AVEC MICHEL CHRÉTIEN, L’INSEP ESPÈRE REJOINDRE L’EXCELLENCE

Éric LAHMY

Mardi 18 septembre 2018

L’arrivée de Michel CHRÉTIEN à l’INSEP est une de ces opérations qui a mis des années à se concrétiser. Dans un premier temps, toutes les parties prenantes, comme tous ceux qui venaient visiter la piscine de l’Institut National des Sports, de l’Expertise et de la Performance, étaient d’accord sur l’idée qu’il fallait faire vivre ce bassin olympique.

La piscine, créée en 1967, fut détruite par un incendie. Le vieux bassin était parti en quenouille à travers les décennies parce que, lamentable et constante impéritie ministérielle, pendant plus de quarante ans, aucun budget d’entretien n’avait été prévu ; à sa vétusté devenue effrayante avec le temps – son état, en moins d’un demi-siècle, approchait celui du trois fois millénaires bassin de Mohenjo Daro, sur les bords de l’Indus -, s’était ajouté qu’il était devenu carrément dangereux de s’y baigner ; des fils électriques s’étaient mis à pendre du toit, au risque d’électrocuter les nageurs, et ce qui devait arriver arriva dans la nuit du 10 au 11 novembre 2008.

L’ancienne structure était un peu biscornue, quoique fort utile (et donc utilisée), avec quatre lignes d’eau de 50 mètres, un bassin plus ou moins carré de vingt mètres où se retrouvaient poloïstes, plongeurs et nageuses synchronisées et une fosse à plongeon découverte. Malgré la nullité triomphantes de notre ministère de tutelle, ici furent forgées quelques-unes des médailles conquises par notre natation. 

On a fait beaucoup mieux avec la nouvelle piscine, qu’il a fallu six ans pour achever de reconstruire. Le résultat ? Superbe ! J’espère quand même qu’on a prévu désormais un budget d’entretien. Mohenjo Daro, ça va pour une fois!

Mais l’animation était compliquée. On a commencé petit, pour ce qui est de la natation de course. La nage artistique, qui avait construit là les succès de Muriel HERMINE et de Virginie DEDIEU, resta fidèle à ces lieux. Mais après le départ de DEDIEU, et à la différence du plongeon qui s’en sort souvent très bien malgré ses minuscules effectifs, la natation synchronisée n’a jamais retrouvé ne serait-ce qu’un semblant de splendeur…

A l’évidence, il fallait attirer sur la place un groupe d’entraîneurs de qualité et les meilleurs nageurs possibles… Cependant, il faut bien admettre que depuis les époques où Catherine POIROT, Frédéric DELCOURT, Anne CHAGNAUD, Malia METELLA, Stéphane LECAT et quelques autres hantaient tour à tour l’institut du Bois de Vincennes, le niveau des pensionnaires n’était plus le même.

L’INSEP n’attirait plus que des régionaux, qu’entouraient des techniciens probablement compétents mais qui ne pouvaient capitaliser sur leurs noms, leurs réputations. Ce qui aurait dû être un lieu de rendez-vous pilote de la natation française se présente encore en 2018 comme un rassemblement de scolaires, de régionaux, voire d’universitaires. Si aux derniers championnats de France d’été, Font-Romeu produit de l’excellence, l’INSEP en revanche semble coincer peut-être en expertise, sûrement en performance…

QUATRE ANS POUR TROUVER L’OISEAU RARE

L’affaire aboutissant à l’arrivée de l’entraîneur amiénois dans l’est parisien vient de loin. « Michel CHRETIEN aurait pu se trouver à ce poste voici quelques années déjà, raconte Jacques FAVRE,  Directeur Technique National de 2014 à 2017 et qui avait alors travaillé à sa venue. « Il avait besoin de quelques garanties sur le montage financier et la suite de son aventure à Amiens, car il était attaché à ce qu’il y avait construit.

