1994-2012 : LA REVOLUTION FRANÇAISE (5)

LE NERF DE LA GUERRE

 

 

DANS QUATRE ARTICLES PRECEDENTS, NOUS AVONS EXAMINE LES FACTEURS QUI ONT FAIT DE LA NATATION FRANÇAISE LA 3eme POURVOYEUSE DE MEDAILLES AU MONDE. AUJOURD’HUI, NOUS ANALYSONS LES FACTEURS « CACHES » DES SUCCES ET MESURONS LES RISQUES DE RETOMBER DE CETTE POSITION EMINENTE.

 

 

 

Une société qui évolue menace les situations acquises.

Une société qui stagne conforte les situations acquises.

 

Par Eric LAHMY

 

Selon Jean-Pierre Le Bihan, qui a effectué sa carrière à la Fédération française de natation, aucun des succès de ces dernières années n’aurait pu être atteint sans  « deux gestionnaires avisés, qui ont fait la fortune de la Fédération. M. Henri Simon, un poloïste, intègre et passionné trésorier de la Fédération de 1981 à 1997, et Paulette Fernez, présidente du Comité du Limousin. Et Jean-Paul Clémençon aimait dire : « la FFN, c’est Daniel Chaintreau. »

Embusqué derrière ses fortes moustaches, Chaintreau, allure énergique, était le Directeur financier de la Fédération. Paulette Fernez était l’élue qui travaillait en binôme avec Chaintreau. Paulette a été amenée à la natation par sa fille. Celle-ci avait six ans quand Paulette l’amenait à la piscine, à Limoges. Plutôt que d’attendre pendant l’entrainement, elle piquait une tète dans le public. Un jour, l’entraineur lui demanda si elle voulait aider. Paulette a fait mieux que ça. De fil en aiguille, elle est devenue présidente de l’ASPTT Limoges (de 1973 à 1998), contrôleur aux comptes à la Fédération (1992-1996), puis trésorière (1996-2008), enfin vice-présidente. Avant de nous rencontrer, Paulette a consigné dans un carnet ce qui lui semble digne d’être rappelé. Elle passe en revue les innovations mises en place par Fauquet, à partir de l’an 2000. Des services soit inexistants, soit embryonnaires jusque là.

     « La natation, à partir de l’an 2000, a créé des services qui n’existaient pas. La vie des athlètes a assuré le service des nageurs : aménagement des études, contrats avec les commanditaires, gestion des aides personnalisées (un athlète effectue sa demande, la Fédération par ce service détermine les montants et les sommes sont déterminées par le CNOSF). Le médical : les clubs s’en occupent, mais un service fédéral reçoit un retour. Santé, dopage, visites obligatoires. Le docteur Cervetti, médecin fédéral, chaque semaine, vérifie que tout se passe bien. Trois grandes armoires sous clé, secret médical oblige, contiennent les quelques 850 dossiers de nageurs du haut niveau des diverses catégories d’âge concernées. Le service médical assure aussi la diffusion des règles diététiques. »

Les repas des nageurs en stage sont décidés par un diététicien, en fonction des découvertes les plus pointues de la diététique moderne. En 2011, la diététicienne de service, une ancienne championne de natation, avait ainsi mis du curcuma (une racine aux vertus anti-oxydantes et anti-cancer  connue de l’Inde ancienne) à tous les repas des champions.

     « Le service juridique : au départ, Louis-Frédéric Doyez, aujourd’hui directeur administratif, a été engagé pour créer un service juridique, qui conseille les nageurs et assure une liaison avec leurs agents sportifs. L’équipement : sans piscines, pas de résultats. »

      » Le service équipement est relié avec tous ceux qui construisent des piscines. Il ne faut pas faire d’erreurs. Bernard Boullé dirigeait ce service, repris aujourd’hui par Joachim Arphand. Le service recherches est aujourd’hui, résultats de la natation française obligent, connu du monde entier. On le demande à la LEN, la FINA. En 2013, ils sont partis deux mois en Australie (Canberra, Brisbane). En ce qui concerne les primes, tout ce que donne le ministère est doublé par la Fédération. Primes pour les trois premiers des championnats d’Europe, du monde et Jeux olympiques. »

Tout cela n’a été possible que grâce à un gros effort financier. A son arrivée dans la place, en 1996, Fauquet est directeur des équipes de France, et elle, qui a été contrôleur aux comptes depuis 1992, vient d’être bombardée trésorière, poste qu’elle occupera jusqu’en 2008. Devenu DTN, Fauquet lui explique les règles du jeu : en déplacement, le nageur nage, l’entraineur entraine, et tout ce qui est autour rend service. Le « dirigeant », qui cherchait des souvenirs à ramener et envoyait des cartes postales chez lui, c’est fini : il passe au service de la performance. Cela a l’air de convenir à Paulette. La cheffe de délégation s’occupe de chouchouter ses ouailles jusque dans les détails, à les accompagner à l’approche de la compétition, but suprême de sa saison. Rôle passionnant dans lequel plus d’un va se révéler. Dans un déplacement, outre les chambres, « Fauquet veut qu’on loue un salon réservé à l’équipe. Il n’est pas question de laisser le nageur se morfondre seul dans sa chambre. Je louais un réfrigérateur, achetais des boissons, des amuse-gueule. » Puis, rêveuse:  « Je pense que cela a apporté… »

Paulette a la larme à l’œil quand elle parle des nageurs. « Ce sont de grands enfants. Ils ont besoin d’affection. Ils sont tellement rayonnants, gentils. A leur contact, j’ai retiré beaucoup, pour moi-même. L’idée de Claude était de leur assurer la quiétude nécessaire à l’approche de la compétition, à une bonne concentration un état d’esprit positif. »

Le budget de la Fédération, en 2012, frôle les 13 millions d’Euros. En gros 4 millions de la MJF, 5 millions des licences, 2 millions des partenaires et 2 millions des recettes du sportif (engagements, etc.).

Est-ce beaucoup d’argent ? Mais « tout coûte cher, explique Paulette : une équipe en déplacement, un stage, c’est un budget qui augmente avec le nombre des nageurs, les stages aussi, cher pour la FFN… et les clubs ; les clubs qui fournissent d’énormes efforts. »

Quand elle prend son poste en 1996, Paulette a doit à une sacrée surprise. L’année s’est terminée par un déficit de 3.500.000 francs. Totalement inattendu. Elle découvre des factures auxquelles elle ne comprend rien, dont elle ne sait pas d’où elles viennent. Le DTN sort d’un tiroir de son bureau des correspondances. Il a lancé des opérations sans rien dire. Eberluée, – elle n’avait jamais vu ça quand elle travaillait aux chèques postaux, à la Poste -,  elle cherche la parade. « Je dois trouver un moyen de changer cela. La commissaire aux comptes de la Fédération, Raphaelle Terquem, me donne la marche à suivre, que je vais respecter à la lettre : il s’agit de mettre en place un suivi prévisionnel très rigoureux, action par action. Chaintreau rentrait toutes les évaluations des opérations de l’année, après que chaque discipline eut fait son prévisionnel. Claude Fauquet présentait le budget prévisionnel au Ministère où, immanquablement, on poussait des hauts-cris. Fauquet revenait et demandait à chacun de revoir sa copie. Une fois le prévisionnel décidé, Chaintreau le rentrait dans son ordi, action par action. Dès lors, il ne pouvait y avoir aucune surprise. Chaque action faisait l’objet d’un bon de commande amené au Directeur financier. Si l’action avait bien été prévue, elle était encodée, et, quand je voyais le code de Chaintreau, je signais. Quand une équipe revenait avec un dépassement, on leur demandait sur quelle autre action ils avaient prévu un moins. La barre a été redressée dès la première année, chaque année a été équilibrée et même un petit solde positif est apparu qui nous a permis, en 2010, en effectuant un prêt, d’acheter le siège de la Fédération. »

Depuis, Paulette, bombardée vice-présidente, qui repart pour un tour (jusqu’en 1976), est chargée de la gestion du siège et de la cellule des achats. « Et là aussi, il convient d’éviter les surprises, » dit cette femme toujours impliquée.

Si, dans la réussite de notre natation, le premier « facteur caché » a été d’éliminer les factures cachées du programme fédéral, d’autres phénomènes ont joué. « Je pointe l’arrivée d’un contrôle antidopage performant, note Le Bihan. Si l’on refait les palmarès en éliminant seulement les performances des dopés certifiés, c’est-à-dire des pays qui dopaient de façon systématique, on s’aperçoit de l’ampleur des dégâts que les produits dopants ont provoqué. » Mais aussi, on imagine que ni Maracineanu, ni Figues, ni même Manaudou ou Muffat ne seraient passées face à des athlètes anabolisées.

Autre point fondamental : « Entre 1973 et 2012, le nombre de nos licenciés est passé de 90.000 à 275.000. Je dois reconnaitre que le nombre des nageurs classés n’a pas augmenté, il n’empêche, ce plus que triplement a assis la natation sur un vivier dont je crois qu’il a permis de détecter plus de talents. »

Pour le reste, rien n’a été facile, et parfois, la mise en place a été douloureuse !

     « Les minimas de Claude Fauquet, on l’oublie aujourd’hui, ont constitué un drame, rappelle Le Bihan. Les temps établis par Philippe Dumoulin n’étaient pas toujours très bien étudiés. Pourtant, des données existaient. Jean Pommat, un statisticien, Georges Zinstin, et moi-même avons produit une table de cotation sur 1500 points, établie d’après les 1000 meilleures performances françaises par épreuve et par année d’âge. Dumoulin n’en a pas tenu compte et a sorti des temps de son chapeau qui ont fait qu’il n’y avait que sept sélectionnés sur 50 mètres papillon et huit sur 200m papillon aux championnats de France de Châlons-sur-Saône : fautes de concurrents, ces courses ont été disputées en finales directes ! Gérard Durant, le président de Clichy, avait crié au scandale. »

     « Il y a eu comme ça des boulettes, ainsi les temps de sélection des championnats du monde de Fukuoka, en 2001, pour lesquels on avait réussi à ne retenir que 3 sélectionnés auxquels on avait ajouté 2 juniors. » A l’époque, l’opinion se focalise sur le cas de Roxana Maracineanu. Championne du monde en 1998, 2e des Jeux olympiques sur 200m dos, Roxana n’est pas qualifiée pour avoir raté de quelques centièmes d’un des trois temps exigés par la Direction technique. Fauquet résiste à toutes les pressions et refuse de la récupérer. Sans doute pense-t-il qu’il n’a pas le choix, qu’il en va là de sa crédibilité. D’un autre côté, la championne du monde sortante, qui ne pourra pas défendre son titre, est une nageuse exemplaire, une équipière appréciée, une femme courageuse, équilibrée, polyglotte, qui poursuit des études sérieuses. La jeune Alicia Bozon, qui est du déplacement de Fukuoka et atteindra la finale du 400m, témoignera du manque qu’aura constitué pour elle l’absence de Maracineanu. Aujourd’hui encore, ce refus d’accepter une entorse à son système constitue la « faute » de Claude Fauquet qui résonne dans les mémoires.

 

                    L’étroitesse de notre élite

Aux Jeux olympiques 2012, le classement FINA, basé sur les médailles olympiques, donne la France 3e derrière les USA et la Chine. Nous avons effectué un classement des nations basé sur les places de finalistes. En attribuant un point au 8e de la finale, 2 au 7e, etc., 7 au 2e et 9 au 1er pour valoriser le titre olympique.

Dans un tel classement, la France est 5e du classement masculin avec 44pts, devancée par les USA, 157pts, le Japon, 2e, 60pts, l’Australie, 3e, 48pts, la Chine, 4e, 46pts, et devant l’Allemagne, 6e, 36pts, la Grande-Bretagne, 7e, 32pts et la Hongrie, 8e, 31pts.

Au classement féminin, le France finit 7e , avec 32pts, derrière les USA, 1ers, 142pts, l’Australie, 2e, 62pts, la Chine, 3e, 54pts, la Grande-Bretagne, 4e, 52pts, les Pays-Bas et le Japon, 5e, 34pts, et devant la Russie, 28pts.

Au classement général, les USA l’emportent avec 299pts devant l’Australie, 110pts, la Chine, 100pts, le Japon, 94pts, la Grande-Bretagne, 84pts ; la France est 6e avec 76pts.

Selon Christos Paparrodopoulos, « la question qui se pose, c’est : pourquoi le sprint ? Cela répond plus au profil de notre natation. Mais en progressant dans le secteur du sprint, on s’est affaibli dans d’autres secteurs. Alors, faut-il travailler ses points forts au détriment des points faibles ou pas ? Nos résultats sont exceptionnels sur des nageurs exceptionnels.

     « Et où ça ? En crawl jusqu’au 200 mètres. Ailleurs, c’est plus compliqué. Je note une dégradation énorme de nos spécialités.

     « C’est là le centre de l’affaire. La réussite paradoxale de la natation française, qui fait l’exception française. C’est plus facile de réussir sur 100m que sur 1500m. Les entraineurs français se sont posé la question de la rentabilité de leurs efforts. La réussite d’un Florent Manaudou est remarquable, mais elle n’est pas reproductible sur 1500m ou sur 400m quatre nages.

     « Pourquoi ? On est une natation d’artisans. Et non pas une natation de stratégie globale. Les Américains, les Australiens sont présents partout. Prenez l’exemple d’un brasseur, dans une ligne d’eau, c’est un emmerdeur, il va prendre une place pas possible, aller plus lentement, alors qu’on pourra mettre dix ou douze nageurs dans la même ligne. Donc on sacrifie la brasse quand on a des conditions d’entrainement difficiles. Aux USA, en Australie, l’entrainement se déroule dans des endroits magnifiques. Faire de la natation dans le nord de la France, c’est mission impossible.

     « Pas un nageur de papillon décent depuis Franck Esposito. La natation est particulière, et vouloir en faire un modèle anglo-saxon,  ne garantira pas la réussite. Maintenant, on est plutôt dans l’artisanat. J’avais planché sur un projet brasse qui a été abandonné. Je regrette un peu. Je souhaiterais qu’on devienne la grande natation de natation, avec des finalistes partout. »

Si la France souffre d’une natation concentrée sur le sprint de nage libre, ce sujet d’inquiétude cache une satisfaction : c’est une natation de gagneurs. Avec seulement 13 places en finales, ce qui n’est pas beaucoup, on enlève 4 titres olympiques,  2 médailles d’argent et une médaille de bronze, ce qui fait que 54% de nos finalistes sont médaillés. La Grande-Bretagne, en sens contraire, compte 24 places en finales, pour trois médailles et zéro titre (12% de finalistes médaillés). L’Australie, grand pays de natation, est très présente avec 27 places de finalistes, mais n’enlève qu’un seul titre et 6 médailles (26% de médaillés). Le Japon, 19 finales, ne gagne pas un titre olympique, et compte 3 médailles de bronze (16% de médaillés).

