AHMANN-LEIGHTON [Christine « Crissy »]

Natation. (Yankton, South Dakota, 20 mai 1970-). États-Unis. Quoique native de l’Iowa, où elle grandit à des kilomètres de toute piscine, et au fait qu’elle ne nage pas quotidiennement jusqu’à sa première année d’études supérieures (sophomore), Crissy va obtenir la 2e place du 100 mètres papillon des Jeux de Barcelone en 1992 où elle remporte deux médailles d’or olympiques avec les relais quatre fois 100 mètres (où elle nage en préliminaires) et quatre fois 100 mètres quatre nages américains. La gagnante du 100 mètres papillon, la Chinoise Hon Qian, fait partie d’une équipe suspectée d’utiliser des méthodes répréhensibles, importées par leurs entraîneurs de RDA, Lothar Matthes et Klaus Rudolph, et qui sera stigmatisée par des contrôles positifs en séries, et on peut dire qu’Ahmann-Leighton a été volée de l’or. La favorite de l’épreuve, elle se qualifie proprement, mais sans nager trop vite. Elle lance ensuite la course et mène au virage (27’’50) d’une demi-longueur sur ses poursuivantes. Elle maintient son avantage jusqu’à ce que Qian revienne et la batte de 12/100e. Etudiante à l’université d’Arizona, à Tucson, elle enlève en 1991 et 1992 les titres universitaires (NCAA) des 100 yards papillon. Après les Jeux, elle fonde une famille, puis tente un retour aux Jeux de 1996, perd près de vingt kilos, mais manque la qualification olympique de 0’’40. Devenue en se remariant Crissy Perham, elle devient entraîneur (au Curl-Burke swim club et au Navy, puis à St Agnes, en Virginie).

ABRARD [David]

Natation. (Sainte Adresse, 27 novembre 1976-). France. Entraîné à Melun Dammarie par Philippe Lucas, au Havre par Christos Paparodopoulos) et à Canet par Jacky Pellerin, il a été vice-champion d’Europe junior du 200 mètres papillon, puis champion de France des 100 et 200 mètres papillon en 1993. Bon nageur de crawl également, c’est un garçon musculeux dont on prétend alors qu’il ne peut se permettre, pour cela, plusieurs pointes de forme par an. Il a été régulièrement barré au plus haut niveau par Franck Esposito, qui le devance aux championnats de France 1996, 97 et 98. Son seul podium international a été obtenu aux championnats d’Europe 1996, à Rostock, sur 200 mètres papillon, 3e ex-æquo avec le Suisse Adrian Andermatt, en 1’59’’23, derrière les Allemands Chris-Carol Bremer, 1’57’’04 et Andras Rupprath, 1’57’’30. Il a été 5e du 200 mètres papillon des mondiaux 1995 en petit bassin.

ABOUHEIF [Abdellatif]

Natation. (Alexandrie, 1929-). Égypte. Grand nageur de marathons nautiques, trois fois champion du monde, il était le huitième des quatorze enfants d’un membre du Parlement. Après des études supérieures en Grande-Bretagne (Eton, puis Académie militaire de Sandhurst), il fit carrière (colonel) en Égypte. Il se mit à nager après avoir vu un film où Johnny Weissmuller incarnait le personnage de Tarzan. Entre 1953 et 1972, il a terminé 68 courses internationales de longues distances (entre 30 et 80 kilomètres) et remporté le titre de champion du monde professionnel en 1964, 1965 et 1968. D’un courage et d’une ténacité légendaires, il n’avait jamais abandonné une course, jusqu’à ce que ses suiveurs, estimant qu’il mettait sa vie en danger, parviennent à le tromper, lui disant qu’il avait franchi la ligne d’arrivée, pour le sortir de l’eau du lac Ontario à 11°, en 1964, où il avançait depuis dix-neuf heures. Tous les autres concurrents avaient abandonné. Parmi les grandes classiques du fond, il a remporté la traversée de Paris en 1953 et en 1956, Saint-Nazaire-La Baule en 1954 et en 1955, la traversée de la Manche (son premier grand succès) en 1955, la descente du Nil (sur 77km) en 1956, le marathon de Saïda, au Liban, en 1957 et en 1961, Capri – Naples en 1963 et 1964, le lac Michigan (114km en 34h45’) en 1963, le lac Saint-Jean en 1965, la descente du Parana, en Argentine, en 1965. Il remporta encore en 1969, à 42 ans, à Chicoutimi, une course de 37km et se classa 3e des 42km de Guaymas, au Mexique, en 1971. Son épouse, Manar Abouheif, chanteuse d’opéra (soprano) entre 1956 et 1975, a été élue Femme de l’Année 1997 par l’American Biographical Institute, et son fils, Nasser, a été champion d’Égypte de cross auto en 1994 et en 1995.

