Catégorie : Editoriaux

Gary HALL contre une légende française

19 août 2013

C’est d’une légende française que je voudrais vous parler aujourd’hui. Cette légende, défendue dans l’Hexagone par le pédagogue Raymond Catteau, prétend que le battement de jambes n’est pas propulsif.

Cela ressemble à une provocation, mais une provocation qui a connu un beau succès chez nous. Plusieurs techniciens souscrivent, dirait-on, de confiance, à cette idée de Catteau selon qui le battement de jambes n’est pas propulseur mais stabilisateur ; mais c’est sans insister qu’ils récitent ce mantra, et passent vite au sujet suivant. Cet été, commentant les Mondiaux de Barcelone, Roxana Maracineanu a, à plusieurs reprises, insisté sur le fait que les bras font l’essentiel de la propulsion dans les nages crawlées (à la différence de la brasse).

Raymond Catteau, qui a mis en place une pédagogie,  a aussi permis d’établir des lignes théoriques de ce qui est peut-être (il convient de se montrer prudent à ce sujet) une façon française de nager. S’il est un point où il ne nous parait pas convaincant, c’est bien au sujet du rôle des jambes dans la propulsion du nageur !

Nous n’avons jamais interrogé suffisamment longtemps Catteau, alerte nonagénaire, sur cette question, mais nous disposons de quelques instruments de réflexion qu’il a proposés, ainsi son ouvrage de 2010, sa disquette incorporée, et l’analyse qu’il fait de la question dans un DVD publié par l’INSEP, dans lequel il nous donne à observer une phase de la nage de Roland Matthes, l’un des plus fameux dossistes du siècle. D’après Catteau, le DTN, Lucien Zins, avait montré (cela doit être vers 1968) un film de la nage de Roland Matthes à ses techniciens, et, se souvient Catteau, commentait : « regardez comme il pousse ». Même s’il nous semble que Zins ne parlait pas de « pousser », mais d’ « appuyer » sur le battement, on peut admettre qu’il a employé ce terme… qui a déplu à Catteau.

En examinant longuement un film de Matthes de 1975, se repassant l’action des dizaines de fois, Catteau avait cherché à comprendre un moment de l’action où, son bras gauche s’approchant de l’eau à la fin de son retour aérien, Matthes semblait « appuyer » sur le battement de la jambe opposée, comme le montrait un remous de plus forte amplitude. Catteau en conclut que Matthes appuyait à cet instant sur son battement pour équilibrer son corps. L’équilibre étant menacé par ce bras sorti de l’eau…

Or il semble bien que Catteau commettait là l’erreur qu’il imputait à Zins. En effet, fasciné par ce que l’image lui offrait, le bras encore émergé de Matthes prêt à plonger pour effectuer son attaque sous-marine au moment même où un puissant remous au niveau des pieds du nageur indiquait un temps fort dans son battement, Catteau a relié logiquement ce retour aérien du bras émergé et le temps fort de son battement. Or il n’a pas songé que l’autre bras (invisible parce qu’immergé) de Matthes était en train d’achever son action propulsive sous-marine. Catteau n’a-t-il pas envisagé qu’en appuyant sur son battement à cet instant précis, Matthes ne cherchait pas à assurer un équilibre menacé par la phase de retour aérien de son bras gauche, mais bel et bien à « appuyer » l’action propulsive du bras droit, alors immergé (et donc invisible dans le film en question) ? A l’appuyer, donc, par un battement ‘’équilibrateur’’, peut-être, mais propulseur, certainement, de la jambe correspondante ?

Soyons clair. Nous n’avons jamais cru à cette idée que le battement de jambes n’est pas propulsif, nous ne croyons pas plus qu’il soit stabilisateur. Chez un bon nageur ‘’de jambes’’, le battement aide à la propulsion. Chez un nageur ‘’de bras’’, il permet aux jambes, qui sont plus lourdes que le haut du corps, de ne pas descendre et entraver la position hydrodynamique du nageur. Le battement ne stabilise pas, mais équilibre le nageur (sur le plan horizontal). La fonction de stabilisation (latérale) se fait par tout le corps, la tête et la région des hanches (le triptyque abdominaux, obliques, lombaires) jouant dans ce domaine un rôle fondamental

Il ne s’agit pas là d’une croyance au sens où je crois en la réincarnation ! C’est un fait avéré dès les débuts de l’histoire de la natation. Les ennuis nés de cette théorie ont commencé le jour de 1898 où Alix Wickham fit la démonstration du « taptapala », une nage mélanésienne qu’on allait appeler le crawl : il ne battait pas sur ses jambes, mais tournait des bras. Lorsque Cavill s’y essaya, il s’aperçut qu’il nageait plus vite jambes entravées que jambes battant. Preuve que le battement n’est pas propulsif ? Preuve aussi, soit qu’en crawl, il n’est pas stabilisateur, soit que la stabilisation ainsi opérée n’aide pas à l’avancement du corps, puisque le nageur allait plus vite sans cette supposée action stabilisante du battement ? Mais il faut savoir de quoi l’on parle, et qui dit battement de jambes aux débuts du crawl et aujourd’hui parle de deux choses très différentes. François Oppenheim, dans son magistral ouvrage de 1964, La Natation, nous explique bien qu’aux débuts, le battement du crawl  partait du genou. Les cuisses étaient rigides, seule la partie inférieure de la jambe battait l’eau. Ce sera Bill Bachrach, le coach de Weissmuller, qui proposera un quart de siècle plus tard un battement auquel participe toute la jambe, un battement qui part de l’articulation de la hanche.

La querelle des bras et des jambes en natation a tout d’un faux problème, qui  ressemble parfois à celle des « petit boutiens » et des « gros boutiens » qui provoque une guerre sans merci, dans les Voyages de Gulliver, entre ceux qui estiment que l’œuf coque doit s’ouvrir par le gros bout et ceux qui pensent que l’œuf doit être cassé par le petit bout.

Catteau, sur l’analyse de la nage de Matthes opérée d’après un film de 1975, m’a expliqué que cette action, qu’il estimait fautive au plan technique, du nageur allemand, annonçait sa défaite aux Jeux olympiques de 1976. Ayant vu de mes yeux Roland Matthes pleurer dans un bus qui le ramenait d’une course, aux championnats du monde de Cali, en 1975, tandis qu’Ulrike Richter cherchait à le consoler (j’étais assis juste derrière eux), et sachant qu’après dix ans de compétition, il souffrait de très douloureuses tendinites aux épaules et nageait sur ordre impératif des dirigeants est-allemands, je supposais d’autres causes qu’une carence technique à son échec de 1976.

