Catégorie : Biographies

BOISSIÈRE [Guy]

Natation. (Châteaudun, Eure-et-Loir, 11 mai 1929-21 décembre 2005). Arrivé à Rouen à la suite de son père, ses qualités de footballeur le firent remarquer par Jules Van Dooren, mais sa mère refusa de signer le contrat de professionnel qu’on lui proposait à seize ans. Il travailla donc dans l’entreprise paternelle et se mit à nager. Champion du monde militaire avec Alex Jany en relais quatre fois 200 mètres, il fut intégré par Lucien Zins dans les équipes de France comme entraîneur des espoirs. En 1973, il dirigea la préparation de Michel Rousseau qui enleva la médaille d’argent du 100 mètres aux championnats du monde, à Belgrade. En 1976, il découvrit parmi les jeunes de Rouen le jeune talent de Stephan Caron. Comme celui-ci, en raison de ses études, n’avait guère beaucoup de temps pour sa préparation, il en fit un sprinteur, et l’amena aux titres et aux records d’Europe. Il reprit le collier en 2000 pour assurer l’entraînement du sprinteur Julien Sicot. Entraîneur national des équipes de France dans les années 1970-1980.

 Article rédigé à la mort de Guy Boissière:

Guy Boissière, entraîneur jusqu’au bout

Guy Boissière, qui s’est éteint dans la nuit de mardi à mercredi, était à la fois l’un des derniers représentants d’une époque révolue de la natation française, et l’un des entraîneurs les plus modernes et les plus actuels. Malgré son âge et bien que ses grandes réussites courent de 1973 (médaille d’argent mondiale de Michel Rousseau) à 1992 (médaille de bronze olympique de Stephan Caron) ; malgré aussi les ennuis de santé qui ne l’avaient pas épargné depuis plus de vingt ans, il restait toujours en activité et suivait depuis 2000 l’un des meilleurs sprinteurs actuels, Julien Sicot. Ce personnage peu commun fut donc en quelque sorte, au titre d’entraîneur à succès, le contemporain à la fois d’Alban Minville, dans les années 1950, de Lucien Zins, Georges Garret ou Suzanne Berlioux jusqu’en 1972, de Michel Pedroletti et Guy Giacomoni vers 1980 et de Philippe Lucas aujourd’hui. Qui dit mieux ?

Non seulement Boissière était dans le coup, mais il était aussi aimé et estimé. Le 9 décembre dernier, à Trieste, à l’instant même où Laure Manaudou toucha le mur pour battre le record du monde du 800 mètres, son entraîneur Philippe Lucas eut ce geste aussi simple que magnifique de délicatesse : il appela depuis son cellulaire Guy Boissière pour lui donner la nouvelle. Les deux hommes conversèrent quelques instants, puis Lucas s’excusa : « je suis attendu par la presse. » L’attention, témoigne sa compagne, l’ancienne championne Catherine Grojean, bouleversa Boissière : jusqu’à la fin, le contact avait été maintenu.

Boissière ne s’accrochait pas à sa fonction d’entraîneur. Mais des jeunes nageurs continuaient de le solliciter, sensibles à cette belle figure paternelle, formidable de compétence et pétrie d’humanité.

Tout comme, début 1973, Michel Rousseau avait demandé une collaboration (qui avait donné la première médaille en championnats du monde de la natation française), Julien Sicot avait requis son aide, et ces derniers mois, un nageur de brasse de Canet, Jean Louis Fouesnant, était allé vers lui.

Pourquoi ? Parce que, dit encore Rousseau, « le temps avait beau passer, il restait le plus jeune, le plus moderne des entraîneurs ; comme il était ouvert sur la vie, sur les gens, sur tout, il a conservé un métro d’avance jusqu’au bout. »

Guy avait fait ses classes dans les années d’après-guerre. Il racontait comment l’entraîneur toulousain Alban Minville, avait reçu le super coach de l’équipe américaine, Robert Kiputh dans sa piscine et lui avait montré « le prochain champion olympique du 400m » à l’entraînement. Combien avez-vous de nageurs, avait demandé Kiputh ?  « Un seul, monsieur Kiputh, il s’appelle Jean Boiteux et il est le prochain champion olympique. » Ainsi fut fait.

