« FRANCIS LUYCE S’EST VOULU LE RESPONSABLE. IL DOIT DÉMISSIONNER » : CLAUDE FAUQUET

IL FAUT TOUT CHANGER : LES HOMMES, LA GOUVERNANCE, ET LE MODE D’ÉLECTION

« Il n’est pas une vérité qui ne porte avec elle son amertume » (Albert CAMUS)

HUIT ANS DE POLITIQUE FRANCIS LUYCE ABOUTISSENT AU NAUFRAGE DE L’ÉQUIPE DE FRANCE À RIO, ET LE PIRE EFFET DE L’ACTION PRÉSIDENTIELLE RESTE À VENIR : PAS DE RELÈVE OU PRESQUE. IL EST TEMPS DE LE REMERCIER MAIS SURTOUT DE RETROUVER UNE VRAIE POLITIQUE POUR LA NATATION FRANÇAISE. CLAUDE FAUQUET, QUI AVAIT CONDUIT JUSQU’EN 2008 UNE ACTION EXEMPLAIRE, EXAMINE LES DÉCOMBRES.

Ayant quitté son poste de DTN en 2008 après avoir guidé la natation française depuis la situation difficile dans laquelle elle se trouvait à la fin du siècle dernier jusqu’à des résultats exemplaires et sans précédent, Claude Fauquet n’a pas manqué d’occupations. Conseiller du ministre des sports, puis directeur adjoint de l’Institut National des Sports, de l’Expertise et de la Performance, dans le bois de Vincennes, où il était chargé de la préparation olympique et paralympique jusqu’à l’âge de la retraite, il s’est partagé depuis entre une activité de conseil, la présidence du club de natation d’Abbeville, celle du Comité Régional Olympique et Sportif de Picardie, et, dans ses moments de loisir, dans celle, éminemment distrayante, de pêcheur à la mouche. A 69 ans, il ne dételle donc pas, bien qu’il se trouve dans une situation plus tranquille qu’à l’époque où il se devait de fréquenter ces grands nerveux, Francis Luyce, Philippe Lucas et Romain Barnier.

Pendant ces huit années, il a gardé le silence sur l’actualité de la natation française. Mais là, voilà que les nuages, lesquels s’amoncelaient depuis quelques temps, parfois en raison des résultats, beaucoup plus en raison de ce qu’on pourrait appeler sévèrement des dysfonctionnements, ou, si l’on est plus indulgent, des symptômes. Je veux parler de la nomination agitée du DTN actuel ou encore, depuis les championnats de France de Montpellier, la confusion autour des sombres manœuvres qui ont entouré la sélection olympique, voire dans le classement du 200 mètres nage libre des championnats.

Mais aujourd’hui, il décide de prendre la parole, car la natation française à qui il a tant apporté en termes de sérénité et de structuration, cette natation coule. L’héritage a été dilapidé par les choix de Francis Luyce.

Vous avez assisté comme tous ceux qui suivent les Jeux, au spectacle de la natation française à Rio. Résultat, aucune victoire, deux médailles d’argent (quand même) qui auraient pu être trois sans l’amère disqualification d’Aurélie Muller, une de bronze pour l’eau libre, et pour couronner le tout des polémiques et des querelles qui ont enlaidi le tableau entre entraîneurs et entre nageurs : bête ‘’accrochage’’ entre Lionel Horter et le Marseillais Mathieu Burban qui se disputaient une ligne d’eau (on aurait trouvé cela regrettable entre un coach russe et un technicien ukrainien, alors entre deux Français, c’est vachement malin), affaire Yannick Agnel, agression verbale dont on aurait pu se passer de Romain Barnier contre Alain Bernard, le champion olympique du 100 mètres qui commentait la natation pour Canal+ et avait suggéré qu’il y avait eu une gestion fautive  de l’encadrement du relais quatre fois 200 mètres (Stéphane Lecat avait répondu, lui, de façon que je trouve convaincante en exposant le problème tel qu’il s’était posé à lui).

