YANNICK AGNEL ET LA BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE DE MONSEIGNEUR PHELPS

Éric LAMY

Mercredi 20 Avril 2016

Donc Michael Phelps a plébiscité Yannick Agnel. Cela peut n’être qu’un propos diplomatique. Mais pour lui, le Français peut gagner le 200 mètres nage libre à Rio. C’est un regard à la fois technicien, positif et sans doute amical du plus fameux nageur de notre époque à quelqu’un qu’il a bien connu, semble avoir apprécié, et avec qui il a partagé des lignes d’eau à l’entraînement.

Bien entendu, Phelps n’a sans doute pas suivi le détail de la saga d’Agnel depuis deux ans, et cette difficulté de revenir aux commandes que le Français a vécu.

Puisque Phelps a positivé sur le Français, essayons de le suivre dans cette voie, fut-ce sans trop se faire d’illusions, mais en mesurant les atouts du toujours champion olympiques de Londres.

Premier point : Agnel, dans son arrivée à moitié plantée et à moitié noyée des championnats de France de Montpellier, touche en 1:46s99. Or les images filmées montrent qu’il a une tête d’avance sur Pothain à ce moment. On en conclut que s’il n’avait pas tâtonné vers le mur comme quelqu’un qui cherche son chemin (ou, autre hypothèse, que les chronométreurs n’ont pas nourri le système d’un temps inventé vu que le sien ne s’était pas inscrit), il aurait été crédité d’un temps d’un dixième supérieur à celui de Pothain, donc de l’ordre de 1:46s7.

Agnel, 16e dans les bilans de l’année, aurait été avec 1 :46s70, 12e ex-aequo, ce qui ne permet pas de pavoiser ou de le marquer favori possible olympique, mais est très loin d’être misérable.

Et puis il y a un mais qui pourrait lui être favorable. La densité des bilans. Eloigné en place, Agnel n’est pas si loin en termes de performances. Le meilleur nageur de l’année est James Guy, avec 1 :45s19. C’est trois mètres d’avance. Enorme, et pas tant que ça à la fois. Dans les trois quatre mois qui nous séparent des Jeux, est-il possible de combler ce gap ? Disons que ce n’est pas impossible. Cela reste très théorique, mais voilà…

Un autre point positif, c’est que le 200 mètres n’a guère évolué depuis 2012, quand Agnel a triomphé aux Jeux olympiques en 1:43s14 devant les deux Asiatiques de service Park et Sun, 1:44s79.

En 2015, James Guy a dominé le bilan avec 1:45s14 devant Yang, 1:45s20.

En 2014, le mieux disant a été Thomas Fraser-Holmes avec 1:45s08 devant Kosuke Hagino, 1:45s23. En 2013, seul Agnel est passé sous les 1:45s, avec 1:44s20 devant Yang, 1:44s47 et Danila Izotov, 1:44s87.

Depuis 2013, personne n’a franchi jusqu’ici la limite des 1:45s. Si les choses en restent là…

Bien entendu, rien de tout cela n’est sûr et il faut être un incorrigible optimiste pour penser que d’ici les Jeux ou aux Jeux, de grosses performances ne risquent pas de dégringoler. Pour Agnel, les questions qui se posent à mon sens sont les suivantes :

1)       A-t-il conservé sa détermination et son enthousiasme, et à l’approche des Jeux peut-il trouver une volonté inébranlable de l’emporter ?

2)       A-t-il toujours sa santé ? Est-ce que deux épisodes de pleurésie n’ont pas entamé son potentiel physique ?

3)       Est-il au point techniquement ?

En cas de triple réponse positive, tout reste possible. Il ne pourra pas maîtriser ce que feront les autres nageurs, mais s’il parvient à maîtriser ce qu’il fait…

Ces articles peuvent vous intéresser:

  • PHELPS, MEILLEUR NAGEUR DE LHISTOIRE ? 15 août 2012             Nul ne met en cause le statut de nageur du siècle de Michael Phelps. Et pourtant, à regarder de plus près, l’Américain est moins loin devant qu’il n’y parait. […]
  • Park, Yang, Agnel, sprinters de demi-fond Par Eric LAHMY Mardi 4 Mars 2014 A quoi servent les spécialités ? Michael Phelps a répondu à sa façon : elles servent à enrichir (ou à alourdir le programme), et a permettre à certains […]
  • SI ON EN FINISSAIT AVEC LE « DOPAGE » DE SHIWEN YE? ARRETONS DE CHINOISER, SHIWEN YE, A LONDRES N'EST PAS PLUS DOPEE QUE KATIE LEDECKY! Eric LAHMY Samedi 9 Janvier 2016 Pourquoi ne faut-il jamais dire qu'une performance exceptionnelle […]
  • NON-ENTRETIEN CHOC DE JACQUES FAVRE SUR SON NON-BILAN Eric LAHMY Jeudi 5 Mai 2016 Jacques Favre aime prendre des risques. C’est lui qui le dit. Dans une interview parue dans la revue officielle de la Fédération (mai 2016). L’intervieweur […]

