SARAH SJÖSTRÖM SE PLACE SUR 200 METRES

Par Eric LAHMY                                                               4 Juin 2015

Au meeting de Bergen, en Norvège, c’est une voisine, la Suédoise Sarah Sjöström qui a été l’incontestable vedette, gagnant le 50 mètres, le 100 mètres, le 200 mètres, le 50 mètres papillon et le 100 mètres papillon. Mais c’est surtout sur 200 mètres qu’elle s’est illustrée, après avoir laissé Katinka Hosszu dominer en séries, 1’57’’69 contre 1’58’’25. Déjà, sur la plage de départ, Sarah, son 1,86m, sa musculature, ses sautillements sur place, ses impressionnants moulinets de bras, sa façon de claquer des mains sur le plot, tout cela avait quelque chose de définitivement intimidant. Sa course? 26’’96, 55’’99, 1’25’’46, 1’54’’77, soit 26’’96, 29’’03, 29’’47, 29’’33. Elle produisit un parcours proche de la perfection, où elle imposa d’entrée sa supériorité à Hosszu, et ensuite sut tenir, accroissant sa suprématie. Hosszu, qui n’était pas là pour plaisanter, et quoiqu’au-delà de tout reproche, fut constamment battue en brèche, coup de bras après coup de bras ; dominée – de très peu à chaque fois, mais dominée – au départ, à la mise en action, dans les coulées, en termes de glisse, au finish : résultat, elle ne put équilibrer sa course et nagea 27’’18, 29’’57, 30’’14, 30’’01. Pourtant la Magyare ne baissa jamais les bras, et se battit jusqu’au bout avec la vaillance qu’on lui connait, nage raccourcie et devenue rageuse dans la dernière longueur, et battement frénétique, mais en vain.

Sjöström signait la 2eme performance mondiale de l’année, à moins d’un dixième de la Néerlandaise Femke Heemskerk, sur une distance sur laquelle elle flirte avec la grande classe depuis quelques années …

Sjöström aura l’embarras du choix à Kazan, entre toutes les preuves où elle se manifeste de façon presqu’écrasante, aussi, il n’est pas sûr qu’elle nage le 200 mètres aux championnats du monde. Quatrième en finale de l’épreuve aux championnats du monde de Barcelone, ce qui avait un peu surpris, avec un temps de 1’56’’63 (et 1’56’’38 en demi), elle n’a pas jugé bon de renouveler l’expérience aux championnats d’Europe de Berlin, l’été dernier, mais l’a peut-être regretté après les relais, où elle a réussi un 1’53’’84, soir 1’54’’54 en valeur au start (donc potentiellement plus vite qu’à Bergen), soit une seconde et demie plus vite que Pellegrini, gagnante de la course individuelle en 1’56’’01 : ce qui est une marge considérable dans la compétition moderne !

ABSENTE SUR 200 A KAZAN : DOMMAGE MAIS POSSIBLE

Si Sarah ne nagera pas le 200 mètres, cela sera sans doute dommage au point de vue de la compétition, mais on pourra la comprendre : la demoiselle a tellement dominé cette saison les 50 papillon, avec ses 24’’69 qui mettent sa suivante, Jeannette Ottesen, 25’’58, à une longueur, qu’on voit mal qui peut l’y battre. On comprendrait qu’un tiens sur 50 mètres papillon, épreuve bâtarde, non-olympique de surcroit, et de faible intérêt, mais dont elle est recordwoman du monde (à Boras) et championne d’Europe à Berlin, pourrait valoir mieux que le tu l’auras peut-être sur 200 mètres libre, course noble du programme de natation, qui, comme le 400 mètres, se trouve au confluent du sprint et du demi-fond, exige des qualités diverses, presque contradictoires et surtout, est vraiment de la natation (ce que le 50 mètres dauphin, sorte de crise de nerfs de 25 secondes environ, n’est pas tout à fait). Autant il est compréhensible qu’un pur sprinteur se fasse les dents sur la longueur de bassin, autant il est dommage de voir s’y cantonner des nageurs au talent plus « ample ».

Mais ne désespérons pas de cette intelligente demoiselle qui, quoique la meilleure du monde déjà il y a deux ans, ne s’est pas présentée sur 50 mètres papillon. La meilleure façon de préparer les Jeux n’est pas de s’engager dans des épreuves dignes de la foire du Trône… Elle a donc troqué un titre sur 50 papillon contre une 4e place sur 200 mètres, ce qui n’est pas opportuniste, mais montre une certaine hauteur de vue.

