CATHY DIETRICH, ÉTOILE FILANTE DE 2006

Mercredi 17 Mai 2017

DIÉTRICH [Cathy]. Natation. (Obernai, Bas-Rhin, 21 avril 1987-). France.

Issue du demi-fond (3e du 800 mètres des championnats de France 2005) 2e du 5 kilomètres des championnats d’Europe 2006, à Budapest, sur le lac Balaton. Alors que les Français attendaient Sarah Bey, qui l’a devancée aux championnats de France, mais finira 15e, après avoir raté la dernière bouée, Dietrich, entraînée aux Dauphins d’Obernai par Philippe Schweitzer (qui forme aussi Adeline Furst), surprend en terminant à 1’’5 de la gagnante russe, Ekaterina Seliverstova. 14e des 5 kilomètres et 13e des 10 kilomètres des mondiaux 2007, à Saint-Kilda.

Maître nageuse à vingt ans, elle s’est mise à nager quinze ans plus tôt pour « faire comme (son) frère. » Elle est championne de France 2008 des 5 et des 10 kilomètres ; c’est cependant Aurélie Muller qui est qualifiée pour les Jeux olympiques, en raison de sa 9e place dans le 10 kilomètres des mondiaux de Séville, le 3 mai de cette année (Cathy finit 36e). Éric Lahmy.

INES DIERS, MEDAILLEE OLYMPIQUE DU 100 AU 800 METRES

Mercredi 17 Mai 2017

DIERS [Ines]. Natation. (Rochlitz, 2 novembre 1963-). RDA. Aux Jeux de Moscou, en 1980, cette nageuse de Karl-Marx-Stadt de1,75m enleva deux médailles d’or, deux d’argent et une de bronze.

Championne olympique du 400 mètres (4’8’’76), elle enleva également l’argent sur 200 mètres (1’59’’64) et sur 800 mètres (8’32’’55), le bronze du 100 mètres (55’’65) et participa au relais quatre fois 100 mètres champion olympique 3’42’’71 (record du monde). L’année suivante, elle gagnait le 400 et le quatre fois 100 mètres et finissait 2e du 800 mètres (derrière sa compatriote Carmela Schmitt, 8’32s79 contre 8’32s89) aux championnats d’Europe, à Split. Malheureusement, ses résultats furent obtenus dans le cadre du dopage systématique de la RDA. Fille d’un éleveur de porcs, elle avait commencé à nager en 1973 au BSG Lok Rochlitz avant de rejoindre l’école de sport de Karl-Marx-Stadt (devenue Chemlitz). Diplômée en 1982, elle travaille dès 1990 dans une institution financière et vit à Nebra.

COMMENT NELSON DIEBEL, USA, REBELLE SANS CAUSE, ÉCHANGEA TROIS ANNEAUX AUX OREILLES CONTRE CINQ ANNEAUX OLYMPIQUES

Éric LAHMY

Mardi 16 Mai 2017

DIEBEL [Nelson W]. Natation. (Hinsdale, Illinois, 9 novembre 1970-). Etats-Unis.

Jeune « rebelle sans cause », rendu furieux par le divorce de ses parents, éternellement à la recherche d’un mauvais coup, expulsé d’une école pour avoir boxé un écolier, toujours entre deux rixes, deux drogues, deux cigarettes ou deux verres, ne négligeant pas même de petits larcins, Nelson Diebel est amené à la natation, dans une école privée du New Jersey, la Peddie school, par un (pieux?) mensonge. Dans un questionnaire scolaire, il s’invente un hobby, la natation. Il se souvient en effet que sa mère, cherchant, dans le passé, par tous les moyens, à le fatiguer afin qu’il consente à dormir le soir (il est suractif) l’a traîné à un cours de natation. Malgré son manque d’assiduité, il a nagé les 100 yards brasse en 1’8s à douze ans. Il n’empêche, se baptiser nageur représente, avouera-t-il plus tard, « l’un des plus gros mensonges jamais proférés dans ma vie. »

