COMMENT JEREMY STRAVIUS A QUITTE AMIENS

SANS LANGUE DE BOIS

Jeremy Stravius a publié sur son site le texte qui suit, par lequel il explique les événements de ces derniers mois, qui l’ont conduit à ne plus représenter le club d’Amiens (il nage à Nice).

Au vu de la tournure des évènements il me faut absolument éclaircir la situation dans laquelle j’étais mais aussi dans laquelle je suis actuellement.

Je n’ai jamais caché quoi que ce soit concernant mes choix, mon parcours, mes échecs… je n’ai jamais trouvé d’excuses quand ca n’allait pas et j’ai su faire face à cela.

Je pense que j’ai su aussi répondre présent quand les résultats étaient au rendez-vous (itw,sollicitations,dédicaces,remerciements…) parce qu’il me semble logique et respectueux vis à vis de ceux qui me soutiennent de les remercier à leurs tours (Nageurs, parents, coachs, la région, le département, sponsors, la ville…)
L’an dernier j’ai appris par hasard que mon coach allait partir entrainer à Paris. De ce fait j’avais devant moi 3 solutions:

-Le suivre à l’INSEP(hors Amiens) en sachant que l’année était un peu compliquée et nos relations un peu tendues…

-Rester sur Amiens avec un nouveau coach et un nouveau groupe mais celui ci pour avoir été honnête avec moi m’a conseillé de partir puisque le groupe était très jeune et le contenu de l’entrainement ne m’aurait pas convenu

-Trouver une structure d’entrainement en France qui puisse satisfaire à mes attentes pour finir ma carrière.

C’est avec envie que j’ai rejoint Nice et son groupe d’entrainement l’an passé.
C’est aussi avec envie que j’ai voulu rester licencié à Amiens car j’ai représenté ce club pendant 11ans et c’est grâce à lui que j’ai pu me hisser au haut niveau et apporter toutes ces médailles pour ma ville et mon pays 🇫🇷

Même si j’ai été licencié du fait d’être parti à Nice j’ai tout de même accepté de représenter mon club.
Sous contrat d’image avec Amiens, je pensais bien sûr continuer l’aventure cette année jusqu’aux Jeux Olympiques…

J’ai fait un choix qui m’a demandé beaucoup de sacrifices puisque je me suis installé à Amiens en pensant finir ma carrière et trouver ma reconversion pour laquelle j’ai travaillé là-bas.

Même si je savais que la durée ne serait que de 2ans, j’ai quitté ma maison, mes amis, ma famille, mes toutous(rassurez-vous ils sont bien gardés 😉🐶🐶)

Début octobre (1mois après le début de saison commencé) je prends des nouvelles du club qui me dit que je ne suis pas licencié car je n’ai pas fait de retour concernant ma licence et mon contrat 🤨
mais également qu’ils ne m’ont pas vu de la saison… (interclubs,meeting des hortillons,championnats de France)
reconnaissant tout de même ne jamais m’avoir sollicité car ils n’ont pas les moyens de financer le billet d’avion…

De ce fait, le comité directeur s’est réuni et en est arrivé à cette conclusion: un contrat divisé en deux…

Ceux qui me connaissent bien comprendront mon choix de ne plus représenter ce club pour cette saison ( je veux citer les journalistes, mes amis, ma famille, mes anciens coachs, les profs de sport, les maitres nageurs, les clubs qui m’ont accueillis pour divers meetings, les nageurs, certains élus ou anciens élus etc…)
Un remerciement spécial à mes sponsors qui sont toujours là pour m’accompagner 🙏🏻🙏🏻

Je ne pense pas mériter tout cela après tant d’années données pour ce club pour lequel j’ai eu aussi le plaisir à entrainer durant 3 ans.
Je n’ai pas reçu un seul appel de quiconque depuis le début de saison…

Je trouve dommage d’en arriver là et ne pas avoir également été soutenu cette année par la ville (regrettant que ma situation n’ai pas trouvé d’issue, « bon courage à lui ») mais je veux retenir que le positif.

J’ai de la peine pour tout les Amiénois, Picards, Samariens et ceux bien sur du Vimeu qui m’ont toujours soutenus.
J’aurais aimé aller jusqu’au bout avec vous.

Mon chemin s’arrête là avec Amiens mais pour tous ceux qui croient en moi vous serez toujours dans mon coeur.

L’aventure n’est pas finie !!! Et je compte bien la poursuivre et la terminer d’une belle manière !

On se voit très vite

Jérémy STRAVIUS

LES MEDITATIONS AQUATIQUES DE GILLES BORNAIS

*GILLES BORNAIS. LE NAGEUR ET SES DEMONS (Editions François Bourin, 2019).

ERIC LAHMY

Mardi 2 Juillet 2019

Ecrire une critique sur le dernier livre de Gilles Bornais me paraissait représenter un exercice piégeux. D’un côté, Gilles est un copain, d’où risque de mansuétude excessive.

Sachant ce que je sais de ma personnalité comme journaliste, le risque n’est pas de ce côté, je suis plutôt d’un genre acéré.

D’un autre point de vue, Gilles, avec Le Nageur et ses Démons, entre dans un domaine que j’ai exploré inlassablement depuis cinq ans (bien après mes années 1969-1992 à L’Equipe) ; Galaxie Natation a été une tentative  de blog sur la natation, totalisant, en ce que je ne me refusai aucun angle, descriptif, technique ou politique, national ou international de l’activité. Or qui dit totalisant dit : tentation totalitaire ; et ne serais-je pas tenté, réflexe reptilien, de défendre un territoire et de récuser son essai au nom du « je l’ai déjà dit », « il ne nous apprend rien », et autres amabilités de ce genre ?

Mais m’y voici. Après une douzaine de romans, policiers à une ou deux exception près, Gilles revient sur l’un des deux grands amours de sa vie, la natation l’autre étant vous l’avez deviné l’écriture.

Le fan de natation sportive que je suis avait retenu « Huit minutes de ma Vie » comme une approche romancée très réussie de la vie et la carrière sportive de Laure Manaudou. Analyse d’un phénomène, bien documentée par ses conversations avec les témoins de l’ondine, ainsi Philippe Lucas, avec qui je crois savoir que Gilles entretient de bonnes relations. Le texte s’achève sur l’apothéose du 800 mètres nage libre olympique dans les huit minutes et poussières duquel la Manaudou de fiction entend jouer sa carrière à pile ou face.

« Huit minutes de ma Vie », publié en 2012, est un des relativement rares romans écrits en français sur un sport qui n’a pas trop inspiré les écrivains (1).

Gilles n’est pas seulement un observateur de la natation. Il est tombé tout jeune dans la marmite, a mouillé et chloré le maillot de bain, a aussi entraîné, rédigé d’innombrables articles des petits matches régionaux aux Jeux olympiques comme envoyé spécial et spécialiste de natation du Parisien, et s’est pas mal interrogé sur la technique, l’entraînement.

Il a dû se dire qu’il était temps pour lui de revenir sur ces sujets qu’il connait parfaitement, et cela nous donne donc « Le Nageur et ses Démons ».

