MEHDY METELLA DOMPTE SUR 100 MÈTRES UN STRAVIUS QUI A TENTÉ SA CHANCE

Éric LAHMY

Dimanche 18 Février 2018

Jolie bagarre sur 100 mètres. On imaginait une explication à trois, deux Amiénois, Stravius et Grousset, contre un Marseillais, Metella, mais Maxime Grousset, l’un des espoirs français de la distance, n’est pas au départ. Il n’avait prévu que le 200 libre et le 100 papillon à son programme.

En séries, l’Amiénois déclenche les hostilités, et finit, seul, sous les cinquante secondes. 49s90. Dans sa trentième année, le champion du monde 2011 du 100 dos s’est réservé depuis le début du week-end pour ce cent mètres, et peut-être a-t-il eu besoin de mettre le paquet pour mettre ses instruments au diapason… Metella, lui, n’a cessé de se remettre à l’eau, 50 et 100 papillon, n’a snobé que le 50 libre. En séries de ce 100 mètres, il n’a donc guère besoin d’un rodage de soupapes, seulement de se qualifier. Ce qu’il fait, avec le 2e temps du matin, 50s63.

La finale est atypique. Stravius mène, sans pour autant montrer de la témérité, passe en 24s08 ; ce qui est moins vite que le matin (23s97). Malgré cela, il est devant d’un demi-mètre, devant l’Orléanais Florian Truchot, 24s41 et Metella, 24s43, pratiquement dans le même mouvement. Mais dans le retour, Metella met l’overdrive, il revient sur Jeremy et parvient à l’effacer. Depuis le mur du virage jusqu’à l’arrivée, il a nagé en 24s83, un beau « retour » qui correspond pratiquement à une égalité d’allure parfaite entre ses deux moitiés de course. Stravius finit assez près, 49s51 contre 49s26, Truchot à une seconde (50s51).

C’est pas mal à ce moment de la saison…

Ce 100 mètres a offert la seule course de relief du dimanche de Courbevoie, le niveau moyen étant plutôt de niveau régional. D’après ce qui ressort des organisateurs, ils ont eu du mal à réunir de fortes équipes, celles-ci utilisant les congés à s’entraîner de préférence à concourir. A noter cependant le 200 papillon de Jordan Coelho en 2’1s96.

LE TOEC LANCE SA JEUNE VAGUE SUR DEUX FRONTS

Pendant le week-end, les Dauphins de Toulouse Olympique Etudiant Club avaient délégué deux équipes, l’une à Nîmes, l’autre à Agen, et montré qu’eux aussi, à l’instar d’Amiens, travaillaient à la « reconstruction » tant attendue de notre sport représentatif. Des bataillons de jeunes et de plus jeunes s’escrimaient dans ces deux réunions, et si elles ne donnaient pas encore de grands résultats, elles offraient des raisons d’y croire.

A Agen, ainsi, Lou Ditière, née en 2000, enlevait le 50 crawl en 26s06, le 100, 58s17, et le 200, 2’6s23 et plusieurs jeunes filles ont nagé correctement. Côté garçons, Louis Godefroid (2001) s’appropriait le 50, 23s59 en série, 23s56 en finale, et perdait de peu le 200 (1’55s56) mais laissait Guillaume Guth (2000) gagner le 100 (51s38) pour lequel, après s’être qualifié, il déclarait forfait pour la finale. Guth bissait avec le 50 papillon (24s94 et 24s74) et trissait au 100 papillon où très seul, il réussissait 55s83 en séries, 55s79 en finale avec trois ou quatre mètres d’avance. Thomas Fargeot (2001) doublait 800 et 1500 mètres. Godefroid, lui, s’imposait sur 200 papillon… Léon Marchand, pour sa part ; gagnait le 200 quatre nages.

A Nîmes, un doublé de Canet sur 50 mètres, Jean-Marc Délices 2000) et Milan Vlaovic, 23s83 et 23s90. Délices enlève aussi le 50 papillon, 25s06, devant Pedro-Leal, son aîné de quatre ans, qui gagne le 100 papillon en 55s69 (et 55s76 en séries). Au 200, Jonathan Atsu, 1’51s43, devançait deux autres Toulousains, Coiffard et Mairesse, et remportait le 400 (4’0s77), après que Tommy Lee Camblong, de Canet, l’eut devancé en série, 3’58s80 contre 3’59s07. Mais la meilleure perf de crawl de la journée était signée sur 1500 par Mathis Castera, Toulouse, 15’36s67, devant le même Camblong, 15’41s63.   

Côté filles, Assia Touati, Toulouse, 57s au 100. Sur 100 dos, Valeryia Egorova, Montpellier Métropole, 1’3s23.

Je ne dirais pas que la relève est prête, mais on dirait qu’elle se prépare…

CHAD LE CLOS INVITE SES ÉQUIPIERS… À PARTICIPER À SA CHASSE À L’OR

CE QUI EST BON POUR CHAD LE CLOS EST BON POUR LE CLASSEMENT SUD AFRICAIN

Éric LAHMY

Samedi 17 février 2018

Le Sud Africain Chad Le Clos envisage de payer pour la participation d’autres nageurs de son pays aux Jeux du Commonwealth qui se tiendront à Gold Coast, en Australie. Générosité intéressée, nous dit Michael Pavitt, de Inside The Games. En effet, Chad poursuivait l’ambition de battre le record du nombre de médailles remportées aux Commonwealth Games. Chad a remporté dans sa carrière 12 médailles (4 d’or, deux d’argent et six de bronze) aux Jeux du Commonwealth, conquises lors des Jeux de Delhi en 2010 et de Glasgow en 2014. Les tireurs Mick Gault (Angleterre) et Phililip Adams (Australie) en ont remporte 18 chacun.

Chad entendait se présenter dans sept épreuves pour avoir un espoir de battre ces records, mais pour cela, il fallait qu’il dispute des relais et comme deux équipiers manquaient à l’appel, pour n’avoir pas disputé les championnats provinciaux de la KZNA, en décembre, étape exigée pour se qualifier. Ils avaient quelques bonnes raisons pour cela, liées à leurs études effectuées à l’étranger. Si Chad Le Clos les « invitait », ils ne pourraient rester au village olympique mais auraient le droit de concourir, les courses de natation se déroulant du 5 au 10 avril. Le Clos croit avoir besoin d’eux pour atteindre son objectif de médailles ! La décision finale de les sélectionner ou pas devrait revenir au président du CO sud-africain, Gideon Sam. Au-delà du pari de Chad Le Clos, il en irait bien sûr du classement des médailles de l’Afrique du Sud

MEETING DE COURBEVOIE : FUCHS SURPREND DERRACHE DANS UN 200 TOUT PICARD, TOMAC FAIT LE GROS DOS ET METELLA ÉRIGE SON STATUT

Éric LAHMY

Samedi 17 Février 2018

Après une première journée, vendredi, en demi-teinte, le meeting de Courbevoie prit quelques couleurs ce samedi.

Le 200 mètres était le clou de la soirée. Il s’annonçait comme un match entre amiénois, et les élèves de Michel Chrétien n’ont pas déçu. Le coach pensait vendredi matin qu’Alexandre Derache pourrait s’imposer en raison de la série de performances qu’il avait réussies pendant tout ce début de saison. Lors des séries, le matin, en effet, Derache s’employa à confirmer cette impression de l’entraîneur. Il livrait une très belle course solitaire, abattant ses longueurs en 25s94, 28s46, 28s58 et 27s73  pour un temps final de 1’50s71. C’était un effort grand luxe, vu que son grand équipier, Roman Fuchs signait le deuxième temps des séries avec « seulement » 1’52s45, et qu’il avait suffi de 1’57s46 pour s’assurer une place dans la grande finale, à laquelle accédaient cinq Amiénois !

Mais encore fallait-il « transformer » lors de la finale ce succès d’équipe. Les Picards finirent aux 1ere, 2e, 5e, 6e et 7e place, mais la gagne n’alla pas au favori. Derache passait un peu plus vite que lors des séries, en 25s65 et 54s20, mais, après avoir paru précocement lâché aux 50 mètres, en 26s30, Fuchs se rapprochait dès la seconde longueur et virait dans le même souffle dans l’ultime culbute (1’23s20 contre 1’23s17). Derache connut un coup de moins bien par rapport au matin et ne put achever son effort. Fuchs l’emportait en 1’51s13, moins vite que la série de Derache qui finissait 2e en 1’51s64. Derrière, Hadrien Salvan, des Mouettes de Paris, 1’52s54, et Jordan Coelho, du Stade de Vanves, 1’53s47, s’intercalaient devant une triplette picarde, Hugo Sagnes, 17 ans, 1’53s59, Maxime Grousset, 1’53s61 et Enzo Tesic, 1’53s75 !

Le 100 mètres dos revenait à un autre élève du pôle Amiénois, Mewen Tomac ; Dans l’absolu, son temps, 56s14, n’avait rien d’extraordinaire, mais Tomac étant né en 2001, améliorait avec son effort la meilleure performance française des 17 ans. Une perf’ qu’il détenait avec 56s44 depuis mai dernier, alors qu’il n’avait que seize ans. C’est la 8e meilleure performance de catégorie d’âge (entre 15 et 17 ans) que détient ce jeune homme… Voilà qui parait démontrer que Tomac a de la suite dans les idées…

Mehdy Metella était présenté comme la star du meeting, fait dont l’affiche faisait foi. Il mérita cette distinction dans son 100 mètres papillon. Le Marseillais se détacha peu après les vingt-cinq premiers mètres et fut seul sous les 25s (24s73) au toucher du virage. Il accroissait son avance et touchait en 53s33, loin devant le Poitevin Pierre Henry Arrenous, 54s92. Mais à plus de deux secondes de son record de France, 51s06 à Budapest en juillet dernier, il s’agit pour lui d’une petite performance de reprise…

…Les autres courses furent généralement gagnées avec des performances de bon niveau national…

 http://www.liveffn.com/cgi-bin/resultats.php?competition=51049&langue=fra&go=epreuve&epreuve=91

COURBEVOIE COMME SI VOUS N’Y ÉTIEZ PAS, OU COMMENT JE N’AI JAMAIS RATTRAPPÉ CYRIELLE DUHAMEL

Éric LAHMY

Samedi 17 Février 2018

C’était décidé. Ma mission, pour la première journée – hier – du meeting de Courbevoie, serait de rencontrer Cyrielle Duhamel.

Pourquoi elle ? Cyrielle, son nom m’avait accroché, peut-être à cause de Georges, l’écrivain bien oublié aujourd’hui mais qui avait été nommé vingt-sept fois au Prix Nobel de littérature et dont je ne sais plus quel texte dans un Lagarde et Michard avait participé à mes lectures. Une autre nageuse, Camille Gheorghiu, me complique la recherche du prénom de Virgil, l’auteur de La 25eme Heure.

Cyrielle avait à mes yeux deux qualités : talentueuse exécutante des quatre nages, médaillée des championnats d’Europe juniors, elle appartient à une entité, le Stade de Béthune Pélicans Club, au nom intriguant et ravissant. Béthune, qui avait sorti il fut un temps un « bourreau » du catch, proposait ici une sirène aquatique. Je me voyais déjà en train de me faire expliquer par elle, son entraîneur ou un accompagnateur, la saga du club.

Comme elle ne nagerait que le 400 quatre nages, à Courbevoie, mon plan était d’arriver assez tôt vendredi pour la cueillir à la sortie de sa série. Je partis donc de chez moi, confiant dans la facilité de ma tâche : aidé du réseau de transports en commun que le monde nous envie (je ne plaisante pas), de rejoindre assez tôt la piscine olympique du centre Charasse. Pour éviter l’assez longue marche de la Défense à Charasse, j’avais décidé de rejoindre l’Esplanade de la Défense pour y récupérer le bus 176, dont un arrêt, sur le plan apparaissait contigu au métro, et qui devait conclure mon parcours.