Maintenant, il lui faut assumer sa frauduleuse déclaration. Reçu avec sa mère par l’entraîneur Chris Martin, un ancien nageur de Yale, 1,88m, 110kg, il a droit à un beau laius : « la première chose que je veux que tu saches, c’est que je suis un tyran ; la deuxième, c’est que s’il doit y avoir une bagarre ici, ce sera avec moi. » Après dix minutes d’aboiements, Dave Martin disparut. Cet homme « était la réponse à mes prières », se souvient Marge. Un superbe article de Kelli Anderson dans SPORTS ILLUSTRATED du 29 Juin 1992 raconte l’anecdote et l’histoire de Diebel :

https://www.si.com/vault/1992/06/29/126752/swimming-life-in-the-fast-lane-one-time-hellion-nelson-diebel-is-now-a-contender-for-olympic-gold

En 1986, Diebel fume deux paquets de cigarettes par jour et après quelques longueurs, il crache ses poumons, accroché à la rigole, des minutes entières. Mais à raison de quatre heures d’entraînement quotidiens, sept jours sur sept, son hypercativité se fendilla, ses cigarettes, sa drogue et son alcool s’évaporèrent.

En 1988, il en était rendu à la cinquième place des 100 brasse et à la huitième des 200 des sélections US pour les Jeux olympiques de Séoul : de quoi se convaincre qu’il pourra faire un jour les Jeux.

Une semaine après les sélections, il récupère de l’entraînement long par de l’affutage, et retrouve son hyperactivité. Trouve un jeu très intéressant, qu’il appellera « une expérience de la gravité », qui consiste à se jeter d’un balcon d’un troisième étage qui donne directement sur le bassin ; au troisième essai, il se rate, tombe sur la plage et se fracture les deux poignets. Quand Dave Martin voit les dégats aux rayons X, il le croit perdu pour la natation. Les poignets, dit-il, n’étaient pas seulement cassés. Ils étaient en miettes… Cinq heures trente d’opération plus tard, une vis permanente et quatre temporaires, huit semaines de platre et deux semaines de thérapie, il reprend l’entraînement, jambes seules, pendant des semaines… L’année suivante, 1989, il est champion des USA des 200 yards brasse.

SPORTS ILLUSTRATED raconte cette anecdote concernant l’affutage : « Je lui demandai pendant combien de temps il s’était affuté pour le championnat, raconte Barrowman (champion olympique et recordman du monde du 200 brasse). Moi, c’était d’une semaine à dix jours. Diebel me dit qu’il y va doucement pendant cinq semaines et demie. Je me dis : n’importe quoi. Mais les trois semaines suivantes, on s’entraîne tous pour les PanPacifique, beaucoup pour plusieurs d’entre nous. Nelson, lui, restait dans le bassin dix minutes par jour. Avant le meeting, je dis à mon coach : si Diebel nage bien après huit semaines d’affutage, j’abandonne, j’arrête de nager à jamais. Et vous savez quoi ? Il bat son record ! »  [Aux PanPacifics 1989, Mike Barrowman gagne le 200 brasse en 2’13s09, record du monde, devant Nelson Diebel, 2’14s94].  

Nelson Diebel n’en continue pas moins d’être Nelson Diebel. Quand, en 1990, il ajoute un troisième anneau à ses précédents piercings aux oreilles : « t’es cinglé, hurle Martin ? Tu portes déjà plus de joaillerie de ma mère. Je te signale que cette année, tu gagnes 100 et 200 brasse. » Et, en effet, il gagne. Et arrête avec les boucles, quand il s’aperçoit que les tatouages font bondir le coach ! Va pour les tatouages.

A un an des Jeux cependant, il est seulement 24e nageur du monde et souffre, outre les poignets, des épaules (tendinite chronique). Vainqueur surprise des sélections olympiques US avec un nouveau record américain du 100 mètres brasse, 1’1s49, puis 1’1’’40 (ancien record, Steve Lunquist, 1’1s65 en finale des Jeux de Los Angeles), on le croit quand même inférieur aux meilleurs nageurs de la spécialité.