Comme disait Jean-Paul Clémençon, « il faut que beaucoup de gens perdent au casino pour qu’il y en ait un qui gagne ! » A Londres, le vainqueur, à ce jeu, a été la France.

C’est à la fois l’effet Fauquet, avec ses minima en séries, en demi et en finale qui enseigne aux nageurs à nager très vite à trois reprises dans un laps de temps très rapproché, et donc à atteindre le maximum de rentabilité en finales, et l’effet Philippe Lucas – Laure Manaudou qui arrivent avec cette assurance de ceux qui n’ont peur de rien dans les finales, avec cette idée que seul l’or compte.

 

                              Les jeunes ne sont pas au niveau

La parole est à Denis Auguin : « Pour l’avenir de la natation française, il y a urgence d’augmenter la densité de notre élite, très faible dans une bonne moitié des épreuves. Quand je nous vois finir au classement FINA devant les Japonais et les Australiens, qui placent des finalistes dans pratiquement toutes les courses, je crois rêver. A part la nage libre, on est sinistrés ! Et l’avenir se présente mal, avec seulement cinq nageurs qualifiés aux championnats d’Europe juniors. Il y a là comme un goût de retour vers l’époque de la cata. »

Diagnostic proche de Michel Chrétien : « L’état de notre natation de jeunes est préoccupant, il y a un manque de réussite qu’on a noté au niveau européen. En même temps, aux Jeux olympiques, des pays comme le Japon et l’Australie, qui ont mis des finalistes dans toutes les épreuves, ont fini derrière nous au classement des médailles. D’un autre coté, la Grande-Bretagne, l’Italie, qui sont de façon systématique meilleurs que nous dans les compétitions juniors, voient leurs plus brillants éléments disparaitre en seniors. »

Lucien Lacoste, ancien Directeur des équipes de France (2001-2004), entraineur du TOEC de Toulouse, offre un autre point de vue sur la question : « la réussite est une histoire d’hommes, dit-il. Regardez nos médaillés : Florent Manaudou, Camille Lacourt, mesurent 2m, Yannick Agnel et Amaury Leveaux 2,02m, Alain Bernard 1,96m. Et, coté dames, Solenne Figues 1,78m, Laure Manaudou 1,80m, Camille Muffat 1,83m. On n’en voit pas beaucoup, d’aussi doués avec de tels gabarits. Alors, on se vante d’avoir mis un système en place, mais il faut donner sa place au hasard ; en dernière analyse, il faudra avoir des nageurs, et on aura peut-être du mal à en trouver de ce calibre là. » C’est l’un des points forts de notre natation actuelle, que relève aussi Christos Paparrodopoulos, ces « nageurs à grand potentiel » dont on ne sait pas si on en retrouvera d’autres. Disposer d’Agnel après Bernard, de Muffat après Manaudou, ce n’est pas quelque chose qui se décide en réunion technique.

 

                                Le grand écueil, l’accès aux piscines

A la rentrée, un club historique parisien, le Cercle des Nageurs de Paris, a perdu la concession de la piscine qu’il avait aidé à construire et qu’il gérait depuis plus de cinquante ans. Le CNP a été évincé par l’UCPA (Union Nationale des Centres Sportifs de Pleine Air). Selon Lucien Lacoste, l’accès aux piscines pourrait être le « grand écueil » qui menace notre natation : « Les clubs auront de plus en plus de mal. Les « Vert Marine », l’UCPA, des entreprises commerciales, viennent les concurrencer, et leur but, c’est le profit. Ce qui risque de changer la donne. Il n’y a pas que ça. Les jeunes retraités sont plus demandeurs de sport santé que par le passé. J’imagine mal mes parents aller à la piscine, maintenant, cela se développe. C’est autant de créneaux en moins pour les nageurs de compétition. On manque de beaux stades nautiques. Après cela, cela dépend : à Toulouse, il y a pas mal de bassins, des pays sont plus mal lotis que nous. Par exemple, on pourrait aménager les bassins d’été pour qu’ils puissent être utilisés à longueur d’année. »

Michel Chrétien partage cette inquiétude quant à l’avenir des infrastructures : « Nous manquons de piscines, d’encadrement. Les nouvelles piscines sont à gestion privée, les clubs doivent payer, et ne peuvent supporter les salaires des entraineurs. Avant, les municipalités actaient en direction du sport.

     « Il y a quelque chose de paradoxal dans notre réussite. Elle est contradictoire avec les moyens structurels qui sont à notre disposition.  La France n’avait pas de piscines de compétition, elle n’a pas l’infrastructure des grands pays de natation, sur ce plan elle se trouve à la traine. »

Sans piscines, pas de nageurs. Et sans municipalités dynamiques, pas de piscines. « Des maires comme Georges Frêche à Montpellier, Christian Estrosi à Nice, Arlette Franco à Canet en Roussillon, un champion comme Bozon à Tours, les Horter à Mulhouse, Francis Luyce à Dunkerque, tous ont compris l’intérêt d’une élite sportive, et su profiter des performances de leurs athlètes, rappelle Jacky Batot. Et le président rémois d’ajouter. « On n’est pas à l’abri d’un retour vers la médiocrité en raison d’un nombre important de communes réticentes. On sent depuis deux ou trois ans que les municipalités sont tentées de confier la gestion de leurs piscines à des associations populaires et culturelles aux dépens du sport. »

La crise économique peut jouer un rôle néfaste : « A une époque où la conjoncture économique était bonne, et les communes avaient les moyens de répondre, on a pu dégager un plus pour le sport, dit encore Batot. Moi-même à Reims avais eu la possibilité de développer un club qui marchait bien, dans des conditions économiques favorables. Mais quand l’adjoint aux sports d’une commune n’est pas issu du haut-niveau, cela risque de se passer moins bien. C’est par périodes. »

En revanche, les résultats brillants de l’équipe nationale peuvent contrarier les tendances négatives. « Ces succès obtenus par les équipes de France de natation depuis maintenant près de dix ans ont rendu les communes sensibles, dans la mesure où les dites communes se servent d’une façon ou d’une autre des athlètes de haut niveau pour leur image. » Ils ont aussi amené des sponsors, dont l’apport n’est pas négligeable.

Telles sont les armes de la natation – outre son image de sport pour tous – pour lutter contre un possible déclin. « Aux deux centres ‘’institutionnels’’ censés fabriquer de la bonne natation à l’INSEP et Font-Romeu, explique Chrétien, des centres qui ne sont pas ‘’officiels’’, institutionnels, n’en ont pas moins produit des nageurs : Rouen a sorti Gilot, Anne-Sophie Le Paranthoen, Nice aussi n’a pas ce label, mais Nice n’avait pas besoin de ça parce qu’il avait les moyens. Moi-même, ai vécu sur Amiens, et j’ai pu entrainer Jeremy Stravius et Mélanie Hénique. »

 

                              Il y a du mou dans la ligne d’eau.

Selon Denis Auguin, l’une des grandes erreurs commises aujourd’hui ça et là consiste à attendre d’avoir des nageurs de haut niveau pour les soumettre à un travail de haut niveau. « Or, estime-t-il, c’est loin en amont qu’on doit travailler dans ce sens. Il y a toute une façon d’agir qui s’apprend très tôt, qu’il serait trop tard d’attaquer à l’accession du nageur au haut niveau. » La Direction technique a réduit de moitié entre 2008 et 2012 le nombre de jeunes nageurs inscrits dans les pôles jeunes. En durcissant des critères de sélection déjà très élevés, n’a-t-on pas découragé des talents potentiels ?

Jacky Brochen s’inquiète du risque d’un retour au laxisme d’antan : « Claude Fauquet a su faire confiance aux gens. Au début, il a eu l’air un peu psychorigide, mais ensuite il a su adapter les règles. Je crois que Christian Donzé a appauvri ces règles, je ne sentais pas bien la philosophie de sa démarche. » Plusieurs adjoints du DTN avaient sentis qu’ils étaient écartés des décisions, au profit d’un aéropage d’intimes du DTN issus de ses relations…

Christos Paparrodopoulos restait vague quant aux risques, mais notait un moindre souci de rigueur : « Christian Donzé a fait un mélange de la ligne dure de son prédécesseur et d’une ligne moins rigide.» Oh, qu’en termes choisis ces choses-là sont dites.

Autre critique plus d’une fois entendue : « des sélections françaises devait résulter une équipe homogène. Ce système n’a pas été poursuivi sous la férule de Christian Donzé, et on a desserré les qualifications. A Rome, aux mondiaux, on a compté six sélectionnés qui n’ont pas nagé, ce qui n’est jamais bon. Et le système de sélection pour les Jeux de Londres a frôlé la correctionnelle. Du fait de l’erreur d’avoir inscrit en amont certains nageurs, il s’en est fallu de peu, en raison des quotas édictés par la Fédération Internationale, que Clément Lefert (or sur 4x100m et argent sur 4x200m) ne puisse nager ! » Ces choses là peuvent arriver, même si ce sont des anecdotes. Mais ce n’est par un Philippe Dumoulin qui aurait laissé passer une telle boulette !

Avant l’accident cardiaque qui l’a terrassé, Christian Donzé avait laissé échapper des propos intrigants concernant ses choix techniques, dans une interview de presse dans laquelle il analysait les raisons du triomphe de Londres. Tout cela est dû, expliquait-il : « à une belle génération de nageurs et d’entraîneurs, à des critères de sélections bien établis, à d’excellents stages, à un projet olympique sur 2 ans, à la valorisation des entraîneurs. » Jusque là pourquoi pas. Mais, ajoutait le DTN, « j’ai beaucoup lu et entendu dire depuis 2009, que la natation française avait profité de l’exigence de Claude Fauquet. Je n’ai rien contre Claude Fauquet, mais j’ai diminué les exigences des critères de sélections ; j’ai adapté progressivement ces exigences au contexte de l’équipe de France. En quelque sorte, j’ai fait l’opposé de ce qu’il proposait. »

D’aucuns se sont étonnés d’entendre Donzé se vanter d’avoir détricoté le travail de son prédécesseur. Celui-ci n’avait-il pas  relevé la natation française ? La plupart des techniciens ont regretté cet affadissement des règles qui avaient fait leurs preuves.

Il nous parait indiscutable, que la part de la DTN dans les victoires d’Agnel et de Muffat pouvait être considérée comme marginale. « Il aurait pu faire n’importe quoi, rien n’aurait pu empêcher Yannick Agnel et Camille Muffat de devenir champions olympiques, estimait un entraineur que nous interrogions sur le sujet, et qui ajoutait plaisamment : « même s’ils avaient fait partie de l’équipe de Namibie, ces deux là auraient gagné. » Un raisonnement qu’on peut reproduire aussi pour Florent Manaudou, avec cette différence qu’à son sujet, personne n’avait vu venir le colosse marseillais, qui, quelques mois auparavant, nageait encore à Ambérieu.

Il est important de prendre date au sujet d’une autre décision du regretté successeur de Claude Fauquet à la tète de la DTN, celle d’avoir modifié les critères de sélection (qu’il qualifiait de « bien établis ») après les qualifications aux championnats de France. Ces critères modifiés ont été assez sévèrement jugés par les entraineurs : ils auront, estiment-ils, un impact à moyen terme : en les recevant, les nageurs et les entraineurs notaient que le Directeur technique national ne croyait pas en ce qu’il proposait. On abandonnait l’intransigeance de Fauquet, qui, aussi détestable avait-elle pu paraitre à beaucoup, a finalement produit cette longue embellie.

On ne peut savoir si Donzé, si le sort funeste ne l’avait frappé, se serait figé dans cette attitude, dictée peut-être par son désir d’exister autrement que comme l’ombre ou le clone de son prédecesseur, ou par sa moindre résistance aux pressions d’un Comité directeur vieillissant dont tous les membres semblent accrochés à leur poste (celui qui vient de repartir en 2013 a aura 70 ans de moyenne d’âge aux Jeux de Rio). Mais on imagine qu’elle produira, si elle n’est pas combattue immédiatement, des dégâts impossibles à apprécier dans l’immédiat, mais dont l’impact futur est presque certain. Un nageur du groupe « relève » qui avait raté sa qualification aux Jeux a dit, en prenant connaissance de la liste des repêchés, sur laquelle il ne figurait pas : « j’ai la sensation d’avoir raté une deuxième fois ma qualification. » Soumettre des nageurs à des critères difficiles, mais qui induisent l’excellence, pour ensuite leur dire après les épreuves de sélection que ces critères sont revus à la baisse, est faire entrer une forme d’incertitude, de flou, mais aussi un soupçon d’incompétence qui ne doit pas exister. Clément Lefert, quoique qualifié pour les Jeux de Londres, avait manifesté à ce sujet une certaine frustration.

 

 

                                     CONCLUSION (EVIDEMMENT) PROVISOIRE

Malheureusement, ces analyses étaient condamnées à se situer en aval de l’action. En disant ce qui A ou N’A PAS marché, on a pu faire l’unanimité ou presque. Mais il est plus difficile de dire ce qui VA marcher et ce qui ne VA PAS marcher. Les minima très durs de Claude Fauquet ont au début été un vrai drame. Ils ont provoqué un scandale. Très peu de gens prédisaient qu’ils permettraient à la natation française d’effectuer des progrès sensationnels. Pourtant ces minima ont tout déclenché. Même s’il ne se serait rien passé sans l’aide aux clubs, aux nageurs, et si un curieux personnage appelé Philippe Lucas n’avait marabouté une fille nommée Laure Manaudou et si ces deux n’avaient pas joué les artificiers. Sans eux, il n’y aurait rien eu, la bombe française serait devenue une fusée qui fait pschitt… ou, du moins, les choses auraient pris beaucoup plus de temps.