Boissière était de cette race : muni d’un seul nageur, il s’en allait faire dérailler les armadas des quatre points cardinaux.

Il était né dans l’Eure et Loire, à Châteaudun, le 11 mai 1929, et se posa à Rouen, à la suite de son père, au temps de l’adolescence. Très tôt, il montra de belles dispositions en football, et fut remarqué à seize ans par Jules Van Dooren. Mais sa mère refusa de signer le contrat de professionnel que lui proposa le LOSC.

Guy se mit donc à travailler dans l’entreprise paternelle de peinture et à nager. Champion du monde militaire avec Alex Jany dans le relais quatre fois 200 mètres, il fut consacré par Lucien Zins comme entraîneur des espoirs. Parallèlement, il avait monté un club de première force à Rouen, les Vikings. Il prépara Michel Rousseau pour le mondial 1973, où, sur 100m, le Français finit à une coudée du gigantesque Jim Montgomery. Trois ans plus tard, Boissière découvrit parmi les jeunes de Rouen le jeune talent de Stephan Caron.

Il lui fallut pour cela l’œil du maquignon ; Stephan fut retenu en stage national à Font-Romeu où après l’avoir mesuré sous tous les angles, les responsables décrétèrent que Caron n’avait aucun talent pour la natation. Boissière haussa les épaules et dix ans plus tard, un palmarès sans précédent – une médaille d’argent mondiale en 1986, deux médailles de bronze olympiques en 1988 et en 1992 plus quelques records et titres européens – lui donna raison. Entre-temps, Boissière et Caron promenèrent à travers les piscines du monde entier un duo délicieux à la Don Quichotte et Sancho Pança (Caron mesure 2m) où la faconde du petit compensait le mutisme du grand.

Quelques alertes cardiaques et son émotivité (Boissière ne regardait jamais les courses de son nageur de peur d’y rester) firent croire que la retraite de Boissière suivrait celle de Caron. Et en effet, pendant des années, Guy se concentra sur son handicap de golfeur et sur sa nouvelle passion, la peinture… Même s’il se présenta aux élections fédérales où il fut élu avant-dernier devant un certain… Francis Luyce. Mais en 2000, il reprit le collier pour assurer, avec son fils éric (son successeur à la tête des Vikings), l’entraînement de Sicot.

Si la jeunesse est un état d’âme, Guy avait trouvé le secret de l’éternelle jeunesse. Il aimait la vie, ce qui est donné à beaucoup de gens, mais, chose plus rare, il aimait la faire aimer. « Quand une personne meurt, on ne veut rappeler que des bonnes choses, dit Michel Rousseau ; mais même en me forçant, il ne me vient que du bon de lui. » Éric Lahmy

BOGGIATTO [Alessio]

