CES SPORTIFS DOPÉS AU BLEU

CES SPORTIFS DOPÉS AU BLEU

Éric LAHMY

Mardi 30 Janvier 2018

Je m’empresse de pomper allègrement, ci-dessous, un article dont je ne sais trop s’il est plus fascinant qu’amusant, rédigé par Andrew KEH et publié par le New York Times qui est comme tout le monde l’ignore un de mes quotidiens de référence.

De quoi s’agit-il ? D’un sujet qui ne peut que nous interroger, nous dont la cocarde s’orne de bleu, blanc et rouge. Mais ici, c’est du bleu qu’il s’agit, donc le blanc et le rouge sont priés de quitter la salle (blanc de rage et rouge de confusion) ou de se taire.

Je ne sais ce que les nageurs pourront faire de l’info, qui part du patinage de vitesse. Mon distingué confrère explique que, à l’approche des jeux d’hiver de cette année, à Pyeongchang, en Corée du Sud, où, rappelle-t-il, les places vont se jouer à la fraction de seconde, « les nations qui prennent le sport au sérieux ont examiné tout avantage scientifique possible, depuis la composition du support qui connecte la lame à la chaussure jusqu’à l’aérodynamique des casques et des tenues de course.

Mais voici qu’apparait et se diffuse au sommet de la compétition un argument fort peu scientifique car éloigné des développements rationnels habituels… »

 « ON CHUCHOTE UN PEU PARTOUT QUE LE BLEU VA PLUS VITE. C’EST UNE THÉORIE ÉTRANGE, MAIS PEUT-ÊTRE ONT-ILS FAIT DES TESTS ET QU’IL EST ALLÉ PLUS VITE QUE LE ROUGE ? » 

Selon le quotidien new-yorkais, « les spectateurs et les compétiteurs s’étonnèrent récemment quand des compétiteurs de trois contrées, l’Allemagne, la Norvège et la Corée du Sud, se présentèrent lors de la première Coupe du monde de la saison en revêtant des combinaisons d’une teinte de bleu très proche. »

« Suspiciously », ajoute KEH : digne de nourrir quelques soupçons. Si la Corée du Sud a historiquement utilisé le bleu pour ses tenues, il n’en a été de même, dans le passé, ni pour l’Allemagne, ni pour la Norvège. Fait particulièrement dérangeant quand on sait que la Norvège, pays dominateur dans ce sport, a accumulé 80 victoires olympiques à travers le siècle, ne le cédant que devant les Pays-Bas, 105 titres olympiques.

KEH cite ici un sprinteur néerlandais, Hein OTTERSPEERER, interrogé lors d’une récente coupe du monde, à Stavanger, en Norvège : ayant eu vent de ces légendes colorées, il semble de plus savoir quoi penser : « toute l’histoire du patinage norvégien s’est déroulée dans des tenues rouges. Maintenant, on chuchote un peu partout que le bleu va plus vite. C’est une théorie étrange, mais peut-être ont-ils fait des tests et qu’il est allé plus vite que le rouge ? »

La recherche des tenues sportives adaptées a touché toutes les pièces de l’équipement (on sait que la natation a goûté à cette tendance et a failli y perdre son âme avant l’an 2010, tant la tenue prenait le pas sur l’humain), et les ingénieurs de la Lockheed Martin Aeronautics s’étaient impliqués dans le développement des tenues de patinage américaines. En 2014, une tenue « gagnante », Mach 39, d’Under Armour, fut présentée, qui n’enregistra guère de victoire.

Les réactions en face de cette grande nouvelle en bleu furent diverses et fort éloignées les unes des autres. On est allé de la franche moquerie jusqu’à l’adhésion complète, en passant par… une certaine prudence dans le propos, comme le « j’aimerais y croire » du patineur norvégien, plus normand que norvégien sur le sujet,  Hege BOKKO.

 « JE NE PEUX EXPLIQUER COMMENT, AYANT TEINT LE MÊME PRODUIT DANS DEUX DIFFÉRENTES COULEURS, DONT LES PROPRIÉTÉS SONT IDENTIQUES, SES RÉPONSES AÉRODYNAMIQUES VONT ÊTRE DIFFÉRENTES »

S’il faut suivre un scientifique que le NYT a interrogé, Renzo SHAMEY, professeur de science des couleurs et de technologie à l’Université d’état de Caroline du Nord qui dirige un programme sur les textiles, cette belle histoire de bleu ressemble fort à ce qu’on appelle désormais une fake news, une fausse nouvelle, mais pour laquelle le bon vieux terme de bobard s’emploierait à juste titre. Et d’expliquer : « Je suis parvenu à un point de ma vie où j’ai une confiance suffisante dans ce que j’ai fait et ce que je sais. En même temps, je ne suis pas assez arrogant pour écarter les explications que d’autres donnent par ailleurs. Cela dit, vu ma connaissance scientifique de la teinture, je ne peux expliquer comment, ayant teint le même produit dans deux différentes couleurs, dont les propriétés sont identiques, ses réponses aérodynamiques vont être différentes. »

 « L’AFFAIRE DU BLEU EST LE PLUS VIEUX TRUC INSCRIT DANS LE LIVRE. CE SONT DES PETITS JEUX. FAITES LES DOUTER, FAITES LES S’ALARMER » 

KEH cite également l’histoire de cet équipementier qui, ayant remarqué aux Jeux d’hiver de Lake Placid que tous les sauteurs arboraient des tenues jaunes, et ayant interrogé un concurrent, s’était entendu répondre que je jaune « volait mieux ». Rien de nouveau, donc, sous le soleil.

Bien entendu, on se rapproche ici du noeud de l’affaire. Info ou intox, je vote pour l’intox. Et si c’est cela, elle pourrait fonctionner à plein puisque Dai Dai NTAB, le spécialiste du sprint néerlandais, a déjà à plus ou moins mordu à l’hameçon et envisage presque que son équipe, universellement appelée « orange » depuis la nuit des temps, vire au bleu. Les Oranges bleues, c’est quoi ? Un film de Tintin ??

Pour le coach des patineurs canadiens, Mike Crowe, l’affaire du bleu est « le plus vieux truc inscrit dans le livre. Ce sont des petits jeux. Faites les douter, faites les s’alarmer, » se marre-t-il. Quant au responsable en chef de la recherche norvégienne dans le domaine des tissus, Havard MYKLEBUST, il s’est publiquement amusé de cette soudaine attention. Les journalistes, lance-t-il en plaisantant, « auraient joué un rôle » dans le déploiement d’une théorie des couleurs qui ne doit rien aux travaux d’Isaac NEWTON ou de Wolfgang GOETHE. Un rôle qui lui plait bien, dans une légende qu’il s’efforce de ne pas démentir : « la seule chose que j’ai dite, c’est que nos nouvelles tenues bleues vont plus vite que les anciennes rouges. »

Le genre de propos, joyeusement interprêté par un journaliste épris de (gros) rouge, aurait fait voir le secret de la vitesse d’une Ferrari dans un pot de peinture !

Bien entendu, les Norvégiens surveillent avec plaisir le développement de toute cette affaire, laquelle n’est semble-t-il pas de leur ressort, mais a été montée de toutes pièces par des journalistes, trop heureux d’inventer une théorie, même aussi fumeuse, pourvu qu’elle soit sensationnelle, sur une explication technique surexploitée. Pendant que leurs plus redoutables adversaires se questionnent sur la couleur qu’il faudra adopter sur leurs tenues, ils pourrait perdre un temps précieux dans la réalisation des vrais problèmes, et aussi un peu de leur assurance, car, vêtus de bleu, ils auront fait la preuve de leur manque de confiance.

 « ON CHERCHAIT À DÉRANGER L’ADVERSAIRE. ET DÉRANGER L’ADVERSAIRE, CELA PEUT SE FAIRE PAR DES ATTITUDES, DES COMPORTEMENTS. ON AVAIT DÉCIDÉ DE LES PERTURBER PAR NOS ÉQUIPEMENTS »

Attention, il n’est pas interdit de penser qu’un vêtement de couleur puisse influer – mais psychologiquement – sur la performance. C’est ce que prétend un enseignant de l’université de Leeds, en Angleterre, Stephen WESTLAND (c’est fou ce qu’on peut trouver de profs pour soutenir toute idée et son contraire dans le monde) : « les participants d’une compétition revêtant telle couleur peuvent se sentir plus en confiance ou plus costauds pour cette seule raison, et leurs adversaires peuvent leur reconnaître des qualités physiques plus ou moins performantes en fonction de la teinte de leurs costumes, » témoigne ce brave homme…

Et le prof de citer certaines études démontrant ce fait. Il y a fort longtemps, déjà, un entraîneur français de natation et psychologue diplômée, Christine LAHANA, soutenait une thèse assez intrigante en ce domaine. Avec son mari, Jacques, elle avait repensé à deux reprises le dessin et les couleurs des nageurs de son club, l’ES Nanterre. Ceux-ci portèrent donc dans un premier temps des survêtements d’une teinte passablement hideuse au dessin d’une fantaisie inquiétante. Pourquoi ? Jacques LAHANA, que j’ai interrogé au téléphone ce 30 janvier, m’en a rappelé la motivation.

« La compétition de natation, explique-t-il en l’espèce, ne se déroule pas que dans l’eau ; il y a ce qui précède. Et ce qui précède peut procéder du simulacre ou de toute autre chose qui va nous donner si possible un avantage. On cherchait à déranger l’adversaire. Et déranger l’adversaire, cela peut se faire par des attitudes, des comportements. On avait décidé de les perturber par nos équipements. Dans un premier temps, on a opté pour des survêtements aux dessins assez insensés. Puis plus tard, on s’est dirigé vers des survêtements plus jolis. Bien entendu, on n’avait pas jeté ces survêts aux nageurs en leur disant seulement de les porter, mais on leur avait clairement expliqué à quoi ils correspondaient. » 

Jacques LAHANA n’accorde pas un caractère spécialement pernicieux à de tels comportements. « Ce sont des jeux, rien de plus, mais ils peuvent faire une différence. Par ailleurs, il ne faut surtout pas s’obnubiler sur un truc, croire que c’est ça qu’il faut faire. Les circonstances, les situations, les acteurs mêmes changent, et ces jeux doivent être renouvelés pour s’adapter aux métamorphoses de la donne. »

CINQUANTE-DEUX ANS APRÈS, SON ÉQUIPIER ET ADVERSAIRE JOHN KONRADS NE PARAISSAIT PAS S’ÊTRE COMPLÈTEMENT REMIS DES JEUX MENTAUX DE MURRAY ROSE ».

Ces renouvellements dans les « gimmicks » les rendent parfois sinon contre-productifs, du moins inopérants, dans certaine cas, et efficaces dans d’autres. Un jour, Stephan CARON, qui s’apprêtait à disputer une grande compétition (sans doute la finale des Jeux de Séoul), s’était fait approcher par Patrice PROKOP, alors DTN, qui lui avait demandé d’écouter quelque chose sur un petit magnétophone, qui s’avéra être un enregistrement de « La Marseillaise. » CARON (qui, rejoint aujourd’hui, n’a pas su se souvenir de l’anecdote, mais ne l’a pas rejetée) n’en fut pas le moins du monde transcendé, pour au moins une bonne raison: « je jouis de la double nationalité, je suis français mais aussi britannique. » Ah! Si on lui avait joué de la cornemuse, peut-être eut-il gagné?

