PANPACIFICS : KATIE LEDECKY TROUVE UNE PETITE CAMARADE DE JEU SUR 400 METRES : ARIARNE TITMUS

Éric LAHMY

Dimanche 12 Août 2018

L’avant-dernière journée des PanPacifics 2018, à Tokyo, hier, a donné lieu à des performances de très haut niveau, et l’impression d’une compétition de valeur générale plus élevée que les championnats d’Europe de Glasgow.

L’une des qualités de cette rencontre est que les organisateurs l’ont débarrassée de toutes les innovations que la FINA a introduites et qui n’ont pas été ratifiées par le Comité International Olympique. Ce qui évite l’alourdissement que représentent les sprints de spécialités et les relais mixtes non scellés du sceau des cinq anneaux.

Il est difficile de désigner une performance plutôt qu’une autre, et chaque course de cette journée recélait ce qu’il fallait de potentiel d’excellence pour être montée en épingle.

Par exemple, pour la première fois depuis quelques années, Kathleen LEDECKY a été, sinon menacée ou rejointe, approchée dans un 400 mètres nage libre. Ariarne TITMUS, la nouvelle perle du demi-fond australien, a été nettement devancée jusqu’à mi-course, mais ensuite n’a plus rien concédé à la gagnante, et l’a approchée plus que jamais depuis le début du règne (le mot n’est pas trop fort) de la grande Katie.

Les passages des deux nageuses valent mieux que de longs discours : LEDECKY 27s61 57s14 1:26s92 1:57s01 2:27s22 2:57s85 3:28s21 ; TITMUS, 27s57 57s47 1:27s56 1:58s31 2:28s69 2:59s20 3:29s57. Que peut-on en dire ? Que LEDECKY, toujours aussi agressive en compétition, a profité de sa vitesse de base supérieure sur deux cents mètres pour prendre les devants, et assuré la victoire, mais que TITMUS s’est distinguée par une grande solidité.

Il n’y a pour ainsi dire pas eu de troisième dans cette course, tant Leah SMITH, qui a occupé finalement cette place, a été devancée. Peut-être manquait-il seulement dans cette course les deux Chinoises dont les performances avoisinent celles de TITMUS et qui se produiront vraisemblablement à Djakarta (Jeux asiatiques) les 19-24 août…

Et peut-être aussi LEDECKY, qui, pendant cinq ans, avait tué la compétition, ces deux prochaines années, ne s’ennuiera plus autant, toute seule, sur ses distances de prédilection ?

Le 400 masculin a été particulièrement vivace et disputé. Aux Jeux du Commonwealth, Jack McLOUGHLIN avait gagné le 1500 mètres et fini 2e du 400, battu par « MACK » HORTON. Cette fois, il gagne à la lutte d’une main et « MAC the knife » n’a rien pu y faire. Pour parvenir à ce résultat, Jack a dû battre son record personnel, 3’44s20 contre 3’45s21.

Les circonstances de la course ? Jack est à la ligne 5, Mack à la 3. Entre eux, l’Américain Zane GROTHE. Est-ce que Mack, fort occupé à contrer Zane, ne voit pas Jack ? Toujours est-il que celui-ci « part », et se détache, jusqu’aux trois cents :54s14, 1’51s01, 2’48s03, tandis qu’HORTON, qui semble se contenter de tenir GROTHE, accumule une longueur de retard : 54s76, 1’52s30, 2’49s32.

Mack augmente l’allure, ce qui fait qu’il « prend » un mètre à GROTHE et réduit en une longueur de piscine son retard sur Jack, d’une seconde trois à neuf dixièmes. Il refera presque tout son retard dans un sprint virulent (27s01 contre 28s22 à Jack) mais trop tard.

 Issu du 200 mètres, MCLOUGHLIN a été l’un des rares nageurs à monter sur de plus longues distances (d’habitude, c’est le contraire qui se passe), sur la suggestion de son entraîneur actuel, à Chandler, Vince Raleigh. Avant ce changement, Il était coaché par Matt Brown au collège Nudgee, à Boondall, une autre banlieue de Brisbane (Queensland), située à 22km plus haut sur la carte.

Non seulement il a allongé les distances, mais en compétition, ça marche. MCLOUGHLIN a gagné ce 400 mètres avec le temps le plus rapide de la saison. Seul le Chinois Sun Yang représente un mystère, en face de l’Australien. On en saura plus dans deux semaines…

Caeleb DRESSEL n’échappe pas à une « règle » qui gouverne les grands nageurs de crawl et de papillon, depuis Lance LARSON jusqu’à… DRESSEL, en passant par Mark SPITZ, Michael KLIM et Michael PHELPS. Il s’agit moins d’une règle que d’un constat : tous ces grands nageurs tiennent plus solidement leurs positions en papillon qu’en crawl.

La première raison qui vient à l’esprit pour expliquer cela est que le 100 libre attire et réunit donc un plus grand nombre de concurrents.

Bref, DRESSEL, soumis à rude épreuve en libre, a gagné d’une demi-longueur de corps en papillon.

Côté filles, dès les séries, Rikako IKEE s’est emparée de la course. Elle bat le record de la compétition, 57s, et le porte à 56s90. Le soir, elle remet ça, bat le record des Jeux et devance DAHLIA et MCKEON. Au Japon, cette petite merveille est déjà vendue comme l’héroïne à venir des Jeux de Tokyo 2020. A sa place, je m’inquièterais quand même…

Sur 200 quatre nages, KALISZ reste le patron tandis que Mitch LARKIN montre de tels progrès qu’il peut être désormais autant considéré comme un « quatre nageurs » que comme un dossiste.

Côté femmes, Yui OHASHI confirme, elle est bien la nouvelle personnalité dominante des quatre nages. Les quatre fois 100 mètres reviennent, messieurs au Brésil (après élimination des USA par prise de relais incorrecte), et dames à l’Australie.

Pour le Brésil, Pedro SPAJARI reprend la tête dans le derniers relais aux dépens de CHALMERS grâce à un parcours très fort en 46s94. Quand Cate CAMPBELL, elle, prend le départ pour les Australiennes, la course est jouée, Simone MANUEL se trouvant un mètre derrière. Cate réussit un parcours phénoménal en 51s36, qui vaut bien son record, et porte l’avance de son équipe à presque deux secondes.

MESSIEURS.-

400 mètres: 1. JACK MCLOUGHLIN, Australie, 3’44s20 ; 2. MACKENZIE HORTON, Australie, 3’44s31 ; 3. ZANE GROTHE, USA, 3’45s37 (en séries, 3’45s32); 4. GRANT SHOULTS, USA, 3’48s27 (en séries, 3’48s23); 5. Naito EHARA, Japon, 3’48s80. Finale B: 1. CONOR DWYER, USA, 3’48s45; 2. ELIJAH WINNINGTON, Australie, 3’48s83.

100 papillon : 1. CAELEB DRESSEL, USA, 50s75 (record); 2. JOHN CONGER, USA, 51s32; 3. VINICIUS LANZA, Brésil, 51s44; 4. GRANT IRVINE, Australie, 51s65; 5. DAVID MORGAN, Australie, 51s80; 6. YUKI KOBORI, Japon, 51s82. Finale B: 1. MICHAEL ANDREW, USA, 51s53; ZACHARY HARTING, USA, 52s16.

200 quatre nages: 1. CHASE KALISZ, USA, 1’55s40 ; 2. MITCHELL LARKIN, Australie, 1’56s21; 3. KOSUKE HAGINO, Japon, 1’56s66; 4. DAYA SETO, Japon, 1’57s36; 5. ABRAHM DEVINE, USA, 1’57s81; 6. CLYDE LEWIS, Australie, 1’58s17; 7. LEONARDO SANTOS, Brésil, 1’58s83. En séries, HIROMASA FUJIMORI, Japon, 1’58s78.

4 fois 100 mètres: 1. BRESIL, 3’12s02 (Gabriel Santos, 48s93 ; Marcelo Chierighini, 47s62; Marco Ferreira, 48s53; Pedro Spajari, 46s94); 2. AUSTRALIE, 3’12s53 (Jack Cartwright, 48S56; Alexander Graham, 48s50; James Roberts, 47s97; Kyle Chalmers, 47s50); 3. JAPON, 3’12s54 (Katsumi Nakamura, 48s52; Shinri Shioura, 48s19; Katsuhiro Matsumoto, 47s61; Juran Mizohata, 48s22); 4. CANADA, 3’14s50. USA, disqualifiés (Dressel, 48s76).

DAMES.-

400 mètres: 1. KATIE LEDECKY, USA, 3’58s50 (57s14, 1’57s01, 2’57s85); 2. ARIARNE TITMUS, Australie, 3’59s66 (57s47, 1’58s31, 2’59s20); 3. LEAH SMITH, USA, 4’4s23.

100 papillon : 1. RIKAKO IKEE, Japon, 56s08 (record) ; KELSI WORRELL DAHLIA, USA, 56s44; 3. EMMA MCKEON, Australie, 56s54. Finale B: 1. KATHRYN MCLAUGHLIN, USA, 57s80.

200 quatre nages: 1. Yui HOHASHI, Japon, 2’8s16 (record) ; 2. SIDNEY PICKREM, Canada, 2’9s07 ; 3. MIHO TERAMURA, Japon, 2’9s86 (en séries, 2’9s86, record) ; 4. ELLA EASTIN, USA, 2’9s90 ; 5. MELANIE MARGALIS, USA, 2’10s67. Finale B : 1. SHAKIKO SHIMIZU, Japon, 2’12s06 (en séries, 2’11s90). En séries, KATHLEEN BAKER, USA, 2’11s26.

4 fois 100 mètres : 1. AUSTRALIE, 3’31s58 (Emily Seebohm, 54s56 ; Shayna Jack, 53s10; Emma McKeon, 52s56; Cate Campbell, 51s36); 2. USA, 3’33s45 (Mallory Comerford, 53s48; Margo Geer, 53s59; Kelsi W Dahlia, 53s59; Simone Manuel, 52s79); 3. CANADA, 3’34s07 (Ruck Taylor, 52s85; Kayla Sanchez, 53s11; Rebecca Smith, 54s; Alexia Zevnik, 54s11); 4. JAPON, 3’36s93 (Rikako Ikee, 53s46).

PAN SUR LE PACIFIQUE.- COUPS DE CENT AUSTRALIENS : KYLE CHALMERS ET CATE CAMPBELL DOMPTENT CAELEB DRESSEL ET SIMONE MANUEL

PAN SUR LE PACIFIQUE.- COUPS DE CENT AUSTRALIENS : KYLE CHALMERS ET CATE CAMPBELL DOMPTENT CAELEB DRESSEL ET SIMONE MANUEL

Éric LAHMY

Samedi 11 Août 2018

Ce n’est peut-être pas nouveau, mais cela me semble récent. Cette manière d’équilibrer parfaitement sa course, illustrée dans le 100 mètres de Kyle CHALMERS. Le champion olympique australien a gagné sa course, au cours de cette seconde journée de PanPacifics, à Tokyo, en 48 secondes juste. Or il est passé huitième et dernier à mi-course, en 23s35. Pas très loin derrière, mais dernier. En tête, le Brésilien Marcelo CHIERIGHINI, 22s91, puis, qui se présentent, en rafale les deux Américains APPLE et DRESSEL, 22s93 et 22s96 et le 2e Brésilien, Pedro SPAGIARI, 22s97.

