, entraîneur du Cercle et entraîneur des garçons de l’équipe de France, ne décolérait pas. « Indigne, je ne cautionne pas ce comportement, je le trouve indigne d’un champion olympique, indigne d’un membre de l’équipe de France, indigne d’un membre du Cercle des nageurs de Marseille et de quelqu’un qui représente beaucoup de choses pour les nageurs français », a lancé le coach. On comprend sa colère.

La veille, le nageur de 25 ans (il ne s’agit pas de son âge mental), n’avait pas caché son agacement, après avoir remporté de justesse sa course fétiche, le 50 m libre, dans un chrono (21.20) bien loin de son record du monde (20.26). Il n’était pas prêt, disait-il, ajoutant que son travail sur 100 m avait ruiné sa prestation sur 50 mètres, et qu’il déciderait après le meeting d’Amsterdam mi-décembre s’il maintenait ses ambitions sur 100 mètres.

Pour son père Jean-Luc Manaudou, qui s’est exprimé en l’occurrence comme interprète des états d’âme de son rejeton, « si sa préparation sur 100 m doit l’amener à modifier des choses sur 50 m, c’est un très mauvais calcul. Ce serait stupide de se mettre en risque sur un titre olympique à Rio ». Ce qui est stupide est bien entendu ce type de raisonnement. Barnier estime que seule « la déception du 50 m » a joué pour Florent, tremblant à l’idée de prendre sa raclée comme un homme sur la distance double. Peut-être que le job de Jean-Luc Manaudou eut été de se montrer moins servile vis-à-vis des enfantillages de la progéniture et d’essayer de la raisonner. Hernan Cortes, conquérant du Mexique, dans un quitte ou double bien plus risqué, n’avait pas hésité à bruler ses vaisseaux! Certes, Manaudou n’a pas l’envergure d’un conquistador.

Décidément, nos champions olympiques ont du mal à revenir aux Jeux suivants. Agnel est très loin de sa forme d’avant Londres, Muffat avait décidé d’arrêter avant le drame qui l’a emportée. Florent « nage pour ne pas être battu » ce qui fait qu’il ne nage plus, vu que personne ne peut gagner à coup sûr. Avant Laure Manaudou s’était perdue dans son après 2004 et Alain Bernard dans son après 2008. Mais battus ou pas, aucun des cités n’avait montré une telle faille de caractère, ou une telle pusillanimité. Florent Manaudou, lui, est à la limite.

Manaudou a gagné aux Jeux de Londres, mais on peut se demander s’il est un champion, si on doit l’applaudir. Un champion, c’est quelqu’un qui répond à nos rêves. Vainqueurs ou vaincus, Agnel, Stravius, Gilot, Metella, Balmy, Muller et les autres sont à ce niveau. Parmi tous les vainqueurs, les médaillés, les battus, tous les présenta à ces championnats de France d’Angers, au jour d’aujourd’hui, on ne sait pas où placer Manaudou; il n’est ni premier, ni même 150e au classement. On pourrait le mettre momentanément très très loin derrière. A lui d’oublier ses épaules, ses pectoraux, de grandir, et de nous donner le plaisir d’admettre que nous avons tort.

L’EFFET DU BAIN DE MINUIT SUR LA PERF DU NAGEUR

QUELLE QUE SOIT L’HEURE DU CRAWL,

ON RESSORT DE L’EAU EN NAGE!

PRÉAMBULE

Au cours de la saison 1984-1985, je collaborais à la « Revue Olympique », que dirigeait alors Monique Berlioux. Aux Jeux olympiques de Los Angeles, Monique, alors Directeur du Comité International Olympique, m’avait demandé de « relever » la revue, laquelle, loin d’être de niveau international, était, disait-elle, « même pas suisse, tout juste vaudoise. » A peine arrivé, je proposais de développer des rubriques qui n’existaient pas, ainsi une série intitulé « Les Grandes Voix du Sport », des analyses et des comptes rendus de grandes compétitions, et de se raccrocher le plus possible à l’actualité. A cette époque, à la demande des télévisions US, qui payaient des sommes astronomiques pour retransmettre les images des Jeux, il fut envisagé pour la première fois de faire disputer les compétitions aux meilleures heures pour les auditeurs de New-York et de Los Angeles. C’était organiser les finales des grands sports le matin. Ce fut l’occasion d’un vaste débat. Je pensais que la Revue Olympique ne pouvait trouver une meilleure occasion d’être sur le coup. Mes collaborations à la revue étant très nombreuses, c’est sous mon pseudo préféré, Roger Clément, que je tentais de faire le point sur la question. Je fus flatté de voir que les responsables de la délégation coréenne emmenèrent cette revue lors de la réunion du CIO avec les Fédérations. L’article tendait à démontrer en effet que l’heure des compétitions n’affecte pas profondément les performances des athlètes, nageurs, haltérophiles, etc.

Trente-deux ans plus tard, je ne sais si cet article, paru donc dans La Revue Olympique de Lausanne en janvier 1985, reste d’actualité, mais la question des compétitions en-dehors des heures habituelles le reste. [On sait que les horaires du programme de natation des Jeux de Rio sont assez ubuesques… Les dirigeants de la FINA, quand il s’agit de faire parler le tiroir-caisse, perdent tout humour…] J’avais accompagné ce texte de quelques points de vue, que vous trouverez derrière l’article principal. Celui d’un certain Sebastian Coe, devenu l’organisateur des Jeux de Londres, puis aujourd’hui le président de la Fédération Internationale d’Athlétisme, mérite qu’on s’y arrête, ne serait-ce que pour poser cette question : monsieur le dirigeant Coe est-il du même avis que l’athlète Coe ?