Je ne voudrais pas aller plus loin dans une critique de l’idée de battement non propulseur,  les évidences étant souvent difficiles à envelopper dans un raisonnement. Enfonçons une porte ouverte. Le battement est propulseur, mais consommateur d’énergie, aussi la puissance du battement doit-elle être inversement proportionnelle à la distance nagée : autant il peut être difficile de nager vite sans un fort battement, autant il n’est guère souhaitable de mettre un gros battement sur de longues distances. Cela une fois dit, l’opinion selon laquelle le battement est stabilisateur et pas propulseur est au mieux académique, au pire trompeuse

Voici, au sujet du battement de jambes, le point de point de vue de Gary Hall Sr. Gary Hall, père du sprinter de même nom, a battu des records du monde en quatre nages, en dos et en papillon, et remporté des médailles à trois Jeux olympiques, en 1968, 1972 et 1976. Ophtalmologiste de profession, il a créé le Race Club, une entité qui a produit de très bons nageurs, surtout en sprint…

Selon Gary Hall senior, à la question de savoir ce qui contribue le plus à la propulsion (il emploie le terme : vitesse générale) du nageur, du battement ou de l’attaque de bras, il convient, dit-il, « de peser la force et la technique de chaque composant du mouvement de nage, mais, » ajoute-t-il, « pour la plupart des nageurs raisonnablement bons, je dirai que la contribution du battement à l’avancement du corps est supérieure à celle de la traction du bras. » Suivons Gary Hall sans intervenir dans son raisonnement. Lui-même admet qu’il y a un paradoxe dans son propos en prenant l’exemple d’un nageur qui effectue un 50 mètres bras en 35’’ et un 50m jambes en 40’’.

« Il faut bien comprendre que dans le battement de jambes et le tirage des bras, on trouve une contribution à la propulsion et une autre contribution, négative, celle-ci, à un effet de résistance frontale (il y a aussi une contribution au soulèvement du corps, mais nous l’ignorerons pour l’instant). Même chez les nageurs dotés d’un très fort battement de jambes, peu de gens disputeront l’idée que la propulsion des bras est supérieure à celle des jambes. Cependant, quand le battement est effectué proprement, jambes serrées et avec une fréquence rapide, l’action de tirage des bras est aussi une plus grande contributrice  à l’effet de trainée, la force qui ralentit le nageur. »

« Les deux facteurs majeurs qui déterminent les forces de freinage qui s’imposent à un nageur évoluant à travers l’élément liquide sont la forme de l’objet (le corps nageant) et la vitesse de l’objet, continue Hall. Notre forme est certainement influencée par nos techniques de bras et de jambes, mais supposons acquise l’idée qu’un battement des jambes serrées à haute fréquence et un mouvement de bras avec les coudes haut réduiront au maximum les frottements contre-productifs. Reste l’autre facteur, la vitesse, parce qu’en raison de la densité de l’eau, même des petits accroissements de vitesse provoqueront de gros accroissements des effets de freinage pour une forme non hydrodynamique comme un nageur qui effectue les mouvements du crawl. »

« Quand nous ajoutons le battement de jambes à l’attaque des bras pour créer le mouvement d’ensemble de nage, continue Hall, l’accroissement de vitesse suffit à ajouter à l’effet de freinage imposé par l’action de tirage, essentiellement du bras (par opposition à l’avant-bras). Le résultat net de ces actions et contre-actions est que chez un nageur doté d’un honnête battement de jambes, la contribution du battement à la vitesse totale sera plus grande que celle du mouvement de bras quand ces deux actions sont simultanées. »

« Un exemple: j’entraîne actuellement l’Irlandais Andy Hunter, qui cherche à se qualifier aux Jeux du Commonwealth 2014. Il a récemment nagé un 50 mètres à Fort Lauderdale contre Cesar Cielo. Aucun des deux n’était rasé, mais aucun n’est bien velu. Cesar nagea en 22’’, Andy en 25’’7 et finit huit mètres derrière. En sortant de l’eau, Andy, qui a plus de trente ans et est très fort du haut du corps, me demanda : « comment peut-il me battre de huit mètres sur 50 mètres ? » Ma réponse fut celle-ci. Andy effectue un 50 mètres en battements de jambes avec planche en 45 secondes (vitesse de base, 1,1m/s), contre 30 secondes pour Cesar dans le même exercice (vitesse de base, 1,66m/s). Si l’on admet que tous deux battent à leur vitesse maximale, il apparait que le battement de jambes de Cesar ajoute 0,64m/s pour atteindre 2,3m/s. Pour Andy, le tirage des bras doit contribuer à hauteur de 0,83m/s pour atteindre 1,9m/s. Ce faisant, sa vitesse totale est de 0,4m/s inférieure à celle de Cesar, en fonction de son infériorité en vitesse de battement. A l’arrivée, cela donne une différence de 8,80 mètres. C’est la différence de la vitesse respective de leurs battements qui les sépare. »

« Andy a donc travaillé très dur sur son battement, par des séries de battements, des assouplissements et des exercices de force. Le mois dernier, il a effectué 38’’ à la planche et son sprint est descendu à 23’’. »

« La plupart des entraîneurs et des nageurs ne comprennent ni n’apprécient l’importance de la vitesse des jambes dans la vitesse globale de nage, ni ne travaillent assez les jambes à l’entraînement. Dans la course, les jambes ne disposent pas, à la différence des bras dans leur retour aérien, d’un temps de repos, et leur mouvement est triple (sextuple si vous considérez l’élévation  du pied) du mouvement des bras. Les jambes travaillent dans les deux directions,  tandis que les bras reçoivent quelques dixièmes de seconde de repos à chaque cycle. »

« Par rapport aux bras, les jambes doivent être mieux conditionnées afin de soutenir ces mouvements rapides pendant la course. Quand des parents me demandent ce qui fait un Michael Phelps, un Ryan Lochte, une Missy Franklin ou un Cesar Cielo, la réponse est dans leur battement de jambes. Je leur dis de travailler les jambes à l’entraînement pour se donner un meilleur battement et une nage plus rapide. »

Éric LAHMY

Echec britannique à Barcelone : c’est la faute à la piscine !

8 juillet 2013

Par Eric LAHMY

Après une performance collective jugée catastrophique aux Jeux olympiques de Londres, l’an dernier, l’équipe britannique de natation s’est distinguée par de nouvelles contre-performances en séries aux mondiaux de Barcelone, achevés ce 4 août. Jazmin Carlin, qui devait porter la contradiction à Katie Ledecky dans toutes les compétitions de demi-fond, Jamieson, le nageur de brasse, la sprinteuse Halsall, etc., ont tous fini très loin de leurs ambitions.

Bill Furniss, le patron de la natation britannique, a trouvé la raison de cette défaillance collective. Il a déclaré que les conditions parfaites dans lesquelles évoluaient les nageurs de compétition étaient contreproductives, parce qu’elles les rendaient incapables de reproduire leurs performances dans les conditions de la compétition internationale.

