COMMENT LES NAGEURS ACCEDENT AUX MEDAILLES OLYMPIQUES

Par Philippe HELLARD et Robin PLATT

Etude Document réalisé à partir de l’étude des carrières de 2800 nageurs.

1. Les épreuves de demi‐fond.

Dans les épreuves de demi‐fond, 800 mètres nage libre filles et 1500 mètres nage libre garçons, les filles rentrent en moyenne dans les 100 meilleures Mondiales à 17,5 ans (+/‐ 2,5 ans) et les garçons à 19 ans (+/‐2,5 ans). Le rang d’entrée pour les non finalistes est le 64eme, le 35eme  pour les finalistes et le 25eme (+/‐ 20 places) pour les médaillés Olympiques. Les plus grandes progressions au cours de la carrière ont lieu autour de 19 ans (+/‐ 2 ans) pour les filles et de 20 ans (+/‐ 2 ans) chez les garçons. Au cours de cette progression, les filles et les garçons médaillés aux Jeux Olympiques et aux championnats du Monde gagnent environ 25 places (+/‐ 20 places) au classement Mondial alors que les finalistes gagnent 15 places et les non finalistes 10 places. A deux ans des Jeux Olympiques les médaillées sont dans les 15 premiers Mondiaux (+/‐ 10 places) et dans les 5 premiers Mondiaux (+/‐ 5 places) à une année des Jeux Olympiques. La première médaille Olympique est obtenue en moyenne à 19 ans chez les filles et 20 ans chez les garçons. Les médaillés Olympiques ont une carrière plus longue dans les 100 meilleurs Mondiaux, 24,3 ans pour les médaillés contre 21 ans pour les non finalistes. Le nombre de régression n’influence pas les chances d’accès aux médailles Olympiques.

INTERPRETATIONS

 Les dispersions sont considérables, ce qui signifie qu’au‐delà des tendances moyennes de nombreux schémas sont observés.

 Les filles rentrent dans les 100 meilleures Mondiales un an plus tôt que les garçons.

 Les médaillés Olympiques accèdent au niveau de la trentième place, c’est le facteur talent, dans les deux ans suivant cette accession elles (ils) progressent d’environ 25 places (c’est le facteur qualité de l’entraînement et entraînabilité). A deux ans des JO, les médaillés sont autour des 15 meilleurs Mondiaux et dans les 5 meilleurs Mondiaux l’année des Jeux Olympiques (c’est le facteur qualité de la préparation Olympique).

 Les carrières des médaillés Olympiques durent plus longtemps  et le nombre de régressions n’a que peu d’influence sur les chances de succès.

Ce que nous pensons :

 Dans les épreuves de demi‐fond‐comme dans les épreuves de sprint la base de nageurs doit être la plus élevée possible à 14, 15, 16 ans. Une augmentation importante du volume à 17, 18, 19 ans, doit conduire les nageuses et nageurs au plus près de la trentième place mondiale. Dans les 1 à 3 années qui suivent une nouvelle augmentation du volume et de l’intensité doit conduire les nageurs dans les 5 à 10 meilleurs Mondiaux 1 an avant les Jeux Olympiques.

2. Les épreuves de sprint.

Dans les épreuves de sprint ,100 nage libre, les filles rentrent en moyenne dans les 100 meilleures Mondiales à 19 ans (+/‐ 2 ans) et les garçons à 21 ans (+/‐2,5 ans). Le rang d’entrée pour les non finalistes est le 65e, entre le 40e et le 35e pour les finalistes et le 30e (+/‐ 20 places) pour les médaillés Olympiques. Pour les médaillés Olympiques, les plus grandes progressions au cours de la carrière ont lieu 3 ans après l’entrée dans le ranking Mondial autour de 22 ans (+/‐ 2 ans) pour les filles et de 23 ans (+/‐ 2 ans) chez les garçons. Au cours de cette progression les filles et les garçons médaillés aux Jeux Olympiques et aux championnats du Monde gagnent entre 25 et 30 places (+/‐ 20 places) au classement Mondial alors que les finalistes gagnent entre 10 et 15 places et les non finalistes moins de 10 places. A deux ans des Jeux Olympiques les médaillées sont dans les 20 premiers Mondiaux (+/‐ 10 places) et dans les 8 premiers Mondiaux (+/‐ 5 places) à une année des Jeux Olympiques. La première médaille Olympique est obtenue en moyenne à 22 ans chez les filles et à 23 ans chez les garçons. Les médaillés Olympiques ont une carrière plus longue dans les 100 meilleurs Mondiaux. L’âge de sortie des rankings est de 26 ans pour les médaillés contre 22 ans pour les non finalistes. Au cours de ces nombreuses années les évolutions de carrière sont non linéaires pour les médaillées alternant plusieurs progressions et régressions. Le nombre de régression n’influence pas les chances d’accès aux médailles Olympiques.

IINTERPRETATIONS

 Les dispersions sont considérables, ce qui signifie qu’au‐delà des tendances moyennes de nombreux schémas sont observés.

 Les filles rentrent dans les 100 meilleures Mondiales 1 an plus tôt que les garçons mais les sprinters rentrent en moyenne dans les 100 meilleurs Mondiaux 2 ans plus tard comparativement aux nageurs de demi‐fond (Maturation probable du système anaérobie et développement de la force).

 Les médaillés Olympiques accèdent au niveau de la trentième place, c’est le facteur talent, dans les trois ans suivant cette accession elles (ils) progressent d’environ 25 places (c’est le facteur qualité de l’entraînement et entraînabilité).