Natation. (Moncalieri, 18 janvier 1981-). Italie. à l’aise dans tous les styles, il fut un spécialiste du 400 mètres quatre nages. Il nage au Sisport Fiat, au Canottieri Aniene de Turin, formé à la natation par Giuseppe Lomartire, puis entraîné par Fabrizio Miletto et Gianni Nagni, doté d’un physique léger, idéal pour le demi-fond (1,90 m, 76 kg). Ses progrès lors de la préparation des Jeux de Sydney, en 2000, impressionnent l’encadrement italien. Il réussit le meilleur temps des séries olympiques et ses 4’14’’26 améliorent le record d’Italie de Luca Sacchi. Mais en finale, il nage moins vite et doit se contenter de la 4e place. Il se révèle  pleinement en remportant le titre de champion du monde 2001, à Fukuoka, loin devant Erik Vendt et Tom Wilkens, dans un temps (4’13’’14) que seuls jusqu’alors deux monstres sacrés, Tamas Darnyi et Tom Dolan, avaient surpassé. Toujours à Fukuoka, il est 2e temps des séries du 200 mètres quatre nages (2’0’’49), mais finit 7e de la finale. Champion d’Europe 2002 (et vice-champion du 200 mètres quatre nages), il est trois fois de suite champion d’Europe en petit bassin (2000, 2001, 2002). Discret en 2003 (8e en finale mondiale à Barcelone), il concentre sa préparation pour les Jeux. Victime d’une forte grippe en mars, il est absent aux championnats d’Italie. En mai, il échoue à la 3e place (4’14’’33) des championnats d’Europe, à un centième de l’argent. En juin, aux Sette Colli de Rome, il s’empare du meilleur temps mondial de l’année avec un record d’Italie à 4’12’’51  Mais aux Jeux olympiques d’Athènes, en 4’12’’28 (record) il est encore une fois 4e de son épreuve fétiche, la même place qu’il occupera aux mondiaux 2006 et aux Jeux de Pékin, en 2008. Il prend sa retraite en 201, après avoir participé à trois Jeux olympiques et cinq championnats du monde. Sa sœur Chiara (Moncalieri, 17 février 1986-) fut championne d’Italie à 36 reprises (200 mètres brasse) et médaillée européenne.

BLONDEAU [Renée]

Natation. (16 mai 1918-1968). France. Championne de France du 100 mètres en 1933 en 1’13 »6, 1934 en 1’12 »4, 1935 en 1’9 »6 et 1936 en 1’11 »2. Ces mêmes années, sa soeur Thérèse, qui nageait comme elle au club féminin des Mouettes, enleva les titres français du 100 mètres dos. Toutes deux se retrouvaient dans les relais quatre fois 100 mètres nage libre, également champions de France. Renée détint pendant douze ans le record de France du 100 mètres, et porta celui du 50 mètres à 30’’7 (officieux).

FEIGEN [Jimmy]

Natation. (Hilo, Hawaii, 26 septembre 1989-). Il nage depuis
l’âge de cinq ans et en compétition dès ses huit ans. En 2008, il établit les
records scolaires des 100 yards (43’’ 05) et 50 yards (19’’49), et on lui prédit
un grand avenir. Il choisit alors de nager à l’Université du Texas, coach Randy
Reese. En 2012, il termine 5e des Trials olympiques, en 48’’84. Le
vainqueur, Nathan Adrian, nage 48’’10. Aux Jeux, son statut de remplaçant lui
permet de lancer le relais en séries qualificatives. Il nage 48’’49, n’est pas
retenu en finale, mais est considéré comme médaillé d’argent selon le nouveau (et
stupide) règlement qui donne des médailles aux nageurs des séries. L’année
suivante, il est 2e des Trials USA pour les mondiaux de Barcelone en
48’’24, (record personnel 48’’46 en combinaison en 2009, battu). A Barcelone, dans
le relais quatre fois 100 mètres, il termine pour les USA, avec un temps particulièrement
médiocre, 48’’23 (le plus lent des temps lancés des cinq équipes les mieux
placées, le 16e des 24 temps lancés de la finale) et perd le relais
pour les USA. Cette contre-performance due à ce qu’il appellera une « faute
de débutant » est éclairée par le fait qu’il a nagé, ‘’au start’’, en
série, en 48’’39, ce qui vaut un temps de 47’70 lancé. Quatre jours plus tard,
le 1er août, Feigen finit second d’un 100 mètre individuel très
serré en 47’’82 (record personnel) devançant son compatriote Adrian, le champion
olympique en 2012 de deux centièmes. Vainqueur, James Magnussen, (47’’71).