ABERTONDO [Antonio « Tone »]

Natation. (Beccar, 1er août
1918-6 juillet 1978). Argentine. Inépuisable nageur de grand fond, cet enseignant
de natation au physique particulier (1,62m, jusqu’à 103kg au départ de ses
raids gigantesques en eaux froides), dans le civil employé de brasserie,
réussit la première double traversée (aller retour) de la Manche, en 43h10’, soit
160km en eau froide, le 21 septembre 1961, à quarante-trois ans sonnés. La
Manche, il l’avait déjà traversée à trois reprises, en 1950, 1951 et 1954, et
la double traversée était un rêve vieux de onze ans, qu’il prépare avec soin
(passant son temps à nager dans le rio, et s’interdisant de fumer et de boire).
Il nagea aussi sur 320 km en 80h dans le Rio Parana, reliant Rosario à Buenos
Aires en mars 1957, Capri-Naples et retour en 1964.

ABDO [Reema].

Natation. (Aden, Sud Yémen, 19 mai
1963-). Canada. Nageuse de dos, médaillée de bronze olympique du relais 4 nages
à Los Angeles en 1984 avec Ann Ottenbrite, Michelle McPherson et Pamela Rai.
Elle fut championne du Canada à sept reprises, a nagé pour le club de la Police
Provinciale d’Ontario et l’Université d’Etat d’Arizona. Devenue triathlète et
coureuse à pied de longues distances, elle a entraîné les jeunes et réside à
Caleon, Ontario.

MISSY FRANKLIN CONTROLE

26 juin 2013

 

On attendait Missy Franklin, et on a eu Missy Franklin, hier, dès la première journée des championnats des Etats-Unis qualificatifs pour les championnats du monde de Barcelone. Missy a marqué ses progrès en nage libre, et, autant par sa performance que par sa maîtrise de la course d’hier, à Indianapolis, doit désormais être considérée comme une redoutable concurrente pour le titre mondial du 100 mètres libre à Barcelone. Franklin toucha en cinquième position le mur du virage (26’’02), puis jaillit du groupe encore compact des nageuses à vingt-cinq mères du but pour l’emporter dans une débauche de puissance maîtrisée, assez largement, devant Shannon Vreeland, la toute jeune Simone Manuel, 16 ans, et Megan Romano, ces quatre jeunes filles, séparées par sept centièmes, améliorant dans la course leurs records personnels. « Mon entraîneur (Todd Schmitz) m’a dit de jeter un coup d’œil à la sortie du virage et juste de baisser la tête et de foncer dans l’eau, c’est ce que jai fait », a expliqué Missy. Des quatre courses qui constituent son registre, c’est sur 100 mètres nage libre qu’elle est la plus « faible », ce qui nous laisse songeur pour la suite des événements.

Natalie Coughlin, elle, fut la plus rapide au virage 25’’70, peut-être en raison de son intérêt renouvelé pour le sprint, mais finit 5e en 54’’04. Après avoir été évincée des Jeux de Londres, la star américaine des années 2000 à 2008 n’a pas son ticket pour Barcelone, qui pourrait lui être attribué au titre de remplaçante du relais. Mais elle a encore trois courses à son programme.