Gilles est un bosseur. Nageur laborieux, dénué de vitesse, mais d’une endurance fanatique, il a trouvé dans ses longs parcours aquatiques une forme de méditation… Je ne sais s’il pense dans l’eau, mais je présume qu’en nageant lentement, il est envisageable de nourrir quelques idées. Il prétend que oui. Personnellement, je phosphorais mieux lors de joggings. La nage ne me paraissait pas propice à l’élaboration d’idées complexes, que d’ailleurs je ne pouvais pas noter comme en course à pied, ensuite en raison d’une exigence technique. Si je ne me concentrais pas sur mon mouvement de nageur, il pouvait se déliter au risque d’entrer dans un n’importe quoi technique. En nageant, je phosphorais sans doute, mais me devais de penser mon mouvement.

C’est peut-être ce que prétendait Marc Begotti quand il disait que le nageur ne pense pas ?

Mettre un pied devant l’autre, sur le sol, étant une activité bien plus atavique, le degré de concentration sur le mouvement peut être réduit à zéro, au bénéfice d’une pure oscillation mécanique laissant le champ libre à une réflexion poussée. Sauf à se prendre un pied dans une racine, cent mille ans d’adaptation font qu’on peut se déconnecter de son mouvement en course, lui laisser sa pure dimension réflexe. Est-ce pour cela qu’on dit : courir comme ses pieds ?

Adepte, comme dans sa nage, d’un style minimaliste, Gilles Bornais, qui admire Faulkner, a parfois varié les formes de son écriture. Ici, il nous tricote en maillage serré sa propre expérience et une vision plus large du sport.

 

GILLES BORNAIS TENTE DE METTRE A PLAT A PEU PRES TOUT CE QU’UN ESPRIT CULTIVE EST CENSE DEVOIR CONNAITRE DE LA NATATION, D’UN POINT DE VUE DE LA PRATIQUE, DE LA THEORIE ET DE L’HISTOIRE DE CE SPORT.

C’est une approche littéraire de la natation sans précédent en France. La meilleure tentative approchant que je connaisse est un bijou de livre, sans doute le meilleur que je n’ai jamais lu sur ce sport, et signé Charles Sprawson ; il s’intitule (étrangement) « Haunts of a Black Masseur, The Swimmer as Hero. » Si Sprawson, nageur, historien et marchand d’art, a de la natation une approche littéraire et cinématographique empreinte de mysticisme, Bornais, lui, loin de tout flou artistique, l’appréhende dans un style simple et dépouillé, nourri de moins d’artifices, sous un angle cartésien, technique et de pratique compétitive. A Byron et l’Hellespont selon Sprawson, Bornais oppose Manaudou, le cube de Londres et un chronomètre à dédoublante…

Je dirais qu’il tente de mettre à plat à peu près tout ce qu’un esprit cultivé pourrait devoir connaître de l’art de la nage, des points de vue de la pratique, de la théorie et de l’histoire.

Est-ce que je partage les points de vue de l’auteur ? En général, oui, et ses analyses recoupent assez bien les préoccupations qui furent les miennes entre 2012 et 2018, quand je décidai de sortir d’un silence imposé par mon entrée à l’état de retraité du journalisme. En général, il conforte et confirme mes analyses, ainsi celles concernant les dérives du sport en raison de préoccupations de ses hauts dirigeants.

Comme les sujets ne manquent pas, Bornais découpe finement son propos. 38 chapitres pour 230 pages, six par chapitre, c’est bien son rythme de nageur de bras, et, en alternance, parfois de jolies culbutes, d’autres fois de bons vieux virages main au mur.

Techniquement, j’ai assez peu à dire, ses convictions sont celles d’à peu près tous ceux qui professent la natation de nos jours, et si j’émets certains doutes sur certains mantras qu’il reprend à son compte (comme : les jambes ne propulsent pas) je me suis tellement exprimé sur la question dans ce blog que je n’y reviendrai pas. D’ailleurs je ne crois pas que le combat autour de ce genre d’axiome soit d’une quelconque importance. Mais qu’on se le dise : plus aucun nageur ne peut espérer devenir champion du monde ou olympique sans l’apport d’un fort battement de jambes, du 50 au 10.000 mètres.

J’ai été touché par les rappels que fait Gilles d’Annette Kellermann et d’Ethelda Bleibtrey, qui étaient un peu mes héroïnes en raison de leur rôle fondateur de la natation féminine et de l’idée que je me suis fait assez tôt de la natation sport féminin par excellence. Au moment où quelques bédouines mal inspirées viennent imposer dans les piscines leur vision encapuchonnée et honteusement emprisonnée d’un corps d’esclave au féminin, il est bon de se souvenir de ces libératrices.

L’air de ne pas y toucher, on finit le livre en se disant qu’on vient de lire un ouvrage assez complet qui touche à tous les questionnements de nageur. Plongez-y, si vous aimez ce sport, vous ne le regretterez pas. Si vous voulez le mieux connaître, ne le lisez pas trop vite, macérez ce qu’il vous enseigne, car Bornais va vous en apprendre un max. Je savais à peu près tout ce qu’il raconte (outre les détails de sa biographie nagée, que j’ignorais en revanche copieusement), mais j’étais bien content qu’il me le remémore.

J’ai trouvé un peu dommage que Bornais ne donne pas les noms de certaines personnes rencontrées. Alain-Michel, le coach de Clichy, pourquoi ne pas dire qu’il s’appelait Hipp ? Et Jacky, Brochen ? Pourquoi ne pas donner son nom à Lucien Lacoste qui essaya d’attirer Laure Manaudou à Toulouse ; même s’il était en concurrence avec Lucas, il n’y a rien de honteux à cela ! Il parle aussi de ses démêlés aquatiques (mais peut-être pas seulement aquatiques ?) avec « le fils d’un recordman du monde » de natation dont la recherche de l’identité (qui ça peut donc bien être ?) a provoqué chez moi une forte migraine, alors qu’il n’avait qu’à écrire (si c’est bien lui) Eric Eminente. Et pourquoi éviter de donner le nom de ce garçon qui lui avait collé dix secondes dans un 100 papillon ?

Mais peut-être, direz-vous, le lecteur lambda s’en fichera un peu !

Une fois, cependant, donner le nom l’a comme dispensé de l’affubler du bon prénom. Dickson, entraîneur d’Antibes de natation et capitaine de l’équipe australienne des Jeux de Tokyo, ne s’appelait pas Andy mais David. Andy, lui, était un matchmaker et le manager du stade de Bercy…

Il y a quelques coquilles, erreurs et manques de relecture sans parler de fautes d’appréciation un peu dommageables à mes yeux, par exemple page 139 quand Gilles écrit :

« en 1977, la Fédération,  à l’initiative de son directeur technique national Gérard Garoff, jeta, malgré l’hostilité des clubs, les bases rationnelles de la préparation de son élite en édifiant la piscine Emile-Schoebel, à côté des longs bâtiments de brique du bois de Vincennes ».