Martin ne l’en félicite pas moins en ces termes : « Dieu te dédommage pour ces six années de moi. » Ses épaules douloureuses le contraignent à couper dans son kilométrage. Il l’emporte finalement, sur 100 brasse, aux Jeux olympiques, devant l’un des monstres de la spécialité, le Hongrois Norbert Rozsa, en  1’1’’50 contre 1’1’’68 (Rozsa détient le record mondial en 1’1s29), monte sur le podium le crâne recouvert d’un bandana aux couleurs du drapeau, refuse la main sur le cœur, mais craque un peu d’émotion ! Il empoche une deuxième médaille d’or avec Jeff Rouse en dos, Pablo Morales en papillon et Jon Olsen en crawl, dans le relais quatre nages des États-Unis (record du monde en 3’36s93).

Nelson Diebel, depuis, n’a cessé de nager, mais sans ambition compétitive…

DAVID DICKSON, CAPITAINE AUSTRALIEN ET COACH ANTIBOIS

Lundi 15 Mai 2017

DICKSON [David]. (Batu Gajah, Malaisie, 20 février 1941-).

Spécialiste des courtes distances (100 mètres et 200 mètres), il enleva trois médailles de bronze de relais olympiques, sur 4×200 mètres à Rome en 1960, sur 4×100 mètres et 4×100 mètres quatre nages à Tokyo en 1964 (année où il fut le capitaine de l’équipe australienne de natation). Devenu entraîneur d’Antibes (et de Pierre Andraca) et entraîneur national en France dans les années 1970, il retourna en Australie où il milita pour la création d’un Institut National des Sports (à Canberra) sur le modèle français de l’INSEP de Paris. Membre du Comité olympique australien depuis 1989.

CE MYSTERIEUX DICKEY PLONGEAIT EN LONGUEUR

Lundi 15 Mai 2017

DICKEY [William (Eugene ou Paul)]. Natation. États-Unis.

On le dit né le 20 octobre 1874 et aussi le 13 octobre 1883. Est-il mort le 13 mai 1944 ou 17 février 1950 ? Cela dépend des sources. Certaines biographies l’affublent d’un deuxième prénom, Eugene, d’autres préfèrent Paul, et dans sa liste de 271 médaillés olympiques, le New York Athletic l’inscrit sous le patronyme de Percy Dickey. Peu de choses sures apparaissent de sa biographie (un peu à l’instar du Français Devendeville, vainqueur en 1900 d’un 60 mètres sous l’eau) et on lui attribue deux dates de décès, ce qui est trop pour un seul homme. Reste qu’il fut champion olympique 1904 du plongeon en distance (il s’agissait d’aller le plus loin possible, à partir du mouvement engagé dans le saut initial, la longueur de ce plongeon étant mesurée après une minute, le nageur n’ayant droit à effectuer le moindre mouvement après son entrée dans l’eau). Il l’emporta avec une longueur de 62 pieds 6 pouces (19,05m). Ce record olympique ne fut jamais battu, vu que le caractère folklorique de l’épreuve ne joua pas en faveur de sa reconduction.

GEORGE DICARLO, CHAMPION OLYMPIQUE MIRACULÉ DU 400 MÈTRES EN 1984

Éric LAHMY

Lundi 15 Mai 2017

POUR L’EMPORTER SUR 400 METRES AUX JEUX DE LOS ANGELES, EN 1984, GEORGE DI CARLO, USA, FUT AIDÉ PAR DEUX ÉVÈNEMENTS: L’ABSENCE DU « SOVIET SUPRÊME », VLADIMIR SALNIKOV, EMPÊCHÉ PAR UN BOYCOTT, ET L’ERREUR DE L’ALLEMAND THOMAS FAHRNER EN SÉRIES…

DICARLO [George Thomas]. Natation. (St Petersburg, Floride, 13 juillet 1963-). États-Unis. Champion olympique du 400 mètres, médaillé d’argent du 1500 mètres, aux Jeux de Los Angeles, en 1984.

