GARY DILLEY, USA: DOSSISTE D’ARGENT

DILLEY [Gary J.]. (Washington, Columbia, USA, 15 janvier 1945-). 2e du 200 mètres dos des Jeux de Tokyo, en  1964. Qualifié sur 200 mètres dos pour les Jeux de Tokyo, Dilley, qui était totalement inconnu – la vedette du dos mondial était alors le recordman du monde (2’10s9) Tom Stock, lequel ne s’était pas qualifié pour les Jeux –  améliora le record olympique en séries (2’14’’2) et en demi finales (2’13’’8). En finale, son compatriote Jed Graeff (1,97m), qui menait de deux dixièmes à mi-course, 1’3s1 contre 1’3s3, le devança d’une main, avec un nouveau record du monde, 2’10’’3 contre 2’10’’5. Dilley (1,86m, 75kg) fut aussi champion du monde universitaire du 200 mètres dos en 1965 à Budapest (Hongrie). Cette année là, beaucoup plus lent qu’aux Jeux olympiques de Tokyo, avec un temps de 2’13s7,  il réalisa un rare ex-aequo pour la première place avec le Russe Viktor Mazanov, et tous deux devancèrent de peu Thompson Mann, 2’13s9. Dilley enleva par deux fois les deux titres universitaires de la NCAA en dos (100 et 200 yards) en 1965 et en 1966, en respectivement 52s6 et 52s39 au 100, 1’56s2 et 1’56s41 sur 200. Diplômé de l’Université de Michigan, où il nageait avec les Spartans, Dilley est devenu dentiste en pédiatrie et orthodontiste, diplômé des Universités d’Indiana et de Caroline du Nord.

PAUL BEULQUE: QUAND LA CAPITALE DE LA NATATION FRANçAISE ETAIT TOURCOING

BIOGRAPHIES

BEULQUE [Paul Louis Désiré] (Tourcoing, 29 avril 1877-1er novembre 1943). Son portrait a été tracé par Christian Dorvillé, qui, dans son ouvrage sur les Grandes figures sportives du Nord-Pas-de-Calais, reprend un texte de Patrick Pelayo : « De 14 à 21 ans, il occupe plusieurs emplois dans l’industrie textile florissante à cette époque à Tourcoing. Après les longues journées de travail, il fait de la gymnastique à la société locale « L’Union Tourquennoise » où il remporte de nombreux trophées individuels. Il fera même partie des dirigeants de cette société », écrit cet auteur.

« Dès l’âge de quinze ans, avec ses amis Henri Papin, Paul Bossu (qui furent avec lui les fondateurs du club des Enfants de Neptune), il va se baigner dans les fossés de la « cense » (ferme) Montagne, où il devient le champion de la « patte de chien » qui devait devenir le crawl. Il se rend aussi le dimanche à la piscine des bains Roubaisiens, rue Pierre Motte ou mieux encore à l’école de natation du pont Morel.

Devenu un bon gymnaste, sachant lire, écrire et nager, il réussit à faire son service militaire aux Pompiers de Paris où il découvre la méthode suédoise et une gymnastique dite analytique. Libéré du service militaire en septembre 1901, rentré à Tourcoing, le voici qui fait partie des sapeurs-pompiers de la ville.

En 1902, il passe avec succès l’examen de professeur de gymnastique de l’école normale de Douai. Les programmes de formation sont basés sur la gymnastique suédoise et sur les travaux de Georges Demeny, originaire de Douai. Il se retrouve moniteur de gymnastique dans les écoles communales de Tourcoing.

En 1904, Paul Beulque fonde la société de natation des « Enfants de Neptune de Tourcoing. » L’assemblée générale du 24 juin de cette année relate la présence de vingt-quatre membres; Paul Beulque et son ami Florent Laporte sont désignés par acclamations comme moniteurs-chefs. Beulque conservera ce « grade » toute sa vie.

1904-1909 : les débuts sont laborieux mais l’environnement est favorable au water-polo. Les Pupilles Neptune de Lille sont les premiers champions de France en 1900; en Belgique, l’Antwerp Swem Club, jumeléaux Enfants de Neptune, joue au water-polo depuis longtemps.

Le 28 août 1909, les ENT sont champions de France. Beulque fait lui-même partie de cette équipe championne de France en 1910, 1911, 1912, 1913, et, encore en 1920 (il a alors 43 ans), après l’interruption provoquée par la guerre.  Beulque est sept fois international de water-polo, capitaine de l’équipe de France en 1921 et deux fois international de natation en 1913.

En 1911, le députe-maire Gustave Dron, accompagné par son adjoint le docteur Lagache, visite la piscine et déclare : « la natation est obligatoire pour tous les élèves de la ville. » Dron, docteur en médecine et homme d’action, joue un rôle essentiel dans le développement du sport et des activités sociales de la ville. Paul Beulque, lui, se révèle un professeur infatigable et ingénieux. En octobre 1911, quelques classes sont convoquées et l’étude de la brasse élémentaire voit le jour. Paul Beulque aime l’efficacité, mais se trouve devant un problème compliqué. Prendre un élève à la fois, lui montrer les mouvements, les lui faire exécuter en se mettant au besoin à l’eau avec lui, c’est bon pour une leçon individuelle. Comme on va lui amener 40 à 60 élèves à la fois, il faut trouver autre chose. Il imagine de toutes pièces un appareillage collectif qui va, par suspension par câbles et poulies, permettre d’enseigner 60 élèves à l’heure, tous sanglés et maintenus de cette manière à la surface de l’eau.

Chaque année sortiront des écoles des centaines d’élèves, bons nageurs qui prendront le chemin de la piscine et dont l’élite viendra grossir les rangs des Enfants de Neptune. C’est en fait le but que vise de Paul Beulque.

UNE PEDAGOGIE A SOIXANTE A L’HEURE

Il se révèle un pédagogue né qui se fait craindre et aimer de tous. Sa devise « travail discipline camaraderie » et son slogan « l’heure c’est l’heure, avant l’heure de n’est pas l’heure, après l’heure ce n’est plus l’heure » resteront ceux du cllub. Il instaure une présentation des résultats lors des fêtes scolaires de fin d’année.

Le 3 août 1914, Beulque est mobilisé, à quelques jours de la naissance de sa fille Paule, son seul enfant, laquelle épousera Vandeplanque, médaillé olympique de water-polo en 1928 à 17 ans. Il est fait prisonnier le 23 août, et le restera jusqu’en 1918. Revenu de la guerre, il se remet au travail, affine sa méthode et trouve en Armand Descarpentries, un instituteur et professeur de gymnastique, un collaborateur et un confident avec qui il publie en 1922 leur « méthode de natation », influencée par sa connaissance de la gymnastique et des oeuvres de Demeny et Hébert, qui est immédiatement reconnue par la Fédération française de natation et de sauvetage. Lui-même, quand il officie, au bord du bassin, porte la blouse blanche, comme les contremaîtres dans les filatures.

En 1923, il publie une méthode de water-polo. Il travaille inlassablement au niveau scolaire et au club tant en natation qu’en water-polo. De nombreux champions de natation sont, à l’instar de Henri Padou, des tourquennois. Aucun titre de water-polo n’échappe à Tourcoing. C’est le fruit d’un entraînement quotidien, voire biquotidien basé sur une sélection large parmi la population scolaire.

En 1924, les Jeux se déroulent à Paris, et la France est championne olympique de water-polo, avec cinq de ses sept joueurs tourquennois. Paul Beulque en est l’entraîneur. Il reçoit les palmes académiques, la médaille d’or de la FFN, sera nommé chevalier de la légion d’honneur. Toujours entraînée par Beulque, la France sera 3e des Jeux d’Amsterdam (1928) et 4e aux Jeux de Berlin (1936). 31 joueurs des ENT porteront les couleurs nationales entre 1909 et 1943, et en 1930, le 7 national est cent pour cent tourquennois. Mais des ennuis de santé accablent Beulque. Il a formé des successeurs, Paul Lambret, Emile Bulteel, Alphone Casteur, prend sa retraite en 1941 mais reste président du club. Tourcoing, pendant ces années, est plus ou moins la capitale de la natation française. Le jour de la Toussaint 1943, il attend, alité, les résultats de l’équipe de water-polo. Il s’éteint à 23 heures.

POUR ISL, SARAH SJÖSTRÖM GAGNERAIT 15 FOIS PLUS DANS LEUR CONCEPT QU’EN REMPORTANT LA COUPE DU MONDE FINA

Eric LAHMY

Lundi 8 Janvier 2018

Ayant échappé à un cobra du Cap, une espèce des plus venimeuses, qui s’est mis à la siffler à un demi-mètre de ses jambes, alors qu’elle se promenait à cheval au Cap, en Afrique du Sud, où elle passait des vacances studieuses – famille et natation – Sarah Sjöström a évoqué pour certains journaux suédois l’opportunité de nager dans la formule proposée par Konstantin Grigorishin et le cadre de la Ligue de Natation Internationale (ISL).

Il y a de quoi être tenté pour la Suédoise. Bien qu’elle ait gagné 3 millions de Couronnes (300.000 euros environ) grâce à ses prestations en Coupe du monde, elle ne peut pas rester insensible aux calculs prometteurs qu’ont agités devant elle les organisateurs de la Ligue. Ceux-ci ont estimé que dans le cadre des compétitions qu’ils prévoient de lancer, elle aurait gagné quinze fois plus.  

« Cette compétition, a-t-elle expliqué sur la chaîne SVT Sport, a été imaginée selon un format très amusant pour les nageurs, mais également attractif pour les spectateurs. Vous concourez dans le cadre de votre équipe et essayez de ramasser le plus grand nombre de points. C’est un peu la réponse de la natation à la Champions League. »

« IL SERAIT DOMMAGE DE RESTER COLLES AU MODELE DES ANNEES 1970 »

Au sujet du concept proposé par la FINA pour contrer celui de l’ISL dans un modèle lui ressemblant comme un jumeau, Sjöström a paru s’étonner : « on se demande bien d’où ils vont sortir cet argent ; du ciel semble-t-il ? Ils l’avaient depuis toujours, mais préféraient le garder pour leurs vacances en famille. De plus, ils commettent un plagiat. Etrange également qu’ils monopolisent l’organisation. Cela doit changer et d’autres qu’eux devraient pouvoir créer des compétitions. Que la FINA soit capable de menacer de suspendre, d’éliminer des nageurs, est en soi une chose incroyable. »

A la question de savoir si elle préférait le concept d’ISL à celui de la FINA, Sjöström a répondu avec prudence : « nous n’avons pas testé le concept jusqu’ici. C’est une ère nouvelle pour la natation. Il serait dommage de rester collés aux années 1970. Nous méritions mieux en termes d’argent. Après tout la natation est le sport le plus pratiqué au monde. Il y a de l’argent, et je ne pense pas tellement à ma situation, mais ceux qui sont derrière, peut-être les 20 nageurs au sommet dans le monde, qui ont du mal à toucher un centime et peuvent à peine payer leur loyer. » 

Cornel Marculescu interrogé par la même chaîne suédoise de télévision le 17 décembre dernier, prétendait que la FINA défendait l’intérêt des nageurs. Mais pour donner plus, vous devez avoir plus d’argent sur la table, expliquait-il, mettant en avant que « la FINA est la seule fédération internationale qui assure des compensations pour les voyages, le logement et la nourriture des nageurs. Aujourd’hui nous avons 960 nageurs [dont quatre par nations invités aux championnats du monde] et tout le monde participe. »

Disons que ces invitations ne sont pas forcément une bonne idée, au plan de la compétition, puisque sont invités aux mondiaux des nageurs relativement très faibles, sans aucune représentativité à ce niveau ; en revanche, c’est une excellente initiative sur le plan électoral, puisqu’elle permet à la FINA de s’assurer une clientèle et des suffrages tout acquis lors des élections.