 

GERARD GAROFF N’A JAMAIS LANCE LES BASES DE LA PREPARATION RATIONNELLE, IL A ETAYE LA PRATIQUE DANS UN NOMBRE IMPORTANT DE COMMUNES DE FRANCE

Or la piscine de l’INSEP a été érigée vers 1966 (je me souviens y avoir nagé en 1967) et non en 1977 ; Garoff, qui n’a joué aucun rôle dans son érection, était alors probablement prof de gym ou censeur à Font-Romeu ; elle ne s’est appelée Emile Schoebel qu’en 2014, après avoir brûlé et été reconstruite selon des normes totalement différentes ; ensuite, si on peut dire que Gérard Garoff a « jeté les bases de l’entraînement rationnel », alors on peut tout dire. Garoff était un administrateur doublé d’un politique qui avait surtout effectué un « travail de fourmi » (expression d’Héda Frost dans une de nos conversations) afin de défendre la pratique du sport dans une multitude d’entités.

Pedroletti et Giacomoni, ses entraîneurs de l’INSEP, ont multiplié sans nuance ni la moindre subtilité par trois voire quatre les distances parcourues à l’entraînement, et les séances de 36 fois 400 mètres auxquels ils soumettaient leurs nageurs, sprinteurs compris, étaient la preuve de leur ignorance brute. Pour leur défense, on dira qu’ils étaient bien jeunes, et qu’ils progressèrent ensuite, non sans avoir cassé 98% de leurs élèves.

Je ne comprendrai jamais que Bornais (ou un autre) puisse trouver cela remarquable. La méthode était outrancière, nulle et non avenue ! Mais je soupçonne que l’auteur adhère à leur système parce qu’il convient à son approche, confondant plus et mieux !

Si la rationalité répond au comportement de Garoff, Pedro et Giaco à cette époque, soyons irrationnels.

Au bout du livre, j’en suis quand même à me demander à quels démons Bornais fait allusion dans son titre. Les siens propres, dans certains fonctionnements qui lui font, avoue-t-il, préférer aux encouragements de spectateurs avant la course (« allez, Gilles »), les « découragements (?). Des exhortations telles que « n’y vas pas, Gilles » ou « tu n’y arriveras jamais » me donneraient une raison supplémentaire de me surpasser, » dit-il. Assez amusant, cette façon de ne pas savoir se poser autrement qu’en s’opposant. Un rebelle, notre ami ? Ou un écorché vif ?

Immédiatement après, Gilles aborde la question des dépressions nerveuses qui atteignent quelques champions, que d’aucuns (Ian Thorpe, Grant Hackett, Michaël Phelps) soignent comme ils le peuvent, à l’alcool.

Les cas de ce genre sont d’ailleurs plus communs qu’il ne parait le suspecter. John Konrads, le champion olympique australien du 1500 mètres australien, mettait sa propre dépression sur le compte de son perfectionnisme de champion. C’était donc la face sombre de ses immenses qualités mentales. Plusieurs nageuses ont fait état de crises profondes, parfois liées aux exigences contradictoires que des millions de personnes faisaient peser sur elles (ainsi Shane Gould), parfois à des raisons fort différentes (Allison Schmidt, Melissa Franklin, Leisel Jones, Amanda Beard) dont l’âpreté des entraînements de natation n’est sans doute pas étrangère.

En y songeant, je me demande si le comportement d’Amanda Kukors, qui s’est plaint d’avoir été violée par l’homme, son entraîneur, avec lequel elle vivait, ne correspond pas, au-delà du caractère louche de l’accusation, à une profonde dépression.

Quant à Jerry Heidenreich, l’adversaire malheureux de Mark Spitz, souffrit tant et tant de n’avoir pas damé son pion au septuple vainqueur des Jeux de Munich, que son suicide, trente ans plus tard, pourrait avoir été relié à ce lancinant sentiment d’échec.

CONDAMNE PAR LE SUCCES

Je trouve assez remarquable l’anecdote où, ayant été largement défait dans une compétition régionale, Gilles s’entend dire par un dirigeant consolateur : « c’est bien quand même ». Notre auteur se rebelle au sujet de cette phrase sans conséquence. Il « ne faut jamais souffler rien de tel à quiconque possède une once de la moelle d’un compétiteur, » prétend ce masochiste convaincu.

Mais tout le monde n’est pas taillé dans ce bois. Je prétends, moi, avoir eu dans l’eau la moelle d’un compétiteur et n’avoir jamais souffert d’une parole qui se voulait gentille ou apaisante, aussi maladroite fut-elle.

Il y a une sorte de perversion, de retournement du sens, dans cette réaction, vaguement apologétique dans une demande de coup de pied au cul, qui me fait penser : « si tu réagis toujours comme cela, comment trouveras-tu le bonheur ? »

A part ça, Gilles met souvent dans le mille, disons le franchement. Ainsi quand il analyse le processus psychologique de la victoire, qui t’oblige. « Le succès soulage, mais il oblige à réussir encore », expose-t-il. Nul ne peut échapper à ce scénario qui s’impose en compétition comme la malédiction dans une tragédie grecque, car les autres vont s’ingénier à l’écrire pour toi. Il y a comme une aliénation à la victoire à laquelle procède le milieu. La deuxième place, pour qui a gagné l’année précédente, devient synonyme d’échec.

Cette condamnation à la surenchère est quasi inévitable et carrément malsaine. Patrick Abada, qui avait été 4e du concours olympique de perche en 1976, me racontait que sa place avait été reçue par la gent médiatique comme une catastrophe, la place de l’idiot, la médaille en chocolat. Or, me disait-il, les gens ne se rendent pas compte à quel point cette place avait illuminé sa vie d’athlète, et constituait, trente ans après, une immense fierté.

De vous à moi, j’aurais adoré finir 4e aux Jeux olympiques ! Et, je parie, Gilles aussi, quoiqu’il en pense

Mais la poursuite de la toison d’or tord tous les principes raisonnables. C’est avec une telle approche que Fabrice Pellerin, dans son livre, fin 2012, avait, pour présenter l’image d’un perdant, évoqué le nageur australien Eamon Sullivan, multi-recordman du monde du 100 mètres et médaillé d’argent de la course des Jeux olympiques de Pékin. Choix surprenant, quand on pense que Sullivan, dans sa carrière de nageur, avait dû subir entre autres six opérations des hanches et plusieurs autres des épaules. S’il était un « loser », je ne connais pas beaucoup de gagneurs dans ce monde !

Bien entendu, il s’agit de points de vue et de détails. Cette promenade à laquelle nous convie Bornais est, je crois, très intéressante, pour celui que ce sport motive. Il aborde et traverse une quantité astronomique de sujets, et donne une assez large idée de ce qu’est devenu ce sport aujourd’hui.

