MARIE WATTEL : GARE AUX MATINS QUI DÉCHANTENT

Éric LAHMY

Jeudi 15 mars 2018

POUR ASSURER SA QUALIFICATION AUX PROCHAINS CHAMPIONNATS D’EUROPE DE GLASGOW, SOMMET DE LA SAISON 2018, MARIE WATTEL DEVRA ATTEINDRE SA PLEINE VITESSE EN SERIES DES CHAMPIONNATS DE FRANCE. ELLE NE SERA PAS LA SEULE ? CERTES, MAIS ELLE N’EN A PAS L’HABITUDE !!

Le meeting où Marie Wattel s’est révélée comme une nageuse de calibre international est l’U.S. Open, début août dernier. L’U.S. Open n’est pas le « grand » championnat US, qui qualifiait l’équipe pour les mondiaux de Budapest, mais une rencontre d’audience internationale de haute valeur.

Et là, Marie avait bien répondu à l’enjeu. Sur 100 mètres, elle marquait de gros progrès et gagnait en 54s27 après un passage décisivement rapide en 26s21. Temps de passage pris au pied, ce qui signifiait qu’elle frôlait son record perso sur 50 dans ce passage.

Sur 100 papillon, Marie, 57s53 contre 57s87, avait défait Amanda Kendall, laquelle a eu son heure de gloire vers 2012. Elle avait fini 4e des qualifications, avec 59s34.

Sur 50, elle était 2e en 25s06 derrière Madison Kennedy, 24s92.

Au bout du compte, elle recevait le trophée de la meilleure nageuse de la compétition. Ajouté à ceux de chacune des épreuves, cela fait une belle expo de trophées pour sa chambre d’étudiante.

Marie a aussi gagné ceci qu’elle a bel et bien répondu en anglais en conférence de presse aux USA.

Wattel revient-elle de loin ? C’est bien possible. Les années 2015 et 2016, ses résultats stagnent. En 2014, elle est 27e Française sur 100 libre avec 57s80 et 2e du 100 papillon, derrière Camille Muffat, avec 58s95. L’année suivante, elle passe 1ere Française sur 100 papillon avec 58s35 et 6e du 100 libre, 55s45. En 2016, c’est une dégringolade : 14e du 100 (56s47), et si elle reste première du 100 papillon, c’est sans progresser, avec 58s48. Aux Jeux olympiques, les deux françaises engagées sur 100 papillon, Marie et Béryl Gastaldello, régressent, 24e et 25e aux Jeux avec 58s90 et 58s93. Le quatre fois 100 quatre nages est disqualifié pour prise de relais incorrecte.

Wattel, comme d’autres, pourrait bien administrer la preuve que la natation française peut gâcher des talents. Ou, à tout le moins, ne pas les exploiter. Elle s’est épanouie, explique-t-elle, dans un premier temps dans un club qui n’avait pas les moyens de s’occuper d’elle. Puis elle a rejoint un club où l’on n’essayait pas trop.

Comme elle sentait qu’elle n’irait pas loin si elle ne se sortait pas de ce guêpier…

Le premier club, c’est celui d’Annecy. Cette fille toujours la plus grande de taille de ses catégories d’âge, entraînée par Vanessa Brouard, améliore depuis Annecy treize meilleures performances françaises dans trois catégories d’âge, de quatorze à seize ans.

« A LOUGHBOROUGH, LE COACH, IAN HULME, QUOIQUE RESPONSABLE D’UN GROUPE DE DIX-HUIT NAGEURS, ME DONNE L’IMPRESSION DE M’ACCORDER UNE ATTENTION PARTICULIERE »

Quand votre croissance a été précoce, il arrive un temps où les autres vous rattrapent et où l’avantage de la taille ne joue plus à fond. Mais ses 1,81m mis à part, Marie montre qu’elle entend exploiter son potentiel. Fin 2012, elle passe avec armes et bagages à Nice, où elle trouve une certaine émulation. Le club a ramené neuf médailles olympiques des Jeux olympiques de Londres, et Marie nage dans les eaux de Yannick Agnel et de Camille Muffat.

Cependant, le groupe explose, Agnel puis Muffat quittent le club, et Wattel ne progresse pas autant qu’on aurait pu l’espérer. L’année des Jeux de Rio constitue une étrange expérience pour elle, et pour quelques autres nageurs. Wattel ne parvient pas aux championnats de France à réaliser les minima qualificatifs pour les Jeux, puis elle est récupérée par le biais des relais. Pour finir, elle reste éloignée, aux Jeux olympiques, de ses records.