On a pu voir ainsi à Hangzhou une nageuse gambienne à 46s14 au 50 mètres, soit deux fois moins rapide de Kromowidjojo, gagnante en 23s19, une dossiste soudanaise à 49s06 sur 50, ou encore 35 filles entre 1’ et 1’23s en séries du 100 libre. Bien entendu, il ne s’agit pas de désigner ces personnes qui ne sont pas responsables d’être invitées, mais de constater que rien n’est trop cher, pour la FINA, quand il s’agit de s’assurer sa réélection.

LA BANALITE DE L’EXCELLENCE OU L’ABSENCE VISIBLE DU TALENT

Eric LAHMY

Vendredi 4 Janvier 2018

Rien de nouveau sous le soleil. Cela fait des années que Daniel F. Chambliss, professeur en sociologie du collège Hamilton, à Clinton, état de New-York, s’est fendu d’un essai sur « La Banalité de l’Excellence ». Pourquoi n’en parler qu’aujourd’hui ? Parce que j’ignorais l’existence de ce texte jusqu’ici.

La question du talent obsède les pensées et les discours. Elle est très controversée. Pour les uns, le talent est essentiel et il ne sert à rien de s’efforcer si on n’a pas en soi cette qualité. Pour les autres, le talent est surfait, il n’explique rien, l’essentiel se trouve ailleurs ; Chambliss penche de ce côté de la balance, et surtout, prétend-il, le talent est plus banal qu’il n’y parait.  

Pourquoi Chambliss a-t-il choisi de se pencher sur la natation pour approfondir ce sujet ? Dans aucun autre domaine que le sport, nous dit-il, la réussite ne peut se mesurer plus clairement et plus exactement. Temps électroniques, classements, médailles pour le premier, le deuxième, le troisième, bilans et statistiques donnent la place exacte des athlètes, des nageurs.

La mesure de l’excellence descend, en natation, jusqu’à des profondeurs insoupçonnées. Le sport est stratifié en « séries ». Tel va nager en juniors, l’autre se situe au niveau olympique, etc. Les couches de niveaux s’ajoutent et se superposent.

D’une façon plus personnelle, Chambliss, au moment de son travail, avait enseigné la natation en « age group » pendant cinq années dans l’état de New York ce qui lui avait permis de suivre un nombre de compétitions.

L’enquête sociologique de Chambliss s’est étendue de janvier 1983 à août 1984, vingt mois durant lesquels il suivit une série de compétitions nationales ou internationales conduites par la Fédération US de natation, USA Swimming.

Pourquoi Chambliss a-t-il été amené à questionner la notion de talent ? Parce qu’il estimait, me semble-t-il, que le terme était mal employé.

« Quand les coaches des sommets de la hiérarchie parlent de ce qui fait le succès, ils songent aux différences entre athlètes qu’ils voient tout en haut du sport. Leur ignorance des réalités quotidiennes des programmes inférieurs les empêche d’avoir une vue vraiment comparative. Quand les journalistes olympiques écrivent au sujet des athlètes, ils débutent leur enquête typiquement après la réussite, et ne disposent pas d’une vue longitudinale légitime, seulement de la mémoire, distordue des lointains de la carrière du nageur… »

Je ne sais pas si Chambliss estime que le talent n’existe pas. Mais cela ressemble. En sociologue averti, il n’utilise pas un langage aussi direct. Dans sa démarche, il part de la notion d’excellence sportive. « Par excellence, dit-il je désigne « la supériorité cohérente de performance ». L’athlète qui excelle est celui qui, de façon régulière, presque routinière, fait de meilleures performances que ses concurrents. Cette régularité inscrit sa supériorité (individuelle ou collective) dans la durée et montre qu’elle n’est pas accidentelle.

Chambliss établit la liste de ce qui, selon lui, ne produit pas l’excellence : 1). L’excellence, dit-il, n’est pas le produit de personnes socialement déviantes. Si leurs résultats  résultent de caractéristiques personnelles, ces caractéristiques n’ont rien d’évident. La légende veut qu’ils aient plus de confiance en eux, mais cette confiance est plus causée par leur réussite que le contraire. 2). L’excellence ne résulte pas de changements dans le comportement de la personne. En soi, l’augmentation du temps d’entraînement, une amélioration de son psychisme, le fait de tourner les bras plus vite, n’amènent pas le nageur à s’élever dans son sport. 3). L’excellence ne résulte pas non plus d’une qualité spéciale innée de l’athlète. Qu’on l’appelle « talent », « don », ou « habileté naturelle, » « ces termes sont utilisés pour créer la mystique des processus essentiellement banals de la réussite sportive, nous laissant loin d’une analyse réaliste des facteurs de création des performances exceptionnelles ; ils permettent de nous protéger de la responsabilité de nos propres achèvements. »

D’où vient donc l’excellence ?

Elle n’est pas le produit de facteurs quantitatifs comme le volume d’entraînement, le temps passé à s’entraîner, soutient encore Chambliss. Ces facteurs existent bien, mais ne sont pas décisifs. En revanche, ajoute-t-il, ceux qui excellent font les choses différemment. Leurs parents traitent le sport différemment, les nageurs se préparent différemment pour leurs courses.

Chambliss met en exergue trois « différences » : 1). La technique. La différence technique entre un nageur international et de petit niveau est importante. 2). La discipline. 3). L’attitude : ce qui ennuie le petit nageur plait au grand nageur. Il est incorrect de dire que les bons nageurs font des sacrifices. Ils aiment ce qu’ils font.

Ce sont donc des « différences qualitatives » qui distinguent les niveaux sportifs. En outre, « les athlètes grimpent vers les sommets par bonds qualitatifs. Ces bonds qualitatifs concernent la technique, la discipline, l’attitude. »

Plus n’égale pas mieux, dit-il encore, tentant une comparaison hardie avec Clausewitz et Napoléon. Selon Clausewitz, les grands généraux grimpent vite, et chacun sait que Bonaparte était général à 26 ans.

« Les coaches de pointe américains tombent dans ce panneau ; ils attribuent le succès, souvent, au « travail dur » ou au « talent ». Comme ils vivent au sommet, de façon non réfléchie, y ayant passé pratiquement toute leur carrière, ils ne voient pas ce qui crée la différence entre les différents niveaux. Dans certaines situations, celui qui va faire plus va un peu progresser. De là, on extrapole… »

En interrogeant les uns et les autres, on imagine que tout un chacun chez les nageurs vise le même objectif, que tous veulent devenir des champions olympiques. Faux, répond Chambliss. D’aucuns veulent l’or, d’autres veulent entrer dans l’équipe, d’autres encore veulent s’exercer pour être en forme, ou s’amuser avec des copains, ou être au soleil et dans l’eau… Il y a aussi ceux qui entendent échapper à leurs parents.

Pour notre auteur, ce qu’il a vu peut simplement refléter la domination d’une certaine faction de nageurs et de coaches. Cette faction impose une terminologie, qui est celle du sommet de la pratique, et cela donne à peu près ceci :  

« Ceux qui font des performances sont censés avoir le talent. Quand leurs performances déclinent, ils sont supposés avoir gâché leur talent. »

Est-il idéologique de penser, comme il le prétend, qu’il est des « athlètes naturels » quand d’autres ne le sont pas ? Nous croyons, insiste-t-il, que ce talent, conçu comme une substance derrière la réalité de surface de la performance, est ce qui distingue finalement les meilleurs athlètes.

Or sur au moins trois points le talent est inadéquat.

*D’autres facteurs que le talent expliquent le succès athlétique plus précisément. La localisation géographique par exemple en Californie du Sud ; un assez haut revenu familial pour payer les coûts générés par la natation ; l’accès à une piscine ; la taille, le poids et les proportions du corps ; la chance d’avoir un bon enseignement ; une structure musculaire si possible forte et flexible ; le plaisir de nager, une bonne coordination ; des fibres musculaires adaptées. »

Un peu plus loin, il cite une étude  sur le développement des nageurs olympiques, d’Anthony G. KALINOWSKI, lequel, à l’issue d’une recherche sur les nageurs olympiques, s’étonne : « une des plus effarantes découvertes de notre étude a été qu’il faut du temps pour reconnaître un talent de nageur. En fait, cela demande d’être performant à un niveau régional. Et plus souvent à un niveau national, avant que l’enfant soit identifié comme talentueux. »

Suit le propos désabusé ou interrogatif d’un nageur : « ils ne disaient pas que j’avais du talent avant que je ne devienne bon. Puis ils ont commencé à dire que j’avais du talent. »

Selon KALINOWSKI, « on voit le succès et immédiatement on en infère une cause, une cause pour laquelle il n’a aucune autre évidence que le succès lui-même. Ici, comme ailleurs, le dit talent, ou ce qu’on appelle le talent, ne peut être mesuré, ou vu, ou senti d’une autre façon que par le succès auquel il est supposé donner naissance. »

Parmi les nageurs qu’il cite, Steve LUNDQUIST, le champion olympique du 100 mètres brasse des Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984, qui s’acharnait à tout gagner, à l’entraînement, à ne jamais rien laisser passer, pas la moindre série, par même l’échauffement…

Il raconte également le « développement » de Mary T. MEAGHER, qui, à un moment donné, dans sa vie de nageuse, devient plus sérieuse, et par exemple s’efforce d’effectuer tous ses virages et se montre très impliquée à l’entraînement. Meagher qui, rapporte-t-il, confie : « les gens ne se rendent pas compte à quel point le succès est une chose ordinaire. »

La question que je me pose est la suivante : le fait qu’un nageur soit sérieux et que son sérieux l’amène à de grandes réussites, contredit-il le fait qu’il ait du talent ? Et Chambliss, comme tous ceux qui nient la réalité du talent, font-ils, dans leur entreprise de déconstruction, semblant de croire que si le talent existait, il autoriserait celui qui en était pourvu à ne pas faire d’efforts ?

Dès lors, tous les exemples qui peuvent être trouvés de sérieux, d’engagement, voire de fanatisme à l’entraînement contrarient-ils l’existence du talent ?

Le talent est-il une tautologie ? Parle-t-on de talent, de façon erronée, comme synonyme de réussite ? Cela arrive, c’est sûr.  

Je suis persuadé que le talent existe. Et l’absence de talent aussi. Que les sociologues ne le voient pas ne démontre pas qu’il n’existe pas. Le talent ne se saisit pas facilement. Il est multiforme, un peu sournois, et insuffisant à assurer la réussite. Quelquefois, il éclate. Il est une chose, ce plus sans quoi on ne peut pas parvenir au plus haut: la part d’innéité indispensable. Le talent, c’est notre potentiel de base. Après, on peut n’en faire rien.

Brassens l’a chanté ; « sans technique, un don n’est rien qu’une sale manie… » Et le bon sens populaire l’a répété inlassablement : 5% d’inspiration, 95% de transpiration.

(1)The mundanity of excellence : : An Ethnographic Report on Stratification and Olympic Swimmers.

DE L’ÉGALITÉ DE TRAIN À L’EXIGENCE DE MAITRISES D’ALLURES VARIABLES

UN CHAMPION DE CRAWL DOIT- IL POSSÉDER PLUSIEURS TECHNIQUES DE NAGE ?

Éric LAHMY

Vendredi 28 décembre 2018

Que peut suggérer une thèse qui prendrait en compte la complexité de la natation ? C’est la question que je me posais lorsque au mois de février dernier, un jeune doctorant équatorien installé en France, David Napoléon Simbana Escobar, présenta sous la direction de David Seifert, enseignant et directeur de recherches de l’Université de Rouen et l’encadrement de Philippe Hellard, un sujet de thèse de doctorat, intitulée « variabilité de la technique de nage : adaptabilité aux contraintes et performance en natation. »

L’analyse du mouvement, en référence aux sciences de la complexité, constitue aujourd’hui une des directions dans lesquelles la recherche sportive tente des percées.

