CHAMPIONNATS D’EUROPE A LONDRES (4). CAMILLE LACOURT GAGNE EN VIEUX BRISCARD

PEATY SURFE VERS L’OR, HOSSZU S’ÉCHINE EN DOS

Éric LAHMY

Mercredi 18 Mai 2016

Camille Lacourt a fait honneur à sa suprématie sur le vieux continent. Après avoir été médaillé d’argent des mondiaux derrière l’Australien Mitchell Larkin, le voici champion d’Europe du 100 mètres dos ce mardi à Londres. Or, ce n’était pas joué d’avance !

Finale : Lacourt vire de peu en tête, Glinta, le héros roumain des séries, est à un doigt, mais perd légèrement au virage. Lacourt s’échappe ensuite, a course gagnée au 80 mètres puis faseille légèrement. Tarasevich revient très fort à l’approche du mur, ainsi que Christou, les positions paraissent changer à chaque mouvement de bras, sauf pour le Français de peu mais nettement devant.

La touche fait des dégâts, et Lacourt l’emporte d’un dixième qui ne pèse pas lourd alors que son avance, quoiqu’étriquée, semble un peu plus importante que ça. Son temps, 53s79, n’a rien de miraculeux, Glinta, en séries, avec 53s43, Christou 53s77 en séries et 53s36 en demis, Tarasevich, 53s70 en demis, ont nagé plus vite que leur vainqueur, mais c’est sans doute le métier d’un champion du monde (en 2011) qui a fait la différence !

Le Marseillais s’est baguenaudé (économisé?) en séries en 55s et des bricoles, et en demi-finale, s’est contenté d’un humble 54s09, 4e temps général ; puis il a sorti le grand jeu quand nécessaire. Ce n’est donc pas le plus rapide qui l’a emporté, et de vous à moi, je trouve ça encore plus épatant.

J’aime penser que, de plus en plus souvent, on trouvera des scenarii de ce genre, avec des nageurs qui joueront avec le feu certes, en raison de la densité des performances,  mais montreront plus de retenue que de générosité dans les courses de qualification, et penseront leur course pendant que d’autres la dépenseront… Il y a un côté « rira bien qui rira le dernier » dans ce genre d’épisode. N’est-il pas de loin préférable gagner en nageant à la ligne 6 que s’offrir les honneurs de la 4 et finir derrière ?

Bien entendu, ce n’est pas une règle générale que j’essaie de vous proposer là, seulement une piste parmi d’autres, une tendance à suivre. Par exemple, dans l’idée d’une répétition des Jeux de Londres, on dira que ce n’est pas comme cela que Camille aurait dû fonctionner, mais au contraire, appuyer fort chaque fois parce qu’aux Jeux, avec la densité des performances, c’est ce qu’il faudra s’efforcer de faire.

Par exemple encore, rien de ce qui précède ne s’applique au 100 mètres brasse depuis deux ans qu’Adam Peaty s’y est taillé un empire.

ADAM ET LE NAUFRAGE DE TITENIS

Le Britannique possède une telle avance sur la concurrence qu’il ne ressent aucun besoin de s’embarrasser de fioritures. Dès les séries, il nage 58s94. Cela se situe à une seconde de son record du monde, mais une seconde devant son suivant. En demi, il est rendu à 58s74 et seul son compatriote Ross Murdoch, 59s67, est à moins d’une seconde.

La finale est à lui et là encore, il n’attend personne, passe en 27s21, finit (relativement mal) en 58s36, ce qui améliore son record des championnats d’Europe, 58s68 à Berlin en 2014. Qu’on n’attende rien de lui pour illustrer la part prépondérante des phases sous-marines dites « non nagées ». Il glisse plus mal qu’à peu près tous les finalistes, et sort de l’eau, après son départ, assez nettement derrière Titenis. Puis il va passer tout son monde et… Après le virage, le même Titenis lui pique l’essentiel de son avance. En revanche, dans les portions de nage pure, rien ne lui résiste, Adam, c’est un numéro d’artiste, la rentabilité de son coup de bras le met à part des autres, on dirait qu’il glisse sur courant favorable tandis que les autres s’évertuent dans une eau dormante !