Claude Fauquet est bien entendu parfaitement au courant de tout cela, mais il estime qu’une réflexion constructive, dirigée vers l’avenir, ne doit pas se laisser distraire par l’anecdote. Il ne s’agit pas forcément de broutilles, mais il n’y veut voir que des indices, qui, sous l’énorme loupe médiatique des Jeux, ont pris l’allure effarante de l’araignée posée sur le télescope de Tintin dans l’Étoile mystérieuse.

 

LE DÉBAT, OUI ; LE DÉBALLAGE, NON

Claude FAUQUET: « Je ne veux pas me mêler aux polémiques, insiste-t-il. Cela ne m’intéresse pas. Des dérapages comme on en a vu, cela arrive tout le temps, c’est inévitable ; il arrive parfois comme ça que des gens se conduisent de façon regrettable dans des circonstances contraignantes comme celles des Jeux, parce qu’ils n’ont pas trop résisté à l’énorme pression, à l’enjeu qu’ils représentent pour les acteurs de la compétition. Ce sont de bonnes anecdotes peut-être, mais je n’entre pas dedans ; je ne trouve là rien qui aide à se poser les vraies questions pour reconstruire quelque chose de solide.

« Je ne me suis pas exprimé depuis huit ans, si ce n’est avec toi, quand j’avais évoqué mon expérience à la DTN de la Fédération et donc sans toucher à l’actualité d’alors. Et puis mon équipe – je dis : mon équipe parce que nous avons eu l’habitude de travailler en équipe – n’a pas la prétention de détenir la vérité. Chacun a le droit de choisir son chemin et il me paraissait essentiel de laisser les gens en place travailler. »

Après ces huit années, compte tenu des événements survenus pendant deux Olympiades, les résultats de Rio, qui portent avec eux la nostalgie, mais aussi le sentiment très fort que la relève n’est pas là, Claude a décidé de situer les enjeux, comme il l’a fait d’ailleurs avec clarté et la hauteur de vue qu’on lui connait devant Benoit Lallement dans un article du « Parisien-Aujourd’hui en France » [que l’auteur de ce blog s’est permis de piller sans vergogne]…

Claude FAUQUET: « Aujourd’hui, l’équipe nationale est arrivée  au bout d’un processus, dit-il. La natation continuera certes quand même d’exister un peu, de vivoter et d’obtenir quelques résultats parce qu’il y a quand même des gens dans les clubs qui travaillent, mais si l’on veut des résultats qui répondent à une vraie ambition, on a besoin d’une autre politique.

« Il me parait nécessaire d’élever le débat. Chercher à se poser les bonnes questions, celles qui font progresser, parce qu’on n’arrivera à rien si l’on sen tient à tout ce déballage. »

Q.: Le constat d’abord. Qu’est-ce qui a fait que la natation française se trouve dans cette situation ?

FRANCIS LUYCE A VOULU ETRE TENU POUR RESPONSABLE DE LA RÉUSSITE, IL L’EST DONC AUSSI DE L’ÉCHEC

Claude FAUQUET: « Je crois que la Fédération Française de Natation a un problème avec le pouvoir. Il y a une forme de gouvernance qu’a imposée le président de la Fédération, Francis Luyce. « Quant, à mon départ, Luyce dit : « plus jamais de Fauquet », quand il convoque la D.T.N. et dit, « c’est moi, le patron», il opte pour une forme de pouvoir personnel qui fait de lui le responsable de la politique, et donc de son bilan, réussite ou échec. Or, au bout de huit ans, le bilan tel qu’il apparait, c’est que la natation française n’est plus ce qu’elle était. Elle a plongé en médailles, en finales, en performances en général, et perdu dix places au classement des nations. Le moment est donc venu pour Luyce, qui s’est carrément mis en avant et s’est tellement voulu seul décisionnaire, d’assumer ses choix.