Éric LAHMY

 LES FINALES DU MATIN

Dans l’ensemble, les fédérations concernées ont refusé la proposition d’avancer au matin les finales des grands sports olympiques aux Jeux à Séoul. Les athlètes auraient souffert de cette réforme… mais leurs performances ? Le débat reste ouvert.

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est ce qu’affirme la sagesse populaire. Ce dicton pourrait bien s’appliquer avec une force particulière aux concurrents des Jeux Olympiques à Séoul, en 1988.

La télévision américaine se déclare prête, en gros, à doubler les sommes versées aux organisateurs pour s’assurer les droits de retransmission si les finales des grands sports olympiques (athlétisme, natation, gymnastique) se disputaient le matin. En effet, le spectacle de ces finales arriverait alors en direct aux heures de grande écoute sur les postes de la chaîne américaine de télévision.

Une telle suggestion n’a pas soulevé un grand enthousiasme parmi les Fédérations Internationales des sports concernés. Ce « Matin calme » qui a donné un si poétique surnom à la Corée serait-il menacé par d’intempestives finales de début de journée? En tout cas, la sauvegarde d’une millénaire sérénité matutinale semble avoir trouvé des partisans fort décidés.

L’argument choc des responsables fédéraux est qu’il faut tenir compte avant tout de l’intérêt des athlètes. L’immense majorité des dirigeants, des entraîneurs et des champions estiment que la qualité des résultats souffrirait si l’on avançait les finales au matin. Et tel a été, disons-le, notre premier mouvement. Cependant, désireux d’écarter tout préjugé, toute idée préconçue, nous avons décidé d’enquêter, de rechercher partout les indices qui permettraient de répondre à la question : les athlètes peuvent-ils concourir le matin dans des conditions qui ne les lèsent pas ? Des grands sports olympiques dont les finales auraient lieu le matin sont-ils « insupportables ? » Notre investigation nous a amené à fouiller dans le passé, sportif et olympique, dans l’objectivité froide (et parfois mensongère) des résultats bruts, dans le vécu des athlètes, des gymnastes et des nageurs à la retraite ou en activité, à interroger les entraîneurs, les techniciens et les spécialistes de médecine sportive ou de cette science encore balbutiante et nouvelle qu’est la chronobiologie, bref toutes personnes qui paraissent les mieux qualifiées.

II est très difficile, pour la gymnastique, dont la notation est subjective, de mesurer les implications de l’heure à laquelle s’est produit un effort. La note peut donner au moins autant d’indications sur l’état d’euphorie du juge que sur la forme de l’athlète. Ce sport sera donc absent de cet article.

En revanche, les matériaux existent pour ces sports de chiffres et de records que sont l’haltérophilie, la natation et l’athlétisme.

L’athlétisme a été d’entrée résolument un sport d’après-midi et de soirée. Sur vingt et un Jeux Olympiques, on a vite fait le compte des finales du matin. A Los Angeles, en 1984, il y a eu la fameuse « première » du marathon féminin, qui s’élança à 8

heures le matin, et s’acheva à 10 h 25 pour la première, un peu plus tard pour ses suivantes. Les coureurs de fond sont très attachés aux bienfaits de la course en soirée, il n’empêche: Joan Benoit, malgré la chaleur de la fin du parcours, réalisa la deuxième performance mondiale de tous les temps et ses suivantes immédiates enregistrèrent d’excellents résultats. Nul ne peut dire qu’elles n’auraient pas couru plus vite l’après-midi, mais nul ne peut affirmer (et jusqu’ici personne ne l’a fait) le contraire.

II faut signaler, toujours à Los Angeles, le 50 km marche, qui s’élança à 8 h du matin et se termina juste avant 13 h. Selon la tradition, quatre des dix épreuves du décathlon se tinrent le matin. Bien entendu, un matériel aussi étriqué reste insuffisant, pour se faire une idée sur l’effet d’un effort fourni avant midi sur la rentabilité des sportifs. Les résultats des séries qualificatives du matin peuvent dès lors être examinés et donner de précieuses indications.

On ne peut pas opposer sérieusement les performances réalisées en séries et en finales par les finalistes les plus brillants. Le champion, en séries, ne cherche pas à gagner, mais à se qualifier. Parfois « brillamment », parfois « à l’économie ». Qui possède une marge de sécurité le matin en séries trouvera toujours avantage à réserver ses forces, ou, pour des raisons tactiques, à cacher son jeu à l’adversaire.

Bref, entrent en ligne de compte des éléments de stratégie qui brouillent les tentatives de comparaison. En revanche, quand, le matin, en séries, un athlète fait une performance qu’il ne peut rééditer le soir en finale, on peut en tirer des conclusions.

On se souvient ainsi sans doute qu’en 1964, l’inoubliable sprinter Bob Hayes, après s’être promené en séries à 10 h du matin, en 10”4, puis en quarts de finale à 14 h 40 en 10”3, réalisa un excellent 9”9 en demi-finale à 14 h, une heure trente avant de s’imposer, en finale, en 10” juste.

Plus que l’heure de ces quatre efforts, jouèrent, outre la détermination de l’athlète et la mesure qu’il avait prise de l’adversité, la température, l’humidité, et surtout le vent, qui souffla favorablement à la vitesse de 5,30 m par seconde en demi-finale et de

1 m en finale.