BLITZ [Gérard] (2)

Natation. (1912-1990). Neveu du précédent, fondateur du Club Méditerranée. Son
père, Maurice Blitz, un diamantaire juif aux idées socialistes, considère le
sport comme un moyen éducatif inspiré des idées de Coubertin, et se consacre à
la natation dès qu’il a de l’argent devant lui. Sa mère, une catholique
convertie à son mariage, tient un institut de beauté. Lui passe le plus clair
de son temps à la piscine, où il ne fait pas grand chose. Il a suffisamment de
qualités pour entrer dans l’équipe olympique belge, mais refuse de se rendre
aux Jeux de Berlin. Il est remplacé – même nom, même prénom – par son
oncle ! Il se marie une première fois, à 23 ans, a quatre enfants, se
remarie en 1948 avec Claudine, qui lui fait découvrir le bouddhisme et Tahiti,
deux sources d’inspiration pour l’hédonisme du Club méditerranée. Pendant la
guerre, il est arrêté à Anvers, mais est vite libéré, rejoint la Suisse avec sa
famille et organise un réseau de renseignement et de passage en Suisse. Il
travaille pour le gouvernement belge à Saint-Moritz, rejoint Paris où il ouvre
un magasin de vêtements, et crée le Club Méditerranée en 1950.

BLITZ [Gérard](1)

Natation, water-polo. (Amsterdam, Pays-Bas, 1er août 1901-Ganshoren, Bruxelles, 8 mars 1979). Belgique. Champion de natation, médaillé aux Jeux olympiques d’Anvers (1920) et de Paris (1924) et recordman du monde du 400 mètre dos en 1921. Il enlève le bronze à Anvers, du 100 mètres dos, malgré l’emploi du vieux style brassé, et sera 4e de la course aux Jeux de Paris. Il joue aussi dans l’équipe belge de water-polo médaillée d’argent en 1920 et en 1924.

BLIOCH [Willy]

Natation. (Paris, 28 février 1932-). France. Co-recordman du monde du relais quatre fois 200 mètres (8’33’’ en 1951). Formé au Racing Club de France, il fut dix fois International au Racing, puis après un bref passage à Choisy-le-Roi avant de poursuivre sa carrière au Stade de France. Vainqueur du 50 mètres minimes en 34’’5 en 1946, il enleva le 100 mètres des championnats cadets (1’3’’2) en 1948, champion de Paris 1950 du 100 mètres, et entra dans le relais quatre fois 200 mètres 2e des championnats d’Europe avec Joseph Bernardo, Jean Boiteux et Alex Jany ; co-recordman du monde du quatre fois 200 mètres en 1951, avec les mêmes, en 8’33’’. Plus d’un demi-siècle après, il a prétendu que, privé de l’usage de sa main droite à la suite d’un accident de voiture, il avait innové dans ses virages et inventé le virage culbute. En fait, la technique existait depuis les années 1920, inventée, selon François Oppenheim, par une nageuse et plongeuse, Katherine Rawls, et employée par McGillivray qui l’enseigna à Johnny Weissmuller. L’International Swimming Hall of Fame crédite Tex Robertson, le coach d’Adoph Kiefer et de l’Université du Texas, de cette invention. Kiefer l’utilisa pour la première fois en 1935 en compétition. La seule certitude concernant la culbute est qu’elle est née aux USA. Selon Roger Périquet, qui nageait au Racing en même temps que Blioch, la technique aurait pu être ‘’ramenée’’ par leur entraîneur Pierre Barbit, qui l’avait observée aux USA.

BLEIBTREY [Ethelda Marguerite]

