CHAMPIONNATS D’ALLEMAGNE : ALEXANDRA WENK SE MET EN QUATRE

Eric LAHMY

Mardi 19 Décembre 2017

Pendant que l’équipe nationale d’Allemagne disputait à Copenhague les championnats d’Europe, non sans mérites, remportant plusieurs médailles, sans oublier des records d’Allemagne ainsi par Marco Koch et Franziska Hentke, des championnats nationaux privés de leurs étoiles se sont tenus à Berlin. Compte tenu de l’écrémage effectué en vue de Copenhague, on n’y a enregistré aucune performance marquante. Cependant, des jeunes éléments se sont distingués, et de multiples vainqueurs ont été enregistrés, chose que la natation permet plus que tous les autres sports en raison de son caractère de sport porté et du caractère irréfléchi du programme imaginé par ses dirigeants. Côté messieurs, Andreas Wiesner a réussi un triplé de titres en dos, tandis que Ramon Klein gagnait 100 et 200 papillon et 100 quatre nages. Johannes Hintze gagnait 200 et 400 quatre nages. A quinze ans, Isabel Marie Gose enlevait 400, 800 et 1500 mètres et terminait 2e du 200 mètres tandis qu’Alexandra Wenk remportait quatre titres : sur 100 et 200 papillon, 200 et 400 quatre nages, et que Jenny Mensing (dos) et Vanessa Grimberg (brasse) doublaient…

MESSIEURS.- 100 libre: 1. Andrey ARBUZOV, Neckarsulmer, 47s50.  200 libre: 1. Max NOWOSAD, Stadtwerke München, 1’45s37. 400 libre : 1. Henning MÜHLLEITNER, Neckarsulmer, 3’42s35. En finale B, Sven SCHWARZ, 15 ans, 3’50s87 (record). 800 libre: 1. Ruwen STRAUSS, Würzburg, 7’37s56; 2. Sören MEISSNER, Würzburg, 7’38s56. 1500 libre : 1. Ruwen STRAUSS, Würzburg, 14’34s47; 2. Sören MEISSNER, Würzburg, 14’43s75; … 4. Sven SCHWARZ, 15 ans, Hannover, 15’12s13 (record). 50 dos: 1. Andreas WIESNER, Stadtwerke München, 23s84. 100 dos: 1. Andreas WIESNER, Stadtwerke München, 51s22. 200 dos : 1. Andreas WIESNER, Stadtwerke München, 1’51s86. 50 brasse : 1. Wassili KUHN, Potsdamer, 27s11. 100 brasse : 1. Wassili KUHN, Potsdamer, 58s81. 200 brasse : 1. Ruben RECK, Hannover, 2’7s76. 100 papillon : 1. Ramon KLENZ, Hamburger, 51s59. 200 papillon: 1. Ramon KLENZ, Hamburger, 1’53s68; 2. Alexander KUNERT, Gelnhausen, 1’54s39. 100 4 nages : 1. Ramon KLENZ, Hamburger, 53s46.      

200 4 nages : 1. Johannes HINTZE, Potsdammer, 1’54s35. 400 4 nages : 1. Johannes HINTZE, Potsdammer, 4’5s?.

DAMES.- 50 libre : 1. Anna DIETERLE, Spandau, 24s53. 100 libre : 1. Lisa HÖPINK, Essen, 53s95. 200 libre : 1. Annika BRUHN, Saar Max Ritter, 1’55s50; 2. Isabel Marie Gose, 15 ans, Potsdam, 1’56s33; 3. Marie PIETRUSCHKA, Leipzig, 1’56s88; 4. Reva FOOS, Darmstadt, 1’56s95. 400 libre : 1. Isabel Marie GOSE, 15 ans, Potsdam, 4’6s14. 800 libre : 1. Isabel Marie GOSE, 15 ans, Potsdam, 8’26s38. 1500 libre : 1. Lea BOY, Stadtwerke Elmshorn, 16’15s49. 50 dos : 1. Joanna ROAS, München, 27s46; 2. Kim Kristin Krüger, 14 ans, SG Dortmund, 27s86. 100 dos : 1. Jenny MENSING, Wiesbaden, 58s57. 200 dos : 1. Jenny MENSING, Wiesbaden, 2’7s55. 50 brasse : 1. Anna ELENDT, 16 ans, Darmstadt, 30s64 (en série, 30s63). 100 brasse : 1. Vanessa GRIMBERG, Region Stuttgart, 1’5s76. 200 brasse : 1. Vanessa GRIMBERG, Region Stuttgart, 2’22s13. 100 papillon : 1. Alexandra WENK, München, 58s07. 200 papillon : 1. Alexandra WENK, München, 2’8s32. 200 4 nages : 1. Alexandra WENK, München, 2’10s30. 400 4 nages : 1. Alexandra WENK, München, 4’37s?

MARIE WATTEL LA FEMME QUI MONTE

Eric LAHMY

Lundi 18 Décembre 2017

Marie Wattel, argent du 100 mètres papillon derrière l’invincible Sarah Sjöström, est-elle la grande nageuse française d’avenir ? On la disait déjà, il y a deux ou trois ans, sur sa bonne mine, capable de s’imposer. Elle a pris son temps, connu des moments difficiles, ainsi l’année olympique, et… s’est mise à se reconstruire, abandonnant Nice pour Loughborough, en Grande-Bretagne. Elle qui perdait un peu de ses moyens dans le contexte impitoyable de la compétition, maîtrise beaucoup mieux ses nerfs. Ce qu’on a commencé à voir aux championnats des Etats-Unis, l’été dernier, où elle se défendit brillamment, montant sur quelques podiums et amenant son record à 57s53.

Sur 100 mètres nage libre, à Copenhague, ses progrès ont été un peu moins visibles qu’ils n’auraient dû être, derrière ceux de son aînée et ancienne équipière de Nice, Charlotte Bonnet. Mais ses 52s25 n’en constituaient pas moins un brillant résultat.

En papillon, elle n’a certes pas constitué une menace sérieuse pour Sjöström, laquelle a survolé en 55 secondes juste. D’aucuns pourront faire la fine bouche en face du résultat, la grande Suédoise ayant amené le record mondial petit bassin à 54s61, mais on se doit de comparer ce qui est comparable, et Sjöström battait à Copenhague son record p.b. des championnats d’Europe, établi deux ans plus tôt à Netanya avec 55s03. Autant dire qu’elle avait mis le paquet !

 Même si, en 55s97, Marie fut nettement devancée, elle fut la seule à pouvoir s’accrocher à la Suédoise (25s94 contre 25s67). Puis elle sut défendre son argent par un retour solide en 30s03, des griffes de la Danoise Emilie Beckmann (56s22). Autour de Sjöström, sur le podium, Wattel et Beckmann étaient les benjamines de la course, la Française ayant quatre mois de moins que la Danoise.

L’argent de Wattel indiquait une nouvelle fois que les breloques et les podiums, dans l’équipe de France, vont plutôt aux filles. Mouvement de balancier assez intrigant : après les années Laure Manaudou et Camille Muffat, nos nageuses semblaient s’être perdues pendant que les Alain Bernard, Yannick Agnel, Florent Manaudou, Camille Lacourt, Florent Manaudou et autres relais marseillais monopolisaient l’attention, et quand nos garçons semblent s’être égarés, ne voilà-t-il pas qu’elles aperçoivent une lumière au bout du tunnel ?

LE DERNIER MOT A SARAH SJÖSTRÖM

En fin de journée, Sjöström montait une nouvelle fois en haut du podium, sur 50 mètres. Il s’en fallut d’un rien, car son avance sur Ranomi Kromowidjojo ne dépassait pas le centième de seconde : 23s30 contre 23s31. La troisième de ce sprint féroce n’était autre que la championne olympique danoise Pernilla Blume, 23s49. Charlotte Bonnet, qui avait gagné le 200 et fini 4e du 100, termina à la 6e place en 23s94, achevant ainsi des championnats très satisfaisants pour elle.

Le 100 mètres libre messieurs, course de facture assez moyenne, est revenue à l’Italien Luca Dotto, 46s11, nettement devant un authentique médaillé d’argent olympique, le doyen belge de l’épreuve, Pieter Timmers (30 ans le 21 janvier prochain), 46s54 : deux sprinters d’expérience en face de Duncan Scott, vingt ans et sept mois, lui, et l’un des espoirs de la distance « reine », 46s64 ici. Dotto, dans le civil mannequin modèle sous-vêtements et lunettes d’Emporio Armani, a enflammé la course d’emblée, est passé en 22 secondes et n’a plus jamais été rejoint. Deuxième Italien après Magnani sous les 49 secondes (en grand bassin), premier Italien sous les 48, c’est désormais un « vieux » briscard, mais il a dû battre son record personnel pour gagner…

SALUT A TOI BELLE ITALIE (QUI TE PAIE LA PEAU DE L’OURS RUSSE).