SE SOUVENIR DE LA REINE KRISZTYNA

200 mètres dos dames : Katinka Hosszu gagne, mais pas si facilement que ça, en face de l’Ukrainienne Daryna Zevina. Entendons-nous bien : Hosszu domine du début à la fin. Mais Zevina n’est pas très loin, qui se permet le luxe de l’attaquer dans la dernière longueur. Hosszu, qui déclarera ensuite avoir rêvé d’une course en moins de 2:7s, rate son coup pour un centième. Le record des championnats reste la propriété d’une autre Hongroise, Krisztina Egerzsegi, 2:6s62 à Athènes le 22 août 1991. Ce jour là, cinq des finalistes de Londres n’étaient pas nées, et une sixième, la Tchèque Simona Baumrtova, avait deux jours, et donc devait peser moins de quatre kilos. Depuis, elle en a rajouté 64, et on n’en trouvera pas un seul de raté !

Hosszu, elle, avait deux ans et cent onze jours et probable qu’elle ne savait pas nager. La reine Krisztina représentait quelque chose d’extraordinaire, car presque filiforme et mignonne comme un cœur, elle faisait barrage aux « monstresses » de Frankenstein que fabriquaient avec les filles de leurs pays les apprentis sorciers de la RDA, au nom de je ne sais quel idéal collectif ; les autres pouvaient ingurgiter de la testostérone à la louche, elle les tapait régulièrement, leur infligeait des raclées à répétition.

Ce n’était pas seulement du talent, mais une grâce particulière, une féérie, une magie qu’on n’a plus trop revue depuis. Triple championne olympique (du 200 mètres dos), exploit que seule avant elle, l’Australienne Dawn Fraser avait accompli, elle, sur 100 mètres libre.

DARYNA ZEVINA LA NAIADE CONTRE HOSZZU L’ATHLETE

Mais revenons à Londres en 2016. Hosszu l’a donc emporté, en face d’une Daryna Zevina languide, nage longue, fluide. Ce fut l’effet moins d’une supériorité technique que de la vigueur de son action rotative, le rythme élevé des bras, son déchaînement des jambes et son incroyable capacité à maintenir un tempo soutenu du début à la fin. Pour achever la dernière longueur, Zevina donna 39 coups de bras contre 46 à la Hongroise, et lui reprit alors une coudée et demie, c’est vous donner l’idée de la dissimilitude d’actions propulsives, et où se trouvait la rentabilité, l’économie de mouvements. Mais il est vrai, Zevina mesure 1,81m contre 1,70m à Hosszu et puis bon, le jeu ne consiste pas à économiser, mais à gagner. Il n’y a pas à dire.  L’ « athlète » avait eu raison de la naïade.

EN ITALIE, C’EST LE FOND QUI MANQUE LE MOINS

Séries du 1500 mètres, 35 engagés, le passage en finale se négocie autour des 15:5s et Joris Bouchaut le rate de trois secondes. Le 1500 mètres, en Europe, parle italien. Paltrinieri nage en séries en 14:46s81, ce que seulement deux ou trois nageurs au monde peuvent faire… en finale.

Si la natation française, à la notable exception de Philippe Lucas, s’est étourdie, avec autant de talent d’ailleurs que de réussite, de technique de sprint, l’Italienne n’a pas abdiqué la vieille méthode qui consiste à en faire plus. Peut-être parce qu’elle est allée trop loin dans ce sens, ou pour toute autre raison, la France s’est maintenant donnée un directeur de la natation, Stéphane Lecat, issu de l’eau libre. Pendant ce temps, l’Italie a travaillé dans ce domaine de façon organisée depuis toujours, sans doute l’héritage né des séculaires courses en mer, style Capri-Naples. Si la nage de grand fond avait été en France une jungle sauvage, inexplorée, elle aurait été en Italie une forêt domaniale, parsemée de sentiers aménagés et de parcours sportifs.

Là où une Anne Chagnaud, un Stéphane Lecat, faisaient un peu l’effet de comètes tombées du ciel, les Transalpins s’efforçaient d’organiser. Et ça marche : l’italienne pourrait bien être la natation occidentale qui, avec l’Australienne, a le moins oublié les fondements d’un sport de plein air et de pleine eau, où il faut « mariner, » et à creuser ce sillon. Ostinato rigore ! Les Italiens répondent avec panache au défi des natations de l’est, où l’on ne rechigne pas à la tâche. Aujourd’hui, ils règnent.