Mais j’avais déjà été échaudé, auparavant, par la position de Jean-Jacques BEURRIER [président de la ligue d’Île-de-France], qui s’était montré réticent en fin de compte et n’avait déjà pas voulu participer au financement de la venue de Fred VERGNOUX à l’Insep, avec qui nous avions engagé des discussions à Windsor, [au Canada, où s’étaient tenus en décembre 2016 les championnats du monde en petit bassin]. Nous avions aussi évoqué la piste de Font-Romeu, pour Fred. Mais la FFN n’était pas assez proactive ou, en 2 mots : pro et active (la lutte de pouvoir avait démarré) pour faire des montages financiers sécurisés sur le long terme et proposer le poste à des profils atypiques comme Fred VERGNOUX, mais aussi comme Philippe LUCAS que je rêvais de ramener à Paris… Ce ne devait pas être le bon moment ni pour la Fédé ni pour ces deux entraîneurs. » 

« Je pense que Michel, continue FAVRE, est la personne idoine à l’INSEP. Son statut de Conseiller technique et sportif  assure une base de salaire qu’il suffit de compléter, Je trouve qu’il a la « fibre institut des sports » et a un discours très pédagogue et « intègre » pour des athlètes en devenir ou jeunes. Il possède le fond et la forme. Il trouvera à l’INSEP l’écoute du directeur Ghani YALOUZ et des soutiens techniques et scientifiques de qualité ; s’il est suffisamment curieux, il y a dans cette maison des poches de connaissances étonnantes parfois peu exploitées. Il va attirer des jeunes nageurs, c’est certain; pour les plus âgés ce sera plus compliqué, l’INSEP est une infrastructure qui pêche en accessibilité (transport, réseau universitaire, réseau de communications, environnement culturel), ça convient moins bien à des nageurs plus âgés qui aspirent à plus d’autonomie et de « variétés ».

PAYER OU ÊTRE PAYÉ, VOICI LA QUESTION

L’un des handicaps que partagent les deux centres nationaux que sont l’INSEP et Font-Romeu est en effet le peu d’attrait qu’ils représentent pour les vedettes, pour les raisons évoquées par FAVRE, mais aussi semble-t-il parce qu’ils ne peuvent rivaliser avec les clubs les plus généreux, Marseille, Montpellier Métropole et autres, pour ce qui concerne la rétribution des champions. Je ne sais plus qui a dit que la différence entre un nageur montpelliérain ou marseillais et un nageur insepien ou de Font-Romeu est que les deux premiers sont payés, que les deux derniers paient, mais dans ce cas les parents et les nageurs, ont vite fait le calcul, sauf à donner la priorité absolue aux études.

Bien sûr, cela ne ferme pas tout à fait la porte. Montpellier, comme dans le passé Clichy, et  d’autres clubs, laissent leurs nageurs s’entraîner sous d’autres cieux, et dès lors un ou plusieurs de leurs éléments de pointe pourraient se retrouver à l’INSEP. De très bons nageurs laissés pour compte, à condition d’être très motivés, devraient songer à y nager.

Restent les factures diverses, liées à l’hébergement, la nourriture, l’entraînement et les à côtés comme le médical et la préparation générale, etc. L’hébergement pose un souci parce que l’INSEP, à ce niveau, n’est pas extensible, et abrite de nombreux autres sports…

Mais tout cela passe désormais au second plan. CHRÉTIEN, qui a amené avec lui son groupe d’espoirs amiénois, a effectué ses premiers pas sur la plage du bassin de l’INSEP, et il risque d’en faire beaucoup d’autres au cours des années à venir.

« Je ne désespère pas de persuader les décideurs de notre sport à répondre par un soutien financier important aux candidatures  des nageurs qui souhaiteraient nous rejoindre, mais aussi des coachs, car  le prix des loyers est démentiel, explique-t-il. Les propos de Jaques FAVRE sont fidèles à ce qu’il m’avait proposé . La mission qui m’est confiée aujourdhui, c’est de mener une équipe de jeunes talents jusqu’aux Jeux Olympiques, mais aussi de créer les conditions pérennes pour la suite. »

Eric LAHMY (ericlahmy@yahoo.com)


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