« Quant à nous, nous aimerions comprendre ce qu’a été sa politique, essayer de voir ce qui l’a conduit à choisir comme directeurs techniques nationaux Christian Donzé (de 2008 à son décès brutal en 2012), Lionel Horter (2012-octobre 2014) puis Jacques Favre (depuis février 2015) après le bref intermède Patrick Deléaval qui assurait les affaires courantes. Il ne s’agit pas des personnes elles-mêmes, mais il y a une vraie rupture quand tu ne prends pas comme directeur technique quelqu’un de l’équipe précédente. Or, il faut amener une continuité pour assurer le progrès. J’ai écrit à Francis Luyce en 2012 que chaque fois qu’on balkanise la DTN, on met en péril la pérennité du haut-niveau.

« Cette façon de Luyce de se poser, compte tenu aussi de sa façon de procéder, de peser sur les choix, cela donne quoi ? D’abord, il analyse toutes les initiatives de la Direction technique en fonction de leur impact politique, initiatives qu’il rejette comme inintéressantes, ou superflues si elles peuvent le mettre en danger électoralement ; ensuite, surtout, il conduit les gens de qualité à conserver le silence, et observer un état de non dit permanent dans un climat inquiet et suspicieux où chaque question posée va être perçue comme une attaque et non pas comme un élément du débat. »

 « Par ailleurs, j’ai toujours été opposé au fait de donner des responsabilités  de DTN à des gens impliqués dans des structures locales (c’est le cas d’Horter à Mulhouse et de Favre à Marseille). Ça pose des problèmes fondamentaux d’éthique et affaiblit leur position.

« Le président a fait de tels choix. Maintenant, il doit les assumer. »

L’avenir se présente mal. Si l’on croit que l’équipe des Jeux a manqué le coche, on se rend mal compte de ce qui l’attend dans le futur. On n’a plus d’élite, mais aussi plus de jeunes. Plus d’avenir. Plus rien. Ceux qui vont former la prochaine équipe de France sont loin du niveau de leurs prédécesseurs. D’aucuns suggèrent qu’il s’agirait seulement d’un problème générationnel, que les doués ne sont pas au rendez-vous.

Claude FAUQUET: « Bien entendu, je ne nie pas qu’il puisse y avoir des générations de nageurs de valeurs différentes, mais ce n’est pas de cette façon que je raisonne. L’action de la politique fédérale se situe à un autre étage. Elle doit permettre d’anticiper,  de créer les conditions d’une pérennité d’un niveau moyen le plus élevé possible. La question est : à quel niveau se situera-t-on quand ça n’ira pas bien…

« Cette anticipation doit se traduire par des actions de formation des espoirs français à l’exigence internationale et au-delà de la simple participation aux compétitions de leur catégorie.

« Un exemple : les nageurs doivent être aguerris, préparés. Quand j’étais directeur des équipes de France, je me souviens avoir emmené les Solenne Figues, les Romain Barnier, Simon Dufour, toute une équipe aux USA, au Canada, pour y disputer leurs championnats. Ils y apprenaient la compétition internationale, la confrontation aux meilleurs nageurs, le décalage horaire, la fatigue du voyage, les appels dans une langue étrangère, la nourriture, toutes choses qu’ils ne rencontraient pas en restant à la maison. C’était les aguerrir, et c’est ce qu’il convient de faire avec les jeunes, ceux qui arrivent. On doit les préparer à ce qui les attend.

« Là, aujourd’hui, il n’y a pas de terreau. Quand, à Barcelone, aux championnats du monde 2003, j’ai envoyé une équipe avec seulement Manaudou et Figues chez les filles (1), on en a beaucoup parlé ; mais pendant ce temps, il y avait une équipe complète qui s’en allait au championnat des USA à peu près aux mêmes dates, et c’est là que Malia Metella est devenue, à College Park le 9 août 2003, championne des USA sur 50 mètres en battant le record de France de Catherine Plewinski. »

Q: Comment Francis Luyce doit-il assumer ?