D’où un vrai débat sur ce qu’on doit faire aujourd’hui : Christian Donzé proposait de changer le système, de l’amender dans le sens de l’assouplissement. Une majorité des entraineurs étaient, semble-t-il, sceptiques à son sujet, ils sentaient des flottements, une tendance inverse, un retour à des accommodements qu’ils jugeaient désormais nuisibles, une façon de tourner le dos aux recettes qui ont marché. Avec Begotti aux commandes de la technique, ou Dumoulin à l’analyse et au diagnostic, on avait des maitres du sujet, Les successeurs n’étaient pas au niveau. Et surtout, d’après ses critiques, Donzé travaillait quasiment seul, coupé de la plupart de ses cadres techniques. Aujourd’hui, Lionel Horter est entré dans l’arène. Aura-t-il la force de caractère de refuser les tentations du louvoiement, et de garder le cap ?

Entre tous les facteurs qui ont construit la réussite actuelle, il est difficile d’en isoler un. Tous ensembles, ils créent une synergie. Chaque facteur n’agit pas de son propre fait, mais potentialise les autres. Pas de succès sans les minima à la Fauquet, mais ces minima ne peuvent rien sans l’accompagnement technique, l’aide aux nageurs et aux clubs, les stages réussis, l’approche professionnelle, minutieuse, de la compétition ; pas de réussite sans Laure Manaudou, mais peut-être pas de Laure Manaudou sans une équipe solide et ambitieuse autour d’elle. Les facteurs se catalysent, s’interpénètrent, s’enrichissent. Bien entendu, nous n’avons pu proposer ici que des éclairages sur la montée en puissance de la natation française. Sans doute n’avons-nous pas réussi à la montrer en mouvement. Au lieu de l’explication fluide et complète dont nous avions rêvé, nous avons peiné à vous offrir une série d’images de diapositives qui se suivent, clic clic, de façon un peu mécanique. Il y a tout un mouvement, un rythme, aurait dit Pellerin, qui nous a probablement échappé. Notre réussite aura peut-être été de n’avoir oublié aucun élément de cette saga.

HISTOIRE (1) Chapitre 1. LA NUIT DES TEMPS

    « Si la nature, comme il est probable, n’a pas accordé à l’homme la faculté de nager sans étude, il est au moins certain qu’elle lui a donné de grandes dispositions pour réussir en ce genre » (Roger Depagnat)

 

 

     Si la plupart des animaux nagent d’instinct, cet acte, chez l’homme, doit faire l’objet d’un apprentissage. Nager n’a rien d’inné, c’est une maîtrise qui s’acquiert, nécessite une technique, et se développe par un entraînement.

On imagine ce qui pousse, à l’aube de l’humanité, nos ancêtres à « se jeter à l’eau » : s’alimenter ou combattre, ou la nécessité de se défendre contre les bêtes carnivores. Parfois l’eau est un obstacle à franchir, parfois l’on cherche à lui arracher des objets immergés. A certaines températures, elle procure détente et loisir. Mais elle peut aussi s’emballer, devenir une ennemie et il faut alors, si possible la fuir, à défaut tenter de la dominer à ses risques et périls, parfois la dompter pour secourir des âmes perdues. Est-elle calme? On s’y affirme ou l’on y poursuit des buts économiques, pèche, poussage de marchandises. On nage aussi pour des raisons que, des millénaires plus tard, notre « raison raisonnante » d’aujourd’hui imagine mal, magiques, superstitieuses : ainsi, chez certains peuples anciens, on apprenait à nager de crainte de ne pas avoir de sépulture ; si le corps du noyé n’était pas retrouvé et mis en terre, l’âme était condamnée à errer sans repos.

Deux historiens, Masera et Von Soden, ont prétendu qu’un tabou interdisait de nager en Mésopotamie. En Perse, les mers, les lacs et les rivières, domaines où vivaient les Dieux, étaient sacrés : on ne pouvait s’y tremper ni même s’y laver les mains. Von Soden affirmait aussi que la nage était inconnue en Mésopotamie. Cette thèse a été controversée, et Rollinger, dans son Schwimmen und Nichtschwimmen in Alten Orient, s’appuyant sur divers textes et images de l’époque et des descriptions militaires ou d’épreuves de vitesse sur des traversées de rivières, semble avoir démontré sa fausseté.

Plus près de nous, s’appuyant sur un passage du prophète Isaïe, chapitre 25, concernant la chute du peuple de Moab, dans la Bible, le clergé britannique conclut que le créateur n’aimait pas la nage ; il en interdit la pratique pendant tout le Moyen Âge. Cette curieuse rage hydrophobe citait la parabole par laquelle Isaïe compare les murs fortifiés de Moab aux mains d’un nageur : « Au milieu de cette mare, il étend ses mains, comme le nageur les étend pour nager ; mais l’Éternel abat son orgueil, Et déjoue l’artifice de ses mains. Il renverse les fortifications, il les fait crouler à terre. »

Interdire pendant des siècles une activité aussi anodine que la natation sur de telles prémices ressemble fort, disons le, à un pinaillage imbécile. D’autant plus, d’ailleurs, qu’une récente traduction, œcuménique, des Écritures, a abouti à donner un sens complètement différent au passage incriminé : « L’Éternel, aurait dit en fait le texte sacré, étendant ses mains comme celle du nageur, abat les orgueilleuses fortifications. » Ne voilà-t-il pas un fâcheux contresens : ce n’était pas le mouvement de l’orgueilleux Moabite, mais bel et bien celui de l’Éternel lui-même, que l’Ancien Testament comparait à celui d’un nageur ! Le texte qui aurait dû littéralement pousser le peuple de Dieu à l’eau, par une sombre ironie, l’en avait empêché !

 

     L’homme de la préhistoire nageait-il ? Le doute n’est pas permis. Des témoignages de cent siècles l’attestent.

Cent siècles. Dix mille ans. C’est l’âge des dessins de la grotte de Kébir, dans les montagnes du Djebel El Ouenat, en Libye, qui  montrent des nageurs et des plongeurs. L’ensemble de cavernes préhistoriques  qui abritent ces grottes fut repéré en 1933 par le Comte Laszlo Almasy (1896-1951) et son ami Froebenius. Almasy devint le héros du roman d’Ondaatge, Le Patient Anglais. On a accusé ce noble hongrois d’avoir espionné pour le compte des nazis pendant la guerre. L’archéologie lui servait de couverture. Ou peut-être, vu qu’il la pratiquait avec talent, l’espionnage était-il la monnaie qu’exigeaient de lui les Allemands en échange du droit de fouille. Peu importe : sa trouvaille confirma que le Sahara n’avait pas toujours été un désert. Dans un film éponyme de 1997, tiré du roman d’Ondaatge, et qui collectionna une kyrielle d’ « Oscars » (dont celui du meilleur second rôle à la Française Juliette Binoche), on voit Almasy et ses amis, émerveillés,  découvrir les nageurs et les plongeurs de la grotte de Kébir. Le dessin de personnages allongés, battant des pieds, une main au-dessus de la tête, l’autre sous le ventre, ne présente aucune ambiguïté. Il deviendra, en Egypte, sans changement, le hiéroglyphe du verbe nager.

D’autres silhouettes rupestres de nageurs préhistoriques existent, nous a-t-on affirmé : ainsi au Yémen, sur le territoire de l’ancien royaume de Saba, et en Irak, non loin de la jonction du Tigre et du Diyala. Henri Lhote (1), qui relève, entre 1934 et 1954, des milliers de fresques dans le Tassili, fait état de figures en train de nager, comme, à Aouanrhet, une « nageuse aux seins sur dos », femme en position allongée qui remorque un homme aux membres repliés ; ou à Ti-n-Tazarift, « le nageur et l’archer », dont l’un des personnages semble bien évoluer dans l’eau ; mais dans ces peintures, on ne peut parler d’une technique de nage. Les personnages semblent « couler » dans l’eau, se laisser entraîner par un courant.

 

     Un superbe bas-relief assyrien de Ninive, âgé de trente siècles et conservé au British Museum, représente trois hommes nageant sous une pluie de flèches. Ces personnages admirablement rendus sont allongés dans l’eau. Deux d’entre eux s’aident d’outres qu’ils chevauchent et gonflent de leur souffle. Le troisième, posé sans soutien dans l’eau, effectue ce qui pourrait bien être un mouvement de crawl, action alternée des bras et jambes traînantes. Une légende commente l’action : « ils flottaient – tels des poissons traversaient la rivière. » Ou tels Dercétis, déesse de Babylone, ancêtre des sirènes, dotée d’un corps de poisson et d’un visage de femme ?

D’autres signes témoignent de l’existence d’un mouvement alternatif des bras, style crawl, en des temps très reculés. Le hiéroglyphe « nager » ne montre-t-il pas une silhouette d’homme allongé, un bras sous le corps, l’autre levé légèrement en arrière, position qui anticipe des nages réputées « modernes ? » En Égypte, la maîtrise de la nage témoigne d’un niveau supérieur de culture. Quand, à la bataille de Kadesh, les Hittites croient encercler les troupes de Ramsès II alors dans la cinquième année de son règne, le roi hittite manque de se noyer et s’attire la dérision de générations d’Égyptiens.

L’ordalie, qu’on retrouve dans la Torah juive, était prévue dans le Code (section 131-2) d’Hammourabi (~1795-~1750), l’une des premiers textes de lois connus. Une femme suspectée d’adultère par la communauté devait se jeter à la rivière, où les Dieux étaient censés résider. Si elle parvenait à se sauver à la nage, c’est que les Dieux l’avaient déclarée innocente. Une personne avait le droit de demander ce jugement divin en cas d’accusation. On imagine qu’il ne faut rien connaître de la natation pour imaginer un tel scénario : une personne assez instruite de la flottabilité du corps humain n’avait qu’à emplir ses poumons avant d’être poussée à l’eau et à se placer sur le dos, visage tourné vers la surface, pour passer victorieusement l’épreuve. Dans une culture où l’art de se propulser dans l’eau existe, l’ordalie n’aurait pu signifier présomption d’innocence ou, en cas de noyade, de culpabilité.

Vieux de 5000 ans, un bas-relief de Nagoda et un sceau des inspecteurs des eaux déposés au Musée de Berlin confirment qu’une sorte de crawl, ou de trudgeon, a été maîtrisée en Égypte. Bien entendu, on ne sait rien de l’ensemble du mouvement effectué, mais la position des mains, à l’opposite, l’une dans l’eau, l’une au-dessus de la tête hors de l’eau, ne laisse aucun doute sur le retour aérien du bras à l’issue de l’action sous-marine. De vastes piscines peuplaient les palais d’Akhenaton ; un ample réservoir du Palais de Deir el-Balah, où vécut Néfertiti vers ~1400, servait de citerne et de piscine. Avant d’échouer au Musée du Caire, un nageur d’albâtre a traversé quarante-deux siècles, saisi dans un mouvement alterné des bras, sans doute un crawl ou un over arm stroke des membres supérieurs, couplé à un mouvement en grenouille des jambes proche de la bonne vieille brasse de nos grands-pères. Ce n’est qu’une hypothèse de notre part, mais cette façon de nager a pu être développée en raison des méthodes d’enseignement en l’honneur au temps des Pharaons. L’élève nageur était posé sur une planche légère et invité à avancer en moulinant des bras. Il pouvait dès lors sortir les bras de l’eau sans boire une inévitable tasse. On peut imaginer que le même processus d’enseignement de la nage sur des planches a permis aux surfeurs des îles des mers du Sud de produire le crawl.

C’est sans doute une telle technique, ni brasse ni crawl, mais qui préfigurait ces deux styles, qui était encore pratiquée, dans les années 1930, sous le nom de double coupe. L’enseignant français G. de Villepion raconte dans son ouvrage Nageons (1929) qu’il a « vu des Indiens de la Bolivie traverser les rios en poussant devant eux des charges d’écorces de quinquina ; mais les jambes donnaient un coup de ciseau très distinct. » A Rome comme en Assyrie, ajoute-t-il, « la double coupe (lancement alternatif des bras accompagné d’un double coup de jambes en ruade) semble avoir été la nage prévalente. » Villepion qui a lu des descriptions gréco-romaines des pieds du nageur qui « tracent un sillon dans la plaine liquide », en conclut que le crawl a pu être pratiqué dans l’Antiquité, puis que « son usage va se perdre par la suite, » avant d’être retrouvé par les frères Cavill parmi les indigènes des îles des mers du Sud… Tout cela suggère que le nageur du Musée du Caire, illustrait, déjà, la double coupe.

Divers objets égyptiens attestent d’une continuité dans la pratique d’une nage type brasse, à action des membres simultanée : des pièces de bois et d’ivoire (18e Dynastie), un vase d’argent de la 21e Dynastie (~1050), des fragments de poteries (ostracon, pluriel ostraca), des manches de cuillers, des plats ou des bols, mettent en scène avec constance des nageurs de « brasse », le corps en extension, les bras étirés, les mains devant la tête.

En revanche on ne trouve pas trace d’épreuves de natation en Égypte hormis celle, indirecte, d’un combat des Dieux Horus et Seth qui, engagés dans une guerre pour l’empire de l’univers, décident de s’en remettre à un concours de plongeon : il n’empêche, la nage semble avoir été dans ce pays une activité économique – ou au moins utilitaire – et ludique que Pharaon lui-même ne dédaigne pas : dans la tombe d’un prince de Sint, Cheti, qui vécut à la fin du 3e millénaire av. J.-C., on peut lire, dans un chapitre de sa nécrologie consacrée à la liste de ses mérites, un remerciement au roi qui, dit-il, lui « a fait apprendre la natation avec ses propres fils » ?

On peut croire que la natation reste une activité pour les nobles, qui peuvent d’y exercer dans l’eau pacifiée des piscines. Le Nil, peuplé de reptiles, d’hippopotames, ne pouvait pas être le lieu privilégié d’une activité, joueuse ou sportive, sans dangers.

 

     Les témoignages écrits qui concernent la nage remontent quelques siècles moins loin dans le temps que les traces peintes ou sculptées. Rien de plus normal, puisque, historiquement, le dessin précède l’alphabet. La miraculeuse découverte de milliers de tablettes cunéiformes a offert d’abondantes et précieuses informations sur la culture plus de cinq fois millénaire de la plus ancienne civilisation connue, celle de Sumer. Avant que l’homme ne soit créé, racontait la mythologie sumérienne, des Dieux anthropomorphiques habitaient la cité de Nippur. Ayant décidé de marier sa fille la déesse Ninlil, sa mère Nunbarshegunu lui dit: « dans l’onde pure, femme, baigne-toi dans l’onde pure. Ninlil, longe la berge du ruisseau Nunbirdu. »

De la même façon, Gilgamesh, le héros sumérien de la première saga de l’humanité, dont la légende fut intégrée ensuite à la mythologie babylonienne, (~18e s.) plonge sous les eaux pour se procurer la plante de la jeunesse éternelle, qui croît au fond de la mer, et qu’il perdra, volée par un serpent, alors qu’il se baigne dans une rivière.