A la rentrée, l’équipe des Niçois, à l’exception de Charlotte Bonnet, s’éparpille. Anna Santamans, Chloé Hache, émigrent à Marseille, où l’une continuera de progresser, mais se blessera, l’autre parait enlisée. Wattel évoque son sentiment d’alors, vis-à-vis d’un club, de « ne pas être une priorité. » Ss sentir délaissée, se savoir en régression technique, en voilà plus qu’assez pour motiver un divorce : elle reprend contact avec ses premières amour, mais à Annecy, n’ a pas les moyens de se payer une internationale.

Elle va donc frapper à la porte de Loughborough, en Angleterre, petite ville située à mi-chemin de Londres et de Manchester. Son Université accueille une des plus fortes équipes universitaires de natation de Grande-Bretagne. L’an passé, Braden Keith écrivait sur le blog de SwimSwam que Loughborough « s’était ré-établi comme l’épicentre de la natation anglaise. »

Pour des tas de raisons, Marie ne peut que se louer de son départ de France.

« Pendant une année, il m’a fallu apprendre l’anglais. J’étais donc étudiante à mi-temps. J’ai trouvé en Ian Hulme, un coach qui, quoique responsable d’un groupe de dix-huit nageurs, me donne l’impression de m’accorder une attention particulière. Je regrette certes un peu qu’il ne puisse pas m’accompagner dans les déplacements, mais je comprends que ses responsabilités sont trop nombreuses pour ça »

Autre avantage, Loughborough dispose dans son équipe de « deux nageuses de papillon à 59s, et je ne me sens pas isolée », dit-elle.

Depuis la rentrée, Marie est devenue étudiante à part entière en management sportif. Nager et avoir une autre activité, beaucoup de responsables de la natation croient que ce n’est pas possible. Le sujet pourrait faire l’objet d’une émission de « ça se discute. » Marie prétend que c’est jouable. A condition de s’organiser. « Il faut gérer, mais je suis plus épanouie qu’à l’époque où je ne faisais que nager. J’apprends quelque chose. Je me suis fait des amis qui ne sont pas des nageurs, ou qui ne sont pas dans la natation. Et puis je suis contente d’aller aux cours. Si les journées sont denses, j’ai quand même le temps de récupérer. Le soir, quand je rentre dans ma chambre, je suis fatiguée mais contente. »

« Je vis en ville, mais c’est une toute petite ville, et je me trouve à cinq minutes de voiture de la piscine. Alors cela dépend. Quand Carmela et moi partons ensemble pour nager, nous prenons la voiture. Quand je suis seule, et le temps le permet, c’est le vélo. »

Marie Wattel, en 2017, après quelques mois à Loughborough, avait réalisé des progrès, mais elle n’avait pas pu se qualifier pour les championnats du monde de Budapest. Les minima pour les mondiaux avaient été fixés par le précédent Directeur technique, Jacques Favre, lequel n’entendait pas plus les respecter qu’il n’avait respecté ceux des Jeux de Rio. Il les avait donc placés très haut. C’est son successeur immédiat, Laurent Guivarc’h, qui fut chargé de gérer cette sélection explosive. Il appliqua les minima à la lettre…

Wattel et quelques autres se retrouvèrent en délégation à disputer l’US Open. Elle obtint pour sa part les résultats dont on a parlé plus haut…

« Les championnats se déroulaient à New York, et nous avons pu visiter la ville. J’ai gagné de superbes trophées, et j’ai été nommée meilleure nageuse de la compétition, ce qui est très flatteur. »

Le week-end passé, Wattel est venue au meeting de Sarcelles en compagnie de sa camarade de chambre, la nageuse de brasse Carmela Kitching.

Elle a gagné le 50 et le 100 papillon ainsi que le 200 libre, et fini deuxième du 50 nage libre derrière la championne olympique danoise Pernilla Blume. Sur 200, elle a battu en 2’0s27 un record personnel vieux de deux ans et occupe désormais plus qu’un strapontin dans le relais quatre fois 200 mètres.

Mais, tout bien pesé, elle n’a pas eu beaucoup de chance. En quoi ? Si ses 25s30 au 50 mètres battent de 3/100 le minimum établi pour les championnats d’Europe, les 26s16 et les 59s25 réussis en papillon ratent d’un rien, respectivement deux centièmes et quatorze centièmes, les minima. Bien entendu, en ce début de saison, il n’y a pas de quoi s’affoler. D’ailleurs, seules Charlotte Bonnet (de façon confortable), Lara Grangeon et Fantine Lesaffre ont réussi ces minima…

Mais une autre préoccupation l’assaille. Celle de nager vite en séries de ses courses. En effet, les minima de qualification pour les Europe, aux championnats d’Europe, devront être réalisés en séries… « C’est un petit challenge, pour moi, aux championnats de France, celui de ne pas en garder sous le pied, comme je le fais d’habitude. »

Gare aux matins qui déchantent.


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