SWIM VORTEX EST MORT ET GALAXIE NATATION NE SE SENT PAS TRES BIEN

Eric LAHMY

Mardi 1er Mai 2018

Un ami journaliste qui appréciait l’humour noir, quand il annonçait ou entendait parler d’un décès, commentait de cette phrase : « Untel et mort… et je ne me sens pas très bien. »

Voilà quelques semaines que je n’avais plus trop envie d’écrire dans ce blog, et voilà que j’apprends par un courriel ami que Swim Vortex arrête. Ou, si vous préférez, que Craig Lord arrête la publication de Swim Vortex, l’un des trois blogs anglo-saxons qui comptent, avec Swimming World et SwimSwam.

« Today, SwimVortex suspends its coverage of swimming”…

Un édito de son patron, Craig Lord, signifie cet adieu aux armes.

« SwimVortex abandonne aussi soudain qu’il apparut il y a cinq ans, presque jour pour jour. Nous disons adieu avec un merci du cœur à ceux qui ont soutenu notre travail à travers leurs publicités, leur partenariat et leurs suscriptions ; nous apprécions la valeur que vous avez accordée à notre travail.

« De façon personnelle, l’éditeur aimerait remercier les journalistes Liz Byrnes, John Lohn, Sabrina Knoll et Karin Helmstaedt, ainsi que le photographe Patrick B. Kraemer qui connaissaient ce dont ils parlaient, pour avoir été les premiers dans la construction, et les derniers à partir ; pour avoir fourni une copie et des images de qualité plus vite que tout ce qu’ont pu faire les autres sites de natation. Merci aussi aux héros anonymes de l’équipe digitale…

Pourquoi ? Craig Lord l’explicite : « Nombreuses sont les raisons qui font que notre travail ne peut plus se soutenir plus longtemps, mais pour résumer, notre décision vient de ce que :

« Les ressources requises pour atteindre nos buts et produire un journalisme réellement indépendant et des services statistiques en natation ne sont, tout simplement, pas disponibles.

« La natation et les priorités d’une direction défaillante qui n’est pas tenue de rendre des comptes par ses actionnaires clés est en train de couler en masse les rangs des sports couverts par les media dominants et les journalistes professionnels. La natation est des sports abandonnés, tandis que les coupes sombres dans les budgets de l’ère digitale et les serrages de ceintures s’accélèrent dans la presse. Cela aussi a un impact sur la façon dont nous finançons notre travail et justifions notre présence et notre temps en tant que journalistes.

« La natation est devenue de plus en plus un sport couvert de façon distanciée ; il n’y a rien d’amusant à cela, et cette façon d’exister ne permet pas de raconter les histoires qui ne peuvent être racontées qu’en étant là, à regarder, à écouter, à entendre, à interagir, à connaître les nageurs, leurs entraîneurs et parfois leurs parents et leurs familles aussi – et alors relater des histoires humaines gonflées de défis, de combats, d’humour, de triomphes et d’échecs. C’est comme cela que la natation se racontait. Ce n’est plus le cas. »

Les raisons données par Craig Lord m’intéressent. Craig avait lancé son site où il voyait une opportunité professionnelle, après le décès de Nick Thierry, le statisticien et journaliste canadien qui avait réuni autour de lui, à Swim Canada une équipe à son image, jaloux de l’intégrité de ce sport. Il semblait avoir réussi dans son entreprise de professionnaliser son site, en faisant payer des abonnements pour toute une partie des informations originales ainsi que des statistiques qu’il publiait. Mais il faut croire que la plate-forme financière de la natation est faible.

Personnellement, après deux ou trois tentatives de recevoir une bourse de sponsoring, ainsi auprès des marques de maillots Arena et Tyr, j’abandonnais toute velléité dans cette direction.

Cela me donna l’occasion de vivre une aventure journalistique en toute liberté. Liberté de ton, d’analyse, possibilité d’appeler un chat un chat. Quelquefois, la tentation d’être aidé, non pour gagner un quelconque argent, mais pour pouvoir élever le niveau de ce site, par exemple accueillir des photos, rétribuer un peu mon neveu, qui l’avait créé pour moi,… et plus si possibilités.