Et en effet, depuis l’esplanade, des panneaux témoignaient de la proximité d’une foule de bus dont le fameux 176. Mais une demi-heure à marcher me convainquit que mon projet sentait le roussi, quand j’atteignis le métro Victor Hugo, guère prévue dans mon programme, où, ironie, trois 176 me passèrent sous le nez sans que je ne puisse trouver leur arrêt. Rebroussant chemin, je dénichai l’arrêt, joliment bien caché, du 176. Je temps passait et je sentais que l’arrière-petite-nièce de Georges, ou petite cousine d’Alain, ou lointaine parente de Josh, bref, la petite dernière tous les Duhamel, était en train de me filer entre les doigts.

Vingt minutes plus tard, sorti du bus, je rencontrais à cinq cents mètres du centre Marc Maillot, le directeur du centre, qui s’en allait déjeuner, et, me prenant sans doute pour un fou, m’expliqua que c’était fini. Sauf les 400 quatre nages.

J’avais encore une chance, à ceci près que je n’ai jamais expérimenté une entrée de piscine aussi introuvable que celle de Courbevoie. Le bassin est superbe, mais il faut le mériter. L’an passé, ils avaient bloqué l’entrée par le Centre commercial, et pour ne pas refaire la faute de l’année dernière, je  passai par les parkings, où je m’égarais, puis par une autre entrée, obturée par des travaux. Donc la voie bloquée l’année précédente ne l’était plus ! J’y retournais dans un état proche de l’Ohio (oh ! aie ! oh !!) et tombais sur une brave dame qui m’avertit que : 1) tout était fini ; 2) qu’on ne pouvait pas passer ; 3) que de toute façon, elle avait mis les grilles et conclut par un « il n’y a pas de quoi » sarcastique, estimant sans doute que je ne l’avais pas remerciée assez vite pour toutes ces bonnes nouvelles.

Je me réconfortais devant une pizza et un coca, et attendis bravement trois heures les finales. Là, j’arrivais parmi les officiels afin de prendre un programme, et plongeais dans la finale du 400 quatre nages dames. Pas de Cyrielle, pas de Duhamel. Cela sentait le lapin à plein nez. Je m’en ouvris à une amie, Mado Vu Van, dirigeante du club, qui posa la question au directeur de l’épreuve, Olivier. « Cyrielle Duhamel ? Ah, elle est tombée malade, la grippe. Elle a déclaré forfait.”

Il y a des jours comme ça, où on ferait mieux de rester chez soi.

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A part ça, ce vendredi, Yonel Govindin a gagné le 50 libre messieurs en 22s71, Paul Barascud, le 800 en 8’17s97 et Mehdy Metella (les trois du CN Marseille) le 50 papillon en 24s29, devançant Florian Truchot, d’Orléans, 24s46, et Yonel Govindin, 24s58…

AMIENS EN FORCE ET MEHDY METELLA, BELLES « ACCROCHES » AU MEETING DE COURBEVOIE

UN 200 METRES PICARD, SINON PICARESQUE, AVEC RAZZIA ATTENDUE DES ELEVES DE MICHEL CHRETIEN

Eric LAHMY

Vendredi 16 Février 2018

Participation marseillaise et Amiénois en force, le meeting du Stade Français Olympique Courbevoie n’a pas raté son coup cette année. Attractions principales, Mehdy Metella, engagé à 23s50 au 50 papillon, à 51s06 sur 100 papillon, ce qui lui confère une très grosse avance sur Flavien Aubry, de Creil, 53s29, et Maxime Grousset, Amiens, 53s64 ; le Marseillais est également attendu sur 100 nage libre, où il s’est médaillé (de bronze) aux mondiaux de Budapest.

Sur 100, en fait, le duel Mehdy Metella – Jeremy Stravius devrait constituer le clou du meeting qui court sur trois journées, jusqu’à dimanche.

Sur 200 mètres, six Amiénois se situent dans les mieux engagés, dont trois, Roman Fuchs, Alexandre Derache et Maxime Grousset, sont opposés pour la gagne à Adrien Salvan, des Mouettes de Paris. Cela pourrait donner donner de belles perfs, mais les Amiénois sont rentrés du meeting de Nice un peu malades « chacun a eu droit à son virus », confie le coach, Michel Chrétien, pour qui le mieux disant de ses nageurs, aujourd’hui, est Alexandre Derache: « il a nagté trois fois de suite dans les 1’49s, et son record personnel…

Paul Barascud, de Marseille, sera bien seul sur 1500 mètres (15’22s95).

A noter aussi Thomas Avetand, Amiens, engagé à 53s96 au 100 dos, Jean Dencausse dans les trois courses de brasse et Jordan Coehlo, seul, 1’56s49, sur 200 papillon.

Côté filles, c’est un peu moins brillant, et on suivra surtout Cyrielle Duhamel, des Pélicans, engagée seulement vendredi  sur 400 quatre nages, avec un temps de 4’43s…

LA COUR DES COMPTES REGLE CEUX DE LA PISCINE

 

EricLAHMY

Mercredi 14 Février 2018

S’il faut en croire la Cour des Comptes, le modèle français des centres aquatiques et piscines publiques est « obsolète ». Elle n’est pas seule de cet avis…

Cette obsolescence est proclamée d’entrée, dans le tome 1 du rapport 2018 de la Cour. Dans son analyse des territoires, chapitre IV du tome 1 de son rapport, la Cour dédie la quatrième section à la question des piscines. 

L’analyse de la situation des piscines en France est un travail collectif de la Cour des comptes et de dix chambres régionales des comptes, qui court, avec les réponses qui lui sont données par les corps et institutions concernés des pages 496 à 546.

Il n’y a pas mal d’idées reçues dans ce travail, qui, globalement, ne change pas grand’ chose à ce qui a pu être dit sur le sujet dans le passé. Par exemple, la Cour fait sienne la terminologie selon laquelle les piscines sont déficitaires, ce que certains récusent, avec quelques raisons. Une piscine, par exemple, participe à l’enseignement – de la natation, du sauvetage, surtout – sans, généralement, que le coût de revient de cet enseignement soit chiffré.

Le piège intellectuel et sémantique qui a fait parler d’un « déficit » vient de ce qu’on vend des entrées au public. Comme cette vente ne représente qu’une partie de l’activité de la piscine, l’idée d’un déficit s’impose. Mais de façon abusive. « Est-ce qu’on parle d’un déficit des écoles », dit à ce sujet André Zougs, qui a travaillé sur ce problème pendant des lustres, à la FF Natation ?

Bien entendu, il ne s’agit pas ici de défendre l’idée selon laquelle le coût d’une piscine ne doit pas être pris en compte, qu’on puisse tout se permettre dans leur conduite, ce serait de la bien mauvaise gestion, mais de bien saisir le caractère particulier de cet investissement. Une piscine est par ailleurs, sans doute, l’investissement sportif le plus utilisé – bien plus qu’un terrain de foot, soit dit en passant…

« Au terme de leurs travaux, les juridictions financières relèvent que l’offre de ces piscines et centres aquatiques publics sur le territoire répond à un modèle ancien et que leur financement devient complexe au regard de leur déficit, ce qui impose que leurs modalités d’exploitation techniques et financières soient sérieusement améliorées. »

Très tôt, les rapporteurs de la Cour des comptes paraissent obnubilés par le démon des comparaisons. « La France dispose d’un bassin de pratique de la natation pour 10 000 habitants, contre 0,88 bassin en Angleterre. De même, la surface totale des bassins est deux fois plus élevée en France qu’en Angleterre, » lit-on presque d’emblée. On estimait en 2013 à 4614 le nombre de piscines « séparées » d’Angleterre, qui représentent une surface d’eau de 872.910 m². (Swimming Pools, Sports England). L’Ecosse ajoutait 232 piscines (2014). Effet des Jeux olympiques de Londres et aussi d’une volonté de rattraper un retard important de ce pays en termes d’infrastructures à l’orée des années 2000.

D’un autre côté, la Cour note que le grand Paris dispose d’une surface de bassins deux fois inférieure à celle du grand Londres. Toujours dans le chapitre des comparaisons, même si comparaison n’est pas raison, la Cour, citant un chiffre de l’association « les nageurs citoyens », nous offre une autre raison de s’affliger : « en 2014, l’amplitude des horaires d’ouverture de certaines piscines parisiennes était près de deux fois inférieure à des piscines situées à Barcelone, à Lisbonne, à Berlin, à Vienne et à Bruxelles. »

BONNETS D’ÂNES A PARIS, MARSEILLE, BORDEAUX (ENTRE AUTRES)…

Il semble inévitable que la répartition des piscines n’épouse parfaitement celle de la population nationale, mais il est des disparités ou des dérives qui ne laissent d’étonner. On a évoqué la situation de la Ville lumière, capitale des arts et du tourisme, dont l’ADN n’est guère très riche en éléments sportifs, et que ses édiles n’ont su éveiller, depuis le maire Jacques Chirac jusqu’à la maire Anne Hidalgo (laquelle s’est empressée de refuser la construction du bassin des Jeux dans la capitale, construction et déficits prévus donc à Saint-Denis) en passant par Jean Tibéri et autres Lucien Delanoë. En des temps moins cléments (c’était en 1793), le premier maire de Paris, Jean-Sylvain Bailly, pour des raisons il est vrai un tantinet plus graves, avait été décapité !

PROJETS PHARAONIQUES EGALENT DEFICITS BABYLONIENS

Autre grande ville sportive (sic), Marseille, disposerait de six fois moins de piscines que la moyenne nationale, quatre fois moins que Lyon, trois fois moins que Nice… et deux fois moins qu’elle n’en avait il y a dix ans. Depuis 2008, dix piscines ont été fermées, aucune construite. Quoi d’autre ? « La ville avait élaboré en 2008 un schéma directeur prévoyant notamment la construction, avant 2016, de huit nouveaux équipements et la réhabilitation de cinq piscines, pour un coût global estimé à 200 millions d’euros (M€). Toutefois, huit ans plus tard, moins de 6 % des objectifs fixés dans le schéma directeur ont été réalisés et les dépenses d’investissement étaient inférieures à 8 M€ en 2016. »

La vétusté d’une grande partie du parc de piscines en France provient, selon la Cour, de ce que la moitié des équipements aquatiques a été construite avant 1977, et plus de 70% des centres avant 1995.

La Cour des Comptes ne cite pas tous les derniers de la classe, mais on a évoqué le cas de Bordeaux

S’il est vrai, comme le souligne la Cour, que plusieurs piscines ne correspondent plus aux normes actuelles d’hygiène et de sécurité, on peut également se poser la question de savoir si une grande partie de cette vétusté n’a pas été créée par l’incapacité des mairies de pourvoir à un entretien rigoureux des bassins. La comptabilité publique chez nous est d’une grande rigidité, et plus d’un directeur de piscines publiques me disait l’étonnante difficulté d’obtenir des fonds relativement modestes pour l’entretien pourtant indispensable de bâtiments extrêmement coûteux.

Je me souviens, à l’INSEP, que le directeur de la piscine, Gilbert Seyfried, avait vainement espéré, année après année, une dotation qu’il estimait devoir s’élever à 100.000 francs l’an afin de pourvoir à l’entretien de la piscine, qui avait coûté vingt millions de 1964 et dont le toit de bois était une merveille architecturale. L’état de dégradation de l’outil, après quelques années de carence, avait atteint l’insupportable, les carreaux se décollaient du sol et des murs, laissant apparaître le ciment, des fils électriques pendaient du plafond au risque d’électrocuter le bassin et donc les nageurs, et des « sources » jaillissaient dans les sous-sols de la piscine, dont Gilbert, m’ayant fait visiter les lieux, affirmait ignorer la provenance ; finalement, la réfection de l’outil coûta un long arrêt des activités et décupla ce qu’eut coûté un entretien régulier ; pour couronner le tout, une fois remise à neuf, la piscine trouva bon de brûler et de disparaître en cendres !