Or la natation se distingue, sous son apparente simplicité de reptation aquatique, par la complexité des mouvements qu’elle exige. Cette complexité n’est apparue qu’assez récemment. Jusqu’à ce qu’on puisse filmer de dessous la surface de l’eau le nageur en mouvement, ce qu’il faisait pour avancer évoquait pour ceux qui l’observaient d’en haut une devinette posée sur un rébus, ou la face cachée de la lune.
Mais cette complexité ne tient pas à l’ignorance initiale qu’on pouvait en avoir. C’est tout autre chose qui la distingue. L’humain est bâti pour la cueillette et la course terrestre ; rien ne le prédispose à nager… Nos débuts intra-utérins ne font pas de nous des êtres aquatiques, ce ne sont que la récapitulation par l’embryon, dans sa formation, de l’histoire évolutive de l’espèce, et donc, en l’occurrence, de son ancêtre aquatique. Comme le dit la science : l’ontogénèse récapitule la phylogénèse.

A la naissance, dès le cri primal, ses poumons se déploient et l’ultime représentant des primates n’est pas plus aquatique que le papillon n’est chenille en son envol.

Donc, l’humain ne nait pas nageur, il le devient… plus ou moins. Il s’y débrouille. L’élément liquide représente pour lui un défi important. Le mouvement de la nage s’effectue dans une position qui lui est étrangère, couché, allongé, dans un élément, l’eau, où respirer pose problème. L’homme ne dispose ni d’un corps fusiforme, ni de nageoires, et pour des raisons anatomiques, son effort privilégie, dans les techniques les plus efficaces qu’il a su développer, l’action des bras, qui sont deux fois moins forts que ses jambes.

D’autres particularités du milieu aquatique pourront en revanche paraître relativement avantageuses: ce sport est le seul qui, en course, provoque une fatigue première asphyxique et non cardiaque (a priori du moins) ; l’homme plongé pèse une fraction de son poids aérien, l’immersion provoque une reposante bradycardie. En sens inverse, l’élément liquide ne prête à ses actions motrices que des appuis incertains, voire fuyants, et le freine 800 fois plus que l’air. Si l’action verticale du battement de jambes, dans l’axe du corps, ne dérange pas la position posée sur l’eau, le travail des bras, conjugué avec l’obligation de respirer, exige un fort roulis des épaules, qui rend aléatoire le parcours de la main dans l’eau et exige un constant réalignement des surfaces propulsives. Le coureur à pied s’appuie sur la terre ferme et traverse l’air. Le nageur est doublement pénalisé dans son mouvement aquatique, dont la fluidité rend les appuis incertains, et la résistance contraint à produire, pour la vaincre, une forte action mécanique. Nager est un art différent de la course à pied ou du cyclisme. Tout, dans la nage, se conjugue pour exiger des adaptations particulières.

Assorti à la marche et à la course terrestre par un ou plusieurs millions d’années d’acclimatation, l’homme n’a découvert que par hasard les meilleures propulsions aquatiques. Ce marcheur, ce coureur programmé n’est nageur que par raccroc. Son premier mouvement naturel dans l’eau, panique mise à part, bras en avant comme pour conjurer une menaçante noyade, a pu ressembler à la brasse, plutôt celle de la grenouille d’ailleurs, que son acception moderne de technique de course: plus « pitié » que PEATY, si vous préférez. Certains nageurs développèrent aussi une technique où l’homme se posait dans l’eau sur le côté (l’indienne) ou sur le dos.

Si je puis me permettre d’avancer une hypothèse personnelle, je dirai que le style le plus adapté à la vitesse, le crawl, ne fut conçu que de façon indirecte, et presqu’accidentelle, par les Egyptiens, qui l’ont peut-être découvert, comme semble l’indiquer l’hiéroglyphe « nager », et les indigènes des mers du sud du Pacifique, qui l’ont imposé.

Pourquoi ces deux peuples et non pas d’autres? Le retour aérien des bras du crawl, aussi « naturel » peut-il paraître, n’est guère aisé à enseigner…

Or le point commun entre les anciens Egyptiens et les naturels des mers du Sud était que les premiers, pour enseigner la nage, posaient le corps des jeunes élèves sur une planche de papyrus, afin de les libérer du souci de respirer et de flotter, chose qui leur permettait de tirer sous l’eau et d’effectuer un ramener aérien des bras. Et que l’adaptation à l’eau des seconds se faisait sur des planches de surf, et donc exactement de la même façon. Il ne restait plus ensuite qu’à reproduire spontanément ce mouvement, une fois maîtrisé, cette fois sans la planche. Or, le reproduire, c’était crawler.

Certes, il s’agit d’une thèse très personnelle, indémontrable, mais qui me parait défendable.

LE RECORD, UN MOTEUR QUE MENACE LA PANNE SECHE ?

Pendant près d’un siècle et demi, le record a été le moteur de l’évolution de la natation. Aujourd’hui, ce moteur est menacé de panne sèche. Il devient de plus en plus difficile d’aller plus vite ; ces dernières décennies la plupart des avancées chronométriques se sont faites sur des innovations non nagées, ondulations sous-marines et virages acrobatiques. Les entraîneurs du haut niveau, qu’obsède à juste titre la question de l’efficacité motrice maximale, et face à la résistance grandissante des records à l’approche possible de limites humaines, cherchent à briser cette résistance et de trouver la faille dans « les aspects multiples [mis] en relation » dans la performance.

C’est là qu’une étude menée sur cette multiplicité, cette complexité qui tiendrait compte de la multitude de facteurs mis en jeu pouvait avoir quelque chose d’alléchant.

COMMENT NE PAS RATER LE TRAIN ET CONSERVER UNE BELLE ALLURE

L’étude du train (anglais: pace) en natation a ses lettres de noblesse. Elle a été depuis fort longtemps à la base des analyses de course. En France, voici plus d’un demi-siècle, l’entraîneur et journaliste François Oppenheim, avait collationné un grand nombre d’informations et aussi pas mal théorisé autour de la notion d’égalité d’allure. Il en avait fait, technicien averti qu’il était (il avait entraîné au Cercle des Nageurs de Marseille) l’un des secrets de la performance…

La notion a été affinée. En juillet dernier (donc en 2017), nous dit M. Simbana, quatre auteurs anglo-saxons (Kathy E. McGibbon, D.B. Pyne, M.E. Shephard et K.G. Thompson), effectuaient une recension des travaux sur le sujet (Pacing in Swimming : A Systematic Review) et sélectionnaient 23 études publiées jusqu’au 1er août 2017. Ils tentaient de mettre en lumière les stratégies les plus efficientes, course par course. Par exemple, ils concluaient que la stratégie la plus efficace en quatre nages est de conserver de l’énergie dans le parcours en papillon afin d’optimiser les performances dans les autres parcours, ou encore que la clé de la performance est de réserver la possibilité d’une accélération finale dans les courses du 200 au 1500 mètres. L’un des risques de ce genre de préceptes est de présenter un profil de course victorieux comme exemplaire d’une stratégie gagnante. On ne peut avoir plus tort.

M.SIMBANA a suivi dans son gros travail ce qu’il appelle des axes thématiques de recherche, lesquels se trouvent être :

1) l’analyse du mouvement en natation, la nage, les virages et les départs ;

2) la modélisation des effets de l’entraînement sur les réponses immunitaires, inflammatoires et neuro-végétatives. Toutes les études, relève-t-il, font apparaitre que si « l’exercice modéré renforce les défenses neurovégétatives et immunitaires […] l’activité excessive conduit à un dysfonctionnement de ces mêmes fonctions » ;

3) l’étude des relations entre l’entraînement et la performance : il tente donc, à partir de l’observation menée pendant vingt ans, de 150 nageurs, de dégager les modèles de préparation les plus performants « en terme de progressivité, de polarisation et de concentration », sachant que jusqu’ici, c’est dans ce qu’il appelle le seuil de nage que l’efficience de nage parait la plus élevée ;

4) l’étude sur les adaptations biologiques à l’entraînement, et en fait, la recherche de la prévention du surentraînement ;

5) l’étude de l’expérience et des conceptions des cadres en situation de conception du processus d’entraînement : plus simplement, il s’agit ici d’interroger les entraîneurs afin de mieux comprendre les facteurs de leur compétence…

Il y a du fourre-tout là-dessous, et parfois un jargon d’une inutile complication. Faut-il croire qu’on ne peut évoquer simplement la complexité ?

M. Simbana semble défendre l’idée que la recherche à prétention scientifique a permis une évolution de la natation. Il cite ainsi un travail d’Alain Catteau sur le 100 mètres nage libre s’étendant sur trois finales olympiques [dont on peut d’ailleurs dire qu’il n’avait pas été effectué, comme il le suggère, sur les Jeux de Munich, de Montréal et de Moscou, mais sur ceux de Mexico, de Munich et de Montréal (détail on ne peut moins indifférent)].

Discuter d’un tel « apport » (celui de M. Catteau) exigerait de trop longs développements, mais s’il peut être intéressant, c’est plus sur un plan anecdotique ou journalistique que scientifique.

Alain Bernard aux Europe 2010 de Budapest, raconte-t-il encore, visionne sa course de série et note qu’il n’a respiré que deux fois, donc pas assez, dans le premier 50. Il rectifie le tir en finale et gagne de 0s03, devant le Russe qui l’a dominé en série comme en demi-finale. Je ne suis pas contre, mais là encore, on peut raconter l’histoire d’une autre façon !

Des entraîneurs, ajoute M. Simbana, tissant sa problématique, ont suggéré que « la baisse de la fréquence gestuelle en entrée et en sortie de virage entraînait une réalisation non optimale de cette partie de la course… et que les meilleurs nageurs étaient caractérisés par la capacité de changer de stratégie technique au cours même d’une course pour s’adapter aux modifications de leur état physiologique et au déroulé stratégique de l’épreuve. »

Ces constats, continue-t-il, appuient ceux obtenus dans diverses études : les meilleurs nageurs étaient ceux qui étaient à la fois stables et adaptatifs dans leurs mouvements. Ces éléments sont capables de mettre en place des changements de stratégie instantanés devant les diverses contraintes liées à la course, dont la fatigue n’est certes pas la moindre.

Dès lors, il émet l’hypothèse que la COMTENCE DU NAGEUR DE HAUT NIVEAU est la capacité à créer de la vitesse horizontale en exerçant des forces propulsives élevées et en réduisant les résistances à l’avancement, et ce pour une gamme étendue de vitesses et de fréquences de nage (c’est moi qui souligne, E.L.).

Cette dernière précision est assez frappante dans la mesure où elle semble contrarier l’exigence d’égalité de train au nom d’une exigence opposée, celle d’une maîtrise d’allures variables.

Cette variabilité, continue-t-il, a amené les entraîneurs à « mettre en place des situations d’entraînement permettant aux nageurs d’acquérir des compétences visant à créer le maximum de vitesse dans des conditions de fréquences gestuelles et de coordinations élargies… » Cela pouvait être de « nager à des vitesses élevées stables avec des fréquences variables, élevées ou faibles ; ou nager à des fréquences stables avec des vitesses variables. 