Quelques instants après la victoire de Di Carlo, obtenue (dans le temps de 3’51’’23), devant John Mykkanen, USA, 3’51s49, et Justin Lemberg, Australie, 3’51s79, l’Allemand Thomas Fahrner, entraîné en France, à Lyon, et qui avait cherché à s’économiser dans les séries –il avait nagé un relais quatre fois 200 mètres éprouvant trois jours plus tôt – et s’était retrouvé premier éliminé de la finale avec un temps de 3’55s26 (dernier qualifié, le Français Franck Iacono, 3’55s07), nagea en finale de « consolation ». Décidé à aller plus vite que le vainqueur de la grande finale, Fahrner réussit  3’50’’91, record olympique, et montra qu’il aurait pu devenir champion olympique.

Mais on ne peut comparer, émotionnellement ou techniquement, une finale B jouée comme une tentative de record avec la course au titre. La tension, l’énervement, ne sont pas les mêmes. Fahrner va développer sa nage sans se soucier de la place (ses seconds finiront de sept à dix mètres derrière lui). En outre, la grande finale fut précédée d’un faux départ. DiCarlo, contrairement à ses habitudes, se lança assez vite (56s56 aux 100 mètres, 1’55s27 aux 200 mètres, 2’54s06 aux 300 mètres) et effectua une course en tête, semble-t-il pour se mettre à l’abri d’adversaires capables de revenir très fort ; cette stratégie s’avèrera gagnante, puisqu’il résistera aux retours menaçants de Mykkanen et Lemberg, non sans, lui-même, fournir un effort final méritoire, en 57s17. Sur 1500 mètres, malgré un temps d’engagement supérieur à celui d’O’Brien, DiCarlo fut largement battu par celui-ci, en 15’5s20 contre 15’10s59. Ce fut une relative contre-performance pour Dicarlo, à neuf secondes de son record américain, 15’1s51, établi aux sélections, et qui durerait seize ans. Il eut sans doute du mal à digérer sa victoire sur 400 mètres, avec toutes les obligations qu’elle signifiait, dans son pays.

S’il nait à Saint-Petersburg, en Floride, où a atterri sa mère, Marta, une hongroise qui a fui la dictature socviétique, franchissant le « rideau de fer » et choisissant la liberté en traversant le Danube à la nage (exploit prémonitoire ?), ses parents déménagent pour Denver, dans le Colorado, quand il a six ans. On le met à nager à cet âge, afin qu’il puisse surveiller sa jeune sœur, trois ans. « Mes parents durent payer à l’avance six mois de cours de natation. Au bout de trois mois, j’en eus assez et voulus quitter. Pas question, nous avons payé pour six mois, me dirent-ils. Au bout des six mois, ils me proposèrent d’arrêter. Mais c’était moi qui ne voulais plus », raconte-t-il. Il ne montrait pas de précoces dispositions pour la natation, mais son éthique de travail associé au flair et à la compétence d’un entraîneur de haute volée, Dick Jochums, qui avait emmené aux plus hauts honneurs Tim Shaw et Bruce Furniss, entre autres, dans les années 1970, vont faire des miracles. Comme, à dix-huit ans, il n’est pas encore assez fort, Jochums lui accorde seulement une demi-bourse de l’Université d’Arizona. Jochums a remarqué que les temps quelconques de DiCarlo ont été réalisés à Denver, dans le Colorado, où il nage habituellement, à une altitude de 1609 mètres, préjudiciable aux performances, surtout en demi-fond. Vainqueur du 1500 mètres et 2e du 400 mètres des sélections US pour les mondiaux de 1982, à Guayaquil, en Equateur, DiCarlo y termine 6e de ces deux épreuves. L’année olympique va lui permettre de changer de statut (avec l’aide, il est vrai, du boycott des Jeux de Los Angeles par les nations de l’Est, l’URSS et ses satellites). Il établit en mars 1984 deux records US des 500 yards en une journée, 4’16s33 et 4’15s36 (l’ancien record appartenait à Jeff Kostoff avec 4’16s39). Aux trials, il efface les records US de Brian Goodell établis en finales des Jeux de Montréal, avec 3’51s03 contre 3’51s93 et 15’1s51 contre 15’2s40. Dicarlo n’est pas un géant (1,79m, 74kg), mais un beau nageur, qui se propulse tout sur les bras et un battement minimal. En-dehors de son titre olympique, il est connu pour sa capacité à nager en accélération, en negative split.

