EQUIPE BRITANNIQUE CHERCHE REVANCHE

par Eric LAHMY

1er juillet 2013

A l’issue des championnats britanniques de natation, qui se sont tenus la semaine passée à Sheffield, dans le nord de l’Angleterre, l’équipe d’outre-Manche pour les Mondiaux de Barcelone a été formée, et il apparait qu’elle sera diablement forte. Elle sera aussi plutôt revancharde. Nos voisins du Channel ont eu un sentiment d’humiliation, suite à leurs résultats, à domicile, aux Jeux olympiques de Londres, l’an passé. Ils espéraient Waterloo (grande victoire chez eux), ils l’ont eu… mais dans l’acception française du terme.

Une médaille d’argent, celle acquise par Michael Jamieson sur 200 mètres brasse, deux de bronze, arrachées sur 400 mètres et 800 mètres par Rebecca Adlington, qui avait, quatre ans plus tôt, sur les mêmes distances, enlevé deux fois le plus noble métal, voilà les seuls podiums qu’a pu s’offrir Albion. Loin de suffire à son bonheur.

S’ils s’attendaient à mieux que ça, nos amis anglais, ce n’était pas parce qu’ils étaient déraisonnables, mais parce qu’ils avaient de bonnes raisons techniques et humaines d’obtenir de plus belles réussites. Leurs nageurs étaient classés parmi les premiers dans plusieurs courses. Ils avaient été préparés dans des conditions optimales, dans des centres où était dispensé un enseignement de qualité, pendant quatre années. Ils avaient marqué des progrès réguliers et constants. Ils avaient dépensé sans compter, puisant dans les ressources des fonds publics et d’un système de loterie très rémunérateur. Et ils croyaient, parce que cela se passe presque toujours comme ça, que l’avantage du terrain jouerait en leur faveur.

Aux Jeux de Pékin, les Britanniques avaient terminés 3e ex-aequo au nombre des titres (les deux de « Becky » Adlington), et des médailles (six) ; aux championnats du monde 2009, ils avaient obtenu 7 médailles, dont deux d’or, il est vrai compte tenu des courses non olympiques, été classés 7e pour l’or, 5e pour les médailles ; et aux mondiaux 2011, il étaient encore 6e, ex-aequo, avec deux médailles d’or et trois d’argent.

A Londres, donc, pas d’or, terrible déconvenue ; et une publication qui leur a fait mal, par la FINA : 15eme ex-aequo, au classement mondial.

Un classement basé sur d’autres paramètres aurait donné une idée de la force cachée de la natation britannique, dont les nageurs avaient atteint les finales de Londres à 24 reprises, dix fois chez les hommes et quatorze chez les  femmes. Seuls les USA et l’Australie avaient fait mieux, avec 48 finales, 24 chez les hommes et 24 chez les femmes et 27 finales (14 plus 13). Même les Chinois, n’avaient pu dépasser les British dans ce domaine ! Mais, bien entendu, les Chinois s’en étaient sortis avec quatre médailles d’or, ce qui ne se compare pas avec le zéro pointé du Royaume-Uni.

Dans un classement des nations tenant compte des finalistes de chaque épreuve de course des Jeux de Londres, eau libre incluse, attribuant 1 point au 8e, 2pts au 7e, etc. et 9 points au premier pour valoriser la victoire, en combinant hommes et femmes, les USA sont premiers  avec 299 pts (hommes 157pts, femmes 142 pts) ; suivent 2. Australie, 110pts (48pts + 62pts) ; 3. Chine, 100pts (46pts + 54pts) ; 4. Japon, 94pts (60pts  + 34pts) ; 5. Grande-Bretagne, 84pts (52pts + 32pts) ; 6. France, 76 pts (44pts + 32pts) ; 7. Hongrie, 50pts (31pts + 19pts) ; 8. Allemagne, 45pts (36pts + 9 pts) ; 9. Russie, 41pts (13pts + 28pts) ; 10. Pays-Bas, 40 pts (6 pts + 34pts). Suivent l’Afrique du Sud, 33pts, le Canada, 32pts, l’Italie, 29pts, le Brésil, 26pts, le Danemark, 25pts, pays dont on dira, sans aucune intention péjorative, qu’ils disposent, au niveau mondial, de nageurs plutôt que d’une natation

Mais, bien entendu, si un tel classement confortait l’idée de la solidité de la natation britannique, la fascination (assez compréhensible) des titres et des médailles ne faisait que souligner plus cruellement le manque de réussite au sommet (au contraire du fameux « carton plein » qu’avaient opéré les Français. L’ironie a voulu qu’une médaille d’or a été obtenue par le système britannique. Celle d’une nageuse de Plymouth, la Lituanienne Rüta Meylutite !

