COMMENT BOSSENT LES ITALIENS

La natation italienne prétend se situer désormais à la 6e place dans la monde. Loin devant la Française, qui a pourtant fait mieux dans les rendez-vous d’été de ces trois dernières années, Jeux olympiques de Londres en 2012, championnats du monde de Barcelone en 2013 et championnats d’Europe de Berlin en 2014. La Federnuoto essaie aujourd’hui de mettre un peu de science dans son  jeu, basé jusqu’ici sur le travail et l’intuition.

Lundi 2 Mars 2015

Les Italiens travaillent leur technique avec l’Université de Bologne et… leur sponsor Arena. Ce 24 février, quelques-uns de leurs meilleurs nageurs de sprint, derrière l’espoir sarde Giuseppe Guttuso, 20 ans, participant à ce qui s’appelle le projet Arena Swim Your Best, se sont retrouvés à Bologne, où ils ont été soumis à des tests spécifiques d’évaluation physiologique et de biomécanique du mouvement dans l’eau. Plus particulièrement, ont été observées, à l’aide d’instruments « d’avant-garde » la puissance mécanique, la résistance hydrodynamique et l’efficacité propulsive (que les scientifiques reconnaissent comme les éléments qui entrent dans l’amélioration de la vitesse du nageur), à travers quatre types de tests dans l’eau et trois tests en salle.

Chaque athlète a eu droit à des relevés concernant sa puissance, son hydrodynamique (traînée) et l’efficacité de sa technique de nage. Un seul but : aller plus vite dans l’optique des championnats du monde de Kazan, cette année, et des Jeux olympiques de Rio, l’année prochaine. En salle, chacun des participants s’est vu proposer trois tests, un en simulation de résistance dans les conditions typiques qu’il trouve dans l’eau, pour vérifier les différences entre l’efficacité à sec et l’efficacité dans l’eau, dans les conditions d’entraînement ou de course. Un test de tractions. Un de poussées avec des charges progressives. Dans l’eau, en revanche, quatre tests ont été effectués : dans le premier, le nageur est freiné par une machine à moteur électromagnétique commandé, pour mesurer la courbe de force, la vélocité et la puissance ; le second, avec l’athlète complètement freiné pendant quinze secondes (pour évaluer sa force maximale ; le troisième avec une session de huit fois 25 mètres, à vitesse croissante, pour relever les paramètres de fréquence et l’amplitude de l’action du bras ; l’ultime, de « fluidodynamique », avec l’athlète étant traîné pour évaluer la friction de l’eau.

Ces tests, qui ne nous paraissent guère être en soi particulièrement originaux, ont pu être effectués à la suie d’une convention signée par le président de la Fédération Italienne de Natation avec le département de l’Université de Bologne dit de la Qualité de la Vie (« Qualità delle Vita – Alma Mater Studiorum »).

Une première phase de cette étude avait été conduite en octobre dernier. Ce 24, les parties prenantes de cette opération ont souhaité que de tels rendez-vous deviennent traditionnels.

Il s’agit d’un échange à égalité, lit-on dans l’organe de la Federnuoto. De son côté, l’Université assure « les instruments et les cerveaux », recueille les données et les élabore à fin de recherches didactiques et de publications scientifique. Est analysée l’hydrodynamique, de façon à obtenir une nage qui permette de réduire au maximum la résistance. On observe chaque détail, parce que même quelques centièmes peuvent faire la différence entre une médaille et une « place ». Mercredi et jeudi les filles, jeudi et vendredi les garçons. Les cobayes ? Guttuso, Luca Dotto, Matteo Rivolta, Piero Codia, Francesco Giordano, Marco Belotti, Alessandro Bori, Michele Santucci, suivis par le directeur technique italien, Cesare Buttini, le professeur Giorgio Gatta, de l’Ecole de Pharmacie de l’Etude du Mouvement de l’Homme dans l’Eau.

Outre la Fédé et l’Université, un troisième commanditaire de l’opération est la marque Arena, à travers le programme Arena Swim Your Best, réunion de talents, voulue par Arena et la Fédération italienne, des meilleurs prospects de la natation italienne, avec aussi Rachele Ceracchi (cadets), Nicolangelo di Fabio et Simona Quadarella (juniors), Giovanni Izzo et Martina Rossi (ragazze). Le projet prévoit la surveillance constante des enfants par les techniciens fédéraux, dans un parcours hautement spécialisé, qui donne aux athlètes, dans le temps de douze mois de préparation, la possibilité de s’entraîner dans les centres fédéraux italiens et d’être soumis à des tests physiques et athlétiques. Les deux meilleurs d’entre ces jeunes, en outre, entreront dans le très sélect Team Arena, avec un contrat de commandite (sponsorisation) sportive. En outre, informe l’organe de la Federnuoto, ces bons élèves seront invités dans l’un des Centres de Haute Spécialisation les plus importants au monde, l’ InnoSports de Eindhoven, aux Pays-Bas. Pendant cette période de formation, ces jeunes seront accompagnés par Massimiliano Rosolino, Gregorio Paltrinieri et Lisa Fissneider qui leur procureront les conseils issus de leur expérience.

Cesare Buttini, le DTN italien, a ainsi présenté l’opération « pendant les tests nous évaluons l’aspect fonctionnel, la réponse du corps dans l’alimentation de l’énergie ; par moments, nous avons analysé exclusivement cet aspect, qui pour nous est fondamental : il s’agit de comprendre comment, à égalité de vitesse, consommer moins d’énergie. Pour ce faire, nous avons des scientifiques professionnels, des protocoles d’analyses approfondis et des machines d’avant-garde, qui nous permettent également d’effectuer des reprises vidéo ; après cela, nous nous réunissons pour réfléchir sur tout ce que nous avons pu voir, afin de faire la part du bon et du mauvais des mouvements de chaque nageur. Nous pouvons ainsi adapter les entraînements pour suivre la plus grande efficacité : d’abord définir ce que nous voulons améliorer, ensuite travailler et mesurer chaque semaine les évolutions pour chaque nageur. Tout progrès est bienvenu. Cinq centièmes de mieux, cela peut représenter une conquête car cela peut faire la différence entre la première et la seconde place. Aux athlètes ce parcours demande beaucoup d’investissement, d’attention aux détails et de sensibilité : aussi est il essentiel d’ouvrir ces tests aux plus jeunes, et ici à ceux de l’Arena Swim Your Best. Cette approche perfectionniste et spécialisée s’inscrit dans la philosophie de ce projet qui en fait donne la possibilité, à qui parmi les six talents sera parvenu à effectuer les progrès les plus importants, de faire l’expérience de l’InnoSport d’Eindhoven, aux Pays-Bas, où ces aspects sont déjà depuis longtemps au centre de la préparation. »

Giorgio Gatta, enseignant à l’Ecole de Pharmacie, de Biotechnologie et de Sciences de la Motricité de l’Université, a ainsi décrit les apports des divers participants à ce projet. « Le monde académique fait des recherches et publie ses études tandis que les athlètes reçoivent des indications pour améliorer les modalités de l’entraînement et leurs résultats. L’amélioration de la vitesse est le produit de trois facteurs que nous prenons en compte et que nous analysons, la puissance mécanique, la résistance hydrodynamique et l’efficacité propulsive. »

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