M. Simbana cite une séance demandée à ses nageurs niçois par Fabrice Pellerin, dont je soupçonne fort qu’il a, par sa curiosité et sa créativité, inspiré pas mal d’avancées actuelles d’entraîneurs et de théories de chercheurs : il s’agit d’une série (10 fois 25 mètres) à « vitesse progressive sans fatigue », pour observer les liens entre les évolutions des vitesses et des fréquences gestuelles, qui sont, pense-t-il, « des indicateurs des qualités sensorimotrices du répertoire comportemental et des compétences techniques des nageurs. » M. Simbana rappelle alors que, selon Seyfried et Van Hoocke, 1993, « la seule prise en compte du nombre d’actions motrices, le nombre de coups de bras, pour des vitesses de nage variables, de sous-maximales à maximales, risquait d’induire des modifications des modèles de locomotion cycliques efficaces sur le plan du rendement propulsif mais non économiques sur le plan du coût énergétique et du contrôle moteur – coût attentionnel élevé pour contrôler la coordination motrice. »

Phrase assez sibylline, comme souvent dans ce genre de travaux, qui pourrait signifier, en clair : compter les mouvements de bras et ne s’appuyer que sur ce comptage pouvait être défavorable à l’efficacité du nageur, et donc contre-performant.

Comme tout un pan de l’école française s’est appuyé sur le comptage des coups de bras, je verrai là une pierre dans son jardin…

…Avec la fatigue intervenant, continue M. Simbana, « ces auteurs jugeaient problématique de demander à des nageurs le même nombre de coups de bras » tout le long d’une course. Le risque de travailler dans la même gestuelle dans une recherche d’une excellente maîtrise du cycle de nage aboutit, dit-il, à des stéréotypes.

J’ajouterai qu’il pourrait aboutir aussi à des défaites en course comme celle, à mes yeux emblématique, aux championnats du monde 2013, sur le 200 mètres brasse dames, de la Danoise PEDERSEN face à la Russe Julia EFIMOVA. Pedersen ayant battu le record mondial en qualifications, fut, dans la finale, devancée par Efimova. La Russe, après le virage des 150 mètres, changea complètement de rythme, raccourcissant sa nage et accélérant son mouvement, et parut y trouver une manière de se relancer. Pedersen sembla, en face, sans réaction ; elle continua à nager long dans d’immenses brassées de moins en moins toniques, parut s’éteindre, et perdit la course.

L’allongement de la nage, et donc l’efficacité maximale de chaque mouvement, qui est recherchée à travers le comptage, peut donc dans certains cas être défavorable à la réalisation de la meilleure performance possible, ou par exemple coûter la victoire dans une course serrée. Passer d’une nage longue à une nage plus courte, en fin de course, quand la fatigue atteint des niveaux panique, permet aussi d’accélérer le rythme respiratoire et donc d’améliorer l’oxygénation.

Il faudrait donc, soutient M. Simbana, barder le nageur d’un choix de gestuelles diverses, parmi lesquelles il pourra, selon la situation, mais aussi l’état de fatigue dans lesquels il se trouve, choisir l’outil technique opportun. On sait qu’entre autres, Guennadi TOURETSKI, l’entraîneur d’Alexandr POPOV, aimait faire nager ses élèves à des fréquences diverses et leur demandait parfois même d’effectuer des parcours à des fréquences « panique », style j’ai un requin qui me poursuit.

Ces expériences avaient, pour ce coach extrêmement inventif, un caractère empirique. Analysant les courbes de la vitesse de nage, de la fréquence gestuelle et de leurs relations, Fabrice Pellerin, mettant en lumière des « paliers non efficients » dans lesquels « l’augmentation de la vitesse est associée à une très importante augmentation de la vitesse gestuelle et donc à une diminution de l’efficience de nage » inférait que les dits paliers « pouvaient indiquer une phase de transition entre deux modes de coordination ou alors un mauvais couplage entre les registres sensoriel et moteur. »

« Des plateaux de fréquences gestuelles associées à une stagnation de la vitesse dans les derniers plateaux du test » pouvaient « témoigner d’une impossibilité à générer une fréquence de mouvement élevée » voire « d’un déficit de force propulsive à fréquence gestuelle élevée. »

MODÈLE DE FONCTIONNEMENT DU NAGEUR, VALEUR, INFLUENCE, LIMITES.

Le nageur tel qu’il a été défini par Raymond Catteau selon une formule célèbre, « est un corps projectile qui doit s’orienter, s’allonger, s’aligner, se rendre indéformable ; un corps propulseur qui doit pousser la plus grande masse d’eau possible, en sens contraire du déplacement, en profondeur, au moyen de forces d’intensité croissante. »

« Les limites de ce schéma, relève M. SIMBANA, étaient que les modalités d’adaptation des nageurs n’étaient pas interprétées. » La nage devenait un exercice figé.

Je suppose qu’elles n’étaient pas interprétées parce que là n’était pas le propos de Raymond Catteau, qui ne prétendait pas définir son nageur dans le cadre de la haute compétition, mais dans celui, plus général, d’un savoir nager. Si l’enseignement de M. Catteau est critiquable à plus d’un titre, il ne l’est pas dans cette définition.

Ce savoir nager va être enseigné par un maître de nage. Il restera ensuite à l’entraîneur, Bob Bowman, Lionel Horter ou Fabrice Pellerin, à lui enseigner les « tours » de la compétition… Comme le professeur d’université ne remet pas en cause l’enseignement de l’institutrice, mais l’élargit en le dépassant…

Dans ce qui ressemble assez à un long rappel des apports qui assoient son sujet, M. Simbana expose ensuite par le menu les modalités de l’analyse de course en France. Ces modalités permettent de découper la course en phases : temps de réaction, temps d’envol, distance coulée de départ, temps de coulée, temps de passage aux 15, 25, 50, 75 mètres, fréquence moyenne (cycles par minute), distance moyenne par cycle, nombre de mouvements, temps 5 mètres avant le virage, temps 5 mètres après le virage, distances de coulées…

…Il en va ainsi de la science. Loin de nous offrir une approche holistique, elle tronçonne constamment les problèmes. C’est une approche réductionniste, finalement assez exténuantes, sans doute indispensable. Qui a prétendu que le Diable est dans les détails ?

C’est un peu le sentiment qui m’étreint, en tant que lecteur de tels travaux. On parait vous proposer une thèse et vous vous retrouvez dans une problématique hérissée d’incidentes…

M. Simbana nous propose ainsi d’étudier le « pacing », si vous préférez l’équilibre d’allure ou encore le train en course.

L’auteur relève ce qu’il appelle une « complexité ‘’psychologique’’ » du pacing : « il est complexe de déterminer si le mode de pacing reflète une performance spontanée ou une stratégie prédéterminée et délibérée, » note-t-il. Au sens strict, il ne s’agit pas d’une complexité, mais d’une ignorance des choix (ou des absences de choix) des nageurs d’une course. L’idée qu’on a d’une performance peut être faussée par l’ignorance de ce que le nageur a voulu faire… comme rien ne dit qu’il a fait ce qu’il a voulu !

Il peut être frappant de voir comment, sorti de son attirail de mesures, le scientifique peut devenir incertain dans l’analyse, au point d’en oublier ses outils statistiques.

LA COURSE DU SIÈCLE, THORPE-VDH-PHELPS, AU FILTRE D’INTERPRÉTATIONS DIVERSES

Dès le début de son travail (page 25), M. SIMBANA donne l’exemple du 200 mètres nage libre des Jeux olympiques d’Athènes, en 2004, qu’il appelle la « course du siècle ». Or son commentaire me parait très discutable, et je me dis que nous n’avons pas vu la même course.

Comparant les temps des deux dernières longueurs de bassin que le vainqueur, Ian Thorpe, effectue en 26s88 et 26s79, il estime que Thorpe a accéléré. Bien sûr, puisque deux et deux font quatre? Eh! bien non, l’Australien n’a pas maintenu sa vitesse, et a perdu une demi-seconde. Finir en 26s79 du 150 au 200, c’est nager moins vite qu’en 26s88 du 100 au 150! En effet le 3e 50 mètres d’un 200 est chronométré de la touche du pied au mur des cent mètres à la touche du pied au mur des 150, alors que le temps du 4e 50 mètres est celui qui va de la touche au pied des 150 mètres à la touche finale du 200, à la main, donc avec un virage en moins.

Le temps d’un virage étant estimé à six dixièmes, on constate que Thorpe n’a pas accéléré dans sa dernière longueur, mais a perdu un peu de vitesse. S’il avait dû virer au 200, son temps eut été retardé de 0s6, soit 27s39. Élémentaire, mon cher Watson.

Trois années plus tôt, au Japon, lors des championnats du monde de Fukuoka, Thorpe avait établi le record du monde (1’44s06). Là, il avait fini en bolide, en 25s80, une seconde plus vite qu’à Athènes, après un passage plus lent. Aux Jeux olympiques, dans la course qu’analyse M. Simbana, il semble appuyer plus résolument afin de maintenir ses adversaires hors de leur zone de confort. Mais ce n’est pas tout: on peut noter que le Thorpe de 2004, à vitesse sur 100 mètres égale, nageait le 400 mètres trois secondes moins vite qu’en 2001. Ce fait avait dû le rendre moins confiant sur 200 mètres.

Une autre analyse fautive qui concerne la vitesse de nage peut être inférée, me signale Robin Pla, quand on explique, dans le parcours en dos d’un 400 mètres quatre nages, par une accélération le fait que le 2e 50 mètres du parcours en dos est plus rapide que le premier, alors que c’est l’effet de la différence entre le virage de papillon, touche à la main avec obligation de se tourner avant de se relancer au début du parcours en dos du 4 nages, et le virage en dos extrêmement propulsif avec touche au pied qui relance le nageur dans son 2e 50 mètres dos.

LA COURSE VUE DE PROFIL ET LE COMPROMIS DISTANCE FRÉQUENCE

Pour en revenir à Thorpe, il gagne à Athènes non pas parce qu’il accélère, mais parce que Van Den Hoogenband qui a lancé la course à une vitesse folle s’effondre épuisé. M. Simbana  note par ailleurs les « dégâts » que provoquent dans la course les virages de Thorpe, qui, écrit-il, domine totalement VDH dans ce secteur. Dès lors pourrait-on dire que Thorpe a gagné ce 200 sur les virages? Le vu de la course, qu’on trouve facilement sur You Tube,  n’est pas aussi évident, Thorpe ne distance VDH que dans le dernier virage, incident indicateur de l’épuisement du Hollandais, qui va se faire reprendre un mètre par Phelps dans la dernière longueur, et sauve de justesse la médaille d’argent.

Les chercheurs se sont amusés à élaborer des profils de train baptisés pacing négatif, positif, décroissant, stable, parabolique, en forme de J. La rapidité de la première longueur est provoquée par le plongeon, elle est moindre en dos, en raison du départ aquatique, ce qui donne des profils de courses différents.

En sprint, généralement, la stratégie est limitée. La « gestion » d’un sprint consiste à ne jamais oublier d’appuyer et de ne pas faire de faute technique.

La vitesse de nage est le produit  de la fréquence gestuelle et de la distance de nage, note encore l’auteur, truisme utile et répétitif qui permet d’affronter pour les renvoyer dos à dos les tenants de la fréquence et ceux de la distance de nage.

