HUIT JEUNES RUSSES EN QUÊTE D’OR ET D’ARGENTINE

Éric LAHMY

Lundi 17 Septembre 2018

La Russie délèguera huit nageurs (équipe complète) aux Jeux olympiques de la Jeunesse 2018, (les troisièmes Jeux d’été) qui se tiendront à Buenos Aires, en Argentine du 6 au 18 octobre. En tête de cette liste, Kliment Kolesnikov, le jeune recordman du monde du 50 mètres dos en 24 secondes juste, aux championnats d’Europe, cet été. Autres sélectionnés, Andrei Minakov, médaillé d’argent du 100 mètres des championnats d’Europe Juniors d’Helsinki, et Elizaveta Klevanovich, deuxième sur 50 et 100 mètres à ces mêmes championnats juniors derrière la Britannique Freya Anderson.

Seize équipes, en fonction de leurs places aux championnats du monde 2017. Non seulement l’équipe russe est d’une qualité indiscutable, mais elle devrait avoir sa tâche facilitée par le fait que plusieurs fédérations ont envoyé à ces jeux des formations de seconde zone. Danil Markov, Daris Vaskinas, gagnante des 50 et 100 dos à Helsinki,  Anastasia Makarova, championne d’Europe junior du 200  brasse, Vladislav Gerasimenko (50 et 100 brasse), et Polina Egorova, 11e du 200 dos des championnats d’Europe seniors, complètent l’équipe, qui, aux Jeux olympiques de la Jeunesse 2014, ont fini 2e derrière la Chine avec six médailles d’or, quatre d’argent et trois de bronze.

UN CONCEPT NOUVEAU, LE SPORT DES JEUNES DANS UNE NATATION QUI VIEILLIT

Le concept des Jeux olympiques de la Jeunesse, imaginé et en tout cas défendu par Mr Jacques Rogge, le précédent président du Comité International Olympique, vise à organiser une compétition bâtie sur le prototype des Jeux olympiques, mais réservée aux sportifs de 14 à 18 ans. Ces jeux se disputent tous les quatre ans, les années paires en décalage avec celles des Jeux.

Je ne sais quelle réflexion a fait germer cette idée dans l’esprit de Mr Rogge, un très remarquable dirigeant olympique, qui se fit remarquer par sa décision, sans précédent, de loger au village olympique, parmi les athlètes, quand ses prédécesseurs étaient attachées aux suites d’hôtels cinq étoiles.

Peut-être décline-t-elle de la professionnalisation de l’olympisme voulue par Juan Antonio Samaranch en 1980. Cette professionnalisation du sport a conduit à de plus longues carrières, les champions, désireux de vivre de leurs talents athlétiques retardant leur retraite.

Dans le modèle précédent, les talents majuscules arrêtaient le sport, aux Etats-Unis à 22 ans, c’est-à-dire à la fin du cursus général universitaire, le plus souvent parce qu’ils ne trouvaient pas une structure organisée prête à les accueillir et à faire prospérer leurs talents. C’est ce qui arriva à Mark Spitz, lequel prit sa retraite à 22 ans, après avoir raflé ses sept médailles d’or aux Jeux de Munich, parce que les millions de dollars qui lui étaient offerts à la suite de son exploit le rendaient « inéligible » aux Jeux olympiques suivants.

En sens contraire, un Michael Phelps ou un Ryan Lochte n’auraient pu nager facilement au-delà de 22 ou 23 ans, ce qui veut dire qu’ils auraient abandonné le sport après les Jeux de Pékin, en 2008…

Bien entendu, le professionnalisme et la présence d’ « ancêtres » qu’il induit dans les équipes nationales change la composition des équipes olympiques, et prévient assez souvent des talents nouveaux d’apparaître et de fleurir dans la compétition internationale. Les jeunes qui arrivent sont barrés non seulement par le talent des anciens surdoués, mais aussi par le fait que leur statut professionnel des nageurs en place leur ouvre a priori de meilleures conditions de préparation. A condition, bien entendu, de garder leur enthousiasme…

On ne peut guère trouver beaucoup de jeunes de valeur barrés à l’international en France, la densité n’est pas assez grande pour cela. Le phénomène en revanche joue à plein aux USA, aggravé ensuite par le fait que seulement deux nageurs par nation et par épreuve sont tolérés, alors qu’il y a trois places de podium aux Jeux.

Il est rare chez les filles, qui ont sans doute plus de mal à devenir professionnelles, Dana Vollmer 29 ans, étant la seule « vieille » nageuse qualifiée aux Jeux de Rio. Et qui remet ça pour 2020 !

Mais pour ne prendre que les sélections olympiques US pour les Jeux olympiques de Rio, on a pu voir plusieurs nageurs de 25 ans et plus se qualifier, ainsi David Plummer, 31 ans, sur 100 dos, Anthony Ervin, 35 ans, sur 50 libre, Nathan Adrian, 28 ans, sur 50 et 100 mètres ; Ryan Lochte, 32 ans, sur 200 quatre nages et quatre fois 200 mètres ; Conor Dwyer, 27 ans au 400 ; Connor Jaeger, 25 ans. Sur 400 et 1500 mètres, 200 4 nages : Michael Phelps, sur 200 quatre nages, 100 papillon, 200 papillon et les relais.

Bien entendu, à chaque fois, il y avait derrière des nageurs moins expérimentés qui ne passaient pas. Et qui, pour la plupart, n’iraient jamais aux Jeux olympiques…

…Dès lors, des compétitions internationales de jeunes se justifient-elles ? On peut le penser, tout en notant quand même que la natation reste un sport d’épanouissement précoce, et que des Meilutyte ou Franklin ou Ledecky championnes olympiques, ou des Kolesnikov champions du monde ont été paradoxalement des vainqueurs en seniors avant de s’essayer en juniors.

Il y a aussi un phénomène qui est celui de la dévaluation du titre olympique (comme du titre mondial d’ailleurs). Il suffit de voir les innombrables titres d’articles de journaux de son pays ou d’ailleurs évoquant en 2014 le « champion olympique » du 800 mètres alors qu’il était le « champion olympique de la jeunesse », ce qui est formidable certes mais n’est pas la même chose…

Au total, les matches de jeunes permettent de conserver l’intérêt des 14-18 ans qui, malgré leur valeur, ne peuvent accéder précocement à l’international chez les adultes. Ils trouvent dans ces compétitions l’émulation nécessaire et les relais qui les amèneront à s’imposer à leur tour, si, bien entendu, les petits poissons ne les mangent pas en route.


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