A BUDAPEST, QUAND MISS MASSE MOUSSE, ÇA DONNE UN RECORD DU MONDE DU 100 METRES DOS DAMES

Eric LAHMY

Jeudi 27 Juillet 2017

Passé à la trappe, hier, faute de temps, le record du monde de Kylie MASSE sur 100 mètres dos. Il faut y revenir. Son 58s10 fait date, il y a huit ans que le record polyuréthane de Gemma SPOFFORTH tenait debout. Battu de deux centièmes, par une fille qui doit valoir une bonne seconde de mieux. Gemma, sans son maillot flotteur, battait péniblement la minute…

Coïncidence, les records mondiaux des 100 mètres crawl, dos et brasse sont tombés à Budapest.  Je me suis demandé si on pouvait les classer par ordre de valeur, mais ce à quoi je parvenais m’a semblé finalement assez discutable…

SJÖSTRÖM, auteur de l’exploit en crawl, n’a pas « doublé » avec le 100 papillon (solidement accroché il est vrai) en raison, probable, du tricotage de séries et de finales que lui a imposé le programme concocté de façon très défavorable à ce genre d’exploits par la FINA. L’organe mondial qui avait bidouillé, m’affirme-t-on,  un programme aux petits oignons pour Michaël PHELPS à Pékin en 2008 donne parfois l’impression de faire le contraire. Mais bon, on arrête de critiquer. J’attends seulement ce que va nager Sarah dans le relais quatre nages… si elle se présente dans le parcours de papillon.

Revenons à MASSE, car elle le mérite. Ce printemps, elle avait montré le bout de son nez aux championnats du Canada. Elle y avait réalisé le doublé des courses de dos, battant la recordwoman canadienne Hilary CALDWELL sur 200 en 2’7s23 contre 2’7s29. Médaillée de bronze aux Jeux de Rio, Kylie avait aussi (surtout) archi-dominé le 100 (avant de contrôler le 50 le lendemain). Non seulement, en 58s21, Kylie, ravissante brunette de 1,72m pour 61 kg, dominait alors à 21 ans (elle est née le 18 janvier 1996) le bilan de l’année commençante (de plus d’une seconde), mais elle faisait mieux qu’Emily SEEBOHM quand celle-ci avait établi le meilleur temps de 2016 (58s34), et mieux que Katinka HOSSZU, championne olympique à Rio en 58s45. Son temps frôlait le record du monde, 58s12, de SPOFFORTH, et battait le record américain, 58s33, de Melissa FRANKLIN. Après Katinka HOSSZU, autre format moyen, elle mettait, momentanément, fin au monopole des géantes (SPOFFORTH et FRANKLIN mesurant 1,86m) et rappelait le temps où une « petite », Natalie COUGHLIN, 1,72m ou 1,73m, comme elle, régnait sur le dos…

Son secret ? Kylie s’entraîne avec les garçons dans son groupe, ce qui la force à aller vite !

En février, miss MASSE, jeune universitaire de 19 ans, au nom prédestiné puisqu’elle deviendra kinésithérapeute, un métier qu’elle étudie (en 2e année) à l’Université d’Ontario, où elle est entraînée par Byron MCDONALD, s’illustrait aux championnats universitaires du Canada,  nageait 56.55 sur 100 mètres dos, record du Canada en petit bassin. C’était encore loin des 55s03, record mondial petit bassin de Katinka HOSSZU et 18 temps tous temps. Le lendemain, Kylie MASSE avait nagé le 200 mètres dos en 2’4s44, assez loin du record mondial d’HOSSZU, 1’59.23, ou des 1’59s49 d’Emily SEEBOHM. A Gwangju, elle avait été championne du monde universitaire, en 59s97. Mais, disait-elle, c’était sa médaille de bronze des Jeux olympiques de Rio qui avait relancé son appétit pour la compétition.

Quoi d’autre ? Ah, oui : en 2014, elle était classée 200e nageuse de 100 mètres dos au monde.

PELLEGRINI « LA DIVINA » TOMBE LEDECKY (ET MCKEON) ET LANCE UNE GRANDE JOURNEE DE NATATION ITALIENNE

Eric LAHMY

Jeudi 27 Juillet 2017

Ce mercredi fut une grande journée italienne, inaugurée par une formidable Federica PELLEGRINI, tombeuse de Katie LEDECKY sur 200 mètres, continuée par ce podium du 800 mètres aux deux tiers italien où Gabriele DETTI, vainqueur en 7’40s77, record d’Europe, et Gregorio PALTRINIERI, bronzé en 7’42s44 n’étaient séparés que par un solide Wojciech WOJDAK.

Bien entendu, la tentation de traiter le 200 mètres dames sous l’angle d’une contre-performance de Katie LEDECKY est forte. D’autant plus qu’après ses courses d’avant-hier, entre les séries du 200, la finale du 1500 où elle s’était donnée comme habitude sans retenue, et retour à la demi-finale du 200 mètres, où elle s’était arrachée pour interdire à MCKEON de la devancer, elle s’était montrée aussi peu partageuse qu’à l’habitude.

De ce fait, bien entendu, qu’elle ait connu le lendemain de cette débauche un petit coup de moins bien peut étonner ou pas, selon qu’on considère le comportement aquatique féroce de la demoiselle ou le fait que l’invincibilité est une notion flottante.

Donc, voilà, LEDECKY peut être battue, parce qu’elle est humaine. Et parce qu’elle est humaine elle aussi, Ô combien, mais aussi combative et compétitive jusqu’à l’os, Federica PELLEGRINI a réussi à lui arracher le bout le moins solide de son domaine. LEDECKY peut être battue, mais il fallait une PELLEGRINI pour en administrer la preuve…

L’Italienne, huit années après avoir amené le record du monde de la course en combinaison polyuréthane à un niveau toujours hors de portée aujourd’hui, avec 1’52s98, est redevenu la reine de la course et je crois sincèrement que si je nourris un regret, de ne pas être à Budapest, c’est pour ne pas avoir pu vivre l’événement au milieu des journalistes italiens présents, tant ça devait être joli à voir, à entendre, riche en mouvements et en invocation surnaturelles !