CHALMERS finit plus vite que tout le monde, en 24s65, devant CARTWRIGHT, son compatriote, 24s96. Le retour de DRESSEL, en revanche, en 25s28, lui vaut d’être surpassé par le vainqueur des Jeux de Rio, et de concéder l’ex-aequo au deuxième Dolphin (nom-totem que se sont attribués les nageurs Australiens).

La limitation à deux nageurs par nation en finale a superbement fonctionné pour éviter un torrent américain. Rien d’étonnant, c’est à cela que cette limitation a dû d’être érigée. Cela a permis d’assister à une finale « B » presqu’aussi rapide que la « A », Blake PIERONI, le champion des Etats-Unis, devançant d’une main Nathan ADRIAN, 48s21 à 48s32.

Ryan MURPHY a dominé le 100 mètres dos. Ses meilleurs adversaires, dans le monde, semblent être aujourd’hui le Russe KOLESNIKOV et le Chinois qui l’a devancé aux mondiaux de Budapest, XU JIAYU. Mais le Murphy du jour est en meilleure forme que celui de Budapest, qui avait plafonné à 52s59. Le champion olympique s’est joué en 51s94 (pratiquement sa valeur des Jeux olympiques de Rio, où il gagna en 51s97) du vieil IRIE, du champion du monde 2015 australien LARKIN et du champion olympique 2012 GREVERS : que du beau monde !

Le 100 mètres féminin nous a rendu une Cate CAMPBELL rugissante. La grande Australienne a infligé une rare défaite à Simone MANUEL. La brune Américaine, qui a tout gagné depuis deux ans, virait en troisième position, attendant peut-être le scénario catastrophe bien rodé d’une CAMPBELL partie en boulet de canon et se ramassant dans un retour à la petite cuiller. Mais cette fois, CAMPBELL, non seulement ne se défit pas, mais augmenta constamment son avance. Peut-être mise à l’école de l’égalité d’allure qui a joué si bien en faveur de CHALMERS, elle équilibrait assez bien son effort, 25s09 et 26s94 pour un total de 52s03. MANUEL eut le plus grand mal à se dépêtrer de Ruck TAYLOR, l’araignée canadienne qui passait en 25s29 pour finir en 52s72 (27s43). L’Américaine, elle, ayant viré en 25s34, toucha finalement en 52s66 (27s32). Mallory COMERFORD, elle, signait le meilleur retour hors CAMPBELL, en 27s02.

Une course très attendue était le 100 mètres dos dames, parce qu’on y retrouvait une tripotée de talents très proches et d’ambitions concurrentes et à peu près tous les sommets de podiums de ces cinq ou six dernières années. Le dos féminin US avait démontré une densité et une qualité au plus haut niveau lors des championnats nationaux, le mois dernier. Kathleen BAKER avait effacé le record du monde qui appartenait à la championne du monde canadienne Kylie MASSE. Derrière elle, l’immense Olivia SMOLIGA et la toute neuve recordwoman du monde junior Regan SMITH la serraient d’assez près. Et d’Australie, Emilie SEEBOHM, la championne du monde 2015, après de gros ennuis de santé qui l’avaient privé de ses chances olympiques, fourbissait ses armes avec un appétit féroce.

Dès les séries, les principales concurrentes se disposèrent : première série à SEEBOHM, qui en 58s79, criait qu’elle était là en battant le record de la compétition. La réponse ne se fit pas attendre, qui prit la forme d’un coup de MASSE infligé par la Canadienne, 58s29, une demi-seconde de mieux. Baker, 3e série, frôla son meilleur en 58s41.

On se demandait, après ce déluge, ce que serait la finale. D’une certaine façon (la façon chronométrique), elle fut décevante. Sans doute trop de stress, trop d’attentes. Mais son verdict fut clair, et ce fut MASSE qui l’emporta.

MESSIEURS.- 100 mètres.- 1 KYLE CHALMERS, Australie, 48s00; 2 JACK CARTWRIGHT, Australie, et CAELEB DRESSEL, USA, 48s22 (en série, 48s13); 4. MARCELO CHIERIGHINI, Brésil, 48s36 ; 5. ZACHARY APPLE, USA, 48s47 (en séries, 48s03) ; KATSUMI NAKAMURA, Japon, 48s49; 7. PEDRO SPAJARI, Brésil, 48s51 (en série, 48s38) ; 8. SHINRI SHIOURA, Japon, 48s68. Finale B : 1. Blake PIERONI, USA, 48s21 ; 2. Nathan ADRIAN, USA, 48s32 ; 3. Yuri KISIL, Canada, 49s. En séries, Townley HAAS, USA, 48s69 ; Gabriel SANTOS, Brésil, 48s72 ; Alexander GRAHAM, Australie, 48s75 ; James ROBERTS, Australie, 48s83 ; Andrew SELISKAAR, USA, et Katsuhiro MATSUMOTO, Japon, 48s99.

100 dos : 1. RYAN MURPHY, USA, 51s94 ; 2. RYOSUKE IRIE, Japon, 52s78 ; 3. MITCHELL LARKIN, Australie, 52s88 ; 4. MATTHEW GREVERS, USA, 52s99 ; 5. JAVIER ACEVEDO, Canada, 53s90; 6. MARKUS THORMEYER, Canada, 54s02 (en série, 53s88). Finale B: 1. MICHAEL ANDREW, USA, 53s55; 2. JUSTIN RESS, USA, 53s59; 3. GABRIELFANTONI, Brésil, 53s92; JACOB PEBLEY, USA, 53s96; AUSTIN KATZ, USA, 54s17.

200 papillon : 1. DAYA SETO, Japon, 1’54s34 ; 2. LEONARDO DE DEUS, Brésil, 1’54s98 ; 3. ZACHARY HARTING, USA, 1’55s05 ; 4. DAVID MORGAN, Australie, 1’55s82; 5. MACK DARRAGH, Canada, 1’56s27; 6. YUYA YAJIMA, Japon, 1’56s33 (en série, 1’56s16). Finale B: 1. LUIZ ALTAMIR MELO, Brésil, 1’56s23. En séries: JOHN CONGER, USA, 1’55s18; JUSTIN WRIGHT, USA, 1’56s37.

Quatre fois 200 mètres: 1. USA, 7’4s36 (Andrew Seliskar, 1’46s75, Blake Pieroni, 1’47s63, Zachary Apple, 1’46s20, Townley Haas, 1’43s78); 2. AUSTRALIE, 7’4s70 (Clyde Lexis, 1’46s54, Kyle Chalmers, 1’46s73, Alexander Graham, 1’45s91; 3. JAPON, 7’8s07; 4. BRESIL, 7’11s65 (Fernando Scheffer, lance, 1’44s87); 5. CANADA, 7’18s25.

DAMES.- 100 mètres : 1. CATE CAMPBELL, Australie, 52s03 ; 2. SIMONE MANUEL, USA, 52s66 ; 3. RUCK TAYLOR, Canada, 52s72 ; 4. MALLORY COMERFORD, USA, 52s94 ; 5. RIKAKO IKEE, Japon, 53s14 ; 6. KAYLA SANCHEZ, Canada, 53s68 ; 7. SHAYNA JACK, Australie, 53s74 (en série, 53s61). Finale B : 1. EMMA MCKEON, Australie, 53s37. En série, MARGO GEER, USA, 54s02.

100 dos : 1. KYLIE MASSE, Canada, 58s61 (en série, 58s29, record des PanPacifics) ; 2. EMILY SEEBOHM, Australie, 58s72 ; 3. KATHLEEN BAKER, 58s83 (en série, 58s41); 4. REGAN SMITH, USA, 58s95 ; 5. KAYLEE MCKEOWN, Aus, 59s25; 6. NATSUMI SAKAI, Japon, 59s33. Finale B: 1. OLIVIA SMOLIGA, USA, 59s20. En série: ANNA KONISHI, Japon, 1’0s30.

200 papillon : 1. HALI FLICKINGER, USA, 2’7s35 (en séries, 2’7s05); 2. SACHI MOCHIDA, Japon, 2’7s66.

Quatre fois 200 mètres: 1. AUSTRALIE, 7’44s12 (Ariane Titmus, 1’55s27 ; Emma McKeon, 1’55s66; Mikkayla Sheridan, 1’56s72; Madeline Groves, 1’56s47); 2. USA, 7’44s37 (Allison Schmitt, 1’58s62; Leah Smith, 1’56s44; Kathryn McLaughlin, 1’55s47, Kathleen Ledecky, 1’53s84); 3. Canada, 7’47s28 (Ruck Taylor, 1’54s08 lancée); 4. JAPON, 7’48s96.

PANPACIFICS : RUCK TAYLOR PLAQUE LEDECKY ET CHASE KALISZ SE PAIE LA PEAU D’HAGINO

Éric LAHMY

Samedi 10 août 2018

Jeudi, les PanPacifics 2018 ont commencé au centre international de natation Tatsumi, à Tokyo, immense cathédrale futuriste (où se tiendront les épreuves aquatiques des Jeux de 2020.

A ces joutes « panpacifiques », les natations qui bordent le grand océan se rencontrent dans le même principe, finalement, que celui des Jeux méditerranéens. Mais pas à la même échelle, certes, et pas seulement parce que le Pacifique est soixante-cinq fois plus étendu que la modeste Mare Nostrum.

Invinciblement, on se surprendra à comparer ces PanPacifics avec les championnats d’Europe qui viennent de s’achever à Glasgow. La tentation est forte. L’Europe est une entité renaissante dans la natation d’élite. Elle a pris une part active, parfois prépondérante, aux débuts de la natation de compétition, à la frontière du 19e et du 20e siècle. Puis elle a été  balayée par les forces de l’Est (essentiellement le Japon) et de l’Ouest (Etats-Unis), puis du Sud (Australie).

La reconquête européenne n’a pas été chose facile. D’ailleurs, il n’y a pas dans le sport de suprématie qui ne soit pas contestée ardemment. C’est le principe même de la compétition. Et le fait est que les PanPacifics réunissent les trois natations dominatrices du siècle passé. Les USA qui furent presque tout le temps dans le coup. Les Australiens qui connurent des apogées sublimes et quelques descentes aux enfers. Les Japonais qui ont cessé de dominer dès après 1950, mais qui disposent d’une natation très vivace.

Mais je crois surtout que ces pays jouent un rôle fondateur dans ce qui pourrait être l’attitude natation. Les Japonais ont été les inventeurs de la technique la plus élaborée, il suffit pour s’en convaincre de se repasser les vieux films des nageurs des années 1930 ou encore de l’époque où Hironoshin FURUASHI pouvait distancer les champions occidentaux d’une ou deux longueurs de bassin sur 1500 mètres.