Carrière achevée, George DiCarlo se diplômera en pharmacie et en chimie des Universités de Colorado, puis de Floride.

JOHN DEVITT, AUSTRALIE, VAINQUEUR CONTESTE DU 100 METRES OLYMPIQUE DE ROME

Eric LAHMY

Dimanche 15 Mai 2017

DEVITT [John Thomas]. Natation. (Granville, 4 février 1937-). Australie.

Nageur de sprint, il fut 2e du 100 mètres des Jeux de Melbourne (1956) derrière son compatriote Jon Henricks, beaucoup plus près que les chronos, 55’’4 et 55’’8, ne l’indiquaient. Il l’emporta quatre ans plus tard à Rome, où, cette fois, l’ordre d’arrivée donna lieu à une grosse polémique. Il est probable que Devitt, quoique couronné, ait en fait terminé second. à l’issue de la course, trois des six juges donnèrent Devitt vainqueur, les trois autres l’Américain Lance Larson. Les chronométreurs attribuèrent respectivement 55’’, 55’’1 et 55’’1 à Larson, et, trois fois, 55’’2 à Devitt. Et la machine à juger (officieuse) désigna Larson net vainqueur. En toute logique, celui-ci aurait dû être champion olympique. Malgré ces indices, le responsable des juges désigna Devitt qui reçut la médaille d’or. Larson, dont le temps fut ramené à 55’’2, reçut l’argent et les Américains ne cessèrent plus de protester, en vain, de cette décision.

Devitt aurait mérité mieux que ce succès doux-amer. Il avait dominé l’olympiade, battu en janvier 1957, le record du monde du 100 mètres en 54’’6, et, par deux fois, celui des 110 yards, en 55’’2 et 55’’1. Mais on sait que les titres olympiques, loin de distinguer la constance et la régularité dans l’effort, couronnent le mieux disant du jour donné,

Devitt n’était pas un styliste, il se distinguait pas l’extrême vélocité de ses mouvements de bras, laquelle compensait la faiblesse de son battement à deux temps. Ses chevilles manquaient de souplesse, disait-il, et il couvrait les 55 yards de battements en 1’10’. Devitt fut aussi champion olympique avec le relais 4 fois 200 mètres à Melbourne en 1956, 3e du relais à Rome en 1960. Il fut entraîné, pendant ses années olympiques, par Sam Herford, qui coachait également Murray Rose, à Sydney. Son premier entraîneur, Tom Penny, était un homme inventif. Après la Seconde Guerre mondiale, il n’y avait pas en Australie de piscine couverte et chauffée. Penny avait noté que l’eau du port de Sydney était utilisée pour refroidir les stations électriques pour leur éviter la surchauffe. L’eau, filtrée des déchets, était pompée via un canal dans les turbines, et, une fois utilisée, ressortait de l’autre côté, chaude. Penny installa son école de natation dans un carré, inscrit sous la jetée, où personne ne pouvait les voir. C’est ainsi que Devitt et ses équipiers purent s’entraîner dans un flux d’eau raisonnablement tempérée. Des bernacles et des huitres fleurissaient à l’endroit, et les nageurs portaient des sandales pour s’en protéger. Elles s’emplissaient d’eau, s’alourdissaient, et, dit Devitt « c’est ainsi que j’ai développé mon battement australien à deux temps qui m’a accompagné toute ma carrière. » Quand ils travaillaient long, les nageurs couvraient ce « bassin » improvisé sous forme d’un carré qui faisait environ quatre cents mètres. Ils nageaient une longueur contre le courant, la suivante de travers, la suivante aidés par le flux d’eau, la dernière de travers. Parfois, le courant d’eau chaude se tarissait, parfois le flux l’emportait, et la température de l’eau pouvait varier de 20°. « Le courant nous permit de développer de la force et de la puissance, et, quand il était favorable, nous l’utilisâmes pour apprendre à juger de notre vitesse… Penny trouva de l’autre côté de la station électrique un canal de 120 mètres dans lequel existait un fort courant. Il nous faisait nager contre le courant, nous laisser porter à notre point de départ où nous effectuions des virages culbute pour éviter d’avoir à nous frotter aux bernacles, ce qui nous apprit à négocier vite un virage. »