L’élément extérieur le plus actif de la performance en sprint n’est sans doute pas l’heure. La qualité de la piste, la température, la force et la direction du vent, l’humidité de l’air, la pression atmosphérique, l’altitude (souvenez-vous des grands records établis à Mexico en sprint et dans les sauts, longueur et triple) ou encore le numéro de couloir sur 200 m et 400 m, jouent des rôles plus essentiels. Les organisateurs des Jeux à Séoul, quand ils défendent le principe des finales le matin, n’ignorent pas ces facteurs; en effet, s’il faut en croire une déclaration faite dans la capitale coréenne, n’affirment-ils pas que, « du 17 septembre au 2 octobre, le matin est habituellement frais et agréable à Séoul tandis que la température et l’humidité augmentent dans l’après-midi, ce qui rend inévitable un début matinal pour les finales des sports disputés en plein air, comme l’athlétisme ».

Inévitable, en l’occurrence, est un mot trop fort: mais souhaitable ? Voilà qui mérite d’être discuté.

D’ailleurs, les grognements qui ont suivi, au sujet du marathon féminin de Los Angeles, la défaillance télévisée de façon tellement spectaculaire d’une concurrente suisse, s’ils concernaient bien l’heure de la compétition, regrettaient que le soleil ait pu taper un peu fort, en fin de course. En fait, tous les critiques regrettèrent que ces dames ne soient pas parties encore plus tôt.

Avant d’aller plus loin, il nous faut donner le sentiment qui nous vient d’un examen minutieux de la question : les heures des compétitions n’ont pas toujours été choisies en fonction du seul confort des sportifs, mais bel et bien dans le but d’attirer un public nombreux et payant. Exactement comme les duellistes du temps passé se donnaient rendez-vous à l’aube afin d’échapper aux indiscrétions populaires comme aux interdits de la maréchaussée. C’est vers le tard que le théâtre, le cinéma, le sport et leur dénominateur commun, la télé, peuvent faire asseoir la grande foule.

Soutenir le contraire, c’est peut-être idéaliser à l’excès les motivations des matchmakers. Et prendre les sportifs pour ce qu’ils ne sont pas, eux qui veulent qu’on les voie, qu’on les admire, qu’on les encourage, et qui espèrent la plus grande publicité autour de leurs exploits. La boxe professionnelle à des heures « de gala », les finales en fin de journée, se déroulent à ce moment où le public ayant vaqué à ses affaires, a le plus de chances de venir se détendre au spectacle des jeux du stade.

C’est d’ailleurs tellement vrai que les programmes des week-ends font souvent suivre la « soirée » du samedi d’une « matinée » le dimanche. Or, que l’on sache, la fameuse et délicate « horloge interne » du champion ne change pas de cadran spécialement pour le jour du Seigneur.

Tout cela, dira-t-on, n’empêche rien. Et ce n’est pas parce qu’on s’est parfois insuffisamment préoccupé des intérêts des sportifs dans le passé qu’on ne va pas commencer à les défendre aujourd’hui. De la même façon, nul ne peut nier que les grands coureurs de demi-fond affectionnent particulièrement les compétitions au frais d’une soirée fort avancée. Les plus beaux records de demi-fond court ou prolongé n’ont-ils pas été réalisés dans le cadre idyllique des crépuscules du Septentrion ?

Le «fondeur » aime la fraîche, le sprinter s’énamourache de la chaleur, tous deux détestent l’humidité.

Appelons au secours de cette idée de beaux exemples d’anthologie : les courses de Wilma Rudolf, la gazelle noire américaine, championne olympique à Rome, en 1960, des 100 m et 200 m.

Wilma court le 100 m en séries, à 9 h du matin, en 11”5, en quarts de finale, à 15 h, dans le même temps, le lendemain en demi-finale à 15 h en 11”3 puis en finale, à 16 h 20’, en 11” juste avec vent favorable. Evidemment la championne appuie de plus en plus à mesure que la tâche se fait plus lourde. On constate que plus l’heure avance, plus Wilma se sent des ailes.

Mais sur 200 m, ce n’est plus la même histoire ! Wilma Rudolf commence par un coup d’éclat en séries : 23”2, puis elle s’étiole : 23”7 en demi-finale, 24” en finale (qu’elle gagne, tant sa marge est importante). On peut accuser la fatigue, ou le trac de l’athlète, voire même des choix opérés dans sa façon de courir. Toujours est-il que son 200 m le plus vite est effectué tôt dans la journée ! En revanche, on note que lors du 23”2 de la série, la température dans le stade de Rome est la plus élevée et l’humidité la plus basse, et que ces facteurs s’inversent en finale : il fait moins chaud et plus humide, et les conditions sont moins bonnes pour l’échauffement musculaire et la respiration de l’athlète.

A ces Jeux romains, Irina Press gagne le 100 m haies en 10”8 le soir par vent nul, alors qu’elle se qualifie le matin, en séries, contre le vent, en 10”7. Sur quatre fois 100 m femmes, les Américaines battent le record mondial en séries, en début d’après-midi, mais ne font pas mieux en finale à 18 h. Enfin le vainqueur du 100 m masculin, Armin Hary, court en 10”2 à 10 h 30’ puis à 17 h 30’ et

10”3 à 15 h 40’.