C’était une belle journée italienne, car Marco Orsi, une sorte de mister Muscle à l’italienne sorti des studios de Cinecitta (1,89m, 90 kilos et que de la viande), s’est imposé au biceps sinon au forceps sur 100 mètres quatre nages, après s’être fait trimballer en papillon, puis en dos, par Sergei Fesikov. Voici deux ans, il avait gagné le 100 à Netanya, en 46s05.

Pas mal chahuté dans cette dernière journée, les Russes, qui ont dans l’ensemble dominé les championnats d’Europe chez les hommes, retrouvèrent le haut du podium quand Aleksandr Kharlanov, qui a eu jusqu’ici du mal à exister à l’ombre de ses équipiers Morozov,

Sadovnikov, Koptelov, Popkov et Pakhomov, s’est imposé sur 200 papillon en 1’50s54. Kharlanov est champion du monde petit bassin du 4 fois 100 quatre nages et termina 4e du 200 papillon à Windsor, dans l’Ontario.

Le 400 dames a été remporté par Boglarka Kapas, la Hongroise qui avait l’air de courir en vain derrière une victoire ces derniers temps et a fini par la rattraper. Kapas dut régler l’Allemande Koehler, qui l’avait joliment manœuvré sur 800 mètres, trois jours plus tôt, en s’imposant par un sprint final de 1.0s58. Kapas lui rendit la pareille, achevant son parcours (3’58s15) en 59s10. Koehler resta à une seconde, 3’59s12, tandis que Quadarella, l’Italienne, déçut, ne parvenant pas, dans sa finale, à réitérer son temps au passage des 400 de son 800 mètres (4’7s34 contre 4’6s14). Que cela ne l’empêche pas ce lundi de souffler sur les dix-neuf bougies de son gâteau d’anniversaire !

Il appartenait décidément aux Italiens de faire pleurer les Russes, ce dimanche, car sur 50 mètres dos, alors que Kliment Kolesnikov, fort de son 23s10 réussis en demi-finales, record mondial junior p.b., s’apprêtait à compléter son triomphe, après le 100 et le 200 dos, en devançant Robert Glinta, trouva un Simone Sabbioni fort inspiré sur son chemin qui lui vola la vedette, pour deux centièmes, en 23s05. Kolesnikov grignotait quand même sur son record, 23s07, et devançait… Jeremy Stravius, lequel achevait sur une bonne note un championnat d’Europe un peu décevant, et arrachait le bronze, en 23s12.

KATALIN SZOKE (1935-2017), CHAMPIONNE OLYMPIQUE DU 100 M EN 1952

Eric LAHMY

Dimanche 17 décembre 2017

Née à Budapest le 17 août 1935, la Hongroise Katalin SZÖKE, qui s’est éteinte le 27 octobre dernier à Los Angeles, en Californie, USA, s’empara en 1952, à Helsinki, du titre olympique du 100 mètres et participa au relais quatre fois 100 mètres hongrois vainqueur. Elle répéta ce double succès deux ans plus tard aux championnats d’Europe de Turin.

Fille de champions de natation, Szöke ne pouvait échapper aisément à son destin aquatique, qui fut « mise à l’eau » à l’âge de six mois et disputa ses premières compétitions à six ans ; elle fut entraînée par deux légendes du coaching hongrois, Imre Sarosi entre 9 et 11 ans, et Steffen Hunyadfi, qui furent intronisés comme elle dans le Temple de la renommée de l’International Swimming Hall of Fame.

A douze ans, « Kato » était déjà l’une des meilleures nageuses de Hongrie.

A Helsinki, son succès ne fut pas facile. Une autre Hongroise, Judith Temes, gagnait en séries en 1’5s5. La Sud-Africaine Joan Harrison, elle, avait remporté sa demi-finale en 1’6s5, et Szöke nagea le 4e temps des séries, 1’7s1, comme des demi-finales, 1’7s2. En finale, Temes, qui était très émotive, perdit ses moyens (comme quatre ans plus tôt à Londres) et ne put faire mieux que troisième de la course, en 1’7s1. Szokes gagna en 1’6s8 devant la Néerlandaise Hannie Termeulen, 1’7s. Une demi-seconde séparait les six premières.

En revanche, le relais quatre fois 100 mètres formé par les Hongroises Szoke, Temes, les sœurs Novak, domina de telle façon, avec un record du monde, qu’il fut couronné, quarante-huit ans plus tard, par l’International Swimming Hall of Fame, comme « relais du siècle ».

Katalin était la fille d’une nageuse, Katalin Szöke, et de Marton Homonnay (1906-1969), un joueur de water-polo de talent, qui avait été trois fois médaillé olympique : argent en 1928, or en 1932 et 1936. Homonnay entra dans la police et devint membre d’un parti d’obédience fasciste, la Flèche et la Croix (NYKPHM), lequel prit le pouvoir en Hongrie en 1944 et collabora avec le régime national-socialiste (nazi). A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il s’enfuit en Argentine où il fut pendant vingt ans entraîneur de water-polo à Buenos Aires. En raison de sa participation à des crimes de guerre, il fut condamné à mort en Hongrie en son absence.

Sa fille, qui, après le divorce de ses parents, en 1938, avait pris le nom de sa mère, épousa le double champion olympique de water-polo Kalman Markovits (1931-2009), mais divorça assez tôt. Katalin épousa en secondes noces un autre joueur de water-polo, Arpad Domjan.

Quand Domjan ne fut pas retenu dans l’équipe olympique qui se rendait à Melbourne, Katalin s’arrangea pour que son fiancé voyage avec lui comme « réserve ». Ce fut assez folklorique. Comme l’avion de la TAI (transports aériens intercontinentaux, une compagne française) était plein au décollage de Prague en raison de l’invasion russe sur Budapest, Domjan fut autorisé à voyager dans les toilettes ! A partir d’Istamboul, il continua son périple dans un conteneur en bois.

Katalin fut éliminée en séries du 100 mètres libre. Après les Jeux, elle demanda, comme plusieurs nageurs hongrois, l’asile politique aux USA, Budapest ayant été envahi par les chars russes. Mais les quotas d’immigration étaient atteints, et les Hongrois à l’exception d’Eva Novak qui avait rejoint de façon romantique un journaliste belge, Pierre Gérard, qui deviendrait son mari, furent livrés à eux-mêmes dans Melbourne ; ceci jusqu’à ce que le magazine Sports Illustrated raconte leur épopée. 42 membres de l’équipe hongroise de natation reçurent une invitation personnelle du président des Etats-Unis, David Eisenhower et purent émigrer.

Katalin et Domjan, qui se marièrent en 1961, « anglicisèrent » leur nom, et elle devint Katherine Domyan, employée de banque à Beverly Hills, et, jolie fille, s’essaya comme mannequin, tandis qu’il trouva du travail comme dessinateur dans un cabinet d’architecte, puis se lança avec succès dans l’immobilier. Devenue un membre actif de la communauté de Los Angeles Ouest, elle participa à diverses associations artistiques (théâtre, opéra) ou caritatives. Son enfant, Bryan, naquit en 1971 et elle fut honorée par l’ISHOF en 1985.

CHARLOTTE BONNET CHAMPIONNE D’EUROPE

Eric LAHMY

Vendredi 16 Décembre 2018

Je ne sais trop si Lison Di Martino, nageuse synchronisée de l’Aqua Club Pontault/Roissy, qui se présentait aujourd’hui au concours miss France, à Châteauroux, a fait un tabac, mais une autre nageuse, dont les mouvements aquatiques sont également synchronisés, quoique d’une autre façon, Charlotte Bonnet, notre concurrent du miss Europe qui se tient à Copenhague, n’a pas laissé passer sa chance sur 200 mètres…

Je me disais, après son cent mètres en 51s65, la veille, que si l’on répliquait ses progrès de vitesse sur 200 mètres, Charlotte Bonnet pourrait nager en-dessous de 1’53s. C’est ce qu’elle fit, de façon assez luxueuse, et gagna une course qui ne lui était pas plus promise que ça, mais où elle prit certains risques.

On savait que l’Italienne Federica Pellegrini, championne du monde à Budapest et multi-médaillée de l’épreuve dont elle détient le record mondial en grand bassin, ainsi que Sarah Sjöström, recordwoman du monde petit bassin depuis l’an passé, n’étaient pas là, et que ces deux absences déblayaient  singulièrement le terrain. Katinka Hosszu, à laquelle Charlotte s’était opposée dans le passé avec des fortunes diverses, mais pratiquement à armes égales, sur cette même épreuve, avait également évité de se montrer, étant comme à son habitude fort occupée ailleurs.