Mais ils étaient trop fermés, traditionnellement, dans leur île, et avec leur langue et leur écriture, pour essaimer. Ce sont les Américains, ce me semble, qui ont donné au sport son dynamisme et sa puissance, grâce, largement à l’ouverture au sport de l’université de ce pays et la prodigalité qu’ont démontré les cinquante Etats dans le désir de partager le savoir. La natation US n’a-t-elle pas été la plus pillée du monde, par ceux mêmes qui les disaient obsolètes ?

Mais ce sont les Australiens qui ont sans doute le mieux fixé et aidé à disséminer les principes fondateurs de la natation moderne.

Plus récemment les Européens ont joué une part considérable dans le renouvellement du « paradigme ». Certes, c’est malheureusement dans le vieux continent que le dopage a été le plus virulent, avec des porte-drapeaux méphitiques, en Allemagne et en Russie, en Roumanie. Ces méthodes contestables ont été exportées en Chine, avec le « succès » qu’on sait.

A côté de ça, il y a eu de jolies percées, moins discutables moralement, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Hongrie, aux Pays-Bas, parfois en Italie, et les natations féminines du nord de l’Europe n’ont pas attendu Inge DE BRUIJN, Sarah SJÖSTRÖM ou Pernille BLUME pour briller ; la natation féminine des Pays-Bas donna parfois la leçon dans les années 1930. La France a connu deux « pinacles », un en 1952, l’autre en 2012, qui se sont terminés par des redescentes moins remarquables!

Ce trop long préambule achevé, entrons dans le vif du sujet. Disons que les Etats-Unis, à Tokyo,  n’ont pas joué une partie facile au cours de la première journée. Ils ont cependant dominé, et remporté trois courses, le 200 mètres libre (Townley HAAS) et le 400 quatre nages (Chase KALISZ) messieurs ainsi que le 100 brasse (Liliane KING).

Le Japon s’en est sorti avec deux succès, celui de Yasuhiro KOSEKI sur 100 brasse messieurs, et celui de Yui OHASHI, nouvelle reine des quatre nages, sur 400 mètres. L’Australie n’a enlevé que le 4 fois 100 quatre nages mixte.

Le 200 a vu la défaite de Katie LEDECKY. Historique ? Peut-être. Mais le 200 n’est qu’un ajout fragile au « royaume » de LEDECKY, qui va du 400 au 1500 mètres. La championne olympique et du monde avait pourtant frappé fort en séries, dominant très largement, en 1’55s16.

Le soir, en finale, elle progressait… d’un centième de seconde, mais elle trouva deux adversaires suffisamment motivées et douées pour la faire plier. La Canadienne Ruck TAYLOR (que je me permets de présenter ici comme une des candidates les plus sérieuses à la place de meilleure nageuse mondiale de l’année) ne laissa à aucun moment LEDECKY dicter sa loi. La filiforme (1,83m, 60 kg) Ontarienne devançait la néo-professionnelle US (contrat maillot de 11 millions de dollars, croit-on savoir) aux virages des 50 (26s82 contre 27s03, 55s73 contre 55s85). LEDECKY baissa de rythme des cent aux cent cinquante (1’25s76) et c’est là que Ruck, sans accélérer le moins du monde, lui prit un mètre (1’25s13).

Ce n’est pas tout car aux 150, la Japonaise Rikako IKEE, qui était encore troisième (27s09, 56s15), venait asticoter LEDECKY, avant de la passer dans une dernière longueur où elle remonta même TAYLOR et ne fut pas loin de la menacer. Les deux premières « cassaient » les 1’55s, TAYLOR améliorait la tripotée de records – du Canada, du Commonwealth (qui lui appartenaient avec 1’54s81 depuis mars dernier) et des PanPacifics – en 1’54s44 et IKEE le record du Japon en 1’54s85.

Reprenons :

Ruck TAYLOR, 26s82, 55s73 (28s91), 1’25s13 (29s40), 1’54s44 (29s31).

Rikako IKEE, 27s09, 56s15 (29s06), 1’25s80 (29s65), 1’54s85 (29s05).

Katie LEDECKY, 27s03, 55s85 (28s82), 1’25s76 (29s91), 1’55s15 (29s39).

 

Chase KALISZ, sur 400 quatre nages, en se jouant des ténors japonais de ces dernières années, a confirmé que le patron, c’était lui. HAGINO a fini deux longueurs, SETO trois longueurs derrière !  

Les Américains ayant voté, et décidé qu’Andrew SELISKAAR avait été le champion des USA le plus étonnant le mois dernier à Irvine, SELISKAAR a rectifié la donne et s’est laissé battre ici de 0s18 sur 200 mètres par Townley HAAS, qui avait été le favori battu de cette course. Kyle CHALMERS, 9e des séries, n’a pas existé.

MESSIEURS.- 200 mètres: 1. Townley HAAS, USA, 1’45s56; 2. Andrew SELISKAAR, USA, 1’45s74; 3. Katsuhiro MATSUMOTO, Japon, 1’45s92; 4. Fernando SCHEFFER, Brésil, 1’46s12; 5.  Alexander GRAHAM, Australie, 1’46s50 (en série, 1’46s35). Finale B : 1. Blake PIERONI, USA, 1’46s68. En série, Zacchary APPLE, USA, 1’46s56.

100 m brasse: 1. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 59s08 ; 2. Jake PACKARD, Australie, 59s20; 3. Joao GOMEZ Jr, Brésil, 59s60; 4. Andrew WILSON, USA, 59s70 ( en série, 59s42); 5. Lizhuo WANG, Chine, 59s76 (en série, 59s50); En série, Michael ANDREW, USA, 59s55.

400 4 nages: 1. Chase KALISZ, USA, 4’7s95; 2. Kosuke HAGINO, Japon, 4’11s13 ; 3. Daya SETO, Japon, 4’12s60 (en série, 4’12s49); 4. Jay LITHERLAND, USA, 4’12s87; 5. Lewis CLAREBURT, Nouvelle-Zélande, 4’14s27; 5. Brandonn ALMEIDA, Brésil, 4’14s53. En série: Sean GRIESHOP, USA, 4’14s27.

DAMES.- 200 mètres: 1. Ruck TAYLOR, Canada, 1’54s44; 2. Rikako IKEE, 1’54s85 (record du Japon); 3. Katie LEDECKY, USA, 1’55s15 ; 4. Allison SCHMITT, USA, 1’56s71 (en série, 1’56s36) ; 5. Kayla SANCHEZ, Canada, 1’57s23; 6. Mikkayla SHERIDAN, Australie, 1’57s48; 7. Chihiro IGARASHI, Japon, 1’57s83. Finale B: 1. Kathryn MCLAUGHLIN, USA, 1’57s34 (en série, 1’56s88). En série, Leah SMITH, USA, 1’56s81 ; Mallory COMERFORD, USA, 1’57s48; Gabrielle DELOOF, USA, 1’57s86; Kathryn DRABOT, USA, 1’58s09.

100 mètres brasse: 1. Lillia KING, USA, 1’5s44 ; 2. Jessica HANSEN, Australie, 1’6s20; 3. Reona AOKI, Japon, 1’6s34; 4. Satomi SUZUKI, Japon, 1’6s51; 5. Micah SUMRALL, USA, 1’6s56 (en série, 1’6s44). Finale B : 1. Bethany GALAT, USA, 1’6s41. En série, Katie MEILI, USA, 1’6s64.

400 m 4 nages : 1. Yui OHASHI, Japon, 4’33s77 ; 2. Melanie MARGALIS, USA, 4’35s60 ; 3. Sakiko SHIMIZU, Japon, 4’36s27. 

MIXTE : 4×100 4 nages : 1. AUSTRALIE, 3’38s91. A noter les 100 dos de Ryosuke IRIE, en 52s83, et de Kathleen BAKER, en 59s29, et Cate CAMPBELL, 50s93 lancée en crawl.

UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE… ET PLUS PARTICULIÈREMENT TRÈS ITALIENNE

UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE… ET PLUS PARTICULIÈREMENT TRÈS ITALIENNE

Éric LAHMY

Vendredi 10 Août 2018

Les épreuves de natation des championnats d’Europe 2018 se sont achevées à Glasgow. Collectivement, la Russie a devancé les Britanniques et les Italiens.

Les Français se sont relativement bien défendus et ont été plus présents que d’aucuns ne l’imaginaient au plan des finales.

Mehdy METELLA a défendu, seul, l’honneur de l’équipe masculine, et s’il n’a pas gagné, il s’est montré, si l’on peut se permettre l’expression, solide en défense.

Charlotte BONNET n’a pas déçu les attentes. Elle a gagné le 200 libre avec autorité, enlevé le bronze sur 100 libre et a été l’inspiratrice des relais dont l’état était pathétique au sortir des Jeux olympiques. Son action dans la victoire sur 4 fois 100 mètres est à tous points de vue fondatrice, qui nous rappelait le magnifique comportement de Camille MUFFAT.

Dans cette dernière journée, les aventures de Sarah SJÖSTRÖM se sont achevées heureusement. La Suédoise épingle un énième titre européen, sur 50 papillon cette fois. Sarah est loin de son record du monde, 24s43, établi maintenant voici quatre ans. Mais avec ses 25s16 de la journée, elle devance d’un bon mètre la Danoise Emilie BECKMAN et la Belge Kimberley BUYS, 25s72 et 25s74. Mélanie HENIQUE, 25s84, est 5e, devant Ranomi KROMOWIDJOJO qui n’a donc rien gagné à préférer ce 50 papillon au 100 libre. La double championne olympique néerlandaise de Londres, en 2012, qui fêtera ses vingt-huit printemps le 20 août, est loin de sa forme de l’été dernier. Décadence ou rupture avant de se relancer vers une quatrième campagne olympique ?

BEN PROUD DEVANT CAELEB DRESSEL ET FLORENT MANAUDOU

Passons à Ben PROUD ? Ce fier Britannique de 23 ans, bâti comme un Dreadnough (cuirassé), est-il la réponse européenne à Caeleb DRESSEL et à Michael ANDREW ? Il n’y a rien de mieux, en tout cas, sur le continent. PROUD n’est pas toujours très régulier (dans une course il est vrai incertaine), il établit un record des championnats en demi-finales, avec 21s11, puis il est un peu fragilisé en finale où il gagne certes, mais seulement en 21s34, d’un rien, dix centièmes, devant le Grec d’origine bulgare Kristian GKOLOMEEV, tandis que l’Italie place Andrea VERGANI sur ce podium de véloces. Avec son 1,78m pour 70kg, VERGANI n’en rejoint pas moins sur l’estrade, destroyer parmi les dreadnoughs, les 1,91m de PROUD et le 1,98m de GKOLOMEEV.

Les 21s11 de PROUD lui donnent le 50 mètres le plus rapide de l’ère textile (Florent MANAUDOU, par exemple, avait amené son record à 21s19, Caeleb DRESSEL a nagé 21s15). Les records sont détenus depuis 2009 par Cesar CIELO et Frédérick BOUSQUET avec 20s92 et 20s94.