Pour des raisons qui tiennent à l’organisation de leur sport, les nageurs ne sont pas dépaysés quand il s’agit de se mettre à l’eau aux aurores. En Australie, aux Etats-Unis et dans la plupart des pays, les piscines sont fermées aux clubs sportifs aux heures de grande affluence, où l’accès est réservé aux écoliers et à un public payant. Pendant toute la saison scolaire, les nageurs de compétition, filles et garçons, attaquent leur premier entraînement quotidien à 6 h du matin. La grande championne olympique australienne Shane Gould se levait à cinq heures et sa compatriote Jenny Turrall une heure plus tôt!

Mais la tradition veut que les séries seules, aux Jeux ou dans les autres compétitions, soient concentrées le matin, et les finales regroupées le soir. Seule une apparente inadvertance des programmateurs de la natation aux Jeux à Tokyo a fait disputer deux finales de courses avant midi. C’était le 19 octobre 1964, dernier jour de la natation, et le 400 m libre féminin, suivi du 200 m papillon masculin, se jouèrent à 11 h 10’ et à 11 h 35’. Les enseignements qu’on peut tirer des résultats sont pour le moins contrastés. Sur 400 m, une contre-performance de la recordwoman du monde Marylin Ramenofski, à six secondes de son meilleur temps, lui fit céder la médaille d’or à Jenny Duenkel, peut-être plus matinale par tempérament ?

Le 200 m papillon fut, lui, de toute beauté: record du monde pour le vainqueur, Ken Berry, deuxième performance mondiale pour le second, Carl Robie. Le coup parfait. De toute évidence l’heure n’avait pas entravé leur efficacité !

Dans les grandes compétitions de natation, il est rare d’assister à la chute de records mondiaux ou continentaux en séries. Mais de nombreux records nationaux sont effacés. Derrière les vedettes qui ne trouvent aucun avantage à forcer leur talent et planifient leurs efforts en vue des finales, la plupart des nageurs sont obligés de se donner à fond pour espérer se qualifier. Quand ils y parviennent, très souvent en finale, ils ne peuvent faire mieux.

L’haltérophilie est le troisième grand sport de référence du programme des Jeux d’été. Son exactitude est garantie par le record. Jusqu’en 1960, le programme rassemblait les six, puis les sept catégories retenues sur trois journées non-stop.

Trois d’entre elles, celles des poids coq (56 kg), légers (67,5 kg) et mi-lourds (82,5 kg) se jouaient le matin. En 1960, on enregistra dans les compétitions confinées le matin cinq records du monde et quatorze records olympiques. Quatre ans plus tôt, à Melbourne, soixante records olympiques et deux des trois records du monde du total étaient tombés avant midi. Plus intéressant : les haltérophiles « du soir » ne firent pas mieux.

On pourrait multiplier les exemples en ce sens. L’expérience du stade montre que le champion, de par sa préparation, peut se jouer d’aléas ou de difficultés qui handicaperaient plus sévèrement des organismes moins entraînés. Est-ce pour cela que les médecins, qui traitent des personnes physiquement quelconques, sont plus réservés ? Toute une école de « chronobiologie » se développe depuis des années, et la science a fort bien isolé une série de phénomènes que résume le Pr. Lob, du laboratoire de médecine du travail de Lausanne : « On enregistre une baisse de la vigilance et une plus grande fréquence des accidents du travail à certaines

heures ».

Le Pr. Hans Howald, responsable de l’Institut de recherches de l’Ecole fédérale des sports de Macolin, en Suisse, est l’un des hommes au monde les mieux au fait de ces questions. II a travaillé en étroite collaboration avec la Fédération Internationale d’aviron, qui, à Los Angeles, avait fait disputer toutes ses compétitions, finales comprises, entre 7 h 30 et 10 h du matin. Le lac Casitas, dès le milieu de la matinée, s’agitait de façon à devenir impraticable.

Fort de son expérience, que dit le Pr. Howald ? « Il n’est pas possible de tester précisément la rentabilité d’un athlète à diverses heures de la journée. Cela se situe en dehors des possibilités de la science, car cela ne se mesure pas en laboratoire. Ceci dit, en se préparant en fonction du changement d’horaire, en changeant le rythme de son entraînement, un athlète peut réduire le handicap d’une compétition matinale : sportivement, cela marche, il n’y a pas de problème. Bien sûr, cela dépendra des gens, certains sont très bien le matin, d’autres se réveillent la nuit, etc. » J’ai travaillé avec le groupe de la FISA, ajoute M. Howald, et ça s’est très bien passé aux Jeux à Los Angeles. Cela ne veut pas dire qu’on doive généraliser notre expérience. Il revient aux Fédérations d’en disposer, et l’intérêt des athlètes doit primer. »

La nature gouverne les hommes, et il s’ajoute le poids des traditions. II est difficile d’aller à l’encontre des habitudes prises. Dans l’absolu, tout est possible, et les meilleurs athlètes du monde, confrontés à des difficultés extraordinaires, pourraient surmonter, grâce à une approche particulière, le handicap des finales du matin. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Cet article, qui ne veut proposer qu’un point de vue, arrête son ambition au seuil d’un tel débat.