Claude FAUQUET: « Dans le cas actuel, c’est simple : il s’est exposé, s’est déclaré responsable ; il doit donc reconnaître ses erreurs ou démissionner. En fait, Francis Luyce n’a que deux choix : soit il s’entoure de gens compétents, soit il démissionne. »

 COMMENT CREER UNE NOUVELLE DYNAMIQUE


Claude FAUQUET: « Il faut changer les hommes et faire émerger des talents aux postes de responsabilités. Mais il faut aussi revoir entièrement le mode de gouvernance qui devrait prendre en compte l’ensemble des 5 disciplines olympiques  et surtout changer le mode d’élection. »

Q: Vous verriez-vous dans un tel rôle?

Claude FAUQUET: « Je ne suis pas partant, mais il faut que la FFN se renouvelle profondément. Ensuite, si les nouveaux responsables pensent que je peux leur apporter quelque chose, je serai à leur côté. »

Q.: Il y a quand même beaucoup de questions qui se posent ailleurs qu’à la fédé ! Les clubs ont une vie difficile…

Claude FAUQUET: « Jean Paul Clemençon à qui je dois beaucoup disait que nous étions une fédération de clubs. Il semble que nous l’ayons oublié.

« Je suis président de club, autant dire que ça, je le sais et le vis au quotidien. Il y a beaucoup de souci à ce niveau ? D’abord les collectivités locales qui se désengagent. Par ailleurs, la tendance est à la privatisation des piscines. Là-dessus, s’ajoute que des activités multiples se rajoutent, certaines ayant été orchestrées par la Fédération elle-même, dans le but, plutôt louable d’ailleurs, d’animer et aussi de rapporter des moyens, éveil aquatique, école de natation française, natation-santé, nager grandeur nature, natation estivale, nager forme bien être, les opérations savoir nager, mais elles retombent sur le même homme, l’entraîneur en général ; quand il sort de ces activités, comment voulez-vous qu’il organise dans les meilleures conditions deux entraînements par jour ? La qualité de son travail va immanquablement s’en ressentir. »

Q.: Dans ces conditions, que va devenir la natation française ? Va-t-elle sombrer à l’international ?

Claude FAUQUET: « Le risque, c’est que, lorsque l’organisation n’est pas portée par un sens du partage, les intérêts individuels reviennent de manière très forte. C’est ce qui se passe. Du coup, les athlètes et les entraîneurs, très sensibles à la qualité de l’environnement, ne peuvent pas s’épanouir. Peut-être que le centième qui manque à l’arrivée d’une course, il faut le chercher là-dedans… »

Q.: Un centième, c’est ce qui a manqué à Manaudou en finale du 50 mètres par exemple ?

Claude FAUQUET: « Je ne veux pas parler de cas particuliers. Mais les choses doivent se passer le plus sereinement possible. »

Q.: Avez-vous l’impression que l’exigence et l’intransigeance, deux piliers de la réussite quand vous étiez aux responsabilités, s’étiolent ? 

Claude FAUQUET: « Les critères de sélections que nous avions instaurés fin 1996 après les Jeux d’Atlanta, des Jeux à zéro médaille, n’étaient qu’un élément du projet, une manière de faire comprendre ce qu’était notre natation. Nous avions travaillé dans tous les secteurs qui nous paraissaient faire sens en termes de réussite, la technique, l’instauration des séries, un gros effort… Le fruit de ce travail, nous ne l’avons touché, aux Jeux, qu’en 2004. Il faut du temps pour amener une prise de conscience de ce qu’est le niveau des Jeux. A Rio, j’entends des nageurs, sans leur en vouloir, qui sont dans le déni, qui se défendent d’avoir nagé loin des finales en disant prendre de l’expérience. Je n’y crois pas. On peut sans doute arriver au haut niveau par d’autres voies, mais là, on n’y est plus. »

Q.: CONSTRUIRE UNE EQUIPE DE HAUT NIVEAU, ÇA PREND BEAUCOUP DE TEMPS, ET EN PLUS ÇA RESTE TRES FRAGILE, SEMBLE-T-IL ?

Claude FAUQUET: « L’apogée de Londres, en 2012 (7 médailles dont 4 en or) a été extraordinaire. C’est quand ça fonctionne qu’il faut se remettre en cause. En 2008, aux Jeux de Pékin (six médailles dont une en or), j’étais persuadé que la remise en cause que je voulais porter ne se ferait pas. Je suis parti… J’avais pourtant proposé des pistes. »

Q.: Lesquelles ?