La course, en soi, vu dans la froideur des chiffres, n’a rien d’extraordinaire, si ce n’est que c’est un championnat du monde, avec les enjeux que cela suppose. LEDECKY a suivi les schémas qu’elle respecte, dans une course lancée par une Emma McKEON, toujours aussi intrépide et batailleuse, en 26s55 et 55s83, qui tentait son va-tout et précédait Katinka HOSSZU (27s, 56s32) et Charlotte BONNET (27s01).  PELLEGRINI et LEDECKY suivaient à un mètre, qui viraient dans le même centième au premier virage, 27s22.

L’Américaine passait la vitesse supérieure, lâchait l’Italienne ; à mi-course, c’était McKEON-LEDECKY, 55s83 contre 56s09. PELLEGRINI, qui nageait dans une ligne d’eau adjacente à celle de MCKEON, semblait perdre peu à peu du terrain, 4e en 56s41. Aux 150, LEDECKY continuait de revenir sur MCKEON, et au dernier passage, n’était plus précédée que d’un centième, 1’25s43 contre 1’25s42, par la teigneuse Australienne ! Les haruspices pouvaient alors chanter « alléluia » et attendre l’envolée un peu besogneuse mais fatalement victorieuse de super-Katie, mais ils en eurent pour leur argent, d’abord parce que MCKEON, un peu comme les porosus, ces redoutables crocodiles d’eau salée de son pays-continent qui, une fois mordue une proie, ne desserrent plus les mâchoires, s’accrochait comme une démente ; ensuite et surtout parce que PELLEGRINI, que le mur du dernier virage laissait s’échapper en quatrième position, derrière les deux  susnommées et cette fine ondine russe qu’est Veronika POPOVA (1’25s71), jamais vue à pareille fête, PELLEGRINI donc se souvenait qu’elle était la plus rapide finisseuse du monde.

On se souvient qu’elle était ainsi revenue, aux mondiaux 2013, dans le 200 mètres, brûlant la politesse à tout le monde, y compris Camille MUFFAT, à l’exclusion de Missy FRANKLIN et qu’on s’était dit alors que si elle était partie plus tôt…

Cette fois, reprenant trois quart de longueur à LEDECKY, en 1’54s73, « la divina » déposa tout son monde… L’Américaine dut concéder l’ex-aequo à MCKEON, en 1’55s18, tandis que POPOVA les menaçait de très près (1’55s26) et devançait Siobhan HAUGHEY, une Hongkongaise dont on devrait entendre parler à l’avenir.

Que dire d’autre ? Qu’en demi-finales, LEDECKY et MCKEON avaient nagé, respectivement en 1’54s69 et 1’54s99, mais qu’on ne peut comparer l’état d’esprit d’une qualification et d’une finale !

Le site italien Federnuoto passait hier soir ce qu’il appelle les 7 merveilles, mondiale, de Pellegrini, ses sept places de podium mondial en douze ans. Je ne résiste pas en l’occurrence au plaisir du copié-collé, parce que cette collection de résultat, mieux qu’un long discours, résume la carrière de « la divina » :

Montréal 2005
1. Solenne Figues (Fra) 1’58″60
2.
Federica Pellegrini (Ita) 1’58″73
3. Yang Yu (Chn) 1’59″08

Melbourne 2007
1. Laure Manaudou (Fra) 1’55″52 RM
2.
Annika Lurz (Ger) 1’55″68
3.
Federica Pellegrini** (Ita) 1’56″97
** en demi-finale, record du monde en 1’56″47

Rome 2009
1. Federica Pellegrini (Ita)* 1’52″98 RM
2.
Allison Schmitt (USA) 1’54″96
3. Dana Vollmer (USA) 1’55″64
* en demi-finale record mondial en 1’53″67

Shanghai 2011
1. Federica Pellegrini (Ita) 1’55″48
2.
Kylie Palmer (Aus) 1’56″04
3. Camille Muffat (Fra) 1’56″10

Barcelone 2013
1. Missy Franklyn (USA) 1’54″81
2. Federica Pellegrini (Ita) 1’55″14
3.
Camille Muffat (Fra) 1’55″72

Kazan 2015 
1. Katie Ledecky (USA) 1’55″16
2. Federica Pellegrini (Ita) 1’55″32
3.
Missy Frankyn (USA) 1’55″49

Budapest 2017
1. Federica Pellegrini (Ita) 1’54″73
2.
Katie Ledecky (USA) 1’55″18
2. Emma McKeon (Aus) 1’55″18

GOLD SAVE THE KING : LILLY BAT MEILI, EFFACE MEILU(TYTE), SNOBE JULIA, ET AJOUTE L’OR ET LE RECORD MONDIAL A L’OR OLYMPIQUE,

Éric LAHMY

Mercredi 26 Juillet 2017

Beau doublé pour le double affutage version US, avec, dans le 100 mètres brasse féminin, à Budapest,la victoire de Lilly KING (adornée d’un nouveau record mondial), devant sa co-équipière Katie MEILI. KING nage 1’4s13, et prend la suite de Ruta MEILUTYTE, qui avait amené la plus haute marque mondiale à 1’4s35, en finale des mondiaux de Barcelone, le 29 juillet 2013. A deux jours près, ce record aurait eu quatre ans.

MEILUTYTE, avec 1’5s65, a terminé 4e de la course d’hier. Ces deux dernières années, le problème de la Lituanienne tenait à ce qu’elle partait à fond (elle dispose d’ailleurs du meilleur départ de la natation) et ne terminait pas ses courses. Cela s’était vu au mondiaux, à Kazan. Ici, elle a été prise de court et n’a jamais été devant. KING a produit un  effort maximal, du début à la fin, est passée plus vite que tout le monde, seule sous les 30 secondes (en 29s80), tandis qu’EFIMOVA menait la poursuite (30s34) devant Katie MEILI et MEILUTYTE qui viraient dans un seul mouvement (30s47, 30s50). KING n’avait déjà plus qu’une adversaire, la MEILUTYTE d’il y a quatre ans, qui était passée, elle, en 29s87.