PROUD, peut-être en raison de sa structure physique – ou de son enthousiasme dans le travail au sol – est un bloc de muscles de 92kg pour 1,91m, une version légèrement réduite de Florent MANAUDOU et de ses 102kg pour 1,99m. Ces caractéristiques, sans doute, mais très certainement aussi ses programmes d’entraînement, jouent dans le fait qu’il est beaucoup moins causant sur 100 mètres (48s52 quand même). PROUD a eu, en outre, une vie de nageur assez intéressante. Comme beaucoup plus de Britanniques qu’on ne le sait chez nous, il a prospéré loin des côtes d’Albion. Il a passé sa prime jeunesse à Kuala Lumpur, fut champion de Malaisie alors qu’il n’avait pas quinze ans et nagea à Phuket alors que la destination était encore mal connue des nageurs en mal d’exotisme. Entraîné à partir de seize ans à Plymouth par John RUDD, il a rejoint depuis l’Energy Standard, en Turquie.

PIERO CADIA ET MEHDY METELLA SUR LES AILES DU PAPILLON

Après la Deuxième Guerre mondiale, feu l’empire français a donné ses meilleurs nageurs à la France. Entre David WILKIE et Ben PROUD, l’empire britannique continue de fournir…

Sur 100 mètres papillon, Mehdy METELLA a encore trouvé un super pour le devancer. La « gagne » revient à l’Italien Piero CODIA. A vingt-huit ans, CODIA n’a rien d’une révélation, plutôt la révélation d’une équipe transalpine particulièrement en verve et qui ne le cède en termes de succès que face à la puissante Russie et aux Britanniques très désireux de briller sur leur sol. CODIA s’est qualifié encore plus douloureusement que METELLA, en dernière place pour tout dire, et il hérite de la ligne 8. En finale, il ne fait pas les choses à moitié, et il gagne très largement, frôlant en 50s64 le record d’Europe, 50s62, de Kristof MILAK, lequel représente certainement la déception de cette course, où James GUY, en 51s42 contre 51s51, l’éjecte de la troisième place du podium.

Le papillon s’est donc gagné par les ailes, car METELLA, 2e, nageait, lui, à la ligne un, tandis que Laszlo CSEH, qui évoluait à la ligne 4, celle des vainqueurs, finit bon dernier… C’est ce qui s’appelle : être pris en tenaille. Et les derniers seront les premiers, n’est-il pas vrai.

MARGHERITA PANZIERA EFFACE KRISTINA EGERSZEGI

Le 200 dos dames a offert aux championnats d’Europe une bien belle championne : Margherita PANZIERA, qui s’est jouée de la concurrence incarnée par un bloc du centre et de l’Est impressionnant. PANZIERA n’a pas traîné en route, elle a mené sa barque et la course avec une superbe énergie et Daria K USTINOVA, qui pouvait passer pour la favorite, a bien été contrainte de la laisser partir. PANZIERA a l’air toute fluette, et elle n’est certes pas épaisse, mais mesure son 1,80 (pour 65kg, annonce sa biographie de la Fédération italienne).

Les Italiens nous disent qu’elle est fiancée à Simone RUFFINI, champion du monde des 25 kilomètres en 2015, remarquable par ailleurs par sa coiffure de Huron sur le sentier de la guerre (ce qui, associé à ses lunettes de myope sur le nez, est d’un très bel effet).

Quoiqu’il en soit, PANZIERA, dans une forme éclatante, se qualifie aisément, et améliore un vieux record des championnats, celui qu’établit avec 2’6s62 en 1991 Kristina EGERSZEGY. PANZIERA n’était pas même alors un songe de ses parents ! Elle qui a fêté avec éclat et trois jours d’avance son 23e anniversaire (étant née le 12 août 1995) avait brillé jusqu’ici au niveau des Jeux méditerranéens. La voici qui accède à la cour des grands.

SIMONA QUADARELLA EST BIEN LA REINE DU DEMI-FOND EUROPEEN

Au niveau italien, PANZIERA ne le cède que face à Simona QUADARELLA, laquelle, forte de victoires décisives sur 1500 et 800, s’empare maintenant du 400 mètres comme pour parachever une grande journée pour les vert blanc rouge. Elle doit maîtriser pour cela les seize ans de la Magyar Ajna KESELY, laquelle mène jusqu’à l’approche du dernier virage, et résiste jusqu’au bout : QUADARELLA l’emporte en 4’3s35 contre 4’3s57, et s’impose avec trois titres individuels de nage libre (et surtout le doublé 400-1500) comme la grande nageuse de ces championnats d’Europe avec SJÖSTRÖM bien entendu.

Quarante ans après son père, Zoltan, David VERRASZTO écume le 400 quatre nages. Zoltan avait été recordman du monde, médaillé olympique. David est champion d’Europe. Il a évincé à la loyale son seul rival de la finale, le Britannique David LITCHFIELD, d’un bras, en 4’10s65 contre 4’11s

Dans le relais quatre nages, forts de l’arme absolue que représente Adam PEATY, les Britanniques ont plié une équipe russe, desservie par une contre-performance de CHUPKOV en brasse – 1’0s4 lancé alors qu’il a nagé 59s au start – , et terminé en 3’30s44, battant le record des championnats, établi avec 3’31s32 par les Français en 2010 !

GLASGOW: CHARLOTTE BONNET SE BRONZE ET LE DOS RUSSE NE CESSE DE SE DORER

Éric LAHMY

Jeudi 9 Août 2018

Deux grandes finales de nage libre se jouaient à Glasgow ce mercredi, avant-dernier jour des courses en piscine des championnats d’Europe de natation. Le 800 mètres messieurs et le 100 libre dames. L’épreuve du 800 est en soi superflue, selon moi, car entre le 400 et le 1500, elle emprunte des deux épreuves, et il est pratiquement impossible qu’elle ne tombe pas dans l’escarcelle du vainqueur de l’une de ces deux courses.

Elle n’a jamais été disputée dans les Jeux olympiques ni ailleurs, sans doute parce que le mouvement olympique, qui cherchait à contenir le programme dans certaines limites, veillait et peut-être aussi que la FINA notait son ambiguïté, ou, si vous préférez, sa double appartenance technique et physiologique.

Bien entendu, ces limitations si, comme je le crois, elles existent, ne concernent pas les nageurs. Ou du moins elles ne remettent pas leur valeur en jeu.

Mais dès avant la course, je savais, non pas parce que je suis malin, mais parce que cela ne représente aucun mystère, que le vainqueur du 800 serait soit Mykhaylo ROMANCHUK, soit Florian WELLBROCK, qui avaient triomphé respectivement sur quatre et quinze.

A la vérité, quelqu’un a un peu brouillé les cartes, et c’est l’Italien Gregorio PALTRINIERI, tenant du titre européen (7’42s30 à Londres le 20 mai 2016). Gregorio, après son échec du 1500 mètres ici même à Glasgow, trois jours plus tôt, avait expliqué qu’un rhume l’avait diminué. A-t-il partiellement retrouvé la santé ? Toujours est-il que les médaillés du 1500 se sont retrouvés dans un certain désordre dans le 800.

ROMANCHUK l’a emporté, et on peut donc dire que l’Ukrainien est le grand vainqueur du demi-fond à Glasgow, avec deux succès, sur 400 et 800, et une deuxième place sur 1500m.

La course a commencé par un magnifique baroud signé Henrik CHRISTIANSEN. Derrière chaque nageur, se niche une histoire et il est dommage de ne pouvoir conter les plus belles. Stéphane LECAT nous en parlait l’hiver dernier, et estimait avec raison, je pense, qu’elles devraient être connues.

La natation est une aventure humaine. Pour résumer celle de CHRISTIANSEN en deux anecdotes, on dira qu’il a préféré la natation au théâtre, son autre hobby ; et qu’il a refusé des bourses d’études de Stanford et de Berkeley pour nager en Norvège, où il estime disposer des meilleures conditions de succès…

Déjà médaillé de bronze européen à deux reprises, sur 400, en 2015 et à Glasgow en 2018, le Norvégien a fait preuve de panache, et il a conservé les commandes jusqu’après le virage des 400 mètres. PALTRINIERI lui tenait compagnie et en vérité, CHRISTIANSEN n’avait alors lâché aucun des gros bras.

ROMANCHUK accéléra imperceptiblement et passa en tête. WELLBROCK changea également de rythme mais ne put maintenir la pression, et se retrouva à une longueur de PALTRINIERI qui alignait quatre longueurs consécutives en 29s09, 29s08, 29s08 et 29s09. Mais à moins cent cinquante mètres, ROMANCHUK enclencha la vitesse supérieure. Il l’emportait de trois mètres, en 7’42s96. PALTRINIERI, 2e en 7’45s12, devait défendre jusqu’au bout son argent des griffes de WELLBROCK.

PALTRINIERI équilibra parfaitement sa course en deux moitiés de 3’52s77 et 3’52s35, mais ROMANCHUK effectua un negative split plus accentué, 3’52s44 et 3’50s52. Damien JOLY, pour sa part, ne put décrocher de la 7e place.

FEMKE HEEMSKERK NE VEUT PLUS ÊTRE MALHEUREUSE ET BAT CHARLOTTE BONNET POUR L’ARGENT

Les Français attendaient avec intérêt le 100 mètres libre dames, où ils espéraient un exploit de Charlotte BONNET. La Niçoise est connue pour sa régularité, son ambition et par son remarquable comportement en compétition. Donc de ce côté-là, on eut été étonné de la voir défaillir. Mais les capacités des meilleurs compétiteurs ne vont pas jusqu’à contrôler leurs adversaires. Les événements semblaient favoriser une médaille française. Ranomi KROMOWIDJOJO, la double championne olympique du sprint des Jeux de 2012, anxieuse de ne pas retrouver sa grande forme de l’été dernier, quand elle s’en venait chatouiller de près la grande SJÖSTRÖM, avait abandonné ses chances sur l’épreuve reine afin de poursuivre une chance qu’elle jugeait meilleure sur 50 papillon. Et Pernille BLUME avait grillé ses atouts dans une étrange tentative de record du 50 dans la première partie de son 100 mètres de la demi-finale.

Bien entendu, SJÖSTRÖM, sauf tremblement de terre ou chute de météores sur Glasgow, était à peu près imprenable. Il restait Frederike HEEMSKERK. La charmante Néerlandaise, on le sait, eut été l’une des meilleures nageuses de son temps si elle n’avait pris l’habitude d’être trahie par ses nerfs. C’est sans doute vachard à dire, mais on comptait un peu là-dessus pour que BONNET s’argente.

Sans doute à tort. Federica PELLLEGRINI, il y a trois jours, citée par la presse de son pays, expliquait que désormais elle donnait, dans sa profession de nageuse, la priorité au plaisir. « Même HEEMSKERK me disait qu’elle ne voulait plus jamais finir une course et sortir de l’eau sans être heureuse, » ajoutait « la divina », prenant exemple sur la Batave.

