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MANUEL EN AUTOMATIQUE : LA MEILLEURE SPRINTEUSE DE COMPÉTITION DU MONDE

ELLE LAISSE AUX AUTRES LE SOIN DE BATTRE LES RECORDS, MAIS QUAND TOUTES SONT LA ET DOIVENT SE DISPUTER LE GROS STEAK, C’EST SIMONE QUI RAMASSE LA MISE

Éric LAHMY

Dimanche 25 Février 2018

A la piscine de Federal Way, Washington State, zone horaire du Pacifique, le « Pac-12 » féminin, rendez-vous de l’ouest, s’est achevé samedi soir. Simone Manuel a confirmé une nouvelle fois sa suprématie de sprinteuse. La brune étudiante de Stanford est remarquable par la régularité de ses performances et sa capacité d’élever son niveau au prorata de l’enjeu (capacité qui fait d’elle, quelles que soient les hourras – fort justifiés – qui saluent les prestations de Sjöström et de Campbell, la meilleure nageuse de vitesse du monde, et en tout cas la plus capée). Elle a enlevé le 100 yards avec deux dixièmes de seconde d’avance sur Abbey Weitzeil. Il est remarquable qu’à chaque rencontre des deux super-sprinteuses du PAC-12, ce soit généralement Manuel qui soit allée plus vite, parfois d’un rien.

Mercredi, elles auraient pu se retrouver dans le premier relais, quatre fois 50 quatre nages, mais Abbey Weitzeil, pour Berkeley, y fut utilisée en… brasse, où son temps lancé, 26s58, est le meilleur de toutes les séries (meilleur que celui de la brasseuse maison de Cal, Harrison, 26s75, meilleur que les 27s03 de Riley Scott, qui gagnera le 100 yards brasse), tandis que Manuel signe un bon 21s14 lancé…

Leur affrontement commence donc jeudi sur 50. Si, à l’issue des séries, Weitzeil domine, 21s64 contre 21s67, Manuel gagne en finale, en 21s20 contre 21s41.

Leur course suivante est le relais quatre fois 50 libre. Le quatuor de Californie l’emporte, et Weitzeil signe pour finir le meilleur temps lancé, 21s juste, tandis que Manuel, qui a nagé le deuxième relais pour Stanford, réalise 21s22.

Dans le relais quatre fois 100 quatre nages, lancées, Manuel, 45s95, Weitzeil, 46s00.

Course individuelle du 100 yards : en séries, Manuel, 47s14, Weitzeil, 47s43. En finale, Manuel, 46s43, Weitzeil, 46s63. Relais  quatre fois 100 yards : Manuel 46s13 ; Weitzeil, 46s35.

Il n’est pas impossible que lors des finales NCAA, le mois prochain, les duels du sprint se limitent à l’affrontement de ces deux filles, nées la même année, 1996, et de gabarits équivalents, Weitzeil, 1,78m, Manuel, 1,80m. Mais bien entendu, Mallory Comerford pourrait se mêler à l’affaire

Mais jusqu’ici, c’est Manuel qui domine. Celle que les Américains saluent comme « la première Africaine-Américaine qui, etc., etc. », est championne olympique à Rio en 2016 et championne du monde à Budapest en 2017, recordwoman des USA avec 52s27, et elle tient aussi la route sur 50, yards ou mètres, 2e à Rio aux Jeux, 3e à Budapest aux mondiaux. Mais le plus remarquable, c’est qu’elle est bien la seule (quoique Kromowidjojo…) à n’avoir jusqu’ici jamais raté une course importante, et toujours fait au moins aussi bien et souvent mieux que ce qu’on attendait d’elle.

Sur 200 dos, Kathleen Baker a pris sa revanche sur Janet Hu qui l’a devancée vendredi au 100. Baker, partisane des départs rapides, a opté pour une stratégie apparemment assez folle, partant très vite, passant en 25s26, 52s52 (au pied, puisqu’avec le virage, alors qu’elle a nagé 50s13 dans l’épreuve individuelle du 100 yards). Hu est alors pointée en quatrième position avec 54s32, soit une longueur de corps derrière.

Hu a beau larguer Howe et Bilquist dans le troisième quart de la course, elle ne reprend rien à Baker, qui, 27s48 contre 27s56, garde ses distances au 150 : 1’20s contre 1’21s88. Baker signe la 4e performance de l’histoire avec 1’48s27, à quatre dixièmes des 1’47s84 record d’Elizabeth Pelton, record NCAA établi en 2013.

Sur 200 papillon, Louise Hansson (USC) employa la tactique de Baker du départ ultra-rapide, en l’aggravant même un petit peu, passant à mi-course en 51s81 alors qu’elle avait gagné le 100 papillon en 50s17. Mais dans sa seconde moitié de course en 59s32, elle se fit reprendre par Ella Eastin, de Stanford, qui avait, elle, bien équilibré son effort, passait en 53s51 et finissait en 56s justes ! Eastin battait un vieux record d’Elaine Breeden, nageuse olympique en 2008 et diplômée d’histoire ancienne, ce qu’était devenu, d’une certaine façon, son record. Eastin, qui détient déjà le record NCAA du 200 yards quatre nages, est une vraie spécialiste des courses équilibrées, finissant toujours très fort : c’est de cette façon qu’elle remporta l’an passé les titres NCAA des 200 et 400 quatre nages…

DAMES.- 100 yards : 1. Simone Manuel, Stanford, 46s43 ; 2. Abbey Weitzeil, Cal-Berkeley, 46s63; 3. Robin Neumann, Cal-Berkeley, 48s09.

1650 yards : 1. Megan Byrnes, Stanford, 15’49s39 ; 2. Leah Stevens, Stanford, 15’52s54.

200 yards dos: 1. Kathleen Baker, Cal Berkeley, 1’48s27; 2. Janet Hu, Stanford, 1’49s49; 3. Ally Howe, Stanford, 1’50s05; 4. Ami Bilquist, 1’50s23.200 yards brasse: 1. Maggie Aroesti, USC, 2’6s85; 2. Riley Scott, USC, 2’7s29; 3. Brooke Forde, Stanford, 2’7s43.

200 yards papillon: 1. Ella Eastin, Stanford, 1’49s51 (record NCAA, ancien, Elaine Breeden, Stanford, 1’49s92 en 2009); 2. Louise Hansson, USC, 1’51s13; 3. Katie Drabot, Stanford, 1’52s07 (en série, 1’51s99).

4 fois 100 yards : 1. Cal-Berkeley, 3’9s04 (Amy Bilqvist, 47s79, Katie McLaughlin, 47s43, Kathleen Baker, 47s47, Abbey Weitzeil, 46s36); 2. Stanford, 3’9s76 (Janet Hu, 47s57, Katie Ledecky, 48s08, Alex Meyers, 47s98, Simone Manuel, 46s13). Meilleur temps au start, Louise Hansson, Suède, USC, 47s41.