(1). Je vous recommanderai cependant les superbes Souvenirs de la marée basse, de Chantal Thomas, parus l’an passé au Seuil. Une écriture remarquable et un portrait de nageuse extraordinaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

“KORNELIA” MISE EN CALE SECHE PAR VINCENT DULUC

…L’ART SUBTIL ET NARCISSIQUE DE RATER SON SUJET EN L’OUBLIANT SYSTEMATIQUEMENT POUR MIEUX SE METTRE EN AVANT…

« Kornelia » de Vincent Duluc, Stock, coll. « La Bleue », 2018)

Par Alain Philippe COLTIER

Lundi 11 Février 2019

     Au départ, la démarche de l’auteur procédait plutôt d’un sympathique et louable sentiment : revisiter un amour (somme toute très platonique) de jeunesse. En plus, pas n’importe lequel : Kornelia Ender. Pas moins ! L’égérie de tout un système, celui du sport en RDA ; l’ambassadrice dite de charme de toute une nation, l’Allemagne de l’Est.

     Car non contente d’avoir raflé quatre titres  olympiques (100 mètres et 200 mètres nage libre, 100 mètres papillon et quatre fois 100 mètres 4 nages), celle qui forma avec son compatriote de champion Roland Matthes, le couple – éphémère – le plus glamour, voire le plus hygiénique du mouvement olympique, avait chaque fois battu à ces Jeux Olympiques de Montréal le record du monde de la spécialité.

     Ceci dit, on ne demandait, façon de parler, qu’à rentrer au plus vite dans le vif du sujet.

     Mais voilà, d’emblée, on reste en rade, à patauger comme un improbable imbécile au beau milieu d’une affreuse odeur de grenier rongé par l’humidité. Manifestement intoxiqué par les chaînes (de télévision) commerciales occidentales, mal à l’aise dans la peau du type qui croit être déjà arrivé en fin de parcours, l’auteur est incapable de s’effacer derrière son sujet ; celui-ci n’étant finalement qu’un prétexte peu avouable pour évoquer sa propre vie, son état d’esprit, ses idées toutes faites prêtes à être emballées sans papier cadeau et surtout, et avant tout, ses angoisses à répétition sur les années qui passent.

Qu’est-ce qu’un lecteur/lectrice lambda ou pas peut bien y faire ? Rien. Kornelia for ever ! Oui, pourquoi pas ? Mais sûrement pas dans ces conditions. Bref, ce texte est déboussolant et exaspérant comme la trajectoire de l’Allemagne de l’Est, une nation qui n’existe plus.

     Pour ne rien arranger, cet ouvrage hybride, mi-psychanalyse, mi-dossier journalistique, est également plombé par le style. En outre, l’auteur consacre le plus clair de son temps à creuser des sillons, puis à bifurquer. En ruptures permanentes.    

    Et la natation dans tout ça ? On y vient. S’aventurer dans de telles eaux oblige (à l’insu de son plein gré) l’auteur à faire du cabotage à la godille. Les affirmations lapidaires sont légions. “ Á 19 ans elle (là, il parle de Shirley Babashoff, adversaire dépitée et infortunée d’Ender) était vieille maintenant.”

     Vieille à dix-neuf ans ? Cliché, car dans ces conditions, quid de l’Australienne Dawn Fraser ? Triple championne olympique sur 100 mètres nage libre, si sa Fédération ne l’avait pas ‘autocratiquement’ suspendue pour dix ans, Dawn aurait encore, sans doute, plané au dessus des débats en 1968, aux Jeux Olympiques de Mexico, à l’âge de… 31ans. Sans parler des trentenaires qui encombrent les podiums de nos jours?

Autres morceaux choisis, évoquant cette fois les Jeux Olympiques de Munich, en 1972. “Les Américains avaient convenu qu’ils ne connaissaient qu’une méthode pour aller plus vite : s’entraîner jusqu’à ce que cela fasse mal et continuer.” Et Mark Spitz alors, que personne, pas même son propre entraîneur, n’avait vu s’entraîner dans les mois qui précédèrent les Jeux Olympiques de Munich ? Entre enfoncement de portes-ouvertes, appréciations dénuées de tout fondement et grosses contre-vérités, on n’en sort plus.

     Tiens, à propos de Shane Gould : “Elle avait décidé au soir de ses 17 ans qu’elle était trop vieille (ndlr : on y revient encore) pour continuer à nager.” En Australie, terre de natation aussi bien en piscine que dans l’océan (n’en déplaise à l’auteur), la petite héroïne des Antipodes en avait plutôt marre de tout le satané battage médiatique autour de sa personne et des affrontements entre son père et son entraîneur. Au point de se marier aussi sec et d’aller mener une vie de hippie bien à l’abri des regards indiscrets.

     Quant à se trouver trop vieille pour nager au plus haut niveau, cela fait doucement rigoler lorsque l’on sait que 20ans plus tard, Shane Gould prit un malin plaisir à réécrire une pléiade de records du monde chez les Masters, et tenta même de décrocher sa qualification pour les Jeux Olympiques de l’An 2000.

     Encore aujourd’hui, la triple championne olympique des Jeux de Munich nage au quotidien, de préférence dans l’océan.

     Cependant, parfois, au détour d’un paragraphe, l’auteur s’applique comme par miracle à glisser une piqure de rappel et même, luxe suprême pour l’occasion, à la… développer. Souvenez-vous un peu de ces nageurs transformés en baudruches pour soi-disant améliorer leur indice de flottabilité – ce qui en dit assez long quand même sur la connerie humaine !

     Malheureusement ce genre d’anecdote croustillante a dû mal à surnager au milieu du naufrage programmé.

     Á l’arrivée, l’auteur avait sous la main de formidables ingrédients. Le sujet lui a échappé. Malencontreuse erreur d’aiguillage ? Une telle trajectoire aurait mérité meilleur traitement. Le lecteur/lectrice reste derrière la porte, pas plus avancé(e) sur Kornelia qu’il/elle ne l’était au départ. Miné par ses propres et nombreuses angoisses, l’auteur a même oublié de signaler, en autres, que l’Apollon des grands bassins Roland Matthes était quand même entraîné par une femme, chose rarissime, tous sports confondus, à cette époque, et même encore de nos jours. 

    Dans son dernier opus, Bullshits Jobs, David Graeber constate la prolifération des boulots à la con, ces emplois très bien payés mais parfaitement inutiles. Á l’avenir (qui ne semble pas appartenir à l’auteur de Kornelia – si on veut bien l’entendre), l’anthropologue et économiste américain devrait cette fois s’amuser à consacrer un ouvrage sur ces livres qui certes ne laissent pas indifférents mais qui surtout n’apportent ou n’éclairent rien ou si peu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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AFFAIRE SUN YANG: SELON LES CHINOIS, SUN YANG A EU RAISON DE CHINOISER!

LES CHINOIS ONT EMBOITÉ LE PAS DE SUN YANG DANS L’AFFAIRE QUI A MENÉ A LA DESTRUCTION PAR L’IMPÉTRANT DES FIOLES OU SE TROUVAIT SON SANG GÉNÉREUX. A L ARRIVÉE? SI ON N’Y PRÊTE GARDE, ON NE POURRA PLUS CONTRÔLER PAR SURPRISE C’EST-A-DIRE QU’ON NE POURRA PAS CONTRÔLER SÉRIEUSEMENT.