Encore fallait-il que l’Américaine tienne. Elle fit mieux que ça, accrût son avance, et signa donc son 1’4s13.

Elle revenait d’une drôle d’aventure, une déprime post-olympique, ne supportant pas la gloire et ses 33.000 followers, ne supportant pas de nager, ne supportant pas ses mauvaises notes en classe, ne supportant pas d’avoir pris du poids… Mais annonçant tout de même qu’après l’or olympique (de Rio), elle partait à la chasse aux records mondiaux. Chose promise… Tout est bien qui finit bien ?

MEILUTYTE PLUS FORTE QU’A LONDRES, MAIS SEULEMENT 4e 

EFIMOVA, qui avait, la veille, dans la première demi-finale, produit la plus grosse impression, nageant 1’4s36, à un centième de la marque de MEILUTYTE, et laissant Katie MEILI (1’5s48) à une longueur, était la grande perdante de la finale. Après son effort, elle aurait toisé KING, et montrant son doigt, s’était désignée comme la première. Chose à ne pas faire forcément en demi-finale en face d’une « tueuse » patentée, dont la férocité de compétitrice ne fait aucun doute, mais les relations de ces demoiselles étant ce qu’elles sont et la pauvre Russe a essayé quelque chose…

Lilly KING avait rétorqué, dans la deuxième demi-finale, avec un très solide 1’4s53, et devançait MEILUTYTE, 1’5s06.

Dans la course pour le titre, EFIMOVA est restée fidèle à sa tactique de réserver quelques forces pour le retour, mais avec cette différence, cette fois, que le dit retour fut moins bon qu’à l’accoutumée et qu’à la bagarre avec MEILI pour l’argent, elle toucha le plus mal, en 1’5s05 contre 1’5s03. Quant à MEILUTYTE, elle n’avait pas nagé aussi fort depuis longtemps, depuis, notamment, septembre 2015, quand elle s’était cassée un coude dans une chute à vélo. Quoique hors du podium, elle semblait satisfaite de son sort, et, encore dans l’eau, félicita la gagnante du jour.

BUDAPEST: SOUS L’EFFET DE KATIE LEDECKY, QUI ENLÈVE LE 1500 MÈTRES, PUIS GAGNE LES DEMI-FINALES DU 200 MÈTRES, LE DEMI-FOND FÉMININ SE DÉSERTIFIE

Éric LAHMY

Mardi 25 Juillet 2017

1500 DAMES. Avec Katie LEDECKY dans la course, on s’inquiète seulement de savoir qui aura la médaille d’argent. Course passionnante, à savoir qui entourera l’Américaine sur le podium… Bon, bien sûr, si la demoiselle consent à battre le record du monde, cela fera une ligne de plus. Voilà ce que c’est de banaliser l’exploit…

Le retrait de Leah SMITH de l’épreuve a agacé les blogueurs qui ont mis le doigt sur « l’égoïsme » supposé de la nageuse qui aurait dû savoir à l’avance qu’elle ne nagerait pas le 1500 ce qui aurait permis à une autre américaine (Hannah MOORE, 16’8s68) d’être engagée. Bien entendu, ce n’est pas de ça qu’il s’agit. Leah, engagée sur 200, 400, 800, 1500m, 400 quatre nages et quatre fois 200m) n’a pas pris seule cette décision ! Deux 1500 mètres à la suite auraient contrarié sa forme, notamment sa prestation sur 200 mètres, où elle s’est qualifiée ric et rac. Ce scénario l’a surprise pour pas mal de raisons : d’abord parce que les Américains ont opté dans leurs courses des trials aux finales directes… C’est la meilleure des façons de ne pas préparer les mondiaux ! A Indianapolis, où en outre, derrière LEDECKY, la deuxième place lui était acquise, le 1er juillet dernier, Leah SMITH n’avait eu à nager qu’un 1500 mètres pour se qualifier. Là, il y en a deux, et en outre, il fallait se qualifier sur 200 avant de se taper trente longueurs de bassin à fond la caisse en finale, dans l’espoir vain de ne pas voir disparaître les pieds de Katie LEDECKY loin devant elle.

Se trouvant tout à coup devant l’impossibilité de réussir à nager le 200 ET le 1500, elle s’est défait de la plus longue course. Je ne vois pas là égoïsme de la nageuse (qui abandonne une médaille presque sûre sur 1500 mètres) mais un très probable calcul d’entraîneurs qui préfèrent perdre une possible médaille sur 1500 (l’or étant assuré par LEDECKY) que risquer de faire perdre des chances au relais quatre fois 200 mètres.

Katie LEDECKY gagne donc, à sa manière, et comme elle ne connait pas la fatigue, avant de se qualifier en 1’54s69, meilleur temps des demi-finales. Elle ne s’est pas ménagée, et a dû s’offrir un sacré combat rapproché avec la hargneuse Emma McKEON, encore en tête de sa demi-finale à vingt mètres du mur d’arrivée. LEDECKY, 1’54s69 et MCKEON, 1’54s99, que suivait la Russe POPOVA, en 1’55s08, passaient sous les 1’55s, tandis que PELLEGRINI réglait au sprint HOSSZU, 1’55s58 contre 1’55s98, dans la seconde demi.

Comment LEDECKY a-t-elle pu ainsi garder l’énergie de la victoire une heure après avoir exécuté son 1500 en 15’31s82, à six secondes de son record mondial ? Peut-être est-ce seulement qu’elle ne s’employa guère trop dans ses trente longueurs.  Pourtant, elle laissa Mireia BELMONTE, 2e en 15’50s89, à 19 secondes. Une jeune Italienne, Simona QUADARELLA, accompagnait ces deux filles sous les 16 minutes (15’53s86). Disons cependant que, chronométriquement, la spécialité n’a pas trop évolué ces dernières années. En 2013, LEDECKY ne gagnait-elle pas, en 15’36s53, devant Lotte FRIIS, 15‘38s88,  et Lauren BOYLE, 15’44s71? Et deux ans plus tard, à Kazan, les quatre premières, LEDECKY, 15’25s48, Lauren BOYLE, 15’40s14, Boglarka KAPAS, 15’47s09 et Lotte FRIIS, 15’49s, n’avaient-elles pas réussi une performance collective supérieure aux médaillées de Budapest ?