L’ÉQUILIBRE INSTABLE DE LA COURSE DE CENT MÈTRES

On peut cependant noter que les sprinteurs modernes équilibrent mieux leur course. On a pu voir cette tentative de nager un 100 mètres en égalité d’allure aux derniers championnats du monde en petit bassin de Hangzhou, en Chine, où le vainqueur, l’Américain Caeleb DRESSEL, gagne la course en alignant ses deux moitiés de course en 21s86 et 23s76, et devance, 45s62 contre 45s64, le Russe David MOROZOV, 21s39 et 24s25. Un autre finaliste de ce 100, le Russe GRINEV, 4e en 45s92, effectue également une course très équilibrée : 22s09 plus 23s83. Le champion olympique de Rio, l’Australien CHALMERS, observe lui aussi de telles données…

LA RELATION CONFLICTUELLE DE LA FRÉQUENCE GESTUELLE ET DE LA DISTANCE PAR CYCLE

L’auteur professe, expériences à l’appui, insiste-t-il, que le nageur adopte des profils de course assez similaires dans le temps, ce qui donne à penser qu’il « choisi sa stratégie de pacing en fonction d’une expérience antérieure indépendante de la compétition et du type de course. » Cette fidélité à une stratégie peut résulter, j’imagine, d’une qualité musculaire et nerveuse, d’un tempérament, d’un sentiment de confiance né d’un souvenir de succès obtenu avec cette stratégie, d’une directive d’entraîneur, de la façon dont celui-ci a conduit la préparation, etc., bref d’un grand nombre d’influences …

Si deux éléments participent à la vitesse de nage, la fréquence gestuelle et la distance par cycle, leur relation n’est pas simple. On ne peut  sans difficulté augmenter les deux paramètres conjointement, d’où la nécessité pour les entraîneurs de rechercher d’inévitables compromis. Pour M. Simbana, le nageur dispose de cinq possibilités. Un peu comme une voiture qui utiliserait un boîtier à cinq vitesses.

QUAND LE BATTEMENT DE PIED SE TRAITE PAR-DESSUS LA JAMBE

Malgré le caractère poussé de l’analyse, je dois admettre une certaine déception. Nul ne semble se risquer en-dehors, dans l’étude de la nage, de l’analyse du travail des bras. Pourquoi négliger ainsi les jambes ? Est-ce parce qu’on ne peut pas mesurer leur apport essentiel dans les accélérations ou le maintien de la vitesse de nage chez le crawleur, est-ce qu’elles ne répondent pas à de possibles améliorations techniques dans leur forme, ou a-t-on entériné une fois pour toutes le mantra selon lequel les jambes ne sont pas propulsives, toujours est-il que les jambes du nageur restent terra incognita, la face cachée de la Lune.

Dès lors je soupçonne des raccourcis, des erreurs par omission. Est-il sérieux, par exemple, d’analyser la fatigue comme le produit de la diminution de la cadence des bras quand, en fait, l’accélération du rythme cardiaque est provoquée par l’accélération de son battement de jambes, afin de maintenir sa vitesse alors qu’il ralentit son rythme de bras ?

C’est un petit peu comme si vous disiez d’un marcheur qui stoppe son mouvement pour griller une cigarette que d’arrêter sa marche produit un nuage de fumée.

Toujours est-il qu’on en restera là, un peu frustré par cette impression de fuite en face de la vraie complexité, quand, tout en admettant que « des performances de nage similaires se caractérisent par une plus grande variabilité de la distance par cycle que de la fréquence gestuelle », on ne tentera pas sérieusement d’aller plus loin que des « accélérations produites par les membres supérieurs du bassin » en passant une nouvelle fois sous silence le rôle du battement.

ÉQUILIBRER SON EFFORT OU S’ÉTALER À L’ARRIVÉE

Varier sa vitesse de nage, le fait a été établi et vérifié mille fois dans le cas classique des départs de course trop rapides, demande un effort supplémentaire au nageur, et, donc, nuit à sa performance. Si certains auteurs ne sont parvenus que récemment à quantifier de façon assez précise ce supplément de travail, les effets négatifs de la fatigue provoquée par un début de course trop rapide ont été mis en lumière assez tôt : François Oppenheim, dans son ouvrage La Natation, paru en 1965, insistait sur l’importance de l’égalité d’allure, surtout en demi-fond. Il citait des exemples d’équilibre de train respecté par des nageurs de demi-fond japonais (précurseurs) des années 1930 et 1940, et proposait de suivre une telle tendance.

J’ai oublié qui professait, voici fort longtemps, qu’une première moitié de course nagée une seconde trop vite était payée de deux (ou trois) secondes perdues dans la seconde moitié.

L’avenir a donné raison à ces précurseurs empiriques. De plus en plus souvent, les meilleurs nageurs ont eu tendance à étaler leur effort, puis à en mesurer les bénéfices, avant que l’idée selon laquelle cette régularité de nage permettait de nager plus vite ne se généralise.

QUAND DAVID WOTTLE MÈNE SA COURSE COMME ON CONDUIT UN TRAIN

L’égalité d’allure était défendue plus ou moins mollement aussi en athlétisme, et connut son apothéose aux Jeux olympiques de Munich, en 1972, quand l’Américain Dave Wottle, dernier et attardé aux 500 mètres de son 800, remonta tous ses adversaires et enleva le titre, pour trois centièmes de seconde, devant le Soviétique Arzhanov. Dans une autre occasion, Wottle égala le record du monde de l’épreuve en 1’44s3, courant chacun de ses huit 100 mètres en 13 secondes. Il fallait un certain courage et une foi profonde dans les vertus de l’égalité d’allure pour agir ainsi, et il est possible qu’elle mit du temps à être pratiquée parce qu’il se trouvait toujours dans une course un concurrent qui se précipitait en avant et entraînait tous ceux qui craignaient de se laisser larguer, dans la crainte de ne jamais « revenir ».

En natation, l’avantage d’une course menée de façon étale s’accroit en raison de la résistance de l’eau, 800 fois supérieure à celle de l’air, et qui s’accroit au carré de l’augmentation de la vitesse.  Partir trop vite, c’est non seulement comme sur terre sprinter précocement et brûler ses réserves anaérobies, mais aussi se heurter à un élément, l’eau, comme durci par le surcroit de vitesse.  C’est ainsi que des variations de 10% dans la vitesse de course demanderaient un travail additionnel de 3% à 4% au nageur.

La difficulté est de marier ces considérations d’économie d’effort avec les nécessités de la course. Au plan physiologique, il semble pourtant, la course idéale reviendrait à respecter une vitesse linéaire, constante, sans le moindre à coup. Mais une course n’est pas que ça, et le jour où elle ne sera que ça n’est pas près d’arriver.

Pour la même raison, prétend notre auteur, il serait avantageux de minimiser la glisse, afin d’éviter les décélérations relativement fortes des temps de glisse. De vous à moi, je me demande ce qui lui permet d’écrire cela…

 Par moments, on a l’impression que l’auteur se satisfait d’avoir élaboré une belle doctrine. Dire ainsi que l’expertise en natation est la capacité à interagir avec les contraintes pour exploiter au mieux les possibilités de l’environnement, a un côté écologique qui nous fait nous demander s’il (le nageur, pas l’auteur) est en train de remonter la Seine.

L’environnement d’un bassin olympique, aujourd’hui, a tellement été arrêté dans tous les détails que les conditions de l’effort du nageur sont totalement répétitives. On ne trouvera dans le bassin ni courants, ni nénuphars. En revanche, je saisis mieux la proposition qui suit : la capacité d’adaptation consiste à être stable quand il faut et flexible quand il faut. Un mode de coordination peut être stable sans être stéréotypé et rigide, soit flexible.

Quelquefois, cependant, certaines sentences du travail de M. Simbana me figent un peu. Par exemple, « la variabilité comportementale intra et inter individuelle peut jouer un rôle fonctionnel dans la performance en natation » est du genre de propositions qui, sans paraître le moins du monde fautive, me laisse pantois.

Un tel jargon, utilisé trop souvent, me donne l’impression, sans doute fausse, de me trouver en face d’une sorte de répertoire, plutôt sympathique d’ailleurs, des idées reçues sur la question, un empilage de problématiques qui finit par étouffer l’attention par trop de questions sans réponse.

Quelquefois, je m’inquiète. N’est-ce pas là une présentation trop timide ou paresseuse, trop simple de la complexité ? L’auteur (page 137) insiste par exemple sur la question de la durée du virage, et le ralentissement –  que les entraîneurs, nous dit-il, ont mesuré – de tous les nageurs avant le virage. A-t-on trouvé là une niche de progrès non encore explorée ? Je retrouvelà comme l’écho d’un développement de Fabrice Pellerin, dans son ouvrage (de 2013) au sujet d’une innovation d’Yannick Agnel qui virait en mode sous-marin.

M. Simbana ne nous en dira rien de plus et nous laissera sur notre faim. Ses « nageurs de grande valeur internationale » qui freinent malencontreusement au virage ne sont pas nommés, donc pas individualisés, on ne donne pas leurs tailles, leur valeur. Et au lieu d’approfondir, on perd tout à coup ce sujet dans les sables. On n’en saura guère plus…

PLONGÉE À RISQUES DANS LA FRÉQUENCE GESTUELLE, LES BATTEMENTS, LES BRAS TENDUS ET AUTRES NOTIONS

Un exemple de paradoxes apparents qui surgissent dans la nage : M. Simbana rappelle que « plusieurs études se sont penchées sur les manipulations de la fréquence gestuelle. Selon McLean (2010) à vitesse égale, la consommation d’oxygène, la fréquence cardiaque et la perception de l’effort augmentent de façon significative uniquement quand la fréquence gestuelle est réduite, et non pas augmentée. Pourquoi ? Parce que pendant que les bras ralentissent leur cadence, les battements, passent de 2,6 à 3,8 par seconde. Qui dit fréquence élevée de jambes dit dépense énergétique élevée. Des tests mesurés de nageurs à une vitesse constante représentant 80% de leur vitesse maximale aérobie,  ont montré qu’à vitesses égales, la réduction de vitesse gestuelle des bras s’accompagne d’une élévation du coût énergétique de leur locomotion, et du nombre de battements (jusqu’à huit ou dix temps). »

Bien entendu, le résultat n’étonnera personne : quand vous mettez les jambes, vous activez les plus grosses masses musculaires du corps, avec les effets physiologiques qu’on imagine.

… Ce que M. SIMBANA ne nous dit pas, en l’occurrence (sans doute parce que cela n’entre pas dans son propos), c’est qu’en son temps, l’entraîneur russe Guennadi TOURETSKI, installé en Australie, avait déjà mis en lumière ce phénomène qu’un accroissement du battement de jambes conduisait le nageur au réflexe de ralentir sa cadence de bras. Pour neutraliser cette réaction instinctive, il avait greffé chez certains nageurs un retour aérien des bras tendus (technique Janet Evans, en quelque sorte). Le changement avait permis à Michael KLIM de conserver un rythme de bras élevé en poussant sur les jambes (et d’établir quelques records du monde !)… Bien que je n’aie rien trouvé sur ce sujet concernant Kristin Otto, connue surtout pour sa technique originale de plongeon départ (avec flexion-extension des jambes pendant l’envol), elle utilisait elle aussi le retour bras tendu en crawl, et il est possible que cette technique lui était enseignée. A noter également qu’Otto, nageuse très versatile, était une championne du monde en dos, en papillon et en crawl, et que le retour des bras en dos comme en papillon s’effectue bras tendus, chose qui peut aider au bouturage de cette technique en crawl.

NAGER MOINS VITE, C’EST RATTRAPER : IL FAUDRAIT EN PARLER À IAN THORPE…

Le projet sous-tendu par cet empilage d’études que nous propose M. Simbana revient à enseigner aux nageurs à diversifier leur forme de nage, à les « adapter à des fréquences gestuelles variées », par « un entraînement à long terme de la fréquence gestuelle » alors que les expériences qui ont été poursuivies dans ce domaine n’ont pas donné jusqu’ici de résultats positifs.

Manifestement, l’auteur n’aime pas que le nageur rattrape. « Nager moins vite, c’est rattraper », dit-il, preuve qu’il n’a pas vu nager Ian Thorpe, et que ce constat descriptif n’apporte pas grand’ chose. Découvrir qu’à certaines allures, la nage se dégrade n’est pas une découverte, mais la mise en lumière des raisons pour lesquelles l’efficience diminue et la nage se « désorganise » pourrait être intéressante..