 

     Dans La Bible, Ézéchiel signale (47, 3-5) un fleuve qu’on doit traverser à la nage : « c’était un torrent que je ne pouvais traverser, car l’eau était si profonde qu’il fallait y nager. » Dans le premier livre des Macchabées, Jonas et les siens, au cours d’un combat, sautent dans le Jourdain et nagent. Jonathan, un héros maccabéen, plonge dans le Jourdain pour échapper à des poursuivants. Flavius Josèphe décrit dans son autobiographie un naufrage dont fut victime un groupe de prieurs qui nagèrent toute la nuit avant d’être sauvés par un navire. Rabbi Akiba, un rabbin du 2e siècle, établit qu’apprendre à nager à ses enfants était, pour un père, un devoir sacré.

Les Juifs n’ont pas attendu l’ère moderne pour s’illustrer dans la natation. Ils peuvent noter l’appartenance à leur foi de plusieurs grands nageurs comme le marquis Bibbero, vainqueur de courses en Angleterre dans les années 1860, G. Cohen, recordman des États-Unis du 440 yards entre 1878 et 1896, Alfred Hajos (de son vrai nom Guttmann, 1878-1955), champion olympique pour la Hongrie, Neumann (1875- ), champion olympique pour l’Autriche. Otto Wahle (1880-1963), Autrichien émigré aux États-unis qui, devenu un coach réputé, influença le cours de la natation US et dirigea l’équipe olympique en 1912 et en 1920. Son successeur olympique, William (Bill) Bachrach (1879-1959), un Juif également, fut le premier entraîneur de natation de l’histoire à enlever, à travers ses élèves Johnny Weissmuller et Ethel Lackie, les 100 mètres nage libre masculin et féminin – aux Jeux de Paris, en 1924 – et dirigea l’Illinois A.C. de 1912 à 1954. Léo Donath, un juif hongrois, présida la FINA dans les années 1930. Mark Spitz, qui accumula neuf médailles d’or olympiques dans sa carrière, fut élu en 2000 meilleur nageur du siècle écoulé par un jury de spécialistes, et Keena Rotthammer, championne du monde et olympique, fut l’une des rares nageuses à avoir battu sur l’une de ses meilleures distance, le 800m, la grande Shane Gould. Chassé d’Ukraine par l’antisémitisme et la misère, Lenny Kraizelburg a remporté les courses de dos aux championnats du monde 1999 et aux Jeux olympiques de Sydney en 2000 pour le compte des USA. Charlotte Epstein (1885-1938), elle, fut la principale responsable de l’établissement la natation comme sport féminin aux états-Unis. Elle fonda la Women’s Swimming Association en 1917, fut responsable de l’inclusion de la natation féminine aux Jeux Olympiques de 1920. Manager des équipes olympiques de 1920, 1924 et 1932 et chairman du Comité olympique féminin des états-Unis, elle présida le comité de natation des états-Unis des Maccabiades en 1935.

Comme nombre de peuples et de tribus de l’Antiquité, les Juifs attribuaient à l’eau un pouvoir purificateur. Son utilisation était entourée de multiples précautions, d’interdits, de contraintes. Les croyants étaient tenus à l’immersion rituelle avant le coucher du soleil, le tevul yom : « un qui s’est baigné ce jour. » Un rite d’immersion totale du corps des morts, remizah gedolah – « grand lavage » – avait été abandonné parce qu’il décourageait la présence des femmes, et le rite fut remplacé par une simple « purification » : tohorah. On s’abstenait de se baigner pour le plaisir ou pour le sport dans les rites traditionnels de deuil des trois semaines dites bein ha-mezarim – « entre deux jeûnes » – qui commémorent les destructions du Premier et du Deuxième Temples.

La pratique du bain différait selon les sectes. Ainsi les Bana’im, secte mineure équivalente aux très austères Essene (Esséniens) et dont le nom apparaît dans Mikva’ot 9 :6, étaient très concernés par la propreté de leur vêtement. On sait très peu de choses à leur sujet, mais si d’aucuns ont vu l’origine de leur nom dans le verbe hébreu banah (« construire »), Sachs et Dorenbourg estiment que Bana’im dérive du Grec Banavetov, « bain » et signifie : « ceux qui se baignent. » Ce qui les rapprocherait des hémérobaptistes dont l’événement le plus important de la vie était le baptême: le plus courant aussi puisque les rites baptismaux étaient répétés plusieurs fois par jour. (Saint Jean-Baptiste était sans doute un hémérobaptiste).

Les Samaritains imposaient un bain purificateur pour les femmes après leurs règles, et le bain pour toute personne qui touchait le mort pendant le lavage funéraire.

Le nom de Hammath, ville du territoire de Naphtali, mentionnée dans la Bible avec Rakkath et Chinnueth (Josué, 19 :35), indique la présence de sources chaudes. On la situe au sud de Tibériade, à Tiberias, où des bains et des synagogues furent trouvés. Des bains modernes ont été aménagés depuis à Hammath Tiberias, arrosés par cinq sources d’eau chaude (60-62°) curative riche en graphite, en fer et en chloride de magnésium.

Deux rites permettaient de venir à bout de l’impureté : le bain et les cendres d’un taureau roux ; on exigeait trois immersions complètes en maljiszir hayyim (eau vive) ou à défaut dans 40 séhar (550 litres environ). L’adhésion au judaïsme passait obligatoirement par un certain nombre de rites : sacrifices, circoncision, immersion. Plus d’un texte religieux précise cette relation privilégiée avec l’eau, qu’on retrouve dans les ablutions à la mode des Hindouistes, des Shintoïstes et des Bouddhistes. Les tovelei shaharits (« baigneurs du matin ») sont mentionnés dans Tosefta Yadahim 2:20. Le Talmud précise que le père doit enseigner la natation à ses enfants, dès l’âge de cinq ans. Il ne s’agit pas d’une suggestion, mais d’une prescription (Kiddouch 30 B) « parce que leur vie en dépend. »

Cette passion pour les immersions, ce goût qui dépassait l’acte de se nettoyer, de se laver – le corps devait être propre avant l’ablution – fit du bain public peut-être la seule institution romaine appréciée des rabbins : à Massada, quatre bains et une piscine de natation furent bâtis par Hérode. Ce goût de l’hygiène voyageait avec les tribus. Installés dans la corne de l’Afrique, les juifs noirs Falashas, qui pratiquaient l’immersion purificatrice, apparaissaient si propres aux Éthiopiens que ceux-ci disaient d’eux qu’ils «sentaient l’eau

L’idée pourra paraître étrange, mais certains auteurs ont suggéré que la propreté rituelle méticuleuse, individuelle et collective, l’hygiène des Juifs les a dispensés de nombreuses calamités, pestes et autres épidémies. Ce qui, ajoutent-ils, les conduisit à subir nombre de pogroms : être en bonne santé quand les Chrétiens mouraient suffisait à les faire accuser de pratiques magiques. On peut mettre en doute la première partie de cette assertion, quand on sait que la propreté fanatique des Néerlandais ne leur épargna guère une série de pestes cruelles. Quant aux pogroms…

 

…Tremper n’est pas nager et ces deux activités ne peuvent être confondues. Mais la première peut-être un encouragement à se mettre à pratiquer la seconde. Le chapitre 21 de l’épître selon Saint-Jean, dans le Nouveau Testament, raconte que Pierre, qui péchait avec des amis sur le lac de Tibériade, voyant Jésus-Christ se manifester sur la berge, plongea et nagea sur la centaine de mètres qui le séparait du sol : « Et Simon Pierre, dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer ». Quand, au cours d’un voyage, le bateau de Saint Paul coula au large des côtes maltaises, tous les hommes purent rejoindre l’île à la nage.

Hérode le Grand était connu pour sa passion des piscines : plusieurs bassins furent découverts à Hérodion, dont un, s’il faut en croire Josèphe, assez vaste pour accueillir des bateaux. Il disposait d’une piscine couverte, large de 5,5m sur 9m de long, dans son palais d’Hérodion, près de Jérusalem. Netzer date sa construction de ~10, soit six ans avant la mort d’Hérode. En outre, son palais de Césarée abritait une piscine de dimensions « olympiques », à laquelle s’ajoutait une piscine découverte. C’est dans une de ses deux piscines de Jéricho qu’il fit noyer son beau-frère, un prince maccabéen, qu’il soupçonnait de pouvoir menacer son trône.

 

     En Grèce comme à Rome, savoir nager conférait un prestige supérieur à toute autre maîtrise corporelle. Passons vite sur la religion. Les Dieux et les héros de la mythologie nageaient. Orion nage quand il est tué par la flèche d’Artemis. Herakles traverse un plan d’eau avec une vitesse surnaturelle. Chez les Grecs de l’époque classique, la natation offrait de multiples visages : utilitaire, hygiénique, récréatif ou compétitif. Pour Platon, l’homme qui ne savait pas nager était un barbare. Le gouvernement d’Athènes ordonnait de la manière la plus expresse aux parents de faire apprendre à leurs enfants avant tout à lire et à nager. Un incapable, avait-on coutume de dire, ne savait « ni nager ni courir. » L’expression se changera, à Rome, en « ni nager ni lire. »

L’immersion, dans la Grèce antique, était chargée de vertus purificatrices. On se baignait après un deuil ou une maladie grave. La médecine proposait un remède original contre le mal d’amour : se jeter du haut des falaises de l’île de Leucadia, dans la mer Ionienne. Comme on y précipitait surtout les condamnés à mort, on conçoit qu’un tel remède risquait d’éliminer le malade avec la maladie ! D’aucuns, comme Sappho, ne purent survivre à une si radicale médecine. Un citoyen de Butrone, en Épire, surmonta l’épreuve et se déclara guéri.

Les plongeurs grecs – profession dédiée à la pêche du corail, des éponges, de la pourpre, des huîtres, des perles comme au pillage des bateaux naufragés – se mettaient au service des flottes pendant les guerres maritimes. Selon Isidore de Charax, auteur grec du 3e siècle avant Jésus-Christ, les plongeurs descendaient quelquefois à une profondeur de 20 orgyes, soit 37 mètres.

Dans La Guerre du Péloponnèse, Thucydide décrit les plongeurs subaquatiques au combat. Ainsi (Livres VI et VII), ils vont ôter les pieux plantés à fleur d’eau par Syracuse pour défendre l’entrée de la ville. Au siège de Sparte, des nageurs rejoignent l’île sous l’eau, tirant des sacs derrière eux, et l’approvisionnent ainsi en vivres.

Pline rapporte que les Grecs érigèrent à Delphes des statues à l’effigie des plus célèbres de leurs plongeurs, Scylla et sa fille Hyna. C’est à Scylla en effet qu’ils durent en grande partie leur victoire à Salamine ; avec son équipe de plongeurs en eau profonde, il défit les ancres de la flotte perse dont les navires, en dérivant, s’entrechoquèrent et s’infligèrent des pertes considérables.

Xerxès, peu rancunier, demanda à Scylla de récupérer les trésors d’un de ses navires naufragé dans une tempête. Scylla s’exécuta mais, Xerxès s’étant montré peu généreux, l’irascible plongeur s’en alla une nouvelle fois défaire l’ancre du navire impérial avant de s’enfuir à la nage. Il utilisa un roseau transparent pour respirer sans être repéré, puis franchit 80 stades, soit près de 15 kilomètres en mer, et rejoignit ainsi le cap Artémision où se trouvaient les Grecs.

A défaut d’égaler les exploits du légendaire Scylla, l’astucieux Glaucus obtenait un franc succès quand il piquait une tête. Ce diable d’homme réapparaissait quelques jours plus tard et racontait au bon peuple ses visites aux peuples marins. Glaucus prétendait avoir mangé une algue qui l’avait rendu amphibie. Son astuce consistait à nager sous l’eau assez loin de son point d’immersion pour se mettre à l’abri des regards et à revenir de la même façon, puis à faire œuvre d’imagination pour décrire le royaume de Poséidon !

 

     La première référence littéraire « occidentale » à l’art de nager remonte à ~900 et se trouve dans L’Iliade, livre 16. Après avoir tué Kébrion, l’aurige d’Hector, Patrocle, insulte sa victime, compare sa chute, la tête la première à bas de son char au plongeon des pécheurs d’huîtres. « Lui, comme un plongeur, tomba de la caisse. »

Léandre d’Abydos traversait, dit-on, l’Hellespont quand le soleil s’était couché pour y rejoindre en secret Héro, sa belle, prêtresse de Vénus à Sestos qui, pour l’aider à se repérer dans son périlleux raid nocturne de quinze cents mètres, allumait un flambeau à sa fenêtre. Une nuit de tempête, le flambeau fut soufflé et s’éteignit. Léandre, égaré, périt noyé. Héro, de désespoir, se jeta à son tour dans l’Hellespont.

L’effort, quotidien, de son amant, témoignait d’un vigoureux athlète, remarquablement entraîné. Sa légende, reprise par Ovide et Virgile, fut chantée par Musée (5e s.) dans un long poème, Héro et Léandre, qui fut très populaire à l’époque byzantine et donnait lieu à d’amples digressions poétiques sur l’art de nager: « Léandre qui fait un vaisseau de luimême et de ses bras des rames… » Tout  comme dans une médaille trouvée à Abydos, la description de son style évoque une possible pratique « crawlée. » Mais doit-on vraiment se fier à une image poétique pour ce qui concerne l’exactitude d’un geste technique ?

En Grèce classique la natation parait absente des Jeux traditionnels, quoique certains chercheurs aient supposé l’existence d’une épreuve de natation aux Jeux Isthmiques. La nage de course n’était d’ailleurs pas inconnue de tous : ainsi, à Hermione, ville de l’Argolide, contrée montagneuse de l’ancienne Grèce, on distribuait tous les ans des prix à ceux qui l’emportaient par l’adresse avec laquelle ils nageaient.