Alors ? L’effet LEDECKY n’est-il pas de désertifier le demi-fond féminin, en raison de l’impossibilité vécue par toutes ces filles de l’emporter ?

200 METRES A BUDAPEST: L’IRRÉSISTIBLE ASCENSION DE SUN YANG : RECORD D’ASIE, IL EMPOCHE LE 200 APRÈS LE 400 ET SE QUALIFIE EN FINALE DU 800

Éric LAHMY

Mardi 25 Juillet 2017

200 mètres nage libre messieurs. Après les demi-finales, on se préparait presque à une consécration de la natation britannique. Les têtes de séries étaient british, Duncan SCOTT et James GUY, et le couronnement prévu pour 17h32, heure locale.

Mais rien n’était fait, quand on songeait qu’une seconde séparait le premier du dernier qualifié. La stratégie en natation exige d’y aller fort, désormais, dès les qualifications. Dans un lointain passé, il fallait vraiment s’endormir en séries pour ne pas se projeter en finale, pour les cadors. Maintenant, les valeurs sont tellement resserrées, il suffit de beaucoup moins, une petite carence de « motivation », deux virages un peu trop longs sur le mur, telle reprise de nage foirée, un trop de calcul dans son effort… Le droit à l’erreur n’existe plus.

Cela change tout, également, pour les finales. Les grandes courses de mal qualifiés, exilés dans les lignes du bord, donnèrent de grands classiques à la natation, mais elles ont tendance à se multiplier, et on a vu lundi la Japonaise Yu HOHASHI  se frayer depuis la ligne huit un chemin jusqu’au podium (argent, s’il vous plait) du 200 quatre nages. Se souvenir, également, de la finale olympique du 200 mètres brasse de Rio !

La surprise pouvait donc venir de chacune des lignes du bassin…

Mais derrière l’inexpérimenté SCOTT, benjamin de l’épreuve,  et GUY, il y avait surtout le champion olympique SUN Yang, 26 ans, né le1er décembre 1991, recordman du monde du 1500 mètres qui, depuis 2012, a peu à peu réduit les distances nagées pour aller de 400-1500 à 200-400.  Le sprint va bien d’ailleurs au grand Chinois, qui a toujours disposé d’une vitesse de base inusitée pour un endurant, se situant nettement sous les 50 au 100 mètres. N’enlevait-il pas l’argent du 200 déjà en 2012 à Londres ?

SCOTT ET GUY, BRITISH SANS ARMES POUR CONTRER LE FINISH CHINOIS

Depuis que Yanick AGNEL a gagné l’épreuve olympique en 2012 en 1’43s14, la course ne progresse plus. AGNEL encore, gagna sur une jambe, en 1’44s20, en 2013, aux mondiaux de Barcelone, et personne ne parvient plus à nager aussi vite.

SUN avait dominé la saison actuelle avec 1’44s91, comme la saison 2016 (1’44s63). James GUY avait trôné en 2015, en 1’45s14 (devant SUN, 1’45s20), et l’Australien Thomas FRASER-HOLMES en 2014, avec 1’45s08. Seul SUN, ces quatre dernières saisons, s’est retrouvé quelques fois sous les 1’45s depuis l’effacement progressif du Français.

Le « vieux » KOZMA, seul finaliste plus âgé que SUN, ne retenait l’attention que parce que, Hongrois devant son public, cet enfant de la balle (père footballeur à Bordeaux, Dunfermline, en Ecosse, etc.) avait nagé un 48s26 au start avant-hier, sur 100 mètres, ce qui améliorait de 4/10e son temps des Sept Collines, 48s66.  

Mais ça a été la classe et l’expérience qui l’ont emporté. SUN s’est joué des ambitieux sans s’inquiéter. Il est passé en septième position aux 50 mètres (24s87) tandis que KOZMA filait comme un dératé, 24s10 sur le mur, sans que nul n’en prenne ombrage.

Mais après, le Chinois respectait un rythme qui allait peu à peu détruire toutes les velléités. Aux 100 mètres, GUY (50s57) et HAAS (50s64) étaient totalement revenus sur KOZMA (50s68), et SUN appuyait, mais ne gagnait qu’une place, pointait en 6e position en 51s10. Duncan SCOTT, qui s’était lancé avec fougue en séries, modéra ici ses transports, nageant (peut-être ?) un peu contre son tempérament.

Comme il arrive souvent dans un grand 200, c’est dans la troisième longueur que SUN gagna la course. Non pas parce qu’il appuyait, mais parce qu’adossé à cette conjonction de vitesse et d’endurance qui le caractérise, il fut le seul à savoir maintenir le rythme qu’il s’était imposé. Aux 26s23 de sa 2e longueur succédaient les 26s35 de la troisième, et j’ai tout lieu de croire que dans le bassin chauffé à blanc, moins par l’accélération de SUN que par la décélération des sept autres, ses adversaires expérimentaient cette exigence qu’il leur imposait de tenir comme un supplice chinois.

Ultime virage, SUN n’avait plus qu’à finir, ce qu’il fit un poil plus vite que tous les autres. Ce ne fut pas une course de légende, ni à marquer dans les annales, rien qui rappelle les matches à trois PHELPS, THORPE, VAN DEN HOOGENBAND, ou qui approche le coup de massue donné par AGNEL sur la course olympique en 2012 ; mais SUN améliorait d’un rien son record personnel et asiatique. Et grâce à un finish qui ne le cédait que face à celui du vainqueur, le Russe KRASNYKH remontait de la 7e à la 3e place. SCOTT aussi finissait bien, qui passait deux nageurs pour finir 4; mais ce discret « exploit » pouvait-il satisfaire celui qui, avant le départ, passait presque pour un favori ? Dans ce 200 mètres, à coup sûr, le finish britannique n’avait pas valu le finish chinois !