Son désir de se concentrer sur le sprint créa une situation de conflit avec Penny, et Devitt se mit à s’entraîner seul. Mais comme il régressait, songeant abandonner la compétition, il passa chez Herford.

John Devitt a effectué sa carrière professionnelle dans le sport – d’abord dans les affaires, puis comme dirigeant : il a été président de la Fédération australienne.

CHARLES DEVENDEVILLE, SOUS-MARIN, PREMIER CHAMPION OLYMPIQUE FRANCAIS

Dimanche 15 Mai 2017

DEVENDEVILLE (ou de VENDEVILLE) [Charles]. Natation. (Lesquin, 8 mars 1882-72 rue de l’Université, Reims, 19 septembre 1914). France.

Cent ans avant tous les inventeurs des glissades subaquatiques, un Français fit du sous-marin aux Jeux et y remporta de l’or olympique. Son nom? Charles Devendeville.

Nageur et joueur de water-polo, membre des Tritons lillois, il est, comme on l’oublie souvent, le premier champion olympique français de natation, cinquante-deux ans avant Jean Boiteux, dans une épreuve d’apnée sous-marine sans lendemain, la course sous-marine, en 1900, à Paris ; l’épreuve ajoute les mètres parcourus sous l’eau jusqu’à 60 mètres au temps passé sous l’eau. Devendeville nage la distance convenue et n’émerge qu’après 68’’4, trois secondes de plus que son compatriote André Six, lequel est médaillé d’argent. Dans une série d’anecdotes sur Courbevoie, on lit que la ville de l’Ouest parisien « accueillit les épreuves d’aviron, de natation et de water polo des Jeux Olympiques d’été de 1900 qui se déroulèrent sur un plan d’eau de la Seine. Un Français nommé Charles de Vendeville y remporta l’épreuve du plongeon au plus long trajet sous l’eau ! » Longtemps, aucun élément biographique certain sur Vendeville n’apparaissait. On le croyait né à Lille, dont les dossiers d’Etat civil disparurent dans un incendie. En fait, il était natif de Lesquin. Il connut un destin tragique puisque, soldat au 1er régiment d’infanterie basé à Cambrai, il meurt à Reims des suites de blessures de guerre reçues sur le champ de bataille. Eric Lahmy.

TAMA DEUTSCH, HONGRIE, DOSSISTE A MEDAILLE ET NAGEUR FANTÔME

Dimanche 15 Mai 2017

DEUTSCH [Tamas Gyorgy]. (Budapest, 4 décembre 1969-). Hongrie.

