LESAFFRE REINE D’EUROPE: UNE BATTANTE PRENOMMÉE FANTINE

Éric LAHMY

Samedi 4 Août 2018

Il est assez sympathique, pour les Français, que la redistribution des cartes, cette année, dans la natation mondiale leur ait été assez favorable pour que deux titres, la première journée des championnats d’Europe de Glasgow, leur reviennent.

Et vu d’assez loin, où je me trouve, ces deux titres n’étaient pas des plus attendus. Ils ont été produits à l’issue d’une intense compétition. Celui, sur 400 quatre nages, arraché par Fantine Lesaffre, constitue un exploit personnel indiscutable, car en une journée, la Nordiste entraînée à Marseille a dû améliorer le record de France à deux reprises pour venir à bout de l’Italienne Ilaria Cusinato.

Lesaffre, jusqu’ici, n’avait pas atteint la dimension internationale où elle déboule donc d’un seul coup à vingt-trois ans passé. Elle avait bien été sélectionnée pour les Jeux olympiques de Rio, voici deux ans, mais dans des conditions assez rocambolesques, avec l’air d’une reprise de justesse, comme eut dit Coluche, et n’avait d’ailleurs pas laissé de souvenirs dans le bassin du Stadio Aquatico Olimpico, avec une 23e place du 400 quatre nages en 4’44s47, et la 30e ex-aequo avec l’Autrichienne Lena Kreundi du 200 quatre nages en 2’15s71.

On avait un peu souri de façon crispée quand elle avait justifié de son déplacement olympique tiré par les cheveux par le fait qu’elle était aux Jeux pour apprendre, parce qu’à 21 ans, à son niveau d’alors et à un âge où l’on n’effectue plus de progrès importants dans ce sport juvénile, les chances qu’elle atteigne le haut du pavé paraissaient, osons le mot, quasiment nulles.

Mais Lesaffre devait parler sérieusement. Elle-même a expliqué un jour qu’elle était dotée d’un « sale » ou « mauvais » caractère. Je ne garantis pas l’exactitude du mot employé, mais il témoignait – en sa faveur –  d’une certaine humilité doublée d’un sens de l’humour qui (et c’est tout à son honneur) pouvait frôler l’autodérision. Savoir rire un peu de soi-même est une qualité rare, par les temps qui courent…

Le propos faisait écho à une notation parallèle et de même direction proférée par son entraîneur mulhousien d’alors, Lionel Horter, qui avait d’ailleurs l’air de s’en amuser un peu !

Elle a démontré depuis, ce me semble, que, sale ou propre, elle avait du caractère.

2017, pourtant ne témoigna pas que Fantine était sur la bonne voie. L’une des victimes collatérales de la noyade olympique et mulhousienne de Yannick Agnel, elle avait dû fuir l’Alsace et chercher refuge dans un compromis entre Montpellier Métropole Natation, qui la sponsorisait, et le Cercle de Marseille, qui l’entraînait. Là, elle fit partie d’une sorte, sinon de naufrage – du moins de couac dans la préparation des championnats de France 2017 qui affecta les demi-fondeurs marseillais. L’entraîneur décida de jouer un jeu risqué avec l’affûtage terminal d’un entraînement en altitude en rétrécissant de façon drastique l’indispensable phase de retour au niveau de la mer.

Ce choix périlleux avait été influencé par l’expérience d’équipes de natation très exercées à l’altitude, ce que les Marseillais n’étaient pas. La manoeuvre qui convenait aux Nippons et aux Espagnols laissa les Phocéens sur le flanc. Parmi les éclopés de cette opération, donc, Fantine Lesaffre.

Elle ne put se qualifier pour les mondiaux de Budapest et fut envoyée avec une petite équipe formée notamment de Marie Wattel, d’elle-même et de quelques autres à East Meadow où se disputait l’US Open. Wattel y fut finalement bombardée meilleure nageuse du meeting et Fantine, elle, première qualifiée du 400 quatre nages, et, encore en tête à l’issue de la brasse, ne le céda en 4’43s25 que face au talent de crawleuse de Sharlene Brady (4’42s70).

Lesaffre y fut aussi 3e du 200 quatre nages. Très honnêtement, l’US Open, cette année là, ne pouvait être considéré comme une des grandes compétitions de la saison US, mais il y avait ce label états-unien, et cette profusion d’éléments de valeur se confrontant par vagues. Marie Wattel trouva un certain réconfort de s’y être distinguée et il est bien possible que Fantine y ait pris quelques repères encourageants.
Pourtant, on ne peut dire qu’elle avait changé de statut. Ses performances, quoi que de bon niveau, ne trahissaient pas la grande nageuse internationale. Tout au plus pouvait-on noter chez l’impétrante un entêtement certain, après ces aléas, à s’accrocher à un destin d’ondine de haut niveau qui ne s’offrait pas sans douleurs !

Il en allait différemment au niveau français. Fantine trahissait des talents multiples qui en faisaient une adversaire redoutée un peu partout sauf en sprint, à l’aise dans tous les styles. En 2017, elle achevait la saison avec les 2e performances françaises de l’année sur 200 quatre nages derrière Cyrielle Duhamel, 2’13s58 contre 2’13s31, et sur 400 quatre nages derrière Lara Grangeon, 4’41s64 contre 4’41s61. Mais elle était aussi, à la fin de la saison, 3e du 200 brasse, 2’31s31, 4e du 800 mètres, 8’42s98, 6e du 1500 mètres en 16’36s86, 7e sur 400 mètres, 4’16s45, sur 200 papillon, en 2’16s98, et sur 200 dos, en 2’16s20, 14e sur 200 mètres, en 2’3s14! Partout où il fallait bosser ferme pour réussir, cette très jolie – dans tous les sens du terme – nageuse française était là.

Quoiqu’il en fût, jusqu’aux séries de la course, hier, Fantine ne paraissait pas en mesure de devenir championne d’Europe, pas même d’accéder au podium. Rien ne laissait deviner un destin d’ampleur continentale. Son record personnel en grand bain, 4’38s88, datait de Mulhouse et de mars 2016. Et si elle donnait une impression, Fantine, c’était, plus ou moins, de piétiner.

C’est sans doute pourquoi l’intéressée est restée médusée par sa performance. Dès les séries, effacer le record de France en 4’36s17 lui avait paru « énorme. » Et ça l’était sans doute. Fantine n’a pas battu des faire-valoir. Ilaria Cusinato, sa seconde, est une jeune italienne qui s’est manifestée par des progressions impressionnantes cette année. Hannah Miley, 3e, habituée des podiums mondiaux, olympiques, européens, fut une double championne du monde en petit bassin, et a représenté l’Ecosse et la Grande-Bretagne aux Jeux olympiques et à ceux du Commonwealth. Willmott et Jakabos, elles aussi, présentent de jolis pedigrees. Enfin on note que sur le papier, Fantine n’était que la 5e engagée au temps, avec 4’38s98.

Bien entendu, il serait mensonger par omission de ne pas signaler l’absence de Katinka HOSSZU. Dont le record mondial frôle les 4’26s. Mais d’abord les absents ont tort ; ensuite Hosszu, si elle avait valu peu ou prou son record ou même 4’30s, aurait nagé l’épreuve !

En 2018, Lesaffre n’est donc pas une championne d’Europe au rabais, et la gagnante aux Etats-Unis d’Amérique, Ally McHUGH, avec 4’34s80, a nagé moins vite qu’elle. Je ne sais ce que cela peut signifier, mais les performances de podiums européen et américain du 400 quatre nages se ressemblent énormément puisque les quatre premières US sont : 1. Ally MCHUGH, 4’34s80 ; 2. Brooke FORDE, 4’35s09; 3. Melanie MARGALIS, 4’35s50; 4. Leah SMITH, 4’35s68.