D’un autre côté, vingt ans plus tard, les sprinteurs du relais français s’étaient fait parfois remarquer par des attitudes à l’international, entrant dans la chambre d’appel comme des furibards… et LEVEAUX chantant la Marseillaise.

Parlant de ça, on a fait grand cas, ces dernières années, des « jeux » auxquels se prêtaient et se plaisaient les Marseillais vis-à-vis de leurs adversaires. C’était semble-t-il dans ce sens perturbant, mais je crois que ce qui a pu être reproché aux nageurs marseillais, c’était de continuer ces jeux après la sélection olympique, à l’intérieur de laquelle ils paraissaient, à tort ou à raison, prêts à favoriser les Phocéens au détriment, s’il le fallait, des autres Français, et de former en quelque sorte un état dans l’état ! Mais ils pratiquaient la compétition dans l’idée qu’on s’en fait dans pas mal de sports. 

Bien entendu, on entre là dans une totale subjectivité. Si certains rites ou la propagation de croyances tendent à exclure ou à déstabiliser les « autres », il en est d’autres dont la vertu supposée est seulement agrégative. Les nageurs américains étaient fervents d’emmener de l’eau de leur piscine pour la faire couler dans le bassin de compétition. Jacques LAHANA raconte qu’il avait vu, en 1973, à Alabama procéder ainsi et en 1976, John NABER, trois médailles d’or, une d’argent et cinq records du monde lors des Jeux olympiques, récupéra en grandes pompes en présence de l’équipe US l’eau du bassin des sélections US, à Long Beach, et en baptisa les quatre coins du bassin de Montréal avant les Jeux: tout fauve territorial commence par marquer son territoire!.

Il faudrait presque un album et en tout cas un gros article pour raconter ce que l’inventif Murray ROSE pouvait imaginer hors de l’eau comme dans l’eau pour faire douter ses adversaires, et, chose la plus terrible, toujours avec un grand sourire fraternel. Cinquante-deux ans après, son équipier et adversaire John KONRADS ne paraissait pas s’en être complètement remis. Jouer avec l’adversaire était une seconde nature pour ROSE, qui avait inventé ces agréables passe-temps à l’entraînement, aux dépens de ses équipiers, pour résister à l’ennui des longues séances auxquelles le soumettaient ses coaches HERFORD en Australie, puis DALAND aux USA. Quand il le vit fonctionner à Los Angeles, Roy SAARI, double recordman du monde du 1500 mètres, s’efforça d’en faire de même, la subtilité en moins. SAARI était un colosse pas toujours des plus amènes, assez impressionnant, qui avait introduit ses manières brusques de poloiste de choc dans le monde policé de la course en ligne. Après avoir joué ainsi avec Don SCHOLLANDER, qu’il dominait d’une demi-tête, il dut admettre qu’il était tombé sur un os. SCHOLLANDER, dont le grand-père scandinave était mort peu avant, accidentellement à 105 ans, était un coriace de naissance, pas du genre à appeler sa maman, et infligea quelques belles déroutes bien senties à son belliqueux adversaire. SCHOLLANDER réserva un traitement spécial au Français Alain GOTTVALLES qui avait eu le front de battre le record du 100 mètres, puis de traiter les Américains de bourrins (qui s’entraînaient trop). Il aimait « découvrir » des faiblesses dans le style de ses adversaires les plus dangereux, comme des remarques sur leur « supposée absence de jambes », et, en finale, pendant que les autres battaient des pieds énergiquement, lui enlevait le titre ! On peut dire qu’il fit capoter le projet de SPITZ de remporter cinq ou six médailles d’or aux Jeux de Mexico en 1968, en lançant l’équipe masculine US à ses trousses…

LES RITUELS UN PEU FOUS DE GARY HALL JR COMPRENAIENT UNE SORTE DE SHADOW-BOXING ET DES « DOUBLE BICEPS À LA KING KONG !

Quatre ans plus tard, Mark SPITZ, après son triomphe de Munich (sept ors) avait raconté très sérieusement à un journaliste russe qui lui demandait si sa moustache ne le freinait pas qu’au contraire, sa moustache provoquait les glissements des fluides qui favorisaient son avance dans l’eau. « L’année suivante, j’ai vu une foule de nageurs russes et moustachus », s’amusait-il à raconter. Il convient de préciser que SPITZ avait laissé pousser ses moustaches et portait des cheveux longs pour montrer qu’il n’avait pas besoin de se raser pour battre les épilés de tout… poil de la natation mondiale.

Lors de ses rencontres avec le tsar Alexandr POPOV, l’Américain Gary HALL junior tentait des manœuvres de déstabilisation qu’on peut trouver un peu mièvres : un jour, il serait arrivé sur le bord du bassin en jouant des poings armés de gants de boxe ? Fait que je n’ai pu retrouver. Mais ses rituels un peu fous comprenaient une sorte de shadow-boxing et des « double biceps » à la King Kong ! Ce qui parait sûr, c’est que POPOV, lequel s’est moins plaint de Gary HALL que du public américain, n’a pas perdu beaucoup de courses face à Gary HALL (ou d’ailleurs à n’importe qui d’autre).

Le bluff ne paie pas toujours, et CAVIC l’apprit quand il alluma Michael PHELPS en interview. C’était la meilleure façon de réveiller le dragon assoupi et de mener PHELPS à un nouveau record du monde…

AUX TEMPS OU TOUS LES TABOUS EXISTAIENT, LES FOLLES NUITS QUI POUVAIENT COUPER LES JAMBES DU NAGEUR NE SE PASSAIENT PAS EN COMPAGNIE D’UN ÉCRAN PLAT, MAIS D’UNE PERSONNE JOLIMENT VALLONNÉE

Aujourd’hui, à l’addition  des causes favorables ou contraires à l’obtention de grands résultats, il semblerait que des différences plus importantes que celles liées à la couleur du cheval blanc d’Henri IV peuvent s’obtenir par l’usage des écrans, et plus spécialement les smartphones. Mortifiés par les échecs de leurs stars du sprint aux Jeux de Rio, les Australiens ont décidé de prendre des mesures drastiques contre ces manifestes instruments de déconcentration, sur lesquels, jurent-ils, les Cameron MCEVOY et autres Catherine CAMPBELL se seraient escrimés à longueurs de journée, voire de nuit, pour répondre aux copains et autres fans. L’aînée des CAMPBELL a même raconté dans une touchante confession quasi-psychanalytique que la prise de conscience de l’énormité du « following » de ses tweets et autres flux facebooqués, instagrammés, linquédinés, et autres, avaient fini par lui ôter tout son potentiel agressif et avaient transformé, au départ de la course olympique, la tigresse conquérante qu’elle aurait dû être en une biche terrifiée par la peur de perdre…

Triste temps de libération sexuelle ! Aux temps où tous les tabous existaient, les folles nuits qui pouvaient couper les jambes du nageur ne se passaient pas en compagnie d’un écran plat, mais d’une personne joliment vallonnée. Quelques jours avant son match titre mondial contre Oscar BONAVENA, le clan de l’Argentin essaya de mettre dans le lit de Mohammed ALI une blonde aux yeux pers. Aujourd’hui, ce serait quoi ? Un ipad ? Un ipod ? Un Mcintosh ? Un iphone 7 ?

Les Mulhousiens racontaient que Yannick AGNEL, quand il nageait chez eux, passait des nuits sur des jeux vidéo au grand dam de ses entraînements. Pour son anniversaire, Lionel HORTER lui avait offert… un réveille-matin ! Les entraîneurs français devraient-ils interdire – ou sévèrement contingenter, ou encore, à tout le moins, surveiller de très près – ces exercices du bout des doigts sur mini-claviers chez les nageurs sélectionnés internationaux ? Et offrir de l’électronique haut de gamme aux plus dangereux adversaires des Tricolores (pardon : des Bleus) ?

Dans cette toute affaire, certains n’y verront que du bleu. D’autres auront enfin l’explication d’un mystère (de la bande dessinée) : pourquoi le vilain Gargamel n’a-t-il jamais attrapé un schtroumpf ? Maintenant, je connais la réponse : c’est parce que le bleu va plus vite.

CATE CAMPBELL TOUJOURS AUSSI MONUMENTALE

CATE CAMPBELL TOUJOURS AUSSI MONUMENTALE

Eric LAHMY

Mardi 30 Janvier 2018

Cate CAMPBELL, retour de sa saison sabbatique (agrémentée, on semble l’oublier, de plusieurs incartades nagées en Coupe du monde où elle a parfois tenu la dragée haute à Sarah SJÖSTRÖM) a été l’auteur des meilleures performances des championnats des Nouvelles Galles du Sud, voici une semaine. Cate a signé trois super bons temps, sur 50 et 100 libre, et aussi sur 50 papillon, une distance qui ne paraissait pas être une de ses spécialités jusqu’ici. Elle a aussi gagné le 200 libre, qu’elle n’aime manifestement pas (« c’est trop dur ») à la demande de son entraîneur Simon CUSACK. Le coach lui fit valoir qu’un bon 200 mètres constituerait une bonne base pour le 100 mètres.

Je ne sais si Cate avait besoin de cette base, le 100 s’étant disputé avant le 200, et s’étant conclu par un formidable 52s37, à seulement trois dixièmes de son record d’Australie et du Commonwealth, 52s06, et pas si loin non plus du fabuleux 51s71 de Sarah SJÖSTRÖM, le 21 juillet dernier !

S’il reste encore une seule fille à nager « joli » dans le gotha mondial, c’est bien l’aînée des CAMPBELL ! La femme a l’air plaisamment bâtie, mais ceux qui l’ont rencontrée m’affirment qu’il y a quelque chose de maladroit, d’emprunté, dans son allure, peut-être lié à sa taille, peut-être au fait que la demoiselle correspond un peu trop bien au portrait qu’on se fait du (de la) nageur (nageuse) type : épaules très larges, bras très longs, hanches très fines. Un être posé quelque part entre une perfection et une parodie, à équidistance de la femme et du poisson. Ce n’est pas la petite sirène d’Andersen, mais la grande sirène des Antipodes.

On laissera quand même à d’autres le soin de nous signaler si cette charmante personne est aimable à regarder, mais alors dans l’eau, laissez-moi partager ma conviction de n’avoir pas souvent vu un bipède trempé dans l’eau offrir un spectacle d’une telle élégance. Ses sprints et les cent cinquante premiers mètres de son 200 de Sydney (après, il lui a fallu de battre) laissent une impression d’œuvre d’art…

Longtemps, les Australiens, qui enseignaient une nage tout sur les bras, n’ont guère été exemplaires sur le plan du style ; quand j’ai commencé à m’intéresser à ce sport, dans les années 1960, les grands stylistes s’appelaient Alain GOTTVALLES ou Don SCHOLLANDER.