SAUVE QUI PEUT, LES FILLES : KATIE LEDECKY EST DE RETOUR !

MADEMOISELLE CASSE-TOUT A CONSERVÉ SA FAÇON D’EXPÉDIER LES AFFAIRES COURANTES  ET CONFIRME SES EXCÈS DE VITESSE LORS DES PAC 12, TOMBE UN VIEUX RECORD DE KATINKA HOSSZU SUR 400 QUATRE NAGES, DYNAMITE LE 500 YARDS ET FLINGUE SIMONE MANUEL IN-EXTREMIS SUR 200… À L’ORDRE DU JOUR ? TOUTES AUX ABRIS !

Éric LAHMY

Samedi 24 Février 2018

A la piscine de Federal Way, Washington State, zone horaire du Pacifique, le « Pac-12 » féminin, rendez-vous de l’ouest, réunit quelques fleurons de la natation universitaire féminine. On y trouve ainsi Simone Manuel et Katie Ledecky, qui, à elles deux, ont ravagé la nage libre olympique aux Jeux de Rio – tous les titres du 100 au 800 et fait pas mal le ménage aux mondiaux 2017 de Budapest.

Au passage des 200 yards de son 500 yards, Ledecky passait en 1’45s65, qui prenait entre 0s90 et 1s72 par 50 yards sur sa suivante, Elle Eastin, équipières de Stanford, pourtant considérée comme une bonne stayer elle-même. Katie martelait l’élément liquide à sa typique façon, tirant d’avant en arrière comme si elle était en train de pelleter, et maintenait une magnifique égalité d’allure, 51s54, 54s11, 53s62, 53s74, 52s99. Son temps final, 4’26s09, approchait son record US, 4’24s06, établi le 16 mars de l’an passé, et le record de la compétition qu’elle avait porté l’an passé à 4’25s15. On peut donc dire que Ledecky reste égale à elle-même.

Sur 100 yards dos, Kathleen Baker, la vice-championne olympique du 100 mètres dos des Jeux olympiques de Rio, et 2e aussi des mondiaux 2017 derrière Kylie Masse, perdait, devancée par Janet Hu, laquelle approchait le record NCAA, 49s69, d’Ally Howe ! Contrecoup, pour Baker de sa victoire, la veille, sur 200 quatre nages avec une forte avance, dans une course dont les sept premières étaient des étudiantes de Stanford et de Cal après, mercredi, avoir été employée dans les relai de Cal (Berkeley), d’abord dans un 50 yards dos, puis dans un 200 yards libre?

Vendredi, Ledecky signait un de ces doublés qui ont fait sa réputation. Elle commençait gagner le 400 quatre nages, améliorant d’un centième de seconde le record, vieux de six ans, des NCAA, de Katinka Hosszu, de la plus petite marge possible, un centième, 3’56s53 contre 3’56s54. Selon sa technique d’attaquante furibarde, Katie avait attaqué bille en tête et avait mené la danse en papillon, puis en dos où d’étonnante façon, elle prenait le large devant Ella Eastin, pourtant dossiste des plus confirmée (record NCAA du 200 en témoigne). Il fallut la brasse pour qu’Eastin lui repasse devant, mais pas assez pour empêcher, en crawl, Ledecky de la passer… Vingt six minutes après le début de cette course, Katie se remettait à l’eau sur 200 libre et parvenait in extremis à devancer une Simone Manuel qui menait encore d’une demie longueur aux cent cinquante. Les passages ? Ledecky, 24s18, 49s71 (25s53), 1’15s51 (25s80) pour 1’40s71 (25s20); Manuel, 23s43, 48s80 (25s37), 1’14s68 (25s88), 1’40s78 (26s10). Les autres finalistes étaient laissées entre cinq et huit mètres derrière ! Le record de la course reste à Missy Franklin, 1’39s10…

Le tournoi avait débuté mercredi par deux relais, un de quatre nages sur 200 yards, où trois équipes, Californie, 1’34s13, Stanford, 1’34s79, et USC, 1’35s36 ; et le quatre 200 yards où Stanford, 6’53s86, malgré une grande Ledecky pour finir en 1’41s21, mais sans la non moins grande Simone Manuel que la coach avait réservé pour le 50 yards (épreuve qui achevait la session), avait subi la loi du quatuor de Cal, 6’52s62. Avec Manuel, je pense que le résultat eut été inversé.

Jeudi, c’était toujours Cal devant Stanford dans le relais quatre fois 50 où Weitzeil avait terminé en 21s. Et cette fois, la présence de Manuel (21s22) n’avait rien pu changer… Stanford prit une belle revanche dans le relais quatre fois 100 mètres quatre nages, où les deux premières formations, Stanford, 3’25s15, et Californie, 3’25s50, effacèrent le vieux record (deux ans) de la première, 3’26s14 en 2016.

Ce samedi les finales débutent l’après-midi par le 1650 yards. Devinez le nom de la favorite ! Ce ne sera pas Ledecky. Elle a nagé – et gagné – trois courses, et les règlements NCAA ne permettent pas plus de trois engagements en courses individuelles.

 DAMES.- 500 yards : 1. Katie Ledecky, Stanford, 4’26s09 ; 2. Ella Eastin, Stanford, 4’34s04; 3. Lauren Pitzer, Stanford, 4’36s61; 4. Kisten Jacobsen, UA, Arizona, 4’37s47.

100 yards dos: 1. Janet Hu, Stanford, 49s93; 2. Kathleen Baker, Cal, 50s13.

100 yards brasse: 1. Riley Scott, USC, 58s81; 2. Silvia Kansakovski, ASU, 59s04; 4. Kim Williams, Stanford, 59s07

200 yards quatre nages: 1. Kathleen Baker, Cal, 1’52s70.

400 yards 4 nages: 1. Katie Ledecky, Stanford, 3’56s53 (record NCAA, ancient, Katinka Hosszu, Hongrie, 3’56s54); 2. Ella Eastin, Stanford, 3’57s32.

LE RETOUR ESPÉRÉ DE MISSY FRANKLIN PASSERA PAR L’UNIVERSITÉ DE GEORGIA

Éric LAHMY

Samedi 24 Février 2017

Missy Franklin, est-ce fini? L’héroïne des Jeux olympiques de Londres et des mondiaux de Barcelone, 2012 et 2013, à seize et dix-sept ans, a disparu – en tout cas des podiums de natation. Chaque année qui suivit amena, pour elle, une régression de ses performances. Après une saison 2016 catastrophique (du moins par rapport au niveau atteint précédemment) adornée, aux Jeux olympiques, d’une 14e place ex-aequo sur 200 mètres, d’une autre 14e place sur 200 mètres dos, et marquée par son remplacement dans la finale du relais quatre fois 200 mètres en raison d’un parcours peu brillant dans les séries de qualification, Franklin, victime depuis 2014 de spasmes dorsaux et contrainte en outre à une double opération aux épaules (bursite), si elle s’est remise à l’eau, fin mars 2017, s’est alors contentée d’une préparation limitée (article de Karl Ortegon, SwimSwam 29-3-2017).