Il y avait donc une opportunité à saisir pour la Niçoise. Mais il restait Michelle Coleman, la seconde Suédoise, face à laquelle Bonnet n’avait pas toujours eu le dernier mot.

Sportivement, les deux filles sont de valeurs très proches. Aux Jeux olympiques de Rio, en finale, Coleman, 7e, avait précédé Bonnet, 8e, 1’56s27 contre 1’56s29. Aux mondiaux de Budapest, Bonnet avait retrouvé « sa » 8e place, mais Coleman avait calé, elle, en demi… La Suédoise s’est beaucoup entraînée en Australie.

Je faisais moins cas de Femke Heemskerk, 30 ans, championne olympique du relais quatre fois 100 mètres en 2008, et affublée d’un sacré record personnel, 1’51s67, formidable nageuse certes, quand l’enjeu n’est pas élevé, mais fragile dans la bataille (c’en est même râlant tant la fille a accumulé de sympathies et d’amitiés sur son passage, partout où elle a nagé, notamment en France). Or c’est Heemskerk, justement, qui se montra la plus dangereuse, et lança la course sur des bases élevées, passant en 26s32. Mais la Niçoise ne s’en laissait pas conter, qui virait dans un quasi ex-aequo, 26s36, et cherchait à prendre le train à son compte. Il fallait un certain courage pour nager son deuxième 50 en 28s33 pour un passage en 54s68, mais c’était peut-être ce qu’il fallait pour faire douter Heemskerk (28s73 et 55s02), et asséner la preuve de sa supériorité à une Coleman (28s84 pour 55s51) qui menait la chasse derrière les deux évadées mais devait trouver sa situation inconfortable.

Tout retour était impossible aux poursuivantes, car Bonnet maintenait un rythme élevé et continuait de prendre ses distances, accentuant à l’énergie sa dérive vers l’avant. Heemskerk, qui aux cent cinquante mètres n’était peut-être pas tout à fait hors du coup, n’avait plus rien en termes d’énergie pour emballer son allure et recoller. Elle ne craqua pas vraiment mais dut concéder un mètre supplémentaire à l’avance que lui avait pris la Française, et donc admettre sa victoire. Bonnet l’emportait donc devant la Hollandaise, 1’52s19 contre 1’53s41, et la Russe Veronika Andrusenko, auteur d’un fort retour, 1’53s75.

Au plan chrono, cela représente la seconde performance française en petit bassin – le record est détenu par Camille Muffat avec 1’51s65 en 2013. Mais il ne s’agissait pas de battre des records hier, mais de battre des adversaires…

Aujourd’hui, Bonnet se présente au départ du 50 mètres, avec 24s78, 21e temps d’engagement. Il va falloir renouveler les exploits !

DE LA DIFFICULTE DE S’IMPOSER : L’EXEMPLE MAXIME GROUSSET

…Voici un garçon qui monte, qui s’est bien positionné parmi les jeunes. A dix-huit ans et demi, c’est une espoir, sans être un phénomène hyperdoué à la Kliment Kolesnikov, et en tout cas c’est ce qu’on trouve de mieux sur le marché français des jeunes. Il a la chance d’être tombé sur un super-entraîneur à Amiens, Michel Chrétien, qui, après avoir animé une fière équipe autour de Jeremy Stravius, s’est inventé une nouvelle jeunesse, avec une joyeuse troupe dont les mousquetaires s’appellent  Thibaut Mary, Roman Fuchs, Thomas Avetand, Hugo Sagnes, Alexandre Derache,  Fares Zitouni, et, « last but not least »,  Maxime Grousset.

Maxime, 1,92m ou 1,93m pour plus ou moins 78 kilos selon l’heure de la journée, nage à Copenhague dans la 4e série du 100 mètres. Il gagne après une bagarre contre l’Israélien David Gamburg, en 47s89. C’est alors le deuxième temps des séries, derrière l’éclat de l’Ukrainien Sergii Shevtsov, son aîné d’un an, qui, égaré dans la première série, est allé une seconde plus vite : 46s94. On se dit que ça peut être bon, jusqu’à la sixième série, où ils sont deux qui lui passent devant, le Grec Christian Gkolomeev, 47s30, l’Irlandais Jordan Sloan, 47s84. Mais les gros bras de la distance se pressent en foules dans les trois dernières séries et les « mauvaises nouvelles » s’accumulent. Six autres le précèdent au tableau dans la septième, Konrad Czerniak, Pologne, 47s27, Nyls Kortsange, Pays-Bas, 47s33, Alessandro Miressi, Italie, 47s35, Mikhail Vekovishchev, Russie, 47s41, Christoffer Carlsen, Suède, 47s63, et Danas Rapsys, Lituanie, 47s73. Voilà notre jeune Amiénois 10e.

Dans la huitième, on en trouve six nouveaux (houlà) qui se pressent devant lui : les deux Italiens Luca Dotto, 46s81 et Lorenzo Zazzeri, 47s00, l’Ecossais Duncan Scott, 47s03, le Lituanien Simonas Bilis, 47s09, le Turc Huseyin Emre Sakci, 47s46, le Russe Ivan Kuzmenko, 47s54. Autant de places de perdues pour Maxime, 16e.

Et en voilà encore sept dans la dernière, Marco Orsi, Italie, 47s13, Pieter Timmers, Belgique, 47s40, Damian Wierling, Allemagne, 47s50, Dominik Kosma, Hongrie, 47s51, Kyle Stolk, Pays-Bas, 47s56, Nandor Nemeth, Hongrie, 47s72, Kregor Zirk, Estonie, 47s78.

Notre héros se retrouve un peu égaré à la 23e place. Certes, après cela, comme on ne garde que deux nageurs par nations dans les demis, disparaissent ainsi Sloan, Miressi, Orsi, Stolk. Le dernier qualifié en demi, c’est Nemeth, 47s72, notre garçon, lui, rate le cut de 17/100e.

MATHILDE CINI PREMIER RECORD

Qu’en penser ? Que dans certaines courses, le championnat d’Europe s’avère difficile de par le nombre considérable de nations présentes et de programmes d’excellence en places. Dans un championnat d’Amérique du Nord, énorme subcontinent deux fois et demi plus grand que l’Europe occupé par trois nations, si Grousset nageait en invité, il serait au plus mal 7e en admettant que deux états-uniens, deux canadiens et deux mexicains lui passent devant. L’éclatement de l’empire russe, de la Tchécoslovaquie, de la Yougoslavie, le découpage qui en est résulté entre 44 nations européennes, 5 nations partiellement européennes (dont la Russie et la Turquie) plus un pays (Israël) sportivement rattaché à l’Europe, dotés souvent de programmes sportifs efficients rend la vie beaucoup plus difficile.

Au bout du compte, cet embouteillage a amené Grousset à se confronter à une dure réalité : à une seconde et huit centièmes du meilleur qualifié, il n’est pas dans les seize ! Mais il est jeune et il ne lui reste plus qu’à prendre de la bouteille !!

A 20 ans, Ruta Meilutyte, elle aussi est jeune, mais pourrait passer pour une has been. Championne olympique du 100 mètres brasse à 15 ans, recordwoman du monde à seize, la Lituanienne continue de nager vaillamment, se situe à un bon niveau, mais inférieur à ce qu’il fut de par le passé. Les choses ont paru mal tourner après qu’elle se fut cassé un coude lors d’une chute à vélo, un an avant les Jeux de Rio. Le titre qu’elle vient d’enlever à Copenhague signale-t-il un retour de flamme ? Pas sûr. Mais sa victoire s’adorne d’un temps de valeur internationale correcte, 1’3s79, mais inférieure au record du monde, qu’elle co-détient en 1’2s38 avec Alia Atkinson. Meilutyte a gardé ses habitudes, de départ ultra-rapide, et passage en 29s57, devant les sept autres finalistes étagées entre 30s24 en 31s02… Retour moins exceptionnel, en 34s22, et les deux filles qui l’accompagneront finalement sur le podium lui reprenant un peu d’avance, Jenna Laukkanen, Finlande (1’4s26) en 34s01 et Jessica Val Montero, Espagne, (1’4s80) fameuse d’ailleurs pour ses fins de course, en 33s97…

Katinka Hosszu domine très largement le 200 quatre nages, exécuté en 2’4s43, temps d’une valeur inférieure à ses nombreux records (mondial et européen, 2’1s86) comme des championnats (2’2s53) mais suffisant pour l’emporter avec deux grosses longueurs sur Evelyn Verraszto, 2’8s09 et Ilaria Cusinato, 2’8s19 tandis Fantine Lesaffre finit 5e 2’8s83.