Certes, il y avait une Australienne dans le coup, Dawn FRASER, et quand je dis qu’elle nageait bien, ce n’était pas des paillettes et de la nat’ synchro’, mais de la glisse, une fausse lenteur et un sacré tirant d’eau : exploit inimitable, elle fut trois fois championne olympique du 100 mètres libre.

Après, je me souviens de Mark SPITZ, d’un certain Bruce FURNISS, champion olympique du 200 mètres, et bien entendu de ce fabuleux Ian THORPE. Entre-temps, il y eut aussi Tracy CAULKINS, mais si celle-ci donnait une impression de rêve aquatique, c’était dans les quatre nages, un peu comme, trente ans plus tard Camille MUFFAT.

Je vis la Niçoise pour la première fois dans ses œuvres à Rouen, où je me rendais chaque année dans le cadre de la bourse Guy Boissière, et j’eus tôt fait de l’agréger à mon Panthéon.

Je ne sais trop si cette façon de nager est une donnée personnelle ou apprise. Sans doute un peu les deux, car on ne peut nier le phénomène d’école.

Il n’en reste pas moins… Par exemple, la sœur cadette de Catherine, Bronte CAMPBELL, qui s’entraîne pourtant depuis toujours avec elle et sous le même entraîneur, n’a pas du tout le même style, avec un rythme, une fréquence de bras élevée, et quelque chose de moins huilé que son aînée dans, par exemple, sa façon de se tourner pour respirer ; mais aussi ses départs restent assez approximatifs, alors que Cate, dont le temps de réaction est plus lent, taille oblige, n’en est pas moins celle qui sort la première de ses coulées…

Il est possible que les grands nageurs soient auto-éduqués sur le plan du style. Marc BEGOTTI, qui avait observé le très jeune Michaël PHELPS en 2004, en avait conclu que sa façon de glisser dans l’eau pouvait tenir plus à quelque chose, chez lui, de totalement personnel et sui generis, qu’à un apprentissage. Les grands nageurs appartenant aux mêmes écoles présentent toujours certaines différences : SCHOLLANDER et SPITZ, formés par George HAINES, le plus grand entraîneur de tous les temps, étaient parfaits techniquement, mais tellement différents, SCHOLLANDER très haut (trop haut) sur l’eau, SPITZ au contraire très enfoncé, SCHOLLANDER se tournait assez peu pour respirer, SPITZ basculait largement. De la même façon, quand Bruce FURNISS et Tim SHAW, élèves de Bill JOCHUMS,  détenaient en même temps, l’un le record du monde du 200, l’autre du 400 et du 1500m, tous deux étaient des modèles de technique, mais ne pouvaient se confondre dans l’eau : SHAW était une machine de précision, FURNISS, lui, paraissait mesurer trois mètres de long tant il nageait en amplitude. Et qui pourra dire que POPOV et KLIM, dirigés par TOURETSKY, semblaient être sortis du même moule? Murray ROSE, formé certes par Sam HERFORD mais entraîné par l’un des coaches les moins techniques, Peter DALAND, ne cessait, tout seul, d’opérer des changements dans sa façon de nager, pendant la décennie où il resta le meilleur demi-fondeur du monde. Au bout de huit ans, il avait gagné une minute sur son premier record du monde du 1500m… Mais il fallait pour cela être le nageur le plus cérébral qu’on ait vu dans l’eau.

Il y aurait encore beaucoup de choses à signaler autour de ce sujet. Par exemple, les phénomènes de mimétisme. Fabrice PELLERIN aimait expliquer je crois qu’Yannick AGNEL avait beaucoup appris en observant Camille MUFFAT, et Romain BARNIER que Florent MANAUDOU avait pas mal piqué dans le style (ou le non style) de BOUSQUET). Difficile de dire quelle est la part de l’entraîneur (mais elle ne doit pas être mince). Du temps où je suivais les compétitions, je me vante peut-être, mais je pouvais deviner si tel nageur, telle ondine, était entraîné par Suzanne BERLIOUX, Lucien ZINS, Georges GARRET, Marc MENAUD. Pour tout dire, il y avait aussi des éléments dont je me demandais s’il n’avaient pas échappé au charcutier du coin.

L’arrivée de THORPE signala-t-elle que les Australiens, à force de nager en culs-de-jattes, étaient en train de perdre la bataille navale, et qu’il leur fallait réinstaller les jambes dans les éléments moteurs de la glisse aquatique ? Car ils étaient allés loin dans le refus du coup de pied, dont toute une école française s’est faite l’apologue : Forbes CARLILE, quand il vit une Shane GOULD de quatorze ans s’inscrire dans son club de natation, n’eut de cesse de réduire le rendement des membres inférieurs de la gamine, et d’abaisser sa cadence de quatre ou six à deux coups par cycle de bras.

Aujourd’hui, les adeptes vieux style australien existent encore, mais il me semble qu’en crawl, ils n’existent plus guère trop. Mackenzie HORTON est un bel exemple de l’efficace d’une nage complète, où les « moteurs » avant et arrière coopèrent en intelligence pour produire une grosse performance.

ELIJAH WINNINGTON, GRAND NOM DE DEMAIN ?

En octobre dernier, Taylor MCKEOWN, l’aînée d’une autre sororité de la natation que les CAMPBELL (avec sa sœur Kaylee) a été impliquée dans une rencontre en jet-ski avec une baleine. Approcher à moins de cent mètres un de ces cétacés est interdit en Australie, où les espèces sauvages sont bien protégées, et la vidéo qu’elle a fièrement envoyée sur la toile a montré que MCKEOWN a carrément projeté son engin au-dessus de la baleine. Une enquête a donc été ouverte. C’est beau l’enthousiasme, mais le règlement, c’est le règlement.

Taylor ne s’est pas mieux sortie de sa rencontre sur 100 brasse avec Jessica HANSEN, qu’elle n’a jamais pu rattraper.

Pour ce qui concerne la petite sœur de Taylor, Kaylee, 16 ans, elle s’est plus que bien débrouillée, et gagné deux bonnes courses de dos, le 100 et le 200, ne laissant que le 50 à Minna ATHERTON.

Elijah WINNINGTON, 17 ans, pourrait être un des grands noms de demain. Il remporte 200 et 400, dans des temps il est vrai relativement modestes, devançant sur la plus longue distance le champion olympique et vice-recordman du monde, son compatriote, Mackenzie HORTON, de presque une longueur de corps. Son 200 mètres, assez lent, ne vaudrait pas d’être signalé s’il ne lui avait offert le scalp d’un autre géant, Cameron MCEVOY, à l’issue d’une course d’une irréprochable égalité d’allure. WINNINGTON le bien nommé a déjà tout : la force mentale de mener d’entrée, la capacité à conserver le train initial et un finish de sprinteur.

La natation australienne a aussi ses carences : pas un quatre nageur ou une quatre nageuse de valeur, et pas mal de faiblesses de ci et de là en-dehors de la nage libre qui est l’un e des toutes premières. Mais on en saura plus sur les capacités de « Dolphins » (nul  n’ignore que le Dolphin est le kangourou aquatique) après les sélections pour les Jeux du Commonwealth, au Gold Coast Aquatic de Southport, dans le Queensland, du 28 février au 3 mars prochain (soit cinq semaines avant les Jeux)…

Le champion olympique et du monde italien Gregorio PALTRINIERI, 3e du 400 et vainqueur du 1500 en 15’13s, achèvera son séjour australien début mars, et devrait disputer le meeting d’eau libre de Doha (première étape de la Coupe du monde 2018) le 17 mars prochain.

 

MESSIEURS.- 50 libre : 1. James ROBERTS, SOMGC, 22s04.

100 libre : 1. Cameron MCEVOY, Bond U, 48s99; 2. James MAGNUSSEN, 49s11; 3. James ROBERTS, SOMGC, 49s24.

200 libre : 1. Elijah WINNINGTON, Bond U, 1’48s59.

400 libre : 1. Elijah WINNINGTON, Bon U, 3’49s96; 2. Mackenzie HORTON, Melbourne, 3’50s93 (en série, 3’50s88); 3. Gregorio PALTRINIERI, Italie, Melbourne, 3’51s04; 4. Jack MCLOUGHLIN, Chandler, 3’51s52.

1500 libre  : 1. Gregorio PALTRINIERI, Italie, 15’13s.

100 dos : 1. Benjamin TREFFERS, SOMG, 54s61.

50 brasse : 1. Jake PACKARD, USC Spartan, 27s88.

100 brasse : 1. JaekWon MOON, Corée, 1’0s49 ; 2. Jake PACKARD, USC Spartan, 1’0s64 (en série, 1’0s11); 3. Liam HUNTER, Chandler, 1’1s10.

200 brasse : 1. Matthew WILSON, SOSC, 2’11s57; 2. Ikuma OSAKI, Japon, 2’11s71; 3. Stubblety COOK, WBAC, 2’12s03; 4. Ippei MIYAMOTO, Japon, 2’13s34

50 papillon : 1. William YANG, 23s76.

200 papillon : 1. Yuya SAKAMOTO, Japon, 1’58s05.        

DAMES.- 50 libre : 1. Catherine CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 24s15; 2. Bronte CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 24s71.

100 libre : 1. Catherine CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 52s37 ; 2. Bronte CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 53s81; 3. Emma MCKEON, GUSC, 53s98; 4. Shayna JACK, Chandler, 54s61; 5. Madison WILSON, Bond U., 54s84 (en série, 54s65).

200 libre : 1. Catherine CAMPBELL, Chandler, Brisbane, 1’58s86; 2. Madison WILSON, Bond U., 1’58s95; 3. Mikkayla SHERIDAN, SPRTN, 1’58s98; 4. Sian WHITTAKER, Melbourne Vicentre, et Gemma COONEY, Brisbane Grammar, 1’59s37. 

400 libre : 1. Jessica ASHWOOD, Chandler, Brisbane, 4’8s94; 2. Leah NEALE, USC Sprint, 4’10s59.

800 libre : 1. Jessica ASHWOOD, Chandler, 8’28s73.

50 dos : 1. Minna ATHERTON, 17 ans, Brisbane Grammar, 28s27; 2. Hayley BAKER, Melbourne Vicentre, 28s39.

100 dos : 1. Kaylee MCKEOWN, 16 ans, SPRTN, 59s67; 2. Hayley BAKER, Melbourne Vicentre, 1’0s27; 3. Minna ATHERTON, 17 ans, Brisbane Grammar, 1’0s69; 4. Sian WHITTAKER, Melbourne Vicentre, 1’0s76; 5. Madison WILSON, Bond U, 1’1s43 (en série, 1’1s13)… 10. Olivia LEFOE, Melbourne Vicentre, 1’4s79.

200 dos : 1. Kaylee MCKEOWN, 16 ans, SPRTN, 2’8s57; 2. Sian WHITTAKER, Melbourne Vicentre, 2’9s76.

50 brasse : 1. Jessica HANSEN, Nunawading, 30s85.

100 brasse : 1. Jessica HANSEN, Nunawading, 1’7s19; 1. Taylor MCKEOWN, USC Spartans, 1’7s80.