Nonnos de Panopolis, poète égyptien d’origine grecque du 5e siècle, et Pausanias décrivent des courses publiques, ouvertes à tous, qui se déroulaient à Naxos, la plus grande des îles Cyclades. Des régates et des courses de nage avaient lieu à Hermion, en l’honneur de Dionysos Melanaigis : c’étaient, semble-t-il, des épreuves courtes, proches des sprints ou des distances de demi-fond court actuels et elles se tenaient dans les eaux abritées des baies.

Nonnos évoque dans ses Dionysaca une course entre Dionysos et Ampellus: « Dionysos semblait sauter sur l’eau, la frappant à chaque bond de son torse nu. Il battait des pieds et utilisait ses bras comme des rames, et  avançait à la surface liquide selon des règles précises. » Plus loin, Nonnos écrit encore: « il avançait par le mouvement des mains, la tête projetée en avant et, sillonnant l’onde, les pieds tendus à l’opposé de la tête, il dominait l’eau. »

Hérodote signale des courses de natation organisées par le Roi des Perses Xerxès 1er (486-465), ce qui contredirait la réputation de phobie aquatique de ce peuple. L’un des rares jeux d’équipes grecs, le platanetus, pratiqué à Sparte, consistait en une dispute entre deux équipes de la maîtrise d’une île située au milieu d’un fleuve et, comme son nom l’indiquait, dans un décor de platanes ; il fallait pour vaincre jeter les adversaires à l’eau, dans une sorte de pancrace nautique, très violent.

Quant aux Lacédémoniennes, elles étaient aussi habiles que les hommes dans l’art de nager.

Un « par équipes » aquatique dont on ne connaît pas le détail du déroulement – un relais, un ballet, une joute, prémice de notre water-polo ? – était organisé à l’occasion des fêtes des Petites et des Grandes Panathénées. Quant au boxeur Thysandre de Naxos, il incluait la nage dans sa préparation, écrit Philostrate.

Enfin, Thucydide, l’historien grec le plus illustre du monde antique, évoque un concours de plongeon où des juges notaient les jeunes concurrents.

 

     Les Athéniens et plus encore les habitants de l’île de Délos étaient considérés comme les meilleurs nageurs. L’habileté des Déliens dans l’art natatoire était proverbiale, au sens étymologique du terme : elle était érigée en dicton. D’un homme très habile, Héraclite écrivait qu’il était un « nageur délien. » La question reste de savoir s’il nageait en eaux troubles…

Très tôt, les pêcheurs crétois plongèrent en bordure des criques. Ils ramenaient des murex, des pierres (agate, jaspe, ponce) et pillaient à l’occasion des épaves.

Dans L’Odyssée, Livre 5, lors d’une traversée marquée par une tempête, la déesse Leucothea, fille de Cadmos et d’Harmonie, conseille à Ulysse d’ôter ses vêtements et de nager jusqu’à terre. Le héros, « la tête en avant, se jetant à la mer (…) ouvrit les deux mains pour se mettre à nager (…) Il nageait, s’élançait pour aller prendre pied » (vers 342-417).

Les Corinthiens rapportaient l’histoire d’un certain Arion, poète lyrique qui, pour échapper aux pirates qui le menaçaient, se jeta à l’eau avec sa lyre, et se vit sauver de la noyade par des dauphins qui, stimulés par sa musique, le poussèrent au rivage. L’aventure est moins fantaisiste qu’il ne semble, car elle correspond à des « sauvetages » effectués récemment par ces petits cétacés.

Hérodote conte qu’au cours d’une bataille navale qui les opposait aux Perses, seuls un petit nombre de Grecs furent pris, la plupart ayant pu s’enfuir à la nage.

Pyrrhus, roi d’Épire, s’étant embarqué en ~281 pour secourir Tarente qu’attaquaient les Romains, fut surpris par une tempête. Comme son vaisseau coulait, il se jeta à la mer, suivi par ses gardes, ses officiers et ses amis. Pendant des heures, tout ce petit monde dut combattre la violence des vagues dans l’obscurité de la nuit. Le jour parût avant qu’ils n’aient pu gagner la côte. Ils devaient être très entraînés pour avoir su lutter si longtemps contre les flots déchaînés.

L’historien juif Flavius Josèphe (37-100) fit naufrage dans l’Adriatique, au cours d’un voyage de Jérusalem à Rome. Il nagea toute la nuit avant d’être sauvé ainsi que quatre-vingts passagers.

Ésope (~6e s.) met en scène un nageur dans une de ses fables.

Les Macédoniens nageaient volontiers dans l’eau froide. Quant aux jeunes filles de ce pays, elles allaient jusqu’à donner des spectacles aquatiques. Ancêtres des ballets nautiques?

 

     On sait des Phéniciens, qui furent les plus actifs commerçants de la Méditerranée pendant plusieurs siècles (~1200, ~600), qu’ils organisèrent des compétitions nautiques.

Leurs héritiers carthaginois, aguerris aux combats navals, s’ils étaient battus, préféraient se jeter à l’eau et nager pendant dix heures que de se rendre. Les Romains leur rendaient bien cette politesse. Au siège de Syracuse mené par Carthage contre le tyran Denys l’ancien, les vaincus se sauvèrent à la nage plutôt que de se rendre au général Himilcon. Cinquante d’entre eux furent assez bons nageurs pour aborder en Italie, après avoir traverse le détroit de Messine large de six kilomètres.

 

     En Italie, les peintures étrusques (comme « la tombe de la chasse et de la pèche », à Tarquinia) remontent à vingt-six siècles, tandis qu’en Grande Grèce, à Paestum, « la tombe du plongeur » porte allègrement ses 2500 ans d’âge.

Un vase de céramique attique exécuté par Audokidas au 6e siècle avant Jésus-Christ représente des femmes au bain. Une amphore attique illustrée par le peintre Priam montrait une nymphe nageant.

Sont aussi parvenues jusqu’à nous une statuette (~480) de plongeur (18 cm) et une céramique (~450) qui montre deux plongeurs ainsi qu’un nageur effectuant un mouvement de nage alternative (style crawl).

Deux piscines à Paestum, à 300 kilomètres au sud de Rome, témoignent d’une activité natatoire : leurs dimensions respectives, 46 mètre par 25 pour 1,80 mètre de profondeur, 25 mètres par 10 par 3 mètres de profondeur évoquent d’une façon frappante les grands bassins ou « bassins olympiques » et les « petits bassins » actuels.

Le 3 mars 1968 fut trouvée une tombe datant  de ~480. Le ciel du lit où repose le gisant est illustré par une peinture qui la fit baptiser « tombe du plongeur. » La position du plongeur dans sa chute est la même que celle du plongeur de la « Tombe de la chasse et de la pèche » de Tarquinia. Mais – chose beaucoup plus singulière –, il s’élance non pas d’un promontoire naturel mais d’une plate-forme de plongeon !

Dans les piscines de Paestum, les archéologues ont reconnu des signes étonnamment modernes d’une activité de compétition et d’enseignement de la natation : plan incliné qui délimite un grand et un petit bain, mesure des distances le long de la plage de la piscine…

 

     La Rome des origines nous rapporte la légende de Clélie et de ses neufs sportives compagnes. Prisonnières de Porsenna, ces jeunes filles s’enfuirent à cheval, puis traversèrent le Tibre (~509). Horatius Coclès, en ~508, interdit, seul, l’accès d’un pont que ses soldats détruisaient aux Étrusques, puis il s’échappa tout armé à la nage. Exploit remarquable, mais que permettait l’éducation romaine – « les Romains endurcissent leurs enfants en les faisant baigner dans le fleuve, » écrit Virgile – et que renforçait l’entraînement du soldat romain, qui nageait souvent couvert de son armure. Scipion l’Africain (~234-~183), pour donner l’exemple à ses soldats, traversait à leur tête les rivières en nageant sans quitter sa cuirasse. Un autre général romain, Sertorius (~121-~73), après une défaite de l’armée contre les Cimbres et les Teutons, se jeta dans le Rhône et quoique blessé, passa ce fleuve à la nage avec sa cuirasse sur le dos. L’impératrice Agrippine, mère de Néron, se sauva, elle, en 59, d’un naufrage orchestré par son fils et, quoique blessée à l’épaule et affligée de ce fait d’une insensibilité du bras droit, nagea, semble-t-il, à quarante-trois ans, sur des kilomètres, au large de Naples, avant de rejoindre la terre ferme !

Dans la Rome des débuts, la nage était tenue en haute estime. Elle entrait dans l’éducation des jeunes Romains qui s’exerçaient à traverser « le Tibre où la jeunesse accourt en foule pour nager. » (Cicéron). « Les Romains exerçaient leurs officiers et leurs soldats à nager, aussi bien qu’à marcher : et un auteur ordonne même de les forcer à cet exercice soit sur mer soit sur les rivières pour les accoutumer au péril et à la peine ou du moins diminuer la surprise que cause le hasard et augmente le danger », signale Michel de Pure dans L’Idée des Spectacles anciens et nouveaux. (1668). L’importance de la nage dans l’éducation guerrière se signalait par un détail topographique : la proximité du Champ de Mars du Tibre.   Après les exercices, les jeunes gens plongeaient dans l’eau du fleuve, se débarrassaient en plusieurs traversées de la sueur, de la poussière et de la fatigue des exercices. La nage entrait donc dans l’entraînement du soldat. Au temps de la République, au moins trois traversées du Tibre étaient prévues à leur programme. Le pentathlon romain, le Quinquerce, comprenait une épreuve de nage. Savoir nager était indispensable. Les troupes en campagne devaient pouvoir traverser des fleuves en l’absence de ponts.

La littérature militaire de Rome fourmille d’exemples de situations où les soldats devaient nager. Ainsi dans La Guerre des Gaules de Jules César.

Les Romains n’eurent dès lors aucune peine à faire leur le proverbe grec : « Neque litteras didicit nec natare », disaient-ils de l’ignare : « Il n’a appris ni les lettres, ni la natation. »

Non seulement ils nageaient, mais ils avaient « de la technique ». Ovide, dans le passage des Métamorphoses dédié à Salmacis et Hermaphrodite, évoque clairement une nage où les bras agissent de façon alternative (façon crawl) et nom simultanée (comme la brasse). « Le jeune homme frappe son corps du creux de ses mains, puis lestement il saute dans le lac et, tandis qu’il déploie ses bras alternativement, il brille à travers les eaux limpides. » Sa description (à la première personne) de la nage d’Aréthuse est moins détaillée : « je me plonge nue dans les eaux. Tandis que je les fends et les ramène à moi, me livrant aux mille jeux de la nage, tandis que j’agite mes bras déployés. » Plus loin, c’est Hercule qui nage. L’accent est alors mis sur l’extraordinaire vitesse de sa progression dans l’eau. Chargé de son carquois et de la dépouille du lion de Némée, Hercule jette sur la rive opposée sa massue et son arc puis affronte l’impétueux fleuve Evénus : « je veux encore venir à bout de ce fleuve, dit-il. Il n’a pas une hésitation, il ne songe pas à chercher où le courant est le plus tranquille, ni à se laisser aller au fil de l’eau obéissante » et il n’a pas plutôt plongé qu’il est « déjà debout sur l’autre bord. » Une autre description du nageur en action est tentée par Manilus : « Puis, soulevant un bras après l’autre pour faire de lents balayages, puis comme une birème cachée, il tirera ses bras de côté sous l’eau. » Ces deux mouvements se réfèrent assez clairement, le premier à une nage alternée style crawl, le second à la brasse.

 

     Il n’étonnera personne, dans ce contexte, si les grands capitaines de guerre romains – comme les Grecs – étaient fiers de leurs talents de nageurs. César et Pompée y excellaient et Auguste aimait enseigner la nage à ses petits-enfants. Virgile vantait la santé par le bain. Trebatius, un jurisconsulte, conseillait à l’insomniaque Horace de traverser par trois fois le Tibre chaque jour afin de retrouver le sommeil. Plutarque rapporte dans ses « Vies des Hommes Illustres de Rome » que Jules César, attaqué par surprise par Ptolémée dans Alexandrie, se jeta à la mer depuis son bateau enveloppé par l’ennemi. « Il se sauve à la nage avec la plus grande difficulté. Ce fut, dit-on, dans cette occasion qu’il nagea en tenant dans sa main des papiers, qu’il n’abandonna jamais, malgré la multitude de traits que les ennemis faisaient pleuvoir sur lui, et qui l’obligeaient souvent de plonger ; il soutint toujours ces papiers d’une main au-dessus de l’eau pendant qu’il nageait de l’autre. »

Quelques siècles plus tard, William Shakespeare mit en doute les qualités natatoires du conquérant des Gaules. Dans son Jules César, il mit dans la bouche de Cassius, l’un des conjurés qui s’apprêtent à assassiner César, l’anecdote suivante (vers 102-117) :

     « Une fois, par un jour gris et orageux où le Tibre agité se soulevait contre ses rives, César me dit : Oserais-tu, Cassius, te jeter avec moi dans ce courant furieux, et nager jusqu’à ce point là-bas ? Sur ce mot, accoutré comme je l’étais, je plongeai, et le sommai de me suivre ; ce qu’il fit en effet. Le torrent mugissait ; nous le fouettions de nos muscles robustes, l’écartant et le refoulant avec des cœurs acharnés. Mais avant que nous pussions atteindre le point désigné, César cria : au secours, Cassius, ou je me noie ! De même qu’Énée, notre grand ancêtre, prit sur ses épaules le vieil Anchise et l’enleva des flammes de Troie, moi, j’enlevai des vagues du Tibre César épuisé. » (1)

 

     La Rome antique abritait avec les Palombares (ou : Urinatores, plongeurs) une véritable société de natation. Les palombares allaient pêcher les fruits de mer. Avec le temps, ils diversifièrent leurs activités qu’ils mirent au service de l’art militaire.

Chaque 17 août, à Rome, Naples et dans les grandes villes, étaient fêtées les Portunalia. Tenues en l’honneur du dieu Portunus, elles donnaient lieu à des courses individuelles et par équipes. Les 7 juin et 7 juillet, les jeux pécheurs offraient l’occasion de courses nagées. A Ostie, en mai se tenait la Majume, une fête agrémentée de courses de vitesse, de combats dans l’eau et de compétitions de « style » où l’on comparait la beauté des nages. Un des grands amusements, pendant la Majume, consistait à se jeter les uns contre les autres dans l’eau : fallait-il pour cela que tout le monde sache nager !