La piscine Ponds Forge de Sheffield, dans laquelle se déroulent les compétitions nationales et internationales ainsi que les sélections britanniques, est célèbre en raison des performances remarquables qui sont réalisées. D’après Furniss, repris par le quotidien The Telegraph, cette particularité est due à son dessin ainsi qu’à la qualité de son eau. Les niveaux d’ozone et d’oxygène qu’elle contiendrait améliorent la flottabilité des nageurs, tandis que sa profondeur uniforme de trois mètres et des particularités de son design amoindriraient la résistance à l’avancée des nageurs. La viscosité de l’eau, rendue plus faible par divers traitements, améliore la portance (comme l’eau de mer). Le gradient de vélocité de l’eau près de sa surface (où évolue le nageur) est influencé favorablement par cette profondeur du bassin. Interrogé par la BBC Radio 5 Live, Mr Furniss a déclaré : « Sheffield est un problème. Je n’y veux pas de sélections. A l’avenir, nous questionnerons cela. Je préfère utiliser des piscines moins rapides.” Selon Mr Furniss, la question ne se pose pas seulement dans les meetings: “ces jeunes gens nagent toute leur carrière, sept ou huit années de suite, en age groupe, dans les équipes nationales de jeunes puis seniors, dans ce bassin. C’est un confort que nous devons leur ôter. »

Cette fameuse piscine a en effet été pensée pour la vitesse. Profondeur uniforme de trois mètres, eau traitée à l’ozone et oxygénée, bouées et plages brise-vagues. Les nageurs britanniques adorent s’y retrouver en raison des excellentes conditions d’entraînement qu’ils y trouvent.

D’après un ancien champion britannique, ce bassin est victime de son succès en raison de sa qualité : « tous nos nageurs y vont, ils y font de très bons temps qu’ils ne peuvent dupliquer ailleurs et je crois que cela travaille contre eux. »

La réflexion de Mr Furniss peut paraître bizarre. Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre. La saga des piscines rapides démontre pourtant qu’il ne s’agit pas d’une légende. Les Britanniques disposaient d’ailleurs dans le passé d’une piscine réputée pour sa vitesse, le bassin de 55 yards de Blackpool, alimenté en eau de mer. Un grand nombre de records mondiaux y furent améliorés (jusqu’à ce que l’eau de mer soit interdite). Mais on trouva d’autres moyens d’améliorer la « vitesse » des bassins.

En sens inverse, on peut toujours empêcher un bassin d’être trop bon. Peter Daland, le fameux entraîneur d’USC dans les années 1950-1980, faisait parfois évoluer ses nageurs dans le bassin dont le niveau d’eau avait baissé d’un demi-mètre, sans lignes d’eau brise-vagues. Conseil gratuit pour les coaches de Sheffield…

Le champion et le noyé

8 juillet 2013

Pendant que la natation française se distinguait aux Championnats du monde de Barcelone, l’opinion était alertée par un nombre important de noyades sur les lieux de vacances des Français. Cette conjonction choquante de l’actualité a conduit la Fédération Française de Natation de publier aujourd’hui le communiqué qui suit.

« Les récents Championnats du Monde de Barcelone ont apporté beaucoup de joie et de fierté à la France et aux français.Les activités aquatiquesont en effet vocation à être sources de bonheur et de détente.

La Fédération Française de Natation est donc profondément attristée que l’eau puisse être aussi source de malheur, et non plus de plaisir et d’épanouissement. La Fédération, ses acteurs et représentants, adressent aux nombreuses familles des victimes des récentes noyades de très sincères condoléances.

Ils regrettent que l’apprentissage de la natation ne soit envisagé en France avec le sérieux nécessaire. A l’instar du savoir-lire et du savoir écrire, le «savoir nager» doit être un des enseignements primordiaux de nos enfants.

Le déficit ou le sous-dimensionnement d’équipements aquatiques de proximité, l’absence de coopération avec l’Education Nationale, les missions diverses sollicitéesdesprofesseurs des Ecoles sans formation et soutien spécifiques, la gestion mercantile de certains équipements aquatiques, sont autant de causes rendant inadapté ou incomplet l’apprentissage de la natation

La Fédération Française de Natation rappelle qu’elle accueille dans ses clubs tous les niveaux de pratique, du bébé nageur, à l’enfant, au compétiteur, au sein de l’Ecole de Natation Française.

Elle organise par ailleurs, en partenariat avec le Ministère de la Jeunesse, des sports et de la Vie Associative, tous les étés, l’Opération Savoir Nager qui dispense gratuitement des sessions de natation en vue de l’obtention du premier niveau d’apprentissage le «Sauv Nage».

La Fédération est présente aussi sur des sites naturels (mers, lacs, rivières,…) dans le cadre des activités «Nagez Grandeur Nature». Sur ces sites, une lecture des vagues et courants d’eau est proposée aux pratiquants afin de comprendre et d’évoluer au mieux en milieu naturel.

La Fédération Française de Natation travaille ainsi sans relâche sur la qualité des contenus pédagogiques délivrés dans ses programmes et sur la formation de ses intervenants. Il existe ainsi au niveau national un Institut National de Formation des Activités de la Natation (INFAN) et dans chaque région, une Ecole Régionale de Formation aux Activités de la Natation (ERFAN).

Ces établissements dispensent des formations qui permettent l’obtention de brevets fédéraux et d’Etat garantissant la sécurité des activités aquatiques.

Enfin, la Fédération Française de Natation a une expertise et un positionnement forts auprès des décideurs publics (locaux et nationaux)afin que la construction des établissements aquatiques soit amplifiée et que leur configuration et gestion permettent de répondre réellement à la destination et à la demande sociale diverse de ces équipements publics.

La Fédération Française de Natation défend en effet qu’une piscine est un équipement public par excellence,tout à fait spécifique dans son utilisation puisqu’à la différence des grands stades, voire des grandes salles de sports collectifs, elle a vocation à être utilisée quotidiennement par de multiples et divers publics (jeunes à l’école à l’université; grand public; forme bien être; santé; pompiers et service de protection; sport en entreprise; bébé nageurs, aquaform, activités sportives avec plusieurs disciplines olympiques,…) en périodes scolaires et hors de ces périodes scolaires.

La Fédération Française de Natation souhaite que les récents événements, ceux heureux des Championnats du Monde de Barcelone et ceux dramatiques du nombre de noyades, posent les bases d’un service public de la natation rénové, renforcé.

Service public de la sécuritéet de la prévention des noyades, Service public de l’Education, Service public de l’égalité des territoires et de l’accès aux activités sportives et de loisir, Service public de santé, de prévention sanitaire, Service public d’aménagement et de développement territoriaux, Service public de lien social et d’actions citoyennes au sein du secteur associatif, Service public de la performance et du rayonnement international.  Les activités de la natation nécessitent certainement plus d’intérêt, de réflexion et d’accompagnement de la part des politiques publiques

La Fédération Française de Natation est l’opérateur de toutes les activités aquatiques. Elle met son cœur de métier: la performance, au service de chacun et du plus grand nombre pour que l’eau demeure source de plaisir, de santé, d’épanouissement et de dépassement de soi! »

La France et le paradoxe Virginie Dedieu

24 juillet 2013

Barcelone, 24 juillet 2013

La natation synchronisée, est le dernier venu des sports reliés à la natation. Les courses, les plongeons, le water-polo, ont été pratiqués au plus haut niveau de compétition depuis beaucoup plus d’un siècle maintenant. Née d’une distraction de grandes bourgeoises américaines passionnées de ballet et de nage, la « synchro » a eu du mal à se faire prendre au sérieux. Elle est entrée au programme des premiers championnats du monde, en 1973, certes, mais parce que pendant 77 ans, la FINA a estimé que ses championnats du monde étaient les Jeux olympiques. Une suite d’opportunités l’a conduite au programme olympique (boycottage des Jeux de 1984 par les Russes, désir des télévisions américaines d’ajouter des compétitions favorables aux Américains, qui régnaient sur la discipline, appui déterminé à la discipline de Monique Berlioux, alors Directeur du CIO).