Natation. (Waterford, New-York, 27 février 1902-West Palm Beach, Floride, 6 mai 1978). États-Unis. Première championne olympique américaine de natation et première triple championne olmpique de natation, aux Jeux d’Anvers, en 1920, où elle enleva la médaille d’or dans chacune des courses du maigre programme olympique d’alors : 100 mètres en 1’13’’6, 300 mètres en 4’34’’ et quatre fois 100 mètres. Elle était à l’époque également recordwoman du monde du dos, et aurait donc sans doute gagné cette épreuve… si elle avait été disputée ! Sur 100 mètres, elle avait pulvérisé le record du monde, 1’15’’, de Frances Schrot, d’Oakland, nageant en 1’12’’8 aux qualifications olympiques de l’Est des USA. Bleibtrey, aux Jeux, fut sans rivale, et gagna séries, 1’14’’4 et finale, 1’13’’6, laissant loin derrière elle Irene Guest, 1’17’’ et Schroth, 1’17’’2 ; leur triplé assura un triomphe US. 4e Américaine, Charlotte Boyle, 7e, avait égalé le record du monde de Fanny Durack (1’16’’2) l’année précédente. Sur 300 mètres, Ethelda, qui s’était emparée du record du monde du 400 mètres, 6’21’’6 en grand bassin à Honolulu le mois d’avril précédent, prit les devants, et s’imposa aisément en 4’34’’, loin devant ses compatriotes Margaret Woodbridge (championne US des 500 yards), 4’42’’4 et Frances Schroth, 4’52’’. Aucune épreuve en dos – discipline qu’Ethelda dominait alors – ne fut disputée. Enfin, elle joua sa partie dans le quatre fois 100 mètres que les Américaines enlevèrent en 5’11’’6 (moyenne, 1’17’’9). Femme de tête, elle déplora les conditions dans lesquelles se déroulèrent les compétitions : « nous avons nagé dans la boue, pas dans de l’eau », déclara-t-elle aux journalistes. Et quand Norman Ross menaça de faire grêve si le Comité olympique US ne leur proposait pas un meilleur paquebot pour leur voyage, elle appuya le mouvement. Le navire, qui avait rapatrié des corps de soldats tués pendant la Guerre, sentait le formol, qui, circonstance aggravante, agissait comme un irritant des poumons.

Ethelda s’était mise à nager à New York pour raisons thérapeutiques –soigner une polio contractée à l’âge de seize ans –, à l’exemple de la fameuse Australienne Annette Kellerman, et se lança dans la compétition pour accompagner l’amie, Charlotte Boyle, qui lui avait indiqué cette thérapeutie. Elle prit des leçons auprès de Louis de Breda Handley, incontournable coach à succès de l’époque. Invaincue entre 1920 et 1922, elle enleva tous les titres américains depuis les 50 yards jusqu’aux longues distances, puis se tourna vers le professionnalisme. Célèbre pour avoir nagé nue dans le réservoir de Central Park (héritière d’une famille catholique assez stricte, elle n’avait en fait dénudé que ses jambes), cette beauté pulpeuse avait été arrêtée, mais avait gagné la bataille de l’opinion : le conseil municipal de New-York permit à ses administrées d’utiliser la tenue de bain en l’honneur en Europe depuis une décennie. Ethelda, accompagnée  de Charlotte Boyle, se lança dans une tournée qui l’amena dans la zone du canal de Panama, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Ses tentatives dans les affaires fut un échec. La structure de verre dans laquelle elle évoluait inonda le théâtre qui lui demanda 1000$ de réparations. Elle plongea dans le réservoir d’eau de la ville, un « gimmick » inventé par un quotidien local, le Daily News. Elle fut emprisonnée pour un jour et put payer le théâtre. Elle devint peu après l’entraîneur de la première piscine couverte de New York.

BJEDOV [Durdica « Durda »]

Natation. (Split, 5 avril 1947-). Yougoslavie, Croatie. Vainqueur surprise du 100 mètres
brasse féminin aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968, Durdica (son prénom signifie :
le lys dans la vallée) Bjedov, qui nageait pour le club Mornar de Split, n’avait été sélectionnée qu’en vue du relais quatre nages yougoslave. Le relais fut disqualifiée en séries, mais Bjedov, quoique privée de performances notables, était en forme et parfaitement à l’aise avec l’altitude. Elle arracha l’or, en 1’15’’8 contre 1’15’’9 à la Soviétique Galina Prozumenchikova et 1’16’’1 à Sharon Wichman. Elle enleva ensuite la médaille d’argent du 200 mètres brasse en 2’46’’4, derrière l’Américaine Sharon Wichman, 2’44’’4, mais devant, encore Prozumenchikova, 2’47’’.- Carrière achevée, Durdica devint entraîneur. Sa fille Annamarija Petricevic, elle-même nageuse de compétition, participa aux Jeux olympiques d’été de Séoul, en 1988. Toutes deux s’installèrent à Locarno, en Suisse.

