QUAND LEISEL JONES SOUFFRAIT DE SA CÉLÉBRITÉ

LEISEL JONES : SOUVENIRS D’UNE

GLORIEUSE DÉPRESSIVE

Éric LAHMY

Lundi 9 Novembre 2015

La nageuse australienne Leisel JONES vient de s’ajouter à la longue liste des champions et des championnes de ce sport qui ont été frappés par la dépression. Dans un schéma qui nous semble classique, elle évoque son cas ; dépression, donc, et tentative de suicide. Dara TORRES n’est pas allée si loin, mais a beaucoup souffert de boulimie et parlera de ses équipières qu’atteint ce mal.

Jones n’est pas une petite cylindrée, et sa carrière n’est pas rien du tout. Quatre présences à des Jeux olympiques, neuf médailles, autant que Ian Thorpe (autre célèbre névrosé) ; sept titres mondiaux ; dix titres aux Jeux du Commonwealth ; 23 fois championne d’Australie.

JONES s’est trouvée dans l’équipe olympique australienne à 14 ans, et cela explique en partie, croit-elle, ce qui lui est arrivé. Se trouver si jeune, exposée aux regards des média, n’est pas sans conséquences. Il y a aussi, très probablement, un problème glandulaire, qui, à la puberté, change son aspect physique. En 2012, Jones, BELLE blonde aux yeux clairs, sorte de Shane Gould bis, a pris beaucoup de poids, et les photographes s’en donnent à cœur joie pour la surprendre dans les poses qui dénoncent son volume qu’elle semble ne pas pouvoir bien contrôler…

Les coaches n’arrangent rien. Ils organisent à dates rapprochées des cérémonies de pesée dans lesquelles celles qui ne leur conviennent pas sont traitées de 6/1/20. Chaque chiffre fait référence à la place de la lettre dans l’alphabet, et 6/1/20 signifie « fat » : grosse ! Leisel est plus qu’à son tour désignée par ce code infâmant.

Ses rondeurs ne l’empêchent pas de se défendre. Aux Jeux olympiques de 2008, elle gagne le 100 mètres brasse devant Rebecca Soni qui la devance sur la distance double.

En 2010, témoigne-t-elle, “je commençai à réaliser que nager n’était pas tout, et encore moins le but ultime de la vie ; et que, peut-être, je ne ressentais plus le plaisir de nager »… « Je commençai à me demander pourquoi je continuais à nager. Ma vie n’était pas assez équilibrée: je n’avais rien d’autre ; cela me terrifiait. »

Voilà pourquoi ses mémoires de nageuse, intitulées “Body Length” (jeu de mot sur la Longueur de corps qui mesure l’avance d’un nageur sur un autre et les mensurations qui la travaillent) évoquent longuement sa situation, sa dépression. Un jour de 2011, assise dans sa salle de bain de chambre d’hôtel, en Espagne, elle se retrouve, dit-elle, avec une boite de somnifères dans la ferme intention de se suicider. Par chance, son entraîneur la surprend avant qu’elle ne passe à l’acte. Son psychologue du sport, expliquera-t-elle, devient alors son plus fidèle allié dans ces temps difficiles.

Jones avait commencé à nager dans l’équipe nationale à quatorze ans, à une époque où l’on ne s’était pas posé la question du besoin d’un psy pour les athlètes d’élite. La croyance selon laquelle le psy était un besoin de personnes faibles mentalement a joué un rôle crucial dans le refus du sport de se poser la question.

De façon caractéristique, elle vit mal de se voir. Malgré un entraînement sévère et une alimentation calculée, elle se trouve trop grosse et les autres ne manquent pas de le lui rappeler. « Quand je suis engoncée dans ma combinaison, sur la plage de la piscine, sachant que mon corps est l’objet des conversations comme s’il s’agit d’un moteur, et non pas des bras, des jambes, des cuisses et de l’estomac d’une jeune fille, je me sens misérable. » La veille d’une course, aux Jeux de Londres, un journaliste la traite de grosse. Cela n’a l’air de rien, mais c’est un désastre. « Le suicide parmi les jeunes devient épidémique. On parle tout le temps de bien être. Pourquoi pas de santé mentale également ? »

Leisel JONES, qui a commenté pour un media australien les Jeux du Commonwealth 2014, a participé à un concept télévisé qui lui va comme un gant : « Je suis une célébrité… sortez-moi de là. » Et – ça n’étonne pas – elle étudie pour devenir psychologue.

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