Entre-temps, grâce au statut olympique, les ballets nautiques sont passés d’un sport régional (Canada, Etats-Unis, Japon) à une activité intercontinentale et mondiale. La Russie, pays à la fois européen et asiatique, règne depuis quinze ans. D’autres équipes se sont imposées comme des rivales potentielles et maintiennent un haut niveau de compétitivité, Espagne, Chine, Ukraine. Des trois pays qui ont dominé la scène de 1973 à 1996, le Japon a le mieux résisté aux émergences de nouvelles nations et les Etats-Unis ont eu le plus de mal à surnager.

La France fait partie, ou pas, selon les années, d’un deuxième peloton de « synchros » dans lequel on trouve l’Italie, la Grèce, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis. Sa situation varie, alternant entre le correct, vers la 7e place, et le moins bon. Elle a vécu un paradoxe avec Virginie Dedieu.

La soliste la plus artistique, la plus inventive et la plus médaillée de l’histoire, avec les titres mondiaux 2003, 2005 et 2007, et deux secondes places, en 1998 (derrière Sedakova) et en 2001 (derrière Brousnikina) se place en tête du palmarès du siècle. Elle s’est maintenue au sommet de la hiérarchie plus longtemps que toutes les autres solistes. Son palmarès a souffert d’un événement qui n’était pas de son fait, la disparition du solo des Jeux olympiques après 1996, mais cela ne change en rien son vrai statut, à notre avis de nageuse synchronisée n°1 du siècle, avec l’Hawaïenne Tracie Ruiz.

Le talent, l’ambition et surtout les résultats de Virginie ont parfois masqué les faiblesses du potentiel de l’équipe de France. A Londres, le duo tricolore a été 11e, l’équipe était absente. Le meilleur résultat de toute l’olympiade précédente a été une 7e place en solo de Chloé Wilhelm. La France a trouvé en 2013 une nouvelle soliste, encore jeune avec l’Aixoise (comme Virginie Dedieu) formée à Gap Estelle Anaïs Hubaud. A voir…

Estelle était aujourd’hui la plus jeune des douze filles retenues pour la finale. Elle a fini 11e , mais c’est une anecdote. Sa présence à cet âge tendre en est une autre. Il ne faut pas en tirer de conclusions erronées. Elle est là, et d’autres juniors plus fortes qu’elle ne le sont pas. Pourquoi? Parce que leur synchro dispose de solistes plus âgées et mieux classées. Estelle Anaïs a fini 3e des championnats d’Europe juniors, avec 15 points de moins que la première, une Russe, Anisiya Neborako, qui est de douze mois sa cadette, et 4 de moins que l’Ukrainienne Anastasia Savchuk. Celle-ci a été incorporée dans le ballet d’équipe ukrainien, celle-là n’a pas été dans l’équipe nationale russe, quand Hubaud est la vedette de l’équipe de France. D’autres très jeunes solistes sont devant elles de par le monde, comme la Canadienne Chouinard. Hubaud souligne a contrario le peu de profondeur de l’élite de notre synchro.

La percée de Hubaud représente un défi et une interrogation. Elle ne mesure que 1,58m, et la synchro a presque toujours servi les longs segments. L’Aixoise (originaire de Gap) saura-t-elle imposer grâce à autre chose qu’il lui faudra inventer ses particularités physiques ? La performance est certes aussi question de tonicité, de muscles, et de souplesse ; sur ce plan Estelle est bien pourvue. Même si la plupart des solistes d’élite ont été grandes, des exceptions n’ont jamais manqué, et Ruiz, 1,62m, Dedieu, 1,63m, et, plus loin dans le temps, Sylvie Fortier, 1,58m, ou Jocelyne Carrier, 1,57m, sont passées par là pour le prouver. Mais il serait bien hardi de dire que la France a trouvé la nouvelle Virginie Dedieu.

Entre Esther Williams et June Taylor, la nostalgie reste ce qu’elle était

22 juillet 2013

Esther Williams et June Taylor sont mortes. June qui ? June Taylor, laissez moi continuer… La déesse des ondes hollywoodiennes et la marsouine hydrothérapeute canadienne, disparues à trois semaines d’intervalle en juin ; deux grands-mères fondatrices des ballets nautiques. C’est la fin d’une belle histoire d’eau, et de deux « grandes » de dimension et d’audiences différentes. Esther, mille fois plus célèbre que June, entra dans cette aventure, poussée par le hasard qu’aida sa plastique hors-normes. Nageuse, mais pas ‘’synchronisée’’, nulle femme ne finissait ses 100 mètres plus vite qu’elle en 1939. Jetée dans une retraite anticipée par l’annulation des Jeux olympiques de 1940, elle se retrouva, afin de gagner sa vie, en train de gigoter dans une féérie des eaux aux côtés de ‘’Tarzan’’ Johnny Weissmuller, puis projetée en direction d’Hollywood où son minois et ses mensurations constituaient un solide gage de talent artistique. C’est du dehors et sans s’en rendre compte qu’elle promut ce sport qu’elle ne pratiquait pas. Taylor, tout au contraire, fut une passionnée, une pionnière, qui oeuvra à un niveau beaucoup plus paisible de notoriété, première championne du Canada et des Etats-Unis, puis ardente propagandiste. La nouvelle de la mort d’Esther a été connue le soir même, aux quatre coins du monde. Celle de June Taylor a mis près d’un mois à nous atteindre, par les canaux sous-marins des fidèles du Swimming Hall of Fame. L’une a créé un tsunami, l’autre produit trois vaguelettes. Qu’importe. Elles étaient soeurs, sans trop le savoir, et venaient d’un temps où la danse dans l’eau ne se savait pas trop synchro et tâtonnait encore un peu entre libre activité de beauté et sport de notation. E.L.

Un Pavé dans l’Eau Glacée

Par Eric LAHMY

9 juillet 2013

Les bains glacés de récupération, très en vogue dans le haut niveau, natation comprise, ne servent à rien, affirment des chercheurs de l’Université de Portsmouth. Débat…

C’est devenu sinon une torture incontournable, sinon un rituel désagréable pour nombre de ‘’haut niveau’’. Le bain glacé à 9 ou 12°, c’est selon, dans lequel ils doivent se tremper, après l’entraînement, censé hâter la récupération. En France, cette coutume ‘’inventée’’, semble-t-il, en Australie, aurait été importée sans frais de douanes, ‘’récupérée’’, le mot convient, sur l’Internet, par les ‘’espions’’ de la cellule de veille olympique du temps de Fabien Canu, selon ce que celui-ci avait déclaré pendant les Jeux olympiques au New York Times.