Est-ce pour cette raison que Charlotte a fini 3e? SJÖSTRÖM gagnait nettement, en 52s93, tandis que la Néerlandaise (25s55, 53s23) et la Française (25s63, 53s35) restèrent sur la même ligne quasiment tout du long… Sur la fin de sa course, BONNET fut accrochée par la Britannique Freya ANDERSON, 16 ans, dont les 53s61, record d’Europe junior, restent assez distants du record du monde junior de Penelope OLEKSIAK (52s70).

Les commentateurs n’ont pas manqué de noter que SJÖSTRÖM domina moins ce 100 mètres que prévu. Mais ils n’avaient pas, eux, à nager, vingt-sept minutes plus tard, une demi-finale de 50 mètres papillon. SJÖSTRÖM, elle, devait la nager, et il se pourrait bien qu’elle n’a dominé le 100 « que » de 0s30 et sa demi de papillon, devant Mélanie HENIQUE, de « seulement » dix-sept centièmes pour cette seule raison…

Evgeny RYLOV est le champion du monde en titre du 200 mètres dos. En 2017, il a battu l’Américain MURPHY (1’54s21) et s’est emparé du record d’Europe (1’53s61). Ce record, il l’a amélioré dans une course où il s’est donné à fond. Au virage des cent mètres, en 54s78, il disposait de 2s45 d’avance sur le Polonais Radoslaw KAWECKI, qui allait enlever l’argent. Ses temps cassés, 26s89, 27s89, 29s34 et 29s24 pour un temps final de 1’53s36 donnent une indication sur sa fatigue terminale. Au bout du compte, le dos russe est très impressionnant : tous les titres masculins, or du 100 dos et argent du 50 dos féminin (le 200 dos, dont USTINOVA est une des favorites,  n’est pas joué).

Difficile de faire mieux…

Après son triomphe sur 400 quatre nages, Fantine LESAFFRE représentait une équation inconnue, avant la finale du 200 quatre nages. En fait, dépassée autant en papillon qu’en dos, elle passa la première moitié de sa course en 7e position. Elle parvint à reprendre une place en brasse, une autre en crawl, ne perdant plus rien sur HOSSZU à l’addition dans ces secteurs, mais c’était remonter de trop loin. HOSSZU devança d’un rien (2’10s17 contre 2’10s25) Ilaria CUSINATO, que LESAFFRE avait battu dans son 400. La Française améliorait son record personnel en 2’11s71 contre 2’12s26, et on l’imagine très satisfaite de son comportement à Glasgow.

Toujours côté français, Mélanie HENIQUE et Mehdy METELLA gagnaient des places de finalistes respectivement sur 50 et 100 papillon…

Ah ! Oui, La France remportait le quatre fois 100 mètres mixte devant les Pays-Bas et la Russie. Cocorico !

LE QUATRE FOIS 200 DE CHARLOTTE AND CO A DEUX CENTIEMES DE SE BRONZER

Éric LAHMY

Mardi 7 Août 2018

Sur 1500 mètres, Simona QUADARELLA impose ses dix-neuf ans en 15’51s61, devant Sarah KOEHLER, record allemand, 15’57s85, et la toute jeune Hongroise Ajna KESELY, qui aura seize ans jusqu’en septembre prochain… Trois jours plus tôt, QUADARELLA a archi-dominé le 800 mètres en 8’16s45. La fine et légère Italienne confirme sa médaille de bronze des mondiaux de Budapest, l’an passé. Elle y avait été la deuxième Européenne, derrière BELMONTE en 15’53s86 contre 15’50s89 à l’Espagnole, record ibérique. C’est surtout sur 800 qu’elle a progressé par rapport à Budapest, où elle s’était « contentée » d’un temps de 8’26s50. On est loin de la petite Quadarella, cinquième aux Europe de Londres, 16’22s64…

NI HOSSZU NI NIELSEN MAIS FESIKOVA

Au 100 dos, c’est quoi la nouvelle ? La disparition D’HOSSZU du podium ? Le triomphe de la Russe Anastassia FESIKOVA, 28 ans, devant une autre ancienne, la Britannique Georgia DAVIES, 59s19 contre 59s36 ? La Hongroise est devancée de trois centièmes par Carlotta ZOFKOVA, 59s61 contre 59s64. Pour d’autres, c’est la défaite de Mie NIELSEN, co-championne d’Europe 2014 avec HOSSZU (59s63), vainqueur de HOSSZU deux ans plus tard à Londres, 58s73 contre 58s94, est une autre grande battue. C’est donc la tenante tu titre, mais elle termine ici 6e, devancée aussi par la deuxième Italienne, Margherita PANZIERA…

L’âge élevé du podium fait qu’on ne peut parler de renouvellement!

Sur 200 brasse, Julia EFIMOVA gagne, comme elle l’a fait sur 100 brasse. No comment: elle est la meilleure.

Dans le 200 messieurs, le Lituanien Danas RAPSYS tente un coup de force ; il passe, loin devant tout son monde, en 24s03 et 50s83. Craint-il le finish de Duncan SCOTT. Il doit pourtant s’y plier. L’Ecossais le rejoint dans la troisième longueur. Tous deux virent ex-aequo, 1’18s47. SCOTT, finish britannique oblige, vaincra nettement, en 1’45s34 contre 1’46s07.

Le record des championnats, 1’44s89 en 2002 par Pieter VAN DEN HOOGENBAND, n’a pas souffert. Mais où sont les grands nageurs de 200 d’antan, les VAN DEN HOOGENBAND, les PHELPS, les THORPE, les AGNEL ?

Les affaires de la France avancent pendant ce temps. Sur 100 mètres dames, le matin, la 4e série est une affaire franco-française; Charlotte BONNET, en 53s90, devance Marie WATTEL, 54s59. Toutes les deux sont qualifiées pour la suite; tout de suite après, Pernille BLUME flingue dru, laissant HEEMSKERK et PELLEGRINI plus ou moins à hauteur de son battement, et confirmant en 52s97 son statut de rivale numéro un de SJÖSTRÖM. Celle-ci, dans l’ultime série, fait joujou, pour finir avec ses rivales, en 53s45.

PERNILLE BLUME LANCE LE DEMI-PRESSION QUI FAIT PSCHITTT

L’après-midi, se jouent les demis. Demis pression, convient-il de dire ! Une pression dont BLUME est à la fois l’instigatrice et la victime surprise. Elle passe en… 23s98, ce qui doit être son record personnel sur 50 mètres et… finit comme elle peut, pour tout dire pas très bien.

La Danoise explique qu’elle voulait battre le temps de SJÖSTRÖM à ces championnats d’Europe de Glasgow. Le 4 août, la Suédoise l’a battue d’un poil, 23s74 contre 23s75. BLUME s’est mis en tête une idée improbable, celle de prendre une sorte de revanche en améliorant ce temps ! C’est courir deux lièvres à la fois et les perdre tous deux, car d’abord BLUME n’a pas réussi à nager en 23s74 ou en-dessous, et ensuite elle s’est obligée, pour finir plus vite « son » 50, à toucher le mur à la main, perte de temps, ce qui lui a donné un virage de débutante ; apothéose, elle a raté finalement la qualification en finale, finale dont elle eut été favorite à égalité avec SJÖSTRÖM et, les Français me pardonnent, devant BONNET…

BLUME s’est-elle référée, en essayant son truc, à la course de Cate CAMPBELL de 2015, quand elle tenta de battre (et réussit) le record du monde du 100 mètres en petit bassin au cours d’un 200. Ce soir là, Cate nagea le premier 100 mètres en moins de 51 secondes, avec 50s91, puis finit son 200 en souplesse. Mais elle avait averti son coach Simon CUSACK, puis, dans la chambre d’appel, les filles qu’elle allait rencontrer. De plus c’était une course strictement australienne et non un match international.

Autant dire que ce précédent ne pouvait faire référence pour l’exploit de BLUME!

…Dommage donc pour l’équipe danoise, pour BLUME elle-même qui s’est tirée, selon l’expression une balle dans le pied, comme pour l’éclat de cette finale, après la décision de KROMOWIDJOJO de négliger le 100 pour tenter sa chance sur 50 papillon. Tant mieux pour Charlotte BONNET, Hemke HEEMSKERK… Marie WATTEL se qualifie en 54s12. SJÖSTRÖM, elle, dans la 1ère série, s’est baladée en 52s67. Classe à part ? Sans doute !

LE COACH DANOIS ASSEZ MÉCONTENT DE LA PETITE FANTAISIE DE PERNILLE BLUME

Si Pernille n’avait pas l’air mécontente de son coup raté, on ne peut pas dire qu’elle a obtenu un franc succès auprès des techniciens danois ni peut-être des media au Danemark.

Dean BOLES, l’entraîneur national (canadien) du Danemark s’est montré particulièrement sévère. On le comprend, car c’est dans son rôle, et ce n’est pas en couvrant ce genre de fantaise qu’il a amené la natation ontarienne au niveau actuel. Il a déclaré à la télévision nationale qu’en agissant ainsi, BLUME s’était isolée de la compétition en choisissant de privilégier des objectifs personnels qui ne faisaient pas partie du programme. En agissant ainsi, a-t-il ajouté, elle « s’était exclue de l’équipe. » Pernille n’avait averti personne de sa tentative (et surtout pas Charlotte BONNET, qui nageait dans la ligne d’eau adjacente, et avait l’air assez intriguée, à l’arrivée de sa course !?)

Ce qui est sûr, c’est que sa lubie prive le Danemark d’une médaille quasi-assurée, voire d’un possible titre européen.

 FANTINE SUR 200 QUATRE NAGES: MOINS FACILE QUE SUR 400.

Je me suis pas mal cassé la tête depuis un jour ou deux à essayer de deviner ce que Fantine LESAFFRE valait sur 200 quatre nages après son triomphe sur la distance double. Résultats ? Pas terrible. Mes cogitations valaient à peu près autant que l’inspection du foie des volailles ou l’observation du vol des oiseaux par un haruspice étrusque ! Trop d’éléments en jeu.  

Toujours est-il qu’elle s’est qualifiée un peu dans la douleur, ce mardi de Glasgow. 5e de sa demi, 8e au classement général, elle nagera à l’extérieur, ce qui n’est pas forcément un handicap.

KOLESNIKOV PIÉGÉ PAR LA REGLE DES DEUX NAGEURS PAR PAYS

– En dos, le meilleur nageur du monde est viré de la finale ! Dès les séries, Kliment KOLESNIKOV se laisse déborder par son compatriote Grigory TARASEVICH et se retrouve piégé par la règle des deux nageurs par nation. Après un championnat de grande classe, record du monde du 50 et titre du 100 dos, il passe à la trappe ! Le grand garçon (à qui je trouve un faux air de Stephan Caron au même âge) survivra à cette avanie.