Alors, en 2018?

Cela pourrait bien être l’année de son retour. Franklin s’entraîne, et le but de la saison sera les championnats nationaux, en juillet prochain. Elle envisage, d’ici là, de s’engager dans quelques meetings pros…

Franklin a continue d’honorer avec la sérieux qui la caractérise ses contrats de sponsoring (sa fortune est estimée à $3 millions. Mais elle a aussi changé d’implantation. Elle qui s’entraînait, au sortir de ses années NCAA, avec Dave Durden, le coach de l’équipe masculine de Cal Berkeley, a décidé en janvier de quitter cette université pour s’installer à Athens, en Georgie. Elle y nagera avec les « Bulldogs » (célèbres pour leur équipe fanion de football américain).

Franklin a beaucoup hésité à effectuer ce mouvement qu’elle croyait « égoïste ». D’une façon typique de cette nageuse aimable, réservée et toujours très occupée à ne faire de peine à personne, elle a raconté avoir eu du mal à annoncer la nouvelle de son départ à Durden, coach qu’elle respecte et dont elle dit que sans lui, elle n’aurait peut-être pas pu continuer à nager. Mais elle a pris son courage à deux mains et décidé finalement qu’elle devait opter pour les solutions les plus favorables, compte tenu de ses choix à venir, qui comprennent un retour au niveau d’ici les Jeux olympiques 2020, à Tokyo.

Deux mois avant son échec de Rio, un diagnostic psychologique (dépression et anxiété) répondit à quelques interrogations concernant son état de santé et ses résultats athlétiques.

Il semble que cette situation venait d’un stress excessif. Franklin eut tout loisir de méditer sur la question dans le contact de Michael Phelps. « Elle constata que son co-équipier de l’équipe US était visiblement différent des années précédentes, montrant un visage souriant, joyeux et un vrai plaisir à pratiquer son sport. Elle songea qu’elle voulait faire de même » a-t-on pu lire dans une récente dépêche d’AP.

Pendant la longue période de repos et de rééducation qui suivi ses opérations aux épaules, où elle manqua les championnats des USA et les mondiaux de Budapest, elle prit le temps de réfléchir. Au sortir de la « high school », elle avait un peu hésité entre Berkeley et Georgia. Elle avait choisi la Californie, mais depuis quelques temps, elle était désireuse de retrouver Jack Bauerlé, le coach des Bulldogs, qui l’entraînait quand elle se sélectionna pour la première fois, à l’âge de treize ans, et avec qui elle n’avait jamais perdu le contact.

En Georgie, si Missy, qui est professionnelle et n’est pas éligible, ne nagera pas dans l’équipe universitaire, elle s’entraînera avec de très fortes camarades, membres de l’équipe US, Chase Kalisz, Melanie Margalis et Olivia Smoliga et se trouvera assez près de son petit ami de longue date, qui vit à Nashville. John Martens, un nageur et diplomé en ingénierie civile de 23 ans. Elle va étudier (psychologie) pendant un an et demi, quelques-uns des partiels passés à Cal n’étant pas transférables en Georgie, nage à un rythme intense et se sent rassurée au sujet de la solidité de ses épaules quoiqu’elle continue de consulter par précaution un thérapeute de temps en temps. Elle veut retrouver son endurance, sa force et donc l’efficacité de sa nage, et, surtout, aime-t-elle dite, la Missy Franklin qui était heureuse de nager. « Je reviens du fond, et je sens la pression ; les gens attendent un come-back, mais je n’en ai cure. Cela ne m’intéresse pas, parce que je ne puis contrôler ça. »

ÉPAULE RECONSTRUITE, ANNA SANTAMANS N’EN A PAS FINI AVEC LA RÉÉDUCATION

Éric LAHMY

Jeudi 22 Février 2018

Aujourd’hui, pour la première fois, j’ai fait un mouvement de crawl niveau loisirs piscines. » Anna Santamans s’esclaffe. Depuis neuf semaines, la nage de la multi-championne de France du 50 mètres était réduite à zéro.

Opérée le 11 décembre dernier d’une épaule (la gauche), suite à une série de luxations handicapantes (« je n’avais plus le choix, en octobre dernier, je ne pouvais plus nager », dit-elle), Anna Santamans, à la veille d’un stage des Marseillais à Antalya, en Turquie, où le groupe de l’eau libre s’est rendu la semaine passée, est bien contrainte de prendre son temps, et son mal en patience.

L’incident qui acheva cette malheureuse coiffe de l’épaule, nom que l’on donne au point de rencontre de tout un entrelacement de tendons qui se réunissent au sommet de la ceinture scapulaire se tint alors que, sur une machine TRX (comme Total Resistance Exercise), elle effectuait un truc assez périlleux : des pompes, épaules en avant. La musculation est devenue indispensable aux nageurs, depuis qu’ils ont découvert l’utilité d’être forts, mais parfois on ne sait pas trop comment la pratiquer sans risques de traumatismes ! Des études commencent par exemple à tomber sur les effets secondaires des Battle Ropes, un « must » dans les programmes de musculation de certaines équipes, mais qui prédisposeraient à certains soucis d’épaules. Les tirages « en bascule » à la barre fixe, mais aussi les pompes aux anneaux, l’exercice qu’était en train de réaliser Santamans ce jour d’octobre sont dans le collimateur. Selon Scott Abel, de TNation, effectuer ces types de pompes, en raison de l’instabilité du mouvement, serait, si le corps est lesté, « aussi con qu’effectuer des squats lourds sur un ballon suisse. » Bref, il vaut mieux prendre garde et peut être, comme dit encore Abel, retenir qu’en termes d’exercices de musculation, ce qui est « essayé et démontré » est mieux que ce qui est « nouveau »…

Passons. Avec son épaule toute neuve, Santamans galère quand même, quoique le moral paraisse bon.

 « Le chirurgien m’avait dit qu’au bout de six semaines après l’opération, je ferais des pompes, explique Anna, je me suis donc figurée que je re-nagerais fin janvier ; et en effet, je refais des pompes, mais après deux mois de rééducation, je ne peux toujours pas nager. Les pompes et la nage sont deux choses différentes : les pompes, c’est des poussées, nager, c’est effectuer un tirage ; il y a en outre la souplesse aérienne, pour le retour du bras. Et en plus, j’ai des douleurs annexes à l’épaule qui sont handicapantes. »

Donc, depuis plus de deux mois, notre sprinteuse n° 1 se rééduque, et pas qu’un peu : deux heures chaque jour, avec les kinésithérapeutes du Cercle, qui disposent d’un cabinet en ville avec piscine où, dit-elle, « la portance de l’eau aide » ; pas mal de travail spécifique, du vélo, de la musculation. Et du repos, essentiel. Elle note quand même « pas mal de progrès.