Claude FAUQUET: « La mise en place d’un système pour remplacer les critères de sélection. Pour que l’opposition de nageurs devienne un élément fondamental de progrès. Pour que les confrontations génèrent les performances et non plus l’inverse.

« Quand je suis parti, je m’étais donné pour objectif de battre les Australiens, (2) qui étaient une des natations les plus fortes, en fait la deuxième du monde ; on avait cogité sur comment les battre. C’est de là qu’était venue l’idée des quotas. J’avais remplacé les critères de sélection chronométrique par des quotas. Le nombre de sélectionnés d’une saison dépendrait des résultats obtenus la saison précédente. J’espérais bien susciter une émulation…

« Mais il s’est entre-temps passé une chose navrante, l’évolution de la natation française a fait que cette proposition que mon équipe avait  mise en chantier avant mon départ, cette proposition est devenue obsolète. De quoi s’agit-il ? Philippe Dumoulin, expert de ces questions, a effectué alors le travail statistique concernant ce phénomène. La densité du haut niveau, dans ces huit années, a diminué de plus en plus jusqu’à devenir catastrophique. Les chiffres ne manquent pas, ils se situent au niveau des qualifiés aux Jeux olympiques au regard des minima A, édictés par la FINA. Que disent-ils ? Qu’à Pékin, nous avions 33 nageurs qui se sélectionnaient au regard des minima FINA : 27 individuels et 6 en relais. Quatre ans plus tard, à Londres, nous trouvions 29 nageurs « sous » les minima FINA, mais seulement 14 individuels et 15 en relais.  En outre, aux sélections pour Pékin, on comptait à 22 reprises des nageurs qui avaient fait les minima mais n’ont pas été sélectionnés parce qu’ils n’étaient pas dans les deux premiers. Ils n’étaient plus que huit à Londres. Derrière l’apparence de la bonne santé éclatante de notre natation à Londres, qui ne tenait qu’aux exploits des Niçois, nous avions moitié moins de sélectionnés individuels selon les critères FINA. Il s’agissait donc d’un très net affaiblissement de notre compétitivité…

« On voit donc dès 2012 une lente destruction de la densité de notre natation. C’est un gratte-ciel dont les fondations s’affaissent. C’est le système qui est destructeur, parce qu’il ne tient pas compte de tous les éléments, alors que dans le haut niveau tout est important. » 

Q.: La DTN entend mettre fin aux critères de sélection, sous le prétexte qu’il est impossible d’avoir deux pics de performances dans la saison, aux championnats de France et lors du rendez-vous international.

Claude FAUQUET: « Dans le sport de haut niveau, il n’y a qu’une réponse qui vaut : c’est le résultat final. . On voit ce que cela donne à ce jour… Mille exemples dans la compétition, à l’international, le démontrent : tu peux nager au sommet avec deux pics dans la saison. Mais la première question à poser aujourd’hui n’est pas celle de la planification, mais celle de la reprise de confiance  pour l’équipe de France. Les nageurs, dans leurs réactions, expriment un désarroi incroyable. Ils ont envie de vivre quelque chose de joyeux, d’être acteurs, pas spectateurs… On avait fait exactement ce constat à la sortie des Jeux de 1996. On avait décidé de mettre des choses en place en se disant : « plus jamais ça. » Et vingt ans après, on se retrouve dans la même situation. Alors, me semble-t-il, il faut définir les bases: faut-il reconstruire ? Avec quels nageurs, quels entraîneurs, quelles stratégies, quels moyens ? Le temps presse. »

Q.: Êtes-vous surpris ?