Réflexion faite, cette règle est anormale. Elle est assez aberrante. Le nageur d’une grande équipe est contraint à disputer une deuxième compétition dans la compétition…

En séries du 800 mètres, gag, Sergi FROLOV et Victor JOHANSSON, 8e ex-aequo en 7’54s31. Un barrage sur 800 mètres ?

Dans ces mêmes séries, PALTRINIERI, qui a invoqué un rhume pour justifier sa légère contre-performance du 1500, joue ici le lièvre de luxe dans la première série ; par cet effet, les cinq meilleurs qualifiés, dont notre Damien JOLY, appartiennent à cette série. WELLBROCK, le vainqueur du 1500 mètres, nagera à la 7, ce qui ne constitue certes aucun handicap…

Qualification des Françaises sur 4×2. Gros coup de moins vite de Marie WATTEL, 2’3s28 lancée dans son relais ! Elle a relâché son effort. Malgré cela, compte tenu qu’il y a quatre ou cinq relais de valeur en Europe, on se qualifie 4e… Les Italiennes ne se sont pas présentées au départ. PELLEGRINI s’est qualifiée sur 100 pour les demis et, les Italiens l’ayant sortie de la naphtaline, on l’a entraperçue dans un relais quatre fois deux mixte, en 1’56s76 lancée…

Etonnamment, car « sur le papier » leur relais vaut largement le Français, avec PELLEGRINI, Stefania PIROZZi, 1’59s71, Linda CAPONI, 1’59s74, Margherita PANZIERA, 2’0s21 (aux championnats d’Italie). Mais le relais est un peu victime du programme FINA où les épreuves se bouffent les unes les autres. Et PELLEGRINI nage le 100…

En finale, les Françaises paraissent devoir monter sur le podium, elles sont même en tête quand Assia TOUATI plonge, mais les Britannique, les Russes et les Allemandes ont mis leurs gros bras pour finir…et l’or se changea en argent, puis en bronze, puis, pour deux centièmes, en… chocolat, parait-il.  Je me demande si BONNET placée en dernière position n’aurait pas trouvé les ressources pour assurer une breloque… On ne saura jamais.

CHARLOTTE BONNET CHAMPIONNE D’EUROPE, CHANGE DE STATURE, FABRICE PELLERIN RETROUVE SON DOIGTE DANTAN

Éric LAHMY

Lundi 7 Août 2018

Charlotte BONNET est devenue championne d’Europe du 200 mètres. On s’attendait à un duel serré avec la Néerlandaise HEEMSKERK, mais la Niçoise a obtenu le verdict plus facilement que prévu. HEEMSKERK a vite été débordée par l’attaque immédiate de la Française qui se portait seule en tête sans attendre. Charlotte se retrouvait au virage en 26s72 et la course s’étirait déjà ; HEEMSKERK, presqu’une mètre derrière (27s27), disposait elle d’une avance équivalente sur la Russe Anastasia GUNZHENKOVA et la Britannique Eleanor FAULKNER, 27s74 et 27s76. BONNET ne fut jamais rattrapée, elle eut la course en main du début à la fin tandis qu’HEEMSKERK eut un mal fou à défendre l’argent que tenta GUZHENKOVA de lui ravir à l’issue d’un retour robuste.

Charlotte accroissait constamment son avance et héritait à la fin de son parcours d’un nouveau record personnel, mais aussi d’un record des championnats, avec 1’54s95. Comme le dit record des championnats était la propriété de Sarah SJÖSTRÖM, avec 1’55s30, depuis Londres 2012, on peut suggérer que Charlotte BONNET, hier soir, venait d’accéder à un niveau qui, malgré des années d’efforts, lui échappait jusqu’ici…

Il est vrai qu’elle n’était vraiment pas loin, en une sorte d’antichambre de la plus haute valeur, en-dessous des PELLEGRINI, FRANKLIN, MUFFAT, SCHMITT et autres LEDECKY (voire, par éclipses, SJÖSTRÖM, qui, par rapport à l’épreuve, passait de phases d’adhésion à d’autres de réluctance – et qui a fini par abandonner la distance pour se recentrer sur le sprint, avec le bonheur qu’on sait.)

Avec ses 1’54s95 (26s72, 55s87, 1’25s59) et donc le passage sous les 1’55s, BONNET n’est plus devancée, sur le papier, que par trois filles, les deux premières des Commonwealth Games de Gold Coast, la Canadienne Taylor RUCK, 1’54s81, l’Australienne Ariarne TITMUS, 1’54s85 et, last but not least, Kathy LEDECKY, 1’54s60 aux championnats US d’Irvine. LEDECKY dont le profil de course est très proche de celui de la Française : 26s90, 55s77, 1’25s04…

En attendant les courses des PanPacifics, dont on voit mal ce qu’elles pourraient changer à la hiérarchie, l’élève de Fabrice PELLERIN à Nice entre donc, à 23 ans, dans un Gotha renouvelé de l’épreuve. A condition de garder la santé et de conserver son enthousiasme, elle devient également une concurrente respectée des championnats du monde 2019. Mais n’anticipons pas…

PELLERIN n’en restait pas là puisque le Suisse Jeremy DESPLANCHES, qu’il entraîne, enlevait le 200 quatre nages. C’était prévu, disaient d’aucuns, mais il fallait le faire. Des coaches comme des nageurs, on aimerait croire que le talent ne s’efface pas. Mais il est bon de se le prouver de temps en temps, et Glasgow marque peut-être un GRAND retour!

BONNET COMME LESAFFRE OU ALYS THOMAS: LE TALENT VAGABOND

Le succès de BONNET (née en 1995), comme trois jours plus tôt celui de Fantine LESAFFRE (née elle en 1994) sur 400 mètres quatre nages, mettait en avant un genre de nageuse à éclosion tardive, au rebours d’un schéma classique de talent précoce, parfois de façon phénoménale, illustré chez nous par Laure MANAUDOU ou Camille MUFFAT, ailleurs par Missy FRANKLIN, Ruta MEILUTYTE ou Katie LEDECKY.

Le cas de LESAFFRE est plus frappant, car BONNET était déjà qualifiée aux Jeux de 2012, comme relayeuse, à 17 ans donc, et frappe par sa maturation lente mais régulière, tandis que l’arrivée de LESAFFRE au sommet du quatre nages emprunte à la soudaineté d’un tsunami.

Le phénomène n’est pas QUE français et la meilleure illustration en est Alys THOMAS, Galloise aux yeux pâles, qui a terminé 3e du 200 mètres papillon, hier. THOMAS se révèle au « top » dans sa 28e année, un record dans son genre ! Née le 10 octobre 1990 à Isleworth, dans le Grand Londres, elle a nagé ses 3e Jeux du Commonwealth sous les couleurs du pays de Galles, dont la devise, comme chacun sait, est Y Ddraig Goch Ddyry Cychwyn, Cymru am byth ((le Dragon rouge inspire l’action, pays de Galles pour toujours) !

Jusqu’à 2017, THOMAS ne s’était en rien distinguée, et si elle nageait les Commonwealth de préférence à toutes les autres compétitions, c’est que les particularités de la Grande-Bretagne font surgir à l’occasion de ces Jeux des équipes d’Angleterre, d’Ecosse, etc., et qu’Alys trouvait sa place dans celle du pays de Galles. Cette année, elle est devenue la fille qui a « détruit » Laura TAYLOR et Emma McKEON à Gold Coast aux Commonwealth sur 200 papillon, et en 2’5s45 s’il vous plait. Résumé de sa carrière : première médaille sur 200 papillon à 9 ans. Première médaille internationale sur 200 papillon à 27 ans…

C’est sous les couleurs de la Grande-Bretagne, qu’elle évoluait ce week-end européen à Glasgow.

THOMAS, à Gold Coast, ce jour d’avril dernier, n’a rien vu de la course. Ses lunettes se sont embrumées et c’est dans le brouillard et sans pouvoir se situer dans la course qu’elle a effectué ses deux allers-et-retour de bassin…

Ce qui nous a valu l’expression de surprise, comme une décharge électrique, à l’arrivée, quand Alys découvre qu’elle a gagné ! Elle n’en revient pas, « Ah ! Est-ce possible, » c’est Alys au pays des merveilles !

Pourquoi celle qui fut une bébé nageuse, rattachée ensuite à cinq ans à un club, a-t-elle attendu si longtemps avant d’exploser ?

D’abord, elle a suivi de solides études (psychologie) à l’Université de Swansea, alternant des années dédiées à son cursus, d’autres où elle panache avec le sport, d’autres enfin, pour les Jeux du Commonwealth, où elle a appuyé sur le sport. Ensuite, elle a été blessée (à un bras), ce qui ne l’a pas rendue opérationnelle pendant un certain temps.

L’ENERGIE RUSSE, C’EST UNE ENERGY STANDARD

A Glasgow, elle a nagé en-dessous de sa valeur des Commonwealth et été devancée par Boglarka KAPAS et la Russe Svetlana CHIMROVA. KAPAS est l’antithèse d’Alys. En 2010, elle avait gagné la course des Jeux olympiques de la Jeunesse, à Singapour en un peu plus de 2’8s. Talent précoce, elle a ensuite vagabondé avec talent sur 400 et 800 libre. Là, elle est retournée à ses premières amours.

Les Russes Kliment KOLESNIKOV et Evgueny RYLOV ont réalisé le doublé qu’on attendait d’eux sur 100 dos. KOLESNIKOV s’est déchaîné sur 50 mètres puis il a contrôlé. En 52s53, une fois n’est pas coutume, il n’a battu aucun record, ni du monde junior, ni d’Europe junior, et il a laissé tranquille les sommets mondial de Ryan MURPHY, 51s85 et continental de Camille LACOURT, 52s11. RYLOV chatouille son équipier en fin de course (52s74) et les autres sont plutôt loin derrière.

La Russie se débrouille pas mal, à Glasgow, et au succès de KOLESNIKOV répond en écho le formidable 200 brasse d’Anton CHUPKOV, lequel frôle le record mondial d’Ippei WATANABE, 2’6s80 contre 2’6s67. Encore 5e à mi-course, CHUPKOV foudroie l’adversité. Il y a de l’énergie dans tout ça. De l’énergie… standard !

Le relais mixte quatre nages, l’une des courses les plus bêtes du monde, terminait la journée. On a pu y avoir l’une des plus grandes sprinteuses du monde, KROMOWIDJOJO, se faire reprendre dix mètres et dépasser par Alessandro MIRESSI pour la médaille de bronze. C’est le cirque LEN-FINA… Manque plus que les nains et les dompteurs de phoques.

 

METELLA OUBLIE DE PARTIR, DOTTO OUBLIE DE REVENIR, ET MIRESSI DEVIENT CHAMPION D’EUROPE DU CENT

Éric LAHMY

Dimanche 5 Août 2018

Parce que Damien JOLY se trouvait à la ligne 4, on pouvait fantasmer un peu, mais le Français ne put faire illusion dans cette finale du 1500 mètres nage libre messieurs des championnats d’Europe de Glasgow ! Il n’était en rien favori, d’ailleurs, s’il en fallait désigner un, c’eut été Mykhaylo ROMANCHUK, à la 5, déjà vainqueur sur 400 et qui pouvait réaliser le doublé du demi-fond ; Gregorio PALTRINIERI, entre 2014 et 2016, avait été l’homme de fer du 1500 mètres ; il manque diablement de vitesse, mais cette carence ne l’avait pas empêché de devenir champion d’Europe (2014), du monde (’15) et olympique (’16) ! Cela dit, même s’il avait réussi à devancer ROMANCHUK pour un 2e succès aux mondiaux 2017, à Budapest, il apparaissait un peu moins souverain.