200 brasse : 1. Taylor MCKEOWN, USC Spartans, 2’25s31.

50 papillon : 1. Cate CAMPBELL, Chandler, 25s68.

100 papillon : 1. Emma MCKEON, GUSC, 57s59; 2. Seheyon AN, Corée, 58s17.

200 papillon : 1. Laura TAYLOR, Main Beach, Southport School, 2’8s11; 2. Emma MCKEON, GUSC, 2’8s32.

400 4 nages : 1. Barbo ZAVADOVA , Tchéque, 4’42s58.

AUSTRALIE : CATE CAMPBELL, 52S37, REPREND DU POIL DE LA BETE.

Lundi 22 Janvier 2018

Aux championnats des Nouvelles Galles du Sud, Cate Campbell a gagné le 100 libre en 52s37, laissant sa jeune sœur Bronte à une longueur, 53s81. Emma McKEON est 3e en 53s98. Dans la course masculine, Cameron McEVOY devance James MAGNUSSEN en 48s99 contre 49s11. En l’absence de McKEON, très occupée à nager le 200 papillon, Cate CAMPBELL a aussi gagné le 200 mètres en 1’58s86.

Autres résultats :

https://liveresults.anotherpb.com/snsw/2018LCStateOpen_013616/

COUPE DES FLANDRES A ANVERS : RAPSYS ET KOCH SE PARTAGENT LES HONNEURS

Eric LAHMY

Lundi 22 Janvier 2018

Le week-end dernier, dans le grand bassin d’Anvers, en Belgique, où se déroulait la Coupe des Flandres, Danas Rapsys, avec un temps de 1’45s35, a réalisé une grosse performance sur 200 mètres libre. Le Lituanien, âgé de vingt deux ans, tout récent champion d’Europe en petit bassin, a amélioré son record personnel de 0s43, a devancé son second de six secondes, et s’est propulsé en tête du tout neuf bilan mondial de l’année sur la distance. Il a aussi gagné à Gand le 50 et le 200 dos, ainsi que le 100 papillon.

Rapsys, aux championnats du monde de Budapest, l’été dernier, avait, sur la distance, battu à deux reprises le record lituanien, qu’il amenait à 1’46s93 en séries, puis à 1’46s56 en demis, ce qui ne lui permettait pas d’entrer en finale (10e temps). La seconde et deux dixièmes qu’il a gagné depuis sur son temps, représente un bond en avant. Elle lui aurait donné la 5e place de la finale, à Budapest, un paquet de nageurs s’étant bousculé alors dans une demi-seconde, Townley Haas, USA, 1’45s04, Alexandr Krasnykh, Russie, 1’45s23, Duncan Scott, GBR, 1’45s27, James Guy, GBR, 1’45s36, et Dominik Kosma, Hongrie, 1’45s54, derrière le Chinois Sun Yang, 1’44s39. Rapsys, en fait, s’était emparé du record lituanien en janvier 2015, en l’amenant à 1’47s90, puis en mars à 1’47s39. Mais il s’était ensuite contenté de nager en dos (23e et 21e aux Jeux olympiques de Rio).

Le vice-champion olympique belge du 100 libre Pieter Timmers fêtait ses trente ans en gagnant le 100 libre devant son compatriote Vanluchene, mais l’auteur de la meilleure performance masculine de la journée, avec Rapsys, était Marco Koch, Allemagne, sur 200 brasse.

Et côté féminin, c’est Ranomi Kromowidjojo qui se distinguait, sur 50 et 100 libre ainsi que sur 50 papillon. Son temps sur 100 libre, 53s74, équivalait, à deux centièmes près, aux 53s72 nagés à Genève, par Charlotte Bonnet.

 

MESSIEURS.- 50 libre : 1. Shinri SHIOURA, JAP, 22s04. 100 libre : 1. Pieter TIMMERS, BEL, 49s03; 2. Emmanuel VANLUCHENE, BEL, 49s49. 200 libre : 1. Danas RAPSYS, Lituanie, 1’45s35 [24s12, 50s86 (26s74), 1’18s22 (27s36), 27s13]. 50 dos : 1. Danas RAPSYS, Lituanie, 25s55. 200 dos : 1. Danas RAPSYS, Lituanie, 1’57s33. 50 brasse: 1. Arno KAMMINGA, NED,  27s40. 100 brasse : 1. Arno KAMMINGA, NED, 59s79. 200 brasse : 1. Marco KOCH, GER, 2’9s74; 2. Arno KAMMINGA, NED, 2’13s50. 50 papillon: 1. Andrii GOVOROV, UKR, 23s29. 100 papillon : 1. Danas RAPSYS, Lituanie, 52s81. 200 papillon : 1. Bence BICZO, HUN, 1’57s91.            

DAMES.- 50 libre : 1. Ranomi KROMOWIDJOJO, NED, 24s51; 2. Kim BUSCH, NED, 25s04. 100 libre: 1. Ranomi KROMOWIDJOJO, NED, 53s74. 200 libre : 1. Femke HEEMSKERK, PSV, 1’56s54. 50 dos : 1. Simona BAUMRTOVA, CZE, 28s46. 100 dos: 1. Simona BAUMRTOVA, CZE, 1’1s36. 50 brasse : 1. Fanny LECLUYSE, BEL, 31s52 (en série, 31s19). 100 brasse : 1. Fanny LUCLUYSE, BEL, 1’8s01. 200 brasse: 1. Fanny LECLUYSE, BEL, 2’27s62. 50 papillon: 1. Ranomi KROMOWIDJOJO, NED, 25s82. 100 papillon : 1. Liliana SZILAGYI, HUN, 59s04. 200 4 nages : 1. Femke HEEMSKERK, NED, 2’13s19.

ANTHONY PANNIER ARRÊTE

Lundi 22 Janvier 2018

Anthony Pannier a annoncé sur son site Facebook son arrêt de carrière.
« Depuis l’an dernier, j’ai enchaîné pas mal de problèmes physiques: épaules, abdos…aujourd’hui c’est confirmé, je ne renagerai plus et pour une fois je préfère écouter mon corps. Je pense que, après plus de 80 000 km dans l’eau, j’ai réussi à atteindre les 5 objectifs que je m’étais fixé dans ma carrière, avec comme points d’orgue les Jeux Olympiques de Londres et ma médaille aux Euros de Chartres en 2012. J’arrête donc sans regrets.

Mais je ne serai jamais loin d’une piscine car je vais en profiter pour valider mon Brevet Fédéral de 5ème niveau et continuer mon apprentissage du métier d’entraîneur.

Merci donc à tous en particulier mon père Alexis Pannier qui m’a formé et amené contre vents et marées au plus haut niveau, ma mère Nathalie Bernardi Normandin pour m’avoir soutenu dans l’ombre toutes ces années, mes grands parents Daniel Pannier et Maria Bernardi, pour le soutien sans failles, la logistique et tout le reste, mes deux sœurs pour leur énergie malgré les épreuves, Lisa Pannier Fiona, à Coralie Codevelle pour ton soutien indéfectible même dans les moments les plus durs et à Patricia et Thierry Codevelle pour leur aide précieuse, à Arnaud Rondan et Margaux Chrétien qui sont toujours là malgré la distance, à mes deux derniers entraîneurs, Philippe Lucas qui, malgré tout, m’a aidé à réaliser mon rêve et Pierre Bertin, qui a relevé le défi de m’aider à retrouver mon niveau, à Guy et Christiane Canzano pour cette aide permanente et pour votre confiance encore aujourd’hui, à Isabelle Boursier pour cette gentillesse et tous ces moments de partage qui m’aident beaucoup à avancer et à réfléchir sur moi, sans oublier Michel Bouchet, Guillaume et Kayv Mapuni pour cette énergie qui me conforte dans mon envie de faire ce métier, mais aussi à toute l’équipe de MP Aquasphere France pour votre soutien technique, matériel et surtout votre bonne humeur et votre professionnalisme (Adeline, Céline, Luca, Jean-Luc, Jeremy, Jim…)
Merci à tous ceux que je n’ai pas forcément cité mais qui ont été des acteurs de ma réussite… Alain Racary, Jonathan Richerol, Laurent Rockn’Roche, Henri Sagols.
Merci à tous, et à très bientôt…pour de nouvelles aventures… »

À GENÈVE, CHARLOTTE BONNET À SON MEILLEUR : 53s72 AU 100, VICTOIRES SUR 50 ET 200

Éric LAHMY

Dimanche 21 Janvier 2018

Créé en 1885, le club de natation de Genève, GN 1885, s’enorgueillit, après quatre tiers de siècle d’existence, d’organiser son 51e meeting (challenge international) de Genève, lequel s’est tenu ce week-end. Les finales y sont curieusement doublées, d’un côté les moins, de l’autre côté les plus de 19 ans ; pourquoi curieusement ? Parce qu’assez souvent, les plus jeunes, à cet âge, vont déjà plus vite que les plus âgés, et que ce sont ces derniers qui ont alors l’air d’être protégés.

Dans l’ensemble, on a enregistré des performances de début de saison, chose qui n’étonnera personne en janvier. A cette époque, ceux qui manquent de vitesse s’opposent à ceux qui pêchent en termes de résistance, et les pêcheurs de bons chronos ne s’y retrouvent pas. Ryosuke IRIE, étoile japonaise, nage un peu seul un honnête 200 dos, loin devant l’ex recordman du monde en petit bassin de la distance (ou son ombre ?) l’ex Russe et plus ou moins apatride Arkady VYATCHANIN, 33 ans.

Sandor NEMETH sur 100 mètres et Charlotte BONNET élèvent le niveau. BONNET en 53s72 frôle son record personnel des 100 mètres, (53s65) et passe plus vite que lors du dit record, établi à Rome le 25 juin dernier. Son temps est également un peu meilleur que celui qu’elle avait obtenu en demi-finale de la course aux championnats du monde de Budapest (mais ne lui aurait pas plus qu’alors permis d’accéder à la finale mondiale, qui se négociait autour de 53s2).

La récente championne d’Europe en petit bassin semble être en mesure de passer sans soucis d’adaptation du bassin de 25 au bassin de 50 mètres, et être capable de jouir d’une forme constante, nageant souvent très près de sa meilleure valeur, alors que, par exemple, Federica PELLEGRINI, qui lui était opposée, sur 100 mètres à Genève, restait éloignée de son niveau des mondiaux de Budapest. En revanche, sur 200 mètres, la performance de la Niçoise parait à distance de sa meilleure valeur en petit bassin, 1’52s19 à Copenhague le 16 décembre dernier, comme en grand bassin, 1’55s80. Rappelons que son record (p.b.), sur 100, est 51s71. BONNET gagne aussi le 50 et s’exhibe également en brasse et en papillon.

Deux jeunes Français se sont disputé le 1500 mètres, que le Viking Logan FONTAINE, 17 ans, champion du monde et d’Europe de fond, a remporté devant Clément BATTE, 16 ans, au sprint final, d’une main. FONTAINE, qu’entraîne aujourd’hui Damien CATTIN-VIDAL, son coach Eric BOISSIERE se trouvant arrêté par la maladie, gagnera aussi le 800 et se heurtera sur 400 à l’universitaire italo-américain D’ARRIGO. De vieux pros comme Laszlo CSEH et PELLEGRINI se distinguent plus (Cseh) ou moins (Pellegrini). Et la jeune espérance du demi-fond italien Simona QUADARELLA « triple » sans faille, sur 400, 800 et 1500 libre.