Les filles assurent décidément la présence française. Mathilde Cini, 5e en 26s47 du 50 dos que gagne, une demi-seconde devant, Katinka Hosszu, bat le record de France (Mélanie Hénique, 26s58). Sur 100 mètres dos, ses 57s73 en demi battaient sa performance d’une seconde…

UN 100 METRES PLEIN LA VUE OU KROMOWIDJOJO A ENFIN PASSÉ SJÖSTRÖM

Éric LAHMY

16 Décembre 2017

Depuis le début, il y a trois jours, des championnats d’Europe 2017 en petit bassin, qui se déroulent à Copenhague, on sentait que Sarah Sjöström, après son déluge de belles performances aux championnats du monde de Budapest et dans les meetings en petit bassin réunis sous le vocable de Coupe du monde, était un peu moins bien que d’habitude.

Fatigue bien naturelle pour la Suédoise, qui n’a pas dételé depuis plusieurs mois, et beaucoup voyagé entre l’extrême et le moyen orient où la coupe du monde dite Fina(comme dans finance) a posé ses quartiers d’automne et d’hiver. Elle a subi hier sur 100 mètres libre la loi de Ranomi Kromowidjojo. La Néerlandaise la pressait sérieusement ces dernières semaines, la menaçait sur toutes les distances où elles se rencontraient, leurs domaines d’excellence convergeant au point de se rejoindre depuis que Sjöström a abandonné ses ambitions sur 200 libre afin de se concentrer sur le sprint pur ou prolongé.

Les qualifications de cette épreuve avaient été marquées par de bonnes performances de… Charlotte Bonnet. La Niçoise, dans les séries, jeudi matin, avait nagé la distance en 52s19 dans la quatrième série, et seule Sjöström avait frôlé ce temps dans la sixième, avec 52s38. En demi-finales, Bonnet montait un peu plus en pression, et signait un 51s71 dans la deuxième demi-finale, nouveau record national petit bassin (pb) et meilleur temps de l’ensemble de la compétition.

Ce n’était plus seulement Bonnet, mais bel et bien Bonnet phrygien, qui agitait l’étendard de la révolte !

D’aucuns durent se demander si notre Charlotte nationale avait passé un palier de progression et n’était pas prête à s’attaquer aux monuments de la course. Et en effet, elle s’y attaqua, mais on ne peut pas dire qu’elle le fit victorieusement. En face d’elle, trois championnes olympiques ou du monde de sprint, Ranomi Kromowidjojo (50 et 100 mètres), Sarah Sjöström  et la Danoise Pernilla Blume  (50 mètres) faisaient bonne garde, qui lui barrèrent le chemin du podium.

Bonnet ne fut jamais réellement dans la course, ne serait-ce que parce qu’elle équilibre (très bien d’ailleurs) ses parcours et ne se distingue pas par des temps de passage mirobolants au 50.

Kromowidjojo, qui fut championne olympique à Londres sur 50 et qui montre plus que de beaux restes, se lança à vive allure et culbuta en 24s60 tout juste devant Sjöström, 24s63, et Blume, 24s70.  Bonnet, en 25s01, était cinquième, un peu derrière Femke Heemskerk.

Pour le titre, le suspense dura jusqu’au bout et Kromowidjojo, 50s95, devança Sjöström, 51s03 tandis que Blume, décrochait et se retrouvait aux abords des plaques d’arrivée, presque rejointe, 51s63 contre 51s65, par la Niçoise. Ni le record du monde de Cate Campbell, 50s25, ni celui d’Europe, 50s58, de Sjöström, ne furent le moins du monde menacés.

PROGRÈS DE CHARLOTTE BONNET ET DE MARIE WATTEL

Il n’est pas interdit de penser que les performances de Bonnet représentent un progrès absolu, un changement de catégorie, et d’aucuns ne se gênent pas pour le clamer. 51s65 en petit bassin, pour elle, valent-ils mieux que son record en grand bassin, 53s65 (en mai dernier à Strasbourg) ?

Il n’est pas sûr que ses grandes rivales, celles qui l’ont précédée à Copenhague, aient pris autant au sérieux qu’elle ces européens en petit bassin. Au plan chronométrique, ses progrès, en cette période de l’année, sont certains, même si dans sa carrière, tout laisse croire qu’elle n’accordait pas jusqu’ici autant d’importance aux courses sur un champ d’eau de 25 mètres. C’est ainsi qu’elle n’avait pas nagé les mondiaux en petit bassin l’an passé à Windsor, au Canada.

La seule fois où elle semble avoir pris l’indoor au sérieux, c’est quand, en 2012, les championnats d’Europe se tinrent à Chartres. Il faut dire que les nageurs Français furent convoqués, si l’on ose dire, manu militari. Agnel, Muffat, Stravius, Manaudou y commirent quelques dégâts… Cette année, Bonnet finit 3e du 100 et 2e du 200 derrière Camille Muffat. Sur la distance reine, elle stoppa le chrono à 53s23. L’ironie est que, cinq ans plus tard, elle nage une seconde et demie plus vite et termine une place moins bien.

Et sur 200m ? Eh ! bien c’est aujourd’hui, le 16.

Bonnet n’était pas la seule Française en finale. Marie Wattel a elle aussi réussi un parcours intéressant. La grande Montpelliéraine de Loughborough prétend récemment qu’elle ne perdait plus ses moyens en compétition. Et elle l’a prouvé : avec 52s88 en séries (5e), 52s35 en demis (4e) et 52s25 en finale (6e) elle a passé un cap. Sur son physique, sa puissance athlétique, on lui a toujours prêté des moyens, la voici à vingt ans qui est en train de rejoindre ces joyeuses prédictions.

MYKHAYLO ROMANCHUK DÉGOMME GREG PALTRINIERI, KLIMENT KOLESNIKOV CASSE LA BARRAQUE ET VICTOR MOROZOV FRÔLE MANAUDOU

Sur 1500 mètres, le styliste ukrainien  Mykhaylo Romanchuk s’est offert le scalp de Gregorio Paltrinieri à l’issue d’une démonstration d’égalité d’allure quasi horlogère, couvrant les trois 500 mètres de l’épreuve en 4’44s32, 4’44s97 et 4’45s30. Paltrinieri, deux semaines après avoir achevé un stage en Chine, avait pris le commandement des opérations,  de sa nage courte et rythmée, tandis que Romanchuk s’évertuait avec lenteur et suivait dans ce style huilé où chaque mouvement semble prolongé, lui donnant une presque étrange impression d’aisance. L’Ukrainien, avec sa fausse lenteur rejoignit le frénétique Transalpin aux 500 mètres et se mit en devoir de le décoller. Les passages de Paltrinieri, 500 par 500, 4’44s41, puis 4’49s58 et 4’59s94, témoignent de l’effondrement physique dans lequel il se retrouva vers la mi-course.  Il fut rejoint aux 1100 mètres par le Norvégien Henrik Christiansen, et il fallut que celui-ci ne soit guère bien plus fringant pour qu’il ne puisse le passer.

Les 14’14s59 de Romanchuk restaient à distance respectueuse des 14’8s06, record mondial de Paltrinieri, lequel héritait d’un modeste, pour lui, 14’22s93 ; Christiansen nageait 14’25s66 tandis que Damien Joly finissait 7e en 14’43s34.

Comme on pouvait s’y attendre après ses exploits sur 50 libre et 200 dos et son record du monde junior en 49s25 la veille en demi-finale, Kliment Kolesnikov gagna le 100 dos. Il lui fallut 48s99 (nouveau record mondial junior) pour rejoindre la plaque du mur d’arrivée, devant Simone Sabbioni, 49s68, et le Roumain Robert-Andrei Glinta, 49s99. Ce temps, c’est du très solide, car il n’a manqué à ce jeune homme de dix-sept ans que sept centièmes pour rejoindre le record du monde senior, 48s92 de Matthew Grevers.

Un autre Russe, Vladimir Morozov, frôlait pour sa part sur 50 mètres le record du monde de Florent Manaudou, vieux de trois ans, en 20s31 contre 20s28

Katinka Hosszu, après son 400 quatre nages et son 100 mètres dos, a remporté le 200 dos qu’elle a mené d’assez peu mais nettement, en 2’1s59 devant l’Ukrainienne Daryna Zevina, 2’2s27, qui sauvegardait pour sa part d’un rien son argent  en face de la superbe Italienne Margherita Panziera, laquelle, en 2’2s43, améliorait son record p.b., 2’3s15. Hosszu avait l’air bien contente de l’emporter, tant Zevina l’avait constamment serrée.