 DAMES.- 400 mètres 4 nages : 1. Fantine LESAFFRE, France, 4’34s17 [1’3s39 (3), 2’13s82 (2), 3’31s54 (1), 4’34s17]; 2. Ilaria CUSINATO, Italie, 4’35s05 [1’3s49 (4), 2’14s39 (4), 3’31s86 (2), 4’35s05]; 3. Hannah MILEY, GBR, 4’35s34 [1’4s03 (7), 2’15s24 (8), 3’32s48 (4), 4’35s34]; 4. Aimee WILLMOTT, GBR, 4’35s77 [1’3s95 (6), 2’15s17 (7), 3’32s41 (3), 4’35s77]. 15e. Cyrielle DUHAMEL, France, 4’48s32.

QUATRE FOIS 100 METRES : AU TOUR DES FILLES

La recette d’un fort relais, c’est un super nageur associé à trois seconds solides et batailleurs. Après, bien sûr, la compétition décide. Dans le quatre fois 100 mètres libre féminin, trois équipes, à Glasgow, étaient bâties sur ce modèle… La mieux dotée paraissait être la Néerlandaise, parce qu’à la super, Ranomi KROMOWIDJOJO, s’ajoutait une « presque super », Femke HEEMSKERK. Les Danoises s’appuyaient sur la championne olympique du 50 mètres, Pernilla BLUME.

Ce sont les Françaises qui ont gagné. Celle qui devait faire la différence, c’était Charlotte BONNET, bien sûr. Marie WATTEL, qui s’était faite éliminer sur 100 mètres papillon, en demi-finale, une petite demi-heure plus tôt dans la soirée, avait charge de lancer l’affaire. Elle s’en tira moyennement, quoique touchant quand même en 2e place ; ses 54s35, éloignés de presqu’une seconde de son record personnel, 53s53 le 26 mai dernier, la laissaient loin d’une BLUME magnifique, 52s83.

Les Danoises, cependant, avaient mangé leur pain blanc. BONNET, en 52s20, donna la tête aux Françaises tandis qu’HEEMSKERK, en 52s33, rappelait qu’à défaut d’une grande soliste, elle reste une extraordinaire relayeuse, et ramenait les Pays-Bas en seconde place.

Pour les Françaises, en pointe, était venu le temps de trembler car parties pour gagner, elles nageaient maintenant pour ne pas perdre. Margaux FABRE, même sans se transcender (54s41), maintenait l’avance en face de Kira TOUSSAINT (Pays-Bas, 54s47) et donnait à Béryl GASTALDELLO un petit mètre d’avance. Un mètre, ce n’est pas rien, mais est-ce suffisant quand on a à ses trousses une battante de la dimension de Ranomi KROMOWIDJOJO ? En l’occurrence, la réponse fut : oui, et Béryl, en 53s69 (contre 53s22 à la Hollandaise), parvint à conserver ce qu’il fallait du pécule qui lui avait été confié pour permettre d’écouter une deuxième Marseillaise à Glasgow !

Le succès du relais féminin venait à point nommé pour faire oublier l’absence des Français en finale du relais masculin. Nos représentants avaient raté la qualification en finale, lors des séries, pour avoir cru pouvoir laisser Jeremy STRAVIUS, fort occupé à se qualifier (dans la douleur) sur 50 dos. Ils y laissèrent une seconde et passèrent à la trappe. Maintenant, si cela peut nous consoler, ils n’auraient pas été dans la course au podium, en finale.

Sur 400 mètres nage libre messieurs, où notre David AUBRY avait raté la finale d’une place et de deux dixièmes, en 3’49S87, on notait la disparition de l’Italie, en la personne de Gabriele DETTI (absent excusé, blessure à une épaule). La course était gagnée haut la main par ce beau nageur ukrainien qu’est Mykhaylo ROMANCHUK en 3’45s18 (54s87, 1’51s53, 2’48s63), en tête de bout en bout devant quatre nageurs du centre et du nord du continent, tous dans la même seconde : Henrik CHRISTIANSEN, Norvège, 3’47s07, Hennig MUEHLLEITNER, Allemagne, 3’47s18, Felix AUBOECK, Autriche, 3’47s24, et Victor JOHANSSON, Suède, 3’47s74.

Sur un plan personnel, je dois dire que cette journée, suivie de 4797 kilomètres (la distance qui sépare Montréal de Glasgow), me laissa un goût étrangement agréable. Trente ans après avoir suivi les pérégrinations aquatiques de Bruno LESAFFRE et de Véronique JARDIN, je visualisais tout en haut sur leurs podiums, la nièce du premier, Fantine, et la fille de la seconde, Béryl. Ça a l’air bête, mais j’ai trouvé ça sympa !

 

CHAMPIONNATS US, 5e JOURNÉE : 3e TITRE POUR KATHLEEN BAKER ; KALISZ SUPER-STAR ET SIMONE MANUEL A SA MAIN

Éric LAHMY

 Lundi 30 Juillet 2018

Décidément, ces championnats US 2018 d’Irvine n’auront pas montré un grand Caeleb DRESSEL En nage libre, le meilleur nageur du monde de 2017 a été inférieur à sa valeur de l’année passée, et après sa défaite sur 100 mètres où Blake PIERONI l’a emporté, il a été devancé sur 50, par le jeune Michael ANDREW, qui continue son bonhomme de chemin et un an après avoir éreinté le record mondial junior (21s75), en est maintenant à 21s48 : un temps guère mirobolant, mais qui lui donne une place en finale mondiale.

DRESSEL, avec 21s67, est assez éloigné du temps qui lui donna la victoire aux mondiaux de Budapest (21s15). Mais il est juste un peu en-dessous de ce qu’il avait obtenu aux championnats des Etats-Unis 2017, où il l’avait emporté en 21s53. Vue sous cet angle, la performance de ANDREW prend un certain relief, puisqu’il est plus rapide que DRESSEL l’an passé… et la contre-performance de DRESSEL peut être relativisée !

Sur 800 mètres, Zane GROTHE l’emporte et réalise donc un doublé, puisqu’il avait gagné aussi le 400. Mais si son succès sur la distance inférieure était obtenu avec un temps assez quelconque, son résultat sur 800 est d’une bien meilleure valeur… GROTHE bat son vieux rival WILIMOVSKY (lequel avait disposé de lui dans le 1500 mètres), construisant l’essentiel d’une avance finale de trois secondes dans les deux cents derniers mètres.

Chase KALISZ, décidément imprenable aux USA dans les quatre nages, réussit un temps de haute valeur, et devance, comme l’an passé, Abrahm DeVine. Aux mondiaux de Budapest, personne d’autre que lui-même n’aurait battu son temps d’Irvine, 1’55s73

Simone MANUEL, c’était attendu, s’approprie le 50 mètres, très nettement devant l’habituel bataillon des sprinteuses, Abbey WEITZEIL, Margo GEER, Grace ARIOLA, Madison KENNEDY et Kelsi DAHLIA.

La victoire de Kathleen BAKER, en revanche, n’était pas annoncée par les augures, sur 200 mètres quatre nages, qui privilégiaient dans les pronostics la championne en titre, Melanie MARGALIS ou encore Ella EASTIN.

Mais la toute nouvelle recordwoman du monde du 100 mètres dos est en grande forme et l’a montré. Elle a empoché son troisième titre national après ceux des 100 et 200 dos. On l’attendait dans sa nage de prédilection, mais elle anticipe en se lançant en tête dès le parcours de papillon, 27s94. Bien entendu, le parcours en dos en 31s81 lui permet d’enfoncer le clou, et contraint ses rivales à sortir le grand jeu pour ne pas être trop décollées. En brasse, BAKER, non seulement  ne cède rien, mais en 37s32, se montre la plus rapide de toutes, à égalité avec MARGALIS. BAKER est une solide nageuse de crawl, et cela se voit, car elle ne se fait rien reprendre dans ce secteur également ; son temps final, 2’8s32, est le plus rapide jamais nagé sur le territoire états-unien. Ce « record » appartenait à Katerina HOSSZU avec 2’8s66.