MATT BIONDI, SEPT ANS TOUT EN HAUT

Par Eric LAHMY                                                                  Jeudi 14 Mai 2015

BIONDI [Matthew Nicholas « Matt »] Natation. (Moraga, Californie, 8 octobre 1965-). États-Unis. Il domina le sprint mondial entre 1985 et 1991, soit pendant sept saisons, et améliora le record du monde de façon notable, l’amenant de 49’’36 à 48’’42. Il est surtout remarquable qu’il ait réussi ces temps non pas dans des tentatives (comme son prédécesseur Gaines, 49’’36 ou son successeur Popov, 48’’21 à Monaco) mais dans des courses de championnats. Jusqu’à l’âge de quinze ans, Biondi ne nage pas pendant l’année entière. A seize ans, il mesure 1,85m pour 61,5kg, et réserve une part mesurée de son temps et de son esprit à la natation. Son coach scolaire, Stu Kahn, le protège, mais n’en pense pas moins. Matthew n’a que douze ans, quand Kahn déclare lors d’un banquet que le garçon sera le prochain John Naber. A dix-huit ans, en fin de cursus scolaire à Moraga, Biondi choisit l’Université Cal Berkeley où on le soumet à un programme intensif de musculation, afin de nager et de jouer au water-polo. Il gagne en deux saisons 4cm de taille et 14kg de muscles. Il se révèle en gagnant sa place dans le relais quatre fois 100 mètres américain, avec lequel il devint champion olympique à Los Angeles, en 1984. L’année suivante, ce grand gaillard de 2 mètres pour 95kg (son poids de forme est plus élevé en saison en raison des intenses séances de musculation qu’il délaisse après les compétitions), dont l’envergure de 2,01m n’est pas exceptionnelle en rapport à sa taille, et qui est doté d’un battement très propulseur, devient recordman du monde du 100 mètres, nageant 48’’95. Entraîné à Berkeley par Nort Thornton Il est élu meilleur nageur du monde en 1986 et en 1988. Aux mondiaux de Madrid en 1986, il enlève la médaille d’or du 100 mètres – en 48’’74, avec une avance considérable, une seconde, soit une pleine longueur de corps sur le Français Stefan Caron, 49’’73, et Tom Jager, USA, 49’’79. Il gagne aussi avec les relais quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages ; il est 2e du 100 mètres papillon derrière Pablo Morales, 53’’54 contre 53’’67, et devant Andrew Jameson, 53’’81 ; et il complète sa panoplie avec le bronze des 50 mètres, en 22’’85, derrière Tom Jager, 22’’49, et le Suisse Dano Halsall, 22’’80, des 200 mètres (en 1’49’’33 derrière Gross, 1’47’’92, et Lodziewski, 1’49’’12), et du relais quatre fois 200 mètres. Il est l’une des grandes figures des Jeux olympiques de Séoul en 1988, où, engagé dans quatre courses individuelles et trois relais, il enlève sept médailles : l’or sur 50 mètres devant le favori Jager, sur 100 mètres, sa grande épreuve, et dans les trois relais ; l’argent sur 100 mètres papillon derrière Nesty, en partie en raison d’une mauvaise arrivée sur le mur ; le bronze sur 200 mètres. Sur 50 mètres, le Sud Africain Peter Williams a battu le record du monde, à Indianapolis, en 22’’18. Biondi remporte les séries. En finale, il bat nettement Jager, 22’’36, et le record du monde, en 22’’14. Le 3e, le Russe Prigoda, nage 22’’71. Sur 100 mètres, son second, Chris Jacob, réalise un exploit sans lendemain, et nage 49’’08, après un impressionnant 49’’20 en séries. Malgré cela, Biondi est sans rival, il sort vainqueur des séries, en 49’’04, et, en finale, glisse immédiatement en tête et maintiendra une avance d’un mètre pratiquement toute la course pour l’emporter en 48’’63. Le Français Stephan Caron est 3e en 49’’62, soit exactement 0’’99 derrière, comme à Madrid ! Sur 200 mètres, il part le plus vite, emmène Duncan Armstrong pratiquement dans son sillage jusqu’au dernier virage où il se fait souffler l’or puis l’argent par l’Australien et le Sudois Holmertz… Biondi joue un rôle essentiel dans les victoires des relais, même si les Américains sont très solides et quasiment imbattables. Il va nager en effet, lancé, 47’’81 (soit une valeur à mi-chemin entre son record du monde et son record olympique) sur quatre fois 100 mètres libre, et, prenant le relais avec neuf centièmes d’avance sur le Russe Volodimir Tkachenko, finit avec plus de deux secondes d’avance ! Dans le quatre fois 200m, il nage lancé en 1’46’’44, le meilleur temps absolu, plus vite qu’Armstrong, Holmertz ou Gross, et, ayant pris le quatrième relais en 2e position, il reprend l’avance sur l’Allemagne de l’Est et l’emporte. Dans le relais quatre nages, il nage en crawl en séries en 48’’66, et pour des raisons stratégiques, est placé en papillon en finale, les entraîneurs estiment que Biondi en papillon et Jacobs en crawl iront plus vite que Jay Mortensen en papillon et Biondi en crawl. Il nage donc, lancé, en 52’’38, pratiquement à sa valeur en finale individuelle. L’équipe bat le record du monde et, largement le Canada. Biondi est le premier nageur depuis Mark Spitz à être engagé dans sept courses olympiques, il en gagne cinq (dont trois relais) et monte toutes les fois sur le podium…