Elle qui ne met pas la souplesse articulaire parmi ses qualités premières, tente d’en retrouver suffisamment pour effectuer ses mouvements. Il lui faut aussi reprendre de la force, perdue après l’opération et l’immobilisation qui a suivi. Elle qui, sprint oblige, avait développé une sacrée musculature, s’est retrouvée avec des bras « comme des allumettes. »

Anna retrouvera-t-elle son niveau ? Elle fait tout pour. Cela ne sera pas facile. Pour la première fois depuis six ans, on ne trouvera pas, en 2018, son nom au sommet du générique du 50 libre, elle qui avait atteint, sur la distance, une classe à part, en quelque sorte. En juillet dernier, elle avait battu avec 24s54 le record de France de la distance, achevant une longue quête. Elle avait fini première du bilan français de l’année en 2017, donc, mais aussi en 2016 (24s59), 2015 (24s76), 2014 (24s81), 2013 (24s81), 2012 (24s94), 2010 (25s36). Tout ce temps, pas une autre nageuse française n’est passée sous les 25 secondes, seuil qu’elle a franchi à trente reprises dans sa carrière…

POUR MICHEL CHRÉTIEN, DURER EXIGE DE SAVOIR REPARTIR DE ZÉRO

MICHEL CHRÉTIEN, L’ENTRAÎNEUR VEDETTE D’AMIENS, NE CROIT PAS À LA PÉRENNITÉ DU SUCCÈS EN NATATION… ET IL A DE BONNES RAISONS. TOMBÉ, COMME ON DIT, DANS LA MARMITE DEPUIS DES LUSTRES, IL NE CESSE DE RECONSTRUIRE SON ÉQUIPE POUR QUE SON CLUB RESTE L’UN DES CHEFS DE FILE DE LA NATATION FRANÇAISE

Éric LAHMY

Mercredi 21 Février 2018

Né le 4 avril 1957 à Amiens, Michel Chrétien nage au club local jusqu’à l’âge de quinze ans, à un niveau moyen. Pour des tas de raisons, il ne s’accroche pas à sa pratique, et il est remarquable que nager cesse très tôt de l’intéresser, alors qu’il se passionne à l’idée de faire nager, au plus haut niveau. C’est une démarche mentale intéressante qu’un souci enseignant, pédagogique puisse ainsi se substituer à un intérêt évanoui, et le relancer sous forme d’une passion de longue haleine.

Le succès, dans ce domaine, il l’atteint à travers ses élèves. Les podiums auxquels il ne rêve pas, pour lui – ou il se défend de rêver, ou encore n’estime pas être en mesure de les atteindre – ce sont ses épigones qui les lui procureront.

C’est une démarche assez classique au fond, que cette ambition par procuration, jugée assez dangereuse quand elle atteint les parents de champions. Un enfant peut être prisonnier des ambitions excessives de ses parents. Mais il peut trouver, dans le développement psychologique équivalent de l’entraîneur, tout au contraire, un allié. On n’échappe pas sans douleur à sa famille, mais un coach a beaucoup moins de prise. Si l’on reste avec lui, c’est qu’on le veut bien… Ce qui, avec un père, peut être objet de souffrances ou d’abus, un affrontement, devient, avec un coach, une rencontre.

« J’ai toujours aimé entraîner, dit Chrétien, m’occuper des jeunes, façonner de bons nageurs, J’ai toujours été un spectateur du beau geste, eu le sentiment de l’esthétique du mouvement sportif. Quand j’ai passé mon examen du bac, j’ai poursuivi cette ambition d’entraîner, mais attention, À HAUT NIVEAU. Je ne voulais pas faire nageoter, je poursuivais l’excellence. »

Si tout entraîneur a, par la force des choses, un profil particulier, qui participe de son goût d’enseigner, il y a plusieurs degrés, qui ne correspondent pas forcément à un « niveau » de compétence, mais sans doute à un degré d’investissement. Par « entraîneur », on désigne tout un échelonnage d’enseignants, qui grimperaient de l’auxiliaire de puéricultrice en crèche à l’instituteur, au prof de lycée et au prof d’université.

Dans notre pays, il doit y avoir entre une et deux poignées de super-coaches, sont le niveau, si vous permettez, se comparerait, toutes proportions gardées, au « professeur au Collège de France ». Ils s’occupent de nos internationaux les plus pointus. Un d’entre eux, ces dernières années, s’est montré, si j’ose dire, nobélisable, le Niçois Fabrice Pellerin. Michel Chrétien est de cette petite phalange que vient de quitter malheureusement Eric Boissière, à laquelle appartiennent Philippe Lucas, Lionel Horter, Romain Barnier…

Cela ne s’est pas fait en un jour. « Ça a commencé l’air de rien il y a 40 ans », dit-il. Il a émargé au plus haut niveau, avec l’apparition de Jeremy Stravius (sa thèse de doctorat), champion du monde 2011, il y a bientôt sept années.

« Ça » commence bien plus tôt. Michel n’a pas vingt ans, quand il décide d’étudier en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) et au CREPS (centre d’éducation populaire et de sport du réseau d’établissements publics du ministère), afin de pouvoir devenir coach en sport-études. Au bout d’un an, cependant il décroche, finalement prof d’éducation physique ne le passionne pas,

 

A 20 ANS, JE M’APERÇUS NON SANS ÉTONNEMENT QUE… LA PROFESSION D’ENTRAINEUR N’EXISTAIT PAS

« Comme j’étais directement intéressé par la natation, prof d’EP ne me plaisait pas trop. Ma chance a alors été de rencontrer Claude Fauquet, qui était alors ce conseiller technique régional (CTR) de la région de Picardie. Je lui avais expliqué quelles étaient mes ambitions, et il m’avait ouvert le chemin. Il me fallait, m’expliqua-t-il, passer par une formation ad hoc, le brevet d’état d’éducateur sportif 1er degré. L’effet qu’il eut sur moi fut aussi psychologique, car sa rencontre, ses conseils, décuplèrent ma motivation. »

« A 20 ans, je m’aperçus non sans étonnement que… la profession d’entraîneur n’existait pas. Il n’y avait rien, en Picardie, en fait d’employeur, aucune demande sur ce poste. Cela n’apparaissait nulle part. Je me retrouvais maître-nageur-sauveteur dans une piscine Caneton à Beaumont-sur-Oise, dans le Val d’Oise, en Île-de-France. »

Ce poste, il va l’occuper pendant seize saisons, de 1978 à 1994. Le jeune Chrétien a la foi, il a décidé qu’il serait coach de haut niveau, il sera coach de haut niveau. Vous pouvez l’imaginer, comme je le fais, arrivant pour la première séance de sa carrière, sur la plage du bassin, son chrono à la main, un groupe de jeunes dans l’eau, qui attendent. Et là, amère révélation : « désemparé, je me rends compte que je ne savais rien faire. Il y avait tout à construire, et je me suis dit : on ne peut pas continuer comme ça. »

La solution ? Repartir de zéro. Chrétien écarte les nonchalants nés du laisser-aller dans lequel ils ont évolué et va s’appuyer sur des tous jeunes, qu’il forme dès leurs six, sept ou huit ans. « Chaque année nouvelle, je créais un niveau supplémentaire. » C’était une montée d’exigences à l’entraînement, un plus de moyens offerts aux nageurs d’étudier et de nager dans ce qu’on appelle désormais « le double projet ». L’entraîneur de natation a été présenté comme un « homme de bassin », et la métaphore est juste. C’est sur les plages de la piscine, qu’il longe en fonction des mouvements des nageurs, qu’il existe pleinement.