Sur 100 mètres papillon, où ses 56’’58 de cette année devancent la championne d’Europe Ottesen, 57’’23, d’un mètre cinquante, Sarah a également une belle carte à jouer. On l’imagine mal la négliger.

Après le papillon, sa meilleure chance pourrait se situer, il faut bien l’admettre, en nage libre, sur 200 mètres, où elle est la 2e de la saison derrière Femke Heemskerk, 1’54’’77 contre 1’54’’68. A priori, Emma McKeon, 1’55’’88, Katinka Hosszu, 1’55’’89, Kathleen Ledecky, 1’56’’16, et Federica Pellegrini, 1’56‘’51, ne peuvent répondre à de tels arguments. Il y a maintenant le point d’interrogation Melissa Franklin, qui n’a nagé qu’en petit bassin, en yards, mais dont les 1’39’’10, dénoncent une formidable adversaire. 1’39’’10, cela représente un rythme de 1’48’’6 sur 200 mètres, et même en corrigeant en raison de la perte de vitesse entre 200 yards et 200 mètres et des plus de vitesse que représentent huit virages supplémentaires, on a du mal à imaginer Melissa incapable de franchir la barre des 1’54’’.  

TANT DE CARTES A JOUER !!!

Sur 100 mètres libre où, 4e mondiale avec 53’’29, elle est distancée par les 52’’69, ex-aequo, de Cate Campbell et Femke Heemskerk, et les 53’’04 de Bronte Campbell, Sarah est très compétitive, mais ne peut être considérée comme une favorite, seulement comme une « outsider » excessivement menaçante. Surtout que ses qualités de compétitrice sont indéniables, il suffit de voir ses résultats dans les championnats. Parmi celles qui sont engagées dans la course individuelle, Ranomi Kromowidjojo, 53’’69, Siobhan Marie O’Connor, 53’’81 et Charlotte Bonnet, 53’’94 et Béryl Gastaldello, 53’’98. Mais Simone Manuel, 54’’20, encore mal classée parce que l’essentiel de sa saison a été en petit bassin, a aussi son mot à dire, la brune américaine progresse chaque année… 

Là où Sjöström peut faire la différence sur 100 mètres, c’est en raison de sa résistance de grande du 200 mètres. Après des séries et des demi-finales qui risquent d’exploser, elle pourrait bien représenter la candidate idéale à la médaille d’or, en raison de ce mélange de vitesse électrique et de robustesse (c’est ça, l’acier suédois) qui la caractérise. Qui vivra verra!

Sur 50 mètres : 8e au monde, 24’’64 derrière Cate, 24’’03, et Bronte Campbell, 24’’19, Arianna Vanderpool-Wallace et Ranomi Kromowidjojo, 24’35, Francesca Halsall, 24’’37, Femke Heemskerk, 24’’57 et Melanie Wright, 24’’63 et devant quelques redoutables qu’on ne peut écarter, Jeannette Ottesen, 24’’66, Herasimiena, 24’’72, Etiene Medeiros, 24’’78, etc., Sarah peut aussi tirer son épingle du jeu. Une fille qui nage la distance en papillon en 24’’69 doit beaucoup mieux faire en libre !

Sjoestroem est également présente dans le bilan mondial sur 100 mètres dos, 59’’98 à Eindhoven, toute nouvelle recordwoman de Suède et 9e mondiale. C’est vous dire qu’elle a un peu de talent. Ses coaches essaient aussi de l’influencer pour qu’elle monte sur 200 mètres papillon, mais elle avoue ne pas aimer l’idée de rester plus de cent cinquante mètres dans ce style.