 

GRETE WAITZ : « NE PAS Y PENSER »

Le journaliste et écrivain suisse, Noël Tamini, rédacteur en chef de la revue internationale de course à pied « Spiridon “, nous a obligeamment prêté les épreuves du chapitre d’un livre sur la course à pied à paraître prochainement, et dans lequel il traite longuement des questions de chronobiologie liées à la pratique des courses de fond. Dans ces pages fort intéressantes, M. Tamini rappelle l’évidence des rythmes circadiens qui modèlent nos existences et auxquels nous obéissons, comme tout ce qui vit. Il cite le recordman d’Europe du 400 m haies, Harald Schmid, lequel « refuse les séjours aux Antilles » dans la mauvaise saison et ajoute : « Quand je suis allé, l’hiver 1981, en Nouvelle-Zélande, je ne me suis guère senti à l’aise ».

Deuxième du marathon olympique féminin de Los Angeles, disputé entre 8 h et 10 h 30’-du matin, la Norvégienne, Grete Waitz, évoque le caractère psychologique, selon elle, du problème : « Le décalage horaire, je n’y pense pas. Je crois que si vous croyez qu’il vous influence, il vous influencera ».

Tamini rapporte également une expérience effectuée à l’école polytechnique de Liverpool, de chronomètres pris sur différentes distances à différentes heures de la journée, précédés d’échauffements adéquats, entre 6 h 30 et 22 h. Sur 700 m, cette amélioration a atteint 3,3 pour cent du temps de nage total, et sur 400 m elle fut de 2,5 pour cent.

Enfin, M. Tamini développe le point de vue de cliniciens selon lesquels les introvertis et les extravertis auraient des courbes d’efficience différentes suivant les horaires. Les introvertis s’éveilleraient plus vite le matin, alors qu’en fin de journée, les extravertis verraient leur tonus atteindre un degré plus élevé. On pourrait, d’après les travaux cités, déterminer en théorie pour chaque individu une courbe quotidienne optimale.

SEBASTIAN COE : « INTOLÉRABLE »

 Le Britannique, multirecordman du monde et double champion olympique du 1500 m, a exposé son point de vue sur les finales matinales à Lausanne, en novembre, au cours de la réunion du SISMO.

« En tant que concurrent, vétéran de deux Jeux Olympiques, et membre de la commission des athlètes du CIO, je lutterai contre la soi-disant pression exercée sur le Comité d’organisation des Jeux Olympiques à Séoul et qui consiste à l’inciter à organiser les finales des principales disciplines telles que l’athlétisme, la gymnastique et la natation de façon que les Américains puissent fournir le maximum d’heures d’écoute.

J’ai peur que ceux qui sont directement impliqués dans la préparation, l’entraînement et l’administration, sans oublier les concurrents, considèrent cela comme une intolérable intrusion au sein d’un championnat.

Il n’est pas question de mettre sur pied ou même simplement d’élaborer des projets qui n’ont pour but que d’attirer l’intérêt et la couverture des médias. Cela étant entendu, ce sont toujours les désirs et les besoins des concurrents qui devraient passer au premier plan. Ce serait une erreur de la part du CIO de se laisser compromettre, lui ou ses principes, par cette affaire. »

ADOLESCENTES ET CHAMPIONNES : MARC BEGOTTI PRECISE

ADOLESCENTES CHAMPIONNES : BEGOTTI PRECISE

POURQUOI CES GAMINES NAGENT-ELLES PLUS VITE ?

Jeudi 3 Septembre 2015

Dans mon article d’hier 2 Septembre intitulé : « après les 2’19.64 de Gunes sur 200 mètres brasse : la natation comme monde adolescent », j’avais décidé de rester cantonné dans l’aspect journalistique de la question (après tout, c’est ma spécialité) sans trop approfondir un point sur lequel d’ailleurs je ne prétends détenir aucune lumière particulière. L’essentiel de mon idée sur ce sujet tient dans le vieux cliché selon lequel les très jeunes filles étaient avantagées par l’absence, chez elles, des formes bien connues, et que l’après-adolescence sonnait le glas de tellement d’ambitions de championnes !!

Heureusement, j’ai des lecteurs épatants qui viennent (pas assez souvent cependant) à l’aide. C’est ainsi que l’entraîneur Marc BEGOTTI, qui a beaucoup cogité sur la propulsion du nageur, nous apporte un éclairage plus pointu et rigoureux que l’approche intuitive. E.L.

Ce qui suit est son analyse :

LA PUISSANCE ET LE RENDEMENT

« Si je peux me permettre j’avancerai une hypothèse pour expliquer la raison des hautes performances des très jeunes nageurs,  mais pour cela je dois préciser quelques détails et risquer d’être un peu long…

La vitesse de nage est le produit du rendement et de la puissance.

– La puissance c’est le rapport entre le travail fourni et le temps. Ce que l’on appelle communément (à tort) « la force ». Plus les épreuves sont courtes (50 mètres) plus la puissance est déterminante.

– Le rendement, c’est le rapport de l’énergie transformée à l’énergie dépensée, il est toujours inférieur à 1. Autrement dit, l’énergie transformée utilement est toujours inférieure à l’énergie consommée. La capacité de passer à travers l’eau avec le moins de résistance possible est déterminante pour avoir un bon rendement (moins se fatiguer)

Avant la maturité les filles ont une morphologie longiligne très favorable au rendement (pour peu qu’elles adoptent une posture : alignement, indéformabilité, qui limite les résistances) et utilisent leurs propulseurs de façon optimale (orientation, amplitude, intensité croissante) elles réalisent des performances de très haut niveau.

 En analysant les courses de Kristina Egerszegi sur 200 dos  (temps/ nombre de coups de bras) j’avais constaté que son rendement n’avait plus évolué après 14 ans et son titre olympique de 1988 (Elle nageait certes plus vite, mais quand elle nageait 2’09 » elle nageait toujours avec plus de coups de bras qu’en 88 pour nager le même temps) !