SUN Yang,              24s87, 51s10 (26s23), 1’17s45 (26s35), 1’44s39 (26s94).

Townley HAAS,      24s36, 50,64 (26s28), 1’17s87 (27s23), 1’45s04 (27s17).

Aleks KRASNYKH,24s88, 51s28 (26s40), 1’18s26 (26s98), 1’45s23 (26s97).

À BUDAPEST, TROIS INVINCIBLES CASSENT LA BARRAQUE : ADAM PEATY, SARAH SJÖSTRÖM ET KATINKA HOSSZU

Éric LAHMY

Lundi 24 Juillet 2017

Trois grosses finales, dans ce deuxième jour des championnats du monde de Budapest. Et les victoires de trois super-favoris. Des courses présumées sans surprises, en quelque sorte (à condition que le favori gagne, certes). Je ne sais à qui donne la prééminence. Et donc, on les présente par ordre d’entrée en scène.
Adam PEATY, Grande-Bretagne, sur 100 mètres brasse. Une suprématie incontestée, née de tout un faisceau de qualités. Il a le physique, avec son 1,90m et des muscles tout partout. Il a aussi le technique, avec une façon d’enrouler son mouvement dans un tempo andante qui ne connait pas les temps morts. Il n’a pas eu à se surpasser, le Grand-Breton, dont le record du monde, 57s13, amélioré en finale des Jeux olympiques de Rio, n’a pas été menacé. Avec 57s47, il a quand même pulvérisé le record des championnats établi par ses soins à Kazan, il y a deux ans. C’était 58s18. Il les avait frôlés (en 58s21) dès les séries, dimanche matin, avant de les balayer l’après-midi, en 57s75.

Adam PEATY a donc encore fait mieux en finale, alors que son second, l’Américain Kevin CORDES, n’a pas pu rééditer son temps des demis, 58s64. CORDES a arraché l’argent avec 58s79, devant le Russe Kirill PRIGODA, 59s05, le Japonais Yasuhiro KOSEKI, 59s10, et le second Américain, Cody MILLER, 59s12 (59s08 en demi). Cameron Van Der BURG avait décidé de ne pas nager la course, afin de se dédier aux 50 brasse, aujourd’hui et demain. Ah, les cinquante mètres de spécialités, corral pour les vieux chevaux de retour !

A propos, PEATY est passé au 50 de son 100 en 26s50. Il a nagé 26s48 cette saison, et son record mondial est de 26s42. Ça va être difficile, pour Van Der BURGH… La FINA devrait créer les 25 de spécialités pour les vieux serviteurs !

PEATY était content de son titre, à peine moins de sa performance. Son but actuel, claironné, c’est de devenir le premier nageur de brasse du monde en-dessous des 57 secondes. Il a baptisé cet espoir « projet 56 ». Mais comme il l’a dit avec toute la philosophie nécessaire après la finale : « vous visez les records de monde, mais ils sont records du monde pour une raison. »

PEATY lança une grande journée britannique. Benjamin PROUD, un de ses co-équipiers, enleva l’or du 50 mètres papillon, devant le Brésilien Nicolas SANTOS, l’Ukrainien Andrii GOVOROV, l’Américain Caleb DRESSEL et le Singapourien Joseph SCHOOLING, tous les cinq séparés par vingt centièmes de seconde : 22s75, 22s79, 22s84, 22s89, 22s95. Ces garçons étaient les mêmes qui avaient déjà nagé, en qualification, moins de 23 secondes, dans un ordre différent, DRESSEL menant le bal en 22s76 devant GOVOROV, 22s77, SANTOS, 22s84, PROUD, 22s92 et SCHOOLING, 22s93. C’est ça aussi, le sprint. Au bout du talent, l’aléa reprend ses droits.

Toujours de Grande-Bretagne, les « vainqueurs » des demi-finales du 200 mètres, Duncan SCOTT, lequel s’est farci SUN YANG, dont il sut résister au retour, en 1’45s16 contre 1’45s24 ; et James GUY, qui, opposé à Townley HAAS et à sa mise en action météorique (50s60) nageait 1’45s18 contre 1’45s43 à l’Américain. Avec SCOTT, plus sprinteur, et GUY, plus stayer, la Grande-Bretagne s’offre deux possibilités de podiums sur une des courses reines du programme de natation ! Et SCOTT, on l’attend aussi sur 100.

SARAH « UN PEU FATIGUÉE » PAR SA FOLLE JOURNÉE DE DIMANCHE, RATE SON RECORD DU MONDE

Que dire de la victoire sur 100 papillon de Sarah SJÖSTRÖM ? Retenir qu’elle frôle son record du monde de la distance, avec 55s53 contre 55s48 aux Jeux de Rio de Janeiro ? Qu’elle bat le record des championnats, 55s64 à Kazan ? Doit-on retenir son parcours, ici, 55s96 dès les séries, dimanche matin, puis 55s77 en demi-finales ? Doit-on, comme nous le rappelait Anne Lepesant dans le site de SwimSwam, se souvenir qu’elle a nagé, désormais, les dix 100 papillon les plus rapides du monde, rejetant ainsi Dana VOLLMER, la championne olympique de Londres, à la 11e place ? Doit-on mettre en exergue qu’elle enlève son 3e titre de championne du monde d’affilée sur la distance ? L’intéressée a expliqué l’absence de record : « j’étais un peu fatiguée, après mes courses d’hier. » L’hier en question, SJÖSTRÖM avait rejoint le Mark SPITZ de 1970 sur 100 crawl. Et aujourd’hui, elle a nagé aussi vite que l’Américain, à cette époque, en papillon (55s8). SJÖSTRÖM était bien partie pour battre ce record, passant en 25s67 (contre 26s01 à Rio pour ses 55s48) mais connut ensuite quelques difficultés.

C’est un peu normal, et elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même Sarah. Pour la plupart d’entre nous, le dimanche est fait pour se reposer. Pour SJÖSTRÖM, ca sert à battre des records du monde. Comment voulez-vous qu’elle soit reposée pour reprendre le boulot lundi ?