Ce constat pas toujours excitant est une chose (il doit y avoir quand même, j’imagine, des municipalités qui savent entretenir leur matériel et des directions de piscine qui sont pointilleuses à ce sujet). Les solutions sont autre chose.

La Cour des comptes prétend ainsi que (le) « fonctionnement et (la) programmation des équipements (sont) à repenser » et estime pour commencer l’ « offre de piscines inadaptée aux nouvelles attentes du public. »

Ceci étant dit, en quoi cette offre se trouve-t-elle inadaptée ? « Les usagers souhaitent désormais bénéficier d’une offre d’activités diversifiée, incluant la pratique de la natation, mais également des espaces de détente (hammam, sauna, vélo aquatique, espace de restauration, etc.) et de loisirs (salles de sports, toboggans, piscines à vagues, etc.). »

Je ne sais pas où les pontes de la Cour des comptes sont allés trouver ça, peut-être dans un dépliant de Vert Marine, plus probablement dans l’air du temps, mais rien ne me parait moins sûr. Les usagers d’une piscine veulent surtout trouver des créneaux horaires qui manquent cruellement, ne serait-ce que parce que le bassin n’est pas ouvert au public pendant les heures de natation scolaire. Il est vrai que quand on ne peut pas nager dans une piscine en raison de l’apartheid organisé autour de la présence des scolaires, on peut imaginer d’y passer son temps à faire du vélo aquatique, y manger, s’enfermer dans un hammam et un sauna ou encore d’autres activités de plage.

D’un autre côté, la Cour estime que l’intervention financière de l’état, de par le caractère confus de ses interventions en faveur du fonctionnement des nouveaux équipements, est assez illisible et représente une faible part des budgets (souvent moins de 10% des coûts totaux d’investissement), et que de ce fait, « l’intervention étatique devrait être repensée voire supprimée. »

Des qui n’ont pas aimé ce passage, ce sont les maires de France. Il y a de quoi. Nous expliquer dans un même souffle que la situation du parc des piscines est chancelante, arguer de la faiblesse des dotations étatiques et finalement proposer de les supprimer sous prétexte de leur faible visibilité (on se demande depuis quand les finances publiques ont-elles été plus lisibles que l’étrusque ancien), voilà qui peut paraître paradoxal, disons difficile à comprendre.

J’aurais tendance à lire ici que la Cour des comptes court au secours de la tendance actuelle au désengagement de l’Etat.

L’Association des maires, lit-on en réponse au rapport de la Cour des comptes « ne peut accepter la suppression des subventions de l’Etat au travers de la part équipement du CNDS, le contexte exigeant au contraire la mobilisation de tous les financeurs. Si la subvention du CNDS n’est certes pas l’élément déclencheur de la décision d’équipement, son montant, même limité à 7% en moyenne, n’est en rien négligeable à un moment où l’argent est rare. »

On peut même ajouter que cette dotation est très inférieure à la TVA que l’Etat va récolter en l’affaire.

Ce n’est pas tout : « Dans le bilan de son action des trois dernières années 2014-2016, continuent les maires, le CNDS note qu’en 2015, 61 % de l’enveloppe consacrée aux équipements sportifs dans les territoires carencés était effectivement consacré aux piscines, mais, un an plus tard, cette part avait chuté à 41 %. Or, la priorité au financement des piscines était l’un des objectifs opérationnels du CNDS pour cette période. Pour 2017, le CNDS s’est fixé un objectif de 50% des moyens de l’enveloppe en faveur des piscines. »

L’un des soucis majeurs, pour ce qui concerne les piscines, vient du poids qu’elles représentent dans les budgets communaux, qui peut rejoindre l’extravagant, « Le niveau de déficit moyen des piscines contrôlées est de 640 000 € par an. Il va de 6 € par habitant et par an pour la commune de Conflans Sainte-Honorine (Yvelines, 35 213 habitants) à 124 € par habitant pour la commune d’Avesnes-sur-Helpe (Nord, 4 938 habitants). Pour l’ensemble de l’échantillon, le déficit d’exploitation des piscines représente en moyenne 25 % de l’épargne brute des collectivités propriétaires. »

La Cour, d’un autre côté, ne met pas en cause le prix de construction des piscines, et ne met pas en lumière le fait que le « nouveau modèle » proposé et qu’elle semble acclamer est justement celui qui fait peser un redoutable coût d’exploitation. Ne nous étonnons pas si tout projet pharaonesque projette vers des coûts babyloniens…

ERIC BOISSIERE : LE TEMOIGNAGE DE STEPHANE LECAT

  • ERIC BOISSIERE : LE TEMOIGNAGE DE STEPHANE LECAT

Samedi 10 Février 2018

Directeur de l’eau libre française, Stéphane LECAT avait appris à apprécier Eric Boissière et à s’appuyer sur sa compétence. La mort de l’entraîneur des Vikings de Rouen l’a frappé, car les deux hommes travaillaient ensemble et s’appréciaient. Non seulement Eric entraînait avec Logan Fontaine l’actuel champion du monde juniors, mais il avait formé Damien Cattin-Vidal, David Aubry, Marc-Antoine Olivier, et en fait la plupart des cadors de l’eau libre française ! Au-delà de ça, sa compétence s’étendait sur l’ensemble du programme de la natation et sur tous les aspects de la réussite. Par ailleurs, il restait incroyablement humble, imperméable à tout sentiment de supériorité, à tout orgueil mal placé, l’œil vissé sur le but poursuivi. Enfin, de par son comportement apaisant, il effaçait toute polémique…

« J’ai rencontré Eric Boissière bien avant d’être le responsable de l’eau libre, se souvient Stéphane. C’était du temps de son père, Guy. J’étais encore nageur et tous deux, le père et le fils, étaient venus me voir. Ils m’avaient demandé comment je procédais, ce que je faisais à l’entraînement, posé plein de questions. Ils étaient intrigués par l’eau libre, cette discipline qu’ils connaissaient mal. Cette curiosité m’avait marqué, parce qu’elle montrait leur intérêt. Je peux dire que ça n’était pas courant parmi les entraîneurs, généralement assez indifférents de ce qui se faisait en-dehors d’un bassin. Cette démarche, leurs questions, leur attention, montraient leur ouverture d’esprit et leur désir d’apprendre. J’ai pu par la suite saisir qu’ils évoluaient toujours de cette façon. Ils pouvaient obtenir de grands résultats dans les bassins, ils continuaient de questionner, de remettre leur savoir en question, d’élargir leurs compétences.

« J’ai à nouveau rencontré Eric en 2012, à Antibes. J’étais en vacances, et on a parlé d’eau libre. Il y avait été amené par la défection de ses sprinteurs et les résultats qu’il avait obtenus avec Damien Cattin-Vidal. Et là, de cette conversation, j’ai pris conscience qu’il avait compris ce qu’était l’eau libre. Je connais beaucoup de gens qui crient connaître l’eau libre quand ils en ignorent bien des choses. Lui ne prétendait pas, mais ce qu’il en disait signalait une compétence.

« Quand je suis devenu directeur de l’eau libre, j’ai tout de suite pensé qu’Eric devait nous rejoindre. Je me souvenais qu’en 2003, il avait lancé, avant tout autre, le relais quatre fois 100 mètres messieurs sur le podium mondial de Barcelone. Cette année, il entraînait deux des quatre relayeurs, Fabien Gilot et Julien Sicot, et avait été chargé du relais pendant toute l’année. Ce qui frappait, au-delà du résultat final, c’est que pendant tout le temps où il avait géré l’équipe, il n’y avait pas eu le moindre souci, pas la moindre anicroche, et connaissant les personnalités qui s’y trouvaient et ce qui a pu se passer plus tard dans ce relais, cela signifiait quelque chose. Il travaillait bien et ne prêtait le flanc à aucune polémique. Son travail donnait une impression de perfection : il avait tout, l’expertise, la connaissance,  le sens du management, le goût de la formation continue.

« Donc, il nous a rejoints. Je lui envoyai souvent mes projets avant parution. Il ne les acceptait pas comme ça, il les discutait point par point et quand ils me revenaient, je trouvais ses annotations et critiques. Cela prenait la forme de « oui, mais… » Il dénichait ce qui lui paraissait être les points faibles de mes plans, et chaque fois que je recevais sa réponse, je me disais « qu’est-ce que je vais encore trouver. » On en rigolait. Mais ça me forçait à approfondir ma démarche, et m’apportait des éléments qui débouchaient sur la validation du projet.

« Je pense que si la natation, comme le plongeon ou la natation synchronisée, prévoyait une note artistique, cela aurait ajouté au palmarès d’Eric. Car ses élèves nageaient juste, et bien ; ils étaient beaux dans l’eau, et pas seulement vite. Damien Cattin-Vidal, dans l’eau, c’est un tableau ; Logan Fontaine, c’est un tableau.

« Je n’arrive toujours pas à croire qu’il n’est plus là. Je l’ai vu le samedi, et le mardi précédant sa mort, toute la journée, et on a beaucoup parlé. On a évoqué l’après, et il m’a dit qu’il ne voulait ni fleurs ni couronnes, ça ne l’intéressait pas. Ce qu’il désirait, c’est qu’on crée quelque chose dans l’esprit de cette bourse de la vocation créée au nom de son père qui avait aidé, chaque année pendant dix ans, un jeune des Vikings de Rouen à s’entraîner. Ce n’est pas encore totalement finalisé, mais on devrait, aux championnats de France juniors, offrir une bourse, sans doute au vainqueur, peut-être de junior 1, ou 2, ou 3, garçons et filles, afin de les accompagner dans le « double projet » (sportif et professionnel).

« Je ne sais pas si l’on va s’en sortir aussi bien sans lui. J’espère qu’on sera digne de ce qu’il a apporté, mais il va énormément nous manquer. Cela pour trois raisons. D’abord, on l’adorait. On l’adorait vraiment. Ensuite, on l’écoutait. Son apport était exceptionnel. Troisièmement, sa compétence, son insatiable curiosité, étaient un enrichissement…

« Tu sais, je suis persuadé depuis longtemps qu’on ne peut rien réussir tout seul. Les succès de l’eau libre, c’est le travail de plein de gens, qui se sont mis ensemble et qui ont poussé dans la même direction. Je vais te dire une chose : Philippe Lucas et Fred Barale ne pouvaient pas se voir. Ils ne s’étaient jamais vus, mais ils se détestaient. Je les ai réunis quand même parce que je pensais ne pouvoir me dispenser d’aucun d’eux. Et ils se sont encore détestés : mais cela a duré deux minutes. Maintenant, quand il y a un déplacement, Philippe s’inquiète : « Fred sera là ? » Tous deux savent que l’autre, par son travail, va élever le niveau du groupe…

« Je n’aimerais pas qu’on oublie Eric. Je désirerais qu’il entre dans l’histoire de notre sport. Nous avons besoin que cette histoire soit connue des jeunes ; j’aimerais qu’on se souvienne de qui étaient Alex Jany, Jean Boiteux, Stéphan Caron, on ne sait plus qui ils étaient. Or ces gens-là ont incarné, un temps, la natation française, et ils ont des histoires, magnifiques, à raconter. On doit avoir de belles histoires à raconter et inspirer  notre jeunesse. »    

…Le 18 février, Eric BOISSIERE aurait eu 67 ans… Eric Lahmy

DE L’OMBRE DU PERE A LA LUMIERE… ERIC BOISSIERE (1951-2018), LE COACH QUI SAVAIT TOUT FAIRE

 

Pendant longtemps, Eric Boissière fut « le fils de Guy », dont il avait pris la suite comme entraîneur des Vikings de Rouen. Aujourd’hui, il convient de rappeler aux jeunes que Guy Boissière était le père d’Eric, qui vient de disparaître dans sa soixante-septième année après une belle carrière de technicien…

Éric LAHMY

Vendredi 9 Décembre 2018

Éric BOISSIÈRE s’accrochait à sa passion ; atteint par la limite d’âge, il devait partir à la retraite en février 2016, mais se voyait mal éloigné des bassins ; il avait œuvré, avec l’appui de la direction technique nationale, où Jacques FAVRE, alors DTN, et Stéphane LECAT, directeur de la natation et de l’eau libre, avaient dégagé la voie, et obtenu du Ministère une prorogation de son contrat. Cette rallonge (jusqu’en août 2016) devait lui permettre de suivre ses nageurs jusqu’aux Jeux olympiques de Rio.