 De jeunes garçons peuvent aussi parfois nager très vite sur des épreuves longues ; mais les garçons voyant  leur puissance augmenter très rapidement à la maturité, les plus « vieux » nagent en général plus vite, car à rendement égal le plus puissant l’emportera. »

Marc BEGOTTI

APRÈS LES 2’19.64 DE GUNES SUR 200 MÈTRES BRASSE

APRÈS LES 2’19.64 DE GUNES SUR 200 MÈTRES BRASSE: LA NATATION COMME MONDE ADOLESCENT

Eric LAHMY

Les performances obtenues à Singapour, aux championnats du monde juniors, par la Turque, rebaptisée Viktoria Zeynep GUNES [après avoir été Viktoria SOLNTSEVA, dans son Ukraine d’origine] ont provoqué une admiration étonnée. Avec 2’19.64 (record du monde junior, ancien record 2:23.12, elle-même), GUNES, a approché le record du monde du 200 mètres brasse dames en empochant son troisième titre de championne du monde junior après ceux du 50 et du 100 mètres. Voilà de quoi, n’est-il pas vrai, épater la galerie. Mais doivent-elles étonner comme un fait sans précédent ? Certes non. La saga des enfants prodiges, en natation, est née avec ce sport. Et le fait est qu’elle perdure.

Rien que ces dernières années, nombre de championnes du monde ou olympique étaient des adolescents. Toutes ces filles – car ce sont des filles – sont encore en activité et préparent les Jeux de Rio.

Ruta MEILUTYTE, Lituanie, née le 19 mars 1997, championne olympique du 100 mètres brasse, à Londres, le 4 août 2012, à 15 ans et 138 jours.

Melissa FRANKLIN, USA, née le 10 mai 1995, championne du monde du 200 mètres dos à Shanghai, le 30 juillet 2011, à 16 ans et 81 jours

Shiwen YE, Chine, née le 1er mars 1996, championne des Jeux Asiatiques du 200 mètres quatre nages avec le meilleur temps mondial de l’année le 14 novembre 2010, à 14 ans, 258 jours.

Katie LEDECKY, née le 17 mars 1997, championne olympique du 800 mètres le 3 août 2012, à 15 ans et 139 jours.

Emily Jane SEEBOHM, née le 5 juin 1992, bat le record du monde des 50 mètres dos dames, le 22 mars 2008, à 15 ans et 291 jours.

POIDS, PUISSANCE ET FLOTTABILITE

Pourquoi les adolescents (et plus encore les adolescentes) réussissent-ils si bien dans l’eau ? Les scientifiques australiens qui s’interrogèrent à ce sujet, ont émis l’idée qu’ils bénéficiaient d’un rapport poids-puissance avantageux.

Depuis qu’Archimède de Syracuse prit son mémorable bain, il y a maintenant vingt deux siècles et des poussières, on sait que tout corps plongé dans un liquide subit une poussée verticale vers le haut correspondant à la masse immergée. Qu’est-ce que cela signifie pour un nageur ? Que son poids corporel immergé est égal à son poids sur terre, en kilos, moins le nombre de litres d’eau que représente sa masse corporelle, ce qui donne un chiffre proche de zéro. Dans l’eau, il ne pèse à peu près rien. Et donc qu’un adolescent dont les muscles ne seraient pas trop compacts se trouvera avantagé, en raison de sa flottaison, par rapport à un costaud, de ce fait moins flottable.

Pourquoi le poids spécifique jouerait-il un rôle plus important dans l’eau que sur terre ? Parce que, sur terre, il ne donne aucun avantage. Prenez un obèse, dont le poids spécifique est faible, il va se traîner, mais dans l’eau il se conduira comme un bouchon : insubmersible !

D’un autre côté, prenez un super-athlète solidement musclé, particulièrement armé pour la performance sur le sol, il aura tendance, dans l’élément liquide, à… nager entre deux eaux.

Bien entendu, tout cela exige des compromis, un poisson n’est pas une bouée, nager n’est pas flotter, et l’introduction de la technique de nage change les paramètres. Mais ce serait en raison de ce moindre effort à fournir dans l’eau en raison de leur légèreté en situation d’immersion que les jeunes nageurs obtiennent des résultats parfois sensationnels.

C’est pour ça que les sprinteurs bardés de muscles ont tendance, après une courte distance, à devenir des fers à repasser, et que les femmes, légèrement moins massives que les hommes de par leur pourcentage de graisse, sont de si bonnes nageuses… Steve LUNDQUIST, le champion olympique du 100 mètres brasse des Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984, et qui s’était bâti le plus beau torse des Jeux olympiques (selon la revue People) à passer plus de temps dans la salle à remuer de la fonte que dans la piscine, prétendait « nager le plus vite possible pour ne pas couler. »

C’est pourquoi aussi la créatine, la musculation et un poil dans la main rendent si difficile toute distance supérieure à cinquante mètres au nageur français le plus talentueux du moment, Florent Manaudou – dont nul ne doute qu’il sera candidat au plus beau torse des Jeux olympiques de Rio, l’an prochain !

UNE EXCEPTION A LA ‘’RÈGLE’’ DES 10.000 HEURES !