4 comments:

  1. Pierre

    Je vais me permette de jouer aux devinettes :
    1) Oui et non. Sa confiance en lui est manifestement ébranlée par l’olympiade passée, mais si la volonté est là, la hargne reviendra vite le jour J s’il y a une ouverture. La question est de savoir où il en est quand ça devient dur à l’entraînement.
    2) Plus difficile à dire. J’aurais confiance de ce côté a priori, même s’il y a forcément un doute. En même temps, le temps d’Agnel à Barcelone (moins entraîné) aurait gagné en 2014 et 2015.
    3) C’est probablement le coeur du problème. Peut-il résoudre en trois mois ce qu’il n’a pas résolu en deux ans avec Horter?

    1. admin *

      Tout cela me parait cohérent et judicieux… Après, il y a la question concernant le mental qu’il aura entre les France et Rio: nageur sur le déclin qui attend la retraite avec une certaine impatience; ou nageur « banzai » qui s’apprête au grand combat.
      Enfin, beaucoup de questions et zéro réponse pour l’instant!!

  2. Marc

    « 3) Peut-il résoudre en trois mois ce qu’il n’a pas résolu en deux ans avec Horter ? » Avec cette question Pierre pose le vrai problème.
    Une
    « reconstruction », j’utilise ce terme car il a été souvent employé par Yannick et son entraîneur, s’opère toujours étonnamment rapidement quand les « outils » utilisés sont les bons.
    Donc tout est encore possible pour Yannick à condition de changer de stratégie d’entraînement.
    Si ce n’est pas le cas il ne nous reste plus qu’à croiser les doigts en espérant que le talent (?) de Yannick lui permettra, malgré tout, d’être champion olympique et de nous dire pour nous rassurer que le 200m est une épreuve ouverte… que le 200m n’a pas progressée depuis 2012…Etc.

    1. admin *

      Merci, Marc, de votre intervention. Le point de vue technique est certes à retenir, mais est-ce le seul ? Agnel à Montpellier a été pendant 150 mètres assez près de ce que savions de lui…
      Il y a aussi que même s’il a raté son arrivée, le système de chronométrage aussi l’a ratée, car même en touchant très bas, très mal, comme un débutant, il a atteint le mur clairement avant Pothain. Après, cela l’aurait quand même laissé à trois secondes de son temps de Londres. Il est sûr que « tenter de se rassurer » en se disant que le 200 mètres na pas évolué est uniquement dû au fait qu’il est tellement loin de s’adosser au roc solide de ce qui fit sa supériorité, qu’on cherche pour lui des branches qui n’existent pas.
      Pour le reste, même les nageurs les plus armés techniquement n’avancent pas s’ils sont en-dessous de leur valeur en termes de santé, ou encore quand ils n’ont pas la volonté de gagner. Ce qui fait que les techniciens voient tout en termes de technique, les médecins en termes de santé et les psychologues en termes de concentration et de volonté de l’emporter… Et des gens comme moi croient aussi à l’aléa. Napoléon Bonaparte (qui n’est pas mon idole, je vous l’assure) demandait toujours, avant de nommer un général, s’il « avait de la chance. »
      Quant aux épreuves qui ne bougent pas, on en a vu comme ça ne pas évoluer pendant des années et se réveiller par exemple le jour même des séries olympiques où tout le monde passe en force. Il se peut très bien que personne ne nage sous 1:45s avant les Jeux et tout le monde nagera moins de 1:45s pendant les Jeux. Ça, c’est la compétition qui décidera.
      Je vous concède qu’il ne vaut pas mieux compter sur la chance. Mais elle existe.
      Un mec vraiment chanceux fut le Néo-Zélandais Danyon Loader. Aux Jeux d’Atlanta, en 1996, il gagna le 200 mètres en 1:47s63 et le 400 mètres en 3:47s97. Vous parlez d’un doublé formidable ! Ce furent les courses les plus lentes de l’époque aux niveaux mondial et olympique. Sur 400 mètres, quatre années plus tôt, à Barcelone, avec ce temps, il aurait seulement fini 4e! Kieren Perkins, le champion et recordman du monde avec 3:43s60, avait réussi l’exploit de ne pas se qualifier sur 400 mètres et tous les bons, Kasvio, Holmertz, avaient disparu. Et autant à Barcelone qu’à Sydney, en 2000, il fallut battre le record du monde pour l’emporter. Et sur 200 mètres ? Il aurait terminé, toujours à Barcelone, 3e ex-aequo ! Loader était tombé dans un véritable « trou » de performances, sans un grand nageur ! Il fut double champion olympique individuel de nage libre sans jamais avoir été considéré comme un grand nageur.
      … Bon, des chances comme celle-là, je n’en ai pas des wagons dans mon havresac.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


5 × cinq =