Mais il n’est pas que cela. Il lui faut comploter beaucoup d’actions parallèles aux plans d’entraînement qu’il concocte et aux séances qu’il dirige. Dans le sport moderne, au niveau d’excellence qu’il atteint, on ne peut plus réussir dans un climat de désinvolture ou de dilettantisme distingué. Le nageur moderne d’élite, d’une certaine façon, est aussi entouré que le cosmonaute… Et le coach a une responsabilité qui dépasse souvent son outillage… Alors, il faut s’inventer homme caméléon, frapper aux bonnes portes, discourir, convaincre les édiles, les lycées, les parents et last but not least les nageurs eux-mêmes parfois…

Pour parvenir à ses fins, dit encore Chrétien « je devais improviser, convaincre, et n’avoir jamais ma porte close. »

« J’ai déniché des talents qui m’ont permis d’accéder à l’équipe de France, et là, j’ai pu passer des journées avec des coaches du haut niveau et, surtout, je n’ai jamais perdu mes contacts avec Claude Fauquet.. »

Quel était l’apport de Fauquet ? « Il connaissait très bien la natation, et, surtout, il avait une très belle approche sur un plan pédagogique. Il se posait des questions, remettait les savoirs en cause. Cette façon de ne pas se nourrir de certitudes lui donnait une approche très riche. »

En 1994, après seize ans, pendant lesquels il a évolué et est devenu entraîneur de natation de Beaumont-sur-Oise, Michel Chrétien se trouve victime d’une réforme territoriale, où il perd soudainement son poste.

C’est alors que Patricia Quint, alors entraîneur national, intervient : « elle m’a encouragé et suggéré d’entrer à la Jeunesse et aux Sports. Je suis donc entré à la J.S. du Val d’Oise, et ai continué à entraîner. En 1996, les clubs de Beaumont-sur-Oise et de Sarcelles ont fusionné. » Les villes sont séparées d’une vingtaine de kilomètres, mais Guy Canzano, le président de Sarcelles, a eu cette idée de mutualisation. Beaumont a les nageurs, Sarcelles la piscine de 50 mètres. Cet arrangement durera quelques années.  « à cette époque, je passe mon professorat de sport. Claude Fauquet devient Directeur technique national, et abandonne son poste en Picardie ce qui fait que je me retrouve en poste à Amiens. Je me trouve à nouveau confronté à un club qui, sans moyens, ne pouvait produire de résultats. »

Tel un moderne Sisyphe, revoici donc notre héros qui roule son rocher vers les sommets. Une courageuse des quatre nages cambrésienne, Céline Cartiaux, qui, après son baccalauréat,  l’a suivi, depuis Beaumont, à Amiens, l’aide à se propulser à l’international. En 2004 Cartiaux, sur 200 quatre nages, est opposée à une certaine Laure Manaudou. Céline bat le record de France en série, 2’16s65, Manaudou efface son temps et pas qu’un peu, dans la série suivante, 2’15s63 ; ça sent la poudre. En finale, Cartiaux l’emporte (1) ! Qualifiée pour les championnats d’Europe, un peu émoussée, elle ne peut, là, rejoindre les minima olympiques. Elle prendra sa retraite sportive en 2005. Elle n’en a pas moins permis à celui qu’elle appelle « mon super-entraîneur » de rejoindre l’équipe de France et de prendre la température des eaux mondiales…

Chrétien prend acte de cet échec (très relatif) de sa nageuse, « mais, note-t-il, la culture, l’essentiel, est là. » Toutes ces années, Amiens tient l’une des premières places dans le classement des clubs. Mais la grande reconnaissance du travail de Michel Chrétien va se faire à travers les résultats de Jeremy Stravius, qui sera champion du monde du 100 mètres dos, ex-aequo avec Camille Lacourt, en 2011. « Stravius m’ouvre les portes de l’international à partir de 2008. » C’est une grande période du couple entraîneur-entraîné, récompensée par un nombre impressionnant de médailles récoltées par le nageur protéiforme, aussi à l’aise en dos qu’en crawl ou en papillon…

QUAND UN NAGEUR QUITTE UN CLUB, C’EST QUE QUELQUE CHOSE S’EST MAL PASSÉ. IL NE VOUS QUITTE PAS FORCÉMENT POUR LES BONNES RAISONS

Après les Jeux olympiques de 2016, Stravius, 28 ans alors, songe de plus en plus à la retraite sportive et surtout à une reconversion, et désire encore nager, mais sans l’intensité du passé. La saison 2017 est difficile, parce que Chrétien, qui entend assurer l’avenir à travers la nouvelle génération des nageurs amiénois, Thibaut Mary , Roman Fuchs, Maxime Grousset, Thomas Avetand, Hugo Sagnes, Alexandre Derache, Fares Zitouni, âgés de 16 (Sagnes) à 23 ans (Avetand), et n’entend pas réserver à son nageur étoile un statut particulier, en raison de la valeur d’exemple. Si Jeremy, fort de son gros bagage, montre qu’en s’entraînant à minima, il peut les battre, il leur signifie un message négatif, contraire à celui de l’engagement et du travail que Chrétien juge nécessaire aux succès de ses cadets. Finalement, Stravius décide de rempiler…

« Il est difficile de durer, d’autant plus qu’à Amiens, nous ne disposons pas d’une grande structure, » dit encore Chrétien. Quand il ajoute que « la durée n’est pas aussi simple », il fait à la fois allusion à sa situation et à celle de la natation française, qui, après les grandes années Manaudou-Bousquet-Bernard-Lacourt-Stravius-Agnel-Muffat-re-Manaudou-Gilot, se trouve dans un creux, en termes de grands talents, pour, dit-il, « ne s’être pas préoccupée de l’environnement. »

Une question me brûle les lèvres : « ici, vous recréez une équipe forte, mais ne craignez-vous pas que les pièces maîtresses vous soient retirées tôt ou tard par d’agressifs adeptes du mercato ? « Je ne crois pas, répond-il sans hésiter. Entraîner des équipes de nageurs venus de l’extérieur n’est pas une chose simple. Et puis quand un nageur quitte un club, c’est que quelque chose s’est mal passé. Quand un nageur vous quitte, ce n’est pas forcément pour les bonnes raisons. »