MESSIEURS. – 50 libre : 1. Michael ANDREW, 21s48 ; 2. Caeleb DRESSEL, 21s67; 3. Nathan ADRIAN, 21s85; 4. Michael CHADWICK, 22s00.

800 libre : 1. Zane GROTHE, 7’44s57; 2. Jordan WILIMOVSKY, 7’47s51; 3. Robert FINKE, 7’51s41.

26s77, 27s74, 28s70, 28s93, 29s21, 29s22, 29s24, 29s30 = 3’49s11

200 4 nages : 1. Chase KALISZ, 1’55s73; 2. Abrahm DeVINE, 1’57s41; 3. Gunnar BENTZ et Andrew SELISKAR, 1’58s23; 5. Josh PRENOT, 1’58s57; 6. Jay LITHERLAND, 1’59s11 (en series, 1’58s97. 

DAMES.- 50 libre : 1. Simone MANUEL, 24s10 ; 2. Abbey WEITZEIL, 24s63; 3. Margo GEER, 24s79 (en séries, 24s77); 4. Grace ARIOLA, 24s83.

1500 libre : 1. Ashley TWICHELL, 15’55s68 ; 2. Ally McHUGH, 16’2s56; 3. Erica SULLIVAN, 16’2s88; 4. Haley ANDERSON, 16’4s81.

200 4 nages : 1. Kathleen BAKER, 2’8s32; 2. Melanie MARGALIS, 2’9s43; 3. Ella EASTIN, 2’10s84; 4. Evie PFEIFER, 2’11s53; 5. Megan SMALL, 2’11s65. En séries, Alex WALSH, 2’11s83

CHAMPIONNATS US, 4e JOURNÉE : LEDECKY PERD LA CADENCE ET LE RECORD MAIS GAGNE D’UN BOULEVARD

Éric LAHMY

Dimanche 29 Juillet 2018

Si Katie LEDECKY n’a pas battu le record mondial du 400 libre, qu’elle détient avec 3’56s46, ce ne fut pas faute d’essayer, dans cette journée de samedi des championnats US d’Irvine, en Californie. En fait, son début de course fut un petit peu plus rapide que celui du record, qu’elle avait établi en finale olympique à Rio de Janeiro. Au Brésil, elle était passée en 57s05 et 1’57s11. Dans le bassin du William Woolett Aquatic Center d’Irvine, samedi soir, ses partiels correspondants étaient de 56s90 et 1’56s94. C’est après le virage de la mi-course que LEDECKY perdit la cadence, alors que, loin derrière dans le champ de course, les filles s’étaient éparpillées, seule Leah SMITH ne se trouvant pas totalement surpassée (mais accusant quand même un déficit de plus de deux secondes), put maintenir dans sa fin de course vitesse de nage pas trop éloignée de la recordwoman du monde.

LEDECKY effectua une course assez déséquilibrée, avec deux moitiés en 1’56s94 et 2’2s15. Leah SMITH, qui finissait à cinq-six mètres, produisait elle un parcours plus harmonieux, 1’59s23 et 2’2s98. Mais même légèrement reprise dans la dernière longueur, LEDECKY continue de disposer d’un énorme avantage… en attendant de rencontrer aux PanPacifics l’Australienne TITMUS et les Chinoises de service…

Allison SCHMITT, qui fut médaillée d’argent olympique du 400 mètres en 2012, derrière Camille MUFFAT, et qui effectuait, après une éclipse de deux ans, un retour assez prometteur, authentifié par des places d’honneur sur 100 et 200, fut réduite, sur ce qui fut sa meilleure distance, à remporter la finale B en 4’8s48. Elle devançait l’espoir US du 400 mètres Claire TUGGLE, une jeunesse de 14 ans et 20 jours (née le 8 juillet 2004) qui ratisse depuis quelque temps déjà les titres et les records d’age-groups…

LEDECKY SEULE DANS SON NUAGE, BAKER BIEN ENTOURÉE, DANS UN CIEL ENCOMBRÉ

LEDECKY sur 400 mètres et Kathleen BAKER sur 100 mètres dos ont été autant dominatrices, mais se trouvent dans des situations très différentes par rapport à la concurrence.

LEDECKY a fait le vide autour d’elle, et cela ne date pas d’hier, puisque depuis six saisons, elle impose sa loi sur le demi-fond féminin américain (et mondial). BAKER, elle, malgré sa supériorité telle qu’affichée dans la finale de samedi, est dans une situation beaucoup moins affirmée, beaucoup plus fragile. Dans la course, Regan SMITH, 3e, bat le record du monde junior et la talonnerait presque. Et Olivia SMOLIGA, 2e, quoique battue nettement, reste, forte de ses mensurations, une bien dangereuse rivale.

[La qualité du 100 mètres dos féminin US est proprement hallucinante. La championne de France Mathilde CINI, avec son temps, aurait terminé 11e ou 12e à Irvine et sa seconde,  Louise LEFEBVRE, se serait classée 33e des séries].

BAKER, comme elle l’a fait régulièrement depuis 2016, a une fois de plus révélé une capacité à se transcender dans les grandes occasions qui fait sa force. 2e derrière SMOLIGA (59s02 contre 59s16) des trials olympiques US en 2016, elle nagea, aux Jeux, à trois reprises sous les 59s qu’elle n’avait jamais battues jusqu’alors, et enleva l’argent dans une course extrêmement disputée enlevée par la Hongroise Katinka HOSSZU. Même capacité illustrée aux mondiaux de Budapest, où elle ne le cède, battant son record, que devant le record du monde que bat en finale une Kylie MASSE inébranlable.

Plus remarquable encore, peut-être, BAKER, qui est loin d’être un phénomène athlétique, seulement une solide et rayonnante jeune femme de 1,73m, n’est pas, malgré les apparences, un parangon de santé physique. Tout au contraire. Elle souffre d’une maladie de Crohn, une inflammation chronique du système digestif, affectant principalement l’intestin, diagnostiquée en 2010. Ce mal inguérissable, aux origines multiples et mal cernées, alliant le génétique et le civilisationnel, est fort handicapante. Douleurs, amaigrissement, fatigue. Mais il semble que rien ne pouvait affecter négativement l’enthousiasme pour la natation, pour le rêve olympique, de miss BAKER!

Lilly KING, la championne olympique et du monde, l’a emporté sur 100 mètres brasse. Logique certes mais… Cela ne paraissait pas évident au vu des séries, qui avaient assisté à un exploit de Molly Catherine HANNIS. En 1’5s78, elle améliorait son record, 1’6s16 en 2016, et se présentait presque en favorite ou du moins en rivale de Lilly et de Katie MEILI (qui firent une et trois sur la distance aux Jeux olympiques de Rio, une et deux aux mondiaux de Budapest). Mais même à vingt-huit ans (elle est née le 20 juillet 1990) et malgré toute son expérience, HANNIS n’a pas réussi à retrouver le soir sa cadence du matin. KING l’emportait et MEILI assurait de peu l’argent devant Micah SUMRALL, ex-LAWRENCE, qui a conclu un come-back, deux ans après avoir raccroché ses maillots aux sélections olympiques 2016, par une victoire, à Irvine, sur 200 brasse, et une sélection pour les PanPacifics… SUMRALL avait atteint le podium (bronze) sur 200 brasse aux mondiaux de Barcelone). Elle s’était promis de ne plus jamais renager, mais la revoilà !

Lilly KING, elle, expliqua qu’elle devait ce soir se qualifier pour les PanPacifics, parce que, expliquait-elle, elle n’avait pas prévu de billet de retour pour rentrer à la maison. Belle motivation !

Côté messieurs, Ryan MURPHY a sauvé de justesse son titre sur 100 dos. A trente-trois ans, l’ancien champion olympique (2012) et du monde (2013) du 100 mètres dos, Matt « Dutch » GREVERS a secoué les 2,03M et les 104 kg de sa carcasse pour l’accompagner tout le long du parcours, et n’a finalement cédé que par quatre centièmes.

