CHASE KALISZ ET TAYLOR RUCK BALAIENT LA CONCURRENCE

Éric LAHMY

Samedi 3 Mars 2018

Le 400 quatre nages, de par sa difficulté, est une épreuve relativement peu pratiquée dans le monde. Il faut tout savoir nager, le faire vite et bien, et ne pas craindre de se faire très mal… De ce fait, ses meilleurs exposants s’étalent sur des écarts chronométriques importants. Vendredi, au meeting Tyr, qui continue de se tenir à Atlanta, Chase Kalisz effectue une démonstration. Ce diplômé d’histoire et de sociologie nage dix secondes plus vite que Joshua Prenot, qui n’est pourtant pas le premier venu, et termina avec plus de treize secondes sur Andrew Abruzzo. Sa performance est de qualité, puisqu’elle le situe au niveau de la médaille de bronze olympique à Rio, où seuls Kosuke Hagino, 4’6s05, et Kalisz lui-même, 4’6s75, nagèrent plus vite. En 2017, à Budapest, Kalisz avait gagné le titre mondial en 4’5s90 et nettement devancé le Hongrois David Verraszto, 4’8s38. Il a aussi gagné le 200 quatre nages à Budapest…

Kalisz venait de loin. Dès 2013, il finissait 2e des mondiaux de Barcelone sur sa distance fétiche, en 4’9s22, une demi-seconde derrière le Japonais Daya Seto (il n’a pas eu beaucoup de chance avec les Japonais semble-t-il). Aux mondiaux 2015 de Kazan, avec 4’10s05, il était encore une fois devancé par Seto, 4’8s50, et par le Hongrois Verraszto, 4’9s90.

A l’approche de son 24e anniversaire – il est né le 7 mars 1994 – Chase, un gaillard de 90 kg pour 1,93m, pourrait bien tenter de battre l’un des plus intimidants records du monde, le 4’3s de Michael Phelps, dont il a été le jeune compagnon d’entraînement et reste un excellent ami.

On n’aurait pu imaginer que Chase deviendrait l’incontestable champion qu’il est devenu. A huit ans, il se plaignit un soir de douleurs dans les membres. Un ou deux jours plus tard, son état s’aggravant, les médecins diagnostiquèrent un syndrome de Guillain-Barré, un grave désordre dans lequel le système immunitaire s’attaque au système nerveux périphérique, conduisant à de fortes incapacités ainsi qu’à une atonie musculaire. Quand le syndrome s’attaque au système respiratoire, il conduit, si l’on n’intervient pas, à la mort par asphyxie. Chase fut plongé dans un coma artificiel, respiration assurée, pendant une semaine, par un poumon d’acier…

A ce moment, les Kalisz réalisèrent la force de la relation que créait la natation. Le coach de Courtney, Paul Yetter, vint tous les soirs faire du baby-sitting bénévole pendant que les parents veillaient leur fils, les Phelps envoyèrent des colis de soins, et une autre famille des plats préparés… Pendant les longues semaines de récupération, Chase donna son programme : « retourner nager ». Cet épisode douloureux devint avec le temps un sujet de plaisanterie, quand Chase ne pousse pas suffisamment sur ses battements de jambes, Phelps et Bowman l’air contrit remarquant que cela devait être le résultat de sa paralysie infantile !

MAMAN KALISZ ACHETA UN LIVRE GENRE COMMENT NAGER (OU ÊTRE EN SÉCURITÉ, OU ENCORE NE PAS SE NOYER) EN DIX LEÇONS 

Chez les Kalisz, la relation avec la natation est due au hasard et à la nécessité, pour la mère, Cathy, d’offrir à son aînée, Courtney, âgée de dix semaines (!) la sécurité du savoir nager. L’histoire est joliment contée par  Chils Walker pour le Baltimore Sun du 24 juin 2016. Maman Kalisz acheta un livre genre comment nager (ou être en sécurité, ou encore ne pas se noyer) en dix leçons : et à un an, la petite Courtney ne pouvait passer près d’une crique ou d’une fontaine du centre commercial d’Hartford County sans s’évertuer à piquer une tête.