C’est donc pour ces raisons liées à leur flottabilité que les enfants prodiges de la natation ont de tous temps écumé déjà les bassins avant le 20e siècle. Le premier exposant, devant quelques spécimens choisis d’un monde occidental effaré, de ce qui allait devenir le crawl, était Alick WICKHAM, un boy mélanésien de dix ans issu des îles Salomon. Il disputait, à cet âge, à Sydney où il était boy (domestique) chez les bourgeois du coin, un 66 yards, dans un style, inconnu des nageurs émérites du coin, qu’on appelait chez lui le taptapalla, qui ressemblait à un ramper, d’où son nom britannique de crawl ; technique qui allait détrôner la brasse, l’indienne et l’over.

Les cinq frères CAVILL, qui lui empruntèrent ce style soit disant révolutionnaire, mais nagé depuis des temps immémoriaux dans les mers du Sud (et si l’on se réfère au hiéroglyphe nager, dans l’Egypte ancienne) furent tous de très jeunes champions, avant le tournant du siècle.

Malgré le professionnalisme, l’augmentation considérable des charges de travail, et les certitudes de la théorie des 10.000 heures de pratique sans lesquelles, selon les inventeurs de ce dogme un peu facilement accepté, on ne peut être un spécialiste, un champion ou un grand artiste, l’étonnant est de voir que des gamines et des adolescents continuent de court-circuiter les expériences et dament parfois le pion aux adultes.

UNE LISTE INCOMPLÈTE

J’avais ambitionné de vous donner une liste de ces jeunes prodiges de la natation. Il y en avait trop pour mon goût, et j’ai arrêté. Plutôt que d’effacer ce travail inachevé, je vous le donne ici, histoire de vous donner une idée de l’étendue du phénomène !

Amanda BEARD, USA, 14 ans, 10 mois, argent des 100 et 200 brasse, or du relais quatre nages aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996.

Sir Francis BEAUREPAIRE, doublé médaillé olympique à 17 ans, en 1908 (argent du 400, bronze du 1500 mètres).

Marilyn BELL, Canada, traversée du lac Ontario à seize ans. En 1954.

Melissa BELOTE n’a pas seize ans quand elle triomphe de Susan ATWOOD, la recordwoman du monde du dos. Cette année 1972, elle est triple championne olympique, à Munich, 100 dos, 200 dos, 4 fois 100 mètres quatre nages.

Brooke BENNET, 3e du 800 des mondiaux 1994, à 14 ans, championne olympique à 16 ans.

Ken BERRY, Australie, finaliste olympique du 200 mètres papillon à Rome, à 15 ans.

Ian BLACK, Grande-Bretagne, triple champion d’Europe de demi-fond à 17 ans.

Marie BRAUN, Pays-Bas, championne d’Europe du 400 mètres à 16 ans

Erika BRICKER, USA, championne olympique de relais à 15 ans.

Rebecca BROWN, recordwoman du monde du 200 mètres brasse à 16 ans et 10 mois, record imbattu pendant cinq ans.

Sylvie CANET, France, finaliste olympique du 100 mètres dos à 15 ans, en 1968.

Patty CARRETTO, USA, améliora sept records du monde de demi-fond à 13 ans, pesant 44kg pour 1,55m..

Christine CARON, France, recordwoman du monde du 100 mètres dos à 15 ans et 11 mois (1964).

LES FRANÇAIS N’ÉTAIENT PAS À SINGAPOUR

LES FRANÇAIS N’ÉTAIENT PAS À SINGAPOUR

CONSTAT D’IMPUISSANCE ? ERREUR TACTIQUE ?

OU SIMPLE ANECDOTE À DÉPASSER ?

Eric LAHMY

Mardi 1er septembre 2015

Le fait qu’on ait largement et abondamment sélectionné pour les championnats du monde de Kazan et décidé de ne pas envoyer un seul jeune à Singapour, c’est quoi ? Ce choix pourrait apparaitre comme une métaphore du gouvernement actuel de la natation française : tirer le maximum de l’instant, refuser les décisions difficiles, s’assurer la tranquillité des dirigeants et des entraîneurs dont les éléments sont partis aux championnats du monde (pour y faire quoi) et ne pas se préoccuper de l’avenir. Après moi le déluge ? Constat d’impuissance ? Refus de prendre les « problèmes » à bras-le-corps ?

…C’est pourtant plus compliqué que ça. Les jeunes ont disputé des compétitions. A Bakou, aux Jeux européens, ils ont trouvé une compétition sur mesure dont ils se sont tirés avec honneur. C’est quand même mieux que zéro, même si ce n’est pas 20 sur 20…

D’ORIANO POTENTIEL CHAMPION DU MONDE DU 1500 METRES

L’absence des jeunes Français du mondial en désolera d’aucuns. S’il y avait dix ou douze nageurs sur les 27 envoyés à Kazan qui auraient tout aussi bien fait de rester à la maison, il y a en sans doute cinq ou six de plus que les… zéros( !) délégués à Singapour qui auraient eu avantage à visiter l’Asie du Sud-Est !

Comme hier pour les filles, nous avons glané les meilleurs Français des années d’âge concernées du bilan 2015 et nous leur avons attribué la place que leur performance leur aurait donnée aux mondiaux juniors.