L’Association chinoise de natation soutient Sun Yang contre les accusations du Sunday Times

(article du Quotidien du Peuple en ligne)
 L’Association chinoise de natation (CSA) a affirmé le 27 janvier que Sun Yang n’avait commis aucun acte répréhensible et n’avait pas enfreint les règles antidopage lorsqu’il a subi un test d’urine hors compétition en septembre dernier.

Selon un communiqué rendu public le même jour, la CSA a cité une décision finale du jury antidopage de la FINA, disant « En conséquence, la session de prélèvement d’échantillons lancée par l’IDDM le 4 septembre 2018 est invalide et nulle ».

Le 4 septembre 2018, Sun Yang avait rejeté un test de dopage hors compétition fait chez lui, dans la province du Zhejiang, car les contrôleurs de dopage de l’IDDM, l’organisation alors autorisée par la FINA pour effectuer de tels tests, n’avaient pas présenté de preuve d’identité suffisante.

Le différend entre le nageur et l’équipe de contrôle du dopage a ensuite été soumis à la FINA, la Fédération mondiale de natation, qui s’est prononcée en faveur de Sun Yang après une audience de 13 heures le 3 janvier.

Dans un article intitulé « Le champion olympique Sun Yang a agressé des contrôleurs de dopage », le journal britannique Sunday Times a déclaré que le nageur chinois « risque une interdiction à vie après qu’un affrontement avec des contrôleurs antidopage se soit terminé par la destruction d’une fiole scellée contenant le sang du nageur à coups de marteau, par son garde de sécurité et lui ».

L’article a ajouté que Sun Yang « a refusé la carte d’identité du contrôleur, afin de l’observer laisser passer son urine, affirmant que c’était une preuve insuffisante pour certifier qu’il était bien un membre officiel de l’équipe de contrôle ».

La CSA a cité la décision de la FINA, qui, dans son communiqué, a dit que « M. Sun Yang n’a pas commis de violation des règles antidopage en vertu de la FINA DC 2.3 ou de la FINA DC 2.5 ».

« Après que la FINA ait ouvert une enquête sur le problème, la CSA a ordonné à Sun Yang de coopérer pleinement avec la FINA et de rapporter chaque détail de l’affaire au plus juste. Selon la décision finale du panel antidopage de la FINA, la FINA a confirmé que l’athlète n’avait pas commis violation des règles antidopage », a annoncé la CSA dans une déclaration.

Sun Yang, détenteur du record du monde du 1500 mètres nage libre et triple champion olympique, envisage de porter plainte contre le Sunday Times, a annoncé le 27 son avocat, Zhang Qihuai. M. Zhang a indiqué que le journal avait relaté l’incident « avec une intention malveillante » qui « portait gravement atteinte à la réputation de Sun Yang ainsi qu’à sa vie privée ».

« Nous nous réservons le droit de poursuivre en justice les médias internationaux concernés qui ont rapporté l’incident », a-t-il ajouté, selon un communiqué transmis à Xinhua. « Les trois membres du personnel IDDM n’ont pas été en mesure de produire des documents d’autorisation de celle-ci et n’ont pas non pas fourni non plus un certificat d’agent de contrôle du dopage ou une licence d’infirmier », a précisé M. Zhang dans son communiqué. « Et ils ont fabriqué un rapport mensonger selon lequel Sun Yang avait enfreint les règles antidopage et l’avaient envoyé à la FINA ».

Lors d’une interview ultérieure, M. Zhang a révélé que l’équipe de contrôle du dopage était composée de l’agent de contrôle du dopage en chef, d’un camarade de classe non formé et d’un ami.

« En fait, les deux autres personnes n’avaient pas de formation en matière de contrôle du dopage, ni de certificats d’agents de contrôle du dopage et ni de documents d’autorisation appropriés », a expliqué M. Zhang, qui a ajouté que Sun Yang a immédiatement signalé le problème aux autorités de natation du Zhejiang, qui « ont consulté le chef de l’équipe nationale de natation et ont décidé d’empêcher les agents de contrôle du dopage de prélever l’échantillon de sang, leurs identifications et le processus de contrôle de dopage étant discutables ».

À la suite de l’incident, Sun Yang et Zhang Qihuai ont assisté à une audience de la FINA en novembre 2018 à Lausanne. « Nous avons fourni de nombreuses preuves, notamment 58 captures vidéo et des images de surveillance reproduisant de manière objective la scène », a déclaré M. Zhang. « La FINA a donc conclu que Sun Yang n’avait commis aucun acte répréhensible », et « Sun Yang a le droit de rejeter tout test de dopage non valide et de protéger la réputation et l’intégrité des athlètes chinois », a-t-il ajouté dans une interview.

(Rédacteurs :Yishuang Liu, Gao Ke)

ET UNE NOUVELLE AFFAIRE DE DOPAGE POUR SUN YANG

DANS LA PHILOSOPHIE CHINOISE, LE YIN ET LE YANG S’OPPOSENT POUR FORMER LA RÉALITÉ DU MONDE. LE YIN ÉTANT LA FACE CLAIRE DE LA VIE, LE YANG SA FACE OBSCURE. POUR CE QUI CONCERNE SUN YANG, C’EST LA MÊME CHOSE. UNE NOUVELLE FOIS, C’EST LA FACE SOMBRE, LE YANG INDIQUÉ PAR SON PRÉNOM, QUI RESSORT. LE TRIPLE CHAMPION OLYMPIQUE S’EST OPPOSÉ À UN CONTRÔLE SURPRISE EFFECTUÉ PAR LA WADA, L’ORGANE ANTI-DOPAGE MONDIAL. ET IL EST SOUTENU PAR L’ANTIDOPAGE CHINOIS, LES FÉDÉRATIONS CHINOISE ET INTERNATIONALE DE NATATION ! UNE BELLE PLÉAIDE DE FAUX DERCHES QUI N’ONT JAMAIS FAIT FORT DANS LEUR LUTTE CONTRE LE DOPAGE, A LA RESCOUSSE D’UN CHAMPION POUR LE MOINS INTERLOPE.

Éric LAHMY

L’histoire est un peu vieille mais n’a éclaté au grand jour que depuis quelques jours, et se trouve être assez insolite pour mériter qu’on s’y arrête. D’autant que le nageur chinois SUN Yang, qui s’y trouve impliqué, n’est pas n’importe qui. Il aurait, le 4 septembre dernier, donc il y a près de cinq mois, tenté d’échapper à un contrôle anti-dopage en utilisant la manière forte. Aidé de son garde du corps, il a, dit-on, détruit à coups de marteau un flacon contenant son sang. Cet incident musclé aurait été provoqué par la suspicion du nageur au regard de l’authenticité de la carte d’identification du testeur.

Les faits ont été rapportés par le britannique Sunday Times.

D’après les rapports, une infirmière, accompagnée d’autres officiels de l’antidopage, s’était rendue au domicile du nageur, situé dans la province du Zheijiang, afin de recueillir des échantillons sanguins et d’urine du nageur. On leur demanda d’attendre dehors, le nageur ne se trouvant pas à son domicile.