Mais quarante ans à longer les bords du bassin de la piscine de Rouen ne lui suffisaient pas. Il en redemandait. Il avait donc trouvé le moyen de prolonger la prolongation. S’appuyant sur une règle qui permet à un père de famille ayant charge d’enfants mineurs à plus de 50 ans, de retarder l’âge de la retraite, il s’était engouffré dans la brèche, son contrat avait été étendu jusqu’à 2019, et on ne sait pas trop jusqu’où son désir d’entraîner l’aurait amené si la fatalité n’avait sifflé la fin, pour lui, de la partie.

Il y a trois mois, Eric appartenait à l’encadrement de l’équipe nationale d’eau libre qui partait en stage au Japon. Quelque chose ne tournait pas rond, cependant. Il avait dramatiquement maigri. Je m’étais imaginé qu’il avait voulu retrouver sa silhouette de jeune homme. Mais il n’avait pas assez pris garde à certains signes inquiétants. A la veille de s’embarquer, il avait paru assez chancelant, et autant une secrétaire de direction de la Fédération que Stéphane LECAT et quelques autres s’étaient posé des questions. Eric balayait tous les arguments, il allait bien. Il s’envola pour le Soleil Levant. Là, un malaise l’assaillit. Les médecins japonais diagnostiquèrent un cancer du pancréas, et il fallut le rapatrier, l’hospitaliser à Rouen, où son état fut jugé désespéré : c’était trop tard pour opérer, trop tard pour espérer quoique ce soit d’une chimio… Il décédait dans la nuit du 1er au 2 février.

Patrick DELEAVAL faisait remarquer à des amis de la Fédération qu’Eric avait poussé des nageurs vers les sommets pendant dix olympiades, de 1980 à 2016. Son premier élève de  valeur olympique, Xavier SAVIN, avait en effet atteint la finale du 100 mètres papillon des Jeux olympiques de Moscou, en 1980, où il avait fini 7e, juste derrière le Britannique Gary ABRAHAM, le très oublié « inventeur » des coulées sous-marines. Trente-sept années après cette initiation à la grandeur, le dernier élément que BOISSIERE junior mitonnait à sa manière, avec la science d’un maître-queue qui prépare un chef d’œuvre de gastronomie, était Logan FONTAINE, natif d’Argentan, issu d’une famille totalement impliquée dans la natation, et une sorte de précoce génie des eaux vite auréolé de titres de champion d’Europe et du monde juniors de l’eau libre. Beaucoup de gens pensent que BOISSIERE visait, à travers ce surdoué, le titre de champion olympique des 10 kilomètres aux Jeux de Tokyo…

« Nous avons pour ainsi dire commencé ensemble, moi dans l’eau et lui au bord du bassin, se souvient Xavier SAVIN. Eric avait autour de 25 ans, il venait d’être embauché par le Club Nautique Havrais, et il m’a alors entraîné. Comme son père, Guy (1929-2005), il était totalement engagé dans son métier d’entraîneur, d’une façon tellement exclusive que je me demande si, au bout d’un certain nombre d’années, les nageurs ne finissaient pas par partir, comme Fabien Gilot, un peu épuisés par sa passion de tous les instants.

« C’était ce que Guy et Eric avaient en commun, cet engagement total, au mépris, d’ailleurs, du reste de leur vie. Ils étaient comme deux artistes, entièrement consacrés à leur passion, explique encore Xavier. Si le reste existait quand même – tous deux étaient des bons vivants et Guy avait nourri deux puissants hobbies, le golf et la peinture –, la natation passait en tête.

On ne peut cerner facilement ce qu’étaient les relations entre ce père et ce fils, si différents, l’un sanguin, extraverti et « mâle dominant », l’autre comme retiré en lui-même, capable de se livrer certes, mais en recul et très rarement au point de s’exposer…

Différents, donc, mais jumeaux sur au moins un point, la totalité de leur engagement ! Ils jouaient un jeu, celui de la complicité : « je me souviens, raconte Jean-Pierre Le Bihan, qui était alors Directeur technique national adjoint, des arrivées du père et du fils aux Tourelles. Guy braillait à son rejeton, perché de l’autre côté des gradins, un tonitruant « qu’est-ce qui est plus con qu’un CTR ? », et Eric (qui était CTR) de hurler sur le même ton : « deux CTR. »

BOISSIERE avait-il désiré plus que tout l’acquiescement de son père ? Visiblement, un tel défi fut, à tout le moins, le moteur initial de son formidable engagement. Entraîner dans une piscine qui portait le nom de ce géniteur devait avoir quelque chose d’exaltant, mais aussi sans doute aussi d’écrasant.

 « Eric était fidèle dans sa relation aux nageurs, d’une fidélité qui s’inscrivait dans des années, note SAVIN. Il en devenait exclusif même, il avait besoin de cette relation, très intime, privilégiée. C’était générosité, de sa part, et il l’a pratiquée jusqu’au bout, malgré la maladie. Avant qu’il n’arrive au Havre, je ne faisais que nageoter, quatre fois par semaine. Son ambition ne lui permettait pas de se contenter de si peu. Pour me permettre un deuxième entraînement quotidien, il venait me chercher en voiture à l’école, m’y ramenait après la séance, et s’imposait des va-et-vient, trois fois par jour s’il le fallait, entre la maison la piscine, l’école de management de Normandie où j’étudiais. Pendant trois ans, entre dix-huit et vingt et un ans (de 1978 à 1982), il venait me chercher et me ramenait aux cours chaque jour de la semaine.

« Cette façon de fonctionner, note encore Xavier, l’empêchait d’entraîner de grosses équipes. Quand son meilleur nageur le quittait, il en trouvait un autre. Cela ne l’a pas empêché d’obtenir de cette façon un beau palmarès. »

On sait qu’après avoir honoré un atavisme d’entraîneur de sprint sans doute inculqué, encore une fois, par son père, Guy, lequel avait « coaché » pendant sa longue carrière » des internationaux de la dimension de Michel ROUSSEAU (champion et recordman d’Europe, vice-champion du monde), Xavier SAVIN (finaliste olympique) et Stephan CARON (champion d’Europe, médaillé d’argent mondial et double médaillé olympique), Eric s’est trouvé embarqué dans l’aventure de l’eau libre.

 CETTE CAPACITE TRES ADMIREE, QUASI CAMELEONESQUE, DE S’ADAPTER, ENTRE UNE DISCIPLINE ET UNE AUTRE, ERIC LA TENAIT DE SA PASSION, ET DE SA CULTURE DE LA COMPETITION, EXTRÊMEMENT DEVELOPPEES

 Techniquement, il s’agissait d’un grand écart difficile, ou, pour le moins inhabituel. Si l’on excepte les débuts du sport, celui des premières olympiades, où rien d’important ne différenciait la course longue des épreuves électriques du sprint, on note, avec le temps, une certaine spécialisation, non seulement des nageurs, mais aussi des entraîneurs.

Pour Xavier SAVIN, cette capacité très admirée, quasi caméléonesque, de s’adapter, entre une discipline et une autre, Eric la tenait de « sa passion, et de sa culture de la compétition, extrêmement développées. Je suis sûr qu’entraîneur de gymnastique ou d’athlétisme, il aurait réussi de la même façon à obtenir des résultats. C’était un esprit curieux, il aimait se renseigner sur ce qu’il y avait de mieux et visait haut. Lorsque j’ai voulu étudier aux Etats-Unis, il m’a dirigé vers la top-université, à la fois aux plans études et natation, et je me suis retrouvé à Gainesville, en Floride, qu’entraînait Randy REESE [coach universitaire NCAA masculin des années 1983 et 1984, et féminin des années 1982 et 1988]. Quand je plongeais, je trouvais dans l’eau David McCAGG (recordman et champion du monde du 100 libre en 1978), Tracy CAULKINS (quintuple championne du monde en 1978) et sa sœur Amy. » Il y avait aussi Craig BEARDSLEY, alors recordman du monde du 200 papillon et d’autres encore… « Mais ce n’est pas tout. Eric a organisé les conditions de mon déplacement d’étudiant nageur, pendant mon service militaire : j’étais détaché du BJ. »

Ce fonctionnement, cette façon de prendre en compte tous les facteurs techniques et humains, et de baliser la route de ses élèves, lui avait apporté une énorme compétence et le respect de ses confrères. Il est difficile de dire ce qu’Eric avait appris de son père, l’un des techniciens les plus pointus de l’époque, mais cela ne devait pas être mince. Comme ensuite il n’avait cessé de s’interroger sur son métier, et, sous des dehors de taiseux, en connaissait un rayon, il s’avançait tel un iceberg ou un sous-marin de la technique, où la réalité de ses connaissances n’apparaissait pas.

Or, à la différence de la « culture » française, du moins telle qu’elle m’est souvent rapportée, et dénoncée, où les entraîneurs cacheraient jalousement leurs recettes, Eric ne craignait pas de dévoiler sa méthode. Il était assez sûr de ce qu’il faisait pour en parler, et assez humble pour envisager sereinement la critique. Seulement, ce n’était pas dans sa nature de se mettre en avant…

A plusieurs reprises, je l’avais interviewé pour une raison ou une autre, ou lorsque ses nageurs obtenaient des succès, et j’étais frappé par la richesse de ses analyses. Il les délivrait sous une forme particulière. Eric démarrait lentement, précautionneusement, par une première notation. Puis, prenant son temps, entrecoupant son propos de pauses, il déroulait tranquillement le fil de sa réflexion. Cela n’allait pas forcément très vite, il prenait le temps de cogiter, mais au bout de quelques minutes, il m’avait en quelque sorte, fait mon article. Là, où avec d’autres, je devais relancer parfois à de nombreuses reprises, mon unique question amenait chez Eric une réponse qui pouvait couvrir des pages, et dont il n’y avait rien à retirer : il pouvait se montrer disert sans être bavard, cela tombait juste et profond. Je me souviens ainsi d’un article sur Logan FONTAINE où Eric me dit tout sans que j’aie eu besoin de le réactiver. Une telle gageure, il la réussissait pour ainsi dire à tous coups.

J’avais eu l’occasion de le connaître à une époque où il avait été journaliste à Liberté-Dimanche, dans les années 1970. On s’était retrouvé, des soirs de championnats et on avait dîné ensemble à quelques reprises. Je ne me souviens guère de nos conversations (les événements de la natation devaient y prendre une grande part), mais je crois bien que le métier de journaliste ne l’emballait pas. Il s’est beaucoup plus fait plaisir comme entraîneur que comme journaliste, un métier qui vous coupe des autres autant qu’il vous lie à eux. Même s’il savait commenter parce qu’il savait analyser, Eric préférait agir qu’épiloguer sur les actions des autres. Je me souviens ainsi d’un autre nageur, Jean-Noël REINHARDT, qui, s’étant essayé dans le journalisme, décida qu’il « préférait agir qu’interpréter », s’offrit un passage chez ADIDAS, puis au COQ SPORTIF, et devint président du directoire de VIRGIN FRANCE.