L’heure de l’Allemagne arrivait : d’abord Philip Heintz ne donna guère l’impression de dominer d’entrée son sujet sur 200 quatre nages. Il virait 8e et dernier à l’issue du papillon (25s), était 7e après le dos (53s93), remontait à la 4e place à l’issue de son parcours en brasse (1’25s96) et dégommait trois nageurs de plus dans son parcours de crawl en 26s45 pour dominer : 1’52s41.

A peine Heintz s’était-il séché que sa compatriote et presque homonyme Franziska Hentke gagnait le 200 papillon, qui devançait l’Italienne Ilaria Bianchi et Lara Grangeon. La Française, décidément, réalise un parcours intéressant à Copenhague, qui enlevait du bronze, après l’argent du 400 quatre nages. Lara, qui a montré aussi quelques dispositions pour la longue distance, a décidé, me dit-on, de rejoindre désormais le groupe d’entraînement des marathoniens de Philippe Lucas…

Sur 100 quatre nages, Katinka Hosszu, 56s97, a devancé Sarah Sjöström, 57s92, tandis que la Norvégienne Susann Bjoernssen, 59s26, a devancé la jeune Néerlandaise Marrit Steenbergen, 18 ans le 11 janvier prochain, 59s35.

VENT D’EST SUR COPENHAGUE, LA NATATION EUROPEENNE PARLE RUSSE (DE MIEUX EN MIEUX)

VENT D’EST SUR COPENHAGUE, LA NATATION EUROPEENNE PARLE RUSSE (DE MIEUX EN MIEUX)

Eric LAHMY

Vendredi 15 décembre 2017

Le Lituanien Danas Rapsys s’est promené dans le 200 mètres nage libre des championnats d’Europe 2017, avant-hier à Copenhague. Son temps ; 1’40s85, approche le record du monde petit bassin (p.b.) nagé en costume polyuréthane par l’Allemand Paul Biedermann, 1’39s37.

Rapsys, dont le record personnel, établi lors d’un des récents meetings Coupe du monde en petit bassin était de 1’42s23, avait dépassé ce temps dès les séries, nagées en 1’41s89 ; en finale, il se trouvait en tête de bout en bout, passant en 23s40, 49s02, 1’14s81, ce qui donne des temps partiels de 23s40, 25s62, 25s79 et 26s04, démontrant un léger fléchissement en fin de course. Rapsys devançait d’entrée le Russe Krasnykh, 1’42s22, vainqueur la veille du 400 mètres, redoutable stayer mais en l’occurrence dominé en termes de vitesse initiale, prenait une seconde et demie dans les carreaux aux cent premiers mètres puis ne perdait plus rien, faisant pratiquement jeu égal avec son vainqueur, 51s76  contre 51s83…

Rapsys est comme beaucoup de nageurs, un exposant également doué en dos et en crawl et on l’avait vu la veille finir 3e du 200 dos européen derrière le junior Russe Kolesnikov et le Polonais Kawecki, dans un temps de 1’49s06. De plus en plus, l’est européen s’impose sur l’ouest, et on l’a vu dans la finale suivante, où une belle bataille à trois sur 200 mètres brasse a permis aux médaillés de franchir la distance en moins de 2’2s. Le recordman du monde en petit bassin (avec 2’0s44), l’Allemand Marco Koch, pris en sandwich entre deux Russes, subit la loi du premier d’entre eux, Kirill Prigoda, lequel a mené de bout en bout et a touché en 2’1s11. Koch suivait en 2’1s52 et devançait d’un rien Mikhail Dorinov, 2’1s85, lequel Dorinov l’avait précédé avant le sprint.

Dorinov est ce genre de nageurs qui doivent se contenter de jouer les brillants « seconds couteaux » des grandes équipes [il a déjà collectionné pas mal de médailles de bronze (universiades, mondiaux en petit bassin)], mais qui sont toujours très dangereux pour les meilleurs, dans un ncontexte où presque rien ne distance le podium des non-médaillés.

Prigoda, lui, ne se présente pas. Son nom était célèbre dans la natation avant qu’il ne naisse, son père Guennadi, un formidable sprinteur de Rostov-sur-le-Don, était considéré par Guennadi Touretski comme son nageur le plus technique. La mère de Kirill, Elena Volkova, était une nageuse de brasse, finaliste olympique à Séoul en 1988, championne du monde du 200 brasse à Perth en 1991.

Deux Hongrois finirent sur le podium du 400 quatre nages, Peter Bernek, vainqueur en 3’59s47, et Gergely Gyurta, 3e en 4’3s36, devancé d’un doigt par l’Allemand Philip Heintz, 4’3s16.

Sur 100 dos dames, le podium récompensait des nageuses séparées de dix ans : Katinka Hosszu, née le 3 mai 1989, en 55s66, devançait Kira Toussaint, née le 22 mai 1994, Pays-Bas, 56s21, et Maria Kameneva, née le 27 mai 1999, Russie, 57s01… Mathilde Cini, qui avait arraché la 6e place en demi-finales de la course, fut malencontreusement disqualifiée en finale !

Les Italiens Matteo Rivolta, 49s93, et Piero Codia, 49s96, firent un et deux dans un 100 papillon hommes où moins de quatre dixièmes séparaient les sept premiers et où, seuls, ils passèrent « sous » les cinquante secondes.

Boglarka Kapas, qui visait un titre européen sur 800, a dû à l’issue d’un combat de chaque attaque de bras et de chaque battement de jambes, céder face à l’allemande Sarah Koehler. Après avoir été chahutée par Koehler qui menait de plus d’une longueur de corps (en 1’59s23 contre 2’1s37) aux deux cent mètres et menaçait de la décoller, Kapas remonta son retard et mena à son tour le train jusqu’aux 700 mètres ; mais c’est alors qu’elle perdit un peu de cadence. Le sprint de l’Allemande lui fut fatal : en 8’10s65 et 8’11s13, toutes deux devançaient largement d’une des benjamines de la finale, Simona Quadarella, qui fêtera ses dix-neuf ans le 18 décembre,  8’16s53. Deux jeunesses terminaient dans les huit,  Anastasia Kirpichnikova, Russie, née le 24 juin 2000, 5e en 8’18s44, et la Slovène Katia Fain, née le 31 août 2001, 8e en 8’27s39…

Kromowidjojo gagnait le 50 papillon en 24s78. Et participait au relais quatre fois 50 quatre nages mixte vainqueur…

INVASION RUSSE A COPENHAGUE : KLIMENT KOLESNIKOV ET ALEXANDR KRASNYKH DONNENT DU ROULEAU COMPRESSEUR

Eric LAHMY

Vendredi 15 Décembre 2017

Kliment Kolesnikov, 17 ans et demi, joue les vedettes aux championnats d’Europe en petit bassin de Copenhague. Avant-hier, il a dominé à la suite d’un duel de chaque instant le tenant du titre européen, le Polonais Radoslaw Kawecki sur 200 dos. Il a établi à l’occasion un nouveau record du monde junior en petit bassin avec 1’48s02 en battant également le record des championnats, détenu par Kawecki, 1’48s33 il y a deux ans.

Le Russe apparait comme le jeune talent d’avenir de la discipline. A Copenhague, autant sur 50 que sur 100 ou 200, il a toujours trouvé la ressource pour s’imposer, autant dire que sa palette est assez étendue pour lui permettre de s’imposer dans le sprint pur et la distance moyenne.

Sur 200, c’est sa capacité à ré appuyer, après 150 ou 175 mètres d’un train soutenu, à finir fort en étant au bord de l’épuisement, qui a marqué les spectateurs.

Comme disait Mark Spitz (je cite de mémoire), ce n’est pas le début de la course, mais la fin qui donne la victoire. Les grands nageurs sont bien souvent de grands finisseurs, et, je crois, sur toutes les distances de 200 mètres et plus, ils le sont toujours.

Les temps de passage des deux premiers donnent une idée de l’intensité de l’explication et des intentions des deux jeunes gens. Pour Kolesnikov, 25s38, 52s83 (27s45), 1’20s70 (27s87), 1’48s02 (27s32) ; pour Kawecki, 25s18, 52s33 (27s25), 1’20s27 (27s94), 1’48s46 (28s19).

Clairement, Kawecki a essayé, après cinquante mètre, de prendre l’ascendant sur son jeune rival, à qui il mène la vie dure pendant tout le temps central de l’épreuve, avant de céder, en étant incapable de maintenir son effort jusqu’au bout. Kolesnikov, lui, maintient son rythme jusqu’au bout. Il donne l’impression de passer la vitesse supérieure, mais c’est une illusion, c’est Kawecki qui n’en peut plus, et se fait d’ailleurs reprendre une coudée par le redoutable Litunanien Danas Rapsys, 27s87 pour finir en 1’49s06.