Mais à chaque fois je retombais dans la situation sans issue, le Catch 22, la double contrainte. Soit faire ce qu’on veut sans aucun moyen, et donc échouer, soit chercher des moyens et devoir rendre des comptes, donc rogner sur ma liberté d’expression, ce qui revient à échouer également.  

Enfin : Craig Lord pourra se vanter de m’avoir fait travailler à mon blog un 1er mai, fête du travail !


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6 comments:

  1. bernardddemure

    Oui, c’est bien dommage de voir Swim Vortex jeter l’éponge. Ils avaient l’avantage d’être réellement ouvert sur l’information des événements nautiques internationaux et d’ouvrir les yeux des lecteurs sur les copinages et truandages prenant place à la FINA.

    Il y a quelques années (au temps du Ceausescu local), j’avais contacté la FFN pour leur suggérer d’héberger un forum ouvert au public: je m’étais crashé sur le mur de l’administration fossilisée et incompétente.

    Votre blog est la seule information de source française ouverte à l’internationale. Ne nous abandonnez pas!

    Pour moi, aux USA, ce n’est pas Labor Day!

    1. Eric Lahmy *

      Merci de votre intervention.
      Il n’est pas indifférent que le site qui dénonce les errements de la FINA disparait. La puissance de l’organe institutionnel mondial fait qu’on ne peut l’attaquer sans en supporter les conséquences. Quel commanditaire va payer pour assurer la liberté de l’information si elle égratigne les parrains de Lausanne ?
      Craig Lord, sans doute le meilleur journaliste de natation de ces dernières années, a très bien expliqué sa problématique.
      La question, pour ce qui me concerne, est la suivante : rendre compte, disons du championnat de France, demande plus de cinquante heures de travail en moins d’une semaine. La natation est mon sport. Mais, quelquefois, j’ai mieux à faire de mon temps libre que de rester penché pendant si longtemps sur un ordinateur pour comprendre ce qu’il s’est passé sur place et ce qu’on pourrait en penser.
      Je ne m’étonne pas de ce que vous ayez été refoulé par la Fédé dans votre projet de blog libre… Je ne crois pas, d’ailleurs, qu’une fédération soit préparée à abriter une information de qualité équivalente à celle nque revendique la presse libre. Je me souviens de la guerre stupide que livrait Luyce à cette maleheureuse revue, « Toute la Natation ». C’était une honte. Je lui disais mon admiration pour cette revue qui avait, ce furent mes mots « mis la natation ans les kiosques à journaux. » Une revue fédérale, comme son nom l’indique, est une revue… fédérale et rien d’autre. Elle répond à une charte non dite d’enthousiasme systématique qui va à l’encontre de toute analyse critique sérieuse…
      Aujourd’hui, on me rapporte que tout communiqué fédéral paraissant sur Extra Nat doit être approuvé par quatre chefs de service avant d’être publié. Passionnant n’est-ce pas?

  2. nananov

    Il n’y a qu’à voir comment « Natation Magazine » a traité les soucis de Barnier avec le contrôle anti-dopage : néant, pas un mot.
    Merci de faire votre boulot de presse libre, dans votre domaine.