Aux championnats du monde de Perth, en janvier 1991, il enlève encore le 100 mètres (49’’18) en l’absence de Stephan Caron, fait partie des relais vainqueurs, quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages et obtient l’argent du 50 mètres, Tom Jager, 22’’16 contre 22’’26, lui étant repassé devant. Mais ce n’est plus le Biondi dominateur, et, à la fin de la saison, il partage la 1ere place du bilan des 100 mètres avec Caron et un certain Alexandre Popov, champion d’Europe du 100 mètres, 49’’18 comme lui. Première étape d’un passage de témoin, d’un changement de génération, après sept ans de règne. Devenu après 1988 le seul professionnel digne de ce nom aux USA (il gagne des sommes relativement importantes, beaucoup plus que son complice Jager), il se trouve sur un terrain en friche. Il doit s’entraîner le plus souvent seul, lui qui a connu les structures élaborées et les collectifs riches et puissants de l’école, puis de l’Université, et se retrouve à la fois moins technique, moins costaud, ayant perdu notamment la fameuse efficacité de ses départs. On le voit, lui qui, à Séoul, se dégageait d’emblée, irrésistiblement, ne prend plus rien à personne, à Barcelone, à la sortie de ses coulées ; de même, sa nage est devenue moins longue, un peu plus étriquée, et s’il est imperceptiblement plus rapide, il est moins résistant. Or il n’a que vingt-sept ans ! Dès lors, il termine cinquième du 100 mètres, qu’il mène encore aux trois quarts de la course, enlève l’argent du 50 mètres où là aussi Popov le devance à la touche, et remporte une seule médaille d’or, avec le relais quatre fois 100 mètres (son troisième titre olympique consécutif dans cette épreuve). Mais dans ce dit relais, il a nagé lancé deux secondes moins vite que quatre années avant, en 49’’67 contre 47’’81. « La torpille de Moraga » a perdu sa bonne mine…

C’est une fin de carrière en demi-teinte pour le plus grand sprinter américain (voire du monde) depuis Johnny Weissmuller (1921-1928). En tout, il a remporté dix-sept titres américains dont sept en grand bassin, battu six records du monde, autant sur 50 que sur 100 mètres, et ajouté à ses treize titres universitaires (NCAA) trois titres en water-polo. Après cela, il parait tourner le dos au sport de façon très déterminée, rejetant ses trophées et l’idée même de gloire sportive (qui lui pèse et dont il estime qu’elle nuit à ses relations avec les autres) et devient professeur de mathématiques à Hawaii.