Le 400 mètres libre et le 100 mètres brasse donnèrent lieu à des courses assez serrées, mais que n’illuminèrent pas de très grandes performances (tout est relatif). A noter cependant la victoire de Michael ANDREWS, le plus jeune professionnel de la natation mondiale, au 100 brasse, devant une brochette de spécialistes…

MESSIEURS.- 400 libre : 1. Zane GROTHE, 3’46s53; 2. Grant SHOULTS, 3’46s90; 3. Chris WIESER, 3’48s92 (en série, 3’48s89); 4. Zach YEADON, 3’49s09: 5. Troy FREEMAN, 3’49s90 (en série, 3’49s02); 6. Andrew ABRUZZO, 3’50s04 ( en série, 3’48s58). Finale B: Mitch DARRIGO, 3’49s88.

100 dos : 1. Ryan MURPHY, 52s51; 2. Matthew GREVERS, 52s55; 3. Justin RESS, 53s26; 4. Bryce MEFFORD, 53s84; 5. Jacob PEBLEY, 54s05; 6. Austin KATZ, 54s06. Finale B, Stewart COLEMAN, 54s03. En séries, Dean FARRIS, 54s21

100 brasse : 1. Michael ANDREW, 59s36; 2. Andrew WILSON, 59s43; 3. Devon NOVICKI, 59s48: 4. Kevin CORDES, 59s72; 5. Cody MILLER, 59s77. En séries, Nick FINK, 59s86.

DAMES.- 400 libre : 1. Katie LEDECKY, 3’59s09 (56s90 ; 1’56s94, 2’58s16); 2. Leah SMITH, 4’2s21; 3. Haley ANDERSON, 4’7s21.

100 dos : 1. Kathleen BAKER, 58s00 (record du monde, ancien, Kylie Jacqueline MASSE, Canada, 58s10; record des USA, ancien, Melissa FRANKLIN, 58s33) ; 2. Olivia SMOLIGA, 58s75 ; 3. Regan SMITH, 58s83 (record du monde juniors, anciens par elle-même, 59s11 et 59s09) ; 4. Phoebe BACON, 59s30 (en séries, 59s12) ; 5. Katharine BERKOFF, 59s77 ; 6. Elise HAAN, 1’0s08 (en séries, 59s73; 7. Ali DELOOF, 1’0s13 (en séries, 1’0s05; 8. Lisa BRATTON, 1’0s55 (en séries, 59s76). Finale B: 1. Isabelle STADDEN, 1’0s07; 2. Amy BILQUIST, 1’0s40 (en séries, 1’0s26); 3. Claire ADAMS, 1’0s58 (en séries, 1’0s43); 4. Lucie NORDMANN, 1’0s62; 5. Asia SEIDT, 1’0s73.

100 brasse : 1. Lilly KING, 1’5s36 ; 2. Katie MEILI, 1’6s19 ; 3. Micah SUMRALL, 1’6s34 ; 4. Molly HANNIS, 1’6s36 (en séries, 1’5s78).

CHAMPIONNATS DES USA, 4e JOURNÉE, KATHLEEN BAKER BAT LE RECORD DU MONDE DU 100 MÈTRES DOS !

Éric LAHMY

Dimanche 29 Juillet 2018

Le nouveau record du monde du 100 mètres dos dames, c’est Kathleen Baker qui l’a battu. A la différence de la Canadienne Kylie MASSE, qui détenait le précédent avec 58s10, Baker a pris son temps avant de réaliser l’exploit – en finale des championnats des Etats-Unis d’Irvine.

Elle a été sans doute, ces dernières années, la plus omniprésente dossiste états-unienne, autant en petit bassin avec son école, à Forsyth et son université, Californie Berkeley, que dans les conditions olympiques, avec le Swim MAC Carolina puis les Californie Golden Bears. Qualifiée en 2014 aux PanPacifics, en 2015 aux championnats du monde (de Kazan), son premier exploit fut, en 58s75, d’enlever à Rio l’argent olympique du 100 dos à un bras de Katina HOSSZU. Encore argentée dans le 100 des mondiaux 2017 (Budapest), en 58s58, derrière Kyle MASSE, 58s10, et devant SEEBOHM, 58s59 elle lança en 58s54 le relais quatre nages US champion du monde… Mais elle était toujours battue par MASSE et, dans le relais, dut devancée par l’Australienne Emily SEEBOHM, 58s53 !

 BAKER avait enlevé, ex-aequo, le 200 mètres dos, jeudi, avec un temps de 2’6s43.

 

DERRIÈRE BAKER, UNE JEUNESSE TALENTUEUSE : REGAN SMITH, RECORD DU MONDE JUNIOR, PHOEBE BACON, KATHARINE BERKOFF ET ÉLISABETH STADDEN

Elle n’avait pas daigné honorer le 50 mètres dos (qu’elle aurait gagné les doigts dans le nez), vendredi. L’épreuve de sprint pur avait été gagnée par Olivia SMOLIGA en 27s70, et BAKER est passée en 27s90, touche au pied, donc après la culbute, dans son 100 dos…

Dès les séries, elle avait nagé andante, 59s27, sans pour autant signer le meilleur temps de qualification. Ce soin avait été pris par Regan SMITH, 16 ans, dont les 59s09 réalisés dans la 12e série amélioraient son record du monde… junior, établi avec 59s11 en août 2017. BAKER s’élançait dans la 14e série, mais là, une autre fille de seize ans, Phoebe BACON, parvenait à la devancer en signant le 2e temps des qualifications, 59s12. BAKER était devancée de Èresque rien, et la 13e série avait été âprement disputée entre Olivia Smoliga, une ancienne star de la natation universitaire US, toujours en embuscade à 24 ans, 59s36, Elise HAAN, 59s73, et Lisa BRATTON, 59s76. L’une des sœurs DELOOF, Ali, entrait en finale, où s’infiltrait de justesse une certaine Katharine BERKOFF dont la particularité, outre d’entrer à 17 ans dans la phalange des jeunes espoirs du dos féminin US (comme SMITH, BACON ou encore Elisabeth STADDEN, 16 ans, 1’0s32), est d’être la fille d’un ancien recordman du monde, sur la même distance du 100 mètres dos, David BERKOFF. Comme Une seconde et un centième séparait les huit qualifiées, on pouvait s’attendre à une explication musclée en finale.

Si l’explication a bien eu lieu, on peut dire que Kathleen BAKER a fait les questions et les réponses ! Sa course n’a peut-être pas été parfaite comme le montre le film présenté par SwimSwam

https://swimswam.com/watch-the-race-videos-from-day-4-finals-at-2018-u-s-nationals/. Collant à la ligne de bouchons (comme tant de nageurs habitués à tourner à l’entraînement), elle se retrouva, à la sortie de son virage, pratiquement sous la ligne des flotteurs, et elle dut dévier un peu de l’axe de sa course pendant ses reptations sous-marines pour ne pas se planter sous la ligne de nage comme un vulgaire Titanic sous le mythique iceberg ou passer du côté de la ligne quatre !!! Je ne sais si elle perdit quelque chose dans l’incident, mais je serais étonné qu’elle y ait gagné du temps !

 Difficile aussi de dire où BAKER a fait la différence d’un dixième avec le temps de Masse. Torrey HART, la journaliste de SwimSwam, relevait son temps de réaction,  0s56, le deuxième des finalistes. Mais le temps de réaction n’est pas en soi une performance dans l’absolu, il signale le temps que prend la nageuse pour déployer son corps. Olivia SMOLIGA, qui mesure 1,88m, a pris 0s66, dix centièmes de plus que BAKER et son 1,73m pour décoller non pas en raison d’un retard à l’allumage, mais parce qu’un gros porteur a besoin d’une piste plus longue pour quitter le tarmac ! Et Regan SMITH, dont le temps de réaction est de 0s50, mesure 1,70m… Il y a une certaine logique là-dedans

A noter aussi qu’elle a nagé beaucoup plus vite la longueur initiale que la Canadienne, partisane d’une implacable égalité d’allure. Baker est donc passée en 27s90, beaucoup plus vite que Kylie (28s51) ; elle a ensuite presque tout reperdu dans le retour – 30s10 contre 29s59. Presque tout mais pas tout, donc.