    1. Eric Lahmy *

      Malheureusement, la revue fédérale n’est pas au service de l’information, mais de la « communication ». Dans une fédé où la moindre info doit être susvisée par quatre responsables de département, la dynamique des nouvelles évoque celle d’un tétraplégique.
      Marc Planche, qui s’occupait depuis 20 ans de l’info d’ExtraNat avec une scrupuleuse fidélité a été débarqué il y a quelques mois sans que personne ne songe à seulement le convoquer pour lui annoncer la nouvelle ou peut-être pour lui dire qu’on avait autre chose pour lui. Et comme le niveau d’ExtraNat s’est effondré, vu qu’il était le seul à aimer faire ce job, on lui a fait les gros yeux pour qu’il revienne !
      Au niveau du magazine : ceux qui s’en occupent, s’ils veulent garder leur boulot, font toute autre chose que se demander ce que les gens voudraient lire. Ils se demandent seulement ce qu’ils doivent écrire pour que Sezionale soit content. En quoi ça a changé ? En ce qu’avant, ils se demandaient ce qu’ils devaient écrire pour que Luyce soit content. Alors pour le journalisme, on repassera. Le journalisme nécessite un minimum de liberté et de confiance.
      J’ai d’ailleurs l’impression en lisant le site et la revue que la Fédé est devenue la Fédération de Water-Polo et des disciplines associées…
      Une information, telle que vous la demandez, sur ce qui est arrivé à Marseille « ce jour là » eut été essentielle à la fois comme info et comme pédagogie. Par exemple, avec le délai supplémentaire que donne le magazine par rapport au quotidien, on aurait pu se demander pourquoi un homme aussi vif, et averti des règles de l’antidopage que l’est Barnier, a-t-il fonctionné de façon tellement contraire à ses intérêts et à ceux de ses nageurs-nageuses.
      L’ancien DTN, Jacques Favre, qui connait très bien Barnier, me parlait à ce sujet de ce qu’il appelait, si je me souviens bien de l’expression exacte qu’il employait, d’un « faux acte manqué. » Si j’ai bien compris son point de vue, Barnier était « cuit », très fatigué par excès de travail, et il en était arrivé à un point de saturation qui emmène aux mauvais choix.
      On devrait d’ailleurs peut-être envisager pas mal d’événements récents dans la natation française sous cet angle. Le métier d’entraîneur de natation est je crois d’une difficulté extraordinaire ; et en tout cas je vois beaucoup d’entraîneurs usés, cramés, qui tout à coup se mettent à commettre des fautes anormales, qu’ils ne feraient jamais en pleine possession de leurs moyens. Je ne sais pas si c’est un symptôme. Je le crois. Je pense que ce sujet, et beaucoup d’autres, devraient être envisagés. Mais, pour que ça passe par la revue fédérale, il faudrait surtout qu’en haut de la Fédé, ils arrêtent de faire de la politique de tout…

  3. GUY

    Toujours un plaisir de te lire Eric!
    comme l’avait évoqué O, j’ai lu le livre de Duluc « Kornélia ». Je l’ai trouvé intéressant. C’est tellement rare que l’univers de la natation soit si bien conté.
    Dans un autre registre,,tu dois absolument écouter l’entretien de Yannick Agnel sur le podcast « nouvelle école »sur YouTube.
    Tu auras les réponses à tellement de tes interrogations.
    Yannick est profondément sincère dans cet entretien; Il en sort grandi selon moi.
    en espérant lire tes commentaires
    Guy

    1. Eric Lahmy *

      Salut Guy. Il faudra donc que je lise Duluc et que j’écoute Agnel !
      Il doit y avoir beaucoup plus de choses qu’il n’y parait sur la natation. Mon confrère et ami australien Alain Philippe coltier me signalait un livre de Chantal Thomas, « Souvenirs de la Marée Basse », paru chez Seuil, et je vous le recommande. Je pensais en faire une sortie de presse, je l’ai même annoté dans cette perspective, et puis je n’ai pas trop eu le temps. Je suis allé le récupérer chez Gibert, et j’ai vu d’autres livres, comme un sur les aventures d’un maître-nageur, c’était d’ailleurs assez pimenté, avec ses rencontres salées avec des clientes de la piscine, mais je ne l’ai pas acheté !
      J’ai trouvé agréable à lire le livre de Chantal Thomas, racontant la passion de nageuse de sa mère, Jackie, qui, tous les étés, trace jour après jour sur des kilomètres, le long de la côte, au large de Villefranche-sur-Mer, d’Arcachon ou du Cap Ferrat. J’avoue que ma première curiosité concernait ce nom, Thomas, nous avions eu une excellente nageuse, recordwoman de France des 800 et 1500 mètres, Colette Thomas, qui fut aussi une pionnière des ballets nautiques dans les années 1930 avec les Mouettes de Paris.
      Chantal Thomas n’a rien à voir avec Colette, c’est un écrivain reconnu, qui a pas mal écrit sur Sade, Casanova, Thomas Bernhardt, Marie-Antoinette… et sa nageuse de mère donc ! Pas le moindre de ses personnages : « ma nageuse de mère a deux visages : son visage de maison, obscur, et son visage de natation, lumineux »…
      Un grand salut à Laurence et Chloé. Très grande émotion de vous avoir rencontré tous trois à Paris à la Gloire du Sport de Camille…

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