3e du 100 mètres dos et du 4×100 mètres 4 nages aux mondiaux 1994, 3e du 200 mètres dos des championnats du monde petit bassin 1995, il est aussi finaliste du 200 mètres dos des Jeux olympiques de Barcelone, en 1992 (7e, 2’0s06). Deutsch (1,89m, 80kg), entraîné pat Tamas Szechy, participa à trois Jeux olympiques et s’entraîna en Californie de 1992 à 1997. En 1996, il fut avec Attila Czene l’un des onze nageurs qualifiés aux Jeux olympiques d’Atlanta par leur fédération à la suite d’une compétition fantôme dans laquelle on leur attribua des temps inventés. Ces nageurs n’avaient pas réalisé les minima aux championnats et la Fédération trouva expédient de bidonner une compétition avec ses résultats… L’affaire provoqua un scandale et conduisit le président de la Fédération, Tamas Gyarfas, à démissionner (vingt ans avant que Katinka Hosszu ne provoque une deuxième fois son départ du poste). Pour leur défense, il était très difficile pour un nageur, en Hongrie, de s’attaquer aux officiels. Il devait obéir aux ordres de la fédération et des entraîneurs. Deutsch est le frère d’une actrice Anita Deutsch, il possède un parfait homonyme, de trois ans son aîné, qui devint ministre des sports entre 1999 et 2002. Eric Lahmy.

PAOLO BARELLI CONTRE JULES CESAR MAGLIONE : L’EUROPE TENTE DE CONQUÉRIR LA FINA

SIMPLE BATAILLE  D’EGOS OU GRANDES QUESTIONS DE PRINCIPE ? UN PEU LES DEUX SANS DOUTE…

Éric LAHMY

Mardi 9 Mai 2017

Pour Stefano Arcobelli, Paolo Barelli, président des fédérations italienne et européenne de natation, en présentant sa candidature à la présidence de la Fédération internationale de natation, a convoqué « l’Europe pour une guerre cruciale contre l’actuel pouvoir de l’argent. »

Les jeux de pouvoir au niveau faitier du sport sont assez compliqués, parce qu’ils associent des désaccords sur les politiques à mener et des luttes d’egos. Ainsi, le Comité olympique australien vient d’échapper à une petite révolution ; son président, John Coates, autocrate à la barre depuis 27 années, ayant terrassé l’opposition en la personne d’une championne olympique de hockey, Danni Roche par 58 à 35 voix. Je vous passe sur les épithètes qui ont fleuri surtout au sujet de Coates et feraient passer celles que j’ai employées au sujet de Francis Luyce pour des amabilités… En gros, Roche représentait la nouvelle vague (elle était appuyée par les représentants des athlètes) et un autre type de gouvernance [elle avait promis, si élue, de se passer des émoluments (considérables) que s’était octroyé Coates, lequel, avec ses deux adjoints, ramassait un million de dollars annuels de salaires…]

Malgré un formidable tir de barrage médiatique à quatre-vingt-dix pour cent favorable à Roche, Coates l’a emporté haut la main.

Je dois au chroniqueur italien Stefano Arcobelli l’information selon laquelle la réélection de Coates est une bonne nouvelle pour Thomas Bach, le président du Comité olympique international. Coates, explique-t-il dans sa chronique est « un des dirigeants les plus influents et déterminants ainsi pour l’organisation des Jeux de Tokyo » alors que Bach ne s’est pas encore exprimé au sujet du Koweitien Husain Al-Musallam, vice-président mondial de la FINA et grand électeur de Jules Cesar Maglione, l’actuel président de la FINA, qui revendique à l’âge tendre de 82 ans un troisième mandat de président de l’institution.

L’Al-Musallam en question est accusé par le FBI dans une affaire de pots-de-vin dans le cadre d’un scandale de la Fédération internationale de football. Directeur général et directeur technique du comité olympique d’Asie, c’est clairement un dirigeant multicarte.

Il serait en fait, affirme le Times, le bras droit d’un membre important de la famille régnante du Koweit, Sheikh Ahmad Al-Fahad Al-Sabah, lequel vient d’abandonner sa place au conseil de la FIFA après avoir été identifié comme un autre conspirateur dans cette affaire…

Or voici que Maglione, lequel caracolait seul vers l’élection (à Budapest le 22 juillet prochain) se trouve un adversaire. Barelli s’est décidé en effet à se présenter. Le site anglo-saxon « Inside the Games », s’étant procuré la lettre que Barelli a envoyée à tous les présidents de fédérations nationales de natation d’Europe, a essayé en vain d’interviewer le dirigeant italien afin de le sonder plus avant. Barelli sait très bien que dans ce type d’élections à guichets fermés, ce ne sont pas les articles de presse qui font pencher la balance (comme on vient de le voie avec l’affrontement Coates-Roche en Australie), mais bien les manoeuvres de couloirs. Arcobelli suggère que Barelli « veut bien faire les choses et expliquer les lignes force de son programme qui l’on conduit à défier Maglione. »