L’une des questions les plus pertinentes qu’on puisse poser à un entraîneur me semble être celle de ses influences, de ses sources d’inspiration – techniques principalement. Michel Chrétien fait la moue : « au début, j’ai été influencé par le modèle US, que j’admirais, mais avec le temps, l’impact de ce modèle sur mon travail s’est estompé. Claude Fauquet encourageait fort justement à ne pas s’accrocher à des modèles. Vous savez, je suis un autodidacte. Alors, oui, on peut s’intéresser à ce que disait James Counsilman, j’ai beaucoup admiré les apports des grands entraîneurs russes dans le domaine de la physiologie, ce que faisait techniquement  Ryan Lochte dans l’eau, mais il faut ensuite reprendre tout ça à sa façon personnelle. J’ai beaucoup écouté les maîtres français de la natation, Denis Auguin, Fabrice Pellerin. Je questionne mes confrères, ce qu’ils font m’intéresse, cela revient à partager, à m’informer. Mais la technique, c’est aussi le nageur. Ce n’est pas moi qui ai trouvé les coulées de Stravius, c’est lui. Maintenant, bien entendu, il y a les fondamentaux, la biomécanique, tout ça. Mais après, il y a l’adaptation individuelle. Fuchs mesure 1,98m, il utilise son corps différemment d’un garçon d’1,72m. »

MES NAGEURS SONT DIFFÉRENTS, NAGENT DIFFÉREMMENT. JE LEUR APPRENDS A RESPECTER LA TECHNIQUE, MAIS LEURS STYLES DIFFERENT

J’ai appris que cette année, Chrétien avait emmené ses nageurs en stage, une demi-journée à nager dans la piscine, une demi-journée à nager dans l’océan : « on a fait ça une semaine, c’est à Mimizan, à Arcachon. Ça les sort de la piscine, on espère du beau temps, et ils refont en attendant la vague les gestes de la nage. Plus généralement, on donne beaucoup de temps au travail au sec ; on a fait des entraînements de boxe, pratiqué le yoga ; trois fois la semaine, les lundis-mercredi-vendredi, c’est musculation : travail de la force. »

On pourrait parler de bien autre chose… Le style, par exemple : chaque entraîneur en a une idée. Chaque bon entraîneur le défend, mais le récuse en même temps. Pour Picasso, Dieu était un grand artiste, mais n’avait pas un style : « il a fait la girafe, l’éléphant et le chat. Il n’a pas de style réel. Il continue juste à essayer autre chose. » Je ne saurais comparer un coach au dieu de Picasso, mais… Samedi 17 février, à Courbevoie, j’ai pu voir le duel entre ses deux « géants » sur 200 mètres, Roman Fuchs, 1,98m, et Alexandre Derache, 1,97m, et constater qu’ils ne nagent pas pareil. Derache « boîte » dans l’eau, dans un rythme saccadé, irrégulier (cela n’est pas mal nager, j’ai vu des références, Mark Spitz, Bruce Furniss, Matt Biondi, nager comme ça)… Chrétien confirme : « … oui, et Fuchs tourne de façon plus régulière, moins fluctuante. Mes nageurs sont tous différents, ils nagent différemment. Je leur apprends à respecter la technique, mais leurs styles diffèrent. C’est leur personnalité. On a souvent insisté sur les coulées de Jeremy Stravius, mais ces coulées, je ne les lui ai pas enseignées, elles sont venues de lui. Il n’y a pas de modèle unique de nageur, mais une variété, et chacun exprime dans l’eau son tempérament. »

 (1). La course est enlevée en 2’14s70 par une biélorusse du CS Clichy, Hannah Lorgeril-Scherba, qui, selon les règlements malthusiens de la France, ne peut être classée championne de France. Cartiaux, 2’15s75, devance Manaudou de 0s07 grâce à un retour en crawl d’anthologie.

USA, LILLIAN KING FRÔLE SON SOMMET AUX BIG TEN

Lundi 19 Février 2018

Aux USA, lors des Big Ten, la championne olympique du monde du 100 mètres brasse Lillian King nage (pour Indiana) au McCorkle Aquatic Pavillon, place-forte de l’Université dÉtat de l’Ohio, en 56s46 au 100 yards brasse et 2’4s68 au 200 brasse.

A noter aussi Siobhan Bernadette Haughey, hongkongaise né d’un père irlandais et d’une mère de Hong-Kong,  qui gagne un 200 libre devant Gabrielle et Catherine Deloof en 1’41s66 contre 1’42s91 et 1’43s32, ces trois filles nageant pour Michigan.

USA, CÔTE ATLANTIQUE: MALLORY COMERFORD EN VERVE

UN TRIPLÉ « CARDINAL » – 100 200 400 – POUR L’ONDINE DE LOUISVILLE

Éric LAHMY

Lundi 19 Février 2018

A Greensboro, Caroline du Nord, USA, où se sont tenus les championnats féminins de l’Atlantic Coast Conference (ACC), la grande nageuse a été Mallory Comerford. Comerford avait l’an passé été l’auteure de la plus grande surprise et d’une des plus belles courses des NCAA, quand elle avait battu à l’arraché, sur 200 yards, Katie Ledecky et Simone Manuel!

Mallory, des Cardinals de Louisville et native de Kalamazoo, dans le Michigan, qui fut aussi la recordwoman des Etats-Unis du 100 mètres (en 52s59) avant que Simone Manuel ne l’amène à 52s27, et 4e des mondiaux de Budapest (52s77), a été, à Greensboro, l’auteure d’un solide 1’40s26 lancé (en seconde position) dans le relais 4 fois 200 de Louisville, ce qui n’empêche pas la Virginie de reprendre l’avantage qu’elle avait accumulé pour ses équipières des Cardinals et l’emporter. Mallory gagne ses trois courses individuelles : le 500 yards en 4’36s05, le 200 en 1’42s17, le 100 yards en 46s65 ; elle nage lancée en 46s41 dans le relais quatre nages où elle reprend presque trois secondes à Vasiliki Saka, de NC State, pour l’emporter, et au start, avant, dans le relais nage libre, de signer un 46s68 lancé.

Autres perfs notables, Caitlin Cooper, de Virginie, gagnante en 21s54 du 50 yards. Et 21s03, plus 46s83, lancée, en relais. Elise Haan, NC State, 50s75 au 100 dos.

CAELEB DRESSEL A FAIT DE LA SOUTH EASTERN CONFERENCE LE THÉATRE DE SON ONE MAN SHOW

Éric LAHMY

Lundi 19 Février 2018

Caeleb Dressel a gagné confortablement le 100 yards des South Eastern Conference (SEC). Il est resté à distance de son mythique record sur la distance, 40s00, et a triomphé en 41s01, passant en 9s07, 19s41 et 30s15. Il bat quand même le record de la SEC, 41s07 par lui-même en 2016, et le record de la piscine (mais oui, mais oui), 41s08 en 2009 par un certain Nathan Adrian.