SMOLIGA finissait 2e en 58s75, devant la jeune Regan SMITH qui rebattait son record mondial junior, avec 58s83. En une course, les USA venaient de reprendre l’avantage sur l’Australie, le Canada et l’Europe qui leur causaient bien des misères ces dernières années.

 

CHAMPIONNATS US, 3e JOURNEE : CAELEB DRESSEL SAUVE SON 100 PAPILLON, KALISZ ASSURE DANS LES 4 NAGES

Éric LAHMY

Samedi 28 Juillet 2018

Étonnamment battu sur 100 mètres libre, forfait au départ du 200, Caeleb DRESSEL s’est retrouvé, lors de la troisième journée des championnats américains d’Irvine, sur 100 papillon. Le monstre sacré de Budapest a presque récupéré sur cette dernière distance la maestria qui en avait fait l’an passé un meilleur nageur du monde incontestable. La performance, 50s50, est de grande qualité, quoique loin du « super » de Budapest, qui nageait 50s08 en séries, 50s07 en demi et 49s86 en finale !. La question reste de savoir si l’humiliation de la nage libre est le fait d’un accident de parcours ou d’un tassement de valeur. La suite de la saison pourrait noue le dire.

A défaut d’un grand record, le 400 quatre nages dames offre un certain renouvellement. Allyson Jane « Ally » McHUGH, forte nageuse de demi-fond, fort complète, si ce n’est un manque de vitesse de base, qui gagne, et Brooke FORDE, 19 ans, elle aussi sans faiblesse technique (et issue d’une famille de nageurs : sa mère Patricia (aujourd’hui journaliste de sport), ses frères Mitchell et Clayton nageurs universitaires (!)ont laissé derrière elles MARGALIS et SMITH tandis que LEDECKY snobe désormais l’épreuve.

McHUGH se place à trois secondes, avec ses 4’34s30 de la recordwoman US Katie HOFF, 4’31s12, de Maya DiRADO, 4’31s15 et d’Elisabeth BEISEL ; 4’31s27.

Chase KALISZ gagne l’épreuve masculine après s’être laissé mener par Jay LITHERLAND pendant les parcours de papillon et de dos, renversant la situation par un parcours de brasse de 1’8s41 qui lui permet d’inaugurer son crawl avec cinq mètres d’avance.

Kelsi DAHLIA avait expliqué avant ces championnats qu’elle nageait plus vite que l’année dernière et elle l’a prouvé. Sur 100 papillon, elle n’a pas eu de rivale et a réussi 56s86 en séries et 56s83 en finale où, accompagnée voire précédée jusqu’au mur par Kendyl STEWART, 26s46 contre 26s65, elle distançait tout le monde dans un retour solide en diable.

MESSIEURS. 50 dos : 1. Ryan MURPHY, 24s24; 2. Justin RESS, 24s31; 3. Ryan HELD, 24s60 ; 4. Michael ANDREW, 24s62; 5. Matt GREVERS, 24s63 (en séries, 24s53); 6. Daniel CARR, 24s81; 7. Chris STAKA, 25s13.

50 brasse : 1. Michael ANDREW, 26s84; 2. Devon NOWICKI, 27s12 (en séries, 27s10); 3. Ian FINNERTY, 27s19 (en séries, 26s96); 4. Kevin CORDES, 27s21 (en séries, 27s06); 5. Connor HOPPE, 27s31 (en séries, 27s30); 5. Nic FINK, 27s49 (en séries, 27s18). Finale B: 1. Caleb HICKS, 27s53 (en séries, 27s48). En séries, Max McHUGH, 27s27, Jacob MONTAGUE, 27s36 ; Karsten VISSERING, 27s52; Chuck KATIS, 27s53.

100 papillon : 1. Caeleb DRESSEL, 50s50 ; 2. Jack CONGER, 51s11; 3. Michael ANDREW, 51s68; 4. Jack SAUNDERSON, 51s88 (en séries, 51s48); 5. Tom SHIELDS, 51s94; 6. Zach HARTING, 52s.

400 4 nages  : 1. Chase KALISZ, 4’8s25 ; 2. Jay LITHERLAND, 4’10s21; 3. Sean GRIESHOP, 4’12s72; 4. Sam STEWART, 4’13s65; 5. Abrahm DEVINE, 4’13s77; 6. Charlie SWANSON, 4’14s01.

DAMES.- 50 dos : 1. Olivia SMOLIGA, 27s70; 2. Ali DELOOF, 27s88 (en séries, 27s79); 3. Elise HAAN, 27s90.

50 brasse : 1. Lilly KING, 29s82 ; 2. Molly HANNIS, 30s07; 4. Katie MEILI, 30s72. En series, Lindsey KOZELSKY, 30s55; Breeja LARSON, 30s79.

100 papillon : 1. Kelsi DAHLIA (WORRELL), 56s83; 2. Katie MCLAUGHLIN, 57s51; 3. Kendyl STEWART, 57s70; 4. Mallory COMERFORD, 57s96.

400 4 nages : 1. Ally MCHUGH, 4’34s80 ; 2. Brooke FORDE, 4’35s09; 3. Melanie MARGALIS, 4’35s50; 4. Leah SMITH, 4’35s68.

CHAMPIONNATS DES USA : MISSY, RETOUR MANQUÉ

Éric LAHMY

Vendredi 27 Juillet 2018

Missy FRANKLIN, après sa 17e place sur 100 mètres (gagnante de la finale C) et la 18e sur 200 ( et 3e de la finale C), aux championnats US, perd ses chances de qualifications pour les grandes courses internationales de cet été (Pan Pacs) et de 2019 (championnats du monde).

Loi implacable des sélections US, Franklin n’existe plus, au plan international. Son but affiché : les Jeux olympiques de Tokyo, en 2020. Y parviendra-t-elle ?

Missy s’était déclarée choquée de lire l’information selon laquelle la tenniswoman Serena Williams avait « raté son retour à la compétition » [après une grossesse difficile, compliquée d’une embolie pulmonaire ayant nécessité diverses opérations et six semaines de lit] parce qu’elle avait perdu la finale de Wimbledon!

A juste titre, car manifestement, ceux qui donnaient l’information ne connaissaient pas le sens des mots ! Ce n’est pas la première fois que la chambre a échos des médias déraille grave. Serena Williams, à notre sens, avait déjà « réussi » son retour en se présentant au premier tour de Wimbledon. Passer des 32e aux demi-finales et atteindre la finale, victoire ou défaite, était extraordinaire…

…En revanche, on se risquera à dire que le retour de Missy Franklin a été raté, sauf à se satisfaire de revoir son nom apparaître dans les résultats. La meilleure nageuse du monde en 2012 et 2013 a eu son content de tracas : douleurs dorsales intolérables en 2014, reconstruction des épaules opérées en 2017, et gros ennuis psychologiques (dépression et anxiété) sans doute liés à ces soucis et peut-être aussi au fait que, devenue professionnelle, se sentait redevable face à ses sponsors.

Ce « retour » était fortement obéré au départ par le fait que Missy ne pouvait pas se présenter en dos, son style de prédilection, celui qui l’a faite considérer comme la meilleure nageuse du monde. Le passage du bras à l’arrière de l’épaule, nécessité en dos, doit être périlleux dans l’état actuel.