EMMA MCKEON, LA FILLE QUI N’EN RATE PAS UNE (DE COURSE)

C’est aussi la deuxième de la course qui mérité un coup de chapeau. Emma McKEON, l’Australienne. J’avoue qu’elle m’épate, la petite des Antipodes. Il semble qu’elle soit incapable de rater une course ! Toujours là quand on l’attend. Laissée sur place par la vitesse de base de la Suédoise dans le premier 50 mètres, où elle passait en 26s34, la fille des Antipodes ne baissait pas pavillon, et se battait sur chaque coup de bras. Elle devançait d’assez peu l’Américaine Kelsi WORRELL, 56s18 contre 56s37…

DERRIÈRE HOSSZU, HOHASHI ET UN GRAND COMBAT EN PERSPECTIVE SUR 400 QUATRE NAGES

Katinka HOSSZU, pour sa part, triomphait sur 200 mètres quatre nages, où elle engrangeait une avance déterminante dans ses parcours en papillon (27s07) puis en dos (31s99), ne lâchait rien en brasse (37s33) et finissait correctement (30s61) pour un temps de 2’7s assez proche de son record mondial, 2’6s12,  établi à Kazan en 2015.

HOSSZU, championne olympique du 100 dos, et qui, le matin même, avait établi en 58s80 la 2e performance des séries de la course derrière Kylie Jacqueline MASSE, déclarait forfait pour la finale, laissant une nouvelle fois MASSE mener la danse avec un formidable 58s18, à six centièmes du record du monde (58s12 par Gemma SPOFFORTH). Iron Lady se réservait pour son quatre nages. Bien lui en prit.

Derrière la musculaire Magyare, on trouvait la filiforme Nippone Yui HOHASHI, 2’7s91, vraie sylphide, publicité vivante pour produit minceur (on devrait la fiancer à Chris FROOME), qui produisait son effort depuis la ligne d’eau numéro huit (dernière qualifiée). Avec ce temps, nouveau record du Japon, HOHASHI a-t-elle démontré des progrès, son record personnel étant jusqu’ici 2’9s96, qu’elle pourra reporter sur 400 mètres quatre nages, où elle a amené son record national à 4’31s42 en avril dernier ; et alors Katinka HOSSZU risque d’avoir quelques soucis ; ou bien ne s’est-il agi, à Budapest, pour la Japonaise, que de mettre son 200 au niveau technique de son 400 ? Réponse le 30 de ce mois.

À propos de grosses bagarres, le 100 mètres brasse féminin nous promet un beau crêpage de chignon : Ruta MEILUTYTE et Lilly KING, qui adorent dire tout le bien qu’elles pensent de Julia EFIMOVA et de ses deux affaires de dopage, se retrouvent avec leur idole en finale. KING a dominé les séries, 1’5s20 contre 1’5s60 à EFIMOVA et 1’5s81 à MEILUTYTE ; EFIMOVA a répliqué en demi, frôlant d’un centième le record mondial de MEILUTYTE avec 1’4s36, KING gagnant la 2e série en 1’4s53 contre 1’5s06 à MEILUTYTE. La Russe va se retrouver en finale entre les deux championnes olympiques de la distance. A voir !!

KATIE LEDECKY GAGNE LE 400 MÈTRES, TOUTES DERRIÈRE ET ELLE DEVANT

Éric LAHMY

Lundi 24 Juillet 2017

Ne faites pas la tête parce que Katie LEDECKY n’a pas battu le record mondial du 400 mètres. Il y a des choses plus graves dans l’existence. D’ailleurs l’Américaine a amélioré en série son record « des championnats » sur la distance, qu’elle avait établi à Kazan, le 2 août 2015, avec un temps de 3’59s13. Dès les séries, elle a nagé en effet la distance en 3’59s06, avec comme passages 57s87, 1’58s24 et 2’59s01. Pourtant, elle n’avait aucune raison de se presser. Derrière elle, dans la quatrième série, l’Australienne Ariarne TITMUS, était pointée avec plus de cinq secondes de retard, en 4’4s26. Et dans la troisième série, son équipière des USA, Leah SMITH, avait stoppé le chrono à 4’2s. Donc ce n’était pas la marge qui lui manquait.

Et en finale, elle remit ça : 57s71, 1’57s74, 2’58s40 pour finir en 3’58s34, autre « record des championnats ». Derrière, SMITH, 4’1s54, et la toute jeune Chinoise Bingjie LI, 15 ans, 4’3s25, étaient bien loin. Pourtant, la course se renouvelle. LI, justement, mais aussi TITMUS, 17 ans, 4’4s25, Ajna KESELY, 16 ans, Hongrie, 6e en 4’5s75. Voilà pour les finalistes, qui ont aidé à écarter, entre autres Mireia BELMONTE. Mais cette jeunesse, pour l’instant, est sans arguments en face de LEDECKY, laquelle d’ailleurs, à 20 ans (depuis le 19 mars) n’est pas bien vieille !

RELAIS US A BUDAPEST : UN GRAND MERCI A CAELEB DRESSEL, 47s26 AU « START »

Éric LAHMY

Dimanche 23 Juillet 2017

Les nageurs du relais quatre fois 100 mètres US des mondiaux de Budapest peuvent remercier Caeleb DRESSEL. En lançant le quatuor de son pays avec un temps de 47s26, record national US qui surpasse tout ce qui a été fait cette saison sur la distance, il leur a rendu un fieffé service. Il leur a donné une seconde, quasiment une longueur, d’avance, qu’ils n’ont plus eu qu’à « gérer » dans une incertitude légèrement moindre que celle, à haut risque, que génère habituellement la haute compétition.