Cela donne quoi ? Un champion du monde juniors, Nicolas D’ORIANO, sur 1500 mètres. D’ORIANO aurait aussi atteint les finales du 800 mètres et du 400 mètres. A noter que le nageur russe qu’il est parvenu à mâter à Bakou, aux Jeux européens de la jeunesse, sur 800 mètres (D’ORIANO avait réussi un doublé 800 mètres et 1500 mètres) a terminé 3e. A deux secondes du vainqueur. Cela donne à réfléchir…

D’ORIANO eut été aussi un potentiel finaliste sur 400 mètres quatre nages. Les autres finalistes possibles, auraient été, sur 50 mètres et 200 mètres brasse, Jean DENCAUSSE, Oleg GARASYMOVYCH sur 200 mètres dos, Matthias MARSAU sur 200 mètres papillon et Théo BERRY sur 200 mètres quatre nages.

A priori, le relais quatre nages aurait disposé du meilleur potentiel (5e).

Alors ? Y a-t-il eu erreur de diagnostic ? Aurait-on dû emmener une équipe ? Il faut dire que la situation des juniors français lorsque les sélections ont été décidées n’était guère florissante.

Il y avait aussi que les dernières années, le « management » des équipes de jeunes n’avait rien d’épatant. Cela a laissé des traces : mauvais karma ! Il s’est passé, souvenons-nous, quelque chose, à ce niveau, à Bakou. Quelque chose comme une situation qu’on redressait…

Donc, pas de Français à Singapour, grave faute, petite faute, sans faute ? Je ne vois là qu’un épisode, une anecdote, et, quelque part, une mésaventure! Car, bien sûr, un ou deux titres mondiaux juniors, ce n’est pas à mépriser. Mais si D’ORIANO et ses équipiers avaient mieux à nous offrir à l’avenir ? C’est là tout le mal qu’on leur souhaite.

 

Garçons nés de 1997 à 2000

Après la meilleure performance de l’année, la place qu’elle aurait donné aux mondiaux juniors de Singapour :

50 mètres : Dimitry FAUBOURG, 1997, Saint-Joseph, 23.33 (21e) ; Maxime CADIAT, 1997, Antibes, 23.34 (22e).

100 mètres : Maxime CADIAT, 1997, Antibes, 51.41 (29e) ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 51.42 30e).

200 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 1’51.41 (16e) ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 1’52.19 (27e).

400 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 3’53.83 (FINALISTE, 7e) ; Mattthias MARSAU, 1997, Canet, 3’58.37 (22e).

800 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 7’59.87 (FINALISTE, 6e) ; Théo CACHEUX, 1997, Mulhouse, 8’11.54 (16e).

1500 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 15’13.31 (CHAMPION DU MONDE JUNIOR); Théo CACHEUX, 1997, Mulhouse, 15’37.32 (16e).

50 mètres dos : K-Ryls MIATTI, 1999, Mulhouse, 26.02 (9e) ; Oleg GARASYMOVYTCH, 1997, Avignon, 26.32 (16e).

100 mètres dos : Oleg GARASYMOVYTCH, 1997, Avignon, 56.11 (16e); Maxence ORANGE, Nantes, 57.00 (27e).

200 mètres dos : Oleg GARASYMOVYTCH, 1997, Avignon, 2’0.24 (FINALISTE, 7e)  ; Geoffroy MATHIEU, 1997, Clermont, 2’1.77 (11e).

50 mètres brasse : Jean D’ENCAUSSE, 1997, Marseille, 28.23 ( FINALISTE, 5e) ; Dimitri FAUBOURG, 1997, Saint-Joseph, 29.26 (18e).

100 mètres brasse : Jean D’ENCAUSSE, 1997, Marseille, 1’2.00 (9e) ; Tanguy LESPARRE, 1999, CN Cannes, 1’3.68 (21e).

200 mètres brasse : Jean D’ENCAUSSE, 1997, Marseille, 2’15.14 (FINALISTE, 8e) ; Tanguy LESPARRE, 1999, Marseille, 2’16.81 (16e).

50 mètres papillon : Léo TRILLAT, 1998, Poissy, 25.11 (24e) ; Maxime GROUSSET, 1999, Calédonie, 25.16 (25e).

100 mètres papillon : Matthias MARSAU, 1997, Canet, 55.68 (28e) ; Pierre HENRY ARRENOUS, 1998, Poitiers, 55.89 (34e).

200 mètres papillon : Matthias MARSAU, 1997, Canet, 1’58.96 (FINALISTE, 5e) ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 2’4.90 (32e).

200 mètres 4 nages : Théo BERRY, 1997, Vallé-de-Chevreuse, 2’2.58 (FINALISTE, 5e) ; Jean DENCAUSSE, 1997, Marseille, 2’4.49 (20e).

400 mètres 4 nages : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 4’22.57 (FINALISTE, 7e), Tanguy LESPARRE, 1999, Cannes, 4’26.56. (15e).    

4 fois 100 mètres : Maxime CADIAT, 1997, Antibes, 51.41 ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 51.42 ; Théo BERRY, 1997, Vallée de Chevreuse, 51.47 ; Rémi MERESSE, 1998, Toulouse, 51.47 ; Merwane ELMERINI, 1997, Marseille, 51.53. (Potentiel 7e qualifiée)

4 fois 200 mètres : Nicolas D’ORIANO, 1997, Toulouse, 1’51.41 ; Guillaume GARZOTTO, 1997, Antibes, 1’52.19 ; Jérémie DUFOURMANTELLE, Dumbea, 1’52.53 ; Matthias MARSAU, 1997, Canet, 1’52.81 ; Mathieu BERNARDINI, 1998, Courbevoie, 1’52.91. (Potentiel 8e qualifiée)

4 fois 100 mètres 4 nages : (Potentiel 5e).