Du temps de Domitien, qui régna sur Rome de 81 à 96, l’on donnait des divertissements dans l’eau. Un des spectacles eut le don de frapper les spectateurs. « Un char de Néréides, c’est-à-dire de jeunes gens et peut-être de femmes, habillés en nymphes, qui dessinaient différentes figures sur la surface de l’eau. Ces nageurs représentaient d’abord un trident, ensuite en s’entrelaçant ils faisaient une ancre puis une rame, puis un vaisseau, cette dernière figure se transformait tout à coup en une autre qui représentait l’étoile de Castor et Pollux, à laquelle succédait l’image d’une voile enflée par les vents. Il fallait que ces gens eussent de l’art de la nage une connaissance approfondie pour jouer leurs rôles avec toute la facilité et la vitesse nécessaires à l’illusion d’un pareil spectacle » (Martial).

Cela laisse supposer l’existence d’un enseignement aux techniques de nage, par des professeurs de natation. Ceux-ci attachaient aux corps de leurs élèves des faisceaux de jonc ou de roseau qui les aidaient à se soutenir sur l’eau, ou encore des vessies, des outres gonflées, des lièges. Quant aux techniques de nage elles-mêmes, elles préfigurent le crawl et la brasse. « On verra le nageur, dit Marcus Manilius, poète latin du 1er siècle, tantôt voler à la surface des eaux, en frappant de ses bras les flots et en les faisant retentir de ses coups. Tantôt il tiendra les mains entièrement sous l’eau, leur faisant l’office de rames, sans que l’on puisse s’apercevoir de leurs mouvements. D’autres fois il se tiendra droit dans l’eau, et il nagera comme s’il marchait et l’on dirait ainsi que les eaux sont devenues une terre ferme ; ou bien il se couchera sur le dos sans faire aucun mouvement des mains ; ainsi il ne pèse point sur l’eau et demeure suspendu à sa surface. »

 

     Le mot piscine vient du latin pesce, poisson. Au départ, le terme désigne un vivier, un bassin parfois de très grande dimension – jusqu’à 1300 mètres de long –, où le poisson est maintenu en vie. La piscine « natatio », elle, est fréquentée par les piscinensis (nageurs, baigneurs) et peut mesurer entre 4 et 90 mètres. Le bain, institution chérie par le peuple romain, constituait, plus qu’une séance de décrassage, un événement social, quotidien, vital. On ne s’étonne plus, dès lors, de la majesté et de la multiplicité des piscines dans le monde romain. à Herculanum, plusieurs piscines couvertes forment les bains sacrés disposés au bord de la mer. Ici, les jeunes athlètes se mesuraient à la lutte, à la nage, à la course à pied. C’est sur le plan de la villa Papyri, une fabuleuse habitation d’Herculanum, que le Musée Paul Getty a été construit à Malibu. Sa pièce maîtresse n’est autre qu’une immense piscine découverte, longue de plus de 50 mètres sur quatre de large. La nage avait eu une grande importance dans la vie des anciens Romains.  Le paradoxe voulait que l’Empire, qui comptait des centaines de thermes (du grec thermos, chaud) qui étaient autant de bâtiments destinés à abriter des salles où l’on pouvait se baigner et recevoir des soins de corps, finit par dédaigner la natation. A Rome même, il y aurait eu 153 thermes à la fin du – 1er siècle et 856 au 4e et il n’était pas de ville romaine qui n’avait ses thermes, monuments gigantesques comme les thermes de Dioclétien (13 hectares) ou de Caracalla (11 ha) ou de dimensions beaucoup plus modestes. Les Romains en érigèrent jusqu’en Grande-Bretagne. Mais la notion d’activité physique, avec le temps et l’amollissement de leur civilisation, perdait de son attrait. Au Bas-Empire, nager devint carrément mal vu. Les piscines furent donc des lieux d’hygiène, de farniente et de loisirs, sinon de stupre. On s’y décrassait, on s’y délassait ou on y cultivait la promiscuité, mais on ne s’y exerçait pas.

 

     Selon Tacite Publius Cornelius (55-120), les peuples germains aimaient dire de leurs héros qu’ils étaient des « champions dans la nage et le plongeon. »

Tacite parle aussi de légions romaines encadrées par des Bataves réputés, comme les Suédois, pour leur habileté de nageurs. Ils plongeaient leurs enfants, petits, dans les rivières et tout soldat devait savoir nager. On a prétendu qu’un lancer du disque était né chez eux, de la propulsion du bouclier d’une rive à l’autre, par le soldat désireux de s’alléger avant de traverser un cours d’eau ! Car les Bataves pouvaient nager tout armés avec heaume, bouclier, flèches, javelot, épée, etc. Entraînés à traverser les rivières de leur Keltoï (patrie des Celtes) natal, dans la Rhénanie actuelle, Tacite décrit leur traversée de fleuve pendant l’invasion de la Grande-Bretagne, en 43 : l’assaut de l’île de Mona fut ainsi effectuée par des fantassins en bateau ou des cavaliers qui nageaient quand la profondeur l’exigeait. Au cours d’une révolte barbare, les auxiliaires bataves de l’armée romaine, familiers avec les gués et habitués traditionnellement à nager de telle façon qu’ils prenaient contrôle des armes et des chevaux, avec cet effet que les barbares, qui attendaient une flotte, ou un bateau, crurent que rien ne serait insurmontable à des hommes qui arrivaient de cette façon. » Et ce soldat de l’Empereur d’entonner le chant : « Je suis celui, fameux, qui fut bien connu sur les rives de Pannonie, brave et le premier parmi un millier de Bataves. Je fus capable de nager avec Hadrien comme juge, de nager à travers la grande largeur du Danube aux eaux profondes, et de briser un javelot frappant mon arc. »

De nombreux témoignages locaux confirment les dires de Tacite. Ainsi le Kalevala, épopée des Finnois regroupée dans de vieilles chansons de Carélie, décrit (chant 7) la dérive, neuf jours durant, d’un héros à la recherche de son épouse disparue : « Vaïno le vieux barde sage nage par les vagues profondes ; sapin brisé, loton noyé, chablis de grand pin s’en dérive par trois journées de l’estivage, et trois nuitées de fil en lice, devant ses prunelles l’eau vive et le ciel clair dans son sillage. Il nage deux nuitées encore, deux jours au plus long du soleil. » Dans la Saga d’Egill, fils de Grimr le Chauve, l’un des grands chefs-d’œuvre du genre (date probable, 1250), qui raconte la vie « romancée » d’un personnage historique, le forgeron Grimr le Chauve met son bateau à rames à l’ancre, au large. « Puis il passa par-dessus bord, plongea et remonta une pierre qu’il chargea dans le bateau. » Il ramena la pierre dans sa forge. « Cette pierre s’y trouve encore, il ne faudrait pas moins de quatre hommes pour la soulever. » Bien sûr, il ne s’agit pas de prendre au pied de la lettre les contes et légendes, mais derrière l’outrance servie pour étonner et captiver l’auditoire, on ne peut s’interdire de saisir des pratiques réelles. Plus loin dans le même texte, est décrit un fait plus crédible : Egill, seul en pays ennemi, se retrouva en pleine nuit sur un promontoire. « Il vit alors une île, il y avait un chenal, qui allait d’une île à l’autre, d’une formidable longueur. » Ayant fait un paquet de ses armes enveloppées dans son manteau, qu’il s’attacha sur le dos « il sauta, se mit à la nage et ne s’arrêta pas qu’il ne fut arrivé dans l’île. » Un peu plus loin, surpris par Egill alors que ses bateaux étaient à l’ancre, un certain Eyvindr Skreyja « sauta par-dessus bord et parvint à terre à la nage ainsi que tous ceux de sa troupe qui parvinrent à s’échapper. »

Dans la Saga des gens du ValauSaumon (vers 1260), les héros Thorolfr et Asgautr n’hésitent pas entre un combat déséquilibré et un bain glacé : « ils descendirent sur le banc de glace et se mirent à nager. Et comme ces hommes étaient vigoureux et que le sort leur avait assigné une vie plus longue, il parvinrent à traverser la rivière et montèrent sur le banc de glace de l’autre côté, tordirent leurs vêtements et se mirent en devoir de partir. » Des textes moins entachés de fiction, tels l’Histoire des rois de Norvège, rédigée en vieil islandais par Snorri Sturluson (1230), qui recouvre une période qui va des premiers siècles de notre ère jusqu’à la bataille de Ré en janvier 1177, nous donnent à penser que les guerriers vikings, habiles marins, escrimeurs redoutables, cavaliers infatigables, se révélaient aussi, quand leur vie en dépendait, d’habiles nageurs.

Ainsi, Iorund, fils d’Yngvi, roi norvégien d’Upsal, partait guerroyer chaque été avec sa flotte. L’une de ses expéditions au Danemark tourna mal. « Les habitants de la contrée… affluèrent de toutes parts. Iorund sauta par-dessus bord de son navire afin de s’enfuir à la nage, mais il fut capturé, » raconte Sturluson. Bons nageurs, les rois vikings ne sont pas pour autant à l’abri d’un bain fatal. Projeté de son bateau par un épar qui raidissait la voile d’un autre navire qui faisait voile tout près du sien, le roi Eystein se noya.

Lors d’une guerre contre Hakon le Bon de Norvège, les huit fils d’Éric, son frère exilé au Danemark « se jetèrent à l’eau, suivis par leurs hommes, et se mirent à nager » pour rejoindre leurs navires. Si dans cette fuite périt Gamli fils d’Éric, « ses frères purent rejoindre leurs navires » et gagner le large.

Un peu plus tard, pressés par les troupes d’Hakon, alors qu’ils l’avaient attaqué dans l’île de Stord, ses ennemis furent à nouveau mis en déroute. « Sur le chemin qui conduisait aux navires, beaucoup se jetèrent à l’eau, et ils furent nombreux à pouvoir rejoindre les navires, avec tous les fils d’Éric. »

Erlend, fils du duc Hakon, poursuivi en bateau, tentait de rejoindre la terre, quand son navire talonna. Lui et les siens sautèrent par-dessus bord et tentèrent de gagner le rivage. Son ennemi, « Olaf vit alors un homme d’une beauté hors du commun se jeter à l’eau et se mettre à nager » et… le tua d’un coup de lance.

A la bataille de Ré, un autre Olaf, roi des Vendes, et tous ses hommes, battus, n’eurent d’autre recours, pour échapper à l’adversaire, que de quitter leur navire et se jeter à l’eau. Le roi « couvrit le chef de son bouclier et s’enfonça aussitôt dans les flots… Nombre de gens racontèrent aussitôt que le roi Olaf avait dû se défaire de sa broigne lorsqu’il plongea, qu’il avait dû nager au-dessous des longs-navires, qu’il avait dû ensuite se diriger vers l’esnèque des Vendes et que les hommes d’Astrid avaient dû le conduire à terre… Maint récit au sujet de la destinée du roi Olaf apparut ensuite,… mais jamais plus le roi Olaf Fils Tryggvi ne regagna son royaume de Norvège. »

Les Sagas, on l’aura compris, contant essentiellement l’histoire des batailles des héros, la nage n’y était décrite qu’en tant que technique de survie, de fuite ou de combat. Les hommes qui tombaient à l’eau pouvaient fort bien y rester et la Saga  du ValauSaumon  abonde en misérables noyades collectives, suite à des naufrages, survenus à faible distance de la terre, mais, doit-on ajouter, dans des conditions climatiques de vent, de courant, de profondeur des flots parfois épouvantables. Il est des situations où savoir nager ne sufit pas !

Autre exploit nautique, au cours d’un combat, dans la Saga de Gisli Sùrsson (1250-1260, chap. 27) : « Gisli se jette à l’eau et veut aller à terre à la nage. Börk lui jette une lance ; le coup l’atteint au mollet, le lui tranche et c’est là une grande blessure. » Gislin arrache la lance mais nage jusqu’à terre, fait remarquable dans ces circonstances. Dans la Saga des frères jurés qui, écrite vers 1250, raconte des faits survenus deux siècles plus tôt, on assiste (chapitre 23) à un combat dans l’eau : « Ils tombèrent tous deux du rocher jusqu’en bas dans la mer. Ils essayèrent de se mettre à la nage, l’un précipitant l’autre sous la surface de l’eau à tour de rôle […] La ceinture des braies de Falgeirr se déchira. Thormodr lui descendit alors les braies. Falgeirr eut du mal à nager : il disparut de la surface de l’eau, à plusieurs reprises, en buvant sans mesure. […] Fageirr se noya là. » Au chapitre suivant, un héros de cette saga, Thormodr, un proscrit, poursuivi, renverse sa barque dans la nuit et nage jusqu’à un rocher. Puis lorsque ses poursuivants, abusés par son stratagème, s’en allèrent, il « sortit des algues et se leva. Il nagea par le plus court pour se rendre à la côte. Il aborda sur les rochers qui se trouvaient en cours de route et y fit une pause. Alors qu’il était à peu de distance de la côte, il parvint sur un rocher : il était dans un tel état, à la fois tout roide et épuisé, qu’il ne put pas en repartir. » Une longue séquence de combat impliquant de ses acteurs qu’ils sachent nager se trouve dans la Saga de Hàvardr de l’Isafjördr (chap. 11 et 12) : «  Lorsque Thorbjörn vit cela, il se jeta à l’eau aussitôt et s’éloigna de la côte à la nage. Le vieux Hàvardr fut le premier à voir cela, il se dépêcha de se jeter à l’eau pour poursuivre Thorbjörn. Ce que voyant, [Halgrim] se mit aussitôt à leur poursuite. […] Ils s’éloignèrent de la côte à la nage. Il y avait un long chenal, jusqu’à ce que Thorbjörn arrive à un rocher. […] Les gens qui discutèrent de cela ensuite trouvaient que Hallgrim s’était comporté vaillamment en se mettant à la nage dans le fjord sans savoir qu’il y avait ce rocher vers le large ; c’était tout de même une très longue nage. » Dans la Saga de Grettirqui retrace la vie d’un proscrit qui a réellement vécu de 996 à 1031 –, le héros se méfie de Thòrir de Gadr, un  homme des bois qu’il a recueilli, et en présence duquel il doit, sa barque étant hors d’état, retirer au large des filets de pêche. « Il se débarrassa de ses armes et de ses habits et se mit à nager pour aller chercher les filets. Il les rassembla, alla jusqu’à terre et les jeta sur la rive. » Mais quand il s’apprête à remonter à terre, Thòrir le frappe d’un coup de hache. « Grettir se jeta à la renverse dans l’eau et coula comme une pierre. Thòrir examinait le lac pensant l’empêcher d’atteindre la rive s’il remontait. Grettir nagea sous l’eau tout près de la rive en sorte que Thòrir ne le vit pas, jusqu’à ce qu’il arrive dans la baie derrière lui. »

Dans la vie courante, on doit imaginer que les bains n’étaient pas toujours forcés ni dramatiques, qu’on s’y adonnait parfois par plaisir. Toujours dans La Saga de ValauSaulmon, on voit un garçon se rendre aux « bains de Saelingsdalr » dans l’espoir d’y rencontrer une jeune fille, Gudrun, qui aimait y passer le plus de temps possible. Une autre fois, « par un jour de beau temps, il se fit que les gens sortirent de la ville pour aller nager dans la rivière. Kjartan dit qu’ils iraient nager pour s’amuser. Il y avait là un homme qui nageait beaucoup mieux que les autres. » Kjartan et cet homme, qui n’est autre que le roi Olafr Tryggvason, se livreront à un étrange duel, s’étreignant et s’entraînant sous l’eau, s’y mesurant en de redoutables duels d’apnée. « Pour la troisième fois, ils replongèrent et restèrent sous l’eau beaucoup plus longtemps. Kjartan ne voyait plus comment ce jeu tournerait et il estima ne s’être jamais encore trouvé dans une situation qui exigeât tant de bravoure. » Selon Régis Boyer, le traducteur de cette saga, « quelque curieux que ce soit, toutes nos sources témoignent de la passion qui portait les gens du Nord à ce type de sport qui consiste, non à bien nager, mais à maintenir le plus longtemps possible un partenaire la tête sous l’eau. Un prestige certain s’attachait à qui se montrait le champion en la matière ! » On a vu plus haut, dans le combat de Falgeirr et de Thormodr, que la suprématie dans un tel jeu pouvait devenir une affaire de vie ou de mort.