Les performances de Kolesnikov au Royal Arena de la capitale danoise sont un baume au cœur des Russes, dont le sport, ces dernières années, ne donne plus de nouvelles qu’entachées de dopage. On aimerait que la nouvelle école oublie les méthodes frauduleuses à l’honneur dans l’empire soviétique, dont le mantra préféré semblait être : « niet Dianabol, niet resultat » (pas de stéroïdes, pas de performances)…

Il faut tenter de mesurer à d’autres critères les exploits de Kolesnikov. Au plan chronométrique, son record du monde junior du 200 dos se situe à trois secondes du senior, il y a donc une certaine marge. Kliment détient par ailleurs le record mondial junior en grand bassin avec 1’55s14, et c’est une performance qu’il a réalisée aux mondiaux de Budapest, où il a fini 4e, devancé par son compatriote Evgueny Rylov, 21 ans et 1’53s61, et les Américains Ryan Murphy, 1’54s21 et Jacob Pebley, 1’55s06… Les performances en dos, particulièrement en petit bassin, sont considérablement « dopées » par l’évolution des virages (c’est pour cette raison que la vitesse de nage du dos est inférieure à celle du papillon, mais les records y sont meilleurs) ce qui fait qu’il est difficile d’établir de quels progrès témoigne son passage de 1’55s14 en grand bassin à 1’48s02 en petit bain… Jusqu’à preuve du contraire, le meilleur nageur de dos russe et mondial reste Rylov.

Kolesnikov a nagé aussi à Copenhague, cette première journée du 13, un rapide 50 mètres libre (21s24) au départ d’un relais quatre fois 50 russe, temps total 1.23s32, vainqueur, avec Vladimir Morozov, Sergei Fesikov and Mikhail Vekovishchev, tous sous les 21s lancés. Les Italiens Luca Dotto, Lorenzo Zazzeri, Alessandro Miressi et Marco Orsi prenaient l’argent, en 1.23s67, les Polonais Pawel Juraszek, Filip Wypych, Jakub Ksiazek and Konrad Czerniak le bronze en 1.24s44.

Kolesnikov fut presque un bébé nageur, puisqu’il fut emmené à la piscine à l’âge de trois ans par son propre père, qui avait nagé en son temps. Il fut formé jusqu’à l’âge de six ans en école de natation par Tatyana Evguenievna Tjugaeva, puis passa pendant dix-huit mois entre les mains d’Alekseï Akatev, qui est devenu un coach en chef de l’eau libre russe. C’est alors que son père le confia à Dmitry Gennadievich Lazarev, qui le suit depuis dix ans et en formateur avéré s’efforce de responsabiliser ses nageurs. Je n’ai pas trouvé sa taille, mais il est très grand, longiligne…

DERRIERE UNE DAME DE FER EN OR, DEUX FRANÇAISES EN ARGENT ET EN BRONZE

Les Russes pouvaient pavoiser, car outre Kolesnikov, ils plaçaient en haut d’un podium Aleksandr Krasnykh sur 400 libre. Krasnykh, à 22 ans et demi, apparut sur les podiums internationaux en 2014, quand il compléta le relais russe quatre fois 200 mètres argenté à Berlin. Après une année blanche en 2015 (absent des mondiaux de Kazan, en Russie) il se retrouva pleinement l’année de Rio. Il a effleuré ici son record personnel en petit bassin (p.b.), 3’35s30, établi l’an dernier aux mondiaux dans les basques du Coréen Park Tae-hwan, 3’34s59.

Il devance Peter Bernek, Hongrie, 3.37s14, et Henrik Christiansen, Norvège, 3.38s63.

Deux Françaises sont montées sur le podium du 400 quatre nages dames, ce qui en étonnera plus d’un. Katinka Hosszu l’emporta en 4’24s78, un temps éloigné de ses exploits sur la distance et plus encore du record du monde de l’Espagnole Mireia Belmonte, absente. Ceux qui savent compter nous assurent qu’il s’agit de son onzième titre continental dans l’épreuve en petit bassin, preuve que la fille est assidue. Privée de la présence de l’élève de Fred Vergnoux, l’iron maiden magyare n’eut aucune adversaire à son niveau. Lara Grangeon enleva l’argent dans le temps de 4’28s77, laissant Fantine Lesaffre à une longueur, mais parfaitement bronzée en 4.30s68. Aux France, douze jours plus tôt à Montpellier, Fantine avait devancé Lara, 4’32s34 contre 4’34s90.

Ruta Meilutyte, 29s36 au 50 brasse, devança la Finlandaise Jenna Laukkanen, 29s54 et Sophie Hansson, Suède, 29s77. L’Italien Fabio Scozzoli 25s62 sur la même course, devançait Kirill Prigoda, Russie, 25s68, et Adam Peaty, 25s70.

 

MANDATS PRESIDENTIELS, AGE LIMITE, SCRUTIN DE LISTE ET AUTRES REFORMES

Eric LAHMY

Mercredi 13 Décembre 2017

Dans un communiqué, la Fédération française de natation a annoncé ce mardi 12 décembre que « l’Assemblée Générale Extraordinaire de la Fédération Française de Natation, réunie le 9 décembre 2017 à Paris, a entériné à une très large majorité (plus de 73 % des voix) l’intégralité des dispositions statutaires et financières qui lui ont été présentées. »

« Désormais, continue le communiqué, il convient de retenir l’entrée en vigueur des mesures institutionnelles suivantes :

  1. Les mandats du Président de la Fédération Française de Natation sont limités à deux, qu’ils soient consécutifs ou pas.
  2. L’âge maximal de tout candidat à un poste de membre du Comité Directeur est limité à 70 ans au 1er janvier de l’année de l’élection.
  3. Le Comité Directeur est élu par chaque club affilié à la Fédération Française de Natation, au suffrage direct selon le principe : 1 licencié = 1 voix.
  4. L’élection du Comité Directeur se déroule au scrutin de liste mixte à un tour.
  5. La Fédération Française de Natation a désormais la possibilité de consulter les clubs affiliés sur tous sujets en lien avec la mise en œuvre de sa politique et/ou ses choix stratégiques. De même, plusieurs aménagements financiers entrent désormais en application avec, entre autres, la restauration des tarifs des transferts de la saison 2015-2016, plus avantageux, et surtout leur réversion intégrale au club quitté pour les athlètes en liste « Elite ».

L’ensemble de ces dispositions converge très nettement vers un objectif unique : remettre les clubs au cœur du dispositif fédéral en réformant la gouvernance de la Fédération Française de Natation et en assouplissant, à l’avantage des clubs, les règlements financiers. »

La première nouvelle importante de ce samedi est que la Fédération dispose d’une majorité pour gouverner et que l’opposition, si tant est qu’elle existe, est bien fourbue…

Les différentes décisions qui ont été prises sont d’importances diverses, certaines étant fondamentales, d’autres moins bien venues. La limitation à deux mandats présidentiels consécutifs ou pas (détail important, voir ce que la Russie a fait de cette limitation, permettant à Poutine et Medvedev de se relayer depuis 18 ans au poste suprême) évitera à l’avenir les présidences interminables. Francis Luyce, après six mandats et vingt-quatre années au poste, revendiquait une septième élection. Son successeur, Gilles Sezionale, n’espérant pas se présenter plus de deux fois (il a été élu à cinquante-neuf ans), était bien placé, pour des raisons personnelles autant qu’éthiques, de proposer une telle limitation.

La limite d’âge à 70 ans pour l’élection des membres du bureau répond au vieillissement irrésistible du bureau fédéral de Luyce, qui ne paraissait pas admettre facilement l’entrée de jeunes dirigeants et se plaisait à être entouré d’un comité directeur de sa génération. Tant et si bien qu’en mars 2017, la moyenne d’âge du Comité directeur était de l’ordre de 70 ans.

Il s’agit donc d’une réaction à ce qui ne fut peut-être pas un abus, mais représentait quand même une dérive. Je ne sais si l’art de faire des omelettes sans casser des œufs existe, mais si un comité directeur de 70 ans en moyenne n’est pas une bonne chose, la présence de quelques dirigeants de 70 ans et plus dans un panachage de générations ne m’eut pas paru néfaste. A son poste, Francis Luyce paraissait cuit, mais quelques-uns des anciens qui l’entouraient avaient toujours de la répartie…

Les élus de la chambre des représentants américaine ont en moyenne 58 ans, dans une fourchette allant de 28 ans à 84 ans, et leur job n’est pas plus facile que celui de membre du comité directeur de la FFN. En France, au Sénat, la moyenne d’âge, depuis septembre, est de 61 ans : Christine Lavarde, la benjamine, a 32 ans, le doyen d’âge, Gérard César, 82. Mais le Sénat n’est peut-être pas exemplaire ?

Si la limite d’âge reste donc à mes yeux discutable, en revanche, l’élection par les clubs selon le principe un licencié égale une voix change pour le meilleur le mode de scrutin fédéral. Jusqu’ici, le comité directeur (l’actuel comme les précédents) reste l’émanation d’une poignée de dirigeants régionaux à la fragile légitimité.

Le scrutin de liste mixte me parait être une innovation sans l’être. Au fond, il a toujours existé des listes de par le passé, à la différence qu’elles n’avaient rien d’officiel. C’étaient des dirigeants qui partageaient les mêmes idées, faisaient corps et se présentaient ensemble. Disons qu’on a formalisé quelque chose qui fonctionnait peu ou prou de façon naturelle. Autant dire qu’il s’agit d’une réforme passablement inutile dont la seule qualité est de se situer dans l’air du temps.

En revanche, la possibilité de consulter les clubs (sa base) par la fédération devrait permettre aux huiles fédérales de vérifier que leur politique a l’assentiment de tous.

Et l’abandon par la Fédération et les comités régionaux de la part du lion qu’elles captaient sur les transferts des « élites » est une mesure symbolique qui répond à une promesse de l’équipe actuelle.

RICHARD MARTINEZ: « DES MINIMA LOGIQUES ET COHERENTS »

Dimanche 10 Décembre 2017

SUITE À MON ARTICLE D’HIER SUR LES MINIMA (intitulé : l’abandon de la rigueur dans les minima français est bien confirmée), RICHARD MARTINEZ, DIRECTEUR TECHNIQUE NATIONAL ADJOINT CHARGÉ  DE LA NATATION, M’ÉCRIT POUR DÉFENDRE SON PROJET. COMPTE TENU DE L’IMPORTANCE DE CE QUE L’AUTEUR DE CE PROJET EXPRIME SA VISION, ET POUR LUI DONNER LE MAXIMUM DE VISIBILITÉ, CE TEXTE QUI AVAIT ATTERRI EN COMMENTAIRES DEVIENT UN ARTICLE. JE ME SUIS PERMIS D’Y RÉPONDRE NON POINT POUR LE CONTRER, MAIS BIEN POUR DÉFINIR LES LIMITES DE MES ARTICLES DANS CE BLOG. SELON L’EXPRESSION CONSACREE, LES INTERTITRES SONT DE LA REDACTION.E.L.

RICHARD MARTINEZ : « NE CONFONDONS PAS CHAMPIONNATS D’EUROPE ET DU MONDE »

Je trouve que vous y aller un peu fort quand vous dîtes : « Si on les compare aux résultats des Europe 2014, des Europe 2016 ou des mondiaux de Budapest, on s’aperçoit que l’idée de minima durs, l’une des croyances de Claude Fauquet, a été proprement bazardée. »

Bien entendu les minimas demandés ne souffrent pas la comparaison avec le niveau mondial, mais les championnats d’Europe constituent une confrontation continentale et non intercontinentale, il nous a donc semblé logique et cohérent d’évaluer et dynamiser nos forces à l’aune de cette première réalité et difficulté, avant de s’attaquer aux plus hauts sommets mondiaux et olympiques.

À bien y regarder, les minimas proposés pour les épreuves individuelles ne me semblent pas aussi faciles que vous voulez bien le laisser croire :

  1. ceux-ci ont été établis sur la base du 12ème meilleur temps des séries des deux derniers Championnats d’Europe (Berlin 2014 et Londres 2016) pour les épreuves de 50, 100, 200 NL et 100 & 200 m de spécialité, 200 4N inclus, du 10ème meilleur temps des séries pour les 400, 800, 1500 NL (excepté pour les filles où nous sommes alignés sur le temps de sélection proposé par l’Eau Libre) et 400 4N, et le 8ème meilleur temps des séries pour les 50 de spécialité (car nous ne souhaitions pas étoffer notre sélection au bénéfice de nageurs qui ne pourront pas participer au JO au titre de ces épreuves),
  2. ils sont à réaliser en série, ce qui est une première en matière d’exigence concernant notre discipline ; il y a eu par le passé des temps imposés en série mais jamais ne correspondant à ceux imposés à réaliser en finale pour se qualifier.
  3. cette condition bien que nécessaire, ne suffit pas, puisque l’après-midi il est demandé aux nageurs et nageuses ayant satisfait à cette première condition de se classer en finale dans les quatre premier(e)s pour valider définitivement leur sélection.

Quant aux épreuves de relais je vous laisse le soin d’apprécier la différence, il n’y en avait pas, puisque la règle de sélection était la suivante : « L’ensemble des relais, dames, messieurs et mixtes seront engagés aux championnats d’Europe. »

Pour une analyse un peu plus objective des critères que nous avons proposés concernant Glasgow 2018, je suis près à vous joindre, si vous voulez bien me communiquer une adresse mail, quelques chiffres comparatifs entre ces derniers et ceux de Berlin 2014. A la lecture des écarts chronométriques observés je ne pense pas que nous soyons dans « l’abandon de la politique des minima forts voulue par Claude Fauquet » si tant est que notre devoir et notre salut soient de s’y tenir. Car vous noterez bien que pour Berlin, outre le fait que les temps de qualification demandés étaient à réaliser en finale, il y avait de surcroit en fonction de l’âge des nageurs deux grilles de minimas pour se qualifier, ce qui de fait rendait ces critères beaucoup plus faciles que ceux aujourd’hui, que vous qualifiez de laxistes s’agissant de Glasgow.

De mon point de vue, à deux ans des JO 2020, il y a nécessité de confronter nos meilleurs nageurs au niveau international, c’est le moment de laisser une équipe se construire et c’est également un moment clé dans l’olympiade pour susciter de nouvelles ambitions, capter de nouveaux talents en vue des JO de Paris… après il sera trop tard. Qui se souvient me disait Denis Auguin, qu’Alain Bernard a connu sa première sélection en grand bassin en 2006… avant d’être champion olympique en 2008.

Je ne pense pas que les règles de sélection telles que nous les avons définies, soient une formalité pour tous nos nageurs et nageuses, et si tel était le cas, nous serions pleinement satisfaits qu’il en soit ainsi, car cela voudrait dire que nous sommes sur la bonne voie s’agissant de nos objectifs pour les prochaines échéances olympiques à venir : Tokyo et Paris.

Personnellement je suis toujours ouvert à la critique quand celle-ci est objective, mais dans le cas présent cela m’est vraiment difficile.

Richard MARTINEZ

LES MINIMA EN SERIES CHANGENT EN EFFET QUELQUE CHOSE

Bonsoir Monsieur Martinez,
Je sais qu’il n’est rien de plus impoli que de rebondir sur un droit de réponse. Cela dit, j’utilise cette prérogative non point pour me donner le dernier mot, mais pour expliciter mon article initial à la lumière de vos judicieuses explications.

Sachez d’abord que j’ai beaucoup d’estime pour vous, que vous avez accumulé beaucoup d’estime de la part de tous ceux qui oeuvrent dans la natation, et que cette estime, vous l’avez méritée par votre incontestable carrière.

Je vous remercie ensuite pour cette réponse que je range dans la catégorie: polémique polie!

Il me semble également important de dire que je puis passer au tamis critique un mode de sélection sans prétendre à l’objectivité ni même être sûr d’en saisir pleinement l’intelligence. Si je donne parfois l’impression de me croire infaillible, je puis vous dire qu’il n’en est rien. C’est un mode de l’expression écrite qui veut ça. Si vous m’aviez devant moi et si je vous disais mes sentiments, vous sentiriez mes doutes. Je ne prends presque jamais mes articles comme des codes de lecture incontournables : à un moment je les lâche dans la nature avec l’impression d’avoir dit ce que je voulais dire. Mais en l’occurrence, il s’agit d’ESSAIS, au sens premier du terme, de tentatives de comprendre la vérité, mais bon moi aussi je me plante (sans doute plus que vous d’ailleurs).

Je suis donc très conscient de la fragilité du témoignage journalistique.

Je suis d’accord avec le fait que ces minima, étant exigibles en séries, changent pas mal de choses (même s’ils n’en restent pas moins des minima dans l’ensemble plus abordables que ceux du temps dont je fais l’éloge). Sauf me semble-t-il encore en demi-fond, mais peut-être est-ce en raison de ce que je les ai comparés aux Europe 2014 (trop près des Jeux olympiques, les Euros 2016, comme ceux des autres années olympiques, me semblent assez dévalués) et que le demi-fond européen a beaucoup progressé depuis, rendant les places en finales plus chères ?

J’avais également noté que les accès aux courses non-olympiques étaient plus difficiles, ce qui me parait une bonne chose, comme vous le soulignez : ces courses ne préparent pas aux Jeux olympiques.

