NCAA 2018 (5) CAELEB DRESSEL L’IRRÉSISTIBLE A ENCORE FRAPPÉ

Éric LAHMY

Samedi 24 Mars 2018

Vendredi noir pour Hugo Gonzalez à Minneapolis où s’est achevée la magnifique troisième journée des NCAA 2018. Les séries des 400 quatre nages ont présidé à l’enterrement sans grandes pompes de ce garçon présenté (ici même d’ailleurs, mea maxima culpa) comme peut-être l’un des grands hommes de la compétition et qui termine dans les trentièmes dessous. Je ne lui en voudrai pas. Hugo Gonzalez n’est pas tenu à confirmer mes pronostics ou à tenir mes promesses !

Et ces qualification matutinales promeuvent Andrew Seliskar. Seliskar a été un petit génie des groupes d’âge, et a amélioré plus d’un record US de jeunes au début des années ‘10, ainsi sur 200 quatre nages, 100 et 200 brasse. Il est le nageur le plus recherché des recruteurs, en octobre 2014. Avant cela, il lui a fallu être sauvé par une poussée de croissance, vu qu’il mesurait 1,73m à 17 ans, 1,85 à dix-huit. Au bout de cette année, il a été élu meilleur nageur scolaire de l’année (côté filles, c’était Katie Ledecky) et a soudain entrevu un avenir de nageur.

Et puis, finalement, Seliskar n’est pas devenu le nouveau Michael Phelps.

LE PROGRAMME DE NATATION A CRÉÉ DES NAGEURS TRANSVERSAUX, QUI SONT LA NÉGATION DES SPÉCIALITÉS DANS LA MESURE OU ILS LES MAÎTRISENT TOUTES

Et la finale d’hier dément les pronostics du matin. La course revient à Abraham Devine, de Stanford, étudiant de troisième année comme Seliskar. Autoproclamé « avide jardinier », et 10e des 200 mètres quatre nages des mondiaux de Budapest en juillet dernier, Devine est un quatre nageur chevronné doublé d’un dossiste redoutable, en fait le dernier né d’une engeance qui pourfend notre idée pourtant tenace d’une séparation des différents styles, et nage, partout, très bien. Cette transversalité (couplée hier à une solide préparation) lui a offert un avantage déterminant. Abraham a répondu à l’attaque initiale de Seliskar en papillon, puis a pris ses distances dans un parcours de dos magistral, mettant dans le rouge si ce n’est dans le vent tous les finalistes, et contraignant Seliskar, défendant sa chance avec un cœur énorme, à un colossal effort pour recoller en brasse.

SELISKAR S’APPRÊTAIT À TOUT DÉVORER, MAIS C’EST DEVINE QUI VIENT DÎNER

A l’issue de quoi, Devine pouvait déployer une nouvelle attaque en crawl, déterminante. Seliskar, très fatigué, on imagine, se faisait prendre trois secondes dans le parcours de libre et se laissait piquer (nolens volens) la deuxième place par Nick Thorne, d’Arizona, lequel, étant plutôt un habitué des finales B, n’avait jamais atteint de tels sommets dans sa jeune carrière.

1. ABRAHM DEVINE, Stanford, 3.35s29; 23s03, 49s27 (26s24), 1.16s64 (27s37), 1.43s38 (26s74),2.14s17 (30s79), 2.45s16 (30s99), 3.10s46 (25s30), 3.35s29 (24s83).2. NICK THORNE, Arizona, 3.38s56; 23s11, 49s64 (26s53), 1.18s09 (28s45), 1.45s97 (27s88), 2.16s90 (30s93), 2.48s22 (31s32), 3.13s99 (25s77), 3.38s56 (24s57).3. ANDREW SELISKAR, California, 3’38s73 ; 22s70, 49s29 (26s59), 1.17s29 (28s), 1.44s82 (27s53), 2.14s87 (30s05), 2.45s36 (30s49), 3.12s21 (26s85), 3.38s73 (26s52).

CAELEB DRESSEL EST LE MAÎTRE DU CRAWL, LE PATRON DE LA BRASSE, L’EMPEREUR DES QUATRE NAGES, ET IL A PEUT-ÊTRE BON DOS, MAIS C’EST AUSSI LE PAPE DU PAP’

Caeleb DRESSEL, une fois sur son chemin, ne s’arrête pas. Après avoir réformé les 50 yards, le nouveau monstre sacré de la natation s’est attaqué au 100 papillon, et a pondu un autre chef d’œuvre. Ses 42s80 ne diront rien aux habitués des mètres, mais ils améliorent de façon décisive le record US que Caeleb détenait avec 43s58 et font penser qu’il est près d’améliorer le record du monde de la distance en mètres, et en grand bassin, de Michaël Phelps.