L’argument massue en faveur de sa participation au 200 mètres libre, c’est bien entendu qu’elle est la championne du monde et la recordwoman du monde en petit bassin. Mais si j’entends bien les opinions autorisées de ceux qui, comme Shane Tusup (coach-mari de Katinka Hosszu) pensent que le petit et le grand bassin se renvoient l’un à l’autre bien plus qu’ils ne sont différents, il n’en reste pas qu’ils ne sont pas tout à fait la même chose ! L’une des raisons de la prudence de Sjöström et de ses entraîneurs est que malgré ses progrès dans tous les domaines, vitesse et résistance, et son formidable abattage, elle va rencontrer la crème de la natation mondiale et que partout, la concurrence sera féroce. Sur 200 mètres, c’est un fait, Sjöström peut rivaliser avec le top, dans une course. Mais dans un programme où il lui faudra disputer série, demi-finale et finale et s’aligner dans la course au titre la veille d’une journée où elle devra nager série et demi-finale du 100 mètres et finale du relais 4 fois 200 mètres (et peut-être en séries aussi vu le manque de profondeur de la natation suédoise), cela devient plus complexe pour une fille venue du 50 mètres, même si elle n’est plus ce qu’elle était à ses débuts. La Suède n’avait pas présenté ce relais à Barcelone il y a deux ans, mais elle s’est découvert à Berlin, l’été dernier, un quatuor médaillé d’argent européen dans un temps de 7’51’’ qui aurait valu la 5e place un an plus tôt. Et maintenant, avec Sjöström et Michelle Coleman, qui s’entraîne en Australie, ainsi que Louise Hanson, les Suédoises ont un relais qui peut très bien se comporter.

TENTER LE 200 OU BIEN SE REPOSER ?

Lisons le programme des mondiaux de Kazan [compte non tenu de ces idiots relais de genre, ou mixtes hommes et femmes] et voyons ce que peut en faire Sjöström :

2 août, 9h30 : séries du 100 mètres papillon.

2 août, 11h15 : séries du relais 4 fois 100 mètres (peut-être pas obligée si elle a une bonne remplaçante, ce dont on peu douter cependant).

2 août, 17h32 : demi-finales du 100 mètres papillon.

2 août 18h45 ; finale du relais 4fois 100 mètres (s’il a été qualifié ce qui n’est pas chose faite).

3 août 9h30 : séries du 100 mètres dos (elle est recordwoman de Suède et 9e au monde cette année).

3 août 17h40 : finale du 100 mètres papillon.

3 août 18h24 : demi-finales du 100 mètres dos.

4 août 9h50 : séries du 200 mètres.

4 août 17h40 : finale du 100 mètres dos.

4 août 18h44 : demi-finales du 200 mètres.

5 août 18h01 : finale du 200 mètres.

6 août 9h30 : séries du 100 mètres.

6 août, 11h 30 : séries du relais 4 fois 200 mètres.

6 août 17h32 : demi-finales du 100 mètres.

6 août 19h16 : finale du relais 4 fois 200 mètres.

7 août 9h50 : séries du 50 mètres papillon.

7 août 17h32 : finale du 100 mètres.

7 août 18h45 : demi-finales du 50 mètres papillon.

8 août 9h30 : séries du 50 mètres.

8 août 17h32 : finale du 50 mètres papillon.

8 août 18h28 : demi-finales du 50 mètres papillon.

Il est probable qu’elle ne s’engagera pas sur 100 mètres dos, dès lors les alentours du 200 mètres sont assez déblayés pour qu’elle y nage dans les meilleures conditions, le lendemain de la finale du 100 mètres papillon… D’un autre côté, ne pas nager (le 100 mètres dos et) le 200 mètres libre lui donnerait deux jours de repos bienvenus après le 100 mètres papillon pour attaquer trois journées de compétitions très chaudes !

ET PUIS DANIEL GYURTA, MARCO KOCH ET MIE NIELSEN

Un petit rappel du bilan de Sjöström des deux dernières années. Aux mondiaux 2013 de Barcelone, été 2013 : 4e du 50 mètres ; 2e du 100 mètres ; 1ère du 100 mètres papillon. 4e avec le relais 4 fois 100 mètres ; 9e avec le relais 4 fois 100 mètres quatre nages.

Aux championnats d’Europe 2014 de Berlin, Sjoestroem, dorée sur 100 mètres en 52’’67, n’avait pas tenté l’aventure de la course individuelle, puis nagé 1’53’’64 lancé, plus vite que Pellegrini, 1’56’’50 lancé dans le relais et 1’56’’01 au start dans la course individuelle. 55’’47 lancé en papillon. Relayeuse extraordinaire… Elle détruit, sur 4 fois 100 mètres, une Heemskerk inspirée, 52’’78, en nageant 52’’14.

Les 52’’67 de Sjoestroem aux Europe, se comparent aux 52’’72 Cate Campbell aux Panpacific, aux 52’’68 de Cate Campbell aux Commonwealth, aux 52 »86 de Bronte Campbell aux Commonwealth. Lancée, Campbell fait 52’’16 à Glasgow, mais 51’’59 au quatre nages ; aux Panpacific, Campbell, 52’’89 au start du 4 fois 100m, 51’’85 en relais quatre nages.