C’est quoi un bon 100m? C’est un compromis entre un premier 50m pas trop rapide et un deuxième 50m maîtrisé. Nathan Adrian n’est pas parti le plus vite dans sa finale d’Indianapolis, il a laissé ce soin au super sprinter Anthony Ervin, toujours là à 32 ans, 22’’38 à la touche au mur du virage, il n’est pas revenu le plus vite, c’est Jimmy Feigen qui a réussi cela, en 25’’12, mais à l’addition, le champion olympique de Londres, en 22’’73 plus 25’’37, hérite du meilleur temps. Derrière ces trois là, Ryan Lochte, 4e, empoche sa première qualification pour Barcelone par le biais du relais.

Katie Ledecky prit le 800 mètres à bras le corps, d’entrée, s’assurant une confortable longueur d’avance dès les 100 mètres ; puis la championne olympique de Barcelone conserva ce pécule jusqu’au bout, devant Chloë Sutton, la championne 2009 de l’épreuve et première Américaine qualifiée en eau libre et en piscine de l’histoire, qui n’était jamais loin et améliora son record personnel. La jeune Becca Mann, 15 ans, déjà qualifiée en eau libre, délaissa le 800m au bénéfice du 200m papillon, mais ne put y faire mieux que cinquième. Cammile Adams, cinquième du 200m papillon aux Jeux olympiques de Londres, prit ici la course en charge à partir des cent mètres et mena jusqu’au bout, l’emportant de façon convaincante avec une marge de près d’une longueur de corps. Côté messieurs, Tom Luchsinger enleva son premier titre national aux dépens du champion olympique de Londres Tyler Clary dans un temps relativement modeste.

DAMES.-

100m: 1. Missy Franklin, 53’’43; 2. Shannon Vreeland, 53’’83; 3. Simone Manuel, 53’’86; 4. Megan Romano, 53’’90 ; 5. Natalie Coughlin, 54’’04 ; 6. Elizabeth Pelton, 54’’65 ; 7. Margo Geer, 54’’81 ; 8. Jessica Herdy, 54’’88.

800m: 1. Katie Ledecky, 8’22’’41; 2. Chloe Sutton, 8’23’’24; 3. Gillian Ryan, 8’28’’99; 4. Haley Anderson, 8’29’’82; 5. Alicia Mathieu, 8’32’’80; 6. Daniell Valley, 8’33’’94; 7. Emil Brunemann, 8’35’’83; 8. Leah Smith, 8’36’’04.

200 mètres papillon: 1. Cammile Adams, 2’8’’10; 2. Maya Dirado, 2’9’’12; 3. Kat McLaughlin, 2’10’’41; 4. Becca Mann, 2’10’’46; 5. Catl Leverenz, 2’11’’16; 6. Jasmine Tosky, 2’11’’29; 7. Megan Kingsley, 2’11’’45.

Finale B: 1. Madison Wright, 2’11’’18.

200 mètres papillon: 1. Tom Luchsinger, 1’55’’57; 2. Tyler Clary, 1’56’’58; 3. Tom Shields, 1’57’’39; 4. Bobby Bollier, 1’57’’40; 5. Andre Seliskar, 1’57’’48; 6. Dan Madwed, 1’57’’68; 7. Kyle Whitaker, 1’58’’52; 8. Chase Kalisz, 1’58’’60.

LE SOUS-MARIN SUZUKI PRESIDENT AU JAPON

25 juin 2013

Par Eric LAHMY

     Ce 23 juin, Daichi Suzuki a été élu président de la Fédération japonaise de natation. Grand champion, vainqueur du 100 mètres dos des Jeux de Séoul, en 1988, chercheur, scientifique et ardent défenseur de la lutte anti-dopage, Suzuki utilisa une technique de nage sous-marine. Son histoire mérite d’être contée.

Né à Narashino, province de Chiba, le 10 mars 1967, Suzuki a été champion olympique du 100m dos en 1988. Il imposa alors un style fort controversé de nage sous-marine en dos que lui avait inspiré un autre grand champion, Jesse Vassallo – mais qui avait été originellement été employé, en dos et en papillon, par le Britannique Gary Abraham, sans doute son vrai inventeur, double finaliste olympique à Moscou ; cette technique, Suzuki l’emploie dès 1981, sept années durant, avant la finale du 100m dos des Jeux de Séoul. En 1984, il l’utilise ainsi aux Jeux de Los Angeles, est le plus rapide sur vingt-cinq mètres mais termine 25e des séries, et passe inaperçu. En 1986, Suzuki entre dans les dix premiers nageurs de 100 mètres dos en nageant les premiers vingt cinq mètres et vingt mètres après le virage sous l’eau. Du coup, il attire l’attention sur sa technique. L’année suivante, il mène pendant l’essentiel de la course, aux PanPacifics, avant d’être asphyxié, vaincu par la dette d’oxygène, et de finir 3e de la course. En 1988, reprenant la technique sous-marine inventée, donc, par Abraham, reprise par Vassallo et amplifiée par Suzuki, l’Américain David Berkoff améliore le record du monde à trois reprises, deux fois aux sélections américaines et une fois en séries des Jeux olympiques. Les Américains, qui ignorent l’historique de ces ondulations, mais ont manifestement tout inventé, les ont baptisées « style Berkoff ».

En finale de Séoul, Berkoff a beau être le super favori, c’est Suzuki qui l’emporte, en poussant l’ondulation sous-marine à trente-cinq mètres au lieu de vingt-cinq mètres. Après les Jeux, le dos sous-marin est interdit au-delà de dix mètres, puis ultérieurement de quinze mètres après chaque départ et chaque virage. Devenu médecin, Suzuki devient chercheur à l’Université de Boulder et entraîneur à Harvard avant de venir diriger l’entraînement à l’Université de Juntendo.

Toujours très impliqué dans le sport, attaché à la lutte contre le dopage, il a publié plusieurs ouvrages sur la natation, la science sportive et la santé. Entré au bureau de la Fédération en 2009, devenu Directeur exécutif en 2011, il devra s’attacher à combler un trou de 1,3 millions d’Euros dans le budget fédéral. Suzuki est aussi membre du Comité pour la candidature de Tokyo aux Jeux olympiques de 2020, Le voici donc maintenant pour deux ans Président de la Fédération Japonaise de Natation.

GRANDE-BRETAGNE : RECTIFIER LE TIR

25 juin 2013

 

Méfiez-vous des humiliés. C’est l’idée qui nous vient à l’esprit à la veille des championnats de Grande-Bretagne, qui se tiennent à partir de demain à Ponds Forge, dans la bonne ville de Sheffield. De quelle humiliation s’agit-il ? De celle qu’ont vécu les Britanniques aux Jeux olympiques de Londres, l’an dernier. Ils en attendaient des merveilles et leurs champions sont restés sur leurs plots de départs. Point de vue places en finales, ce ne fut pas mal, voire très bien, avec 10 finales masculines et 14 féminines, mais pour ce qui est des médailles, ils en ont compté trois (un argent par Michael Jamieson au 200m brasse messieurs et deux bronzes par Rebecca Adlington sur 400 et 800 mètres), beaucoup moins qu’espéré. La natation vécut d’autant plus mal la mésaventure que les autres sports firent merveille.

Les Britanniques, comme les Australiens, vont tenter de rectifier le tir. Les deux natations ont tenté de faire le ménage dans l’encadrement des équipes, et l’on va voir ce qu’il va en sortir. Leurs leaders sont Jamieson sur 200m brasse, Carlin Jazmin, sur 800m, Georgia Davis en dos, Francesca Halsall et Ellen Gandy en papillon, Hannah Miley, n°1 de l’année sur 400m quatre nages,Soban Mary O’Connor  et Aimée Willmot en quatre nages.

 

USA : SERIE, FAIS MOI PEUR !