Le plus frappant, dans l’histoire, c’est que la ‘’technique’’ ait été entérinée, semble-t-il, de confiance, sans qu’on cherche à en savoir plus, et appliquée sans barguigner sur nos champions en général et nos nageurs en particulier. La ‘’bassine’’ est devenue un must du retour au calme sportif !!

Or dès novembre 2012, une étude menée par une équipe de scientifiques de l’Université de Portsmouth, Angleterre, a conclu que les immersions en eau froide n’étaient ni plus ni moins efficaces que les classiques exercices de récupération en terme de réhabilitation de l’athlète.

Publiée dans la revue European Journal of Sport Science, l’étude en question a divisé 40 athlètes en quatre groupes. Après une heure et demie de course, trois d’entre eux plongeaient dans la dite bassine, un groupe pendant  douze minutes en eau froide, un autre en eau tiède, un troisième deux minutes en eau froide, et un quatrième s’astreignait à deux minutes de classique « retour au calme ».

La performance musculaire des cobayes fut mesurée avant l’exercice puis à plusieurs reprises après l’exercice, puis après douze heures, un jour, deux, puis cinq jours.

Conclusion ? Aucune différence n’a pu être constatée entre ces groupes en termes de perception de douleur physique d’après effort  chez les athlètes, ni en termes de marqueurs biochimiques de dommages dans les cellules musculaires. En outre, « ces bains posent certains risques potentiellement sérieux pour la santé ; s’ils n’en retirent aucun bénéfice, ils feraient mieux d’arrêter cela », a déclaré sur le site de l’Université le responsable de l’étude, le Dr Jo Corbett, qui a ajouté : « les études qui ont montré les ‘’effets’’ de ces techniques comparaient des athlètes qui prenaient ces bains froids à des athlètes qui n’effectuaient aucun retour au calme. » Autant dire que cela biaisait les résultats. « Les bains glacés, qui ont existé en thérapeutique depuis l’Antiquité, ont connu un engouement récent en raison de leur utilisation par les sportifs pour récupérer après l’entraînement, mais nos résultats montrent que cela ne fonctionne pas. Il est clair, au vu de cette étude, que l’immersion aquatique, par les traditionnels bains glacés, assis ou debout, n’améliore en rien les temps de récupération en comparaison avec les techniques classiques de retour à la normale. En fait, la recherche pointe de plus en plus en direction des possibles menaces que les immersions en eau glacée font planer sur la santé de ceux qui les utilisent. » Interrogé en novembre 2012 par notre confrère Inside the Games, Corbett n’a pas écarté l’idée que les immersions en eau froide pourraient avoir un léger effet bénéfique en termes de récupération dans certaines limites, et ne prétend pas que l’étude de Portsmouth aura le dernier mot en la matière. Mais « les mécanismes de l’action par laquelle l’immersion en eau froide pouvait affecter positivement la récupération » étaient loin d’être clairement établis. « En outre, a-t-il ajouté, il y a une large fourchette de variations dans la façon dont l’immersion peut être pratiquée en termes de température, de durée, de fréquence, de temps entre la fin de l’exercice et l’instant où elle est pratiquée, de profondeur de l’immersion et de position du corps dans l’immersion. Tous ces paramètres vont influencer les réponses physiologiques. Les immersions en eau froide sont utilisées dans le but de récupérer mais récupérer de quoi – cela peut être par exemple une blessure d’impact, un dommage excentrique de muscles ou une hyperthermie. »
L’info a intrigué Christophe Cozzolino, responsable dans l’équipe de France des problèmes liés à la récupération : « nous avons pourtant des études qui montrent qu’il y a un effet sur la récupération ; maintenant, si vous me dites que ça fait nager plus vite, je vous réponds : non. »

Le docteur Jean-Pierre Cervetti, qui fut médecin fédérai pendant trente ans, connait bien la question : « je la connais d’autant mieux que, venant du rugby, j‘avais utilisé le froid pour la récupération des joueurs ; les effets nous paraissent indéniables pour récupérer des coups ou de la fatigue. Même si ce n’est que psychologique, c’est énorme.  Aux Jeux de Pékin, en 2008, c’était déjà assez utilisé, les Australiens et les Polonais utilisaient des cuvettes de refroidissement après les séances de leurs nageurs ; Mais on ne dispose d’aucune donnée concernant un effet réel sur le plan physiologique. Pour résumer, je dirais qu’il n’y a pas de consensus, et plusieurs protocoles existent, selon la température, 9° ou 12°, temps plus ou moins long. S’ajoute le froid sec, où, à l’INSEP, on utilise un caisson qui descend à moins 110°. On sait l’effet que cela a sur les rhumatismes. »

Médecin fédéral, Jean-Loup Bouchard croit aussi que la cryothérapie est très efficace dans les sports traumatiques. « Et puis se posent plusieurs questions sur la façon de l’employer. Quelle technique, quelle température, quelles parties du corps immerger, combien de temps dure ce bain froid, à quel moment l’utiliser. Cela est intéressant après un entraînement très lactique, car il y a une action anti-oxydante ; cela est plus utile quand la température extérieure est chaude. Comme en natation, c’est le train avant qui travaille le plus, j‘ai suggéré de tremper le nageur jusqu’au cou, mais je n’ai pas été suivi. Nous Français, nous utilisons un bain à 10°, mais les Canadiens ont effectué des biopsies et estiment qu’entre 10 et 14°, on obtient le même effet. Aux Jeux de Londres, le basketteur Tony Parker baignait ses mollets. Les skieurs se refusent à ces bains, pourtant leurs jambes très puissantes s’y prêtent. »

Enfin, existe l’argument financier : la petite bassine après le grand bassin, ce n’est pas donné… Guillaume Benoist, entraîneur de Saint-Germain-en-Laye, deuxième club français en benjamins, explique que « le club a abandonné la technique. Un matériel de refroidissement coûte la bagatelle de 10.000€ et les protocoles sont très stricts. Mal le faire en payant ce prix ne valait pas la peine. »

 

PHELPS, MEILLEUR NAGEUR DE LHISTOIRE ?

15 août 2012

            Nul ne met en cause le statut de nageur du siècle de Michael Phelps. Et pourtant, à regarder de plus près, l’Américain est moins loin devant qu’il n’y parait. Et aux Jeux de Londres, ne valait pas mieux à notre avis que le Chinois Sn Yang! 