MESSIEURS.- 50 libre : 1. Nandor NEMETH, Hongrie, 22s71. 100 libre : 1. Nandor NEMETH, Hongrie, 49s29. 200 libre  1. Nandor NEMETH, Hongrie, 1’50s09 ; 2. Andrea Mitchell D’ARRIGO, Gator, USA, 1’50s31. 400 libre : 1. Andrea Mitchell D’ARRIGO, Gator, USA, 3’54s64; 2. Logan FONTAINE, Vikings Rouen, 3’56s90. 18 ans: 1. Denis LOCTEV, Israël, 3’55s57. 800 libre : 1. Logan FONTAINE, Vikings de Rouen, 8’12s18. 1500 libre : 1. Logan FONTAINE, Vikings de Rouen, 15’36s13 ; 2. Clément BATTE, Vallée de Seine, 15’36s24. 50 dos : 1. Jonathan, KOPELEV, Israël, 25s50.

100 dos : Ryusuke IRIE, Team Elite, Japon, 53s69 ; 2. Simone SABIONI, Swim Pro, 54s31. 200 dos : 1. Ryosuke IRIE, Team Elite, Japon, 1’57s40. 100 brasse : 1. Luca PIZZINI, Italie, 1’1s63. 1. Denis PETRASHOV, 17 ans, Kyrghyze, 1’1s45. 200 brasse : 1. Denis PETRASHOV, 17 ans, Kyrghyzie, 2’12s62. 50 papillon : 1. Laszlo CSEH, Hongrie, 23s83. 100 papillon : 1. Laszlo CSEH, Hongrie, 53s12. 200 papillon : 1. Laszlo CSEH, Hongrie, 1’58s59.

DAMES.- 50 libre : 1. Charlotte BONNET, O. Nice, 25s33. 100 libre : 1. Charlotte BONNET, O. Nice, 53s72; 2. Lia NEAL, USA, 54s23; 3. Federica PELLEGRINI, Canottieri, Italie, 55s17. 200 libre : 1. Charlotte BONNET, O. Nice, 1’57s70. 400 libre : 1. Simona QUADARELLA, Canottieri Aniene, Italie, 4’13s28. 800 libre : 1. Simona QUADARELLA, Canottieri Aniene, Italie, 8’33s42. 1500 libre : 1. Simona QUADARELLA, Canottieri Aniene, Italie, 16’13s82. 100 dos: 1. Carlotta ZOVKOVA, Imolanuoto, Italie,  1’1s32 ; 2. Federica PELLEGRINI, Italie, 1’1s33. 200 dos : 1. Anastasya GORBENKO, 14 ans, Israël, 2’16s53. 50 brasse : 1. Charlotte BONNET, Olympic Nice, 32s38. 100 papillon : 1. Elena DI LIDDO, Canottieri Aniene, 58s97; … 4. Charlotte BONNET, Olympic Nice, 59s60. 200 4 nages : 1. Maria UGOLKOVA, SC Uster, 2’15s27.

AUSTRALIE: KAYLEE MCKEOWN SE JOUE D’EMILY SEEBOHM SUR 200 DOS

Eric LAHMY

Lundi 15 Janvier 2018

Aux championnats open 2016 de l’état de Victoria, en Australie, qui se sont tenus entre vendredi 12 et dimanche 14 janvier à Melbourne, Emily SEEBOHM, 25  ans, a inaugurée sa douzième saison d’internationale australienne… en étant devancée de 4/100e, sur 200 dos, par Kaylee MCKEOWN, 16 ans, la jeune sœur de Taylor MCKEOWN.

Les deux rivales semblèrent vouloir nager à l’économie, ce qui donna à leurs parcours des profils de « negative split », course d’attente conclue en accélération dans laquelle on « revient » plus vite qu’on ne part. Seebohm se contenta pendant une centaine de mètres de coller à la tête de la course, mais sans mener, et n’était encore que 4e au virage de la mi-course derrière Minna ATHERTON, MCKEOWN et Sian WHITTAKER.

MCKEOWN prit alors ses distances avec une forte troisième longueur. Kaylee, 4e de l’épreuve aux championnats du monde de Budapest, n’eut plus qu’à résister au retour de son aînée. Les passages des deux premières protagonistes : MCKEOWN, 30s51, 1’4s30, 1’37s34 pour un temps de 2’8s76, soit 30s51, 33s79, 33s04, 31s42, ou encore 1’4s30 et 1’4s46 ; SEEBOHM, 30s72, 1’4s50, 1’38s09, 2’8s80, soit 30s72, 33s78, 33s59, 30s71, ou encore 1’4s50 et 1’4s30.

Ces profils de course laissent à penser que SEEBOHM aura voulu jouer avec la benjamine de la finale, et qu’elle a perdu – ou aura-t-elle voulu tester sa vitesse finale (en effet impressionnante) dans l’optique des championnats d’Australie qui qualiferont pour les Jeux du Commonwealth ?

MCKEON ET PALTRINIERI SE PARTAGENT SUR QUATRE ET QUINZE

SEEBOHM ne se laissait pas surprendre une deuxième fois sur 100 dos où, seule, elle accomplissait la distance en moins d’une minute, et approchait de 0s17 le temps réalisé à Austin le même week-end par Regan SMITH à Austin aux Tyr Series avec 59s45 contre 59s38.

 Emma MCKEON enlevait pour sa part quatre épreuves, dont trois, 100 et 200 libre et 100 papillon, dans des temps corrects, ceci malgré une douleur à une épaule.

Le jeune champion olympique du 100 mètres Kyle CHALMERS, bien revenu de son opération d’un trouble du rythme cardiaque (tachycardie supraventriculaire), a enlevé 100 et 200 mètres nage libre.

Sur 400 et 1500 mètres, Mackenzie HORTON, champion olympique du 400, rencontrait l’Italien Gregorio PALTRINIERI, vainqueur olympique du 1500 mètres, et chacun d’eux conservait son épreuve fétiche. HORTON et PALTRINIERI, qui s’entraînent ensemble, ont approché un ex-aequo sur 800 mètres… Entre-temps, les deux compères étaient allés disputer les 1200 mètres en mer de Lorne Pier, où HORTON se présentait pour la 3e fois et finissaient 2e (HORTON) et 3e, battus d’un rien par Sam SHEPPARD, sept fois vainqueur de cette course!

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Kyle CHALMERS, 49s48. 200 libre : 1. Kyle CHALMERS, 1’48s29. 400 libre : 1. Mack HORTON, 3’51s38 ; 2. Gregorio PALTRINIERI, Italie, 3’51s80; 3. David MCKEON, 3’52s04. 800m: 1. PALTRINBIERI, Italie, 7’58s27; 2. Mackenzie HORTON, 7’58s33. 1500 libre : 1. Gregorio PALTRINIERI, Italie, 15’12s96. 50 dos : 1. Benjamin TRAFFERS, 25s32; 2. Mitchell LARKIN, 25s34. 200 dos : 1. Mitchell LARKIN, 1’57s70. 50 brasse : 1. Jake PACKARD, 27s91. en séries, 27s67. 100 brasse :  1. Jaekwon LOON, Corée, 1’0s64; 2. Jake PACKARD, 1’0s85. 200 brasse : 1. Matt WILSON, 2’11s66. 200 4 nages : 1. Mitchell LARKIN, 1’59s96.

DAMES.- 100 libre : 1. Emma MCKEON, 54s69. 200 libre : 1. Emma MCKEON, 1’57s54. 50 dos : 1. Emily SEEBOHM, 28s09; 2. Hayley BAKER, 28s43. 100 dos : 1. Emily SEEBOHM, 59s45; 2. Kaylee MCKEOWN, 1’0s16; 3. Hayley BAKER, 1’0s52; 4. Minna ATHERTON, 1’0s77. 200 dos : 1. Kaylee MCKEOWN, 2’8s76; 2. Emily SEEBOHM, 2’8s80. 100 brasse : 1. Jessica HANSEN, 1’7s02. 200 brasse : 1. Taylor McKEOWN, 2’23s74. 100 papillon : 1. Emma MCKEON, 58s95.

TYR SERIES AUSTIN: ZANE GROTHE ET BINGJIE LI “TRIPLENT” SUR 200, 400 ET 800 METRES

Lundi 15 Janvier 2018

A Austin, capitale du Texas, Le programme de la natation des Tyr Series a distillé ses doublés et ses triplés habituels. Nathan Adrian a gagné 50 et 100 mètres. Sur la plus courte distance, il s’est laissé mener en séries et en demi par le jeune Michael Andrew, avant de le devancer d’un centième en finale, imposant son expérience à la fougue de l’étoile du Race Pace Club. Sur 100, le champion olympique 2012 de la distance a maîtrisé Ryan Held, le champion olympique du relais quatre fois 100 mètres des Jeux olympiques de Rio et champion du monde universitaire du 100. Zane Grothe, lui, a démontré une nouvelle fois, s’il en était besoin que le programme du demi-fond en natation incite au bégaiement : le recordman américain du mile en petit bassin gagnait le 200, le 400 et le 800 mètres. Il perdait le 1500 mètres après avoir calqué sa course sur celle du Danois Ipsen, laissant s’échapper deux Japonais, Takeda et Nakaya, qui lui prirent quatre secondes à mi-course. Grothe revint sur Nakeda, lequel lui brûla la politesse au finish.

Dans les courses féminines, la Chinoise Bingjie Li réalisait le même triplé de distances que Grothe, réalisait de bonnes courses sur les trois distances, et gagnait à chaque fois avec des avances confortables…

Chase Kalisz réussissait un triplé classique pour lui, sur 200 mètres papillon et les deux épreuves de quatre nages, et le vieux Matt Grevers, 33 ans le 26 mars prochain, surprenait Ryan Murphy sur 100 mètres dos.

Taylor Ruck emmenait une fine équipe de Canadiennes, et se multipliait, gagnant le 100 mètres libre et finissait sur d’autres podiums (2e du 100 dos, 3e des 200 libre et dos). La Chinoise Wuwei Peng signait un solide 2’8s au 200 dos et Melanie Margalis battait un record personnel de presque quatre ans sur 400 quatre nages.

MESSIEURS.- 50 libre : 1. Nathan ADRIAN, Californie, 22s08; 2. Michael ANDREW, Race Pace, 22s09. 100 libre : 1. Nathan ADRIAN, California, 48s75 ; 2. Ryan HELD, California, 49s35; 3. Daniel KRUEGER, 18 ans, Mc Farland Sparta, 49s77. 200 libre : 1. Zane GROTHE, Mvn, CA, 1’48s18. 400 libre :1.Zane GROTHE,Mvn, CA, 3’48s59;2. Anton Oerskov IPSEN,NC State U. et Danemark, 3’50s43 ; 3. Clark SMITH, Longhorns, 3’52s56. 800 libre : 1. Zane GROTHE, Mvn, CA, 7’56s69; 2. Anton Oerskov IPSEN, NC State U. et Danemark, 7’57s64. 1500 libre : 1. Shogo TAKEDA, Japon, 15’13s16; 2. Shingo NAKAYA, Japon, 15’16s87; 3. Zane GROTHE, Mvn, CA, 15’17s34; 3. Anton Oerskov IPSEN, NC State U et Danemark, 15’19s42.

