TSUYOSHI YAMANAKA (1939-2017), JAPON, RIVAL MALHEUREUX DE MURRAY ROSE ET ROI SANS COURONNE DU 200 METRES DES JEUX DE ROME (1960)

Eric LAHMY

Jeudi 28 Avril 2017

Tsuyoshi YAMANAKA (Wajima, Ishikawa, 18 janvier 1939-Tokyo, 10 février 2017) qui s’est éteint le mois dernier dans un hôpital de Tokyo, a peut-être été le plus grand nageur de libre japonais, avec Hironoshin Furuashi.

Il fut pendant six ans, de 1956 à 1961, le principal rival des Australiens et des Américains en demi-fond. Ses trois médailles d’argent individuelles olympiques – deux sur 400 mètres, une sur 1500 mètres – furent acquises toutes trois derrière l’Australien Murray Rose. Rose était né douze jours avant Yamanaka, le 6 janvier 1939, et lui disait en plaisantant qu’il devait toujours le laisser gagner en signe de respect pour un aîné. Sur 400 mètres, à Melbourne en 1956 et à Rome en 1960, Rose enleva l’or, facilement, avec les deux fois exactement 3’’1 d’avance sur Yamanaka. Sur 1500 mètres, à Melbourne, Yamanaka, était mené de quelques mètres quand il lança à cent mètres de l’arrivée un sprint final éblouissant qui parut menacer Rose. L’Australien réagit et l’emporta en 17’58’’9 contre 18’0’’3.

A Rome, quatre ans plus tard, Rose fut 2e du 1500 mètres derrière Konrads, loin devant Yamanaka, qui, après avoir nagé jusqu’au 1400 mètres de front avec George Breen, ne put résister au finish de celui-ci et termina 4e, perdant quatre secondes dans les cent derniers mètres.

Yamanaka, posté en 3e position du relais quatre fois 200 mètres des Jeux de Rome, réussit un parcours lancé en 2’0’’6, le plus rapide de la journée, qui lui permit de décramponner Murray Rose (2’2’’7) et de mettre le Japon à l’abri du retour de John Konrads, le plus fort australien, 2’1s3 lancé.

Yamanaka, qui avait établi plusieurs records du monde sur 200 mètres et un sur 400 mètres (4’16’’6 en 1959), se jura de « battre Murray Rose, une fois avant de mourir ». Son heure arriva en 1961, aux championnats des États-Unis auxquels ils participaient ; Murray Rose étudiait depuis 1958 à USC et Yamanaka, une fois diplômé (1960) de l’Université Waseda, l’avait rejoint pour nager sous la direction de Peter Daland. Rose avait fait l’impasse sur le 1500 mètres et nagea le 100 mètres, distance inhabituelle pour lui, où il rata d’un dixième la qualification en finale.

Yamanaka, présent sur 1500 mètres, nagea, lui, sa course en souplesse, termina sixième, se réservant manifestement pour ses duels sur ses meilleures distances, 200 mètres et 400 mètres. Sur 200 mètres, Rose et Yamanaka se qualifièrent en séries en battant le record américain. En finale, tous deux se marquèrent, puis à la sortie du dernier virage, se lancèrent dans un sprint furieux. Yamanaka l’emporta en 2’0’’4 (nouveau record du monde) contre 2’0’’9. Sur 400 mètres, Rose, contre son habitude, lança la course sur des bases élevées, passa en 28’’7 au 50 mètres, mais Yamanaka résista. Encore devancé d’un demi-mètre aux 350 mètres, il reprit l’ascendant dans le sprint final, l’emportant d’un bras, en 4’17’’5 (record US) contre 4’17’’8.

Après cela, Yamanaka ne nagea guère très sérieusement entre 1962 et le début 1964, quand il décida de tenter une dernière fois sa chance aux Jeux, qui se tenaient à Tokyo, au Japon. Il fut encore finaliste du 400 mètres (6e en 4’19’’1).

Il remporta en 1967 le 800 mètres « pré olympique » de Mexico à vingt huit ans. Yamanaka battit en tout 6 records mondiaux individuels. Sa malchance – outre le fait que sa carrière coïncida assez exactement avec celle de Murray Rose – fut que le 200 mètres, sa meilleure distance, ne fut pas disputée aux Jeux olympiques à son époque.

Il améliora les records du monde de la distance à cinq reprises : 2’3’’ (1958), 2’1’’5 (1959), 2’1’’2, 2’1’’1, 2’0’’4 (1961). En 1959, il amena le record du monde du 400 mètres à 4’16’’6. Il participa aux relais japonais recordmen du monde en 1959, en 8’21’’6 et 8’18’’7, et en 1963 (8’9’’8).

Yamanaka, assez petit de taille, mais très costaud (1,71m, 75kg) développa son talent au Japon. Il avait appris à nager en mer (du Japon), où sa mère, plongeuse professionnelle, vivait de la pêche des huitres et des coquillages. La petite histoire veut que, quand le jeune Tsuyoshi ne se concentrait plus sur sa technique ou musardait, son entraîneur lui lançait des cailloux sur le dos. Le nageur n’avait plus qu’à rectifier le tir… et à ramasser les cailloux à la fin de l’entraînement.

Méthode japonaise ou particularité du nageur, Yamanaka effectuait en 1956 un retour aérien des bras tendus, décrit comme « en ailes de moulin à vent » par un observateur, ce qui en fait un précurseur de Kristin Otto, de Janet Evans et de Michaël Klim ainsi que d’un grand nombre de stars du sprint du vingt-et-unième siècle. Son style évolua par la suite vers un arrondi du retour aérien des bras…

Diplômé des universités de Waseda et de Californie du Sud, il dirigea une école réputée de natation, l’Itoman d’Osaka.

En 1995, tenté par la politique, il se présenta (sans succès) à la chambre des conseillers (députés). 

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