Eric abandonna donc la plume, et, privilégiant le savoir-faire sur le faire-savoir, devint maître-nageur, opérant au camping Saint-Hubert puis à Rouen, tout en passant ses diplômes d’entraîneur…

PARMI LES TEMOINS D’UN ERIC BOISSIERE, NAGEUR ET ENTRAINEUR, SE DETACHE LA FIGURE DE FRANÇOIS HAUGUEL

Avant cela, à force de travail, Eric était devenu un élément solide, international B. Vincent LEROYER, un bon dossiste et futur représentant de la société Arena, qui nagea au Havre, puis à Rouen, se souvient qu’à ses débuts, « le nageur à battre, c’était Eric BOISSIERE. Il était extrêmement consciencieux, mais il savait faire la fête. Je me souviens qu’il était de ces soirées de nageurs qui allaient du 24 décembre au soir au 1er janvier au matin, et à l’issue desquelles Guy nous attendait de pied ferme au bord du bassin… »

Parmi les témoins d’un Eric BOISSIERE, nageur et entraîneur, se détache la figure de François HAUGUEL. Un mimétisme a rapproché François et Eric: ils étaient tous deux des héritiers; Eric avait pris la suite de son père comme entraîneur des Vikings de Rouen, et François HAUGUEL, architecte dans le civil, lui, avait pris la suite de son père, Roger, comme président du club des Vikings. Tous deux furent des héritiers qui surent faire prospérer le domaine. François, dans l’ombre de Guy et d’Eric, a beaucoup œuvré et donné de sa personne pour le renom du club et a aidé à enlever le morceau à plus d’une reprise, ainsi quand il mit son entregent au service de l’élévation des Vikings au titre de pôle espoir, puis de pôle France. Mais n’anticipons pas :

« J’avais quatre ans de plus que lui et je l’ai vu arriver à la piscine quand il s’est mis à nager, vers 1956, raconte HAUGUEL. Il nageait mal, au grand désespoir de son père, mais c’était un courageux. Il s’employait deux ou trois fois plus que les autres. Il a nagé énormément, et il a quand même fini international. Je crois qu’il a été un tel combattant, et qu’il a montré une telle ambition, afin de prouver sa valeur à son père, lequel l’engueulait parce que, disait-il, il « nageait le plus mal. »

« Au bout du compte, on a eu à l’époque un relais quatre nages de Normands qui comptait les trois Eric du club, BOISSIERE en dos (il se débrouillait bien dans ce style), DUPERRON et LELOUP.

« On sait moins qu’Eric a joué au water-polo pendant quelques années. Vers 35 ans, il a fait aussi du triathlon avec tout un groupe où je me trouvais.

« C’est Eric qui, de Rouen, lança l’aventure du relais quatre fois 100 mètres français » qui a été entièrement imputée, à tort, au Cercle des Nageurs de Marseille (même si le club phocéen joua ensuite un rôle fondamental). Dans l’année 2002-2003, Eric était le responsable du relais quatre fois 100 mètres, dont il entraînait deux éléments, Fabien GILOT et Julien SICOT, tandis que Romain BARNIER évoluait alors à Antibes et BOUSQUET à Auburn, aux USA.

« Aux championnats du monde de Barcelone, en août 2003, continue François HAUGUEL, ce relais à moitié rouennais et dont Eric était le responsable, enleva la médaille de bronze. » BOUSQUET, un relayeur phénoménal, qui terminait le parcours, s’élança en septième position, réussit 47s03, le deuxième 100 mètres lancé de l’histoire derrière un 47s02 de Pieter VAN DEN HOOGENBAND, remonta quatre places et plaça ses potes sur le podium : 3e.

« Il avait été un bosseur quand il nageait, il est resté bosseur comme entraîneur, conclut François HAUGUEL. Et il a fini par égaler le palmarès de son père grâce à son travail et à sa passion. » Ceci bien qu’il se soit fait régulièrement et systématiquement dépouiller de ses meilleurs éléments. « Quand Fabien GILOT est parti pour Marseille, Eric a eu une dent contre Romain BARNIER, mais ensuite il a admis que cela était un bien pour ce garçon.

« Je suis resté président du club pendant vingt ans, et on a travaillé ensemble. Il n’était pas facile de viser les ambitions suprêmes, parce que Rouen n’avait pas le tissu industriel pour rivaliser en termes d’avantages, appartements, bourses, etc., aux nageurs. A cela s’ajoutait qu’après des années avec le même entraîneur, les nageurs éprouvent le besoin de changer d’air ; Stephan CARON avait quitté Guy et est parti à Paris où il a pu nager au Racing et poursuivre ses études ; GILOT s’en est allé à Marseille. Et comme ce besoin de nouveauté, de changement, se faisait inévitablement sentir, GILOT, à Marseille, pour ne citer que lui, a changé plus tard d’entraîneur et quitté BARNIER pour un autre entraîneur du club, » Julien JACQUIER.

SES ULTIMES AMBITIONS: UN PÔLE FRANCE A ROUEN EN 2018 ET LE TITRE OLYMPIQUE DU 10 KILOMETRES POUR LOGAN FONTAINE EN 2020 

Un autre témoin de l’aventure d’Eric, Guy DUPONT, avait été président de la Ligue de Normandie de natation. « Eric BOISSIERE, dit-il, c’était un grand monsieur, qui, à la suite de son père, fit des Vikings de Rouen le fleuron de la natation normande. Il laisse un vide énorme. Je l’ai côtoyé pendant trente ans, dont dix-sept où il fut mon délégué technique. Il fut proprement extraordinaire ; et quoique habité par une grande passion, il n’initia jamais la moindre polémique. »

Au plan humain, Eric avait les qualités sans les défauts de ces qualités. « C’est ensemble que nous avons travaillé à faire de Rouen un pôle espoirs et un pôle France. Il était à mes côtés quand j’allais démarcher les puissants, les décisionnaires normands. Sa fidélité était à toute épreuve, et quand je n’ai plus été président de la Ligue, il a continué de m’envoyer par SMS, après chaque rencontre, les résultats, qu’ils soient bons ou pas, de ses nageurs. Il était passionné, et aussi d’une totale honnêteté. Il avait une relation avec ses nageurs, un feeling, sans faire de bruit. Il ne fanfaronnait pas : sa vie, c’était la natation. Il se levait tôt le matin, à six heures, et se rendait à la piscine, « parce que, me disait-il, je veux être avec les gars. » Quand le pôle France de Rouen fut fermé après que ses derniers grands sprinters eurent rejoint Marseille, il me dit : « eh bien, on se remet au travail et on reconstruit tout ça. » D’ailleurs, on espérait bien, à coups de résultats, rouvrir un pôle France à Rouen, en 2018. En Normandie, le label de la natation, c’était lui, Eric, il avait ramené des dizaines de nageurs…Ce qui me navre, c’est qu’il avait réussi à conserver son travail pour entraîner jusqu’aux Jeux de Tokyo et qu’il n’a pu réaliser ce rêve. »

Mais à force de se faire dépouiller de ses nageurs, Eric s’est trouvé à court de sprinters. Il était en train de disparaître des écrans radar du haut niveau, de moins en moins de gens se souvenaient de son existence et l’on commençait à parler de lui au passé quand il trouva le moyen de se réinventer en entraîneur de longues distances…

APRES DAMIEN CATTIN-VIDAL, IL DECOUVRE LOGAN FONTAINE ET ENTEND L’EMMENER AU TITRE OLYMPIQUE DE TOKYO

« Cela a été un peu par hasard, m’a raconté Eric, voici un ou deux ans, au sujet de sa métamorphose ; quand, vers 2006-2008, ayant perdu à la suite Grégoire Mallet, Fabien Gilot, Xavier Trannoy, Diana Bui-Duyet, je me suis retrouvé avec un groupe de nageurs dont le meilleur élément était Damien CATTIN-VIDAL. Un demi-fondeur. Il venait d’obtenir du bronze sur 400 mètres quatre nages aux championnats de France. Très bon crawleur, ses progrès ont fait de lui un nageur de 1500 mètres très compétitif. Un jour, son ancien coach (et directeur de la piscine) de Sens, Frédéric ELTER-LAFFITTE, le fils de Jacques Laffitte, à Troyes, lui a demandé de nager un 5000 mètres pour le club, à Montargis. Damien détestait l’eau libre, – pour lui, c’était le 25 kilomètres, qui devait le repousser – et n’appréciait pas le 5000 mètres en piscine que je faisais faire à mes nageurs, chaque année, pour leur travail de distance. Je l’ai encouragé à nager pour son ancien club, cela me paraissait être un bon retour d’ascenseur, et il s’est qualifié pour les nationaux en battant deux spécialistes reconnus. Encouragé à continuer, il a nagé les France à Mimizan et a fini 3e du 10.000 mètres. Je n’y connaissais rien, et quand j’ai vu les autres entraîneurs amener du ravitaillement, je me suis dit, pas besoin, pour 10 kilomètres, et vers la fin il a connu un coup de moins bien. Dès lors, je me suis documenté… »

L’homme qui fabriquait des sprinteurs en piscine trouva ainsi la voie du large, ou plus exactement, en l’occurrence, du long, et il ne cessa de sortir par rafales de bons éléments eau libre avec la même régularité. Il ne fut pas du voyage à Kazan, où se tinrent les mondiaux 2015, parce qu’il n’y avait qualifié aucun de ses nageurs, Damien CATTIN-VIDAL étant blessé (double conflit des hanches, une traumatologie assez spécifiques du nageur de longues distances). Eric accompagna donc les jeunes aux championnats d’Europe juniors. Là, un de ses poulains, Logan FONTAINE, 16 ans, qu’en 2014, l’Aquatic Club Honfleurais lui avait confié, et qui, ayant marqué des progrès extraordinaires, avait remporta début juin les championnats de France cadets contre-la-montre et des 5 kilomètres (terminant 2e des seniors), chose jamais vue chez un cadet première année, gagna les 5 kilomètres des championnats d’Europe, à Tenero, en Suisse, où il nageait avec d’autres élèves de Boissière, Corentin RABIER, Valentin BERNARD et Claire LEMAIRE (championne de France juniors des 5 et des 25 kilomètres).

BOISSIERE lançait aussi Yann CORBEL, fils d’un autre nageur, Christian CORBEL ; David AUBRY, Marc-Antoine OLIVIER, médaillé olympique 2016  et mondial 2017, Antoine GOZDOWSKI étaient passés par les Vikings. En quelques années, BOISSIERE était devenu le grand pourvoyeur de la longue distance en équipe de France.

Le passage à l’eau libre ne s’est pas passé sans le genre de petites dérisions que les gens d’un milieu aiment lancer au nouvel immigrant. « Je l’ai vu arriver, raconte encore LEROYER, avec Damien CATTIN-VIDAL, et les gens du cru les charriaient, genre « dis-moi, comment tu vas faire sans les lignes d’eau », ou « est-ce que tu sauras trouver l’arrivée », mais il s’est avéré que Damien se repérait très bien dans l’eau. » On l’a dit, il enleva le bronze, dès son coup d’essai. 

A LA VEILLE DE PARTIR, IL A EXPLIQUE QU’IL N’ETAIT PAS INTERESSE PAR LES FLEURS ET LES COURONNES, ET AVAIT SUGGERE UNE ACTION, UNE DOTATION, QUI POURRAIT AIDER LES NAGEURS D’EAU LIBRE.

Entré dans le grand bain, Eric eut tôt fait de se faire sa place. « Les coaches en déplacement vivent dans une sorte de concubinage en se partageant les chambres, plaisante Frédéric BARALE, qui fut généralement, ces deux années, son coturne. J’éprouve aujourd’hui un sentiment de tristesse. Je l’ai vu pour la dernière fois en octobre, Stéphane (LECAT) avait organisé une réunion. Eric en était. C’était un garçon discret. Il gagnait à être connu.. Il se caractérisait par sa motivation, ses qualités de concentration, et il était très apprécié. On discutait, et il avait des idées très arrêtées, et intéressantes, sur la vie. Il aimait les bonnes choses, par exemple. Il essayait de faire perdurer son action, et a proposé d’installer Damien CATTIN-VIDAL pour reprendre l’entraînement en son absence… A la veille de partir, il a expliqué qu’il n’était pas intéressé par les fleurs et les couronnes, et avait suggéré une action, une dotation, qui pourrait aider les nageurs d’eau libre.» C’était du Eric Boissière tout craché: le Viking avait imaginé de mourir utile! Ce lundi 12 février, Stéphane LECAT et Catherine GROJEAN discuteront des modalités de cette opération, au siège de la FFN. Cette « fondation » devrait utiliser le système pay pal…

Pour LEROYER comme pour tous ceux qui l’ont approché, Eric sortait de l’ordinaire parce qu’il ne plastronnait jamais : « il aurait pu avoir la grosse tête ; mais il restait humble en face de l’incertitude sportive.

« Il avait aussi un côté rocker, cheveux longs, bagues, un côté décalé qui le rendait très attachant. Il était devenu le doyen du bord des bassins ; il repérait les bons nageurs et faisait partie des coaches qui travaillaient bien…

« Il ne formait pas des tordus et des m’as-tu vu. Ses nageurs étaient intelligents et c’est un signe. Il était admiré par Stéphane LECAT, et cela montre quelque chose. Je ne l’ai jamais vu jaloux des résultats des autres ; Il avait l’œil et il appréciait.

« Il a vécu plusieurs vies, et dans ce qu’il faisait, je ne vois que rigueur et exemplarité. »

A la mort de Guy BOISSIERE, Michel Rousseau me tint un propos qui me frappa : « Quand une personne meurt, on ne veut rappeler que des bonnes choses ; mais même en me forçant, il ne me vient que du bon de lui. » La formule va comme un gant pour son fils.

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Les obsèques d’Eric Boissière auront lieu ce mercredi 14 février 2018 à 17h00 au crématorium de Rouen – rue du Mesnil Gremichon. Suivant la volonté du défunt, pas de fleurs ni couronnes, mais des urnes seront à la disposition de ceux qui souhaiteront faire un don en faveur de l’Eau Libre de haut niveau.

CES SPORTIFS DOPÉS AU BLEU

CES SPORTIFS DOPÉS AU BLEU

Éric LAHMY

Mardi 30 Janvier 2018

Je m’empresse de pomper allègrement, ci-dessous, un article dont je ne sais trop s’il est plus fascinant qu’amusant, rédigé par Andrew KEH et publié par le New York Times qui est comme tout le monde l’ignore un de mes quotidiens de référence.

De quoi s’agit-il ? D’un sujet qui ne peut que nous interroger, nous dont la cocarde s’orne de bleu, blanc et rouge. Mais ici, c’est du bleu qu’il s’agit, donc le blanc et le rouge sont priés de quitter la salle (blanc de rage et rouge de confusion) ou de se taire.

Je ne sais ce que les nageurs pourront faire de l’info, qui part du patinage de vitesse. Mon distingué confrère explique que, à l’approche des jeux d’hiver de cette année, à Pyeongchang, en Corée du Sud, où, rappelle-t-il, les places vont se jouer à la fraction de seconde, « les nations qui prennent le sport au sérieux ont examiné tout avantage scientifique possible, depuis la composition du support qui connecte la lame à la chaussure jusqu’à l’aérodynamique des casques et des tenues de course.

Mais voici qu’apparait et se diffuse au sommet de la compétition un argument fort peu scientifique car éloigné des développements rationnels habituels… »

 « ON CHUCHOTE UN PEU PARTOUT QUE LE BLEU VA PLUS VITE. C’EST UNE THÉORIE ÉTRANGE, MAIS PEUT-ÊTRE ONT-ILS FAIT DES TESTS ET QU’IL EST ALLÉ PLUS VITE QUE LE ROUGE ? » 

Selon le quotidien new-yorkais, « les spectateurs et les compétiteurs s’étonnèrent récemment quand des compétiteurs de trois contrées, l’Allemagne, la Norvège et la Corée du Sud, se présentèrent lors de la première Coupe du monde de la saison en revêtant des combinaisons d’une teinte de bleu très proche. »

« Suspiciously », ajoute KEH : digne de nourrir quelques soupçons. Si la Corée du Sud a historiquement utilisé le bleu pour ses tenues, il n’en a été de même, dans le passé, ni pour l’Allemagne, ni pour la Norvège. Fait particulièrement dérangeant quand on sait que la Norvège, pays dominateur dans ce sport, a accumulé 80 victoires olympiques à travers le siècle, ne le cédant que devant les Pays-Bas, 105 titres olympiques.

KEH cite ici un sprinteur néerlandais, Hein OTTERSPEERER, interrogé lors d’une récente coupe du monde, à Stavanger, en Norvège : ayant eu vent de ces légendes colorées, il semble de plus savoir quoi penser : « toute l’histoire du patinage norvégien s’est déroulée dans des tenues rouges. Maintenant, on chuchote un peu partout que le bleu va plus vite. C’est une théorie étrange, mais peut-être ont-ils fait des tests et qu’il est allé plus vite que le rouge ? »

La recherche des tenues sportives adaptées a touché toutes les pièces de l’équipement (on sait que la natation a goûté à cette tendance et a failli y perdre son âme avant l’an 2010, tant la tenue prenait le pas sur l’humain), et les ingénieurs de la Lockheed Martin Aeronautics s’étaient impliqués dans le développement des tenues de patinage américaines. En 2014, une tenue « gagnante », Mach 39, d’Under Armour, fut présentée, qui n’enregistra guère de victoire.

Les réactions en face de cette grande nouvelle en bleu furent diverses et fort éloignées les unes des autres. On est allé de la franche moquerie jusqu’à l’adhésion complète, en passant par… une certaine prudence dans le propos, comme le « j’aimerais y croire » du patineur norvégien, plus normand que norvégien sur le sujet,  Hege BOKKO.

 « JE NE PEUX EXPLIQUER COMMENT, AYANT TEINT LE MÊME PRODUIT DANS DEUX DIFFÉRENTES COULEURS, DONT LES PROPRIÉTÉS SONT IDENTIQUES, SES RÉPONSES AÉRODYNAMIQUES VONT ÊTRE DIFFÉRENTES »

S’il faut suivre un scientifique que le NYT a interrogé, Renzo SHAMEY, professeur de science des couleurs et de technologie à l’Université d’état de Caroline du Nord qui dirige un programme sur les textiles, cette belle histoire de bleu ressemble fort à ce qu’on appelle désormais une fake news, une fausse nouvelle, mais pour laquelle le bon vieux terme de bobard s’emploierait à juste titre. Et d’expliquer : « Je suis parvenu à un point de ma vie où j’ai une confiance suffisante dans ce que j’ai fait et ce que je sais. En même temps, je ne suis pas assez arrogant pour écarter les explications que d’autres donnent par ailleurs. Cela dit, vu ma connaissance scientifique de la teinture, je ne peux expliquer comment, ayant teint le même produit dans deux différentes couleurs, dont les propriétés sont identiques, ses réponses aérodynamiques vont être différentes. »

 « L’AFFAIRE DU BLEU EST LE PLUS VIEUX TRUC INSCRIT DANS LE LIVRE. CE SONT DES PETITS JEUX. FAITES LES DOUTER, FAITES LES S’ALARMER » 

KEH cite également l’histoire de cet équipementier qui, ayant remarqué aux Jeux d’hiver de Lake Placid que tous les sauteurs arboraient des tenues jaunes, et ayant interrogé un concurrent, s’était entendu répondre que je jaune « volait mieux ». Rien de nouveau, donc, sous le soleil.

Bien entendu, on se rapproche ici du noeud de l’affaire. Info ou intox, je vote pour l’intox. Et si c’est cela, elle pourrait fonctionner à plein puisque Dai Dai NTAB, le spécialiste du sprint néerlandais, a déjà à plus ou moins mordu à l’hameçon et envisage presque que son équipe, universellement appelée « orange » depuis la nuit des temps, vire au bleu. Les Oranges bleues, c’est quoi ? Un film de Tintin ??

Pour le coach des patineurs canadiens, Mike Crowe, l’affaire du bleu est « le plus vieux truc inscrit dans le livre. Ce sont des petits jeux. Faites les douter, faites les s’alarmer, » se marre-t-il. Quant au responsable en chef de la recherche norvégienne dans le domaine des tissus, Havard MYKLEBUST, il s’est publiquement amusé de cette soudaine attention. Les journalistes, lance-t-il en plaisantant, « auraient joué un rôle » dans le déploiement d’une théorie des couleurs qui ne doit rien aux travaux d’Isaac NEWTON ou de Wolfgang GOETHE. Un rôle qui lui plait bien, dans une légende qu’il s’efforce de ne pas démentir : « la seule chose que j’ai dite, c’est que nos nouvelles tenues bleues vont plus vite que les anciennes rouges. »

Le genre de propos, joyeusement interprêté par un journaliste épris de (gros) rouge, aurait fait voir le secret de la vitesse d’une Ferrari dans un pot de peinture !

Bien entendu, les Norvégiens surveillent avec plaisir le développement de toute cette affaire, laquelle n’est semble-t-il pas de leur ressort, mais a été montée de toutes pièces par des journalistes, trop heureux d’inventer une théorie, même aussi fumeuse, pourvu qu’elle soit sensationnelle, sur une explication technique surexploitée. Pendant que leurs plus redoutables adversaires se questionnent sur la couleur qu’il faudra adopter sur leurs tenues, ils pourrait perdre un temps précieux dans la réalisation des vrais problèmes, et aussi un peu de leur assurance, car, vêtus de bleu, ils auront fait la preuve de leur manque de confiance.

 « ON CHERCHAIT À DÉRANGER L’ADVERSAIRE. ET DÉRANGER L’ADVERSAIRE, CELA PEUT SE FAIRE PAR DES ATTITUDES, DES COMPORTEMENTS. ON AVAIT DÉCIDÉ DE LES PERTURBER PAR NOS ÉQUIPEMENTS »

Attention, il n’est pas interdit de penser qu’un vêtement de couleur puisse influer – mais psychologiquement – sur la performance. C’est ce que prétend un enseignant de l’université de Leeds, en Angleterre, Stephen WESTLAND (c’est fou ce qu’on peut trouver de profs pour soutenir toute idée et son contraire dans le monde) : « les participants d’une compétition revêtant telle couleur peuvent se sentir plus en confiance ou plus costauds pour cette seule raison, et leurs adversaires peuvent leur reconnaître des qualités physiques plus ou moins performantes en fonction de la teinte de leurs costumes, » témoigne ce brave homme…

Et le prof de citer certaines études démontrant ce fait. Il y a fort longtemps, déjà, un entraîneur français de natation et psychologue diplômée, Christine LAHANA, soutenait une thèse assez intrigante en ce domaine. Avec son mari, Jacques, elle avait repensé à deux reprises le dessin et les couleurs des nageurs de son club, l’ES Nanterre. Ceux-ci portèrent donc dans un premier temps des survêtements d’une teinte passablement hideuse au dessin d’une fantaisie inquiétante. Pourquoi ? Jacques LAHANA, que j’ai interrogé au téléphone ce 30 janvier, m’en a rappelé la motivation.

« La compétition de natation, explique-t-il en l’espèce, ne se déroule pas que dans l’eau ; il y a ce qui précède. Et ce qui précède peut procéder du simulacre ou de toute autre chose qui va nous donner si possible un avantage. On cherchait à déranger l’adversaire. Et déranger l’adversaire, cela peut se faire par des attitudes, des comportements. On avait décidé de les perturber par nos équipements. Dans un premier temps, on a opté pour des survêtements aux dessins assez insensés. Puis plus tard, on s’est dirigé vers des survêtements plus jolis. Bien entendu, on n’avait pas jeté ces survêts aux nageurs en leur disant seulement de les porter, mais on leur avait clairement expliqué à quoi ils correspondaient. » 

Jacques LAHANA n’accorde pas un caractère spécialement pernicieux à de tels comportements. « Ce sont des jeux, rien de plus, mais ils peuvent faire une différence. Par ailleurs, il ne faut surtout pas s’obnubiler sur un truc, croire que c’est ça qu’il faut faire. Les circonstances, les situations, les acteurs mêmes changent, et ces jeux doivent être renouvelés pour s’adapter aux métamorphoses de la donne. »

CINQUANTE-DEUX ANS APRÈS, SON ÉQUIPIER ET ADVERSAIRE JOHN KONRADS NE PARAISSAIT PAS S’ÊTRE COMPLÈTEMENT REMIS DES JEUX MENTAUX DE MURRAY ROSE ».