On ne pouvait pas écarter non plus le benjamin de la finale (il fêtera ses 21 ans le 19 août), l’Allemand Florian WELLBROCK, qui avait, en avril dernier au Swim Open de Stockholm, effacé un très vieux record national dans le temps de 14’40s69 et laissé ROMANCHUK, présent dans la course, dix secondes derrière lui.

L’anecdote, car il y avait une anecdote, c’était que le record qu’il avait battu avait été détenu pendant 27 ans, depuis janvier 1991, soit six ans avant sa naissance, par un certain Jorg HOFFMANN. Ce dernier, un colosse de près de 100 kg pour 1,98m, qui avait débuté sa carrière dans la très peu regrettée Allemagne de l’Est, avait réussi ce temps avec 14’50s36 en finale des championnats du monde, à Perth, en Australie, où, à l’issue d’un mano a mano de chaque seconde, il avait défait le tenant du record, Kieren PERKINS, de… 0s22 !

Mais pour ce qui est d’aujourd’hui, l’info, c’était que WELLBROCK, avec ce record, s’était installé en tête du bilan mondial 2018 sur 1500 mètres, où il se présentait comme un redoutable prétendant.

PALTRINIERI, parce qu’il n’a pas de vitesse de base ou si peu, ne connait depuis toujours qu’une stratégie pour l’emporter : partir le plus vite possible afin d’écoeurer les adversaires grâce à ses phénoménales capacités aérobies. Il s’agit moins d’une stratégie, d’ailleurs, que d’une obligation vitale. S’il n’a pas massacré les capacités de ses adversaires avant les trois-quarts d’épreuve ou s’il ne les a pas scié au mental par un comportement qui leur fait penser qu’ils n’y arriveront pas, c’est lui-même qui deviendra fragile et se fera hacher menu à l’emballage final.

Cette méthode paraitra aujourd’hui typiquement et exclusivement paltrinieresque, mais on connait des précédents à travers l’histoire séculaire du sport. En 1952, Shiro HASHIZUME la tenta en vain contre Ford KONNO aux Jeux d’Helsinki. Mike BURTON enleva deux titres olympiques, en 1968 et en 1972, en partant comme une fusée. Et Stephen HOLLAND, dont l’endurance pure était l’arme maîtresse, perdit le titre olympique de 1976 pour n’avoir pas utilisé d’emblée une stratégie de batteur d’estrade en face du redoutable finisseur qu’était Brian GOODELL !

Hier, PALTRINIERI n’oublia pas de secouer le peloton. Mais de sa nage courte, jambes trainantes effectuant un vague « deux temps » pendant que ses bras tournaient à un rythme fou, il ne put conserver la tête plus de six cent cinquante mètres, jusqu’au moment où WELLBROCK vira… deux centièmes… devant lui. L’Italien put repasser devant cent mètres plus loin, mais WELLBROCK et ROMANCHUK, également présent, complotaient un scénario différent, où l’Italien disparaissait et eux seuls devaient s’expliquer en présentant des atouts différents. ROMANCHUK devait se sentir usé par le train qu’assurait l’Allemand – et peut-être rassuré parce que, couronné champion d’Europe du 400 trois jours plus tôt, il songeait pouvoir faire prévaloir sa carte maîtresse.

Mais si WELLBROCK n’avait pas été engagé sur 400, rien ne dit qu’il n’aurait pu y réussir quelque chose.

Toujours est-il qu’à quatre cent mètres du but, WELLBROCK avait une seconde d’avance sur l’Ukrainien (10’45s47 contre 10’46s54). A l’arrivée, il touchait devant, 14’36s15 contre 14’36s88.

Les deux hommes avaient terminé leur effort par un 400 mètres en 3’50s68 pour le vainqueur et 3’50s34 pour son second. Dans ces huit dernières longueurs, ils prirent cinq secondes à l’Italien (14’42s85) qui avait pourtant, plus ou moins, conservé sa vitesse.

Un 2e Italien, Domenico ACERENZA, suivait en 14’51s88, tandis que Damien JOLY, encore placé en 4e position aux 800 mètres, ne put maintenir son rythme comme l’indiquent ses deux moitiés de course en 7’52s77 et 8’5s05…

SUR 100 METRES, LE PATRON S’APPELLE ALESSANDRO MIRESSI

Si l’on ne savait ce que pouvait faire JOLY sur 1500 mètres, en revanche, une certaine « responsabilité » incombait à METELLA sur 100 mètres. Mehdy avait réalisé la deuxième performance des demi-finales et nageait dans une des deux lignes centrales aux côtés de l’Italien Alessandro MIRESSI, favori logique encore que la surprise pouvait venir de n’importe qui. Bien sûr, on pensait aussi à Duncan SCOTT, qui nage dans ses eaux britanniques. Ou encore à Nandor NEMETH, benjamin de la finale à 18 ans, 8 mois et 17 jours.

La problématique du 100 mètres, épreuve de sprint prolongé qui exige un maximum d’accélération, pas mal de technique et une pincée de résistance, est très différente de celle du 1500 mètres où une formidable résistance aérobie est essentielle.

METELLA pourrait lui aussi passer pour favori. Les confrères italiens craignaient sa menace. Mehdy est un « vieux renard » qui sait gérer une course psychiquement en face d’un jeune sans expérience comme MIRESSI, expliquaient-ils. Le Français est médaillé des mondiaux de Budapest, ce qui pour certains lui confère un avantage. Mais je n’y crois plus. J’appelle cela « regarder l’avenir dans le rétroviseur. » C’est devant soi que se situe le chemin.

MEHDY METELLA OUBLIE DE PARTIR MAIS REVIENT TRES FORT

L’inattendu de cette finale, c’est peut-être le départ canon du 2e Italien, Luca DOTTO. Il a l’habitude de se lancer comme une Ferrari, quitte à finir comme un tracteur, Luca, et toutes les expériences négatives accumulées à travers les années ne lui servent pas de leçon. Question de tempérament. Et puis il en a gagné quelques unes de cette façon. On l’a oublié, mais il est le champion d’Europe sortant. Le tenant du titre. A Londres, en 2016, et en 48s25.

Dans la première longueur, ce n’est plus DOTTO, mais d’Avion ! A la culbute, cela donne 22s71. A vue de nez, MIRESSI est à un mètre, SCOTT à 1,30m, METELLA à 1,60m. Le Français passe en dernière position, et si je ne m’arrache pas les cheveux (ce sont les derniers qui me restent) ce n’est pas l’envie qui manque ! Aux 80, DOTTO est toujours là, mais le voilà qui replie les ailes ! Et les trois furies susnommées qui le passent. MIRESSI gagne nettement, en 48s01, et entre SCOTT et METELLA, lequel a remonté tout le monde et passé cinq nageurs dans un retour de maboul, l’œil ne distingue pas. L’Ecossais l’emporte d’un centième. 3e à Budapest, 3e à Glasgow, que dire de METELLA???

DEUX HONGROIS SUR 200 PAPILLON… ET DES ITALIENS UN PEU PARTOUT

Sur 200 papillon, deux Hongrois ont assis leur domination. Kristof MILAK, la jeune merveille magyare, l’emporte en 1’52s79, et son compatriote Tamas KENDERESI, le suit à distance respectueuse, en 1’54s36. MILAK a tout raflé, il est déjà recordman d’Europe avec 1’52s70, recordman du monde junior avec 1’52s71, seul le nargue encore le record du monde de sa majesté Michael PHELPS, 1’51s51. Troisième, Federico BURDISSO, 16 ans 10 mois et 15 jours, sera peut-être bientôt un adversaire à la mesure du vainqueur du jour, parce qu’il réussit des performances confondantes. Ce fort sympathique jeune homme a amélioré lors des Sette Colli le record Italie cadet et junior du 100 papillon avec 51s74. Physiquement il n’a rien d’extraordinaire et il est encore perfectible, me dit-on, dans les parties techniques, départs et virages, de la course. Attendons…

Julia EFIMOVA a gagné comme on l’attendait le 100 brasse. Ruta MEILUTYTE a fait 2e, ce qui est un progrès par rapport à ses résultats des deux dernières années. La championne olympique de Londres part toujours aussi vite et finit aussi lentement, elle ferait un beau couple avec Luca DOTTO. Pour le bronze, encore une Italienne, ils sont partout les Transalpins. Arianna CASTIGLIONE devance son aînée de neuf ans, l’Espagnole Jessica VAL MONTERO !

LE 200 VA SE JOUER ENTRE BONNET ET HEEMSKERK

En demi du 200 libre, Charlotte BONNET ne s’est pas trop employée pour gagner la première, tandis que Femke HEEMSKERK enlevait la 2e. A priori, la finale devrait se jouer entre la Française et la plus Française des nageuses néerlandaises (avec Sharon VAN ROUWENDAAL).

Dans la première demi-finale du 100 dos, Kliment KOLESNIKOV a battu de deux centièmes ses records d’Europe et du monde juniors : 52s95. Il devance le Roumain Robert GLINTA, 53s63. La 2e demi revient à Evgueny RYLOV en 53s20.

Béryl GASTALDELLO, en finale du 50 dos, a terminé 5e avec 28s10. La course a été gagnée par Georgia DAVIES, Grande-Bretagne, 27 ans, en 27s23, devant Anastasiia FESIKOVA, Russie, 28 ans, 27s31.

LE RELAIS QUATRE FOIS 200 ? RULE BRITANNIA

James Guy ayant déclaré forfait en finale du 200 papillon après s’être qualifié 6e (séries, 1’56s13) puis 4e (demi-finales, 1’56s06), on se posait des questions. Il en avait fait de même aux Commonwealth, officiellement pour déshydratation. Cette fois, la meilleure raison d’une absence dans une course où il pouvait enlever une médaille était le relais quatre fois 200 mètres. Les Britanniques s’étaient fait piéger une première fois, ayant engagé des remplaçants pour qualifier leur quatre fois 100 mètres, et mis au repos Benjamin PROUD et Duncan SCOTT, et ils ont réussi l’exploit de ne pas aller en finale.

Sur quatre fois deux, en revanche, les Britanniques sont champions du monde, à Budapest. Sans Duncan SCOTT ni James GUY, leur relais se qualifie facile.