50 dos : 1. Justin RESS, NC State, 25s10 ; 2. Matthew GREVERS, Tucson, 25s11. F: 1. Matt GREVERS, 24s81. 100 dos : 1. Matthew GREVERS, Tucson, 53s73 ; 2. Ryan MURPHY, California, 53s99; 3. Justin RESS, NC State, 54s43; 4. Jacob PEBLEY, California, 54s77. 200 dos : 1. Ryan MURPHY, California, 1’56s11 ; 2. Jacob PEBLEY, California, 1’56s40. 50 brasse ; 1. Andrew WILSON, Longhorns, 27s43; 2. Nick FINK, Athens Bulldogs, 27s59; 3. Zibei YAN, Chine, 27s53. F: 1. Nick FINK, 27s44. 100 brasse : 1. Zibei YAN, Chine,59s84; 2. Andrew WILSON, Longhorns, 1’0s90. 200 brasse : 1. Zibei YAN, Chine, 2’10s33; 2. Joshua PRENOT, California, 2’10s91; 3. Chase KALISZ, Athens, 2’11s21; 4. Will LICON, Longhorns, 2’11s99; 5. Nicolas FINK, Athens Bulldogs, 2’12s09; 6. Carlos CLAVERIE, Louisville, Venezuela, 2’13s34; 7. Reece WHITLEY, Penn Charter, 2’13s92. 50 papillon : 1. Jack CONGER, Nation’s Capital et Michael ANDREW, Race Pace, 23s59. F: 1. Jack CONGER, 23s37; 2. Michael ANDREW, 23s43. 100 papillon : 1. Jack CONGER, Nation’s Capital, 51s80. 200 papillon : 1. Chase KALISZ, Athens Bulldogs, 1’55s63; 2. Masayu UMEMOTO, Japon, 1’57s64. 200 4 nages : 1. Chase KALISZ, Athens Bulldogs, 1’57s50. 400 4 nages : 1. Chase KALISZ, Athens Bulldogs, 4’18s80.

DAMES.- 50 libre :1.Margo GEER, Tucson Ford Dealers, 24s91(en série, 24s83;en demi, 24s89). En séries, Taylor RUCK, Canada, 25s03. F: 1. Margo GEER, 24s90; 2. Yufei ZHANG, Chine, 24s99. 100 libre : 1. Taylor RUCK, Canada, 53s51; 2. Margo GEER, Tucson Ford Dealers, 53s74; 3. Kayla Noelle SANCHEZ, Canada, 54s71; 4. Ariana VANDERPOOL-WALLACE, Wolfpack, 54s75. 200 libre : 1. Bingjie LI, Chine, 1’56s96 ; 2. Melanie MARGALIS, Saint Petersburg, 1’58s23 ; 3. Taylor RUCK, Canada, 1’59s26. 400 libre : 1. Bingjie LI, Chine, 4’6s87 ; 2. Hannah MOORE, NC State, 4’11s48. 800 libre : 1. Bingjie LI, Chine, 8’28s98; 2. Kristel KOBRICH, Chili, 8’35s65. 1500 libre : 1. Kristel KOBRICH, Chili, 16’17s11.

50 dos :1. Olivia SMOLIGA, Athens Bulldogs, 27s98; 2.Regan SMITH, Riptide, 28s07. F: Regan SMITH, 27s85; Olivia SMOLIGA, 27s89. 100 dos : 1. Regan SMITH, Riptide, 59s38; 2. Taylor RUCK, Canada, 1’0s18; 3. Olivia SMOLIGA, Athens Bulldogs, 1’0s23; 4. Xuwei PENG, Chine, 1’0s57; 5. Isabelle STADDEN, Riptide Aquajets, 1’0s63; 6. Jade Savanah Sienna HANNAH, Island, Canada, 1’0s69; 7. Kayla Noelle SANCHEZ, Canada, 1’0s70; 8. Lisa BRATTON, Texas, 1’1s30. 200 dos : 1. XuWei PENG, Chine, 2’8s17 ; 2. Regan SMITH, Riptide, 2’8s64; 3. Taylor RUCK, Canada, 2’8s90. 50 brasse : 1. Molly HANNIS, Tnaq-SE, 30s35 (30s27); 2. Katie MEILI, New York, 30s77 (30s74); 3. Rachel NICOL, UCSC 30s92. F: Molly HANNIS, 29s71. 100 brasse : 1. Katie MEILI, New York Athletic, 1’6s49; 2. Rachel NICOL, Canada, UCSC, 1’7s70 (en séries, 1’7s66); 3. Molly HANNIS, Tennessee, 1’7s93. 200 brasse : 1. Chloe TUTTON, Swim Wales, Galles, GBR, 2’23s92; 2. Emily ESCOBEDO, Condors, 2’25s94. 50 papillon : 1. Yufei ZHANG, Chine, 26s23; 2. Amanda KENDALL, MVN-CA, 26s31; 3. Helen MOFFIT, TE-NC, 26s42.  F: Amanda KENDALL, 26s07. 2. Yufei ZHANG, 26s21. 100 papillon : 1. Amanda KENDALL, Mvn-CA, 58s29; 2. Yufei ZHANG, Chine, 58s39; 3. Rebecca SMITH, Canada, 58s72. 200 papillon : 1. Alys THOMAS, Galles, GBR, 2’9s50. 200 4 nages : 1. Sydney PICKREM, Canada, Texas A&M, 2’9s92; 2. Melanie MARGALIS, Saint Petersburg, 2’10s66; 3. Madisyn COX, Longhorns, 2’10s98. 400 4 nages : 1. Melanie MARGALIS, Saint Petersburg, 4’37s43; 2. Madisyn COX, Longhorns, 4’42s12

 

DE KATIE LEDECKY À LA COMÉDIE DES SPORTIFS DE L’ANNÉE

Éric LAHMY

LUNDI 1er JANVIER 2018

Comme je j’ai écrit hier, c’est-à-dire l’an dernier, « L’Équipe » vient d’attribuer le titre de « championne des championnes » pour 2017 à Katie Ledecky.  C’est la deuxième fois, après 2014.

Ça peut paraître bête d’avoir l’air de s’en plaindre maintenant, mais la natation n’a jamais eu beaucoup de chance avec le quotidien du sport, et entre 1975, année du début de ce palmarès international, et 2014, année où Ledecky est honorée pour la première fois, aucun nageur  n’avait été retenu. Même les quatre médailles d’or individuelles de Michael Phelps en 2004 aux Jeux olympiques d’Athènes, les cinq autres à Pékin, ou celles remportées en 2012, à Londres, n’ont suffi à passer.

Ce genre d’élections de fin d’année a d’ailleurs quelque chose d’incertain, et d’extrêmement subjectif. Comment comparer les envolées d’Usain Bolt, « l’homme le plus rapide du monde », les ippon de Teddy Riner et les revers slicés de Roger Federer ?

Que cela soit clair. Le champion des champions est d’abord le champion des stars du sport. Le vainqueur jouit au départ de la notoriété de sa pratique. Disciplines confidentielles, perdez toute espérance…  Le meilleur plongeur, le plus formidable poloïste n’aura aucune chance. La France a disposé, avec Virginie Dedieu, pendant cinq ans, de la plus grande nageuse synchronisée du monde, laquelle n’a jamais pu se prévaloir d’un seul titre de championne des championnes françaises.

L’ÉQUIPE OU LA FORTERESSE ATHLÉTISME

L’athlétisme a toujours été très vaillamment défendu par « L’Equipe ». C’est le « premier sport olympique » (d’où une bonne visibilité) et il jouit d’une réputation de « sport exact » (parce que mesurable, donc une certaine assise, une impression d’objectivité, comme la natation d’ailleurs). C’est en outre un « sport de base » (ce qui ne présente pas, en soi, un avantage).

Mais pour ce qui concerne L’Equipe, ce journal a longtemps été une forteresse de l’athlétisme. Deux des patrons de sa rédaction, Gaston Mayer et Robert Parienté, plusieurs de ses rédacteurs en chef, Marcel Hansenne, Guy Lagorce, étaient des hommes de stade. Leur influence a fait que depuis 1975, sur les 50 « champions des champions » qui ont été honorés (et un déshonoré, le Canadien Ben Johnson), 23 l’ont été dans l’athlétisme. Soit 46%. Ce qui est très bien servi. Onze d’entre eux sont issus du sprint (100 mètres et 200 mètres), sept autres sont des coureurs de demi-fond, du 800 au 5000 mètres. Ce qui nous conduit à ce constat frappant ; trente-six pour cent des élus champion(ne)s des champion(ne)s de L’Equipe sont issus des courses de vitesse pure ou prolongée. Les cinq autres ? Une sauteuse en hauteur, Rosemarie Ackermann, deux perchistes, Sergei Bubka et Renaud Lavillénie), et un triple sauteur, Jonathan Edwards.

Pas un marathonien, pas un lanceur, pas un décathlonien… Cela s’explique par le contexte dans lequel la désignation se fait. Le Champion des Champions donne parfois plus d’informations sur le jury que sur celui qu’il récompense.

QUAND LE FOOTEUX EST UN MANCHOT ET LE VÉLO UN SPORT ASSIS

L’Equipe a toujours accueilli au sein de sa rédaction diverses idéologies, concernant la valeur respective des sports, et qu’Antoine Blondin évoquait en son temps. On digressait et polémiquait à fleurets mouchetés sur la supériorité de l’athlète ou du footballeur, du cycliste (LEquipe avait les mêmes patrons que le Tour de France) ou du gymnaste, du rameur ou du judoka, etc. Les arguments pouvaient être oiseux ou passionnants, intelligents ou subtils, et chacun, inévitablement, cherchait quand même un peu à tirer la couverture à soi. Les débats entre Gaston Meyer ou Robert Parienté, chantres de l’athlétisme, avec Jacques Ferran ou Pierre Chany, aèdes du football et du vélo, mériteraient peut-être de vivre dans la mémoire du journal. Je crois pouvoir dire que les footballeurs ont été appelés « manchots » à L’Equipe. Gaston Meyer, un jour, dans un billet, traita le cyclisme de « sport assis », ce qui n’était pas un compliment, ce qui eut le don d’enrager Jacques Goddet, patron du journal et co-directeur du Tour de France !