L’ART D’EMBRASSER UN SUJET JUSQU’À L’ÉTOUFFER

La tendance (mortifère) des auteurs à négliger voire à passer à la trappe les battements de jambes a quelque chose de frappant. Dans tous les travaux mis en avant par Simbana, tout se focalise sur le bras, voire la main. Maglischo se base sur cinq points clés pour décomposer le « cycle de nage » : entrée, prise d’appui, point le plus profond, balayage intérieur, balayage extérieur… Alain Catteau se focalise sur les variations de position de la main : entrée, point le plus en avant, point le plus profond, fin de poussée (quand la vitesse horizontale est maximale), point le plus arrière et point de sortie.  Chollet, lui, découpe le cycle de nage en quatre phases distinctes, entrée et glisse, traction, poussée et retour aérien (en différenciant les phases propulsives et non propulsives).

M. Simbana ne nous épargne aucun modèle. La capacité de compiler des doctorants est extraordinaire… Et avec les autres études qui sortent, ça n’ira qu’en s’aggravant.

Quelquefois, le travail mis en exergue ne me parait pas signifier grand-chose, mais c’est sans doute que je ne suis pas armé pour avaler tout ça.. Prenez la notion bizarre (à mes yeux) de fréquence de nage préférentielle qui est mise en avant dans une série d’études que M. Simbana reprend à son compte.

De quoi s’agit-il ? On demande au nageur de choisir sa fréquence de nage préférentielle. Chocolat? Vanille? Pistache? Puis on lui demande de nager plus vite et on note le moment où sa coordination, mesurée par un « index » (de coordination), s’effrite. Et on découvre que les femmes perdent plus vite de leur coordination au-delà de cette fréquence.

Or, pour commencer, la notion de fréquence de nage préférentielle telle qu’elle est présentée est subjective, donc sujette à caution. Selon que j’opte  pour une fréquence de nage préférentielle peinarde ou andante, mon test va se présenter différemment.

Si, comme tous s’accordent à le dire, les femmes réussissent moins bien à ce test, qu’est-ce que cela signifie ? C’est, supposent les testeurs, que leur moindre puissance musculaire d’épaules ne leur permet pas de contrôler leur coordination aussi bien que les hommes.

Mais peut-être s’avère-t-il que les femmes ont tendance à jouer plus sincèrement le jeu proposé, ce qui ne m’étonnera guère, et qu’elles choisissent une fréquence préférentielle plus proche de leur maximum que les hommes.

Si c’est le cas, que conclure ? Que le résultat de la recherche est à jeter au panier,…  

Je songe aussi à autre chose. La femme est bâtie plus en force au niveau  pelvien, l’homme au niveau scapulaire…  Dès lors un travail qui se fait autour des épaules n’aboutirait-il pas inévitablement à de tels résultats ?

Pour appuyer, semble-t-il, sa thèse issue de la zone préférentielle, M. Simbana, suggère que le « plus grand différentiel de vitesse » entre 400 mètres et 50 mètres chez les hommes (0,45m/s) que chez les femmes (0,33m/s) met en évidence une plus grande capacité de vitesse chez les hommes des distances les plus longues aux plus courtes. En outre (Seifert) les hommes montrent un « index » de coordination plus élevé que les femmes pour un niveau de performance équivalent quelles que soient les différentes allures de course. La combinaison de ces deux études, qui semble fasciner nos chercheurs, me semble modestement intéressante, dans l’attente qu’on m’en dise plus.

En effet, que signifie ce différentiel de vitesse ?

Les records masculins du 50 mètres et du 400 mètres sont, respectivement de 20s91 et de 3’40s07 (soit huit fois 27s51). Les records féminins correspondants de 23s67 et 3’56s46 (soit huit fois 29s66). La perte de vitesse que représentent ces records est donc plus élevée chez les hommes (6s60, entre 20s91 à 27s51) que chez les femmes (5s99 entre 23s67 et 29s66).

Tirer de cette statistique la conclusion que les femmes ont moins de capacité, toutes choses étant égales par ailleurs, à nager vite, est peut-être intéressant. Mais on peut aussi voir le phénomène en sens contraire, et supposer que LES FEMMES ONT UN INDEX DE RESISTANCE SUPERIEUR A CELUI DES HOMMES DES DISTANCES LES PLUS COURTES AU DISTANCES LES PLUS LONGUES. Par ailleurs, toute cette gymnastique chiffrée ne tient pas compte du phénoménal talent de Katie LEDECKY, qui devrait décourager un peu toute utilisation abusive du différentiel en question !

Vu que pour faire la différence, Katie, elle sait!

Et j’ajouterai que j’émettrais certains doutes sur l’intérêt de l’index de coordination pour une raison très simple. Si bien nager était nager en opposition et en opposition seulement, ça se saurait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QUEENSLAND, AUSTRALIE -NING ZETAO, 22s40 ET 48s43 ; WINNINGTON 1’46s13

Dimanche 23 Décembre 2018

Elijah WINNINGTON, un jeune nageur australien, a été nommé nageur du meeting, aux championnats du Queensland, à Brisbane. Winnington a remporté à deux reprises le 200 mètres, le titre adulte et le titre des 17-18 ans, en respectivement 1’46s64 et 1’46s13. Il a été nettement devancé, sur 400 mètres, par Jack McLoughlin. Shayna JACK arencontré Emma MCKEON à trois reprises sur 50, 100 et 200 libre, et l’a emporté sur 50 et 200. MCKEON a gagné le 100 devant JACK et le 100 papillon, non sans mal, devant la Coréenne AN…

A noter le retour en forme du champion du monde du 100 mètres chinois (47s84 en 2015) NING Zetao, facile vainqueur du 50 et du 100 mètres, ainsi que la suprématie japonaise dans les catégories 12 et 13 ans. A l’approche des Jeux de Tokyo ?

MESSIEURS.- 50 libre: 1. NING Zetao, Chine, 22s40; 2. TEONG Tzen Wei, 22s93. 100 libre : 1. NING Zetao, Chine, 48s43. 18 ans: 1. Elijah WINNINGTON, 49s44. 200 libre : 1. Elijah WINNINGTON, 1’46s64 ; 2. Jack MCLOUGHLIN, 1’46s70. 18 ans: Elijah WINNINGTON, 1’46s13. 400 libre: 1. Jack MCLOUGHLIN, 3’45s17; 2. Elijah WINNINGTON, 3’47s44.; 3. Max CARLETON, 3’51s30. 100 brasse : 1. Jake PACKARD, 1’0s58; 2. Matthew WILSON, 1’0s76; 3. Zac STUBBLETY-COOK, 1’0s89. 200 brasse : 1. Matthew WILSON, 2’9s14; 2. Zac STUBBLETY-COOK, 2’10s72. 200 4 nages: 1. Matthew WILSON, 2’0s25; 2. Clyde LEWIS, 2’0s26.

DAMES.- 50 libre: 1. Shayna JACK, 24s68; 2. Emma MCKEON, 24s70; 3. Bronte CAMPBELL, 25s19; 4. Meg HARRIS, 16 ans, 25s23. 100 libre : 1. Emma MCKEON, 53s72 ; 2. Shayna JACK, 53s79; 3. Bronte CAMPBELL, 53s98. 200 libre : 1. Shayna JACK, 1’58s30 ; 2. Emma MCKEON, 1’58s73. 16 ans: 1. Leni PALLISTER, 1’58s79. 400 libre : 1. Kiah MELVERTON, 4’7s72 ; 2. Leni PALLISTER, 4’8s97. 100 dos : 17 ans : 1. Kaylee MCKEOWN, 1’0s75. 200 dos : 17 ans, 1. Kaylee MCKEOWN, 2’9s47. 100 papillon : 1. Emma MCKEON, 58s40 ; 2. AN Sehyeon, Corée, 58s72.

 

 

 

 

 

 

 

 

QUELQUES RÉFLEXIONS SUR L’AVENIR D’UNE RÉVOLTE DE NAGEURS

Éric LAHMY

Samedi 22 Décembre 2018

En annonçant une série de grandes compétitions qui ne sont qu’une mauvaise photocopie du projet de l’International Swimming League, la Fédération Internationale de Natation va-t-elle à l’échec? Ce n’est pas impossible. Sortir en toute hâte, à des dates improvisées (de mars à mai), des meetings, aussi richement dotés soient-ils, alors que par milliers, les meilleurs nageurs du monde seront engagés dans le processus de qualification olympique, montre sans aucun doute dans quel état d’esprit d’improvisation assez brouillonne se trouve le clan Maglione-Marculescu.

Ils ont l’air d’assiégés qui tentent une sortie désespérée.

Je dirais qu’ils boxent petit bras. Mais il ne s’agit que d’un premier round. La suite du match, nul ne la connait. De l’autre côté, on a l’air assez remontés, entre Adam PEATY qui bombe le torse et défie l’institution internationale de le suspendre, Katinka HOSSZU qui ne s’est pas dégonflée d’intenter un procès à une Fédération Internationale dont elle était, il y a deux ans, la préférée, et qui la bombardait de titres de nageuse de l’année.

La petite trentaine de nageurs qui se sont présentés dans une réunion à Londres, au siège du club de football de Chelsea, pour débattre de l’avenir de la natation de compétition de haut niveau, faisait, je trouve, assez belle figure.

Les noms de ces nageurs représentent en soi tout un programme, et un poids conséquent, puisqu’on y trouve (liste reprise de Braden Keith, SwimSwam) :

Federica Pellegrini, Gregorio Paltrinieri, Lucca Dotto, Fabio Scozzoli, Adam Peaty, Siobhan O’Connor, Dylan Carter, Josh Prenot, Kendyl Stewart, Ryan Murphy, Tom Shields, Gunnar Bentz, Lia Neal, Mark Szaranek, Michael Andrew, Katinka Hosszu, Peter Mankoc, Madeline Groves, Cameron van der Burgh, Chad Le Clos, Emily Seebohm, Femke Heemskerk, Georgia Davies, James Guy, Jason Lezack, Sarah Sjöström, Ben Proud, Mykhailo Romanchuk, Lenny Krayzelburg, Liam Tancock.

Plus important, les décisions qui ont été prises à Londres. Et avant tout, former une association (et non un syndicat, sur les conseils de Mr Konstantin GRIGORISHIN, l’organisateur et financier de la réunion comme le grand manitou d’ISL, devenu la tête pensante du mouvement).

A son avis, se présenter comme un syndicat dévaloriserait l’union des nageurs, qui ne sont pas des employés, mais les « stars » du « show business » ; se nommer association serait mieux adapté à un groupe qui entend négocier d’égal à égal avec des organisateurs – notamment la Fédération internationale.

PAS DE RUSSES, DE CHINOIS, NI DE JAPONAIS

Le combat (puisque c’en est un) est incertain. Les armes de la F.I.N.A. ne manquent pas. Il ne lui est pas besoin de mesures coercitives. Il lui suffit, pour commencer, de compter ses alliés. lls ne manquent pas. On a noté par exemple qu’aucun nageur asiatique n’était présent à la réunion de Londres. Bien entendu, on peut invoquer la distance, mais cela ne doit pas être ça.

Il me semble qu’il s’agit d’une culture différente. Aujourd’hui, les meilleurs nageurs du monde – ce qui peuvent se qualifier de professionnels – appartiennent à des cultures contradictoires. Nul besoin d’être un anthropologue averti pour comprendre que nos idées et nos conceptions ne sont vraies que dans les limites de notre civilisation.