La finale a été féroce. Les Russes jusqu’au bout et les Italiens jusqu’aux 600 mètres étaient dans le coup pour le titre. Finalement, les British ont eu gain de cause. Leur temps final, 7’5s32, est éloigné des grands records. Pour la Russie, Michal VEKODVISHCHEV passe devant tout le monde, 1’46s78. Mais Duncan SCOTT prend l’avantage en 1’45s48, et James GUY, en 1’45s60, conforte la victoire. Les autres meilleurs temps lancés sont signés Filippo MEGLI, Italie, 1’45s44, et Mikhail DOVGALYUK, Russie, 1’46s18.

Le quatuor français finit 6e en 7’13s12, avec Jordan POTHAIN, 1’48s94, Alexandre DERACHE, 1’48s32, Romain FUCHS, 1’47s88, et Jonathan ATSU, 1’47s98. En séries, Lorys BOURRELLY avait nagé 1’49s17.

CHAMPIONNATS D’EUROPE : ON PEUT ETRE PEATY ET BATTRE DE GRANDS RECORDS

Éric LAHMY

Dimanche 5 Août 2018

Adam PEATY a bel et bien battu le record du monde du 100 mètres brasse, et, en 57 secondes juste a approché d’un centième de seconde le but qu’il s’était donné, celui de battre la limite chronométrique qu’il a atteinte. Il est passé en 26s65, et a fini en 30s35.

Bien entendu, il n’y a pas eu de bataille pour le titre européen 2018, à Glasgow. Le 2e, son compatriote James WILBY, a fini une grosse longueur derrière, en 58s54, et seuls les trois premiers de la course ont « battu » les 59 secondes. Parmi les disparus du 100 brasse, le recordman du monde junior Nicolo Martinenghi, victime de douleurs handicapantes au niveau du bas-ventre (pli inguinal), et qui a enchaîné les pépins (opération des amygdales et de la cloison nasale).

SARAH SJÖSTRÖM DOUBLE LA MISE : 100 PAPILLON ET 50 LIBRE

Aussi dominatrice, mais de façon différente, Sarah SJOESTROEM s’est trouvée privée d’adversaires sur 100 papillon. Sans approcher son record du monde (55s48) et en restant un peu en-dessous de son record des championnats d’Europe (55s89 à Londres), la grande Suédoise a produit un temps de 56s13 qui laissa sa seconde, la Russe Svetlana CHIMROVA, 57s30, à trois quarts de longueur. Deux Italiennes suivaient, Elena DI LIDDO, 57s58, qui montait sur le podium, et Ilaria BIANCHI, 57s62. SJOESTROEM s’est détachée assez tôt, est passée en 25s92. Mais elle s’est peut-être involontairement retenue. Une heure et cinq minutes plus tard, elle devait disputer sa deuxième finale de la soirée, sur 50 libre, contre la championne olympique danoise Pernilla BLUME qui affichait une forme étincelante.

Sur la longueur de bassin, elle l’emporte une seconde fois, laissant BLUME à… un centième : 23s74 contre 23s75. Il s’en est fallu de peu que la Danoise ne la surprenne à nouveau, et, pour s’imposer, Sarah a dû frôler de sept centièmes son record du monde, établi à 23s67, en demi-finale des mondiaux de Budapest le 29 juillet dernier. BLUME, deux ans après son titre olympique surprise de Rio, ne cesse de progresser. Elle avait, en 24s00, fini 4e de la finale de Budapest, derrière Sarah, 23s69, KROMOWIDJOJO, 23s85 et Simone MANUEL, 23s97. BLUME a aussi bien progressé sur cent mètres. Cette fois, KROMOWIDJOJO est en moins bonne forme, qui signe un temps de 24s21. Anecdote : la présence dans cette finale de Ruta MEILUTYTE, la championne olympique du 100 brasse des Jeux de Londres, qualifiée en 25s04…

Pendant ces journées, les Français n’ont pas chômé, sans atteindre les succès de Fantine ou du relais quatre fois 100. Nos représentants du 100 et du 400 messieurs ont souvent vu ce qui les séparait du top actuel. Et le Marseillais Mehdy METELLA a assuré avec panache sa qualification dans la course étalon du programme, deuxième temps, 48s31 derrière le géant italien Alessandro MIRESSI, 2,02m et 48s11, qui le devance dans sa demi-finale. Jeremy STRAVIUS, lui, jongle dans un programme compliqué avec les 50 mètres dans lesquels il s’est engagé. Dans l’ensemble, chacun fait plus ou moins ce qu’on attendait de lui (ou d’elle), mais tous ne se situent pas assez haut pour parvenir en finales. J’avais lors de la parution des critères de sélection remarqué leur relative indulgence. Ce qui est quand même rassurant, c’est que même s’ils n’ont pas très bien produit, celles et ceux qui ont profité de cette mansuétude des minima n’ont pas nui aux performances des meilleurs. Pourvu que ça dure.

La soirée de samedi s’est achevée sur le quatre fois 200 mètres mixte, nouvelle élucubration des inventifs dirigeants internationaux dont s’affuble notre malheureux sport.

Les compétitions mixtes ne riment à rien sinon à alourdir encore plus le programme sous le prétexte faussement moderne de respecter les normes du « genre », cette nouvelle névrose collective de l’Occident. Quand la natation savait se gouverner, tout ajout au programme pouvait se justifier par une pratique généralisée ou suffisamment développée, ainsi les courses de « quatre nages » qui s’étaient imposées par la pratique et justifiées parce qu’elles mettaient en lumière des nageurs complets techniquement. La plupart des ajouts récents, ainsi les 800 messieurs et les 1500 dames, sont redondants – au point d’ailleurs où, aux Etats-Unis, les engagements dans une course peuvent se faire d’après des résultats dans l’autre, par exemple tel nageur de 1500 est engagé avec un temps obtenu sur 800 ! Le quatre fois 200 mixte assemble des relayeurs engagés séparément dans les deux sexes sans rien apporter d’original et alourdit le programme sans ajouter à l’apport des quatre fois 200 messieurs et dames. J’ai des amis qui, parlant de ça, lèvent les yeux au ciel et évoquent l’air du temps. Moi je me dis qu’il n’y a pas que le plastique qui pollue…

…J’ai (re-)visionné (quatre fois, pour faire bonne mesure) la course du 400 quatre nages féminin, avec les commentaires italiens. Quatre fois, c’est un minimum, si j’en crois les indications de Romain Barnier qui les regardait dix fois s’il le fallait… D’ailleurs, je ne m’interdirai pas de la revoir encore…

…La première, je ne cessai selon les différentes caméras utilisées de perdre les lignes d’eau des nageuses. Les fois suivantes, j’ai réussi à bien suivre les nageuses qui m’intéressaient. Ce qui me frappe, au bout de tout cela, c’est le professionnalisme et la sobriété de notre championne d’Europe, sobriété de sa prestation sur la plage avant le départ, sobriété et intériorisation des émotions pourtant tellement fortes après la victoire. Et dans l’eau, du joli travail dans une situation de combat extrêmement serré, sans jamais avoir l’air de s’affoler ou de perdre les commandes de son effort. Bien entendu, cette façon d’imposer sa brasse même à une spécialiste comme la Britannique qui finira 3e, mais aussi de contrôler chaque parcours technique en « enlevant » les derniers mètres (ainsi en brasse et en crawl, où, à la bagarre avec l’Italienne Cusinato, elle semble littéralement décoller dans les derniers mètres). Et je me suis repassé les commentaires italiens où Fantine Lesaffre est qualifiée de « magnifica » et autres gentillesses… Elle devrait enregistrer tout ça et se le repasser les jours où elle n’y croit plus trop !!

 MESSIEURS.- 4 fois 100 mètres: 1. RUSSIE, 3’12s23 ; 2. ITALIE, 3’12s90 ; 3. POLOGNE, 3’14s20 ; 4. HONGRIE, 3’14s51 ; 5. GRECE, 3’14s52 ; 6. PAYS-BAS, 3’14s60.

Six nageurs font moins de 49 secondes au start : Nandor NEMETH, Hongrie, et Damian WIERLING, Allemagne, 48s61, Evgeny RYLOV, Russie, 48s62, Luca DOTTO, Italie, 48s63, Jan SWITKOWSKI, Pologne, 48s68, et Nyls Jan KORSTANJE, Pays-Bas, 48s87. Les Russes ne se détachent (pas trop d’ailleurs) que dans le troisième relais, que Vladimir MOROZOV exécute en 47s61. Klement KOLESNIKOV achève leur triomphe en 47s39. Les Italiens, pour leur part, enlèvent l’argent grâce au parcours remarquable d’Alessandro MIRESSI, 46s99, qui lui fait gagner deux places. Le seul autre parcours lancé en moins de 48 secondes est signé Kristian GKOLOMEEV, Grèce, 47s51. Ni le record du monde (USA, 3’8s24), ni le record d’Europe (France, 3’8s32), tous deux établis en finale olympique de Pékin, en 2008, ni même le record des championnats d’Europe, 3’11s64 par la France à Berlin en 2014, ne sont battus.

50 dos : 1. Kliment KOLESNIKOV, Russie, 24s00 (record du monde ; ancien, 24s04 par Liam TANCOCK, GBR en 2009) ; 2. Robert-Andrei GLINTA, Roumanie, 24s55 ; 3. Shane RYAN, Irlande, 24s64 ; 4. Vladimir MOROZOV, Russie, 24s69 ; 5. Jeremy STRAVIUS, France, 24s83

100 brasse : 1. Adam PEATY, GBR, 57s00 (record du monde et d’Europe, ancien par lui-même, 57s13 en 2016 à Rio de Janeiro) ; 2. James WILBY, GBR, 58s54 ; 3. Anton CHUPKOV, Russie, 58s96 ; 4. Kiril PRIGODA, Russie, 59s10 ; 5. Fabio SCOZZOLI, Italie, 59s10 ; 6. Andrius SIDLAUSKAS, Lituanie, 59s52 ; 7. Arno KAMMINGA, Pays-Bas, 59s59.

DAMES.- 50 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 23s74 ; 2. Pernille BLUME, Danemark, 23s75 ; 3. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 24s21; 4. Maria KAMENEVA, Russie, 24s40.

800 mètres : 1. Simona QUADARELLA, Italie, 8’16s35 ; 2. Ajna KESELY, Hongrie, 8’21s91 ; 3. Anna EGOROVA, Russie, 8’24s61 ; 4. Sarah KOEHLER, Allemagne, 8’25s81 ; 6. Boglarka KAPAS, Hongrie, 8’26s32.

Passages de QUADARELLA, 1’0s14 ; 2’2s69 ; 3’5s83 ; 4’8s53; 5’10s68; 6’12s94; 7’15s63; derniers 50 mètres en 29s48.

100 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 56s13 ; 2. Svetlana CHIMROVA, Russie, 57s30; 3. Elena DI LIDDO, Italie, 57s58; 4. Ilaria BIANCHI, Italie, 57s62; 5. Anna NTOUNTOUNAKI, Grèce, 57s67 ; 6. Louise HANSON, Suède, 57s89.

MIXTE.- 4 fois 200 mètres : 1. Allemagne, 7’28s43 ; 2. Russie, 7’29s37 ; 3. Grande-Bretagne, 7’29s72.