Je n’échappais pas moi-même à la guerre des mots et un jour, ayant subi des mois durant l’humour acerbe de Marcel Hansenne (ancien recordman du monde du 1000 mètres) parce que j’avais défendu un jour dans un article la cause des lanceurs, je finis par lui répondre que la course à pied était un sport de fuyards, ce qui était certes bien envoyé mais à moitié faux…

LE MONOPOLE DU STADE

Les cinq premiers titres de champion des champions de L’Equipe entre 1975 et 1980, revinrent à des athlètes. Bien entendu, chacun des vainqueurs consacrés était de belle qualité, mais il n’en est pas moins vrai que la rédac’ chef du journal, emmenée par Robert Parienté, directeur de la rédaction, était infatuée d’athlétisme. Les vainqueurs de L’Equipe de ces années furent John Walker (1975), Alberto Juantorena (1976), Rosemarie Ackermann (1977), Henry Rono (1978), Sebastian Coe (1979). Alors ? Alors, regardons le palmarès du sport de ces années selon la chaîne de radio et de télévision BBC : 1975 : Arthur Ashe ; 1976 : Olga Comaneci ; 1977 : Niki Lauda ; 1978 : Mohammed Ali ; 1979 : Bjorn Borg, et comparons :

Le Néo-Zélandais Walker, en 1975, année où il est honoré par L’Equipe, a battu le record du monde du mile, et été élu athlète de l’année par la revue US Track and Field News ; cette année, Arthur Ashe, honoré par la BBC, a dominé le tennis mondial, battu Bjorn Borg et Jimmy Connors à Wimbledon et remporté cinq tournois majeurs. Si je devais, 42 ans plus tard, désigner le meilleur choix, je dirais, avantage : BBC.

En 1976, Alberto Juantorena réalise un exploit unique, aux Jeux olympiques, en ce qu’il gagne le 400 et le 800 mètres, à Montréal. Nadia Comaneci, elle, obtient sa fameuse note 10, la première de l’histoire de la gymnastique… Malgré mon respect pour Juantorena, je dirais encore une fois, avantage : BBC.

En 1977, Rosemarie Ackermann, première femme « champion des champions » de L’Equipe, fait passer de 1,95m à 2 mètres le record mondial du saut en hauteur féminin. Niki Lauda obtient son second sacre de champion du monde de Formule 1 et obtient le Grand Prix de l’Académie des Sports. Avantage : BBC.

En 1978, le Kényan Henry Rono s’affirme comme un grand coureur à pied ; il établit quatre records du monde, sur 3000 mètres, 3000 mètres steeple, 5000 mètres et 10.000 mètres, gagne le steeple et le 5000 des Jeux du Commonwealth, le steeple et le 10.000 des Jeux panafricains… Cette année, Mohammed Ali, malgré un net déclin athlétique, reprend le titre mondial des poids lourds à Leon Spinks. Je dirais que c’est un suffrage émotionnel de la part de la BBC, comme l’Oscar d’honneur offert à Cecil B de Mille ou à Alfred Hitchcock en fin de carrière. La direction de L’Equipe, à l’époque, n’aimait pas trop le boxeur. Avantage : L’Equipe.

En 1979, Sebastian Coe réécrit les records du monde du 800, du 1500 et du mile et devient le premier athlète au monde à détenir les trois records. Bjorn Borg, lui, reste le n°1 du tennis mondial pendant toute l’année, remporte ses quatrièmes Roland Garros et Wimbledon d’affilée. Comme toujours, il est difficile de partager de tels exploits, mais il faut admettre que (l’année où Bernard Hinault enlève son 2e Tour de France à la suite), L’Equipe reste fidèle à son instinct pedestrian… Avantage : BBC.

JE NE TROUVE PAS MIKE POWELL, ET CARL LEWIS EST CHAMPION DE L’ANNÉE

Pour parvenir à distinguer, année après année, autant d’athlètes du stade, la direction de la rédaction défendait comme un pré carré l’élection du champion des champions. Vingt années après être entré au journal, je ne savais toujours pas comment était désignée la personnalité récompensée. En 1991, « on » hésitait entre Carl Lewis et Mike Powell, qui s’étaient disputés le titre de champion du monde en longueur et avaient battu tous deux le mythique 8,90m de Bob Beamon, établi vingt-trois années plus tôt, avec 8,91m pour Lewis et 8,95m pour Powell. Je fus chargé, après avoir couvert la traversée du Pacifique à la rame de Gérard D’Abboville,  de les joindre tous deux et assez bizarrement ne pus repérer Powell qui se baladait, me disait-on, entre Philadelphie, la côte ouest et New York. Je coinçai plus facilement Lewis qui vivait et s’entraînait alors à Houston et pus le rencontrer. C’est comme ça que Carl Lewis devint notre champion des champions 1991 (et pas Powell). Mais je ne savais toujours pas qui, et comment, votait…

Des années plus tard, la direction institua que tous les employés du journal s’exprimeraient, ce qui donna un tout autre tour à la votation.

Les différences de résultats entre les palmarès de L’Equipe et de la BBC s’obtiennent après une simple traversée de la Manche. En traversant l’Atlantique, les sports mêmes changent, et on ne s’y reconnait plus. Les stars honorées au cours de ces mêmes années 1975-1979 par Sports Illustrated, s’appellent : Pete Rose (baseball, 1975), Chris Evert (tennis, 1976), Steve Cauthen (hippisme, 1977), Jack Nicklaus (golf, 1978), Terry Bradshaw (football américain) et Willie Stargell (baseball, 1979).

Pas une fois les palmarès entre L’Equipe, la BBC et Sports Illustrated ne se recoupent. On doit signaler que le champion de l’année de Sports Illustrated est ouvert à des non-américains, ce qui reste assez théorique : sur les 80 personnalités sportives désignées de 1954 à 2016, seulement huit sont étrangères, résultat qui illustre bien le degré de chauvinisme sportif des USA.

Une autre idée du sport US est représentée par le Sullivan Award, lequel récompense des athlètes amateurs, et, depuis que l’exigence d’amateurisme a disparu des règlements olympiques, des sportifs « éligibles » aux Jeux olympiques. Plusieurs nageurs y ont eu droit dans le passé, mais il est bon de noter que Katie Ledecky n’a jamais été élue. Un scandale ? Possible, même si la détentrice du Sullivan Award pour 2016, une certaine Lauren Carlini, passeuse dominatrice par sa qualité de jeu, sans être une Katie Ledecky du volley, n’a rien d’une usurpatrice  !

En 2013, le vainqueur du Sullivan est un footballeur américain Canadien, John Urshel. Non content de peser 136kg et d’avoir été un joueur de la NFL, il est considéré, selon le magazine Forbes comme l’un des meilleurs mathématiciens de notre époque. Ce personnage d’exception a récemment co-publié dans le Journal of Computational Mathematics une contribution concernant  « un réseau algorithmique en cascade de calcul du vecteur Fielder des Graphes Laplaciens ». Ne me demandez pas ce que cela veut dire, il parait que cela vaut référence. En 2014, triomphe Ezekiel Elliot, running back des Dallas Cowboys, membre des équipes de foot et de basket et athlète (sprint et haies) en scolaires. En 1975, Keenan Reynolds, football, et Breanna Stewart, basket, se partagent la tiare.

ÉLOGE DE LA SUBJECTIVITÉ

Un autre palmarès américain est offert depuis 1931 par l’agence Associated Press : trois nageurs – Don Schollander, 1964, Mark Spitz, 1972, Michael Phelps, 2008 et 2012 – et huit nageuses –Helene Madison, 1931, Katherine Rawls, 1937, Gloria Callen, 1942, Ann Curtis, 1944, Dawn Fraser, 1962, Debbie Meyer, 1969, Amy Van Dyken, 1996 et Katie Ledecky, 2017, ont été honorés… Comme pour le Sullivan, le palmarès de l’AP est censément mondial (la présence de l’Australienne Dawn Fraser en témoigne) mais presque tous les honorés sont états-uniens…

On a compris que la subjectivité pèse lourd dans ce type d’élection de fin d’année, elle en est même le facteur essentiel. Il fallut que je suive pour la première fois le Tour de France, en 1986, pour prendre la mesure de la démesure de l’effort consenti.

Je sympathisai, entre autres, avec Charlie Mottet et Eric Guyot, avec qui j’essayais d’échanger quelques mots aux départs d’étapes, et je pus mesurer, étape après étape, la dégradation physique que cette course de titans infligeait à ces copains du matin, la lassitude qu’elle inscrivait sur les visages, les épaules, dans la démarche.

Je me souviens m’être mis à relativiser l’aspect moral (ou plutôt : immoral) du dopage dans le Tour. Il m’apparut presque comme un mode de survie, alors qu’il me répugnait d’entendre que tel sprinteur, tel nageur, tel haltérophile se « chargeait ». Mais surtout, il me parut beaucoup plus évident, beaucoup plus concret, en quelque sorte, qu’un Bernard Hinault devienne champion des champions français ou que Greg Lemond soit élu meilleur sportif au monde.

Certes, bien avant 1986, j’avais parfaitement admis la grandeur des Gino Bartali, Fausto Coppi, Louison Bobet, Jacques Anquetil. Mais rendu sur les lieux du crime, je percevais mieux l’incroyable défi que constituait le Tour de France.

QUAND LASHA TALAKHADZE ARRACHE 220 KILOS, TOUT LE MONDE S’EN FICHE

De même, c’est en échappant à la chapelle olympique du journal et en travaillant sur d’autres sports que je pus apprécier pleinement les performances de tennismen, footballeurs, judokas, lutteurs, patineurs, gymnastes, admirer le caractère polyphonique de l’excellence sportive…

En effet, on ne peut se représenter parfaitement la dimension d’un exploit sportif si l’on n’y assiste pas ou, mieux, si l’on ne s’est pas essayé au sport concerné. Les jurys qui président à l’élection d’un champion au sein d’un échantillonnage multisports ont-ils, par exemple, entendu parler de l’arraché à 220kg qu’a réalisé cette saison l’haltérophile georgien Lasha Talakhadze, et pu comprendre seulement ce qu’il signifie ? Même si les pratiques dopantes en haltérophilie préviennent tout excès d’enthousiasme, et si Talakhadze, ayant été « pris » en 2013 la main dans le pot de stanozolol…

Mais passons. En face du dopage, tout le monde ne se trouve pas à égalité. Le sprinteur canadien Ben Johnson (1986) a été barré de la liste de L’Equipe pour s’être dopé en 1988, et Diego Maradona (1987), dont le palmarès de tricheur patenté ne s’arrête pas à l’absorption de stéroïdes et autres produits dopants, puisqu’il utilise « la main de Dieu » pour marquer des buts, restera sans doute inscrit à jamais. Le palmarès des vainqueurs du « sport personality » de Sports Illustrated recèle une fascinante panoplie de dopés et de drogués de la plus belle eau, issus du football américain, du basket et du baseball. Entre le « Walk of Fame » et le « Walk of Shame » athlétiques des USA (et d’ailleurs, malheureusement), la frontière n’est pas nettement tracée.

ON A EU UN PAPE POLONAIS, ET VOICI MAINTENANT UNE PAP POLONAISE

Comme souvent, la lumière nous vient d’un “petit”. L’agence polonaise PAP, n’ayant pas le poids, la réputation d’AP, AFP, ou L’Equipe, a eu l’idée de mettre dans le coup de son élection des champions sportifs, chaque année, toutes les consoeurs, 26 agences sportives européennes. De cette consultation, n’espérez pas une image plus « objective », mais, disons, une intersubjectivité assez intéressante.