Et les conceptions de Mr Konstantin GRIGORISHIN, apparemment si attractives pour des mentalités occidentales, pétries du caractère « sacré » des droits de l’individu (et d’esprit de lucre, disons-le franchement), n’ont pas forcément une valeur équivalente dans des nations et des cultures que commandent les notions d’emprise collective, de hiérarchie et de discipline.

Pour la partie russo-asiatique de la natation, nations qui ne se remarquent pas par un degré élevé de « démocratie », il ne m’étonnerait pas que la « révolte » en marche menée aujourd’hui par l’International Swimming League soit vue comme un désordre, et que leurs dirigeants se situent sur la même longueur d’onde que la FINA. Les Japonais sont beaucoup plus émancipés, mais restent assez conservateurs et extrêmement respectueux des notables.

Nageurs chinois et russes pourraient être attirés par la formule. Quand Mr Grigorishin estime à un milliard de dollars le pactole annuel à partager, j’imagine que les oreilles se tendent. Mais je les crois trop dépendants de leurs fédérations nationales, lesquelles ne donneront pas le feu vert à une action qui ne sera pas pensée d’en haut. Dans ces pays, il ne fait pas bon d’occasionner des vagues, dans la vie de tous les jours comme dans la piscine.

Les absences de nageurs allemands, danois, espagnols, centre européens ou sud américains me paraissent présenter en revanche un caractère plus anecdotique…

Mr Grigorishin ne pouvait quand même pas inviter tout le monde.

L’ennui, pour ISL et les nageurs qu’il a impliqués à sa suite, c’est qu’à l’addition, les poids des natations russe, chinoise, japonaise, si l’on y ajoute les indifférents, les timides, les timorés, et tous ceux qui n’entendent pas se mouiller dans cette affaire, font qu’ils peuvent se trouver esseulés dans un combat où le temps jouerait contre eux. Les rares fois où un champion a lutté contre son institution, il a été battu à plate couture. Ici, la présence et l’engagement de Mr GRIGORISHIN, et sa puissance de feu de milliardaire en dollars, fait pencher la balance.

Mais qu’il se lasse d’investir des millions dans cette affaire et retire son adhésion, et ils se retrouveront esseulés en rase campagne…

Alors, que va-t-il se passer ? La F.I.N.A. va-t-elle se sentir assez solide pour accepter le défi que représentent les rebelles et tenter de passer en force ?

Je pencherais pour une évolution différente. La F.I.N.A. a plus à perdre que les nageurs, en termes de prestige. Déjà, le message dont elle a usé, selon lequel elle travaille pour le bien-être collectif, ne passera plus aussi bien que par le passé. Solidaires et déterminés, les nageurs pourraient obtenir un succès éclatant, car sans eux, les organisations, FINA ou pas, ne représenteront plus que des coquilles vides. Et leurs dirigeants des généraux sans troupes.

La force des nageurs impliqués – c’est qu’ils n’ont trop rien à perdre à partir du moment où ils restent « dans les clous » et dans leur stratégie. Ils n’ont guère besoin de monter au créneau : qui peut les obliger à répondre à l’invitation de la F.I.N.A., à s’embarquer dans ses « séries », s’ils ne le désirent pas ? Qui même pourrait les empêcher d’accepter ces invitations et de lancer des opérations escargot au milieu des compétitions, dans les lignes d’eau ? 

En choisissant de copier le modèle ISL  et d’organiser ses séries en-dehors de ses mandantes naturelles, les fédérations nationales, la F.I.N.A. se trouve en face du bon vouloir des nageurs impliqués, car alors les nageurs, ne représentant qu’eux-mêmes, en ne répondant pas à l’invitation, ne risqueront pas d’être accusés de nuire à leur représentation nationale.

Si les révoltés du jour parviennent à convaincre un nombre élevé d’autres grands noms de les suivre, la situation de la FINA sera intenable, et ils auront gagné la bataille.

Mais peut-être pas la guerre…

Plusieurs questions se posent :

 1). Il est hors de question que ces trente nageurs emportent seuls le morceau. Ils doivent compter des alliés, faire venir dans leur groupe le maximum d’autres champions. Si à court terme, Katinka HOSSZU, Adam PEATY, Sarah SJÖSTRÖM  et quelques autres sont assez dominateurs pour disqualifier tout championnat de niveau mondial dont ils seraient absents, il n’est pas certain qu’ils puissent garder très longtemps une représentativité aussi éclatante.

2). On remarque que dans l’ensemble ce sont de « vieux » nageurs, ou du moins des nageurs très expérimentés, donc sans doute plus impliqués, qui se sont déplacés à Londres. Cela ne veut pas dire que les autres se désintéressent du processus, mais on ne voit pas leur engagement. Or c’est l’ensemble des nageurs qui emportera la décision…

3). En outre, il est frappant de constater que les rebelles sont pour beaucoup des nageurs qui ont été engagés engagés dans la Coupe du monde FINA, donc plus à même de considérer: a) ce qu’ils ont perdu en luttant pour les « clopinettes » que leur offrait la Fédération; b) ce qu’ils gagneraient à changer de monture et rejoindre une Ligue professionnelle infiniment moins avare…

…Ni Katie LEDECKY, ni Simone MANUEL, toujours universitaires, qui continuent d’étudier, ni Caeleb DRESSEL ou Kathleen BAKER ne se sont déplacés. Sont-ils impliqués ? Possible. Selon Mel STEWART (SwimSwam, 15 septembre 2018), ISL a choisi de travailler avec le groupe Wasserman, la 2e agence sportive mondiale, celle dont le chiffre d’affaires à la plus progressé en 2018, et la mieux bien placée dans le sport féminin (ce que la natation est, disons à 50%). Or, Wasserman, qui totalise $3,7 milliards de contrats en 2018, représente LEDECKY et MANUEL, et son patron, Casey WASSERMAN, est chairman du comité d’organisation des Jeux olympiques de 2028. Atout supplémentaire pour la Swimming League? Et preuve (ou élément de preuve) que, dans l’esprit de Mr Grigorishin, l’avenir de la natation professionnelle va se jouer aux States?

La victoire, à l’addition de toutes ces stratégies, reviendra à ceux qui auront l’adhésion du plus grand nombre des meilleurs nageurs. A condition que la FINA se trouve empêchée de riposter. Rien n’est gagné…

 

 

 

 

 

 

 

 

BRÉSIL : FERNANDO SCHEFER, 1’45s51 AU 200 MÈTRES

Samedi 22 décembre 2018

A l’open du Brésil, à Porto Alegre, peu de grandes performances. Fernando SCHEFER améliore cependant le record sud-américain du 200 mètres nage libre.

MESSIEURS.- 50 libre : 1. Pedro Henrique SILVA SPAJARI, 22s22.

100 libre : 1. Pedro HENRIQUE SILVA SPAJARI, 48s78 ; 2. Gabriel SANTOS, 48s91 ; 3. Marco Antonio FERREIRA, 49s36 ; 4. Leonardo PALMA ALCOVER, 49s41.

200 libre : 1. Fernando SCHEFER, 1’45s51 (record sud-américain)..

400 libre : 1. Miguel LEITE VALENTE, 3’51s56

800 libre : 1. Miguel LEITE VALENTE, 7’59s95

1500 libre : 1. Guilherme P. DACOSTA, 15’5s45; 2. Miguel LEITE VALENTE, 15’10s98.

50 dos : 1. Victor GUARALDO, 25s69

50 brasse : 1. Pedro H. BRASIL CARDONA, 27s23.

100 brasse : 1. Pedro H. BRASIL CARDONA, 1’0s72.

200 brasse : 1. Andreas MICKOSZ, 2’13s89.

50 papillon : 1. Guilherme ROSOLEN, 24s06.

100 papillon : 1. Guilherme ROSOLEN, 53s04.

200 papillon : 1. Kaue DA SILVA CARVALHO, 1’57s41.     

200 4 nages : 1. Evan VINICIUS SILVA, 2’1s31

DAMES.- 50 libre : 1. Etiene PIRES MEDEIROS, 24s96.

400 libre : 1. Gabrielle GONÇALVES RONCATTO, Brésil, 4’14s63

50 dos : 1. Etiene PIRES MEDEIROS, 28s26.

50 brasse 1. Jhennifer ALVES CONCEICAO, 30s61

100 brasse : 1. Jhennifer ALVES CONCEICAO, 1’8s32.

100 papillon : 1. Daynara FERREIRA PAULA, 1’0s16.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LAUSANNE : CHARLOTTE BONNET ET JEREMY STRAVIUS S’AMUSENT

Eric LAHMY

Samedi 22 Décembre 2018

Une petite délégation niçoise s’est plutôt bien débrouillée au meeting de Lausanne, qui recevait également une forte délégation féminine canadienne. Un Jeremy STRAVIUS bien orienté sprint a enlevé les 50 mètres libre, dos et papillon, le 100 papillon et, pas étonnant en additionnant ces points fort, le 100 mètres quatre nages. Les temps ne sont pas mirobolants, mais la trêve des confiseurs et sans doute le hard labour imposé par Fabrice Pellerin avant de lâcher ses troupes pourrait y être pour quelque chose. A noter quand même ses 50s59 au 100 papillon.

Charlotte BONNET, de son côté, si elle a eu l’occasion de mettre sur 100 mètres deux championnes olympiques de la distance derrière elle, Penny Oleksiak et Ranomi Kromowidjojo (et, bonus, Taylor RUCK), elle a trouvé quand même une Canadienne en superforme pour la devancer, Kayla SANCHEZ. Ça, c’était le 20. Le lendemain, Charlotte prenait sa revanche sur 200, dans un belle course assez stratégique sur les bords. Départ rapide de la Niçoise, remontée énergique dans les 5e et 6e bassins de la Canadienne qui passe légèrement en tête, et belle accélération de Bonnet qui passe, tandis que RUCK est débordée peu après cent mètres de course.

SANCHEZ gagnera aussi le 100 quatre nages devant Katinka HOSSZU qui enlèvera pour sa part le 200 dos, le 200 papillon et les 200 et 400 quatre nages. Ranomi effectuera une razzia attendue sur le sprint, sur le tryptique classique dos, papillon, crawl.

Côté messieurs, on note quelques doublés dont celui, sur 100 et 200, de Kyle STOLK, et pour les Français, la présence de Jordan POTHAIN sur 100 (6e), 200 (3e) et 400 (2e), dans cette dernière épreuve derrière un excellent Christiansen.

MESSIEURS.- 50 libre : 1. Jeremy STRAVIUS, Olympic Nice, 21s57.

100 libre : 1. Kyle STOLK, Pays-Bas, 47s36 ; 2. Pieter TIMMERS, Belgique, 47s61 ; 3.Yuri KISIL, Canada, 47s64 ;… 5. Tom PACO PEDRONI, Olympic Nice, 48s48; 6. Jordan POTHAIN, Olympic Nice, 48s56.

200 libre : 1. Kyle STOLK, Pays-Bas, 1’44s11 ; 2. Tomer FRANKEL, Israël, 1’44s33; 3. Jordan POTHAIN, Olympic Nice, 1’45s27; … en séries, 7. Tom PACO PEDRONI, Olympic Nice, 1’47s32.

400 libre : 1. Henrik CHRISTIANSEN, Lambertseter, 3’39s99; 2. Jordan POTAHIN, Olympic Nice, 3’45s25.

50 dos : 1. Jeremy STRAVIUS, Olympic Nice, 23s70.

100 dos : 1. Yacov Yan TOUMARKIN, Israël, 51s96; … 3. Paul-Gabriel BEDEL, Marseille, 52s39.

200 dos : 1. Yacov Yan TOUMARKIN, Israel, 1’52s95.

50 brasse : 1. Zanko VSEVOLOD, Russie, 27s03.