En-dehors de Sjöström, il faut noter absolument, au meeting du week-end dernier le gros 200 mètres brasse de Daniel Gyurta qui bat Marco Koch d’un rien. Avec 2’8’’58, le champion olympique de Londres, se place en 3e position dans le monde, derrière Koseki, 2’7’’77, et Peaty, 2’8’’34. Koch est 5e avec 2’8’’69. Mie Nielsen a obtenu en 59’’36, à 0’’22 de son meilleur temps, le 3e de la saison derrière les Australiennes Seebohm et Wilson, une victoire sur 100 mètres dos face à Hosszu qui a nagé toutes les courses du programme et en a gagné cinq mais a vraiment trouvé à qui parler à Bergen.

DAMES.- 50 mètres : 1. Sarah Sjöström (Suède), 24’’64 ; 2. Katinka Hosszu (Hongrie), 25’’50.

100 mètres : 1. Sarah Sjöström (Suède), 53’’55 ; 2. Pernilla Blume, 55’’06 ; 3. Katinka Hosszu (Hongrie), 55’’34; 4. Cecilie V. Johannessen, 55’’48; 5. Mie Ostergaard Nielsen (Danemark), 55’’68.

200 mètres: 1. Sarah Sjöström (Suède), 1’54’’77 ; 2. Katinka Hosszu (Hongrie), 1’56’’90 ; 3. Cecilie W. Johannessen, 1’59’’42.

400 mètres : 1. Katinka Hosszu (Hongrie), 4’13’’43.

50 mètres dos : 1. Katinka Hosszu (Hongrie), 28’’16 ; 2. Mie Ostargaard Nielsen (Danemark), 28’’18.

100 mètres dos : 1. Mie Ostergaard Nielsen (Danemark), 59’’36 ; 2. Katinka Hosszu (Hongrie), 1’0’’59 (en séries, 59’’99).

200 mètres dos : 1. Katinka Hosszu (Hongrie), 2’9’’78. 2. Simona Baumrtova (Tchéquie), 2’10’’69.

50 mètres brasse : 1. Jennie Johansson, 31’’57 ; 2. Katinka Hosszu (Hongrie), 32’’18.

100 mètres brasse : 1. Jennie Johansson, 1’7’’29 ; 2. Louise Dalgaard (Danemark), 1’9’’44.

200 mètres brasse : 1. Jennie Johansson, 2’29’’52

50 mètres papillon : 1. Sarah Sjöström (Suède), 25’’35 ; 2. Katinka Hosszu (Hongrie), 27’’40.

100 mètres papillon : 1. Sarah Sjöström, 57’’67 ; 2. Katinka Hosszu (Hongrie), 1’0’’24.

200 mètres papillon : 1. Katinka Hosszu (Hongrie), 2’11’’84.

200 mètres 4 nages : 1. Katinka Hosszu (Hongrie), 2’14’’12 ; 2. Barbora Zavadova, (Tchéquie), 2’26’’23

MESSIEURS.- 50 mètres : 1. Islender Baslakov, 22’’88.

100 mètres : 1. Kemal Arda Gurdal (Turquie), 50’’04.

200 mètres: 1. Isak Eliasson, 1’50’’24 ; 2. Daniel Skaaning Danemark), 1’50’’25; 3. Henrik Christiansen, 1’50’’9

400 mètres : 1. Gergely Gyurta (Hongrie), 3’50’’82 ; 2. Pal Joensen (Féroé), 3’51’’32 ; 3. Henrik Christiansen, 3’51’’53.

50 mètres dos : 1. Lavrans Solli (Norvège), 26’’29.

100 mètres dos : 1. Lavrans Solli (Norvège), 54’’85.

200 mètres dos : 1. Lavrans Solli (Norvège), 2’3 ‘’24.

100 mètres brasse : 1. Daniel Gyurta (Hongrie), 1’0’’42 ; 2. 2. Tomas Klobucnik (Slovaquie), 1’0’’57

200 mètres brasse : 1. Daniel Gyurta (Hongrie), 2’8’’58 ; 2. Marco Koch (Allemagne), 2’8’’69

100 mètres papillon : 1. Viktor Bromer (Danemark), 52’’83 ; 2. Jan Sefi (Tchéquie), 53’’50.

200 mètres 4 nages : 1. Simon Sjodin, 2’1’’66.

0 comments:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *