TRIALS A OMAHA : LEDECKY TROUVE UNE PUNCHEUSE POUR LUI RÉPONDRE

AVEC LEAH SMITH, CELA PROMET DE RENDRE COUP POUR COUP

Éric LAHMY

Mardi 28 Juin 2016

Avant la course, on se disait, il y aurait Ledecky, et derrière, un grand trou spatio-temporel, derrière lequel une nageuse, peut-être Runge, peut-être Schmitt, ou une autre, arracherait au bout de la nuit sa place pour Rio.

Pour ce qui est du trou, je m’étais trompé d’une place. Qui pouvait savoir que derrière Ledecky, surgirait une nageuse capable de la suivre et de finir à seulement une longueur ?

Or cette ondine existait et il s’agissait de Leah Smith.

Pas une inconnue pour les lecteurs de ce site, puisque le 4 Juin, pendant les meetings Arena, elle avait montré patte blanche et j’avais tenté de vous la présenter de la façon qui suit.

« Deux meetings aux USA, ce week-end, deux Arena, l’un à Santa Clara en Californie, l’autre à Indianapolis. A l’approche des trials, le temps s’accélère. Tandis que les Chinois et les Australiens se partagent la vedette sur la côte ouest, c’est une Américaine pur jus qui défraie la chronique dans l’Etat du centre-est, carrefour de l’Amérique.

Cette Américaine s’appelle Leah Smith.

Smith, c’est le nom le plus commun de Grande-Bretagne, d’Irlande, des USA et d’Australie, le problème pour un Smith des pays anglo-saxons n’est donc pas de se faire un nom (comme Arnold Schwarzenegger ou Sir Abubakar Tafawa Balewa), mais un prénom. On estime par exemple à une bonne quinzaine le nombre d’Adam Smith célèbres. Pour s’imposer, donc, il va falloir qu’elle s’accroche, Leah ! D’ailleurs Smith est plus difficile à imposer, aujourd’hui, en natation, que Ledecky.

Qu’importe. Sur 200 mètres, Leah Smith n’était pas dans l’Indiana pour s’amuser. Plutôt connue pour ses titres en longues distances, 500 et 1650 yards universitaires (NCAA, autant en 2015 et 2016) Leah y va franchement. Dès les séries, 1’56s66, deux secondes et demi d’avance sur sa seconde (Melanie Margalis) et quatre sur le « cut » de la finale. Départ sur un bon rythme, qu’elle tient jusqu’au bout et termine énergiquement. Même chose en finale, où elle réalise pratiquement le même temps, deux centièmes plus vite, parait menacée par Margalis au virage final mais termine tambour battant. On ne sait pas trop de qui elle tient ce style de battante, si c’est de son père, médaillé universitaire à la perche ; de son grand-oncle Billy Conn, champion du monde des lourds-légers qui affronta deux fois Joe Louis (le Mohammed Ali d’avant Mohammed Ali) ; ou encore de l’arrière grand-père, Jimmy Smith, champ intérieur des Cincinnati Reds, vainqueur des World Series en baseball. J’opterai pour le boxeur. Elle nage avec retour des bras raides (ce qui signifie beaucoup de battement de jambes), et, à défaut d’avoir une maîtrise supérieure des éléments sous-marins dits non nagés, elle est bien en ligne, tire bien dans l’eau avec une fréquence élevée. Grande sans plus, mais bâtie en force, c’est le garçon manqué dans toutes ses attitudes ! Le lendemain de ce 200 mètres, elle s’est qualifiée dans le 400 mètres en 4’5s21, quatre secondes devant Vien Nguyen… Je vous dis, ça ne plaisante pas.

Il parait que chez elle, tout, avec ses frères et sœur était une compétition : qui nettoie le plus vite sa chambre, qui reçoit la meilleure note au concours d’entrée au collège, qui exprime le mieux son expression d’un personnage de films.