Les qualifiés pour la finale : Gregorio Paltrinieri, Italie, 14:46s81 ; Gabriele Detti, Italie, 14:58s56 ; Jan Micka, Tchéquie, 14:58s62 ; Mykhaylo Romanchuk, Ukraine, 14:59s13 ; Henrik Christiansen, Norvège, 15:0s27 ; Sergiy Frolov, Ukraine, 15:2s33 ; Gergely Gyurta, Hongrie, 15:5s34 ; Wojciech Wojdak, Pologne, 15:6s56. Joris Bouchaut, France, 9e, 15:7s41 ;… Nicolas D’Oriano, France, 25e , 15:25s90

MESSIEURS.- 100 m dos : 1. Camille LACOURT, France, 53s79 ; 2. Grigory Tarasevich, Russie, 53s89 ; 3. Simone Sabbioni, Italie, et Apostolos Christou, Grèce, 54s19 ; 5. Gabor Balog, Hongrie, 54s35 ; 6. Robert Glinta, Roumanie, et Yaacov Yan Toumarkin, Israël, 54s36 ; 8. Shane Ryan, Irlande, 54s49.

100 m brasse : 1. Adam Peaty, Grande-Bretagne, 58s36 ; 2. Ross Murdoch, Grande-Bretagne, 59s73 ; 3. Giedrius Titenis, Lituanie, 1 :0s10 ; 4. Andrea Toniato, Italie, 1 :0s42 ; 5. Panagiotis Samilidis, Grèce, 1 :0s66 ; 6. Damir Dugonjic, Slovénie, 1 :0s75.

50 m papillon : 1. Andriy Govorov, Ukraine, 22s92; 2. Laszlo Cseh, Hongrie, 23s31; 3. Benjamin Proud, Grande-Bretagne, 23s34; 4. Piero Codia, Italie, 23s46; 5. Yauhen Tsurkin, Belarus, 23s67; 6. Frederick BOUSQUET, France, 23s71.

DAMES.- 200 m dos : 2:10s96 1. Katinka Hosszu, Hongrie, 2:7s01 ; 2. Daryna Zevina, Ukraine, 2:7s48; 3. Matea Samardzic, Croatie, 2:9s24; 4. Kata Burian, Hongrie, 2:10s17; 5. Simona Baumrtova, Tchéquie, 2:10s57.

50 m papillon: 1. Sarah Sjöström, Suède, 24s99 ; 2. Jeannette Ottesen, Danemark, 25s44 ; 3. Francesca Halsall, Grande-Bretagne, 25s48 ; 4. Ranomi Kromowidjojo, Pays-Bas, 25s82 ; 5. Therese Alshammar, Suède, 26s01 ; 6. Mélanie HENIQUE, France, 26s12.

DEMI-FINALES.- MESSIEURS.- 200 mètres : Sebastiaan Verschuren, Pays-Bas, 1:45s87 ; Velimir Stjepanovic, Serbie, 1:46s04 ; James Guy, Grande-Bretagne, 1:46s59 ; Glenn Surgeloose, Belgique, 1:46s91 ; Kakper Majchrzack, Pologne, 1:46s95… Jordan POTHAIN, France, 1:48s35 ; … Lorys BOURELLY, France, 1:48s71.

200 m 4 nages : Andreas Vazatos, Grèce, 1 :58s47 ; Alexis Manacas Santos, Portugal, 1 :59s93 ; Diogo Filipe Carvalho, Portugal, 2 :0s07 ; Gal Nevo, Israël, 2 :0s32.

DAMES.- 100 mètres : Femke Heemskerk, Pays-Bas, 54s15 ; Charlotte  BONNET, France, 54s29 ; Ranomi Kromowidjojo, Pays-Bas, 54s44 ; Sarah Sjöström, Suède, 54s55 ; Andrea Murez, Israël, 54s57 ; Mie Oe Nielssen, Danemark, 54s63 ; Nina Rangelova, Bulgarie, 54s76 ; Dilvia Di Pietro, Italie, 54s77… 14. Mathilde CINI, France, 55s36.

100 m brasse : Ruta Meilutyte, Lituanie, 1:6s16 ; Hrafnhildu Luttersdottir, Islande, 1:7s28 ; Martina Carraro, Italie, 1:7s53 ; Sophie Hansson, Suède, 1:7s59 ; Chloe Tutton, Grande-Bretagne, 1:7s69 ; Viktorya Zeynep Gunes, Turquie, 1:7s81 ; Molly Renshaw, Grande-Bretagne, 1:7s82.

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