La question se pose de savoir si le DRESSEL de grand bassin est en train de rejoindre le formidable nageur de « short course », l’homme des 40 secondes au 100 yards (son exploit historique de la saison d’hiver). On verra, à confirmer. Mais les symptômes paraissent clairs…

En fait, seul le quatuor brésilien se montra capable d’orchestrer une opposition valable, voire menaçante, en face des Etats-Uniens. Après que DRESSEL ait mis le nouvel espoir brésilien, Gabriel SANTOS, à hauteur de son battement, Marcelo CHIERIGHINI se mit en devoir de grignoter cette avance, en face de Townley HAAS, monstre sacré des 200 yards. Il réussit dans son entreprise sinon totalement, du moins aux deux tiers, et récupéra l’équivalent d’un mètre sur de Texan. Après cela, Cesar CIELO, tout recordman du monde qu’il reste, devenu sous cet angle obsolète, ne fit guère mieux que jeu égal avec Blake PIERONI, et si Bruno FRATUS remonta sur Nathan ADRIAN, ce fut de façon tellement marginale qu’il convient tout juste de le signaler.

Les temps individuels des relayeurs témoignent que l’affaire fut chaude : pour les USA, DRESSEL, 47s26, HAAS, 1’34s72 (47s46), Blake PIERONI, 2’22s81 (48s09), ADRIAN, 3’10s06 (47s25). Pour le Brésil, SANTOS, 48s30, CHIERIGHINI, 1’35s15 (46s85), CIELO, 2’23s16 (48s01), Bruno FRATUS 3’10s34 (47s18). Derrière, le quatuor hongrois, 3’11s99, marquait son territoire par une médaille de bronze inattendue et confirmait que les Magyars ont retrouvé après un demi-siècle de disette un sprinteur digne de ce nom : Richard BOHUS, 47s21 lancé. Les Russes, avec MOROZOV, placé en second, 47s52 lancé, suivaient en 3’12s58, et devançaient le Japon, 3’13s65 et le Canada, 3’15s25 tandis que deux fortes équipes, l’Australienne et l’Italienne, étaient disqualifiées.

Et les Français? Bon, ils n’étaient pas là, première depuis longtemps. Aucun regret pour la gagne, ou pour une médaille. Un petit regret cependant. La compétition, c’est comme Dallas, un univers impitoyable…

Adam PEATY, 58s21 en séries du 100 brasse, 57s75 en demi-finales, a montré qu’il continuait de représenter un cas à part dans sa course de prédilection. Les deux Américains, Kevin CORDES, 59s15 et 58s64, et Cody MILLER, 59s14 et 59s08 mènent la danse des qualifications, mais loin derrière le Britannique.

Dans les qualifications du 200 quatre nages dames, Katinka HOSSZU ne s’est pas ménagée, qui a réussi 2’7s49 en série et 2’7s14 en demi, alors que son record du monde est 2’6s12. Melanie MARGALIS, USA, après s’être  baguenaudée en séries (2’11s), a salement appuyée en demi, en 2’8s70. La première demi-finale était revenue à Sydney PICKREM, Canada, en 2’9s17. Seules les Japonaises plaçaient deux filles en finale, IMAI et HOHASHI.    

Sarah SJÖSTRÖM, avant son formidable 100 mètres libre du relais, s’est plus que bien débrouillée sur 100 papillon, gagnant les séries en 55s95 et les demi-finales en 55s77, près de son record des championnats du monde (55s64 à Kazan), et même de son record du monde (55s48 à Rio). Kelsi WORRELL, USA, 56s44 en séries, enlevait la première demi-finale en 56s74, à la lutte avec la jeune Japonaise Rikako IKEE, 56s89. Mais, derrière SJÖSTRÖM, le meilleur temps des demi-finales revenait à Emma MCKEON, 56s23 à la bagarre avec la grande Suédoise.  

4 FOIS 100 METRES A BUDAPEST, SARAH SJÖSTRÖM ENFONCE LE MUR DE SPITZ, EN 51s71.

Éric LAHMY

Dimanche 23 Juillet 2017

N’ayons pas peur du mot: le temps de 51s71 réussi par Sarah SJÖSTRÖM sur 100 mètres nage libre, au départ du relais quatre fois 100 mètres, en finale de l’épreuve, en ce premier jour de courses en piscine, ce temps, dis-je, est historique.

D’abord, la Suédoise passe sous les cinquante deux secondes, chose qui fait date. La limite des 52 secondes fut vaincue pour la première fois par un homme en 1970, et ce n’était pas n’importe qui, puisqu’il fut élu, en 2000, nageur du siècle. Il s’agit de Mark SPITZ, célèbre pour ses sept médailles d’or conquises aux Jeux olympiques de Munich, en 1972. Pour son premier passage sous les 52 secondes, SPITZ avait réussi le temps de 51s94. C’était en séries des championnats US 1970, à Los Angeles.

Ce fut aussi la première fois qu’un record du monde du 100 mètres au centième de seconde fut reconnu. Le précédent record, 52s2, qui datait de la finale des Jeux olympiques de Mexico, en 1968, avait été établi par l’Australien Michael WENDEN).

L’anecdote liée à ce record ? SPITZ fut battu, en finale de la course des championnats US, après avoir pris un départ ultra-rapide. Frank HECKL le devança d’un centième de seconde, en 52s48 contre 52s49 ) !

La Suédoise, une femme donc, 47 années plus tard, a devancé le SPITZ de 1970, et n’est pas loin de celui de 1972, dont le record du monde était de 51s22. Comment cela est-il possible ? Une grande partie de l’explication réside dans la forte progression des records en natation. Il a fallu comprendre et, pour ainsi dire, domestiquer l’élément liquide, pour lequel l’homme n’est pas naturellement fait (même si il a fini par s’y débrouiller honorablement) et cela a pris un bon siècle de progrès techniques. La question qui se pose aujourd’hui est celle liée aux limites de ces progrès techniques.

SJÖSTRÖM a donc « battu » SPITZ un peu (beaucoup) parce que le record du monde messieurs, lui, est passé entre-temps de 51s9 à 47 secondes.

Il y a aussi que, du temps de SPITZ, le professionnalisme n’existait pas. Mark était un étudiant en deuxième année de dentaire et n’avait pas le droit de gagner un centime de son excellence aquatique. A 22 ans, quand il enleva ses sept médailles olympiques, les contrats qui se mirent à pleuvoir le contraignirent à abandonner la natation. Quatre ans après son triomphe de Munich, le record du monde du 100 mètres allait être amené à 49s44 par le Sud-Africain Jonty SKINNER.