Je n’ai pas examiné dans mon article les risques que ces minima du matin feraient courir d’une sélection compliquée comme par exemple quelqu’un qui ferait les minima en séries et se ferait battre en finale par quelqu’un qui ne les aurait pas fait, avec tous les regrets et les sentiments que cela pourrait faire naître. Disons que je sens la possibilité d’ennuis, mais bien entendu d’ennuis dont on ne sait pas précisément lesquels avant qu’ils se produisent… et dont je souhaite, bien entendu encore, qu’ils ne se présenteront pas. On touche du bois.

Dans ce cas là, je suis tout à fait sûr que vous serez l’homme de la situation et que vous saurez décider pour le mieux dans l’intérêt des nageurs et de l’équipe. Même si je ne représente que moi-même, j’ai confiance en vous et en votre intégrité (et je ne crois pas être le seul de cet avis). Cela aussi je tiens à le dire.

Je crois aussi saisir l’intérêt de cette démarche qui est la vôtre, et peut-être aussi le caractère de réponse à un sentiment que j’éprouvais quand les championnats de France voyaient leur sens « bouffé » par les minima. J’ai encore cette image d’Anna Santamans, en 2016, battant son record sur 50 aux France, gagnant le titre national et offrant une mine attristée après avoir vu qu’elle avait raté les minima olympiques de centièmes ! Et cette idée qui m’a traversé : je n’aime pas voir ça.

Mettre les minima en séries, c’est effectuer les sélections le matin, et rendre la parole aux championnats le soir en finale. Je ne sais pas si c’est dans votre intention, mais je puis y ajouter cette grille de lecture (à tort ou à raison). Et trouver que cela peut être une bonne chose… Enfin, c’est intéressant. Je suis curieux de voir ça: cette libération du nageur de compétition, et non plus de performance, dans la finale.

Il y a aussi que si je prétends que les minima difficiles ont été abandonnés (pas tant que ça, selon vous) et que si je rappelle l’importance qu’ils ont eu, a-t-on dit, dans la relance de la natation française en 2001 (confère l’éclat Maracineanu) et après, et malgré le ton que j’ai employé, fautivement d’ailleurs, je vous donnerai toujours raison de chercher autre chose. Je suis d’accord que j’aurais dû vous parler AVANT d’écrire cet article ce qui nous aurait évité une commotion.

Rapport à ces minima, Fauquet lui-même n’avait-il pas évoqué une fois l’idée que la natation française pourrait un jour s’en passer ?

Le seul point sur lequel j’hésite à vous donner raison est celui concernant le caractère des championnats d’Europe. Bien sûr, c’est une compétition continentale, et non intercontinentale. Mais je me permettrai de vous dire que j’ai comparé vos minima à la compétition qui se préparait. On ne sait jamais parfaitement ce qu’on va avoir devant soi, (et, étant depuis toujours un fieffé ratiocineur, je me souviens d’avoir un jour beaucoup fâché Patrice Prokop qui n’avait pas sélectionné un relais féminin dont il apparut après la bataille qu’il était compétitif pour une médaille européenne) mais c’est bien par rapport à la compétition européenne que j’ai mesuré la « difficulté » des minima français et que je les ai trouvé, peut-être ai-je faux, « en dents de scie ».

Quoiqu’il en soit, il me reste à vous souhaiter bonne chance, ainsi qu’à la natation française, et à espérer que les nageurs fassent des étincelles.

Bien à vous

Eric LAHMY

L’ABANDON DE LA RIGUEUR DANS LES MINIMA FRANÇAIS EST BIEN CONFIRMEE

Éric LAHMY

Samedi 9 Décembre 2017

Les minima français pour la saison prochaine sont connus. Pour résumer, ils sont assez faiblards pour les championnats d’Europe de Glasgow, en Ecosse (3-12 août 2018), sommet de la saison pour l’équipe nationale. Si on les compare aux résultats des Europe 2014, des Europe 2016 ou des mondiaux de Budapest, on s’aperçoit que l’idée de minima durs, l’une des croyances de Claude Fauquet, a été proprement bazardée.

Vue d’ici, l’équipe de France sera nombreuse et peu compétitive. Le niveau moyen demandé lors des épreuves entrant dans la sélection varie entre une possibilité de finale et une possibilité de demi-finale. Pour une raison que j’ignore, les courses où l’accès à la sélection seront les plus difficiles (et proches des caractéristiques voulues par Fauquet dans le passé) sont les 400 libre, 800 libre, 1500 libre, 50 dos, 50  brasse et 50 papillon messieurs et le 50 brasse dames. Ils sont en revanche assez relâchés sur 50, 100 et 200 libre, 100 brasse, 100 papillon et 200 quatre nages messieurs, et sur 50 libre, 200 libre, 100 dos, 100 brasse, 100 papillon, 200 papillon et 200 quatre nages dames.

DES MINIMA EN DENTS DE SCIE !

Ces minima semblent voyager entre une possibilité de finale (rarement) et un espoir de demi-finale (souvent) et ils devraient donner lieu à sélection d’une équipe de France aux valeurs incertaines, au regard du haut niveau mondial.

Les minima des relais, assez laxistes, rajouteront à cette impression d’une équipe qui sera présente certes, mais pas dans la compétition. On peut parier que tous les relais iront aux Europe de Glasgow, mais pas qu’ils seront de bonne valeur. Dès aujourd’hui, j’imagine nageurs et entraîneurs, ayant regardé ces minima, se dire : bon, c’est fastoche, on va se qualifier sans peine…

L’abandon de la politique des minima forts voulue par Claude Fauquet n’est pas une nouveauté. Beaucoup trop de petits intérêts personnels allaient à son encontre. Tel nageur que son club voulait emmener pour faire croire à son sponsor que son argent avait bien été investi. Le nageur ne valait pas le déplacement ? Il avait été sélectionné : mot magique…

Fauquet en faisait une pierre angulaire de sa politique : ne qualifier que les compétitifs, les finalistes, les « médaillables », c’était, pour lui, à la fois « dire la vérité aux nageurs » et produire une natation conquérante ; et qualifier plus facilement, c’était tourner le dos à une politique ambitieuse. Depuis 2009, on a patiemment détricoté tout cela, par faiblesse, par calcul ou par démagogie. On n’a peut-être pas volontairement menti, ou triché, mais le résultat est pareil.

On continue de biaiser, en promettant qu’on sera plus durs en 2019 pour les mondiaux, et intraitables en 2020 pour les Jeux olympiques. Vous y croyez ?

En conclusion, si ces minima pourraient convenir à la valeur actuelle de la natation française, ils ne constituent pas une réponse aux objectifs de compétitivité. Ils permettront de qualifier une équipe de France, certes, mais ne garantiront pas qu’elle sera pertinente.

Ci-dessous les minima pour les championnats d’Europe 2018 de Glasgow et la place qu’ils auraient donné aux championnats d’Europe de Berlin en 2014.

MESSIEURS

50 libre  22s35            13e

100 libre  49s17          13e

200 libre  1’48s29       12e

400 libre  3’49s46        6e

800 libre  7’57s62        8e

1500 libre  15’7s71      7e    

50 dos 25s20               7e

100 dos  54s86           10e

200 dos  2’0s42          14e

50 brasse  27s64         6e

100 brasse   1’1s30    13e

200 brasse   2’12s75  10e   

50 papillon   23s60       8e

100 papillon  52s78    15e

200 papillon  1’58s11 11e           

200 4 nages  2’1s34   12e   

400 4 nages  4’19s82 10e

4 fois 100 m  3’18s65  7e  

4 fois 200 m  7’15s84  5e

4×100 4 n       3’39s      8e

DAMES

50 libre  25s33            14e

100 libre 54s91             9e

200 libre  2’00s06       13e

400 libre  4’10s48       10e   

800 libre   8’34s96      10e  

1500 libre  16’28s       10e  

50 dos  28s48               8e  

100 dos  1’1s44           11e   

200 dos  2’13s03           9e            

50 brasse  31s14          7e

100 brasse  1’8s79      15e

200 brasse  2’28s59    12e     

50 papillon  26s14        7e

100 papillon  59s11     12e

200 papillon  2’11s85  12e       

200 4 nages  2’14s99  15e

400 4 nages  4’43s42   8e

4 fois 100 m  3’43s07   7 engagés, d’où finale directe

4 fois 200 m  8’1s02   8 engagés, d’où finale directe

4 fois 100 m 4 n  4’5s15  10e

Dans les relais mixtes 4 fois 100 quatre nages et libre, les minima sont à 3’50s29 et 3’28s76. GAG : les minima donnés par la DTN sont inversés, 3’50s29 pour le relais libre et 3’28s76 pour le relais quatre nages ! Les lecteurs auront rectifié d’eux-mêmes…