  1. Cristiano Ronaldo (Portugal/football), 159 pts
  2. Lewis Hamilton (Grande-Bretagne/ automobilisme/F1), 143
  3. Roger Federer (Suisse/tennis), 124
  4. Rafael Nadal (Espagne/tennis), 113
  5. Sarah Sjoestroem (Suède/natation), 75
  6. Marcel Hirscher (Autriche/ski alpin), 68
  7. Laura Dahlmeier (Allemagne/biathlon), 51
  8.  Mo Farah (Grande-Bretagne/athlétisme), 51
  1. Chris Froome (Grande-Bretagne/cyclisme), 50
  2. Ekaterini Stefanidi (Grèce/athlétisme), 41
  3. Katinka Hosszu (Hongrie/natation), 34.

Les quatre premiers appartiennent aux trois grands sports populaires et professionnels des plus argentés, football, Formule Un automobile et tennis), le premier classé d’un sport olympique est une femme et une nageuse, Sarah Sjöström, et une autre nageuse, Katinka Hosszu se place en 11e position…

On ne sait ce que donnerait un tel sondage si on l’étendait au niveau mondial. J’aime imaginer que Katie Ledecky aurait été bien placée pour triompher, au moins une ou deux fois, ces cinq dernières années…

KATIE LEDECKY DEVIENT POUR LA 2eme FOIS « CHAMPIONNE DES CHAMPIONNES » DE « L’EQUIPE »

Eric LAHMY

Dimanche 31 Décembre 2017

Katie Ledecky est pour la seconde fois la « championne des championnes » de « L’Equipe ». Le quotidien de sport semble avoir bien mesuré le caractère exceptionnel, quelque part unique, de la nageuse américaine, pour l’honorer une seconde fois, en 2017, après l’avoir fait en 2014.

A l’occasion, le magazine propose un article intéressant de Maxime Malet qui a rencontré Katie Ledecky. Il y décrit une Ledecky telle que d’autres témoins nous la racontent, douée sans doute, mais aussi terriblement sérieuse, accrocheuse, et totalement immergée à la fois dans son sport… et dans ses études, un fait qui la distingue de tous les « professionnels » de la natation.

Cet article complète, me semble-t-il, par une touche de vécu et d’actualisation, le sujet que j’avais présenté le 2 juin 2016, la concernant, intitulé Qu’est-ce qui fait Katie Ledecky nager si vite :

http://galaxienatation.com/wp-admin/post.php?post=6335&action=edit

Il est frappant une nouvelle fois, de constater que Ledecky est honorée par un journal omnisports alors que la Fédération Internationale de Natation, pour la quatrième année consécutive, lui a préféré une autre nageuse. Ce fut en 2014, 2015 et 2016 Katinka Hosszu ; c’est maintenant Sarah Sjöström. Ledecky n’avait trouvé grâce auprès de la FINA qu’en 2013. Mais il est manifeste qu’une universitaire, quels que soient ses exploits, quelle que soit l’image qu’elle projette sur ce sport n’intéresse pas des responsables internationaux qui ont décidé que la natation serait professionnelle ou ne serait pas. Ledecky ne se prêtant pas aux jeux de la performance rétribuée (elle perdrait, selon des analystes financiers, 5 millions de dollars de contrats en ayant choisi une carrière universitaire) va à l’encontre de ces choix stratégiques qui représentent un suicide pour ce sport…

L’un des points intéressants soulevé par L’Equipe est le suivant :

« Le paradoxe de cette année 2017, c’est que si l’Américaine n’a jamais semblé aussi forte et aussi complète en matière de distances nagées, elle n’a pas battu de record du monde pour la première fois depuis 2012, et a connu sa première défaite en finale d’un grand Championnat, sur 200 m face à l’Italienne Federica Pellegrini. Le paradoxe dans le paradoxe, c’est qu’elle avait nagé plus vite (d’une demi-seconde) en demi-finales la veille, alors qu’elle venait de disputer la finale du 1 500 m vingt minutes plus tôt.« C’était finalement très intéressant pour nous en tant qu’entraîneurs, sourit Meehan. On essaie d’évaluer si cet échauffement sur 1 500 m lui a permis d’être rapide en demies du 200 m car elle était déjà bien en route, ou si elle a payé en finale du 200 m le lendemain la fatigue accumulée lors de cet enchaînement. On en a parlé, on a appris et on va s’ajuster.»

Autre point assez fascinant. Katie Ledecky, à vingt ans comme à ses débuts, avant même ses dix ans, continue d’inscrire sur des cahiers d’entraînement les temps qu’elle entend réaliser dans l’année, voire dans les années à venir.

« En début de saison, elle se fixe de manière individuelle des want times, des chronos qu’elle souhaite réaliser dans l’année sur chaque distance. La perspective de les atteindre est une immense source de motivation au quotidien. « Là, j’ai déjà une bonne idée de mes want times pour 2020, lâche-t-elle dans un nouveau petit rire. Pour 2017, c’était dur de m’en fixer à la sortie des JO. Je voulais simplement gagner dans toutes les disciplines. Là, je sais où j’en suis. Je peux fixer des temps pour 2020 mais aussi pour 2018 et 2019. J’ai pris quelques années d’avance. »

Ce n’est pas tant le nombre des titres mondiaux (14) enlevés par Katie Ledecky que le fait que ces titres sont de la nage libre, que je tiens pour l’essentiel du programme de natation, que ce sont pour l’essentiel des titres individuels (pour moi les titres de relais ne devraient pas compter), mais surtout qu’ils montrent l’étendue de son registre, puisqu’ils vont du 200 au 1500 mètres (et au 100 mètres par le biais des relais).

Bien entendu, ce n’est de nager du 200 au 1500 qui la rend exceptionnelle (cela est même assez banal), mais bien de détenir des records et de gagner des titres olympiques et mondiaux sur toutes ces distances ! Si l’on remonte dans l’histoire de la natation mondiale, on trouve relativement peu de nageuses qui en ont fait de même : Gertrude Ederle, américaine des années 1920, Hélène Madison, américaine des années 1930, Ragnhild Hveger, Danoise des années 1940, Lorraine Crapp, Australienne, en 1956, Debbie Meyer (1968), Shane Gould, Australienne, 1971-1973) ; sans le dopage des Allemandes, de l’Est, Shirley Babashoff (1972-1976), une autre Américaine, en aurait sans doute fait autant…

Précisons que Lorraine Crapp et Shane Gould avaient ajouté à leurs palmarès le record du 100 mètres…

Il convient quand même de noter que la domination de Katie Ledecky, aujourd’hui, est plus difficile à réaliser que dans le passé, surtout aux tous débuts du sport, quand les piscines étaient rares et la natation peu pratiquée.

Cela en fait une nageuse unique. Il faut remonter à 40 années pour trouver l’équivalent de Ledecky, dans l’Australienne Shane Gould, laquelle, dans un contexte moins difficile certes, seuls les USA et l’Australie développaient des programmes importants de natation, établit des records du monde dans toutes les courses, du 100 mètres au 1500 mètres. Sous cet angle, le registre de Gould était plus impressionnant que celui de Ledecky, et seule depuis, Shirley Babashoff a réussi à dominer le demi-fond en tant très compétitive sur l’épreuve de sprint prolongé qu’est le 100 mètres. En revanche, Shane Gould n’avait pas su durer…

Comment s’explique l’étendue du registre de l’Américaine ? Par l’impressionnante supériorité qui est la sienne sur ses distances fétiches, dont on ne peut dire s’il s’agit plutôt du 400, du 800 ou du 1500 mètres. Katie Ledecky a tellement poussé sa supériorité sur 400 mètres, améliorant de quatre secondes le record du monde en maillot de bain (l’Italienne Pellegrini, précédente recordwoman du monde, avait bénéficié des combinaisons de polyuréthane), avait gagné en vitesse de base de quoi inquiéter les nageuses de la distance inférieure. C’est un schéma classique, chez les nageurs de demi-fond (comme d’ailleurs chez les athlètes, les cyclistes, les patineurs de vitesse), et dans le cas de Ledecky, il eut été paradoxal qu’elle dispose d’une telle avance sur 400 mètres sans tirer son épingle du jeu sur la distance inférieure.

Je ne sais pas si cette particularité a été étudiée scientifiquement. De façon purement empirique, je dirai que la possibilité d’exceller sur  plusieurs distances est accentuée par une caractéristique de la natation. C’est un sport porté. En raison de la poussée d’Archimède, le corps ne pèse guère, dans l’eau, qu’une faible partie du poids qu’il accuse sur terre (entre 5 et 10 kilo, en fonction entre autres de la vitesse à laquelle coule un homme les poumons vides).

En outre, l’essentiel de la traction du corps du nageur se fait par les bras, dont les masses musculaires sont faibles, alors que le coureur à pied utilise essentiellement les plus gros muscles du corps (cuisses et fessiers) pour se mouvoir. Enfin la natation est un sport couché, qui plus est dans l’eau. Tous ces détails jouent dans le sens d’un ralentissement du rythme cardiaque (bradycardie). La fatigue cardiaque est donc moindre dans la nage, ce qui permet au nageur de maintenir sa vitesse à mesure que la distance parcourue augmente. En fait, pour le nageur (au moins le nageur jeune et correctement entraîné), c’est la fatigue asphyxique, plus que la fatigue cardiaque, qui est le facteur limitant de la performance.

On peut le constater quand on compare les records des distances dont les temps d’effort correspondent plus ou moins, 400 mètres et 800 mètres nage libre d’un côté, 1500 mètres et 3000 mètres course à pied de l’autre. 

Les records mondiaux de ces épreuves sont, en nage libre, au 400 : 3’56s46 (Katie Ledecky) ; au 800 : 8’4s79 (Katie Ledecky). En course à pied , au 1500 : 3’50s07 (Genzebe Dibaba) ; au 3000 : 8’6s11 (Wang Junxia).

Comme on le voit ci-dessous, la perte de vitesse au niveau des records du monde féminins fait que si le 400 mètres dames est nagé 6s39 MOINS VITE que le 1500 mètres en course à pied, sur les distances doubles, la nageuse de 800 termine son effort 1s39 AVANT la coureuse de 3000 mètres…

Ou, si l’on préfère, la perte de vitesse de la distance à la distance double est de 11s87 en natation (du 400 au 800) en natation et de 25s97 (du 1500 au 3000) en athlétisme.

Cela n’ôte rien au caractère exceptionnel du talent de Ledecky, dont ne sait pas, d’ailleurs, quelles pourraient être les limites sur 5 kilomètres, la distance la plus courte du programme d’eau libre. On ne le saura vraisemblablement jamais, car l’intéressée a fait s’avoir qu’elle… n’était pas intéressée.

Les eaux du bassin font pour l’instant son bonheur. Mais, à vingt ans, elle a tout le temps de changer d’avis.

(à suivre – prochain article : « de Katie Ledecky à la comédie des sportifs de l’année »).