Ils ont été accueillis par un puéril « premier sous les 43 secondes », nous ne raisonnons plus que comme ça, pauvres hommes de statistiques que nous sommes. Ce qui nous intéresse cependant dans ce chiffre, c’est qu’il rapproche le record de nage papillon à 2s58 du crawl. Inusité : autre signe que le record du 100 va exploser à son tour, pour être amené autour de trois secondes, comme il en va d’habitude, par les soins du même Dressel.

À CHAQUE INSTANT DE SON EFFORT CAELEB A CONTINUÉ DE DISTANCER SES ADVERSAIRES

Il est passé en moins de vingt secondes, revenu en 22s81, et à chaque instant de son effort, a continué de distancer les autres finalistes. Que dire de plus ? Dressel représente une classe à part, une avancée dans l’avenir de ce sport, un aventurier du futur, le chaînon manquant entre l’homme et le dauphin, que le grand Murray Rose s’était amusé à envisager avec humour, quand il racontait ses promenades aquatiques et ses glissées bodysurfées sur les vagues de Bondi Beach.

Derrière, on est très loin, et Joseph Schooling, le champion olympique singapourien et « le nageur le plus doué » que son coach, Eddie Reese, n’a jamais vu, s’est retrouvé quatrième dans une finale où six nageurs cassaient les 45 secondes… J’avoue que j’aimerais savoir ce que Schooling pense de ça. L’an passé, après l’ouragan Dressel, il avait expliqué qu’il avait eu tort, après sa saison olympique, d’en avoir pris à son aise alors même qu’il annonçait que son but serait de battre le record du monde de Phelps. Et maintenant ?

1. CAELEB DRESSEL, Florida, 42s80  [19s99, 42s80 (22s81)]2. JAN SWITKOWSKI, Florida, 44s49 [20s85, 44s49 (23s64)]3. VINI LANZA, Indiana, 44s50 [20s81, 44s50 (23s69)]4. JOSEPH SCHOOLING, Texas, 44s68 [20s75, 44s68 (23s93)]5. RYAN HELD, North Carolina State, 44s88 [20s55, 44s88 (24s33)]6. RYAN HOFFER, California, 44s93 [21s05, 44s93 (23s88)]

TOWNLEY, L’AS DES HAAS REPREND SON BIEN A BLAKE PIERONI

Bon, je ne vais pas me jeter des fleurs, et je ne dirai pas que j’avais “pronostiqué” la victoire de Townley Haas devant Blake Pieroni sur 200 yards. Loin de là. Mais je l’avais envisagée en sachant que Pieroni, dans le passé, s’était montré meilleur relayeur qu’individuel… Un lecteur m’avait enjoint hier à une certaine prudence quand j’avais parlé de la 2e place sur 200 de Haas derrière Pieroni (c’était dans le relais). Toujours est-il que Haas a gagné, a battu le record qu’il a repris à Pieroni et que celui-ci, sans vraiment démériter, n’a pas nagé sa plus belle course : au lieu de se lancer carrément devant comme dans le relais, il l’a, semble-t-il, jouée tactique, passant une demi-seconde moins vite que dans son relais aux 100 comme aux 150 et n’a jamais pu revenir sur un Haas qui, tout au contraire, passait plus vite que dans le relais, en 43s12 contre 43s74 et 1’6s18 contre 1’7s06.

1. TOWNLEY HAAS, Texas, 1.29s50 [20s64, 43s12 (22s48), 1.6s18 (23s06), 1.29s50 (23s32)].2. BLAKE PIERONI, Indiana, 1.30s23 [21s05, 44s03 (22s98), 1.6s93 (22s90), 1.30s23 (23s30)].3. ZACH APPLE, Auburn, 1.31s18 [21s22, 44s11 (22s89), 1.7s31 (23s20), 1.31s18 (23s87).

CONNAISSEZ VOUS IAN FINNERTY

Dressel a quand même perdu un record: celui des 100 yards brasse. Mais cela ne peut être compté comme une défaite, car Caeleb n’était pas dans la course. Le vainqueur, Ian Finnerty, un junior d’Indiana, a réussi 49s69 et effacé les 50s03 du Floridien. On a donc fêté le passage d’une nouvelle frontière chronométrique, c’est fou ce qu’il y en a dans ce sport !