Ainsi débuta une odyssée de vingt années où les quatre enfants de Cathy et Mike tâtèrent de la nage de compétition, tandis que les parents, à l’instar des Phelps s’investissaient dans le groupe de volontaires qui animaient les clubs de Bel Air puis de North Baltimore que coachait Bob Bowman. Le moins qu’on puisse dire que Mike fut pris de court : « aucun de mes enfants, aimait-il dire, ne sera dans l’équipe de natation ; ils joueront au lacrosse. » Aujourd’hui encore, il prétend ne rien comprendre à ce sport…

Courtney, la cheffe de file, fut une enfant prodige de la natation, passionnée et investie et se qualifiant pour les sélections olympiques 2004 et 2008 et enlevant l’argent des 200 mètres papillon aux Jeux Panaméricains 2007 avant qu’une blessure à une cheville ne stoppe brutalement sa progression à 19 ans. Chase, le suivant de la liste, effectue la carrière qu’on sait. Les deux derniers, Connor et Cassidy, nagent et étudient, le premier avec Florida, la seconde à LSU, mais ils ne prennent pas trop la natation au sérieux, et suivent les préceptes coubertiniens selon qui l’essentiel est de participer. Pourtant, on dit dans la natation du Maryland que Connor était, potentiellement, le meilleur nageur de la famille.

UN DOUBLÉ PHÉNOMÉNAL DE TAYLOR RUCK SUR 200 DOS ET 200 LIBRE EN ONZE MINUTES

Le double exploit de la soirée a été réalisé par la Canadienne Taylor Ruck, qui, en l’espace de onze minutes, a remporté deux courses, le 200 dos et le 200 libre, dans des temps excellents, 2’6s36 et 1’56s85, et épinglant par-dessus le marché deux solides internationales, Federica Pellegrini et Jianjiahe Wang. Son 200 dos est considéré comme un record mondial junior par les plaisantins de la Fédération International de Natation, mais Missy Franklin a nagé deux secondes plus vite, 2’4s06, dans la catégorie d’âge, alors qu’elle avait dix-sept ans et 82 jours. Taylor a 17 ans, 9 mois et 5 jours…

Mais bien entendu il s’agit d’une grosse performance pour cette nageuse à la fois grande et légère, 1,80m, 64 kg, qui, ajoutée à son temps sur 200 libre, met en avant sa redoutable endurance. Elle détenait l’ancien record canadien, depuis décembre dernier, avec 2’6s87… Elle pourrait bien être la nageuse à suivre aux Jeux du Commonwealth.

MESSIEURS.- 50 mètres : 1. Michael Andrew, Race Pace, 21s93 ; 2. Nathan Adrian, Cal., 22s09.

200 dos: 1. Ryan Murphy, Cal., 1’55s46; 2. Jacob Pebley, Cal., 1’55s85; 3. Ryosuke Irie, Japon, 1’56s77.

200 mètres: 1. Jack Conger, Nation’s Capital, 1’46s96.

400 quatre nages : 1. Chase Kalisz, UGA, 4’8s92

DAMES.- 50 mètres : 1. Margo Geer, Mission Viejo, 24s78.

200 mètres: 1. Taylor Ruck, Ontario, Canada, 1’56s85; 2. Jianjiahe Wang, Chine, 1’57s60; 3. Rebecca Smith, Ontario, Canada, 1’59s14; 4. Penny Oleksiak, Toronto, Canada, 1’59s32

200 dos : 1. Taylor Ruck, Ontario, Canada, 2’6s36; 2. Federica Pellegrini, Italie, 2’11s28

 400 quatre nages : 1. Madisyn Cox, Longhorn, 4’37s94 ; 2. Melanie Margalis, St Petersburg, 4’38s13; 3. Hali Flickinger, UGA, 4’39s98.


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