Missy a donc essentiellement nagé en crawl, sur de longues distances, à l’entraînement. Mais elle n’a pas retrouvé son meilleur niveau, d’assez loin. Elle a perdu une grosse seconde sur 100 mètres. En France et dans de nombreux pays, cela aurait suffi à la sélectionner, mais avec la densité de la natation américaine, cette seconde l’a faite glisser d’une potentielle relayeuse à une nageuse de compétition toujours valeureuse certes mais courante, pour ne pas dire quelconque…

Par son engagement, son humilité, sa gentillesse, son rayonnement, son exemplarité, Franklin a montré qu’elle n’était pas qu’une nageuse, et que sa personnalité transcendait les limites du genre. Mais c’est comme nageuse qu’on aimerait la revoir à l’avenir…

NAGEURS PRÉCOCES ET DÉBUTANTS TARDIFS

Éric LAHMY

Vendredi 27 Juillet 2018

La natation nous offre des réflexions divergentes. D’aucuns affirment qu’on ne peut réussir en natation sans des débuts précoces. Contre-exemple ? ZACHARY APPLE, lequel a commencé à nager à 16 ans. Cinq ans plus tard, à 21 ans, le voilà dans le relais 4 fois 100 américain. Compte tenu de la densité de la natation US, on peut être sûr que ce n’est pas un truc à la portée de tout le monde.

Qu’est-ce qui a permis à APPLE de réussir au rebours de la doctrine qui exige la précocité

en natation ? Si APPLE n’a pas nagé sérieusement avant seize ans, il a pratiqué de nombreux sports et il suffit de voir sa planche abdominale et ses épaules pour se convaincre que le gaillard en a.

On en sait assez aujourd’hui pour mesurer la part de l’athlète dans le nageur pour se persuader QU’APPLE, quand il pratiquait les sports co’, fabriquait sans le savoir le nageur qu’il allait devenir.

Il y a un demi-siècle, François OPPENHEIM, qui était au niveau mondial l’un des journalistes de références du sport, différenciait deux types de nageurs, le nageur poisson et le nageur athlète.

Ces deux formats, tels que formulés, apparaissaient contradictoires ; mais ils étaient sans doute plus faciles à concevoir intellectuellement qu’à différencier nettement… Souvent les « nageurs poissons » étaient des « athlètes » ignorés. Une année, Claude MANDONNAUD (championne d’Europe du 400 mètres nage libre en 1966) et son entraîneur d’alors, Heda FROST, disputèrent un cross du Figaro. Elles terminèrent respectivement seconde et quatrième de la course des non-licenciées, une épreuve réunissant plus de mille concurrentes. Jean-Paul BERJEAU, finaliste olympique du 200 mètres dos en 1968, courut au débotté un 1.000 mètres plat en 2’40s (le record de France se situait autour de 2’20s). Quand Catherine POIROT, médaillé olympique du 100 brasse en 1984, effectua un test de Cooper, son résultat fut si probant que Robert BOBIN, directeur de l’INSEP et ancien DTN de l’athlétisme, voulut l’attirer vers son sport de prédilection. Florent MANAUDOU, qui joue au handball après avoir été champion olympique en natation, n’a pas rejoint le même niveau, mais semble se défendre à un niveau proche les professionnels.

Maintenant, certains très bons nageurs ne sont pas des « athlètes » au sens spécialisé du terme. Christine CARON, de par sa souplesse articulaire, détestait courir, et se tordait fréquemment les chevilles en marchant. Sylvie CANET (finaliste olympique du 100 dos en 1968) s’amusait à « désemboîter » ses genoux, et ce n’est pas une blague, elle l’avait fait devant moi. Sylvie était une nageuse athlète sans aucun doute, mais son hyper-laxité (bien utilisée plus tard quand elle enseigna le hata-yoga) faisait merveille dans l’eau…

Je n’ai pas trop d’exemples hors de France, mais Mike BARROWMAN, champion olympique  du 200 mètres brasse, se recycla à 26 ans et devint l’un des meilleurs kayakistes US. Plusieurs grands nageurs furent aussi de bons joueurs de water-polo. L’Allemande de l’Est Roswitha KRAUSE fut médaillée olympique en natation (1968) et en hand-ball (1976 et 1980).

Il n’y a pas eu beaucoup de partants tardifs parmi nos champions, et la natation reste un sport qui avantage la précocité… S’ils avaient démarré tard, jamais Kathy LEDECKY, Missy FRANKLIN, Michael PHELPS n’auraient rejoint les sommets entre quinze et dix-sept ans. Cette évidence une fois établie, seize ans peut être un âge tardif pour débuter en la natation, mais précoce ou « normal » pour se lancer dans la course à pied ou dans n’importe quelle épreuve de l’athlétisme. Mais on ne peut pas dire qu’existe une malédiction… Et d’ailleurs, la part plus importante donnée au sprint ces dernières années pourrait favoriser les éclosions tardives.

KATIE LEDECKY, RYAN MURPHY ET JOSH PRENOT DOMINENT. KATHLEEN BAKER TROUVE UNE ÉGALE AVEC REGAN SMITH)

Éric LAHMY

Vendredi 27 Juillet 2018

Ces championnats US d’Irvine représentent un sésame pour les équipes états-uniennes des deux saisons estivales. Ce qui revient à dire que ceux qui se plantent dans la piscine californienne peuvent s’inscrire au chômage de la compétition internationale – ni PanPacifics 2018 (du 9 au 13 août à l’école internationale de natation de Tatsumi (Tokyo), ni championnats du monde 2019 (Gwanju, Corée du Sud, 12-28 juillet 2019) – en attendant les « trials » pour les Jeux de Tokyo 2020.

Parmi les plus grosses satisfactions, le 200 dos de Ryan Murphy, au vert depuis Budapest, et qui revient en force. A la lutte avec son vieux rival US Jacob Pebley jusqu’à mi-chemin de son 200 dos, il a fait la différence grâce à une énorme coulée de virage à mi-course et réussi un solide 1’54s16, son deuxième temps, derrière son record personnel, 1’53s62, établi aux Jeux olympiques de Rio. En 2017, à Budapest, Murphy avait nagé 1’54s21, pour finir 2e derrière le Russe Evgueny Rylov, 1’53s61 (record d’Europe). Le record du monde est détenu par Aaron Peirsol, 1’51s92, depuis Rome (2009).

Très belle performance également sur 200 brasse de Josh Prenot qui l’emporte avec une longueur d’avance sur Andrew Wilson et Will Licon que sépare un centième. Le médaillé d’argent de l’épreuve des Jeux olympiques de Rio (avec 2’7s53), un gabarit léger (1,80m, 68kg) a retrouvé son meilleur niveau.

Katie LEDECKY, la championne olympique 2016, a gagné le 200 libre devant la championne olympique 2012, Allison SCHMITT, une certaine hiérarchie a donc été respectée. Les deux filles ont conservé leurs places du début à la fin de la course. SCHMITT, qui avait semblé longtemps hésiter entre l’abandon ou la poursuite de sa carrière, est revenue aux commandes avec détermination.

La relative contre-performance de Simone MANUEL sur une distance qui s’est toujours révélée un peu longue pour elle tendrait à faire croire qu’elle est bien préparée sur 50…

Sur 200 dos dames, Kathleen BAKER, 21 ans (médaillée d’argent à Rio sur 100 dos), a trouvé une adversaire à sa mesure exacte avec Regan SMITH, 16 ans depuis février dernier, et de 5 ans moins 19 jours sa cadette, championne du monde junior du 100 dos, qui a réussi l’ex-aequo dans un bon temps, 2’6s43 ! BAKER a raconté après l’épreuve qu’elle était dans un état de nerfs, après avoir déchiré deux maillots de bain à la suite, quand elle endossa le troisième !

Les USA n’ont pas trouvé, sur 200 mètres messieurs, le successeur des très grands du passé qui, depuis un siècle, tenaient les commandes de l’épreuve. SELISKAR, dont on a dit tant de bien depuis quelques années, l’a emporté, et le quatuor US est collectivement fort, mais les performances ne sont pas mirobolantes. C’est solide, sans plus…

MESSIEURS.- 200 libre : 1. Andrew SELISKAR, 1’45s70; 2. Blake PIERONI, 1’45s93; 3. Conor DWYER, 1’46s08; 4. Townley HAAS, 1’46s15; 5. Jack LEVANT, 1’46s46

200 dos : 1. Ryan MURPHY, 1’54s15; 2. Jacob PEBLEY, 1’55s68; 3. Austin KATZ, 1’56s12.