25 juin 2013

par Eric Lahmy

Les séries de la première journée des championnats US, dans le « temple » d’Indianapolis, sélectifs pour les mondiaux de Barcelone, ont amené leur lot de surprises et… d’absences de surprises. Parfois, ces épreuves qualificatives pour la finale mêlent des approches différentes, avec des « gros bras » qui s’économisent et se réservent plus ou moins imprudemment pour la finale, et des jeunes et moins jeunes loups qui, la faim au ventre, tentent de bousculer les hiérarchies. Ce qui conduit parfois à des accidents de parcours. Dans le 100 mètres nage libre dames, où nulle n’a cassé les 54’’, c’est comme cela que deux stars de la natation US, Allison Schmitt, avec le 9e temps, 54’’96, et Dana Vollmer, 54’’96, sont restées sur le carreau, tandis que l’ancestrale Coughlin et Missy Franklin ainsi que Jessica Hardy, les deux sélectionnées olympiques de Londres l’an passé sont passées sans encombres.

Dans la course masculine, Nathan Adrian, le champion olympique, a précédé Anthony Erwin et Matt Grevers, rien de surprenant. La sensation est peut-être la disparition de Cullen Jones, engagé à 48’’67 et dont les 50’’07 n’ont donné qu’une 18e place. Ou peut-être, en sens contraire, Caeleb Dressel, un gamin de seize ans, seulement 38e sur le papier, qui s’est offert une place en finale, en 49’’63 ! L’an dernier, Dressel, qui détient quelques records US de jeunes, n’avait pas encore 15 ans quand il avait manqué le déplacement aux « trials » pour un centième de seconde. Cette fois, il est là et bien là, et ne fait pas que de la figuration !

 

100 mètres libre dames.- Séries : 1. Shannon Vreeland, 54’’24; 2. Natalie Coughlin, Natal, 54’’34; 3 Margo Geer, 54’’39; 4. Megan Romano, 54’’40; 5. Missy Franklin, 54’’55; 6. Jessica Hardy, 54’’70; 7. Elizabeth Pelton, 54’’78; 8. Simone Manuel, 54.83.

200 mètres papillon dames.- (Séries) : 1. Cammile Adams, 2’9’’8 ; 2. Rebecca Mann, 2’11’’26 ; 3. Maya Dirado, 2’11’’37; 4. Courtney Weaver, 2’11’’38; 5. Jasmine Tosky, 2’11’’58; 6. Elisabeth Beisel, 2’11’’63; 7. Katie McLaughlin, 2’11’’67; 8. Caitlin Reverenz, 2’12’’20.

100 mètres messieurs.( Séries): 1. Nathan Adrian, 48’’54; 2. Anthony Ervin, 48’’72 ; 3. Matt Grevers, 48’’96 ; 4. Ricky Berens, 49’’05; 6. Jimmy Feigen, 49’’15; 6. Ryan Lochte, 49’’17; 7. Conor Dwyer, 49’’30; 8. Caeleb Dressel, 49’’63.

200 mètres papillon messieurs.- (Séries) : 1. Bobby Bollier, 1’57’’35; 2 Tom Luchsinger, 1’57’’74; 3. Tyler Clary, 1’57’’88; 4. Dan Madwed, 1’58’’16; 5. Tom Shields, 1:58.34;  6. Andrew Seliskar, 1’58’’35; 7. Chase Kalisz, 1’58’’62; 8. Kyle Whitaker, 1’58’’76.

USA : L’APRES-PHELPS COMMENCE A INDIANAPOLIS

25 juin 2013

 

Par Eric LAHMY

 

            Abondance de talents aux championnats « trials » des Etats-Unis, qui débutent à Indianapolis, en l’absence de qui vous savez, mais en présence d’une galaxie de champions, dont la crème se retrouvera aux Mondiaux de Barcelone.