 

Par Eric LAHMY

 

Interrogé au sujet de savoir si Michael Phelps était bien le plus grand champion olympique de l’histoire, Sebastian Coe, grand miler devant l’Eternel et organisateurs des Jeux de Londres, n’a pu réprimer un sourire. Ce sujet, a-t-il répondu, mérite « la médaille d’or des conversations de café » ; mais pressé par les medias, il leur a concédé que, « clairement, au nombre de médailles, Phelps a obtenu le plus de succès. »

Mais toutes les médailles olympiques sont-elles égales ? Nul, à part l’intéressée, n’a sérieusement maintenu jusqu’ici que les 18 médailles obtenues par la gymnaste Larissa Latynina, dépassée par Phelps à Londres, en faisaient la plus grande olympionique de l’histoire.

Ceux qui ne croient pas à la comptabilité des médailles, ont beau jeu de souligner le point suivant, présenté par Christopher Clarey dans le New York Times : « Si vous êtes le meilleur au lancer du javelot, vous ne gagnez pas de médailles en lançant le javelot de la main droite, de la main gauche, par-dessous l’épaule, par-dessus l’épaule. Vous avez une chance olympique tous les quatre ans. Le programme de natation, si vous êtes doué et vorace, vous donne de telles opportunités. »

Dans la liste des vainqueurs olympiques qui ont enlevé le plus de médailles, relève encore notre confrère, neuf des tous premiers classés sont des nageurs et des gymnastes. Or qui croira que les trois quarts des plus grands vainqueurs d’Olympie sont issus du gymnase et de la piscine ?

Si l’on ôte les relais, qui sont des épreuves collectives, donc non comptables dans une mesure de la grandeur individuelle, le nombre de ses médailles chute d’un bon tiers, passe de 22 à 13, dont 11 d’or. Phelps est monté sur des podiums en 2004, 2008 et 2012, et ses médailles reflètent une domination qui court sur trois olympiades. Dans la durée, il est battu par les quadruples vainqueurs olympiques : le yachtman Paul Elvstroem (1948-52-56-60), le discobole Al Oerter (1956-60-64-68) et le sauteur en longueur Carl Lewis (1984-88-92-96). Les Britanniques avancent Steven Redgrave, cinq médailles d’or consécutives en aviron. Mais aucune de ses courses n’a été gagnée en skiff, l’épreuve qui désigne le meilleur rameur. Redgrave l’a emporté en deux sans barreur (1988, 92, 96) et en quatre barré (1984 et 2000), autant dire qu’il a gagné trois demi et deux quarts de médailles ! Les maîtres du skiff – l’épreuve individuelle – de son temps ont été le Finlandais Pertti Karpinen, triple vainqueur olympique, et l’Allemand Thomas Lange, double vainqueur), et nous n’hésiterons pas à les placer devant lui.

David Wallechinsky, le grand écrivain de l’olympisme, s’est amusé à désigner son cinq majeur : il comprend trois athlètes, Paavo Nurmi, Emil Zatopek et Carl Lewis, une kayakiste, Birgit Fischer, médaillée sur cinq olympiades, et Phelps. On imagine qu’il aurait ajouté Spitz il y a dix ans, mais Phelps est passé par là… Bien entendu, nous ne sommes pas d’accord avec Wallechinsky, ne serait-ce que pour rester fidèle à l’esprit de la conversation de café, mais passons…

L’opinion, en revanche, ne tergiverse pas, au sujet de Phelps nageur, et lui décerne à l’unanimité le titre de meilleur nageur de « tous les temps. » La comptabilité de ses honneurs est assez écrasante pour décourager toute critique. Rien qu’en 2012, Phelps ramène de la compétition olympique l’or du 100m papillon, du 200m quatre nages, du 4 fois 200m et du 4 fois 100m quatre nages, ainsi que l’argent du 200m papillon et du 4 fois 100m. Ces 4 or et 2 argent ne le cèdent que d’un bronze face au palmarès de l’équipe de France de Londres au grand complet, 4 or, 2 argent, 1 bronze. Mais plus que tout, resteront les images inoubliables du vainqueur du 100m papillon, pour un centième de seconde, devant Cavic, ou de cette razzia de médailles de Pékin : huit titres, huit records du monde.

Les amoureux de la belle nage, du style, retiendront, eux, la perfection, le modèle peaufiné avec la complicité de son coach, Bob Bowman. S’il a été plus ou moins rejoint par les meilleurs, sur le plan de la glisse, à Londres, Phelps continue de représenter l’image parfaitement aboutie du bien nager de notre temps.

Je suis moins impressionné que d’autres par la statistique des médailles. Bien sûr, que pèsent les 5 titres remportés par Johnny Weissmuller, le héros des années 1924 et 1928, le nageur de la première moitié du 20e siècle, en face des 18 médailles d’or de Phelps ? Mais Weissmuller aurait bien été empêché d’enlever huit titres au Jeux de Paris, quand tout le programme olympique de natation comprenait six épreuves. Une seule course sur les huit du programme de Phelps en 2008 existait en 1924 : le relais 4fois 200m.  En sens inverse, le registre du Weissmuller de 1924 et de 1928 lui aurait permis, à Pékin, de se présenter sur quatre courses individuelles de nage libre, du 50m au 400m, et dans les trois relais, mais aussi en dos. Et on se demande quel nageur de papillon ou de quatre nages il aurait pu être !

Il en va de même pour Spitz, dont le programme victorieux à Munich, en 1972, comprenait 100m et 200m en crawl et en papillon et les trois relais. Spitz, qui ne nageait jamais le dos en compétition, s’était amusé à battre Mike Stamm (médaillé d’argent du 100m dos à Munich) sur ce style, à l’entraînement. Il n’aurait eu aucune difficulté à remporter le 200m quatre nages s’il l’avait voulu. Ses sept victoires de Munich amélioraient assez largement le record de Don Schollander, 4 victoires à Tokyo, pour qu’il s’en contente. Nul ne sait ce que Spitz aurait tenté si Schollander avait gagné cinq titres au lieu de quatre : Schollander avait été retiré du relais quatre nages alors qu’il avait gagné le 100m nage libre à Tokyo !

Enfin, ni Spitz, ni Weissmuller ne pouvaient se permettre de nager longtemps, en raison des règles de l’amateurisme. Ils devaient gagner leur vie et pour cela arrêter de nager, l’un à 24, l’autre à 22 ans, alors que Phelps a gagné une fortune en nageant. Weissmuller devint on le sait un Tarzan de l’écran, et Spitz signa de plantureux contrats, cela mit un coup d’arrêt à leurs carrières.

Vous l’avez compris, la désignation du meilleur nageur de tous les temps ne peut être autre chose qu’un jeu. Les émotions, mais aussi les querelles de générations s’y mêlent. En football, les anciens désignent Pelé comme le plus grand. La génération suivante en pince pour Maradona. Les plus jeunes ne jurent que par Messi.

En natation, depuis toujours, les feux ont été focalisés sur les sprinteurs, les noms mêmes de Weissmuller, de Spitz, voire de Phelps surnagent parce qu’ils brillaient dans des épreuves courtes. Ces épreuves donnent lieu à relais, et donc à médailles supplémentaires. A la condition d’appartenir à la natation dominante, ce qui est le cas pour les trois, l’affaire devient bêtement statistique. Quatre sont mieux que trois, sept sont mieux que quatre, huit sont mieux que sept, etc. Une fois ce genre de comptabilité en marche, allez l’arrêter !