Comme chacun sait, malheureusement pour la natation française, celle-ci risque de vivre une situation terriblement handicapante avec le choix de Yannick Agnel de ne pas se présenter dans les courses individuelles aux mondiaux de Barcelone. S’il se maintient dans cet état d’esprit, Agnel, auquel le Directeur technique Lionel Horter rend visite aux USA, ôte à la France une grande partie de sa force de frappe aux mondiaux. D’abord parce que dans sa forme de Londres, Yannick ne pouvait que partir favori du 200 mètres nage libre où même le formidable Chinois Sun Yang – à nos yeux le meilleur nageur du monde en 2012 en dépit des classements mondiaux privilégiant Phelps – ne pouvait le menacer. Ensuite parce qu’un Agnel diminué risque de coûter cher aux relais. Amusez vous  à l’enlever des relais de Londres et imaginez le résultat. Pas de titre sur 4 fois 100m, pas de médaille sur 4 fois 200m! Même chose chez les filles, pour ce qui concerne Muffat. Sans elle, dabord le relais quatre fois 200 mètres n’aurait pas été qualifié, ensuite, il n’aurait pu être médaillé. L’épatante Niçoise, non contente de projeter ses équipières en finale, leur avait offert le bronze.

Les Britanniques, en face de Français amoindris, sont en position de retourner la situation qui a été la leur à Londres dans le décompte des médailles. A Sheffield, la semaine passée, dans plusieurs courses, leurs éléments apparaissaient comme des rivaux de valeur face aux Américains qui disputaient en même temps leurs championnats.

S’il est vrai que le crawl masculin britannique sera inexistant à Barcelone, qu’en dos, Chris Walker-Hebborn et Craig Mc Nally, sixièmes respectivement du 100 mètres et du 200 mètres, ne sont autre chose que des outsiders, et Roberto Pavoni un lointain prétendant en quatre nages, Michael Jamieson reste le meilleur atout, sur 200 mètres brasse: n° 1 au monde cette saison, avec 2’7’’78; et Ross Murdoch, n° 3 au 100m brasse (59’’80), peut rêver de podium, comme Benjamin Proud l’est au 50 mètres papillon.

Une précision : Walker-Hebborn, 6e sur le papier, n’est qu’à trois dixièmes du leader, notre représentant Jérémy Stravius, champion du monde en titre, dans une épreuve tellement compactée que tout peut arriver. Les Britanniques devraient disposer de relais de qualité, finalistes certains et médaillés possibles.

Côté filles, les départs à la retraite de Rebecca Adlington et de Joanne Jackson, deux des reines du demi-fond mondial entre 2008 et 2012, ont été admirablement compensés par l’éclosion un peu tardive mais bienvenue de Jazmin Carlin. Roxy (son deuxième prénom) montrait le bout de ses ambitions depuis le début de la saison et a magnifiquement confirmé par son comportement à Sheffield, enlevant 400 mètres, 800 mètres et 1500 mètres. Ses performances en ont fait la première rivale de Katie Ledecky sur les distances plus longues et une outsider potentielle de Camille Muffat, l’Australienne Bronte Barratt et Ledecky sur 400 mètres, ainsi qu’un appoint considérable dans le relais quatre fois 200 mètres.

Nous n’oublierons pas l’Ecossaise Hannah Miley, alias « Smiley » (souriante), que tous les enfants des Iles Britanniques doivent apprécier, son charmant minois ornant les  paquets de corn flakes de Kelloggs’).  Elle a inscrit son nom tout en haut du bilan du 400 mètres quatre nages, cette année, avec 4’34’’21, devant la championne olympique Shiwen Ye, 4’34’’27. Certes, si Ye retrouve sa forme phénoménale des Jeux olympiques de Londres, Miley, championne d’Europe, vice-championne du monde, et 5e aux Jeux olympiques, à Londres, aura bien du mal à s’en sortir, il n’empêche, elle demeure tout en haut des pronostics.

D’autres éléments sont assez favorablement placés sur l’échiquier pour accéder aux finales et, avec un peu de chance, grimper sur un podium. Et les relais semblent assez solides dans l’ensemble. Mais surtout, les Britanniques, qui ont ruminé leur échec de Londres, ont tout fait pour qu’il ne se renouvelle pas. Ne pas refaire deux fois les mêmes erreurs est l’un des secrets de la réussite. Mais, bien entendu, le dernier mot restera à la compétition.

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