Claude FAUQUET: « J’aurais voulu l’être… En voyant ce qui se mettait en place, j’étais convaincu que ça ne se passerait pas correctement, mais je ne voulais pas le croire. Hélas, mon intuition a été confirmée… »

(Recueilli par Éric LAHMY)

 

(1). L’équipe de France était composée de Julien Sicot 50m, (5e), Frédéric Bousquet (50m, 10e, 100m, 6e), Romain Barnier (100m, 21e), Nicolas Rostoucher (400m, 12e, 400m4 nages, disqualifié), Simon Dufour (100m dos, 11e, 200m dos, 3e), Hugues Duboscq (100m brasse, 8e), Yohann Bernard, 200m brasse, 11e), Franck Esposito (100m papillon, 7e, 200m papillon, 27e)  Le 4 fois 100m, achevé par un Bousquet transcendant, 47s03 lancé, a terminé 3e. Le 4 fois 100 m 4 nages 4e. Côté filles, Solenne Figues, 100m (12e), 200m, (5e) et Laure Manaudou, 400m (13e), 800m (19e ), 50m dos, (7e ), 100 m dos (11e ).

(2). La France se situait loin derrière l’Australie en termes d’or olympique avec une victoire contre six, et n’était que neuvième ; mais avec six médailles, elle n’était devancée que par les USA, 31 médailles, et l’Australie, 20 médailles, et se trouvait en situation d’ex-aequo avec la Grande-Bretagne et la Chine et devant le Japon, etc. C’eut donc été un beau défi.

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6 comments:

  1. 314loup

    Si je suis bien, les jeux de 2024 se jouent maintenant et seule une individualité pourrait sauver les meubles à Tokyo dans 4 ans.
    Pensez-vous que la construction d’une grande piscine olympique en région parisienne, donc d’un outil de travail supplémentaire, dans l’hypothèse de l’obtention des jeux à Paris, pourrait lancer une nouvelle dynamique ?

    1. Eric Lahmy *

      Sans préjuger de ce que dirait Claude sur la question, je ne vois pas le rapport. L’existence d’une piscine olympique à Montréal n’a pas fait de grands nageurs québécois. La natation espagnole ne me parait pas tellement fleurir à Barcelone, et en sens contraire, Nice a eu ses meilleurs nageurs dans des conditions qui n’avaient rien d’extraordinaire, mais disposaient d’un technicien haut de gamme ! L’INSEP dispose désormais d’une belle piscine et d’un habillage technologique intéressant en termes d’internat, de médecine, de kinésithérapie, de soins divers, et je ne sais toujours pas par qui et comment elle sera habitée (Lucas a raconté qu’il lorgnait l’entraînement à l’INSEP, avait certaines idées 40 nageurs équipe première, 40 nageurs pour la relève, qu’il l’a proposées à Francis Luyce qui selon sa redoutable habitude, ne lui a surtout pas dit non, mais n’en a JAMAIS reparlé).
      L’équipement n’est rien sans quelqu’un pour le faire vivre.

      1. 314loup

        Vous pourriez même citer le vélodrome de Saint-Quentin en Yvelines qui n’a pas eu d’effets miracles sur le cyclisme sur piste français !
        Cela dit, si je me réfère à votre commentaire d’un livre de Philippe Lucas datant de 2008, ce dernier regrettait la disparition des grands clubs parisiens. Si un club ambitieux se greffait à un futur équipement permettant d’organiser de grands évènements en grand bassin, il s’agirait là d’un projet sportif qui pourrait tirer tout le monde vers le haut à défaut d’une grande politique fédérale… non?

        Je crois que je suis trop pessimiste pour imaginer une démission de Luyce ou encore la nomination d’un DTN correspondant aux attentes de Claude Fauquet