Ces renouvellements dans les « gimmicks » les rendent parfois sinon contre-productifs, du moins inopérants, dans certaine cas, et efficaces dans d’autres. Un jour, Stephan CARON, qui s’apprêtait à disputer une grande compétition (sans doute la finale des Jeux de Séoul), s’était fait approcher par Patrice PROKOP, alors DTN, qui lui avait demandé d’écouter quelque chose sur un petit magnétophone, qui s’avéra être un enregistrement de « La Marseillaise. » CARON (qui, rejoint aujourd’hui, n’a pas su se souvenir de l’anecdote, mais ne l’a pas rejetée) n’en fut pas le moins du monde transcendé, pour au moins une bonne raison: « je jouis de la double nationalité, je suis français mais aussi britannique. » Ah! Si on lui avait joué de la cornemuse, peut-être eut-il gagné?

D’un autre côté, vingt ans plus tard, les sprinteurs du relais français s’étaient fait parfois remarquer par des attitudes à l’international, entrant dans la chambre d’appel comme des furibards… et LEVEAUX chantant la Marseillaise.

Parlant de ça, on a fait grand cas, ces dernières années, des « jeux » auxquels se prêtaient et se plaisaient les Marseillais vis-à-vis de leurs adversaires. C’était semble-t-il dans ce sens perturbant, mais je crois que ce qui a pu être reproché aux nageurs marseillais, c’était de continuer ces jeux après la sélection olympique, à l’intérieur de laquelle ils paraissaient, à tort ou à raison, prêts à favoriser les Phocéens au détriment, s’il le fallait, des autres Français, et de former en quelque sorte un état dans l’état ! Mais ils pratiquaient la compétition dans l’idée qu’on s’en fait dans pas mal de sports. 

Bien entendu, on entre là dans une totale subjectivité. Si certains rites ou la propagation de croyances tendent à exclure ou à déstabiliser les « autres », il en est d’autres dont la vertu supposée est seulement agrégative. Les nageurs américains étaient fervents d’emmener de l’eau de leur piscine pour la faire couler dans le bassin de compétition. Jacques LAHANA raconte qu’il avait vu, en 1973, à Alabama procéder ainsi et en 1976, John NABER, trois médailles d’or, une d’argent et cinq records du monde lors des Jeux olympiques, récupéra en grandes pompes en présence de l’équipe US l’eau du bassin des sélections US, à Long Beach, et en baptisa les quatre coins du bassin de Montréal avant les Jeux: tout fauve territorial commence par marquer son territoire!.

Il faudrait presque un album et en tout cas un gros article pour raconter ce que l’inventif Murray ROSE pouvait imaginer hors de l’eau comme dans l’eau pour faire douter ses adversaires, et, chose la plus terrible, toujours avec un grand sourire fraternel. Cinquante-deux ans après, son équipier et adversaire John KONRADS ne paraissait pas s’en être complètement remis. Jouer avec l’adversaire était une seconde nature pour ROSE, qui avait inventé ces agréables passe-temps à l’entraînement, aux dépens de ses équipiers, pour résister à l’ennui des longues séances auxquelles le soumettaient ses coaches HERFORD en Australie, puis DALAND aux USA. Quand il le vit fonctionner à Los Angeles, Roy SAARI, double recordman du monde du 1500 mètres, s’efforça d’en faire de même, la subtilité en moins. SAARI était un colosse pas toujours des plus amènes, assez impressionnant, qui avait introduit ses manières brusques de poloiste de choc dans le monde policé de la course en ligne. Après avoir joué ainsi avec Don SCHOLLANDER, qu’il dominait d’une demi-tête, il dut admettre qu’il était tombé sur un os. SCHOLLANDER, dont le grand-père scandinave était mort peu avant, accidentellement à 105 ans, était un coriace de naissance, pas du genre à appeler sa maman, et infligea quelques belles déroutes bien senties à son belliqueux adversaire. SCHOLLANDER réserva un traitement spécial au Français Alain GOTTVALLES qui avait eu le front de battre le record du 100 mètres, puis de traiter les Américains de bourrins (qui s’entraînaient trop). Il aimait « découvrir » des faiblesses dans le style de ses adversaires les plus dangereux, comme des remarques sur leur « supposée absence de jambes », et, en finale, pendant que les autres battaient des pieds énergiquement, lui enlevait le titre ! On peut dire qu’il fit capoter le projet de SPITZ de remporter cinq ou six médailles d’or aux Jeux de Mexico en 1968, en lançant l’équipe masculine US à ses trousses…

LES RITUELS UN PEU FOUS DE GARY HALL JR COMPRENAIENT UNE SORTE DE SHADOW-BOXING ET DES « DOUBLE BICEPS À LA KING KONG !

Quatre ans plus tard, Mark SPITZ, après son triomphe de Munich (sept ors) avait raconté très sérieusement à un journaliste russe qui lui demandait si sa moustache ne le freinait pas qu’au contraire, sa moustache provoquait les glissements des fluides qui favorisaient son avance dans l’eau. « L’année suivante, j’ai vu une foule de nageurs russes et moustachus », s’amusait-il à raconter. Il convient de préciser que SPITZ avait laissé pousser ses moustaches et portait des cheveux longs pour montrer qu’il n’avait pas besoin de se raser pour battre les épilés de tout… poil de la natation mondiale.

Lors de ses rencontres avec le tsar Alexandr POPOV, l’Américain Gary HALL junior tentait des manœuvres de déstabilisation qu’on peut trouver un peu mièvres : un jour, il serait arrivé sur le bord du bassin en jouant des poings armés de gants de boxe ? Fait que je n’ai pu retrouver. Mais ses rituels un peu fous comprenaient une sorte de shadow-boxing et des « double biceps » à la King Kong ! Ce qui parait sûr, c’est que POPOV, lequel s’est moins plaint de Gary HALL que du public américain, n’a pas perdu beaucoup de courses face à Gary HALL (ou d’ailleurs à n’importe qui d’autre).

Le bluff ne paie pas toujours, et CAVIC l’apprit quand il alluma Michael PHELPS en interview. C’était la meilleure façon de réveiller le dragon assoupi et de mener PHELPS à un nouveau record du monde…

AUX TEMPS OU TOUS LES TABOUS EXISTAIENT, LES FOLLES NUITS QUI POUVAIENT COUPER LES JAMBES DU NAGEUR NE SE PASSAIENT PAS EN COMPAGNIE D’UN ÉCRAN PLAT, MAIS D’UNE PERSONNE JOLIMENT VALLONNÉE

Aujourd’hui, à l’addition  des causes favorables ou contraires à l’obtention de grands résultats, il semblerait que des différences plus importantes que celles liées à la couleur du cheval blanc d’Henri IV peuvent s’obtenir par l’usage des écrans, et plus spécialement les smartphones. Mortifiés par les échecs de leurs stars du sprint aux Jeux de Rio, les Australiens ont décidé de prendre des mesures drastiques contre ces manifestes instruments de déconcentration, sur lesquels, jurent-ils, les Cameron MCEVOY et autres Catherine CAMPBELL se seraient escrimés à longueurs de journée, voire de nuit, pour répondre aux copains et autres fans. L’aînée des CAMPBELL a même raconté dans une touchante confession quasi-psychanalytique que la prise de conscience de l’énormité du « following » de ses tweets et autres flux facebooqués, instagrammés, linquédinés, et autres, avaient fini par lui ôter tout son potentiel agressif et avaient transformé, au départ de la course olympique, la tigresse conquérante qu’elle aurait dû être en une biche terrifiée par la peur de perdre…

Triste temps de libération sexuelle ! Aux temps où tous les tabous existaient, les folles nuits qui pouvaient couper les jambes du nageur ne se passaient pas en compagnie d’un écran plat, mais d’une personne joliment vallonnée. Quelques jours avant son match titre mondial contre Oscar BONAVENA, le clan de l’Argentin essaya de mettre dans le lit de Mohammed ALI une blonde aux yeux pers. Aujourd’hui, ce serait quoi ? Un ipad ? Un ipod ? Un Mcintosh ? Un iphone 7 ?

Les Mulhousiens racontaient que Yannick AGNEL, quand il nageait chez eux, passait des nuits sur des jeux vidéo au grand dam de ses entraînements. Pour son anniversaire, Lionel HORTER lui avait offert… un réveille-matin ! Les entraîneurs français devraient-ils interdire – ou sévèrement contingenter, ou encore, à tout le moins, surveiller de très près – ces exercices du bout des doigts sur mini-claviers chez les nageurs sélectionnés internationaux ? Et offrir de l’électronique haut de gamme aux plus dangereux adversaires des Tricolores (pardon : des Bleus) ?

Dans cette toute affaire, certains n’y verront que du bleu. D’autres auront enfin l’explication d’un mystère (de la bande dessinée) : pourquoi le vilain Gargamel n’a-t-il jamais attrapé un schtroumpf ? Maintenant, je connais la réponse : c’est parce que le bleu va plus vite.

CATE CAMPBELL TOUJOURS AUSSI MONUMENTALE

CATE CAMPBELL TOUJOURS AUSSI MONUMENTALE

Eric LAHMY

Mardi 30 Janvier 2018

Cate CAMPBELL, retour de sa saison sabbatique (agrémentée, on semble l’oublier, de plusieurs incartades nagées en Coupe du monde où elle a parfois tenu la dragée haute à Sarah SJÖSTRÖM) a été l’auteur des meilleures performances des championnats des Nouvelles Galles du Sud, voici une semaine. Cate a signé trois super bons temps, sur 50 et 100 libre, et aussi sur 50 papillon, une distance qui ne paraissait pas être une de ses spécialités jusqu’ici. Elle a aussi gagné le 200 libre, qu’elle n’aime manifestement pas (« c’est trop dur ») à la demande de son entraîneur Simon CUSACK. Le coach lui fit valoir qu’un bon 200 mètres constituerait une bonne base pour le 100 mètres.

Je ne sais si Cate avait besoin de cette base, le 100 s’étant disputé avant le 200, et s’étant conclu par un formidable 52s37, à seulement trois dixièmes de son record d’Australie et du Commonwealth, 52s06, et pas si loin non plus du fabuleux 51s71 de Sarah SJÖSTRÖM, le 21 juillet dernier !

S’il reste encore une seule fille à nager « joli » dans le gotha mondial, c’est bien l’aînée des CAMPBELL ! La femme a l’air plaisamment bâtie, mais ceux qui l’ont rencontrée m’affirment qu’il y a quelque chose de maladroit, d’emprunté, dans son allure, peut-être lié à sa taille, peut-être au fait que la demoiselle correspond un peu trop bien au portrait qu’on se fait du (de la) nageur (nageuse) type : épaules très larges, bras très longs, hanches très fines. Un être posé quelque part entre une perfection et une parodie, à équidistance de la femme et du poisson. Ce n’est pas la petite sirène d’Andersen, mais la grande sirène des Antipodes.

On laissera quand même à d’autres le soin de nous signaler si cette charmante personne est aimable à regarder, mais alors dans l’eau, laissez-moi partager ma conviction de n’avoir pas souvent vu un bipède trempé dans l’eau offrir un spectacle d’une telle élégance. Ses sprints et les cent cinquante premiers mètres de son 200 de Sydney (après, il lui a fallu de battre) laissent une impression d’œuvre d’art…

Longtemps, les Australiens, qui enseignaient une nage tout sur les bras, n’ont guère été exemplaires sur le plan du style ; quand j’ai commencé à m’intéresser à ce sport, dans les années 1960, les grands stylistes s’appelaient Alain GOTTVALLES ou Don SCHOLLANDER.