 

Les USA sont entrés dans « l’ère post-Phelpsienne », écrit Mike Gustafson dans sa présentation des championnats des USA, sélectifs pour les mondiaux de Barcelone, qui commencent aujourd’hui dans un des hauts lieux de la natation américaine, l’ Indianapolis Université Natatorium. Dans ce Temple du sport, inscrit sur le campus de l’Université, classé premier stade nautique des USA devant le CenturyLink Center d’Omaha, dans le Nebraska, le Centre Aquatique universitaire de Minneapolis, Minnesota, le Georgia Tech d’Atlanta, Georgie, et l’International Swimming Hall of Fame de Fort Lauderdale, en Floride, 103 records américains et 15 records du monde ont été battus. Ici se sont déroulés 13 championnats NCAA masculins et autant de féminins.

Ce qu’il doit penser sans le dire, Mike Gustafson (le plus amusant des journalistes de natation : il a émis trois prédictions pour Indianapolis : 1) Missy Franklin allait beaucoup sourire ; 2) Matt Grevers – 2,04m – serait très grand ; 3) la phrase la plus souvent prononcée serait : « que va faire Lochte ? »), c’est qu’on pourrait bien être entré dans l’ère Missy Franklin. Les Américains la considèrent comme la meilleure nageuse du monde, encore que Ranomi Kromowidjojo, Camille Muffat et une ou deux autres pourraient lui disputer l’appellation. Sur le papier, Missy devrait être imbattable sur les deux courses de dos, et redoutable sur 100m et 200m nage libre, à la poursuite pour le moins de places en relais. Sa réputation est devenue monstrueuse outre-Atlantique. Au-delà de ses exploits (quatre mdailles d’or aux Jeux de Londres), les Américains ont été touchés par sa simplicité, sa gentillesse et son désintéressement. Missy n’a-t-elle pas refusé une fortune pour pouvoir nager dans les compétitions universitaires jusqu’aux Jeux de Rio ? A-t-elle réussi à s’entraîner en toute quiétude entre les multiples obligations, sollicitations, invitations, parades, courriers en souffrance de milliers d’admirateurs, et pourra-t-elle tenir le programme ?

Si Michaël Phelps est irremplaçable (sauf par plusieurs nageurs), Ryan Lochte reste l’homme le plus à même de combler quelques-uns des vides laissés par l’homme protée, qui se promenait dans le programme olympique entre 100m nage libre et 400 mètres quatre nages, comme s’il avait son mot à dire là où il le voulait. Lochte, qui a vécu huit semaines sans le moindre entraînement, à être filmé pour une série intitulée « Qu’aurait fait Ryan Lochte » au sortir des Jeux, et avoue n’avoir repris le collier que sept semaines avant les trials, aura-t-il retrouvé le fond de nage qui a fait de lui le nageur de l’année 2010 et un très convenable héros des Jeux de Londres ? Disons qu’il a plutôt bien nagé récemment à Santa Clara.

La natation américaine, dont on annonce le déclin, de façon récurrente, depuis une bonne trentaine d’années, pète la santé. Certes, elle est plus partageuse que par le passé. Les razzias de titres olympiques ne sont plus de mise comme en 1964, ou en 1976, quand les Américains avaient enlevé tous les titres sauf un, celui du 200 mètres brasse. D’autres modèles de natation, d’autres organisations fabriquent du haut niveau. Mais le système américain, qui est d’ailleurs un anti-système, reste de loin le premier. Gros travailleur ou athlète de l’effort bref, professionnel ou étudiant nageur, il y en a pour tous les goûts… C’est ce qui le rend tellement séduisant, n’est-ce pas, Yannick Agnel ? Il est fort possible que les sélections pour les Mondiaux de Barcelone confirment cette pérennité.

L’abondance de talents est telle à Indianapolis que, dans les diverses présentations des champions à suivre, des héros de Londres, médaillés d’or comme Nathan Adrian (100 mètres nage libre) qui a effectué un très costaud 48’’08 à Santa-Clara, Tyler Clary (200 mètres dos), Matt Grevers (100 mètres dos), Katie Ledecky (800 mètres nage libre), Allison Schmitt (200 mètres nage libre) and Dana Vollmer (100m papillon, 4 fois 100m quatre nages et quatre fois 200m), ont tout juste droit à l’énoncé de leurs noms dans les chroniques des trials ! Dans tout autre pays au monde, ces gens  seraient des vedettes nationales…

Comme toujours en Amérique, ça bouge beaucoup. Phelps parti, de nouvelles ambitions vont mûrir.