Finnerty a été membre de l’équipe US, son record sur 100 mètres brasse est de 1’0s03 (encore une frontière à franchir ?) et n’a jamais fait mieux que 8e aux championnats d’été, sur 100 brasse. A Minneapolis, il a représenté la revanche des spécialistes face aux couteaux suisses, dont Dressel est l’expression la plus aiguisée…

1. IAN FINNERTY, Indiana, 49s69 [23s26, 49s69 (26s43)].2. CONNOR HOPPE, California, 51s16 [23s79, 51s16 (27s37)].3. CARSTEN VISSERI, USC, 51s28 [24s00, 51s28 (27s28)]. 

L’OUTSIDER COLEMAN STEWART GAGNE DEPUIS LA LIGNE N°1

Pas de record sur 100 yards dos, ce qui est une sorte d’originalité. Autre spécificité de cette course, elle est gagnée par Coleman Stewart, un sophomore de 19 ans presque fluet de 75kg pour 1,88m, qui pouvait difficilement éviter la natation, son père, son frère et sa sœur ayant nagé, qui pour Brucknell, qui pour Princeton, qui pour Darmouth.

Ici, Coleman, qui jusqu’alors n’a pas trop fait parler de lui, s’est qualifié avec le septième temps dans des séries très « compactes », chose qui rend les résultats finaux très aléatoires et difficiles à prédire, et a gagné la course, d’un centième de seconde, en évoluant dans sa ligne extérieure. Moins de huit dixièmes de seconde entre le vainqueur et le dernier…

1. COLEMAN STEWART, North Carolina State, 44s58; [21s61, 44s58 (22s97)]

2. JOHN SHEBAT, Texas, 44s59 [21s38, 44s59 (23s21)]

3. ANDREAS VAZAIOS, North Carolina State, 44s81 [21s66, 44s81 (23s15)]

4. AUSTIN KATZ, Texas, 44s99 [21s89, 44s99 (23s10)]

RELAIS 4 FOIS 50 QUATRE NAGES1. USC, 1.21s82 [Robert GLINTA, 21s15, Carsten VISSERING, 43s73 (22s58), Dylan CARTER, 1.3s33 (19s60), Santo CONDORELLI, 1.21s82 (18s49).

2. California, 1.21s88 [Daniel CARR, 20s85, Connor HOPPE, 43s86 (23s01), Justin LYNCH, 1’3s63 (19s77), Ryan HOFFER, 1.21s88 (18s25)]

Les meilleurs temps: en dos, PAUL UNGUR, Utah, 20s64 ; en brasse, CARSTEN VISSERING, USC, 22s58 ; en papillon, DYLAN CARTER, USC, 19s60 ; en crawl, CAELEB DRESSEL, Florida, 17s37).


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2 comments:

  1. o

    Abrahm DeVine (Strange I know)
    A la décharge de Seliskar, il était un étudiant brilliant à la Thomas Jefferson High School for Science and Technology, souvent classée parmis les meilleures écoles américaines, et il doit étudier très sérieusement (Mechanical Engineering).

    1. Eric Lahmy *

      DeVine donc, mais je ne pouvais deviner. Sur le net, seuls quelques documents de Stanford orthographient ainsi son nom. Cela dit, pourquoi serait-ce étonnant, nous avions un champion de France qui s’appelait Vigne (Gilles). Cela me rappelle cette histoire que m’avait raconté Greg LeMond, le triple vainqueur du Tour de France. La presse écrivait son nom Lemond, il avait essayé de changer cela, en vain, et finalement avait décidé d’entériner Lemond, cela ressemblait à lemon, citron et, me disait-il, aidait à se souvenir. Je lui avais proposé d’imposer la vraie orthographe de son nom dans L’Equipe, mais m’avait dit de n’en rien faire ! Une autre comme ça. Touretski me présente Popov pour que je l’interviewe. J’écris Alexander Popov. « Non », me fait-il. Et orthographie son nom lui-même : « Alexandr » Aujourd’hui encore, je crois bien être le seul à respecter cette orthographe…
      En ce qui concerne Seliskar, je ne le critique certes pas, je constate et s’il est un peu moins bon nageur pour étudier, je n’ai rien à dire !!

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