D’autres éléments jouent également, comme la musculation (encore que SPITZ l’avait pratiquée notamment avec James COUNSILMAN et était l’un des plus forts nageurs américains dans les mouvements de détente, de vitesse explosive).

Malgré l’extraordinaire qualité de ses ondulations, qui lui permirent de révolutionner les records des 100 et 200 mètres papillon, SPITZ ne put en tirer profit comme les nageurs d’aujourd’hui : les entraîneurs n’enseignaient pas de telles ondulations après leurs départs et virages, ondulations qui furent « créées » et mises au point par le Britannique Gary ABRAHAM, et illustrées dans les courses de dos et de papillon, par celui-ci, aux Jeux de Moscou, en 1980 – comme SJÖSTRÖM et tous les nageurs actuels le font…

Il y a aussi, je crois, qu’on s’est totalement décomplexé au sujet de l’entraînement des filles et qu’elles ont pu se rapprocher des garçons. Je ne sais quelle place donner au gabarit dans cette affaire, mais je note que SJÖSTRÖM, avec son 1,86m, est plus grande que ne l’était SPITZ, dont je ne crois pas, pour l’avoir cotoyé, qu’il dépassait le 1,83m.

Bien entendu, tout ceci n’enlève rien à la grandeur de SJÖSTRÖM, qui a bel et bien remplacé les CAMPBELL au titre de meilleure nageuse de sprint de l’instant. Dans le relais, avec ses 51s71, elle a nettement devancé sa seconde au départ, l’Américaine Mallory COMERFORD, 52s59, ce qui est une très belle performance. Et dans les parcours lancés, on ne trouve rien qui se compare à elle. Celle qui se rapproche le plus d’elle est la Néerlandaise Ranomi KROMOWIDJOJO. Ses 51s98 valent autour de 52s70 lancés. Et les deux championnes olympiques ex-aequo de Rio, Simone MANUEL (USA), 52s14 et Penelope OLEKSIAK (Canada), 52s98, sont, semble-t-il, distancées. Tout comme Bronte CAMPBELL, la championne du monde australienne de 2015, 52s14, et Emma MCKEON, sa compatriote, 52s29…
Maintenant, le titre de ce relais est revenu aux Américaines, en 3’31s72 contre 3’32s01, en face des Australiennes qui pourront regretter la présence de Cate CAMPBELL, et des Néerlandaises, 3’32s64.

LE CHINOIS EST RANCUNIER: SUN YANG DEVANCE MCKENZIE HORTON SUR UN AIR DE REVANCHE 

Éric LAHMY

Dimanche 23 Juillet 2017

A peu de choses près, le 400 mètres des championnats du monde de Budapest ressemble beaucoup à la course olympique de l’année précédente. Le Chinois SUN Yang, battu en 2016 par Mackenzie HORTON, est cette fois vainqueur devant l’Australien. L’Italien, Gabriele DETTI, retrouve sa troisième place de Rio. James GUY, le champion du monde 2015 du 200 mètres (et 2e du 400) à Kazan, en Russie, tellement déçu de sa 6e place à Rio, retrouve cette position qui l’avait frustré, et le 2e Australien, David McKEON, 7e en 2016, perd une place. … PARK Tae-Hwan, qui, après une année troublée par les dégâts liés à son contrôle de dopage positif, n’avait pu atteindre la finale, se retrouve 4e, mais c’est moins une nouveauté qu’un retour pour le champion olympique de Pékin, en 2008, lequel ne retrouve certes pas sa place prestigieuse, mais améliore un peu sa position. L’innovation c’est l’apparition, 5e , de l’Autrichien Felix Otto AUBÖCK, 20 ans (depuis le 19 décembre dernier). AUBÖCK avait fini 25e des séries qualificatives, au Brésil, et un gain de 4 secondes (de 3’49s35 à 3’45s21) a propulsé les 85kg pour 1,98m de cet étudiant (littérature, sciences et arts : freshman) de l’Université d’Etat de Michigan, 2e des NCAA sur 1650 yards, 3e des 500 yards, dans l’élite mondiale. AUBOCK avait d’ailleurs dominé les séries avec un temps qu’il n’a pu rééditer en finale…

SUN n’a pas lésiné sur les moyens. Il avait clairement fait entendre que battre McKEON, qui l’avait snobé aux Jeux de Rio en lui rappelant son épisode de dopage, était une priorité, un compte personnel à régler.

« Le Chinois est rancunier », exposait, dans une bande dessinée de 1976, Peyo, l’immortel dessinateur de Johan et Pirlouit, et des Schtroumpfs !

Quarante ans plus tard, cette allégation s’illustre à nouveau, non par le dessin de Walthéry, mais bel et bien par le dessein de SUN Yang qui se dépêcha de faire craquer la course.

Avec l’âge, YANG a changé de style. A Londres, en 2012, il avait tendance à partir sans presse excessive pour s’imposer dans un sprint ravageur. SUN, devenu un peu plus rapide et légèrement moins endurant, a préféré, cette fois, imposer un train élevé. Mais il lui fallut d’abord répondre à un dynamitage en règle orchestré par PARK, 25s82 et GUY, 25s93 aux 50 mètres. Il rejoignit le Coréen et le Britannique aux 100 (54s11 contre 54s04 et 54s09), puis, après une longueur d’attente avec PARK, GUY et GROTHE, changea de rythme, nageant en 28s24 et en 27s94. A cent cinquante mètres du but, il avait une longueur de corps d’avance sur HORTON, deux sur DETTI. Son finish lui permit de doubler cette avance sur HORTON que DETTI avait rejoint aux 350 mètres, mais ne pouvait passer.

SUN, 26s03, 54s11, 1’22s63, 1’50s87, 2’18s81, 2’47s18, 3’14s77, 3’41s38

HORTON, 26s20, 54s50, 1’23s16, 1’51s83, 2’19s92, 2’48s46, 3’16s97, 3’43s85

DETTI, 26s21, 54s70, 1’23s41, 1’52s31, 2’20s64, 2’48s97, 3’16s97, 3’43s93