La voix du peuple propose aussi que ce soit l’universalité d’une discipline qui désigne les plus grands : « allez dans la rue, dit-il, vous risquez de tomber sur plein de gens qui ont couru un 100m plat dans leur vie, mais bien peu qui se sont essayé à nager un 200m papillon dans une piscine » dit à ce sujet Wallechinsky. Mais il convient de ne point trop abuser de cet argument de bon sens, pas si profond qu’il en a l’air. Ce n’est pas parce que des millions de gens pendouillent aux flancs des montagnes que l’exploit de Sir Edmund Hilary et du Sherpa Tensing, vainqueurs de l’Himalaya, prend une dimension surhumaine !

De tout ce qui précède, il ressort deux ou trois probabilité : un, ce n’est pas forcément la « course reine » qui est le vrai étalon de l’excellence en natation ; deux, si Phelps avait été australien et Ian Thorpe américain, c’est Thorpe qui aurait été retenu comme le meilleur nageur de l’histoire. Au point où nous en sommes, nous nous permettrons ici un autre crime de lèse-majesté : nous attribuerons la palme un héros des bassins, à Londres, ni à Phelps, ni au vainqueur du 100m, mais bien au Chinois Sun Yang, vainqueur du 400m et du 1500m et second de Yannick Angel sur 200m.

« PHELPS N’A RIEN INVENTE ! »

par Eric Lahmy

6 juin 2013

En 2009, Michaël Phelps avait effectué son retour à la compétition, après une coupure post-olympique de six mois, dans un style inhabituel, mouvement de bras de crawl et battement jambes de papillon. Mais le crawl papillon avait été inventé 42 ans plus tôt par le Français Alain Mosconi.

La technique de crawl dauphin développée par Michaël Phelps et son entraîneur Bob Bowman, était tout sauf une nouveauté, affirmait alors un Français de 60 ans. Alain Mosconi, qui fut recordman du monde du 400m et du 800m en 1967, avait de bonnes raisons de clamer sa certitude. Le premier nageur de crawl dauphin du monde, c’était lui.

Quarante-deux ans avant Bowman et Phelps, Mosconi et son entraîneur à Marseille Georges Garret, s’associèrent dans une expérience originale sans précédent : ils greffèrent une ondulation de dauphin à l’attaque de bras classique du crawl.

 « Phelps n’a rien inventé. Avec ‘’Tonton’’ (le surnom de Garret), se souvient Alain, jeune retraité après avoir été entre autres le directeur de Fiat-France, nous avons essayé d’utiliser en crawl un dauphin à la place d’un battement classique, principalement sur mes distances, le 400m et le 1500m. Mais c’était épuisant. On s’était préparés, je me souviens, pendant deux ou trois mois, en bassin de 25m… On mettait ça au point. Mais c’était vraiment coton. »

L’ancien entraîneur national, Michel Pedroletti, qui nageait à Marseille, se souvenait avoir vu Mosconi nager un 200m tout près des deux minutes, performance qui l’avait frappé, car à l’époque, le record de France de la distance avoisinait les 1’58’’.

« J’ai nagé une compétition dans cette technique, à Paris, en juin, un 400m, raconte Mosconi. On ne peut pas faire n’importe quoi avec ce style. Sur moyennes et longues distances, on a intérêt à s’économiser. Garder un équilibre tout en améliorant la puissance des bras… L’ondulation est épuisante, et exige des abdominaux d’enfer et un entraînement permanent.

« Je ne crois pas ce style très utilisable sur 50m ou 100m, ce que fait Phelps, mais il est vrai que depuis les techniques de nages sont tellement différentes, et les combinaisons améliorent tellement la flottabilité que la meilleure portance pourrait, peut-être, permettre de faire quelque chose en sprint ? »

Dès lors, l’interdiction des combinaisons aura-t-elle changé la donne et clos une opportunité pour ce style peu orthodoxe ? Nul ne le sait. Mais Mosconi avait trouvé à l’époque dans le crawl dauphin un avantage inattendu :

« Pourquoi cette expérience ? J’étais plus rapide en battements de crawl qu’en dauphin. Donc a priori, quel intérêt ? Mais, greffé au mouvement de nage de crawl, le dauphin opérait un tel transfert de puissance sur les bras qu’il y avait un gain. »

L’expérience s’arrêta là. Mosconi, à l’approche des Jeux de Mexico, préféra jouer la sécurité dans un style plus classique. Le crawl-dauphin disparut du paysage sportif.

Le jeu bizarre de George Corsan 

Le battement simultané des jambes (dauphin) a trouvé son expression sportive vers 1950, quand, de la brasse, est né le « papillon ». Mais il est plus ancien que ça.

Au milieu des années 1920, l’Allemand Erich Rademacher, le meilleur nageur de brasse de l’époque, doublé d’un petit malin, s’amusait à tester les limites d’un style trop codifié à son goût. Il plaçait d’habiles coups de ciseau (prohibés) vers le milieu du bassin, quand les juges percevaient mal les mouvements. Dans les virages et aux arrivées, il lui arrivait de ramener les deux bras devant le corps au-dessus de l’eau et non pas sous l’eau, comme le règlement avait oublié de le spécifier ! Dix ans plus tard, un jeune nageur de Brooklyn, aux USA, Henry Myers, effectua ce retour aérien des bras pendant toute la durée de ses courses. Le « papillon » était né.

Ou plutôt « la brasse papillon », car derrière, les jambes continuaient de « grenouiller ». Il fallait encore cloner le papillon de Rademacher avec une ondulation verticale et simultanée des jambes. Ce fut fait vers 1950.

Mais qui a créé cette ondulation des jambes ? En 1911, à Toronto, lors d’un « carnaval de natation », un jeune coach US, David Armbruster assista à une démonstration de « battements de jambes en queue de poisson » (fish tail kick) effectuée par le Canadien George Corsan, l’un des cerveaux les plus fertiles qui aient hanté les bassins. Ce battement simultané des jambes était très propulsif. Corsan formula l’hypothèse que le « fish tail kick » pourrait remplacer le classique battement de pieds. Pourtant, l’innovation sombra dans l’oubli.