Quoiqu’il en soit, on l’aura compris, si les hommes du Nord apprenaient à nager, ce ne pouvait être qu’à des périodes propices, l’été et l’automne, quand les lacs et les rivières sont moins frais. L’Islande, elle, disposait de ses nombreuses sources chaudes, et « la mention des « bains » est fréquente dans les sagas, tant pour se baigner que pour faire la lessive. Les plus connus, qui se visitent encore, sont ceux que fit aménager Snorri Sturluson, au début du 13e siècle, à Reykjaholt (aujourd’hui Reykholt), avec passage couvert et véritable piscine » (Régis Boyer).

 

 

     Traversons l’Atlantique. L’Amérique précolombienne nageait aussi. Dans la vallée de Maizcala, sur la côte pacifique, on a retrouvé un manche de couteau en porphyre vert en forme d’homme nageant, daté, très approximativement, entre ~ 300 et 300.

A Monte Alban, le centre principal des Zapotèques dans l’Oaxaca, à l’ouest du Mexique, qu’ils occupèrent pendant les seize siècles qui vont environ de ~ 800 à 800, on a trouvé des représentations natatoires : des pierres sculptées, des peintures et des stucs peints qui ne laissent aucun doute sur l’existence d’une technique de nage. Et le surf était pratiqué au Pérou.

Dans les anciens empires du soleil, on prenait des bains, souvent chauds. Les femmes, bonnes nageuses, n’hésitaient pas à traverser les fleuves, avec leurs enfants juchés sur leurs épaules. Le conquérant espagnol Andrés de Tapia observait que Motecuhzoma « se lavait le corps deux fois par jour » et Clavigero que tout le monde « se baignait fréquemment, et beaucoup chaque jour », dans les rivières, lagunes ou bassins. Cette habitude, rapporte Jacques Soustelle dans La Vie quotidienne des Aztèques, était inculquée aux jeunes gens. Souvent, la nuit, ils devaient se lever pour aller se baigner dans l’eau froide de la lagune ou d’une source. La capitale aztèque de Mexico-Tenochtitlan se prêtait à de telles pratiques. C’était une ville inondée, une cité lacustre et son nom signifiait probablement « (la ville qui est) au milieu (du lac) de la lune) ». On y trouvait des nageurs et des plongeurs patentés. Au cours d’une inondation particulièrement désastreuse, « quinze plongeurs se jetèrent dans l’eau et réussirent à obstruer les ouvertures par lesquelles elle jaillissait avec tant de force… » En récompense pour cet exploit,  « dix charges de quachtli – une petite fortune – (fut attribuée) à chacun des plongeurs » (Soustelle). Dans le Temple de Quetzalcóatl, véritable cité des dieux, plusieurs sources jaillissaient à l’intérieur de l’enceinte, et l’aqueduc de Chapultepec aboutissait, par un canal couvert, pour y alimenter un bassin. Les prêtres du feu se baignaient, la nuit, dans le Tlilapan, « l’eau sombre ». Le grand prêtre du Coacalpo – lieu du temple où les Aztèques gardaient « prisonniers » les Dieux des peuples vaincus – se baignait seul dans un ruisseau ou bassin appelé Coapan.

On nage aussi magnifiquement dans l’Amérique septentrionale. Dans l’Histoire de la conquête de la Floride, de Garcilasso del Vega, on lit que Ferdinand de Soto, capitaine espagnol qui avait offert à Charles-Quint de conquérir la Floride pour le compte de la couronne d’Espagne, pénétra un jour dans la province de Vitachuco. Frédéric Dillaye, dans Le Journal de la Jeunesse, en 1882, raconte cette histoire : « Par un coup de main hardi, il s’empara du cacique et culbuta les indigènes, tous gens d’élite, au nombre de dix mille environ. Beaucoup gagnèrent une forêt voisine, quelques-uns se blottirent dans les herbes d’un marais. Neuf cents autres, plus vivement pourchassés, sautèrent dans un étang, […] large de trois kilomètres et s’étendant à perte de vue.

     Les Floridiens, habiles nageurs, défièrent ainsi la cavalerie espagnole. Bien mieux, ils continuèrent à se battre, nageant trois ou quatre de front, bien serrés les uns contre les autres et portant sur leurs épaules un de leurs camarades qui tirait de là jusqu’à épuisement de sa provision de flèches.

     Ferdinand de Soto, furieux de cette résistance, fit établir un cordon de soldats tout autour de la lagune, afin d’empêcher les Floridiens de s’échapper à la faveur de la nuit. Dès que l’un d’eux approchait de la rive, les soldats tiraient dessus à coups de mousquet pour le forcer à se rejeter à l’eau.

     Le lendemain, dans la journée, un grand nombre de ces nageurs enflés par l’eau qu’ils avaient avalée et tombant de faim, de sommeil et de fatigue, consentirent à se rendre. Sept nageurs restèrent dans l’eau jurant de mourir d’épuisement plutôt que de se rendre. Le capitaine espagnol fit entrer dans l’eau douze de ses plus forts soldats et ils en retirèrent ces intrépides nageurs, plus morts que vifs et dans un état piteux. Ils avaient combattu pendant trente heures consécutives, immergés et nageant. »

La conquête n’altéra pas sensiblement les affinités que ces peuples nourrissaient avec l’eau. En 1589, Joseph de Acosta (Histoire naturelle et morale des Indes occidentales) se montre fort prolixe à ce sujet : « Dans une rivière appelée Rio Grande, dans la province de Charcas, où les Indiens Chiriguanos plongeaient sous l’eau, suivant les poissons à la nage avec une rapidité étonnante et avec des dards ou harpons qu’ils tenaient dans la main droite, nageant seulement de la gauche, ils blessaient le poisson, le sortaient ainsi transpercé, et ressemblaient davantage à des poissons qu’à des hommes de la terre. »

Acosta cite l’anecdote très impressionnante d’ « un Indien [à qui] un caïman … avait ravi un petit enfant et l’emporta sous l’eau. L’Indien… se lança après lui avec un couteau, et comme ces gens sont d’excellents plongeurs et que le caïman ne mord qu’hors de l’eau, il le blessa par-dessous le ventre. » Cette dextérité aquatique faisait qu’un art de pêcher sur des balsas poussés dans l’eau de mer ou des grands lacs comme le Titicaca était couramment pratiqué. Et les Indiens n’hésitaient pas à traverser à la nage les fleuves, parfois impétueux.

L’âpreté des Blancs ne manqua pas d’utiliser ces dons des Américains. « Les Espagnols capturaient les Indiens par la force et les obligeaient à pêcher des perles », témoigne Girolamo Benzoni dans son Histoire du Nouveau Monde (La Historia del mondo nuovo), publiée à Venise en 1572. L’anecdote est reprise par plusieurs auteurs. Un siècle après Benzoni, Vincent Le Blanc écrit : « Les Espagnols font plonger ces pauvres pêcheurs dix ou douze brasses de profondeur pour arracher les huîtres des roches, et pour fortifier leur souffle en cette grande profondeur et longue demeure de près d’une heure parfois, ils les font manger peu et garder continence. » Las Casas s’est ému de ces pratiques dans son Historia de las Indias : « la vie que suivent les Indiens pêcheurs de perles n’est pas à vrai dire une vie mais plutôt une mort infernale… Parfois ils plongent et ne remontent jamais, soit parce qu’ils se noient de fatigue et d’épuisement, ou parce qu’ils ne peuvent pas respirer ou parce que des animaux marins les tuent ou les dévorent. »

A l’autre bout de la terre, Marco Polo, dans le livre où il rapportait ses voyages en Chine, n’évoqua que de façon indirecte  des possibilités d’activités natatoires, comme à Arçingan, petite Arménie (l’actuelle Erzincan, à l’est de la Turquie) où, signalait-il, « des eaux chaudes jaillissantes forment des bains naturels les plus beaux et les plus sains de toute la Terre. » Ou encore, dans toute la province du Catai (Chine), où, disait-il encore « il n’est personne qui n’aille à l’étuve et ne se baigne au moins trois fois la semaine, et, en hiver, tous les jours s’il se peut. » Il notait également à Quinsai, quatre mille bains artificiels, « étuves, où les hommes et les femmes se baignent et goûtent de grands délices. » Rien ne dit qu’il ne s’agisse guère plus qu’une activité d’hygiène, car, et on est contraint à nouveau d’en convenir, nager n’est pas se tremper dans l’eau.

En revanche, Marco Polo partage la fascination de tous les voyageurs qui ont vu ou entendu parler des pêcheries de perles. Il décrit ainsi longuement la pêche des perles de Bettala, aujourd’hui Putta Lam, sur la côte ouest de Ceylan, dans un bras de mer d’une profondeur de dix à douze pas hanté par des requins. « Les hommes… sortent des barques et vont sous l’eau, tel à quatre pas, tel à cinq, et jusques à douze, et y demeurent autant qu’ils peuvent ; quand ils ne peuvent demeurer plus longtemps, ils remontent et restent un moment, puis plongent de nouveau au fond, et ainsi font-ils tout le jour. »

Autour de l’île de Socotra, en face de la Corne de l’Afrique, Marco Polo signale une pêche à la baleine extrêmement mouvementée, où il s’agit de monter sur le dos de l’animal pour l’étouffer en bouchant son évent. On imagine mal un médiocre nageur en train de s’essayer à cet exercice. D’autres exploits aquatiques étaient réalisés par les naturels, en Afrique de l’Ouest : les pêcheurs plongeaient et nageaient autour de leurs petits bateaux de pêche, quand ils ne s’essayaient pas à chevaucher des planches et à surfer, fait d’autant plus méritoire que les eaux abritaient de redoutables requins.

 

(1) For once upon a raw and gusty day,

The troubled Tiber chafing with her shores,

Said Caesar to me ‘Dar’st thou, Cassius, now

Leap in with me into this angry flood,

And swim to yonder point?’ Upon the word,

Accoutred as I was I plungèd in,

And bade him to follow. So indeed he did.

The torrent roared, and we did buffet it

With lusty sinews, throwing it aside,

And stemming it with hearts of controversy.

But ere we could arrive the point proposed,

Caesar cried ‘Help me, Cassius, or I sink!’

Ay, as Aeneas our great ancestor

Did from the flames of Troy upon his shoulder

The old Anchise bear, so from the waves of Tiber

Did I the tired Caesar.

 

(2). Henri Lhote. A la découverte des fresques du Tassili (Arthaud, 1958, 2006).Lhote suggère que ces dessins désignent la mort, représentée par une nageuse qui entraîne le défunt… Dieu sait où.

SANTAMANS ET STASIULIS CONTRE LE MONOPOLE

22 juin 2013

Jeux méditerranéens à Mersin

par Eric LAHMY

Les Italiens continuent d’effectuer une belle moisson de titres dans les courses de natation des Jeux méditerranéens, qui se tiennent à Mersin, en Turquie. Ce soir, à la fin de la seconde journée, ils en étaient à neuf titres contre trois à la France, pour qui Santamans et Stasiulis, après le quatre fois 100m féminin, ont combattu leur monopole.

La Niçoise Anna Santamans, sur 50m libre, s’est imposée en 25’’03, après s’être qualifiée en tête, lors des séries, en 25’’41. C’est mieux que son résultat des championnats de France où elle avait gagné en 25’’37, reste marginalement en dessous de sa valeur olympique, quand elle avait nagé 24’’94 aux Jeux, à Londres, et… l’aurait qualifiée pour les mondiaux de Barcelone (minimum 25’’34), Laurianne Haag, qui s’était invitée en finale, in extremis, avec le 8e temps (26’’28), finissait 7e en 25’’97. Derrière Santamans, aussi nettement détachée qu’on peut l’espérer dans une course aussi étriquée, c’était la foire d’empoigne, entre une Italienne, Silvia Di Pietro, 25’’37, une Turque, Burcu Dormai, 25’’42, et une Egyptienne, Farida Osman, 25’’43.

Tout de suite après, Benjamn Stasiulis faisait hisser les couleurs à son tour, enlevant le 200m dos en 1’58’’66, un temps de valeur supérieure aux 1’59’’16 qui lui avaient donné le titre à Rennes, en avril, mais qui n’aurait pas été suffisant pour le sélectionner pour les mondiaux de Barcelone (minimum 1’58’’48).