 La durée de la plus forte progression est plus longue chez les sprinteuses et sprinters comparativement aux nageuses et nageurs de demi‐fond (3 ans contre 2 ans). C’est sans doute le temps nécessaire au développement des qualités de force et du système anaérobie.

 A deux ans des JO, les médaillés sont autour des 20 meilleurs Mondiaux et dans les 8 meilleurs Mondiaux l’année des Jeux Olympiques (c’est le facteur qualité de la préparation Olympique).

 Les carrières des médaillés Olympiques durent longtemps (environ 6 ans) et le nombre de régressions n’a que peu d’influence sur les chances d’obtention d’une médaille Olympique.

45% des médailles sont obtenues au cours de la seconde Olympiade pour les sprinters.

Ce que nous pensons :

Dans les épreuves de demi‐fond‐comme dans les épreuves de sprint la base de nageurs doit être la plus importante possible à 15, 16, 17, 18 ans. Une augmentation importante du volume à 19, 20, 21 ans doit conduire les nageuses et nageurs au plus près de la trentième place Mondiale. Au cours des

3 années qui suivent une nouvelle augmentation du volume, de l’intensité et du travail à sec doit conduire les nageurs dans les 5 à 10 meilleurs Mondiaux 1 an avant les Jeux Olympiques. Les carrières doivent être aménagées pour durer longtemps. Les médailles Olympiques chez les sprinters sont souvent obtenues au cours de la seconde Olympiade.

Note de bas de page   Par Eric LAHMY

Samedi 21 Février 2015

Travail d’un intérêt sociologique, voire stratégique. Montrant comment on accède à l’excellence, ce profil statistique d’une population de nageurs de haut niveau peut donner l’idée d’une façon de procéder, ou d’accompagner les carrières de jeunes espoirs de façon qu’ils suivent cette évolution à condition d’interpréter correctement les données. Savoir quand il faut appuyer sur le champignon, connaître les virages dangereux, bref ce qu’on peut savoir d’une topologie de carrière est toujours intéressant.

Dans l’ensemble, l’étude confirme certaines impressions anciennes, qui avaient conduit par exemple à créer une différence dans les catégories d’âge entre filles et garçons. Dans les années 1960, les différences d’âge dans les accès au haut niveau étaient plus proches de deux ans que d’un an. Cela était-il dû, comme je le crois, au poids de la natation américaine et à la faible possibilité pour les nageuses de ce pays dominant de continuer à nager au plus haut niveau au-delà du lycée (18 ans) alors que les garçons disposaient de quatre années de carrière de plus grâce aux bourses universitaires ? Aujourd’hui la natation américaine n’est plus aussi dominante, le « Titre IX » a permis d’offrir des possibilités comparables aux filles et aux garçons, et des carrières « professionnelles ». Ces trois facteurs ont contribué à rallonger les carrières des nageuses, et, donc, à rendre un peu plus difficile l’entrée des jeunes dans l’élite (il est évident qu’une Dara Torres, 41 ans, une Thérèse Alshammar, 30 ans et plus, un Katinka Hosszu) « prennent » des places de jeunes ou bloquent des places dans le top niveau. Reste que la femme atteint sa maturité physiologique et sportive (et serai-je tenté de dire, intellectuelle et émotionnelle) plus tôt que l’homme.

Dans les détails, il est difficile de se faire une opinion. Exemple d’une donnée brute : « Pour les médaillés Olympiques, les plus grandes progressions au cours de la carrière ont lieu 3 ans après l’entrée dans le ranking Mondial autour de 22 ans (+/ 2 ans) pour les filles et de 23 ans (+/ 2 ans) chez les garçons ». Que veut dire ce type de profil ? Est-ce qu’une fois ayant accédé au ranking mondial, les filles et les garçons ont du mal à repartir en avant ? Dans la compétition, et dans le ranking en particulier, l’excellence est située en fonction des autres, c’est la compétition qui va décider si vous êtes bon… Y a-t-il une hésitation du nageur avant de se donner les moyens ? Y a-t-il des freins sociologiques (essentiellement d’études), les filles et les garçons cherchant à se prémunir sur le plan diplôme avant de se donner au sport (d’où l’âge, 22 ans, du redémarrage, qui correspond à la fin d’un cycle d’études ? Il y a aussi l’importance de l’année olympique. Prenons le cas de Melissa Franklin, qui depuis 2012 se contente de se maintenir au plus haut niveau sans vraiment progresser, mais qui va mettre tous les atouts de son côté en 2016, passer pro après avoir retardé de deux ou trois ans ce passage, pour se dédier à la natation…

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2 comments:

  1. Robin PLA

    Bonjour,

    Je suis l’auteur de cette étude, je suis ravi qu’elle soit reprise sur votre site. Peut-être pourrions-nous collaborer sur d’autres thématiques. Où puis-je vous contacter ? Bien à vous.

    1. admin *

      Enchanté. J’espère ne pas avoir fait d’erreur en attribuant ce travail à deux auteurs? En tout cas, c’est un papier méticuleux et qui donne des pistes de réflexion! J’ignorais vos coordonnées et je vous croyais à l’étranger! Mon email est ericlahmy@yahoo.com
      Quoique pas du tout un chercheur, seulement un journaliste curieux et fouilleur, pourquoi pas si je puis vous aider, et si vous pouvez m’aider? Bien à vous,
      Eric Lahmy

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