Après l’arrivée de Sun (triple champion olympique, 400 et 1500 mètres à Londres en 2012 et 200 mètres à Rio de Janeiro en 2016), les faits ne sont pas clairs. Il est dit qu’un flacon de sang fut prélevé à un clubhouse voisin. Selon le Sunday Times, Sun Yang aurait soulevé des objections concernant l’identification d’un officiant, estimant que ses papiers ne démontraient pas de façon claire qu’il s’agissait d’officiels dé l’anti-dopage.

Il aurait, d’après les rapports, quitté de façon répétée la chambre prévue à cet effet alors qu’il était censé produire un échantillon d’urine, fait qui se trouve être en contravention avec le protocole de l’antidopage. Le ton ayant monté, la mère du nageur, Yang Ming, une ancienne volleyeuse qui avait montré en d’autres occasions qu’elle perd vite son Yin quand il s’agit de son Yang, ordonna à son garde du corps d’attaquer à coups de marteau le flacon de sang. L’infirmière, qui prenait des notes sur la situation provoquée par le champion et sa volleyeuse d’attaque de mère, se serait vue arracher son carnet par le nageur qui l’aurait mis en pièces (le carnet, pas l’infirmière).

Sun Yang a nié la présentation des faits du Sunday Times et menacé d’intenter un procès à l’hebdomadaire britannique, mais on affirme qu’à la WADA (World Antidoping Agency), on est très remonté par l’affaire, après que la Fédération Internationale (FINA) ait donné raison au nageur.

Avocat du nageur, M. Zhang Qihuai, a déclaré à l’agence Xinhua que les articles britanniques étaient mensongers, alors qu’un grand nombre d’évidences auraient été envoyées à la FINA pour démontrer qu’aucune faute n’aurait été commise par le nageur. Le responsable du Centre anti-dopage du Zheijiang, M. Dan Zhaoqi, aurait pris fait et cause pour le nageur dans son plaidoyer. Les papiers de l’infirmière, prétend-il à la suite du nageur, n’étaient pas adéquats. Comme M. Dan n’était pas sur place, son « témoignage » reste fragile. Mais il semble avoir pleinement convaincu la Fédération chinoise de natation et la FINA. En revanche, la WADA considérerait une action devant le Tribunal arbitral du sport.

Le plus grave, dans cette affaire, qui est loin d’être vénielle, c’est, au-delà de son côté effarant, que Sun Yang a un passé. En 2014, il a été banni pour trois mois, ayant été positif à la trimetazidine, un produit interdit.

La Fédération chinoise, se basant essentiellement sur le point de vue du responsable (absent) de l’antidopage du Zheijiang, s’est rangée du côté de son nageur vedette.

Il est pourtant assez difficile de croire que briser un flacon à coups de marteau constitue une réponse adéquate dans une situation de doute, et en sens contraire assez tentant d’imaginer que, de la part du nageur, échapper au contrôle constituait une question de vie ou de mort (sportive tout au moins), s’il savait qu’il serait positif à quelque produit que ce soit.

Ce d’autant plus qu’une loi chinoise récente a décidé de criminaliser le dopage, lequel peut être puni de prison. Mais Sun connait ça. Il avait purgé une peine d’une semaine après avoir été impliqué dans un accident de la circulation alors qu’il n’avait pas passé son permis de conduire, à une époque post-olympique (de Londres) où il était devenu intenable…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIO – TOM DOLAN, CHAMPION DANS L’ASTHME

 

DOLAN [Thomas Fitzgerald « Tom »]. Natation. (Arlington, Virginia, 15 septembre 1975-). États-Unis. L’un des plus grands champions américains, Tom enlève à deux reprises, en 1994 et en 1998, (comme Johnny Weissmuller soixante dix ans plus tôt), quatre titres individuels aux championnats (de printemps) des États-Unis. Sur sa grande épreuve, le 400 mètres quatre nages, il est champion du monde à deux reprises (en 1994, à Rome, où il établit un nouveau record du monde, en 4’12’’30, l’ancien ayant été établi par le Hongrois Tamas Darnyi avec 4’12’’36 trois années plus tôt ; il devance le Finlandais Sievinen, 4’13’’29 ; en 1998, à Perth, Dolan conserve son titre, avec un temps de 4’14’’95 ; il est aussi champion olympique de l’épreuve à deux reprises : d’abord à Atlanta en 1996 en 4’14’’90, devant Erik Namesnik, puis à Sydney, en 2000, en 4’11’’76, record du monde, à l’issue d’un duel serré avec un autre Erik, Vendt.

Il réussit également 1’59’’77 au 200 mètres quatre nages, temps qui lui donne la médaille d’argent aux Jeux de Sydney 2000.

Il montre toute l’étendue et la diversité de ses talents aquatiques en 1995, quand, non content de dominer les bilans américains dans les deux courses de quatre nages, il est 2e nageur des USA au 200 mètres dos et 3e du 400 mètres et du 1500 mètres. Ses styles de prédilection sont le crawl (records : 3’48’’99 au 400 mètres, 7’56’’33 au 800 mètres, 15’18’’18 au 1500 mètres) et le dos (1’59’’28 au 200 mètres). Très grand, maigre (1,99m ou 2,01m, 84 ou 86kg selon les sources), il commence à nager à l’âge de cinq ans au Washington Golf and Country Club pour suivre sa sœur aînée… et la battre. Plus tard, il rejoint le club de natation Curl-Burke, devenu depuis le Nation’s Capital Swim Club (où nage Katie Ledecky), et suit les préceptes sévères du coach Rick Curl, qui enjoint ses élèves à suivre l’éthique de travail de Mike Barrowman et la dureté de Mark Spitz. Il devient l’un des meilleurs nageurs de groupes d’âge des USA.

Au sortir de l’école secondaire, la Yorktown High School, en 1993, il décide d’étudier à l’Université du Michigan (coach Jon Urbanchek), où nage Erik Namesnik, lequel domine le 400 mètres quatre nages américain. La légende veut que, malgré la fréquentation du même bassin, sous le même entraîneur, pendant des années, les deux hommes ne s’apprécient pas. Dès 1994, Dolan, aux championnats US, enlève le 400 et le 800 mètres libre et bat le record américain du 400 quatre nages que détenait Namesnik, en 4’13s52. Plus tard en saison, le voilà champion et recordman du monde.

Sa course des mondiaux 1994, au Foro Italico de Rome, lui permet de s’imposer devant le Finlandais Jani Sievinen, dont le record du monde du 200 quatre nages, 1’58s16, établi ans la capitale italienne, résistera neuf années avant que Michael Phelps lui fasse un sort. Ce temps assure à Sievinen une supériorité en vitesse assez impressionnante, mais Dolan, pour l’emporter, va s’élever au niveau du défi : il bat le record du monde en 4’12s30 et devance Sievinen, 4’13s29. Erik Namesnik est 3e en 4’15s69.

Aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996, la course la plus dure du programme après le 1500 mètres, est le théâtre d’un affrontement entre les deux élèves d’Urbanchek. Affrontement incertain de bout en bout, comme en témoignent les « passages » des deux hommes : Dolan, 58s36, 2’2s87, 3’15s73 pour un temps final de 4’14s90 ; Namesnik, 58s51, 2’2s87, 3’15s29, 4’15s25. Ils passent ex-aequo à mi-course, et si Namesnik prend l’avantage en brasse, Dolan, champion américain du 400 libre, même s’il n’a pu faire mieux que 8e et dernier de la finale d’Atlanta, le repasse imparablement en crawl…

Aux mondiaux 1998 de Perth, en Australie, Dolan est opposé principalement, cette fois, au Néerlandais Marcel Rainer Wouda, dont une particularité est de disposer d’un plus grand gabarit que le sien, avec 2,03m pour 92kg. Les deux hommes se connaissent bien. Wouda, coaché à Uden, après des débuts olympiques modestes, à 20 ans, qui l’ont vu finir 22e du 400 quatre nages, est venu nager à Ann Arbor, siège de l’Université de Michigan, sous la férule de Jon Urbanchek, où ses équipiers s’appellent Gustavo Borges, Erik Namesnik et… Tom Dolan. Il a beaucoup progressé en six ans, et le 17 janvier, il gagnera le titre mondial du 200 quatre nages devant le Français Xavier Marchand. Quatre jours plus tôt, cependant, c’est Dolan qui l’emporte, en 4’14s95 contre 4’15s53.

Aux Jeux olympiques de Sydney 2000, Tom est toujours sur la brèche et cette fois, il lui faut évincer Erik Vendt, dont l’une des particularités est d’être encore plus fort que lui en nage libre. Mais Dolan surplombe le 4 nages, et améliore le record mondial avec un temps de 4’11s76 après être passé en 58s02, 2’1s12 et 3’13s06. Vendt est près de deux secondes derrière à l’issue du papillon (59s94), et ne reprendra jamais rien : 2’4s73, 3’15s62 et 4’14s23 pour finir.

Dolan souffre d’un asthme sévère, dont on ne peut dire pourtant qu’il aura contrarié la réussite de sa carrière. Entraîné par Rick Curl à Volverine, il abat de 85 à 105 kilomètres par semaine. Une aggravation de sa condition l’amènera à prendre sa retraite en 2002.

Entré dans la vie active, il crée deux écoles de natation, à Dulles et Falls Church, en Virginie.

(20 Janvier 2019)

LA FINA PERSISTE ET SIGNE : SA SERIE DE MEETINGS SE TIENDRA A HANGZHOU, CHINE, BUDAPEST, ET INDIANAPOLIS, USA

Eric LAHMY

Samedi 19 Janvier 2019

Guangzhou, Budapest et Indianapolis devraient accueillir la série de meetings dits Champions Swim Series de la FINA, annonce la Fédération Internationale de Natation. Les trois manches de ces « séries », crées dans la hâte afin de contrer le projet de l’International Swimming League (ISL) et annoncées lors du congrès de Hangzhou à la mi décembre devraient se tenir entre mars et mai prochain.

La FINA annonce qu’elle distribuera à la suite de ces meetings une somme de 3,5 millions d’Euros. Des invitations ont été envoyées aux fédérations internationales après invitations de 45 garçons de 15 nations et de 37 nageuses de 17 pays. Médaillés olympiques et mondiaux, recordmen du monde et détenteurs des premières places de classements internationaux (rankings) seraient invités.

Guangzhou recevrait la première manche de cette série les 27 et 28 avril. Budapest suivrait, les 11 et 12 mai ; la finale se tiendrait à Indianapolis les 31 mai et 1er juin.

Les épreuves se dérouleraient en bassin olympique et opposeraient dans des finales directes, quatre athlètes. Epreuves individuelles, 50 mètres, 100 mètres et 200 mètres nage libre, dos brasse et papillon, 400 mètres libre et 200 mètres quatre nages. Les dépenses des nageurs seront couvertes et chaque vainqueur toucherait 10.000$, avec 8000$ au 2e, 6000 et 5000$ aux suivants. Les vainqueurs des relais se partageraient 16.000$, les suivants 12.000$, 8000$ et 2000$. 20.000$ seront attribués à celles ou ceux qui établiraient un record du monde.

ISL a accusé la FINA de copier son projet de compétition par équipes dans un effort pour éliminer la compétition. La FINA, après avoir conduit par son comportement inamical à l’annulation du projet de grand meeting de l’ISL à Turin, fin décembre en Italie, a fait savoir, une fois le danger passé, que les nageurs étaient libres de participer aux compétitions et spectacles tenus par des organisateurs indépendants. Auparavant, ils étaient menacés de suspension

D’une certaine façon, la FINA devrait se voir attribuer immédiatement une prime de 20.000$, car elle vient d’établir un record mondial du n’importe quoi !

On peut quand même se demander, en effet, de quelle logique sportive relève cette organisation hâtive et tardive de la FINA, au beau milieu du calendrier international, aux dates où un certain nombre des meilleurs nageurs du monde, a priori intéressés par ces shows, devraient se qualifier dans leurs sélections nationales pour les championnats du monde.

On comprend qu’ils ont hâte de couper l’herbe sous les pieds d’ISL, mais tout cela est-il bien convenable?

 

BIO MARJORIE DISTEL

19 Janvier 2019

DISTEL [Marjorie]. (Nice, 8 octobre 1977-). Entraînée à Obernai puis, à partir de 1999, à Melun-Dammarie par Philippe Lucas, et aux côtés de Nadège Cliton, qu’elle suivra sur le podium du 400 quatre nages, elle est championne de France 1997 du 100 mètres brasse (1’13s38), 1999 (4’56s04), 2000 (4’52s47) et 2001 (4’50s98) du 400 mètres quatre nages, et 2001 du 200 mètres brasse (en 2’34s) présente sur divers autres podiums nationaux. Elle dispute trois championnats d’Europe. En 2006, à 29 ans, elle est encore 2e des 100 et 200 mètres brasse des championnats de France derrière Anne-Sophie Le Paranthoën et Sophie De Ronchi.

Marjorie Distel a 27 ans quand Le Parisien a l’idée de lui demander de conter un déplacement à Vienne, en Autriche, aux championnats d’Europe 2004 (en petit bassin), où elle sera 30e et 24e des 100 et 200 brasse.. Présentée comme « la copine de Laure Manaudou », la grande nageuse, star de la natation mondiale, qui a déclaré forfait tout comme son entraîneur Philippe Lucas, Distel « ne veut pas rater ses derniers championnats internationaux », tout en se déclarant solidaire de son coach et de Manaudou.

ALFRED NAKACHE (1915-1983) AU PANTHEON DE LA NATATION EN FLORIDE

Vendredi 19 Janvier 2019

La 55e induction à l’International Swimming Hall of Fame (ISHOF), musée de la renommée de la natation, sis à Fort Lauderdale, en Floride, aura lieu les 17-19 mai prochain, sur les lieux mêmes de l’ISHOF.