Dressel, si l’on examine ses passages, est resté pendant cinquante yards tout près du rythme de son intimidant record, et a dominé d’emblée la finale grâce à sa prodigieuse science des coulées, mais a un peu faibli sur la fin (10s83). Dans les derniers 25 yards, trois autres finalistes réalisaient des temps équivalents au sien, Peter Holoda, d’Auburn, qui terminait en 10s80, Zachary Apple, 10s89 et Baqlah Kader, de Floride, 10s85.

On peut imaginer les diverses raisons qui ont empêché le meilleur nageur du monde reconnu par tous les jurys, Swimming World, SwimSwam, la FINA, de battre les 40 secondes. Primo, bien entendu, c’est un record difficile, je dirais même impossible à battre aujourd’hui, par n’importe qui d’autre sauf lui-même, à condition d’y mettre du sien. Secundo, il doit réserver le meilleur pour les nationaux NCAA, les SEC ne constituant qu’une étape, importante certes, de sa saison indoor. Peut-être aussi d’avoir préparé essentiellement le 100 brasse et le 200 quatre nages (avec les succès qu’on sait). Les quarante secondes ne tomberont que sous les coups d’un homme surdoué et hyper-préparé…

Je note quand même que mercredi, il avait nagé, dans le relais quatre fois 50 quatre nages, le parcours de crawl en 17s92 qui avait permis à Texas de l’emporter de justesse devant Tennessee A représenté par un Kyle Decoursey extrêmement agressif (18s14).

… Caeleb a réussi à faire des SEC un « one man show », tant il a été le seul à allumer des records, aucun autre nageur n’ayant été en mesure d’en approcher dans les autres courses ! Une heure trois quarts après son 100 yards, il s’élançait au départ du relais quatre fois 100 de Florida, et, en 40s87, nageait un poil plus vite que dans sa course individuelle et étouffait dans l’œuf le duel qui opposait son équipe à celle, également légendaire, d’Auburn, en laissant Zachary Apple, 41s64, à presqu’une longueur. Pour Auburn, Holoda, 41s09, revenait bien sur Khader, 41s98, mais Liam McCloskey, d’Auburn, 42s99, n’était pas de taille à rivaliser avec le « sophomore » (étudiant en première année) Maxime Rooney, équipier et héritier présomptif de Dressel (dont il a battu quelques records cadets, si je ne m’abuse)…

Rooney a d’ailleurs fini aussi 2e du 200 yards, derrière un autre « sophomore » de Floride et de dix-neuf ans, le Jordanien Khader Ghetrich Baqlah, 1’32s97 contre 1’31s96.

On n’a donc pas vu, chez les hommes ni chez les femmes, d’autres grands exploits au Rec Center Natatorium de Texas A&M, mais il convient de rappeler que les SEC, malgré leur importance, ne sont qu’une compétition régionale et ne représentent, à vue de nez, qu’un tiers de la puissante natation universitaire US. Pour la plupart, les records NCAA ou des USA ont été réalisés dans les compétitions majeures, NCAA ou championnats US. Et bien entendu, quand on sait que le record du 1500 mètres est détenu par Katie Ledecky, on n’en voudra pas à Courtney Harnish, de Georgia, de gagner en 15’57s68, à 54s37 du temps de la formidable élève de Stanford, et si l’occasion nous en avait été donnée, on n’aurait pas eu le cœur, à sa sortie de l’eau, de ne pas la féliciter de sa victoire et de son temps : Courtney, d’ailleurs, plutôt connue pour les vertus de son 200 papillon et de ses 200 et 400 libre, battait son record personnel de dix secondes…

D’autres bons résultats ont été obtenus dans les 50 yards : féminin par une « sophomore », Erika Brown de Tennessee, en 21s39 (Brown gagne aussi le 100 yards en 47s17 et surtout le 100 papillon en 49s85, records SEC de Sarah Gibson, 50s71, explosé), masculin par Zachary Apple, 19s08 ; sur 400 quatre nages messieurs par Hugo Gonzalez, d’Auburn, 3’35s76, record SEC de Chase Kalisz battu.

SIDNEY PICKREM, LE PARCOURS D’UNE GAGNANTE

S’il fallait désigner une performance de pointe dans l’amoncellement laissé par les SEC, outre Erika Brown et Khader Baqlah, je sortirais le nom de la petite (1,70m, 54kg) bombe Canadienne (en fait binationale US-Canadienne, elle nage pour la feuille d’érable) Sidney Pickrem, de Texas A&M, auteure d’un 200 brasse gagné en 2’4s62, à l’issue d’un âpre duel avec son équipière russe Anna Belousova, 2’5s08, d’un 200 quatre nages en 1’52s69, record de la compétition et d’un 400 quatre nages gagné en 3’59s30, plus de cinq secondes devant sa suivante, Bethany Galat. Son temps bat les 3’59s69 réussis par Katie Ledecky cette saison à l’Art Adamson invitation et fait donc d’elle la favorite des NCAA (elle a fini 2e en 2017 derrière Ella Eastin.

Pickrem a été médaillée de bronze mondiale, à Budapest, sur 400 quatre nages, en 4’32s88, derrière Katinka Hosszu, 4’29s33, et Mireia Belmonte, 4’32s17. Ne vous étonnez pas si Pickrem est une fameuse battante. Fille d’un hockeyeur pro, Darren, elle est tombée amoureuse d’un rectangle d’eau chlorée et sous le charme d’un des coachs les plus punitifs du programme américain, Randy Reese, et s’est fait remarquer en étant encore plus fanatique que lui. Le Tampa Bay Times, qui l’a dûment interviewée, raconte que cette noix dure à craquer est passée à travers une foultitude de plaies et de bosses, de blessures, de sévères spasmes dorsaux accompagnés de brèves périodes de perte de la vision et de l’ouïe.

Alors, si vous voyez à nouveau cette jeune fille sur un podium haut de gamme, dites-vous bien qu’elle l’aura mérité !

CAELEB DRESSEL, LE SPRINTEUR COMPLET, AJOUTE LES RECORDS DU 200 QUATRE NAGES ET DU 100 YARDS, A CEUX DES 50, 100 YARDS LIBRE ET 100 YARDS PAPILLON

En améliorant d’un centième de seconde le record US et NCAA du 100 yards brasse, lors des courses de la South Eastern Conference (SEC), qui se tiennent au Rec Center Natatorium, le bassin de Texas A & M, Caeleb Dressel a ajouté de la hauteur à la place qu’il occupe déjà dans l’histoire de la natation. En 50s03, le champion du monde des 50, 100 mètres et 100 mètres papillon de Budapest a effacé le nom de Kevin Cordes, qui avait nagé 50s04 le 28 mars 2014. Cordes est un vrai spécialiste alors que Caeleb, lui, apparait « seulement » comme un amateur, dont la particularité est d’être très doué. Dès les séries, Dressel avait battu le record de la compétition, détenu depuis 2014 par Nick Fink avec 51s25. En finale, il a laissé son second, Mauro Castillo, de Texas, 52s11, à plus de deux secondes.