        1. Eric Lahmy *

          Là je suis tout à fait d’accord avec vous. En fait, la vie est ce qu’on appelle un système complexe c’est toujours tout un réseau de conditions qui détermine le succès. Quand Jean-Claude Perrin et Alain Ripoll coachaient en athlétisme au Racing Club de France, à Colombes, les trois quarts de perchistes français vivaient à portée d’escopette du vieux stade olympique, et quand ils n’étaient pas champion olympique (Pierre Quinon) ou recordman du monde (Thierry Vigneron), ils grimpaient sur des quantités de podiums (Patrick Abada, Jean-Michel Bellot). Mais ce qu’on ne sait pas, c’est qu’ils disposaient aussi d’un directeur du stade de Colombes exceptionnel, qui garantissait des conditions d’entraînement parfaites, et aussi de studios « au fond du stade » dans lesquels ils vivaient à l’année, etc.
          Si quelque chose manque à cette cybernétique, tout va moins bien. Le Cercle de Marseille mis à part, ce réseau de conditions maximales – stade nautique, groupe d’entraîneurs pointus, moyens décents – n’existe nulle part en natation, même si des unités, à Toulouse, Bordeaux, Montpellier, etc., n’en sont pas éloignés. A Mulhouse, par exemple, ils se sont doté d’outils exceptionnels, avec des résultats décevants, hormis, en vingt ans, Maracineanu et Leveaux. A Nice, ils ont bel et bien LE technicien majuscule ou au moins l’un d’eux (plus Leutenegger qui est parait-il très bon aussi) et des conditions, mais le club, réservant ses largesses au water-polo, serait d’une pingrerie rare avec les nageurs (aucune aide à CharlotteBonnet depuis que celle-ci a une aide régionale – Anna Santamans quitte Nice pour Marseille sans doute pour cette raison). Mais quand même, c’est le coach autour de qui tout se crée. Pellerin, Lacoste… ; Amiens, c’est Michel Chrétien, Rouen ça a été Guy puis Eric Boissière, etc.
          Je serais moi aussi étonné par une démission de Luyce. Peut-être en face d’une menace de putsch?

  2. Marc

    Soyons sérieux, les responsables pensent-ils vraiment qu’entraîner les nageurs à répondre aux médias, que prendre les services d’un psychologue et intégrer d’anciens champions à l’équipe permettra de reconstruire quoi que ce soit ?
    Se voiler la face avec l’idée qu’il y aurait des cycles ne va pas non plus arranger les choses…
    A propos de la génération actuelle, nous savions bien dès 2013 que Camille Lacourt et Yannick Agnel rencontraient des difficultés. Ces problèmes ont-ils été bien posés afin que le collectif trouve des solutions ? Pas que je sache.
    Quant à Florent MANAUDOU, entre 2012 et 2016, qu’a-t-il appris ?
    Il a pris de la puissance, mais au-delà d’un certain seuil, la puissance nuit au rendement. J’ai la conviction qu’il était très important pour lui d’apprendre à nager un 100 mètres en grande compétition avec série et demi finale; en aucun cas cela n’aurait hypothéqué le 50 mètres. Le fait qu’il n’ait pas progressé me chagrine plus que sa deuxième place sur 50m.
    Le 4 fois100 mètres nage libre s’en sort très bien, mais cela ne saurait durer sachant que nous n’avons pas de finaliste individuel sur 100 mètres.
    A suivre mais je doute que les décisions fédérales aillent dans le sens souhaité par Claude….
    Cordialement

  3. Doug

    On peut regarder dans les ranking l’âge moyen des 20 premiers dans chaque 100M, et où se situe le premier 2000 chez les hommes par exemple. Et là on se rend compte de l’ampleur de la tâche pour faire une finale dans 4 ans, tant en individuel qu’en relais… Pourtant on se targue d’avoir de plus en plus de licenciés (>300 000), mais de ce large vivier on peine maintenant à sortir l’exceptionnel. Pour le haut niveau on a évoqué une politique et des qualifications moins exigeantes que par le passé, puis on se rend compte qu’au final peu de structures aussi sont capables d’apporter un vrai statut aux nageurs de haut niveau.
    Après personnellement je trouve qu’on met le paquet sur les benjamins avec un programme lourd, et ça ne se concrétise pas forcement par la suite. Ensuite on autorise les jeunes catégories à participer aux championnats de France, et ça en devient parfois presque une fin. Enfin, et ça n’engage que moi je regrette vraiment les finales nationales interclubs, ça provoquait une sacrée émulation, même si ça ne reste qu’une compète d’animation. Certains y battaient des records du monde…

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