En 1932, Armbruster, devenu le coach de l’Université d’Iowa, observa un de ses sprinteurs, Jack Sieg, posé dans l’eau sur un côté, effectuait des ondulations de jambes, très amples et propulsives. Ce spectacle amusait tout le monde, mais déclencha l’intérêt d’Armbruster, car Sieg reproduisait le « fish tail kick » de Corsan ! Armbruster demanda à son nageur de reproduire son ondulation, mais en étant posé sur le ventre, et de la greffer sur une attaque de bras de brasse classique. Le dauphin, qui avait raté sa vocation de battements de jambes de crawl, avait trouvé sa place. En 1952, il entrait au programme olympique comme l’incontournable action de jambes du papillon. Quant au dauphin sur le côté de Sieg, il allait être retrouvé par Misty Hyman, qui deviendrait championne olympique du 200m papillon aux Jeux olympiques de Sydney. Preuve qu’une bonne idée n’est jamais perdue

Une question reste posée. Bowman a-t-il pensé sérieusement qu’il améliorerait la vitesse de son nageur avec ce style hybride ? N’a-t-il pas seulement cherché à redonner un objectif à Michaël Phelps, à lutter contre l’usure morale en l’associant à un projet aussi original et amusant ? Il ne perdrait rien en échouant, car le crawl dauphin est très exigeant. Le travail cardiaque, la condition physique et la puissance abdominale qu’il exige, ne furent pas perdus quand Phelps retourna au crawl classique. Le meilleur nageur du monde avait seulement effectué à l’envie des « éducatifs » enrichissants.

AGNEL A ENCORE DES CARTES EN MAINS

Par Eric LAHMY

Yannick Agnel a repris l’entraînement à Nice. Mettant fin à trois semaines à jouer les poissons hors de l’eau, il réaligne des longueurs dans son bassin fétiche. Tout n’est peut-être pas perdu dans la saison du double champion olympique de Londres, et il se pourrait qu’il reste un candidat sérieux sinon au titre, sans doute à une médaille, aux prochains championnats du monde de Barcelone.

Il est possible que le « coup de grisou » niçois qui l’a conduit à se séparer de son entraîneur Fabrice Pellerin n’affectera pas autant que cela la suite des événements. Après son éclat, Agnel n’a pas nagé pendant une vingtaine de jours, mais on l’a revu aligner des longueurs à Nice. Lionel Horter, le DTN, a tenté de lui rappeler où se trouvait son intérêt. Même en limitant son ambition à nager les relais, ce souhait pourrait ne pas être agréé s’il n’était pas prêt. Mais en reprenant ici et maintenant sa préparation, il peut être en l’état de défendre ses chances individuelles. A condition de le vouloir ! Après tout, quelqu’un qui a nagé comme il l’a fait aux championnats de France avec une gastro-entérite peut se sortir de situations où tout autre coulerait corps et biens.

Le « divorce » entre l’entraîneur Fabrice Pellerin et son nageur Yannick Agnel a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. C’est pourtant une histoire classique, au goût de déjà vu. Combien de nageurs, parvenus à un point de leur parcours, ont eu besoin de changer d’eau. Il y a là un air d’adolescent désireux de s’affranchir de la tutelle de ses parents.

A l’issue de son triomphe olympique de Londres, la question se posait, autour de lui, de savoir ce qu’Agnel pourrait faire désormais. Ses parents, son agent, lui-même s’interrogeaient à ce sujet. Dans quelle direction aller ? Son premier sponsor avait avancé l’idée que son avenir se situait aux Etats-Unis. Logique. L’Université nord-américaine représente depuis toujours le modèle de ce qui se fait de mieux pour qu’un champion puisse marier études et pratique de son sport. Certes, Yannick est désormais un professionnel de la natation, et selon les règles d’éligibilité de la NCAA (la fédération du sport étudiant aux USA), ne peut donc pas disputer les compétitions universitaires.

Mais à la rentrée, Agnel a choisi de rester à Nice ; on imagine qu’il n’avait pas encore coupé le cordon ombilical avec un entraîneur qui l’avait propulsé aux sommets.

TROP, C’EST TROP

Nous nous étonnions déjà cependant de certains mantras du système Pellerin. Exiger de ses nageurs un retour dans le bassin seulement deux semaines après leur retour de Londres, était-ce bien raisonnable après l’incroyable effort consenti par Agnel, Muffat, Lefert and co pendant les mois qui précédaient la compétition ? Ces jeunes gens ne cachaient pas qu’ils approchaient du point de rupture physique et psychologique. Alors que les post modernes de la natation essayaient dans tous les pays d’alléger et de raccourcir le programme d’entraînement, Pellerin, lui, l’avait rallongé. On nageait du lundi au lundi, en quelque sorte. Il estimait avoir brisé un tabou ! Ne pas pouvoir sortir la tête de l’eau est peut être le meilleur moyen d’obtenir le maximum d’un nageur, mais à condition que cela ne dure pas indéfiniment, car  c’est aussi le meilleur moyen de raccourcir sa carrière par écœurement. Comme dit le bon peuple, trop, c’est trop.

Repartir trop tôt après les Jeux, enchaîner sur une saison hivernale de très grosse qualité (records du monde en petit bassin, sur 400 mètres pour Agnel, sur 800 mètres pour Muffat) c’était rajouter des contraintes excessives à celles, extraordinaires, qui avaient conduit aux résultats de Londres. On aurait compris une telle approche pour des nageurs qui auraient raté leur objectif londonien (comme la Hongroise Katinka Hosszu, furieuse de ses performances aux Jeux, qui s’est écartée de son entraîneur américain Dave Salo et a ravagé les podiums des compétitions cet hiver). Pour nos Niçois, un bon coup de frein, puis une reprise progressive en saison auraient été bienvenus.

Cela dit, quand les grosses performances sont tombées aux championnats de France d’hiver puis à Chartres, aux championnats d’Europe en petit bassin, il était difficile de faire la moue !

Assez rapidement, cet hiver, dans l’esprit d’Agnel, l’image de son entraîneur s’est détériorée, et les deux hommes ne se supportaient plus. L’extrémisme un peu fanatique de l’entraîneur lui pesait. Agnel a aussi évoqué un manque d’empathie. Pellerin a rassemblé de son côté tous les souvenirs de ce qu’il avait fait pour son nageur. Il ne s’agissait pas de cela, mas du peu de sympathie que l’entraîneur avait témoigné lors d’un deuil cruel. Agnel en a été affecté de façon émotionnelle et sa perception non pas technique, mais humaine, de Pellerin, en a souffert.

Il est arrivé au couple Agnel-Pellerin ce qui est arrivé au couple Manaudou-Lucas quelques années plus tôt. Agnel n’avait que quatorze ans quand leur tandem s’était forgé. Il ne pouvait plus être le même homme, à vingt ans, héros reconnu des Jeux, sollicité de toutes parts. Autant Agnel que Manaudou avaient accédé à un statut où le tais-toi et nage (qui n’a jamais lieu d’être) n’est plus du tout de mise.

Ces entraîneurs auraient dû comprendre, un, qu’ils devaient inventer une nouvelle façon de diriger ces gens là, deux, que la carrière d’un nageur, quels que soient les sacrifices consentis par son entourage, lui appartiennent, et n’appartiennent qu’à lui. Mais le caractère excessif de ces meneurs d’hommes les a empêchés – au moins à ce point de leur histoire – de négocier, de comprendre, d’admettre, de patienter. Ce qui est remarquable, c’est que le même destin a frappé le couple des « primaires » Lucas et Manaudou et le couple des « intellos » Pellerin et Agnel. Ce qui tend à démontrer que le problème se situe ailleurs que dans l’intellect.