Passages de Murphy, 26s86, 55s83, 1’24s91. Au 100, Pebley passé en tête en 55s76.

200 brasse  : 1. Josh PRENOT, 2’7s28 ; 2. Andrew WILSON, 2’8s71; 3. Will LICON, 2’8s72; 4. Nick FINK, 2’9s24; 5. Kevin CORDES, 2’9s71 (en séries, 2’9s58); 6. Daniel ROY, 2’9s76; 7. Jonathan TYBUR, 2’11s27 (en séries, 2’10s55); 8. Charlie SWANSON, 2’11s63 (en séries, 2’11s07). Finale B: 1. Reece WHITLEY, 2’12s28 (en séries, 2’11s32); 2. Sam IIDA, 2’12s48 (en séries, 2’11s80); 3. Jacob MONTAGUE, 2’12s52 (en séries, 2’12s47); 4. A.J. BORNSTEIN, 2’12s76 (en séries, 2’12s54). En séries, Cody MILLER, 2’10s59, forfait en finale. Benjamin WALKER, 2’12s50.

50 papillon : 1. Michael ANDREW, 22s93; 2. Caeleb DRESSEL, 22s97; 3. Chatham DOBBS, 23s38.

DAMES.- 200 libre : 1. Katie LEDECKY, 1’54s60 ; 2. Allison SCHMITT, 1’55s82 ; 3. Gabby DELOOF, 1’56s55 ; 4. Leah SMITH, 1’56s93 ; 5. Simone MANUEL, 1’57s01; 6. Melanie MARGALIS, 1’57s32 (en séries, 1’56s84); 7. Mallory COMERFORD, 1’58s38 (en séries, 1’57s92).

200 dos : 1. Kathleen BAKER et Regan SMITH, 2’6s43; 3. Isabelle STADEN, 2’8s24; 4. Lisa BRATTON, 2’8s37; 5. Olivia SMOLIGA, 2’8s58: 6. Asia SEIDT, 2’9s20. Finale B: 1. Alex WALSH, 2’9s36.

200 brasse : 1. Micah SUMRALL, 2’22s06 ; 2. Bethany GALAT, 2’23s32; 3. Annie LAZOR, 2’24s42. Lilly KING, 2’25s23 en séries, 5e en 2’25s31 en finale.

50 papillon : 1. Kelsi DAHLIA (ex-WORRELL), 25s48 ; 2. Kendyl STEWART, 25s83.

USA (1): SIMONE MANUEL ET KATIE LEDECKY ASSURENT, CAELEB DRESSEL DÉCROCHE

CHAMPIONNATS DES USA A IRVINE

Éric LAHMY

Caeleb DRESSEL a bien commence son année de professionnel. Il s’est ramassé, 6e, sur 100 mètres, la distance qu’il dominait, l’an passé, de la tête et des épaules. J’aimerais avoir un retour US de cette mésaventure d’un garçon qui a perdu une seconde et quatre sur son record de Budapest, en finale du mondial ! C’est fou ce que la natation pro ne représente pas une voie royale, parfois, et exige des adaptations dont tout le monde ne sort pas indemne. En signant un contrat pro (en l’occurrence avec Speedo), le nageur n’a peut-être pas fait attention aux petits caractères, qui lui demandent de se trouver dans des « coups » qui peuvent aller à l’encontre de sa préparation. Qui sait?.

Un qui s’en sort toujours bien, c’est Nathan ADRIAN. Parcours admirable du champion olympique 2012. Il ne gagne pas toujours, mais, qu’il pleuve ou qu’il vente, il est toujours sur le podium. Cette fois, il fait 2e derrière Blake PIERONI. Jusqu’ici reconnu aux Etats-Unis pour avoir, le premier, « battu » la minute et demie sur 200 yards en petit bassin, voilà de Blake en question qui transcende son exotique record (battu presqu’immédiatement par Townley HAAS) et devient numéro un en grand bassin…

Est-ce que ça le rend invincible sur la distance ? Pas le moins du monde. Pieroni, en l’occurrence, est un poil meilleur qu’il ne l’était aux mondiaux de Budapest, en 2017, quand, dans le relais quatre fois 100 mètres des USA, il avait nagé 48s40 au départ des séries et 48s08 au pied en finale. Il reste à distance respectueuse du meilleur Dressel et se trouve devancé par les leaders mondiaux de la saison. Mais disons qu’il est dans le coup…

Disons aussi que les places de Pieroni et de Haas laissent entrevoir de bons temps sur 200 mètres…

Côté filles, c’est Simone MANUEL qui réussit l’exploit. Chaque saison démontre que la championne olympique de Rio est bel et bien la meilleure sprinteuse du monde. Bien entendu, libre à nous de penser que Cate Campbell ou Sarah Sjöström ont leur mot à dire, mais voilà : championne olympique à Rio, championne du monde à Budapest, championne des USA avec un nouveau record national, la brune Simone est d’une race de championnes à part – pas la race noire, la race des gagneurs, de celles et ceux qui se surpassent au jour J et à l’heure H (comme KROMOWIDJOJO, ou ADRIAN chez les hommes). Mallory COMERFORD détenait le record. Mais en finale, Manuel l’a devancée et a effacé son nom du tableau des records…

Retour d’Allison SCHMITT. La championne olympique (200 mètres) de 2012 (et de 2016 avec le relais quatre fois 200 mètres), après avoir eu l’air de s’éloigner un peu – mais jamais très loin – avait décidé l’automne dernier qu’elle allait remettre ça en grand. « Seulement » 6e du 100 mètres des championnats US, mais l’enthousiasme est revenu et le talent est toujours là…

Si DRESSEL n’a pas réussi son premier 100 mètres libre de professionnel, Katie LEDECKY, également devenue pro, n’a pas transcendé. Neuvième des séries du 100 mètres avec 54s42, elle a déclaré forfait pour la finale B, la seule qui lui était offerte (Melissa FRANKLIN, elle, gagnait la finale C et rentrait par la petite porte dans la compétition après deux saisons de doutes et de blessures). Ledecky, en revanche, demeurait intouchable sur 800 mètres, qui devançait Leah SMITH d’un tiers de bassin. Elle est restée à sept secondes de son record du monde, vieux de deux ans puisqu’établi en finale olympique, 8’4s79. Ce ne fut pas faute d’essayer, à preuve un passage en 4’2s29, près de celui de Rio il y a vingt quatre mois, 4’1s98. Peut-être est-elle partie trop vite, 57s34 et 1’58s24 contre 57s98 et 1’59s42 au Brésil ?

FLICKINGER « EFFACE » LA LÉGENDAIRE MARY T. MEAGHER

Sur 200 mètres papillon dames, Hali FLICKINGER démolit une performance légendaire, les 2’5s96 établis par Mary T. MEAGHER en 1981 ! Le temps de Meagher avait été beaucoup plus tard battu au niveau mondial surtout par des filles dopées jusqu’à la moelle. Il paraissait outrecuidant à l’époque.

L’année suivante, Mary T vint nager en France et je la « coinçai » pour une interview serrée. A part ses qualités de nageuse extraordinaires, et une discipline et un mental dont je ne trouve meilleur exemple que la Katie Ledecky d’aujourd’hui, Meagher était une fille normale, à peine costaude ; si je puis me permettre, je lui trouvai un profil assez romantique à la Joan Baez.

Je me souviens qu’elle me racontait avoir appris à nager dans une piscine assez particulière, qui avait été « taillée » dans un lac, dans sa bonne ville de Louisville, dont je vis des photos incroyablement belles, voire magiques, dans je ne sais plus quelle revue, Sports Illustrated ou Swimming World ! Je me souviens aussi que pendant cet entretien, un nageur français, Pierre Andraca, je crois, m’interpella d’un « alors Lahmy, on ne s’ennuie pas. »

Il devait me prendre pour Pierre Fulla !