Après la réunion de la LEN au palais du Pharo, à Marseille, ce 13 juillet, Barelli attendra la réponse à un recours auprès du tribunal arbitral du sport au sujet d’une ingérence d’Husain et de l’Américain Dale Neuburger, qu’il accuse d’avoir ourdi un renversement en Europe en poussant à la candidature du Hollandais Erik Van Heijningen.

Neuburger est non seulement membre de la FINA, mais aussi, entre autres, le patron d’une entreprise de consultants qui travaille pour une pléiade d’institutions sportives dont la FINA (d’où uneconfusion d’intérêts et haute volée).

Si la liste des candidatures à la FINA n’a pas été publiée, Inside the Games prétend l’avoir déjà en mains et a révélé quelle serait la distribution des rôles. Husain Al-Musallam et Sam Ramsamy s’y présentent aux titres de 1er et 2e vice-présidents, etc…

Barelli croit pouvoir compter sur une majorité de nations européennes, en-dehors des Pays-Bas de Van Heijningen et de la Russie de Vladimir Salnikov. Mais encore faut-il faire le plein des voix au-delà du vieux continent, ce qui ne sera pas une mince affaire.

L’enjeu ? Politique et financier. La FINA pèse 350 millions de dollars en termes de patrimoine, et la gestion de Cornel Marculescu consiste à l’accroître toujours plus. Le Koweit a beau être un poids plume au plan natation, il représente un « bloc de pouvoir » qui lui permettrait aujourd’hui de s’emparer de la FINA, corps et biens, à condition de ne pas rater la manoeuvre.

Laquelle? Derrière la candidature d’un homme très âgé, Maglione, qui a fêté ses 81 ans le 14 novembre, l’idée était, en offrant la place de premier vice-président au dirigeant koweitien, d’assurer sa future présidence. Encore fallait-il qu’un changement des règles opportun prévoie qu’en cas d’empêchement du président – rien de moins hypothétique  compte tenu de l’âge du capitaine – le poste serait automatiquement attribué au dit premier vice-président.

Barelli a bien sûr posé la question de savoir si un rôle aussi important pouvait être confié à Al-Musalam, un homme menacé de procès pour prévarication. Husain nie toute culpabilité, mais le comité d’éthique du comité olympique asiatique a bien été contraint de se prononcer sur son cas épineux. L’avenir de Cornel Marculescu – 75 ans sonnés – est également en jeu, le groupe soutenant Maglione ayant déjà désigné son successeur. Barelli, lui, ne risque rien à se présenter contre Maglione. Battu, il resterait vice-président de la FINA, au titre de président de l’Europe.

On peut comprendre les aigreurs de Barelli. En 2015, à Kazan, il s’est trouvé la « victime » d’une modification statutaire décidée afin de favoriser Husain. Secrétaire honoraire de la FINA, il a appris que son poste allait disparaitre. Après quoi, il avait eu droit à la tentative de le renverser en Europe, orchestrée par Husain. L’accusation de ce dernier par le FBI a mis tout à coup Barelli en situation d’attaquer, et de demander un changement dans la gouvernance du sport ; ce qu’il a fait en se présentant tout en portant l’affaire sur le plan éthique devant le TAS.

Il y a haut risque, car si l’Europe est sportivement le continent le plus médaillé, le projet FINA prévoit d’augmenter les contingents africain et asiatique au bureau, confortant encore un peu plus la mainmise de l’équipe actuelle. Aujourd’hui, Barelli dispose au moins en théorie de 104 voix sur 400… Avec l’Asie et l’Amérique derrière Maglione, la pêche aux autres voix nécessaires pour se faire élire sera difficile.