Quatrième de la finale, Eric Ress, 2’0’’63, en-dessous de son record, mais Eric est un garçon en pleine refondaton. Son père, Colin Ress, un ancien des équipes de France, avait demandé à Jacques Mesler, un diagnostic sur le fiston: trop en fréquence, avait répondu le sage de Dinard. Pris en mains par Frank Esposito, Eric a gagné 21 mouvements de bras sur son 200m dos! Maintenant, il faut digérer!

Au 200m dos féminin, Fantine Lesaffre, 2’16’’49, était 6e à trois longueurs de l’Italienne Ambra Esposito.Au quatre fois 100m messieurs, Gianluca Maglia 49″80, Marco Orsi 49″26, Luca Leonardi 47″96 e Luca Dotto 48″97.ont signé un joli 3’15’’98. Sur 100m papillon, le Croate Ivan Lendjer a dominé de loin, seul sous les 53’’ en 52’’30, tandis que Béryl Gastaldello s’est bronzée sur 100m papillon dames, en 1’0’’32.

ALLEMANDS A DOMICILE

22 juin 2013

Plongeon

La finale du haut-vol synchronisé messieurs des championnats d’Europe de Rostock a été remportée par les Allemands Hausding et Klein.

1. Patrick Hausding – Sascha Klein, Allemagne, 463,20pts, 2. Victor Minibaev – Artem Chesakov, Russie, 458,76pts; 3. Eugene Gorshkovozov – Dmitro Mezhenkyi, Ukraine 436,86pts

TINA MATE TANIA

22 juin 2013

 

Duel de générations à Rostock au tremplin de 3m des Européens 2013, entre la « gamine » allemande Tina Punzel et la vénérable Italienne Tania Cagnotto : et la jeunesse a eu raison de l’expérience.

Tina Punzel, une jeunesse de 17 ans, de Dresde, où elle est coachée par Frank Taubert, est venue à bout de Tania Cagnotto, la quasi- légendaire italienne, que la trentaine, atteinte le 15 mai dernier, n’a pas rendue moins ambitieuse, au tremplin de 3 mètres des championnats d’Europe de Rostock. Les deux plongeuses se trouvaient dans un virtuel dead-heat avant l’ultime plongeon, séparées certes de treize ans, mais en l’occurrence de seulement 35 centièmes de point. Punzel menait d’une courte poitrine, si l’on ose dire en évoquant deux si jolies personnes. Mais Cagnotto qui avait mal assuré son avant-dernier, un triple saut périlleux et demi avant carpé, se montrait à peine plus convaincante dans un double saut périlleux arrière. Punzel, sans rien faire de miraculeux à ce moment là, empochait l’or.

Plongeon.- Tremplin de 3m dames.- 1. Tina PUNZEL (Allemagne), 336,70pts ; 2. Tania CAGNOTTO (Italie),  331,86pts ; 3. Nadezhda BAZHINA (Russie), 326,10pts ; 4. Maria Elisabetta MARCONI (Italie), 314,50pts ;

5. Anna PYSMENKA (Ukraine), 301,95pts

LES PROBLEMES DE RICHES DU 4X100M

22 juin 2013

 

Par Eric LAHMY

Abondance de biens au départ du relais quatre fois 100m, dont on ne saurait oublier qu’il est champon olympque à Londres!

Le petit monde de la natation bruisse au sujet de ce qui ressemble bien à un os dans le potage. Cela concerne le relais quatre fois 100m français des mondiaux de Barcelone, du 19 juillet au 4 août. Le dilemme représente ce qu’on pourrait appeler un souci de riches. Florent Manaudou, 48’’41 à Rome, et Jérémy Stravius, 48’’53  à Canet-en-Roussillon sont devenus respectivement n°1 et 2 dans le bilan français du 100m pour 2013.

Un renfort bienvenu mais à priori… Trop tard, selon les critères de sélection établis par la Fédération française de natation, Les deux leaders de notre 100m ne répondent pas aux règles de sélection au relais quatre fois 100m. Pourquoi ? Parce que les règles de sélection établissent noir sur blanc qu’il n’est qu’une seule compétition de sélection : « les championnats de France élite, du 9 au 14 avril 2013, » à Rennes.

Or ni Manaudou, très occupés à se présenter sur les 50m libre, dos et papillon, ni Stravius, qui jouait les Phelps à la Française, n’avaient essayé leur chance dans le 100m, et la finale de Rennes a été gagnée par Meynard, 48’’53, devant Agnel, 48’’62, Gilot, 48’’74, et Leveaux, 49’’18. Pour se qualifier en relais, l’addition des temps des quatre premiers des championnats de France doit donner un temps inférieur à 3’15’’72. De ce côté, pas de problème, leur total est de 3’15’’03, et encore sans tenir compte des trois prises de relais, qu’on considère représenter 2’’1 (trois fois 0’’7).

Le cas Agnel (présentant un problème à lui tout seul, il demande à entrer en relais sans se présenter en épreuve individuelle) mis à part, la question est désormais de savoir qui de Manaudou et Stravius d’un côté, Gilot et Leveaux de l’autre, doit entrer dans le relais en finale. Les deux premiers sont les plus performants, les autres sont qualifiés. Doit-on privilégier l’efficience ou suivre à la lettre la règle de sélection ? Problème de morale et de crédibilité…

Les réponses possibles sont multiples, mais, sont-elles toutes bonnes ? Les 49’’18 de Leveaux n’atteignent pas le niveau des standards A de la FINA (48’’93). Mais doit-il  être mis sur la sellette pour cela ? Peut-on écarter Agnel en raison des doutes sur sa préparation physique ? Une possibilité aurait été de tester Meynard et Gilot dans l’épreuve individuelle, mais le 100m se déroule le 1er août, après le relais. On peut aussi user des séries du relais (le 28 juillet, la finale aussi) pour opérer la sélection en finale. Meynard ou Gilot lançant la course, les deux autres places de finalistes seraient attribuées aux ‘’mieux disant’’ entre Manaudou, Stravius et Leveaux (ou Manaudou, Stravius et Agnel, si l’on se refuse d’écarter le héros des Jeux de Londres).

Maintenant, il reste une possibilité, pour le DTN, celle de faire jouer ce point de règlement qui clôture les critères de sélection des relais : « Le DTN se réserve la possibilité de compléter la sélection au regard de performances correspondant au standard A de la FINA. »

Un astucieux petit paragraphe. Depuis Alexandre le Grand, on appelle ça : trancher le nœud Gordien !

TANIA INSATIABLE

22 juin 2013

Européens de plongeon à Rostock

Tania Cagnotto, gagnante la veille du tremplin à 1 mètre, a remis ça ce matin, au 3 mètres des championnats d’Europe de plongeon qui s’achèveront demain à Rostock (Allemagne). Elle s’est qualifiée en tête aux éliminatoires avec le melleur total., 322,35pts; l’Italienne devance Nadezhda Bazhina, Russie, 318,35pts, Alicia Blagg, Grande-Bretagne, 290,10pts, Hannah Starling, Grande-Bretagne, 288,35pts, Olena Fedorova, Ukraine, 282,30pts, Alena Khamulkina, Biélorussie, 271,70pts, Tina Punzel, Allemagne, 269,70pts, Sophie Somloi, Autriche, 268,65pts, Inge Jansen, Pays-Bas, 264,80pts.

QUATRE FILLES AUX JEUX MED’

22 juin 2013

A Mersin, en Turquie, la première journée des courses de natation a commencé de distribuer, hier, son contingent de médailles. La France a remporté le relais quatre fois 100 mètres féminin. L’équipe italienne avait touché première, mais une troisième prise de relais anticipée de Chiara Masini lui a valu élimination. L’Italie a dominé, avec cinq médailles d’or, trois d’argent et une de bronze, deux doublés dans le 50m dos et le 100m brasse messieurs. Les Italiens mettent en avant une excellente préparation (deux records personnels battus), d’autres y voient de petites transgressions dans un accord tacite avec les deux autres grandes natations méditerranéennes, l’Espagne et la France. Selon cet accord, on ne devait pas emmener aux Jeux Med’ des qualifiés pour les mondiaux de Barcelone, chose que la France et l’Espagne ont respecté, les Italiens peut-être un peu moins? A noter les deux secondes places de Oussama Mellouli, le champion olympique tunisien qui courait deux lièvres à la fois, sur 400m et 200 mètres quatre nages, et a trouvé un Serbe et un Italien sur son chemin.

 

Vendredi 21 juin
DAMES
400 mètres libre.-
1. Martina De Memme (Italie), 4’09″18;
2. Anja Klinar (Slovénie), 4’11″61;
3. Claudia Dasca Romeu (Spa), 4’12″41;
4. Chiara Masini Luccetti (Italie), 4’16″03

50 mètres dos.-
1. Arianna Barbieri (Italie), 28″74;
2. Sanja Jovanovic (Croatie), 28″48;
3. Theodora Drakou (Grèce), 28″66;

100 mètres brasse.-
1. Giulia De Ascentis (Italie), 1’8″57;
2. Jessica Vall Montero (Espagne), 1’8″80;
3. Dilara Buse Gunaydin (Turquie), 1’9″;
4. Michela Guzzetti (Italie), 1’9″09.
200 mètres quatre nages.-
1. Anja Klinar (Slovénie), 2’14″40;
2. Stefania Pirozzi (Italie), 2’16″12;
3. Carlotta Toni (Italie), 2’16″24.
5. Fantine LESAFFRE (France)
4 fois 100 mètres libre.-
1. France, (Anna SANTAMANS, Laurianne HAAG, Mathilde CINI et Béryl GASTALDELLO),3’42″37;
2. Grèce, 3’46″44;
3. Turquie, 3’47″35.
Italie (Laura Letrari, Silvia Di Pietro, Erika Ferraioli, Chiara Masini Luccetti) disqualifiée pour troisième relais irrégulier.

MESSIEURS.-

400 mètres libre.-
1. Velmir Stjepanovic (Serbie), 3’48″33;
2. Oussama Mellouli (Tunisie), 3’48″67;
3. Simon Guérin (France), 3’52″68.

50 mètres dos.-
1. Stefano Mauro Pizzamiglio (Italie), 25″35;
2. Niccolò Bonacchi (Italie), 25″42;
3. Juan Segura Gutierrez (Espagne), 25″66.
100 mètres brasse.-
1. Fabio Scozzoli (Italie), 1’0″86;
2. Andrea Toniato (Italie), 1’1″23;
3. Panagiotis Salimidis (Grèce), 1’1″71.

200 mètres quatre nages.-
1. Federico Turrini (Itale) 1’59″35
2. Oussama Mellouli (Tun) 2’0″09
3. Andreas Vazaios (Gre) 20″74
5. Ganesh PEDURAND (France)

FRANCIS LUYCE : « LE MEILLEUR DE MOI-MÊME »

Francis Luyce apprend un nouveau job :

chef de délégation. Objectif Rio !

22 juin 2013

Eric LAHMY

Le Président de la Fédération Française de Natation, Francis Luyce, a été désigné par le Comité Olympique Français comme chef de la délégation française qui se rendra aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro, en 2016. Nous lui avons demandé quels étaient ses sentiments au sujet de cette nomination. Il a répondu à nos questions depuis Mersin, en Turquie, où il officie en tant que… chef de la délégation française aux Jeux méditerranéens.

« Mon premier sentiment, c’est une sorte de fierté, liée à une idée de trajectoire. Ma première participation aux Jeux olympiques, je l’ai faite comme athlète, en 1964, et me voici, des années après, nommé chef de délégation. Entre-temps, j’ai participé aux Jeux de 1968, puis à tous les Jeux d’été depuis 1988. Maintenant, je prends moins cette désignation pour moi que pour la natation française, en raison de ses résultats brillants de ces dernières années. Et puis la natation est ‘’le deuxième sport olympique’’ et il a pu paraître logique à Denis Masseglia, le président du CNOSF, qu’après Bernard Amsalem, président de l’athlétisme, chef de délégation à Londres en 2012, Jacques Rey, gymnastique, à Pékin en 2008, et Michel Vial, judo, à Athènes en 2004, la natation soit mise en avant. Ici, aux Jeux méditerranéens, je fais d’ailleurs mon apprentissage de chef de mission. Car je ne me vois pas, à Londres, jouer un rôle honorifique, défiler, être présent, mettre de l’huile dans les rouages. Je veux y donner le meilleur de moi-même.  Comme je suis membre du CNOSF depuis pas mal d’années, j’ai, par rapport aux autres présidents, une antériorité. Les dernières élections ont amené un tiers de nouveaux présidents à la tête des Fédérations ! Cela change les types de relations, et je dois m’adapter, apprendre la façon de faire et de penser de ces nouveaux dirigeants. Pour cela, je serai très présent aux réunions de la Commission du haut-niveau du CNOSF présidée par Jean-Luc Rougé. »

PAN PACIFICS 2014 A GOLD COAST

22 juin 2013

Gold Coast accueillera les championnats Pan Pacifiques en 2014, après que le conseil municipal de la ville at accepté d’inscrire 41 millions de dollars australiens (31 millions d’Euros) aux dépenses d’aménagement des installations nautiques de la ville, a-t-il été confirmé hier en Australie, selon notre confrère d’Inside The Games, Duncan Mackay. La moitié de ces dépenses seront prises en charge par l’Etat du Queensland. Gold Coast est un ensemble urbain au bord de l’océan situé au sud est de Brisbane, à l’extrême sud du Queensland. Au-delà des Pan Pacifiques, qui seront les premiers à être organisés en Australie depuis 1999, Gold Coast accueillera les Jeux du Commonwealth en 2018. Ces deux organisations confirment le statut, relativement nouveau de Brisbane et du Queensland, qui constituaient encore voici quelques années un « désert » pour la natation australienne, et qui, aujourd’hui, raflent la mise. Les ambitions de Brisbane avaient été démontrées dès 1984, quand la ville, représentée par la « Lord maire » Sallyanne Atkinson, avait défendu un projet d’organisation des Jeux olympiques pour 1992 qui tenait la route, mais n’était pas de talle à l’emporter face à Barcelone, soutenue alors par le président du Comité International Olympique, Mr Samaranch.

Les améliorations du Centre Aquatique de Gold Coast comprennent une nouvelle piscine de dix lignes d’eau, une piscine d’apprentissage, des gradins et une terrasse pour les spectateurs, des vestiaires, des gymnases, des toilettes, des salles de réunions, divers aménagements sportifs ainsi que la rénovation des installations existantes.