Surprise ? Demi-surprise seulement. Dressel, l’an passé, avait souvent été utilisé dans les relais, en brasse, et il avait été tonitruant.

Jeudi, Dressel avait pulvérisé (est-ce comme ça qu’on doit dire ?) le record US du 200 yards quatre nages, détenu par David Nolan, depuis 2015, avec 1’39s38. Il a nagé 1’38s13, une performance assez prodigieuse : il a approché le record du 200 yards papillon, 1’37s35 (par Jack Conger) de 8/10e, alors qu’on trouve en général une différence triple entre les deux épreuves…

C’est en raison des stratégies collectives de son université de Floride, que Caeleb Dressel s’est trouvé embarqué sur 100 yards brasse, et a négligé les 50 et 100 yards, le 100 yards papillon, dont il détient les records. Il a nagé jeudi un 50 yards lancé en 18s23, et vendredi un 100 yards brasse dans le relais quatre nages, en 50s51, qui a conforté la victoire de la Floride.

Bien entendu, les commentateurs ont tous que même en-dehors de ce qui est censé être son domaine, Dressel s’impose. Le voici donc recordman US des 50 et 100 libre, 100 brasse et 100 papillon. A partir de là, certains questionnent : que vaut-il en dos ? Dans son 200 quatre nages, il n’y a qu’en dos que Dressel n’a pas pris de l’avance sur tous les autres concurrents, et n’a réussi que le 3e temps, avec 25s01. Mais 25s01 est un temps fractionné très solide, qu’aucun des concurrents du 200 yards dos, lors des séries de cette course, dimanche matin, n’avait battu. Je ne dis pas qu’il le fera, mais Caeleb pourrait étonner aussi en dos…

Dimanche matin, Dressel s’est aussi qualifié en tête du 100 yards, avec 41s50. L’an passé, sur cette distance, il a marqué l’histoire en nageant 40s00, tout rond. On voit mal qui peut le battre en finale, qui se déroule cette nuit, alors, on peut imaginer Dressel nager la distance dans un temps qui commence par un 3 ?

MEHDY METELLA DOMPTE SUR 100 MÈTRES UN STRAVIUS QUI A TENTÉ SA CHANCE

Éric LAHMY

Dimanche 18 Février 2018

Jolie bagarre sur 100 mètres. On imaginait une explication à trois, deux Amiénois, Stravius et Grousset, contre un Marseillais, Metella, mais Maxime Grousset, l’un des espoirs français de la distance, n’est pas au départ. Il n’avait prévu que le 200 libre et le 100 papillon à son programme.

En séries, l’Amiénois déclenche les hostilités, et finit, seul, sous les cinquante secondes. 49s90. Dans sa trentième année, le champion du monde 2011 du 100 dos s’est réservé depuis le début du week-end pour ce cent mètres, et peut-être a-t-il eu besoin de mettre le paquet pour mettre ses instruments au diapason… Metella, lui, n’a cessé de se remettre à l’eau, 50 et 100 papillon, n’a snobé que le 50 libre. En séries de ce 100 mètres, il n’a donc guère besoin d’un rodage de soupapes, seulement de se qualifier. Ce qu’il fait, avec le 2e temps du matin, 50s63.

La finale est atypique. Stravius mène, sans pour autant montrer de la témérité, passe en 24s08 ; ce qui est moins vite que le matin (23s97). Malgré cela, il est devant d’un demi-mètre, devant l’Orléanais Florian Truchot, 24s41 et Metella, 24s43, pratiquement dans le même mouvement. Mais dans le retour, Metella met l’overdrive, il revient sur Jeremy et parvient à l’effacer. Depuis le mur du virage jusqu’à l’arrivée, il a nagé en 24s83, un beau « retour » qui correspond pratiquement à une égalité d’allure parfaite entre ses deux moitiés de course. Stravius finit assez près, 49s51 contre 49s26, Truchot à une seconde (50s51).

C’est pas mal à ce moment de la saison…

Ce 100 mètres a offert la seule course de relief du dimanche de Courbevoie, le niveau moyen étant plutôt de niveau régional. D’après ce qui ressort des organisateurs, ils ont eu du mal à réunir de fortes équipes, celles-ci utilisant les congés à s’entraîner de préférence à concourir. A noter cependant le 200 papillon de Jordan Coelho en 2’1s96.

LE TOEC LANCE SA JEUNE VAGUE SUR DEUX FRONTS

Pendant le week-end, les Dauphins de Toulouse Olympique Etudiant Club avaient délégué deux équipes, l’une à Nîmes, l’autre à Agen, et montré qu’eux aussi, à l’instar d’Amiens, travaillaient à la « reconstruction » tant attendue de notre sport représentatif. Des bataillons de jeunes et de plus jeunes s’escrimaient dans ces deux réunions, et si elles ne donnaient pas encore de grands résultats, elles offraient des raisons d’y croire.

A Agen, ainsi, Lou Ditière, née en 2000, enlevait le 50 crawl en 26s06, le 100, 58s17, et le 200, 2’6s23 et plusieurs jeunes filles ont nagé correctement. Côté garçons, Louis Godefroid (2001) s’appropriait le 50, 23s59 en série, 23s56 en finale, et perdait de peu le 200 (1’55s56) mais laissait Guillaume Guth (2000) gagner le 100 (51s38) pour lequel, après s’être qualifié, il déclarait forfait pour la finale. Guth bissait avec le 50 papillon (24s94 et 24s74) et trissait au 100 papillon où très seul, il réussissait 55s83 en séries, 55s79 en finale avec trois ou quatre mètres d’avance. Thomas Fargeot (2001) doublait 800 et 1500 mètres. Godefroid, lui, s’imposait sur 200 papillon… Léon Marchand, pour sa part ; gagnait le 200 quatre nages.

A Nîmes, un doublé de Canet sur 50 mètres, Jean-Marc Délices 2000) et Milan Vlaovic, 23s83 et 23s90. Délices enlève aussi le 50 papillon, 25s06, devant Pedro-Leal, son aîné de quatre ans, qui gagne le 100 papillon en 55s69 (et 55s76 en séries). Au 200, Jonathan Atsu, 1’51s43, devançait deux autres Toulousains, Coiffard et Mairesse, et remportait le 400 (4’0s77), après que Tommy Lee Camblong, de Canet, l’eut devancé en série, 3’58s80 contre 3’59s07. Mais la meilleure perf de crawl de la journée était signée sur 1500 par Mathis Castera, Toulouse, 15’36s67, devant le même Camblong, 15’41s63.   

Côté filles, Assia Touati, Toulouse, 57s au 100. Sur 100 dos, Valeryia Egorova, Montpellier Métropole, 1’3s23.

Je ne dirais pas que la relève est prête, mais on dirait qu’elle se prépare…