Elle est championne du monde en relais avec les 4 fois 200 mètres US de Kazan, où elle gagna sa place à la loyale, par ses performances des séries, et nagea en finale en seconde position). Ici, elle a nagé presqu’une seconde plus vite qu’à Kazan et il semble qu’elle ne parait pas envisager un strapontin dans les relais pour Tokyo mais quelque chose de plus… »

LEDECKY PANACHE : MONUMENTALE FAUTE DE TRAIN ET TEMPS DE PASSAGE DE FOLIE

Le lendemain, rebelote, elle nageait dans les 4’3s, et, notions-nous, seule Katie Ledecky a nagé plus vite qu’elle cette saison. Mais de là à imaginer son exploit d’hier.

Certes, Ledecky a gagné, et bien gagné, ça ne se discute pas. Elle y a mis cette hargne, cette volonté, qui la caractérise, et elle a frôlé, son record mondial, en 3’58s98 contre 3’58s37. D’ailleurs, toute sa course était bâtie pour effacer ce temps. Dans son record mondial, établi en 2014 à Gold Coast, Australien, Ledecky était passée en 57s87, 1’58s30, 2’48s74 pour finir en moins d’une minute. A Omaha, c’était beaucoup plus incisif : 56s31 aux 100 mètres, un temps de record du monde en 1975, le genre de perf qui laisse la plupart des sprinteuses de ces trials se retourner sur le dos en appelant leur maman ! Aux 200, en 1’56s28, proche, sachant qu’elle vire au pied, du record du monde de Laure Manaudou, 1’55s52, en 2007. Elle avait accumulé deux secondes d’avance sur son passage record. A ce moment, d’ailleurs, Leah Smith elle aussi nageait plus vite que la Ledecky de Gold Coast, 1’58s18 contre 1’58s30, c’est dire si la petite fille de Billy Conn essayait de coincer la Joe Louis de la natation dans les cordes.

Mais Ledecky fuyait, toujours plus loin devant, et visitait, c’est sûr, ses limites, les mettait à l’épreuve, au défi, à la torture même, de sa fureur de nager. Mais son allure, tout en restant exceptionnelle, hors d’atteinte de toute fille au monde, avait un peu baissé. Elle perdait une seconde sur son troisième cent mètres, et une et demie dans le dernier aller-retour.

1’56s26 et 2’2s72, ce n’était certes pas de l’égalité d’allure, c’était même une faute de train, mais n’en était que plus monumental !

Smith, elle, quoique dominée, ne baissait pas sa garde. Au troisième quart de course, elle fit jeu égal avec l’ogre. A l’arrivée, en 4’0s65, elle battait son record de trois secondes. Dans l’histoire, seule Ledecky et une Pellegrini dopée au polyuréthane (3’59s15) avaient nagé plus vite.

Derrière, les dégâts collatéraux de cette double échappée étaient terribles. Allison Schmitt, qui avait essayé de suivre l’allure, passait en 1’59s84 et finissait dix secondes plus lentement, en 2’9s69. Runge, 3e, touchait à treize mètres de Ledecky, dix ou onze de Smith !

Mais peut-être le plus étonnant est-il que je m’étonne de ce que quelqu’un ait pu s’approcher de Ledecky de presque trois mètres, tant la Kathleen inspire des sentiments de respect, proche d’une sorte d’effroi.  

DAMES.- 400 mètres : 4:11s63 1. Katie Ledecky, 3’58s98; 2. Leah Smith, 4’0s65; 3. Cierra Runge, 4’7s03; 4. Lindsay Vrooman, 4’8s99; 5. Allison Schmitt, 4’9s25 ; 6. Stephanie Peacock, 4’9s53 ; 7. Hannah Moore, 4’9s54 ; 8. Hannah Cox, 4’9s72.

Passages de Ledecky, 27s44, 56s31, 1’26s11, 1’56s28, 2’27s03, 2’57s78, 3’28s78, 3’58s98, soit 56s31, 59s97, 1’1s50, 1’0s20.

Passages de Leah Smith, 27s97, 57s70, 1’27s76, 1’58s18, 2’28s90, 2’59s51, 3’30s35, 4’0s65, soit 57s70, 1’0s48, 1’1s33, 1’1s14.

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