Un Français a été honoré, au titre de « pionnier » de la natation. Il s’agit d’Alfred Nakache. Celui qui fut recordman du monde du 200 mètres brasse dans les dernières années 1930 et un rescapé du camp de concentration d’Auschwitz était sur les listes de l’ISHOF déjà l’an passé.

Les lauréats de cette année incluent les nageurs Jason LEZAK (USA),Otylia JEDRZEJCZAK (Pologne), Stephanie RICE (Australie), Britta STEFFEN  (Allemagne); le plongeur Ting LI (Chine); le joueur de Water Polo Alessandro CAMPAGNA (Italie); l’entraîneur de natation Boris POPOV (Russie); la nageuse synchronisée Olga SEDAKOVA (Russie); la nageuse de longues distances  Marcy MACDONALD (USA); au titre de contributeur, le docteur Ferenc SALAMON (Hongrie); et donc, le « pionnier »: Alfred NAKACHE (France).

ISHOF présentera également le Gold Medallion Award au Dr Joseph B. MacInnis.

LA FINA AMORCE LA MARCHE ARRIERE, MAIS ISL NE LÂCHE PAS LE MORCEAU

Eric LAHMY

Vendredi 18 Janvier 2019

La FINA est-elle en train de louvoyer dans l’affaire qui l’oppose à la jeune Ligue de Natation (ISL) qui a réussi à s’associer et à faire lever la révolte d’un nombre important des meilleurs nageurs du monde alliés à ce nouvel organisateur indépendant ? C’est ce qui parait en tout cas.

L’organisation mondiale, touchée par la grâce, ayant fait savoir que les nageurs seraient libres de se produire dans des événements indépendants (Alléluia), les responsables d’ISL ont noté qu’une telle déclaration de la part des dirigeants FINA constituait un aveu de culpabilité, nous explique Liam Morgan, sur le site Inside the Games.

D’un côté, Andrea di Nino, le directeur et manager d’ISL, note qu’il s’agit d’un mouvement dans la bonne direction, de la part de la FINA, [personnellement, je qualifierai ça de marche arrière toutes]. D’un autre côté, Konstantin Grigorishin, tête financière (et en fait patron du groupe) exige de la FINA un accord contraignant qui montrerait la bonne volonté de l’institution internationale.

Dans sa déclaration, ISL ne s’est pas privée de continuer ses attaques contre la Fédération Internationale.

On ne peut qu’être d’accord avec les responsables d’ISL quand ils affirment que la déclaration de la FINA selon laquelle les nageurs ne seraient pas sanctionnés s’ils nageaient dans les épreuves ISL était en réaction directe avec les deux procès civils en cours devant un tribunal américain, intentés l’un par ISL et l’autre par trois nageurs (la Hongroise Katinka Hosszu et les Américains Michael Andrew et Tom Shields).

Ces procès tentent de mettre en lumière le caractère illégal du comportement de la FINA quand elle menaçait de sanctions « ses » nageurs, dans le but d’assurer une situation de monopole sur le sport. Et il y a peu de chance que la FINA s’en sorte indemne!

Rien de tel que de bons coups de bâton pour vous aider à trouver l’illumination : la FINA a commencé de faire savoir de façon insistante que ses nageurs étaient « libres de participer à des compétitions et épreuves créées par des organisateurs indépendants », et donc en totale contradiction avec les claires menaces, proférées oralement et par écrit, au sujet de l’organisation ISL de Turin, qu’elle avait refusé de sanctionner. C’est ce comportement délétère et capricieux de la FINA, tout le long de l’année 2018, qui avait conduit Paolo Barelli, président de la Fédération italienne et de la Ligue européenne, à décider de son annulation pure et simple.

Signe de leur manque de scrupules (et d’imagination, disons le aussi), les dirigeants de la FINA avaient immédiatement enchaîné, et sorti de leur chapeau puis lancé dans la hâte leurs propres « Champions Series », séries fort peu originales en ce qu’elles ressemblaient furieusement au projet ISL qu’ils avaient blackboulé à la fois dans leur formule et dans les bourses attribuées, 4 millions de dollars (et dont on ne sait pas trop ce quelles deviennent aujourd’hui). Conclusion, comme disait Lino Ventura dans les Tontons Flingueurs: « les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait. »

En face de ce comportement à la fois stupide et diabolique, les responsables d’ISL ont raison d’exiger des garanties, et de maintenir la pression. « Nous accueillons l’admission tardive de ses fautes par la FINA ainsi que ses assurances qu’elle cessera désormais de se conduire d’une façon illégale, qui pénalise lourdement les nageurs qu’elle, FINA, prétend représenter » a déclaré Grigorishin.

« Cette admission implicite de faute par la FINA n’arrive qu’après que l’institution ait forcé de façon illégale à l’annulation d’une compétition organisée à Turin et que la FINA ait copié de façon flagrante le modèle ISL dans une tentative manifeste de l’emporter auprès d’une communauté de nageurs que la FINA n’avait cessé d’exploiter. »

« Nous attendons de la FINA qu’elle consacre cette toute nouvelle déférence vis-à-vis des lois des Etats-Unis et de l’Union Européenne – ainsi que des droits des nageurs et d’ISL – par le biais d’un accord exécutoire contraignant. Nous tendons la main en direction de la FINA en vue d’obtenir un accord contraignant. Si la FINA est sincère, alors elle devra coopérer. »

De son côté, la FINA a tenu une réunion avec ses fédérations nationales pour « clarifier » son attitude vis-à-vis d’événements tels que ceux organisés par ISL. Bien entendu, vu qu’il n’y avait rien à clarifier dans leurs précédents coups tordus, les Finassiers de Lausanne se sont drapés dans un langage juridique et réglementaire qui leur va bien.

Les organisateurs indépendants devraient « coopérer » ou rechercher l’approbation de la FINA s’ils veulent que leurs résultats soient reconnus, ont-ils ainsi recommandé. Dans le cas contraire, les résultats et les records obtenus dans ces compétitions ou événements seront considérés nuls et ignorés par la FINA et ne seront pas pris en compte ultérieurement pour quelque raison que ce soit. Bref, du baratin : s’il est vrai comme il a été dit que tel nageur ou telle nageuse pourra recevoir quinze fois plus d’une organisation ISL que de la FINA World Cup, l’enregistrement par l’organisme dirigeant de ses performances lui paraitrait moins essentiel (1).

Manifestement, ce laïus n’a pas désarmé ISL qui continue de juger sévèrement les méfaits de l’institution internationale (l’annulation de Turin lui a coûté au bas mot la bagatelle de deux millions d’Euros) : « outre la promesse selon laquelle elle se comportera de façon correcte et légale, la FINA doit accepter de se lier de façon claire et dans des termes exécutoires qui assureront une organisation honnête, en manière d’expiation des méfaits dont la FINA s’est rendue coupable. » Comme on connait ses saints, on les honore.

(1).Mais ces sommes alléchantes, bien sûr, ne sont toujours pas dans les poches des nageurs.