100 brasse : 1. Marco KOCH, Frankfurt, 57s82; 7. Jean DENCAUSSE, CN Marseille, 59s16.

200 brasse : 1. Marco KOCH, Frankfurt, 2’3s36; 2. Jean DENCAUSSE, CN Marseille, 2’7s99.

50 papillon : 1. Jeremy STRAVIUS, Olympic Nice, 22s93

100 papillon : 1. Jeremy STRAVIUS, Olympic Nice, 50s59

200 papillon : 1. Kristof MILAK, Honved, 1’53s79 ; 2. Maarten BRZOSKOWSKI, Pays-Bas, 1’54s10; 3. David THOMASBERGER, Leipzig, 1’54s22 ; 4. Louis CROENEN, Vlamse, 1’54s43.

100 4 nages  : 1. Jeremy STRAVIUS, Olympic Marseille, 52s72 ; 2. Kyle STOLK, Pays-Bas, 52s74; 3. Jeremy DESPLANCHES, Olympic Nice, 52s87.

200 4 nages : 1. Jeremy DESPLANCHES, Olympic Nice, 1’54s71.

400 4 nages : 1. Adam PAULSSON, Elfsborg, 4’12s23.

DAMES.- 50 libre : 1. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 23s71 ; 2. Kayla SANCHEZ, Canada, 24s20 ; 3. Charlotte BONNET, Olympic Nice, 24s27 ; 4. Taylor RUCK, Canada, 24s48; 5. Lena BOUSQUIN, CN Marseille, 24s93.

100 libre : 1.Kayla SANCHEZ, Canada, 51s68 ; 2. Charlotte BONNET, Olympic Nice, 52s18; 3. Penny OLEKSIAK, Canada, 52s60; 4. Taylor RUCK, Canada, 52s88; 5. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 53s08.

200 libre : 1. Charlotte BONNET, Olympic Nice, 1’52s36 (26s14, 28s63, 29s39, 28s20); 2. Kayla SANCHEZ, Canada, 1’52s59 (26s56, 28s63, 28s88, 28s52); 3. Ruck TAYLOR, Canada, 1’54s60.

400 libre : 1.Josephin TESCH, Neukolin-Berlin, 4’9s37.

50 dos : 1. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 27s18.

100 dos : 1. Taylor RUCK, Canada, 57s26; 2. Katinka HOSSZU, Iron Swim, 57s31

200 dos : 1. Katinka HOSSZU, Iron Swim, 2’3s65; 2. Taylor RUCK, Canada, 2’4s19.

50 brasse : 1. Charlotte BONNET, Olympic Nice, 30s32

100 brasse : 1. Jessica STEIGER, Gladbeck, 1’7s01.

200 brasse : 1. Kierra SMITH, Canada, 2’20s62.

50 papillon : 1. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 25s17; 2. Penny OLEKSIAK, Canada, 25s53; 3. Lena BOUSQUIN, CNMarseille, 26s05..

100 papillon : 1. Penny OLEKSIAK, Canada, 57s34

200 papillon : 1. Katinka HOSSZU, Iron Swim, 2’8s30; … 4. Cyrielle DUHAMEL, Stade Béthunois Pélican, 2’14s40.

100 4 nages : 1. Kayla SANCHEZ, Canada, 57s80 ; 2. Katinka HOSSZU, Iron Swim, 58s20 ; 3. Charlotte BONNET, Olympic Nice, 58s71.    

200 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Iron Swm, 2’7s82; … 3. Cyrielle DUHAMEL, Stade Béthunois Pélican, 2’11s84.

400 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Iron Swim, 4’33s03 ; 2. Cyrielle DUHAMEL, Stade Béthunois Pélican, 4’40s60.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SIGNÉ MISSY FRANKLIN : POURQUOI AI-JE DÛ ABANDONNER LA NATATION

SIGNÉ MISSY FRANKLIN : POURQUOI AI-JE DÛ ABANDONNER LA NATATION

Jeudi 20 Décembre 2018

ESPN PRÉSENTE LA LETTRE EXCLUSIVE ÉCRITE PAR MISSY FRANKLIN, QUI EXPLICITE LE POURQUOI DE SA DÉCISION D’ABANDONNER SA CARRIERE DE NAGEUSE PROFESSIONNELLE. CI-DESSOUS UNE TRADUCTION DE L’ESSENTIEL DE SON MESSAGE.

« …Nager a été mon premier véritable amour. Être dans l’eau m’a donné une sensation de liberté, de joie et de d’allégresse. C’est là que je pouvais être complètement moi-même sans restriction ni limitation. C’est là que j’ai trouvé mes premiers bons amis, mes premiers mentors et mon goût de la compétition. Ce sont les petites choses dont je me souviens, depuis les premiers jours, comme jouer aux requins et aux petits poissons le vendredi matin après l’entraînement dans mon club d’été, l’Heritage Green Gators, avant les beignets craquants à la crème. On faisait des relais avec des citrouilles à Halloween et jouai au bowling à la dinde à l’entraînement avant Thanksgiving. On s’entraînait tellement dur, et aimait tellement chaque instant. On apprenait la gestion du temps, l’aptitude à diriger et le sport. On réalisait des projets et savourions chaque instant.

On me demande toujours quand j’ai compris que j’étais une bonne nageuse, et je réponds que je n’en sais trop rien, j’étais trop occupée à apprécier les choses. J’étais une petite fille, qui passais mon temps avec des équipiers et mes amis les plus proches à l’entraînement, à partager de saines parties de rigolades entre les répétitions de séries, quand nous touchions le mur, le souffle coupé, avant de repartir.

Cependant, si je devais choisir un moment, ce serait les sélections olympiques de 2008, à 13 ans. Je n’oublierai jamais, regardant sur la plage ces nageurs depuis toujours respectés à deux mètres de moi. Je réalisais que j’avais atteint le même meeting qu’eux, nageant dans le même bassin et luttant pour le même objectif.

Les 18 premières années de ma carrière furent aussi parfaites que je ne puis l’imaginer. L’équation n’aurait pas pu mieux faire sens : tu travailles dur, avec une attitude positive, tu arrives tous les jours et te donnes à fond, et tu vas plus vite. C’est comme cela que ça marchait pour moi. Je travaillais plus dur, je m’entraînais plus dur et je nageais plus vite, année après année.

Après les Jeux olympiques de 2012, je décidais de rester amateur et de nager en université, une des meilleurs décisions que je n’ai jamais faites. Nager à l’Université de Californie Berkeley fut l’un des plus grands honneurs et privilèges que je n’ai jamais eus comme athlète ou comme personne. L’équipe dont j’ai pu faire partie en 2014 et 2015 m’a plus appris que je ne saurais dire. Les gens rient parfois quand je leur raconte que je voulais nager au collège parce que je savais que je rencontrerais là-bas, dans mon équipe, mes futures demoiselles d’honneur, et qu’elles deviendraient des amies pour la vie. Et voilà, je les ai rencontrées, quatre demoiselles d’honneur, pour être précise.

En 2015, je décidai de rentrer chez moi et de nager à Colorado Springs avec Todd Schmitz et les Colorado Stars, et de travailler avec mon entraîneur de musculation Loren Landow. J’ai été très sincère au sujet de ce que j’endurais et me préparais pour les Jeux olympiques de 2016 et parlais ouvertement des combats que je livrais : ils comprenaient des douleurs aux épaules à l’entraînement et en compétition, de la dépression, de l’anxiété et de l’insomnie. Ce fut aussi l’année où je commençais à totalement admettre que quelque chose n’allait pas  dans mon corps, et qu’il ne  fonctionnait pas comme supposé. Au meeting de Mesa, en avril 2016, je dus déclarer forfait, suite à une blessure survenue à l’échauffement qui occasionna une intense douleur d’épaules. Je n’avais jamais expérimenté une telle douleur et commençai à m’effilocher. A quatre mois des Jeux olympiques, des gens croyaient que ce serait le plus grand moment de ma carrière. Après mes succès de Londres en 2012, les attentes pour mes seconds Jeux allaient croissant.

Je m’entrainais malgré les douleurs physiques et émotionnelles – et fis mon possible pour garder la tête haute. Survivre à ces huit journées de Rio fut le plus grand accomplissement de ma carrière. Je pus rester fidèle dans l’échec et les déceptions à la personne que j’avais été dans la victoire et meilleure nageuse du monde.

Après la traversée des Jeux olympiques, je sus que je devais m’attaquer à la douleur que j’avais utilisé chaque once d’énergie à ignorer. En janvier et février 2017, je fus opérée aux deux épaules. La convalescence devait être rapide, mais dès que j’entrais dans l’eau, en avril, le niveau de douleur me fit comprendre que je devais patienter plus longtemps. Je pris mon été et finis par recontacter l’homme que je dois épouser l’année prochaine. Je ne puis essayer d’expliquer comment fonctionne le temps de Dieu, mais ce que je sais que c’est beau, parfait et magique.

Je repris l’entraînement en automne avec Dave Durden et l’équipe masculine à Berkeley. En thérapie physique deux ou trois fois par semaine, je devais fréquemment ajuster les séances pour compenser les douleurs aux épaules. Je commençais à me sentir frustrée. Les opérations n’étaient-elles pas censées aider ? Cela n’était-il pas supposé disparaître? N’étais-je pas supposée tomber à nouveau amoureuse du sport?

Je décidai en décembre qu’il me fallait un environnement différent. Aussi difficile était-il de quitter les gens que j’aimais tant en Californie du Nord, je devais essayer autre chose. Deux semaines plus tard, je vivais à Athens, et m’entraînais avec Jack Bauerle, à l’Université de Georgie. Jack et son équipe me reçurent avec affection, et je me lançais dans un type d’entraînement entièrement différent, pour mon retour. Je voulais donner tort à ceux qui m’avaient enterrée, montrer quelle combattante j’étais et revenir plus fort que jamais. J’étais persuadée y parvenir, avec autour de moi des gens qui y croyaient aussi.

Malheureusement, entre-temps, mon épaule empira de façon spectaculaire. Thérapie physique plusieurs fois par semaine, les entraîneurs faisaient de leur mieux pour me permettre de traverser chaque séance. Le temps où je ne m’entraînais pas était passé avec des cubes de glace ou à me reposer en attendant la séance suivante.

Rien ne marchait, ni trois infiltrations de cortisone, une juste avant les championnats d’été passé, ni une injection par ultrasons au tendon du biceps. Techniquement, je souffrais d’une tendinite chronique sévère des coiffes des rotateurs et du tendon du biceps. Après l’échec des infiltrations, il ne me restait qu’une alternative : une autre opération, et même cela sans garantie.

Quand j’entendis le mot opération, jeux l’impression de m’effondrer parce que ma réponse serait non. J’étais allée trop loin à travers la souffrance pour traverser l’expérience d’une autre opération. Je priais, je parlais aux personnes en qui j’avais le plus confiance. Quand celui qui est devenu mon fiancé me dit ce qui suit, tout devint clair : « je te soutiendrai quoiqu’il arrive, mais ce qui m’importe à moi plus que tout, est que tu puisses prendre nos enfants dans tes bras sans que cela soit une douleur épouvantable. »

Je réalisais que plus que l’or olympique, je désirais être une maman. Nager avait pris une part si énorme dans ma vie, mais ce n’était pas toute ma vie. Je ne parviendrai jamais à exprimer ma gratitude pour la natation – les endroits où elle m’a fait voyager, les leçons qu’elle m’a enseignées, et plus important les personnes qu’elle a apportées dans ma vie. Chaque équipière, chaque coach, chaque mentor, chaque officiel dans un meeting… vous avez fait la personne que je suis. Et c’est une personne que je suis très fière d’être. Je suis prête pour le reste de ma vie… » (Traduit par E.L.)