Certes, il y avait une Australienne dans le coup, Dawn FRASER, et quand je dis qu’elle nageait bien, ce n’était pas des paillettes et de la nat’ synchro’, mais de la glisse, une fausse lenteur et un sacré tirant d’eau : exploit inimitable, elle fut trois fois championne olympique du 100 mètres libre.

Après, je me souviens de Mark SPITZ, d’un certain Bruce FURNISS, champion olympique du 200 mètres, et bien entendu de ce fabuleux Ian THORPE. Entre-temps, il y eut aussi Tracy CAULKINS, mais si celle-ci donnait une impression de rêve aquatique, c’était dans les quatre nages, un peu comme, trente ans plus tard Camille MUFFAT.

Je vis la Niçoise pour la première fois dans ses œuvres à Rouen, où je me rendais chaque année dans le cadre de la bourse Guy Boissière, et j’eus tôt fait de l’agréger à mon Panthéon.

Je ne sais trop si cette façon de nager est une donnée personnelle ou apprise. Sans doute un peu les deux, car on ne peut nier le phénomène d’école.

Il n’en reste pas moins… Par exemple, la sœur cadette de Catherine, Bronte CAMPBELL, qui s’entraîne pourtant depuis toujours avec elle et sous le même entraîneur, n’a pas du tout le même style, avec un rythme, une fréquence de bras élevée, et quelque chose de moins huilé que son aînée dans, par exemple, sa façon de se tourner pour respirer ; mais aussi ses départs restent assez approximatifs, alors que Cate, dont le temps de réaction est plus lent, taille oblige, n’en est pas moins celle qui sort la première de ses coulées…

Il est possible que les grands nageurs soient auto-éduqués sur le plan du style. Marc BEGOTTI, qui avait observé le très jeune Michaël PHELPS en 2004, en avait conclu que sa façon de glisser dans l’eau pouvait tenir plus à quelque chose, chez lui, de totalement personnel et sui generis, qu’à un apprentissage. Les grands nageurs appartenant aux mêmes écoles présentent toujours certaines différences : SCHOLLANDER et SPITZ, formés par George HAINES, le plus grand entraîneur de tous les temps, étaient parfaits techniquement, mais tellement différents, SCHOLLANDER très haut (trop haut) sur l’eau, SPITZ au contraire très enfoncé, SCHOLLANDER se tournait assez peu pour respirer, SPITZ basculait largement. De la même façon, quand Bruce FURNISS et Tim SHAW, élèves de Bill JOCHUMS,  détenaient en même temps, l’un le record du monde du 200, l’autre du 400 et du 1500m, tous deux étaient des modèles de technique, mais ne pouvaient se confondre dans l’eau : SHAW était une machine de précision, FURNISS, lui, paraissait mesurer trois mètres de long tant il nageait en amplitude. Et qui pourra dire que POPOV et KLIM, dirigés par TOURETSKY, semblaient être sortis du même moule? Murray ROSE, formé certes par Sam HERFORD mais entraîné par l’un des coaches les moins techniques, Peter DALAND, ne cessait, tout seul, d’opérer des changements dans sa façon de nager, pendant la décennie où il resta le meilleur demi-fondeur du monde. Au bout de huit ans, il avait gagné une minute sur son premier record du monde du 1500m… Mais il fallait pour cela être le nageur le plus cérébral qu’on ait vu dans l’eau.

Il y aurait encore beaucoup de choses à signaler autour de ce sujet. Par exemple, les phénomènes de mimétisme. Fabrice PELLERIN aimait expliquer je crois qu’Yannick AGNEL avait beaucoup appris en observant Camille MUFFAT, et Romain BARNIER que Florent MANAUDOU avait pas mal piqué dans le style (ou le non style) de BOUSQUET). Difficile de dire quelle est la part de l’entraîneur (mais elle ne doit pas être mince). Du temps où je suivais les compétitions, je me vante peut-être, mais je pouvais deviner si tel nageur, telle ondine, était entraîné par Suzanne BERLIOUX, Lucien ZINS, Georges GARRET, Marc MENAUD. Pour tout dire, il y avait aussi des éléments dont je me demandais s’il n’avaient pas échappé au charcutier du coin.

L’arrivée de THORPE signala-t-elle que les Australiens, à force de nager en culs-de-jattes, étaient en train de perdre la bataille navale, et qu’il leur fallait réinstaller les jambes dans les éléments moteurs de la glisse aquatique ? Car ils étaient allés loin dans le refus du coup de pied, dont toute une école française s’est faite l’apologue : Forbes CARLILE, quand il vit une Shane GOULD de quatorze ans s’inscrire dans son club de natation, n’eut de cesse de réduire le rendement des membres inférieurs de la gamine, et d’abaisser sa cadence de quatre ou six à deux coups par cycle de bras.

Aujourd’hui, les adeptes vieux style australien existent encore, mais il me semble qu’en crawl, ils n’existent plus guère trop. Mackenzie HORTON est un bel exemple de l’efficace d’une nage complète, où les « moteurs » avant et arrière coopèrent en intelligence pour produire une grosse performance.

ELIJAH WINNINGTON, GRAND NOM DE DEMAIN ?

En octobre dernier, Taylor MCKEOWN, l’aînée d’une autre sororité de la natation que les CAMPBELL (avec sa sœur Kaylee) a été impliquée dans une rencontre en jet-ski avec une baleine. Approcher à moins de cent mètres un de ces cétacés est interdit en Australie, où les espèces sauvages sont bien protégées, et la vidéo qu’elle a fièrement envoyée sur la toile a montré que MCKEOWN a carrément projeté son engin au-dessus de la baleine. Une enquête a donc été ouverte. C’est beau l’enthousiasme, mais le règlement, c’est le règlement.

Taylor ne s’est pas mieux sortie de sa rencontre sur 100 brasse avec Jessica HANSEN, qu’elle n’a jamais pu rattraper.

Pour ce qui concerne la petite sœur de Taylor, Kaylee, 16 ans, elle s’est plus que bien débrouillée, et gagné deux bonnes courses de dos, le 100 et le 200, ne laissant que le 50 à Minna ATHERTON.

Elijah WINNINGTON, 17 ans, pourrait être un des grands noms de demain. Il remporte 200 et 400, dans des temps il est vrai relativement modestes, devançant sur la plus longue distance le champion olympique et vice-recordman du monde, son compatriote, Mackenzie HORTON, de presque une longueur de corps. Son 200 mètres, assez lent, ne vaudrait pas d’être signalé s’il ne lui avait offert le scalp d’un autre géant, Cameron MCEVOY, à l’issue d’une course d’une irréprochable égalité d’allure. WINNINGTON le bien nommé a déjà tout : la force mentale de mener d’entrée, la capacité à conserver le train initial et un finish de sprinteur.

La natation australienne a aussi ses carences : pas un quatre nageur ou une quatre nageuse de valeur, et pas mal de faiblesses de ci et de là en-dehors de la nage libre qui est l’un e des toutes premières. Mais on en saura plus sur les capacités de « Dolphins » (nul  n’ignore que le Dolphin est le kangourou aquatique) après les sélections pour les Jeux du Commonwealth, au Gold Coast Aquatic de Southport, dans le Queensland, du 28 février au 3 mars prochain (soit cinq semaines avant les Jeux)…

Le champion olympique et du monde italien Gregorio PALTRINIERI, 3e du 400 et vainqueur du 1500 en 15’13s, achèvera son séjour australien début mars, et devrait disputer le meeting d’eau libre de Doha (première étape de la Coupe du monde 2018) le 17 mars prochain.

 

MESSIEURS.- 50 libre : 1. James ROBERTS, SOMGC, 22s04.

100 libre : 1. Cameron MCEVOY, Bond U, 48s99; 2. James MAGNUSSEN, 49s11; 3. James ROBERTS, SOMGC, 49s24.

200 libre : 1. Elijah WINNINGTON, Bond U, 1’48s59.

400 libre : 1. Elijah WINNINGTON, Bon U, 3’49s96; 2. Mackenzie HORTON, Melbourne, 3’50s93 (en série, 3’50s88); 3. Gregorio PALTRINIERI, Italie, Melbourne, 3’51s04; 4. Jack MCLOUGHLIN, Chandler, 3’51s52.

1500 libre  : 1. Gregorio PALTRINIERI, Italie, 15’13s.

100 dos : 1. Benjamin TREFFERS, SOMG, 54s61.

50 brasse : 1. Jake PACKARD, USC Spartan, 27s88.

100 brasse : 1. JaekWon MOON, Corée, 1’0s49 ; 2. Jake PACKARD, USC Spartan, 1’0s64 (en série, 1’0s11); 3. Liam HUNTER, Chandler, 1’1s10.

200 brasse : 1. Matthew WILSON, SOSC, 2’11s57; 2. Ikuma OSAKI, Japon, 2’11s71; 3. Stubblety COOK, WBAC, 2’12s03; 4. Ippei MIYAMOTO, Japon, 2’13s34

50 papillon : 1. William YANG, 23s76.

200 papillon : 1. Yuya SAKAMOTO, Japon, 1’58s05.        

DAMES.- 50 libre : 1. Catherine CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 24s15; 2. Bronte CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 24s71.

100 libre : 1. Catherine CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 52s37 ; 2. Bronte CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 53s81; 3. Emma MCKEON, GUSC, 53s98; 4. Shayna JACK, Chandler, 54s61; 5. Madison WILSON, Bond U., 54s84 (en série, 54s65).

200 libre : 1. Catherine CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 1’58s86; 2. Madison WILSON, Bond U., 1’58s95; 3. Mikkayla SHERIDAN, SPRTN, 1’58s98; 4. Sian WHITTAKER, Melbourne Vicentre, et Gemma COONEY, Brisbane Grammar, 1’59s37. 

400 libre : 1. Jessica ASHWOOD, Chandler, Brisbane, 4’8s94; 2. Leah NEALE, USC Sprint, 4’10s59.

800 libre : 1. Jessica ASHWOOD, Chandler, 8’28s73.

50 dos : 1. Minna ATHERTON, 17 ans, Brisbane Grammar, 28s27; 2. Hayley BAKER, Melbourne Vicentre, 28s39.

100 dos : 1. Kaylee MCKEOWN, 16 ans, SPRTN, 59s67; 2. Hayley BAKER, Melbourne Vicentre, 1’0s27; 3. Minna ATHERTON, 17 ans, Brisbane Grammar, 1’0s69; 4. Sian WHITTAKER, Melbourne Vicentre, 1’0s76; 5. Madison WILSON, Bond U, 1’1s43 (en série, 1’1s13)… 10. Olivia LEFOE, Melbourne Vicentre, 1’4s79.

200 dos : 1. Kaylee MCKEOWN, 16 ans, SPRTN, 2’8s57; 2. Sian WHITTAKER, Melbourne Vicentre, 2’9s76.

50 brasse : 1. Jessica HANSEN, Nunawading, 30s85.

100 brasse : 1. Jessica HANSEN, Nunawading, 1’7s19; 1. Taylor MCKEOWN, USC Spartans, 1’7s80.

200 brasse : 1. Taylor MCKEOWN, USC Spartans, 2’25s31.

50 papillon : 1. Cate CAMPBELL, Chandler, 25s68.

100 papillon : 1. Emma MCKEON, GUSC, 57s59; 2. Seheyon AN, Corée, 58s17.

200 papillon : 1. Laura TAYLOR, Main Beach, Southport School, 2’8s11; 2. Emma MCKEON, GUSC, 2’8s32.

400 4 nages : 1. Barbo ZAVADOVA , Tchéque, 4’42s58.