Bien sûr, il y a toujours les grands vieillards, comme Natalie Coughlin, évincée de peu des Jeux olympiques de Londres, mais qui croit toujours en son étoile, à 31 ans (le 23 août prochain), et se réinvente en nageuse de sprint pur : haro sur les 50 mètres. A voir…

CONNAISSEZ-VOUS KEVIN CORDES ?

Mais attention aux jeunes inconnus : Rebecca Mann, quinze ans, par exemple, déjà qualifiée en eau libre. L’an dernier, cette écolière par correspondance qui écrit des romans (avez-vous lu « Le Dragon Perdu de Quanx » ?) pendant ses loisirs (quoi, elle en a ?) et qui, à neuf ans, traversait les 16km du détroit de Maui en 6 heures 26 minutes 46 secondes, avait abattu le très vieux record (31 ans) des 13-14 ans des USA sur 800 mètres qui appartenait à Sippy Woodhead, en 8’28’’54. Elle va peut-être chatouiller la suprématie de Katie Ledecky, la championne olympique de 15 ans, qui sait ?

Katie Ledecky, cependant, a l’air des plus solides. En tête du bilan de l’année sur 800m (8’20’’64), elle a gagné de la vitesse avec l’âge et pourrait étonner, sur 400 mètres (3e, 4’5’’21, très près de ses 4’5’’ de l’an passé), voire même sur 200 mètres (7e, 1’56’’93).

Un qu’on attend avec intérêt, c’est Kevin Cordes. Kevin quoi? Retenez ce nom, cela pourra vous servir. Imaginez qu’au moment où Brendan Hansen, qui fut à la brasse américaine ce que Phelps fut aux quatre nages, s’éloigne, une floppée de jeunes talents arrivent. Ils s’appellent Mark Gangloff, Mike Alexandrov, Scott Weitz, Clark Burkle, et tous ont de solides références. Mais aucun n’arrive au niveau de Cordes, 19 ans, 1,96m, 82kg.

L’an passé, 3e des trials olympiques sur 100m brasse (en 1’0’’58), le brasseur de l’Arizona a ravagé la saison hivernale en NCAA. En petit bassin, il a nagé en 57’’15 lancé. Sur les distances en yards, il n’a cessé de progresser. Son dernier mot se résume en deux chiffres, 50’’74 au 100 yards, 1’48’’68 au 200 yards, qui ont laissé bouches bées de l’autre côté de l’Atlantique. Les tables de conversion indiquent que cette dernière performance équivaut à 2’0’’63 en petit bassin, 2’5’’21 en grand bassin, sur la distance métrique. Il a aussi nagé un 100 yards lancé en relais en 49’’56, un temps qualifié d’incroyable, quelque chose comme 55’’ au 100 mètres ! Mais il y a un mais. Cordes est un artiste des parties ‘’non nagées’’, départs, coulées, virages ; il pourrait être moins sensationnel en grand bassin, avec un (50m), deux (100m) et quatre (200m) virages en moins.

Maintenant, silence. Aux nageurs de parler.

 

LE PROGRAMME D’INDIANAPOLIS

Premier session : aujourd’hui à 9 heures locale, 15 heures française. Séries des 200m papillon et des 100m dames et messieurs.

Deuxième session à 15H52 locale (21h52 française) : séries lentes du 800m dames et du 1500m messieurs.

Troisième session, à 18 heures locales (Demain à 0 heure française): finales des 200 mètres papillon, des 100m libre dames et messieurs, séries fortes des 800 mètres dames et 1500 mètres messieurs, des relais quatre fois 100m dames et messieurs.