 

MESSIEURS.- 100 libre  49s04 : 1. Blake PIERONI, 48s08; 2. Nathan ADRIAN, 48s25; 3. Townley HAAS, 48s30; 4. Zachary APPLE, 48s34 (en séries, 48s06); 5. Michael CHADWICK, 48s44; 6. Caeleb DRESSEL, 48s50; 7. Maxime ROONEY, 48s56 (en séries, 48s27); 8. Ryan HELD, 48s65. Finale B: 1. Tate JACKSON, 48s20; 2. Dean FARRIS, 48s52; 3. Robert HOWARD, 48s67; 4. Justin RESS, 48s74; 5. Michael JENSEN, 48s75. En séries, Daniel KRUEGER, 48s87 ; Conor DWYER, 48s93 ; Ryan MURPHY, 48s98.

200 papillon  1’56s58 : 1. Justin WRIGHT, 1’54s63 ; 2. Zach HARTING, 1’55s11 ; 3. Gianlucca URLANDO et Jack CONGER, 1’55s21; 5. Tom SHIELDS, 1’55s25; 6. Chase KALISZ, 1’55s42; 7. Trenton JULIAN, 1’56s20; 8. Jack LEVANT, 1’56s43 (en séries, 1’55s89). Finale B : 1. Sam POMAJEVICH, 1’56s28. En séries, Mike THOMAS, 1’56s41, Gunnar BENTZ, 1’56s59    

1500 libre  15’10s66 : 1. Jordan WILIMOVSKI, 14’48s89 ; 2. Robert FINKE, 14’55s34; 3. Zane GROTHE, 15’0s85; 4. Nick NORMAN, 15’8s81; 5. True SWEETSER, 15’10s65.

 

DAMES.- 100 libre 54s42 : 1. Simone MANUEL, 52s54 (record des USA, ancien, COMERFORD, 52s81) ; 2. Mallory COMERFORD, 53s09 ; 3. Margo GEER, 53s44 ; 4. Abbey WEITZEIL, 53s56; 5. Lia NEAL, 53s95; 6. Allison SCHMITT, 54s24; 7. Kelsi DAHLIA, 54s41 (en séries, 54s32). Finale B: 1. Katie MCLAUGHLIN, 54s24.

800 libre   8’26s85: 1. Katie LEDECKY, 8’11s98; 2. Leah SMITH, 8’22s79; 3. Haley ANDERSON, 8’24s13; 4. Ally MCHUGH, 8’24s22

200 papillon   2’7s35 : 1. Hali FLICKINGER, 2’6s14 (en séries, 2’5s87, record des USA, ancien, Mary T. MEAGHER, 2’5s96 en 1981); 2. Katie DRABOT, 2’7s18 (en séries, 2’7s30); 3. Regan SMITH, 16 ans, 2’7s42.   

BRUCE HUNTER (1939-2018), LE HÉROS QUI FONÇAIT DANS UN BROUILLARD

Éric LAHMY

Mardi 10 Juillet 2018

Le nageur américain Richard Bruce Hunter, 4e des Jeux olympiques de Rome sur 100 mètres, est mort ce 6 juillet, jour anniversaire de ses 79 ans.

Bruce fut un des rares étudiants champions de Harvard. Il a 21 ans quand il termine 4e du 100 olympique le plus contesté de l’histoire : l’Australien John Devitt est couronné alors que le chronométrage électronique a désigné l’Américain Lance Larson (dont les films de la course montrent qu’il touche devant) ! Mais on sait qu’étant à Rome, et le Chianti aidant (il faisait chaud ce jour là), les juges de la FINA ne pouvaient que rejoindre une infaillibilité papale…

Hunter, comme très souvent les universitaires US, était un vireur exceptionnel, et il eut quelque mal à traduire dans le grand bassin en mètres ses performances réussies en yards et petit bassin. L’année 1960, il termina ainsi 3e du 100 yards des NCAA en petit bassin, mais, avec deux virages en moins, ne parvint pas en finale du 100 mètres des championnats nationaux (AAU). Cependant, lors des sélections olympiques, quoique qualifié difficilement avec le 7e temps des séries, il arracha la 2e place qualificative pour les Jeux de Rome.

Lance Larson, qui était alors le recordman du monde du 100 mètres papillon, gagna cette course des sélections, dont le grand battu fut Jeff Farrell. Farrell, deux semaines plus tôt, avait gagné le titre US avec un record national (54s8). Le lendemain, il avait dû être hospitalisé et opéré d’urgence (appendicite). Les entraîneurs américains, compte tenu des circonstances, proposèrent à Farrell une qualification automatique, sans passer par les sélections. Hors de question, répondit celui-ci. Un jour après l’opération, le ventre saisi par un énorme pansement et suivi par les médecins de l’hôpital, Farrell entrait dans l’eau et préparait les sélections.

Hunter n’était pas satisfait de son exploit. Il avait devancé d’un dixième un Farrell convalescent. Farrell jouissait d’une réputation d’invincibilité méritée parmi les nageurs et les dirigeants US, autant sur 100 mètres que sur 200 mètres, où il chatouillait les records établis pendant l’olympiade par les Australiens Devitt et Konrads et le Japonais Yamanaka. S’il avait perdu les sélections, c’est qu’en raison de la proximité de son opération, il n’avait pas pu plonger correctement et avait effectué un virage de demi-fond au lieu de sa culbute habituelle. Hunter, persuadé que, avec deux mois de convalescence et d’entraînement, Farrell gagnerait la course olympique, s’en alla proposer sa place dans l’équipe américaine à Farrell et à l’entraîneur chef de l’équipe américaine, Gus Stager.

Farrell refusa l’offre de Hunter, qu’il qualifia d’ « extraordinairement généreuse ». Il fut du voyage de Rome au titre des relais. Il aurait, m’a-t-on dit, pendant le stage été chronométré lors d’un test sur 100 mètres en 53s6, soit une seconde et demie plus vite que le temps du vainqueur de la course individuelle ! (1)

IL ÉTAIT A LUI SEUL L’ÉQUIPE DE SON ÉCOLE

Hunter, 1,84m, 79 kilos, montra, dès ses débuts, à onze ans, lors d’un test d’aptitude au YMCA local, une facilité naturelle dans l’eau. Il nagea ensuite pour son école secondaire, Cambridge and Latin High School. Comme Cambridge n’avait pas de piscine, Hunter constituait à lui tout seul toute l’équipe, et parvint à terminer 4e et 5e des rencontres interscolaires. Etudiant à Harvard, il remporta le 50 yards des NCAA en 1960 et améliora deux records universitaires, sur 50 et 100 yards en 21s9 et 48s6. Sur 100 yards, toujours en 1960, il fut disqualifié pour ne pas avoir touché le mur lors d’un virage, rappelle Braden Keith pour Swim Swam.

Ce virage, Hunter le manqua-t-il parce qu’il était fortement handicapé ? Amblyope – « techniquement aveugle » – il devait soit garder ses lunettes, soit être accompagné pour se rendre vers son plot de départ avant chaque course. Ce faible champ de vision lui posait quelques soucis dans les piscines qu’il ne connaissait pas, et l’amena à se casser un bras lors d’une arrivée de course, en 1959.

Le garçon qui nageait dans un brouillard n’en était pas moins joueur, voire casse-cou. Il se fractura un orteil sur un trampoline à la veille d’un meeting et s’arracha l’ongle d’un orteil sur le chemin des vestiaires après sa qualification olympique.

Études achevées en 1961, Hunter s’engagea pendant deux ans dans la marine qui lui offrait des moyens de s’entraîner après l’université, mais il ne put se qualifier pas, comme il l’avait souhaité, pour les Jeux olympiques de Tokyo, en 1964.
 (1) Cette histoire est contée dans un livre que publia Jeff Farrell en 1961, Six Days To Swim.